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Bulles en pleurs et coraux en fleurs

 
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 Bulles en pleurs et coraux en fleurs

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Harry Potter
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MessageSujet: Bulles en pleurs et coraux en fleurs   Mar 11 Mar - 3:00

Bonjour, merci de votre soutien mais cerf-volant est hors sujet et la chatte albinos trop dur à exploiter en 2500 mots. Je réessaye malgré moi avec cette histoire délirante qui m'est belle et bien en partie arrivé. Sous l'eau le courant est devenu tellement fort que nous avons dû littéralement ramper sous l'eau. Après, non je n'ai pas perdu les autres ni suivit un gros mérou rouge

Bulles en pleurs et Coraux en fleurs


Les rayons rougeâtres filtraient entre l’île de « Massa de Oro » que l’on apercevait au loin et la falaise. J’étais très excitée de plonger sur ce site. Le patron du centre de plongée de Llançà—Dans le nord de l’Espagne—avait décidé que le temps était idéal pour l’île. C’était un parc naturel d’une grande splendeur où les poissons accoutumés à l’homme se laissaient approcher facilement. Malheureusement j’avais fais très peu de sorties en ces lieux réputés dangereux. Les roches cisaillaient les vagues avec brutalité en cas de temps chagrin ou de vent trop fort. Mais aujourd’hui la mer était plutôt sage. Il était sept heure trente et le bateau filait à tout allures. J’aimais beaucoup me mettre sur l’avant du Zodiac pour regarder l’horizon. La vitesse me grisait et je fixais de mon mieux le soleil encore endormi. Mais, malgré le calme de l’eau ; le zodiac, en fendant son miroir faisait jaillir des gerbes d’eau qui me brûlait les yeux. Lorsque ceux-ci devinrent rouges et que je ne parvenais plus à essuyer le sel qui agressait mon visage. Harassée de combattre les embruns je lâchais résolument le boudin quelques secondes pour refermer ma combinaison et mettre ma capuche. Puis attrapant mon masque sous les regards étonnés, je passais la sangle derrière ma tête et descendait le masque sur mes yeux. Tournant la tête vers l’horizon je pouvais désormais rêver sans avoir à clore les yeux. Mon père et Philippe pouvaient bien se moquer de mon air d’extraterrestre, de mes eslatiques clinquant sur mes tempes et de ma bouche ouverte—Le masque sur le visage m’empêchait de respirer par le nez—n’empêche que le Hollandais et les deux Espagnols m’imitèrent. Malgré les marques rouges que laisserait mon masque autour de mes yeux—J’avais une fâcheuse tendance à trop serrer les sangles—j’étais ravie de ne plus recevoir d‘eau dans les yeux. Résolue, je restais ainsi jusqu’à notre arrivée où il fallut l’enlever pour cracher dedans et le rincer. C’était le seul moyen, en plongée d’enlever la buée.

« Dis-moi comment comptes-tu faire pour aller chercher ta bouteille comme ça ? »

Rouge de honte ; je recommençais mon geste à l’envers pour retirer mes palmes. C’est vrai que pour déambuler dans le bateau à la recherche de mon « bloc » n’était pas très pratique. Je pus les remettre une fois mes gants mis ; mon profondimètre attaché autour du bras ; la bouteille sur le dos avec l’arrivée d’air ouverte et la tête à peu près sur les épaules. Philippe m’aida ensuite à m’asseoir sur le gros boudin écarlate de la Sirena.

« Bon » reprit Philippe « Nous voici sur le site de plongée de « Massa de Oro ». Il n’y a pas trop de courant et le ciel est dégagé ; vous pourrez vous repérer facilement. Tout d’abord je vous conseille de longer la « patate » juste en dessous de La Sirena. Il y a pas mal de gorgones rouges et même des coraux en fleurs. Ne cherchez pas la profondeur, c’est inutile. Vous verrez pas mal de Mérous ; Barracudas si vous avez de la chance. N’hésitez pas à regarder dans les failles ; il y a souvent des poulpes ou des langoustes également. Les plus beaux fonds sont à quinze-vingt mètres. Une heure d’immersion pour tout le monde maximum, mais faites demi-tour dès qu’il ne vous reste plus que cinquante Bars. On n’est jamais trop prudent ici. »

«Prête la saupe ? »

Me lança mon père—Il m’appelait toujours ainsi— le détendeur retrouvé et la Staab gonflée je répondis selon notre rituel

« Prête mon sar »

plaquant la main gauche sur mon masque et la droite sur le détendeur ; je me laissais glisser du boudin du Zodiac en arrière. L’eau s’infiltra dans ma combinaison tandis que je retenais mon embout sous peine de boire la tasse. Je sortis finalement la tête et luttais pour parvenir jusqu’à la chaîne de l’encre. Une fois toute la palanquée prête mon père fit un signe. Fermant la main il positionna son pouce vers le bas et exerça un petit mouvement. Je répondis en formant une sorte de zéro avec l’index et le pouce laissant les autres relevés pour dire OK. Ma mère et mon frère répétèrent le geste puis j’attrapais la purge de ma staab. Exerçant une pression forte, je sentis tout l’air se vider de mon gilet. Je basculais mon corps ; la tête vers le bas. Mes doigts vinrent se poser sur mon nez pour le pincer. Je soufflais brièvement mais fermement. La technique du Vasalva était obligatoire pour dégager les tympans de la pression accumulée lors de la descente ; sinon les oreilles devenaient douloureuses et forcer aurait conduit le tympan à littéralement exploser.

Nous nous éloignâmes de l’ancre, aidés par un courant suffisamment fort pour nous porter en douceur. Mon père conduisait la palanquée et nous mena vers la « patate » à côté de la Sirena dont les flancs écarlates luisaient faiblement à la surface. Mon frère illumina les gorgones et les coraux rouges en fleurs avec la lampe. C’était rare de voir ça et nous nous sommes attardés un bon moment. Moi je rêvais un peu—Dans le silence, sous l’eau c’était un moment idéal—

Un cliquetit caractéristique se fit entendre. Une autre palanquée—Un groupe de plusieurs plongeurs ; toujours deux au minimum— arriva vers nous et l’un de ses membres frappait sa bouteille d’un bâton de métal destiné à se faire entendre sous l’eau. Nous nous sommes approchés de lui tandis que son doigt se dirigeait vers un gros mérou royal. Ses écailles rouges luisaient sous les reflets du soleil perçant la profondeur. J’aimais bien les mérous. Et leur façon nonchalante de se déplacer.

Sans crainte de trahison il nous mena à son trou de l’autre côté du tombant puis disparut mystérieusement, nous laissant face à une multitude de poissons. Des girelles ; fines et colorées nous tournaient autour, se délectant des débris de coraux écarlates que nos palmes faisaient voler. Les sars, beaucoup plus calmes se promenaient en nous regardant d’un air méfiant. Enfin un groupe de saupes au corps argenté rayé d’or broutaient quelques posidonies ; leur flanc brillant sous le soleil. Les reflets de ce dernier illuminaient leurs flancs d’une légère teinte variant de l’orangé au rouge.

Soudain le reflet du soleil se pâma et les alentours devinrent flous. Un courant froid brouilla ma vue et fit frissonner mon échine. Regardant autour de moi je vis les coraux s’agiter violemment. Mes mains sur la roche dérapèrent et je me raccrochais. Jetant un coup d’œil à mon frère je remarquais son air étonné malgré le masque. Mon père regardait son manomètre. Je fis de même : Cent cinquante bars. Mon frère qui consommait beaucoup plus vite m’indiqua des doigts qu’il en avait encore cent vingt. Je commençais à me sentir emportée et ce n’était pas pour me rassurer. C’était la première fois que je sentais un courant si fort. A présent, nos mains égratignées rougissaient l’eau. Plaquée contre mon rocher je commençais à suivre mon père qui nous entraînait ; à plat ventre. Il leva les yeux vers la surface mais le reflet roux du soleil était trop brouillé. Le paysage agité et les particules en suspension nous empêchaient de nous repérer.

De longues minutes passèrent, je ne savais plus vraiment si ce n’était pas des heures d’ailleurs. Mon esprit me rectifia : si tant de temps s’était passé nous n’aurions plus d’air. D’ailleurs, en y pensant je jetais un coup d’œil à mon manomètre. Cent Bars. Je m’étais agitée et l’effort fourni avait contribué à faire baisser ma réserve d’air. Je tapotais l’épaule de mon père—Non sans recevoir deux ou trois coups de palmes dans la confusion—et lâchais mon rocher pour mettre ma main droite à l’horizontale et l’autre à la verticale ; perpendiculairement pour dire « Je suis à la moitié» comme il est d’usage. Cette idée ne fut pas la meilleure de ma vie. Sans soutien je me fis emporter à une vitesse incroyable. Des doigts crochetèrent ma Staab mais glissaient sans trouver d’appuis. Moi-même je raclais mes genoux sur les roches. Une grosse forme passa près de moi ; semblant vouloir résister au courant. Je reconnu le gros mérou rouge qui faisait désormais du surplace ; sa queue battant rapidement l’eau. Si lui avait tant de mal à lutter ; je n’avais aucune chance. Mes vieux gants étaient troués sur le bout des doigts ; ces derniers accrochèrent une roche à revers et s’ouvrirent violemment. Le sang afflua, se mêlant à l’eau vive. Ma tête se levait dans la même direction ; semblant chercher dans ce léger filet rouge, un chemin pour retrouver les autres. Mais il n’y avait personne.

Mon masque de travers j’entrepris de lever doucement la tête. J’avais finalement trouvé un abri grâce au mérou rouge. Ce dernier luttait près de son trou et je m’étais cachée derrière cette même roche pour me couper du courant. Mes yeux remplis d’eau fixèrent l’horizon calmé tandis que mon cœur essayait de se tranquilliser. Mes doigts saignaient encore un peu et me brûlaient. J’eus à peine le courage de rejeter la tête en arrière pour souffler en tenant mon masque afin d’y faire partir l’eau. Le mérou royal s’était calmé et recommença à nager tranquillement, sans doute avait-il l’habitude de ce genre de courant phénoménal. Philippe aussi normalement mais il avait dû se tromper de prévisions pour une fois. Je regardais mon manomètre : quatre-vingt bars…Je me forçais à me calmer et regardais mon profondimètre. Vingt mètres et cela depuis trente minutes. Un rapide calcul me fit comprendre que je n’aurais pas besoin d’un palier de sécurité pour remonter en cas d’urgence. Il fallait que je reste dans des zones peu profondes pour ne pas avoir à effectuer ce temps d’arrêt nécessaire entre deux eaux après une immersion trop profonde.

Essayant de me calmer j’essayais de repérer le soleil comme on me l’avait apprit mais ses rayons rougeâtres dilués ne me servaient à rien. La panique n’allait pas m’aider à comprendre en quelques secondes ce qui m’échappait depuis le début. Un éclat. Il s’agissait juste du gros mérou qui nageait tranquillement. Reprenant sa route celui-ci agita ses grandes nageoires puis parti pesamment…Je lui criais mentalement

« Hey mais ! Ne me laisse pas toute seule ! »

Pour suivre un gros mérou rouge je devais vraiment avoir touché le fond ; en parlant de ça je regardais mon profondimètre : dix-sept mètres et trente-sept minutes, soixante bars. Plus que dix et la petite aiguille entrerait sur la réserve. Guide malgré lui mon mérou royal avançait tranquillement entre les algues, son corps souple fleurant les roches. Il alla brouter les posidonies des Saupes un peu plus bas, les éparpillant comme des rayons d’aube encore endormie. En attendant que monsieur se décide de finir son en-cas je voyais la petite aiguille atteindre le rouge : cinquante bars. M’approchant de mon compagnon à nageoire je mettais une main sur ma tempe, poing fermé. C’était le signe universel du plongeur pour dire au reste de la palanquée qu’il entame la réserve. Toujours est-il que mon poisson et moi devions sûrement en faire une belle paire de palanquée tiens. Le chef de groupe—Le mérou—tourna ses gros yeux globuleux vers moi puis reprit sa ballade. Parfois il s’arrêtait ; se faufilant dans les failles ou retournant à l’endroit où il était déjà quelques instants plus tôt. Ma parole il n’avait pas plus de mémoire qu’un poisson rouge dans son bocal lui !

Essayant de ne pas penser à ma triste fin je suivais mon plongeur chevronné mais un brin inconscient de ma situation. Mes doigts saignaient toujours un peu ; impossible à cicatriser dans l’eau. Quelques sars m’évitèrent, méfiants comme toujours. Quant au mérou il semblait chercher un endroit précis, ne zigzaguant plus entre des lieux déjà visités. Tentant de rester calme pour économiser mon air je palmais non loin en suivant l’éclat rouge de ses écailles. Les lueurs du soleil ne me disaient toujours rien. Parfois mon poisson s’arrêtait pour mâchonner un bout de corail mais il repartait aussitôt. Vingt bars ; quarante-huit minutes et douze mètres. Je me lassais de le voir parcourir inutilement les roches sans s’arrêter désormais. J’étais fatiguée et mon cœur battait trop vite ; volant l’air restant de ma bouteille. Bientôt il allait falloir remonter et puis quoi…Se laisser dériver sans rien d’autre que le large ? Et après ? Non ! Je devais penser à mes parents et mon frère. Philippe aussi me manquera, j’aimais bien cet homme à la forte carrure mais si tranquille. Un peu comme ce mérou finalement. Ce dernier d’ailleurs s’était finalement arrêté et mangeais ; monsieur ayant enfin trouvé ses coraux préférés. Il se mit à arracher les fleurs des tiges couleur cerise ornant un tombant ; les mâchouillant tranquillement. Je le regardais ; ne sachant vraiment plus que faire.

Bon au moins, l’un de nous serait satisfait. Ils n’avaient pas l’air si mauvais ses coraux rouges…Attendez ! Rouges…Le mot gorgone me sauta à la gorge…Lorsque nous avions commencé notre balade ne nous étions-nous pas extasié sur ces beaux coraux en fleurs si rares ? Mon esprit bouillonnant je gonflais ma staab ; persuadée d’être sauvée…D’ailleurs je reconnaissais petit à petit les lieux comme ce rocher ou la même vieille à pois rouge se cachait encore. Mes doigts me brûlèrent au contact de la purge que j’actionnais aussi pour vider un peu d’air ; car ce dernier s’amplifiait tandis que la profondeur diminuait. Dix bars, trois mètres ; je pouvais même me payer le luxe de faire un palier de sécurité. J’entrepris donc, pendant ma « pause » de saluer mon sauveur. Les trois minutes réglementaires me parurent courtes car je ne quittais pas du regard mon mérou adoré qui restera sûrement dans ma mémoire te dans mes poèmes. En souriant comme je pouvais dans mon détendeur je repris ma montée et crevais enfin la surface de l’eau. Je n'arrivais pas à y croire. Sauvée: profondeur maximale : vingt-cinq mètres, temps de plongée : une heure une.

« Désolée…Je suis en retard ; tu avais dis une heure de plongée maximum au Briefing »

Tous le monde m’embrassa tandis que maman me bandait les doigts. J’avais les yeux rouges à force de pleurer et le visage de la même couleur à ne pas pouvoir respirer tant on m’étouffait. Sous le coup de l’émotion mon masque bascula du boudin et tomba dans l’eau avec un gros bloups. Je me penchais par-dessus bord et murmurais. « Le ton cerise des bordures ira sûrement bien avec celui de tes écailles… Cadeau mérou ! »

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Frédérique LeeRoy
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MessageSujet: Re: Bulles en pleurs et coraux en fleurs   Mar 11 Mar - 7:43

Tu vois que l'inspiration est là et que ta plume n'était que partie prendre l'air
Je lirais mieux ce soir, je manque trop de temps pour approfondir ma lecture. Mais là déjà j'adore :super:

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[color:d145=black][center:d145][size=10:d145][b:d145][i:d145]« C'est comme une idée fixe qui me poursuit la nuit,
Je savoure la nuit l’idée d’éternité.
La plaie c’est ça : c’est qu’elle pousse trop vite.
La mauvaise herbe nuit car elle ne meurt jamais… »[/i:d145]
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Harry Potter
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MessageSujet: Re: Bulles en pleurs et coraux en fleurs   Mer 12 Mar - 17:01

Revoilà la même histoire en plus développée; axée sur un registre poétique et plus développé sur la fin quand "je" retrouve le bateau. Le sentiment de peur et de perdition à été revu aussi; le thème "rouge" en position de sauveur pour notre plongeuse à été aussi augmenté

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Rouges, les premières lueurs du soleil filtraient entre l’île de « Massa de Oro » et la falaise. En ce moment même, j’avais l’impression d’avoir un livre de voyages pulsant dans mes veines pour se libérer de mon cœur ; les pages jaillissaient de toute part, m’enroulant dans leurs bras, m’absorbant au creux de l’image d’un paysage d’Espagne. Au loin, les vagues capricieuses cisaillaient les roches de l’île. La mer était sage comme l’illustration du guide « El parque natural de Massa De Oro » Il était sept heures trente et le zodiac galopait sur les chevaux d’écume. La vitesse me grisait et je fixais de mon mieux le soleil encore endormi. Des larmes de la mer jaillissaient des flancs écarlates de « La Sirena » et rougissaient mes yeux, entraînant quelques larmes de douleur à s’y mêler. Harassée de combattre les embruns je lâchas résolument le boudin du Zodiac pour refermer ma combinaison et mettre ma capuche. Mes doigts se refermèrent sur le caoutchouc souple de mon masque. Je passai cette sangle derrière ma tête et descendis le masque sur mes yeux. La Sirena retomba lourdement sur les flots ; et le miroir brisé de l’eau jaillit en éclats sur mon visage. Mais cette fois les gouttes heurtèrent la surface de mon masque sans m’atteindre. J’entendais vaguement quelques rires parmi le bruit du moteur. Mes yeux, bien à l’abri derrière leurs verres, cherchèrent les visages qui riaient. Sous la vitesse, les échos s’envolaient loin de nos oreilles et nous en devenions sourds. Enfin je repérai le sourire qui trahissait mon père. Il devait me juger bien étrange avec mon air d’extraterrestre, les sangles clinquant sur mes tempes et ma bouche ouverte comme un poisson hors de l’eau—Le masque emprisonnait aussi mon nez— En réponse je souris en levant un pouce, dans le silence assourdissant du moteur de la Sirena ; je ne pouvais qu’imaginer la sonorité de son rire franc grâce aux souvenirs.

« Dis-moi tu comptes plonger sans équipement ? »

Rouge de honte je remarquai que la voix raisonnait clairement dans mes oreilles ; ce qui signifiait l’arrêt du bateau. J’avais fermé les yeux un moment ; quittant l’horizon rougeâtre vers lequel le Zodiac se dirigeait pour rêver. S’en était résulté un moment d’absence dont seule l’ouïe retrouvée me permettait de sortir. Sous les rires –réels cette fois—d’un plongeur, je me préparai en écoutant Philippe, le patron du centre de plongée de Llançà.

« Nous voici sur le site de plongée de « Massa de Oro ». Il n’y a pas trop de courant et le ciel est dégagé —Les plongeurs se repèrent grâce aux reflets du soleil—. Je vous conseille de longer la « patate » juste en dessous de La Sirena. Il n’y a pas mal de gorgones rouges et même des coraux en fleurs. Ne cherchez pas la profondeur, c’est inutile. Vous verrez pas mal de mérous. N’hésitez pas à regarder dans les failles ; il y a souvent des poulpes. Une heure d’immersion maximum, mais faites demi-tour avant s’il vous reste moins de cinquante Bars. On n’est jamais trop prudent ici. »

Plaquant la main gauche sur mon masque et la droite sur le détendeur, je me laissai glisser du boudin du Zodiac en arrière. L’eau combla l’espace entre ma peau et ma combinaison accompagnée d’un frisson courant mon échine. Une fois toute la palanquée prête mon père fit un signe, exerçant un mouvement vertical, le pouce vers le bas. Je répondis en formant une sorte de zéro avec l’index et le pouce, laissant les autres relevés pour dire OK, puis j’attrapai la purge de ma staab. Je basculai mon corps, la tête vers le bas. Mes doigts vinrent se poser sur mon nez pour le pincer. Je soufflai brièvement mais fermement. La technique du Vasalva était obligatoire pour dégager les tympans de la pression accumulée lors de la descente ; sinon les oreilles devenaient douloureuses et forcer aurait conduit le tympan à littéralement exploser.

Nous nous éloignâmes de l’ancre, aidés par un courant suffisamment fort pour nous porter en douceur. Mon père conduisait la palanquée et nous mena vers la « patate » À la surface, les flancs écarlates de la Sirena luisaient faiblement. Un cliquetis étrange et récurrent s’imposa à mes oreilles, enveloppant mes tympans; le silence sous-marin s’installa autour de nous, épousant nos silhouettes et chacun de nos mouvements. Mon père alluma la petite lampe, répandant une aura douce de lumière. Les rayons dorés se laissaient porter comme un petit poisson tranquille. Les coraux rouges en fleurs qu’avait signalé Philippe valsaient doucement, diluant leur couleur au creux des reflets de notre lampe qui en devinrent orangés. Une ombre se faufila, interceptant un instant la course de la lumière. Puis la silhouette imposante mais souple rendit son soleil à notre lampe, tout en se glissant à nos côtés. C’était un mérou royal, et ses écailles rouges luisaient, éparpillant la lueur de la lampe dans les recoins tel un prisme. Attiré par la tranquille créature mon père s’approcha. Le temps qui avait cessé recommença à s’écouler doucement lorsque le poisson fit danser la dentelle de sa nageoire caudale pour avancer pesamment. Il m’invita d’un geste de la main à le suivre. A la même allure que le mérou, portés par un courant qui semblait avoir légèrement forci nous commencions à le suivre. Sans crainte de trahison le mérou rouge nous mena à l’entrée de son trou où il se mit à faire du surplace, semblant attendre quelque chose. Un événement pressenti peut-être ?

Le reflet du soleil se pâma et les alentours devinrent flous. Un courant froid brouilla ma vue. Le mouvement ample des coraux se fit plus saccadé. Ma Staab, qui me maintenait jusque là équilibrée à l’horizontale entre la surface et le fond, n’était plus suffisante. Je dus palmer pour rester équilibrée. Avec surprise je constatai que mes mains étaient égratignées, rougissant l’eau ; le filet de sang léger s’évaporait vivement dans le sens d’un courant qui commençait à se faire violent. Mon corps se plaqua contre la roche. Le courant de face nous tirait en arrière comme une main gigantesque. Luttant contre le haut de ma bouteille qui lui faisait obstacle, il avait enroulé ses doigts autour d’elle et l’empoignait avec une force aussi soudaine qu’incroyable, m’obligeant à céder quelques mètres. « Massa de Oro », lieu réputé dangereux par vent fort venait de s’éveiller.

A lutter inutilement comme un poisson trop orgueilleux, je m’étais épuisée et mon manomètre était descendu à Cent Bars. Je cognai l’épaule de mon père en m’approchant de lui pour le prévenir que j’entamais la seconde moitié de ma réserve. Je lâchas mon rocher et lui parla en signes : ma main droite à l’horizontale et la gauche venant la couper perpendiculairement. Mais sans emprise désormais je ne parvins pas à résister contre le courant qui augmentait encore. Ce dernier se fit encore plus énergique devant cette victoire qui s’offrait à lui. Sans hésitations il m’emporta plus loin. Les doigts gantés de mon père crochetèrent ma staab mais la lâchèrent aussitôt, laissant la force de l’eau me balayer comme une menue girelle ; Je m’enfonçai dans la forêt d’algues et de roches, cisaillant ma combinaison et mes gants.

Rouge, un filet de sang se détachait de mes doigts et parcourait les veines de l’eau pour se diluer doucement. Déroutée par tant de violence je levai doucement la tête : l’univers bleu s’était calmé mais demeurait trouble. Les particules en suspension coupaient les reflets rougeâtres du soleil en surface qui nous guidait habituellement. Mon masque était de travers et l’eau de mer à ses portes menaçait d’envahir l’intérieur... J’avais fini par m’abriter derrière une grosse roche et m’en détachais lentement, Laissant quelques fibres du tissu de mes gants accrochés aux aspérités. Mes yeux ne parvenaient pas à accrocher un point de repère. Des petites girelles colorées au corps effilé et souple s’empressaient d’avaler des brins de coraux brisés avant qu’ils ne retombent au sol. Enfin mon regard put se poser sur quelque chose : une silhouette imposante. Des éclats rouges teintaient ses flancs lorsqu’elle ondulait sur place avec calme. Fascinée par cette tranquillité rassurante qui effaçait un peu l’agitation aux alentours, je m’approchai. Mon profondimètre indiquait vingt mètres. J’étais encore dans une zone raisonnable. Plissant les yeux je distinguai finalement l’œil mobile du mérou de tout à l’heure. La roche derrière laquelle je m’étais coupée du courant jouait le rôle d’abri, vers lequel il nous avait pesamment menés, mon père et moi tout à l’heure. Le passage fou du courant avait laissé ses marques sur les coraux dont les branches les plus fragiles jonchaient le sol. Seule la présence du grand Mérou rouge toujours aussi tranquille me rappelait le paysage du début. Ce dernier s’ébranla doucement, ses nageoires s’agitant pour reprendre sa route. Je lui criai mentalement de ne pas me laisser ici sans rien d’autre que le vide bleu pour accrocher mon regard.

Guide malgré lui, le mérou royal cheminait parmi les posidonies—de grandes algues brunes et plates—, fleurant les roches qu’elles recouvraient. Ses yeux globuleux s’arrêtaient parfois de bouger en tous sens pour me fixer. Mon détendeur accouchait de petites bulles grandissantes au fur et à mesure qu’elles rejoignaient la surface. Il les suivit plusieurs fois du regard avant de se désintéresser de moi. Les nombreuses algues empêchaient le soleil de filtrer jusqu’ici et de me guider de ses rayons rougeâtres, mais je n’osais pas quitter le mérou. Tout était trop violent sans ce lien. Je regardai de nouveau mon manomètre : quatre-vingt bars : il serait bientôt temps de remonter en surface. Le courant m’avait emmenée loin du bateau et personne ne me verrait. Alors sans air, sans rien d’autre que le bleu de l’eau et des cieux je dériveras vers le large, perdue. Je voulais repousser ce moment, et me concentrai sur la poursuite du mérou, assez difficile pour me prendre tout entière. Son corps souple se faufila encore une fois parmi les grosses algues plates qu’il délaissait, semblant chercher autre chose.

Rouges parmi le brun des posidonies, les écailles de mon compagnon à nageoires me guidaient jusqu’à lui. Les algues entravant mes gestes me fatiguaient et ma réserve d’air descendait. Une étendue de sable s’offrit à ma vue ; à mon soulagement le mérou quitta les herbes marines pour parcourir tranquillement l’espace vide de toute roche et de tout corail. Mon corps se libéra tandis que mes doigts aidaient ma bouteille à faire de même. La petite aiguille du manomètre avait atteint le rouge : cinquante bars…Je m’approchai du mérou sans le toucher toutefois puis posai doucement ma main sur ma tempe le poing serré. C’était le signe universel que tout plongeur devait effectuer pour avertir le reste du groupe qu’il entamait sa réserve de secours. Le poisson me regarda un instant de ses yeux mobiles sans me fuir. Mon père aurait répondu en ouvrant ses doigts pour pointer la direction du Zodiac. Le grand mérou rouge se contenta de se retourner souplement pour continuer sa quête.

A nouveau, les larmes s’en prirent à mes yeux. J’inspirai plus doucement en me forçant au calme pour économiser. Mes larmes se déposèrent au fond du masque, bordant l’intérieur d’un liseret d’eau oscillant à chaque mouvement de ma tête. Me redressant un peu, basculant en arrière je posai mes doigts sur le masque pour souffler. Le bas de ce dernier se souleva dans l’effort ; laissant ma peine et ma peur nourrir l’océan de quelques gouttes de plus. Le mérou rouge s’engouffra dans plusieurs failles tandis que je l’attendais désespérément dehors, priant pour qu’il ne fuie pas d’un autre côté. Tout à sa recherche il semblait hésiter un peu parfois sur la direction à prendre, mais certainement pas dans sa quête. C’était son extrême concentration qui me permettait de le suivre sans qu’il ne songe à me craindre et à s’enfuir. Toujours guidée par l’éclat rouge de ses écailles je me faufilai dans une grotte parcourut de coraux aux branches fragiles, traversant un banc de sars que mon Mérou éparpilla en passant parmi eux, faisant danser les reflets du soleil roux sur leurs flancs nerveux. Trente bars…Dix-sept mètres, quarante-huit minutes. Le mérou s’arrêta enfin : approchant sa grande bouche de coraux en fleurs dans lesquels il mordit avidement.

Rouges, les gorgones dansaient doucement sur l’autre versant du tombant. Mon compagnon de « Palanquée », ce gros mérou de quarante Livres au moins, s’en approcha puis pencha son corps pour atteindre le corail. C’était donc ça : depuis tout à l’heure il cherchait de la nourriture. Vingt bars…J’avais inutilement suivi ce poisson, attirée par son calme et l’éclat écarlate de ses écailles. J’aurais dû essayer de me fier au soleil. Je m’approchai doucement des gorgones pour les regarder de près. Elles étaient jolies, c’était une belle vision avant de devoir remonter et dériver dans l’immensité de l’océan, complètement perdue. Mais tandis que la peur flouait mes yeux une troisième fois je relevai brusquement la tête vers la surface. Je voyais ma vie défiler devant moi au rythme de ces gorgones rouges. Les événements les plus récents surgissant en premier. Notamment les paroles de Philippe avant le départ : « Je vous conseille de longer la « patate » juste en dessous de La Sirena. Il n’y a pas mal de gorgones rouges et même des coraux en fleur ». Rouges , comme celles que j’avais devant moi. Aussitôt mes yeux fouillèrent le lieu. Des flancs écarlates apparurent et à défaut de les voir, j’imaginais les têtes penchées au-dessus pour me chercher. Le mérou rouge était toujours là, il avait cessé de manger pour me regarder avec curiosité. Mon index et mon pouce formèrent une sorte de zéro tandis que je laissais les autres tendus, signant le OK universel des plongeurs. Gonflant ma Staab je m’élevai doucement. Quinze mètres ; Dix…Cinq…Trois. Je m’arrêtai à cette hauteur pour effectuer mon palier de sécurité. Mes yeux se posèrent sur le prisme rouge des écailles du mérou pendant les trois minutes réglementaires avant d’apparaître à la surface. Dix bars…Zéro mètres… Soixante et une minutes.




Rouges, mes yeux me brûlaient, des larmes coulaient franchement sans être retenues par un masque. Elles tombaient silencieusement dans l’eau que je regardais par-dessus le boudin écarlate de « La Sirena ». Mon père et Philippe m’étreignirent. Tout haut ce dernier expliqua aux autres

«Comme vous le voyez, si vous êtes perdus, fiez-vous aux rayons du soleil en surface ; il n’y a pas meilleur guide. »

« Mon sauveur n’avait du soleil matinal que la couleur » Murmurai-je tout bas, en regardant la surface de l’eau calmée. Philippe chercha mon approbation pour sa théorie sur le soleil rouge qui commençait à prendre la teinte dorée de l’éveil. Je hochai la tête sans nier. C’était le mien, le nôtre ; le secret d'une rencontre de bulles entre une plongeuse perdue et un grand mérou rouge.

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MessageSujet: Re: Bulles en pleurs et coraux en fleurs   Mer 12 Mar - 17:49

Vraiment super histoire bravo ! :D Deja que la première partie était excellente, mais la deuxième... sublime ! :bien:
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MessageSujet: Re: Bulles en pleurs et coraux en fleurs   

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Bulles en pleurs et coraux en fleurs
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