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Soft Spot. (A.)

 
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 Soft Spot. (A.)

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Caitríona Baxter
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MessageSujet: Soft Spot. (A.)   Dim 2 Juil - 21:41

Je griffonnai quelques vagues sur le bord de mon parchemin, sentant presque l’embrun marin chatouiller mes narines, tant mes pensées dérivaient comme une bouée dans mes souvenirs de bord d’océan. Cela me manquait plus que jamais, surtout depuis que l’hiver était fini, j’imaginais les docks grisâtres mais la température clémente, le vent et les vagues, le bruit des mouettes et les passants qui viennent à nouveau se promener. Mon ventre gargouillait presque, en pensant au beignet frit, au fish and chips… Je poussai un soupir pas très discret, enfonçant mon menton dans la paume de ma main, essayant de me concentrer à nouveau sur ce que disait Kelsey. J’avais raté le dernier devoir de métamorphose, je ne l’avais même pas encore raconté à Boban parce que je ne voulais pas qu’il me gronde, et je savais pertinemment qu’il aurait fallu que je redouble d’attention, mais nous faisions un cours très théorique qui m’ennuyait. Mes pieds se balançant dans l’air, je tapotai le sol du bout de ma chaussure usée, recommençant à prendre des notes au lieu de dessiner. A côté de moi était assis Timotee, un garçon de Poufsouffle avec qui je trainais souvent. Il était un peu coincé, je crois que ses parents étaient super riches et qu’il avait pas l’habitude d’être débrouillard, mais il était gentil quand même, et surtout il ne s’était jamais moqué de Boban ou de mes vêtements abîmés. Dans la bande de Gryffondor que je fréquentais, tout le monde se cherchaient un peu constamment, et mon origine sociale était souvent quelque chose qu’on pointait du doigt pour m’embêter. Même si depuis que j’avais frappé cet abruti de Sam, les gens prenaient un peu plus de pincettes et ne poussaient jamais trop loin la plaisanterie.

- Tu viens tout à l’heure ? me souffla Timotee en se penchant vers moi, tandis que Kelsey avait le dos tourné.
- Tout à l’heure ? Où ça ?
- Le goûter pour l’anniversaire de Zack ? Dans les cuisines ?
- Je croyais que c’était demain ?
- Non, finalement c’est aujourd’hui, après le dernier cours. Daisy a dit qu’elle cuisinerait un gâteau !
- Depuis quand Daisy sait cuisiner ?
- J’en sais rien, elle a dit qu’elle avait appris à faire un super gâteau avec des bonbons explosifs…
- On va vraiment manger un gâteau aux bonbons explosifs que Daisy a fait ?...
Timotee me regarda d’un air interrogatif, et tapa l’épaule de Brienne qui était assise devant nous. Elle se retourna légèrement, soufflant un « quoi » curieux.
- C’est vraiment Daisy qui cuisine le gâteau tout à l’heure ?
- Je ne mange rien qu’aurait cuisiné Daisy,
répliqua Brienne en me jetant un regard entendu. On ricana.
- Mais je croyais que c’était demain l’anniversaire ?
- Non, Zack voulait aujourd’hui, sinon Sam ne pouvait pas venir.
- Quoi ?! Il a invité Sam ?!
Je poussai un nouveau soupir. Qu’est-ce que les gens trouvaient à ce type, ça me dépassait… Mais ce soir je dois aller voir mon père, ça m’arrange pas, expliquai-je, légèrement agacée.
- Bah, tu iras demain, tu t’en fiches, répliqua Brienne comme si c’était évident.
- Non parce que demain –

Mais je n’eus pas le temps d’expliquer que demain Boban avait une mission à Pré-au-Lard puis que je devais garder des crapauds, car Kelsey se retourna et nous nous tûmes, l’air de rien, accusant sans ciller ses sourcils froncés, signe qu’elle avait deviné que nous bavardions. Je me penchai comme si de rien était sur mon parchemin, mes cheveux épais cachant mon regard. J’étais embêtée, d’un côté, je n’avais pas envie de rater la fête d’anniversaire avec tous mes amis, de l’autre, j’avais promis à Boban que je passerais, surtout que ça faisait quatre jours que je n’avais pas pu venir le voir à part en coup de vent, à chaque fois j’avais des devoirs ou un truc avec mes amis, et si pour la plupart des gens, quatre jours sans voir son père, c’était limite une libération, c’était personnellement l’inverse. Sauf que si j’allais le voir ce soir, il allait falloir que je lui parle de ma note de métamorphose, et ça ne m’enchantait guère non plus. Mais en même temps, c’était vraiment le seul soir de la semaine où je pouvais le voir, et en ce moment, j’avais le moins en moins le temps de le voir, donc c’était bête de laisser passer cette occasion. Mais je savais aussi que si je ratais le goûter d’anniversaire, dont tout le monde allait parler pendant encore une semaine, j’allais être larguée…

Je pris un bout de parchemin neuf et écrivis avec application dessus « Boban chéri, je suis désolée, mais en fait après les cours j’ai l’anniversaire de Zack, et je ne peux vraiment pas le rater, il y aura tout le monde et tout.. ! Je sais que demain on ne peut pas se voir, et samedi après-midi il y a le match de Quidditch (on ira sûrement célébrer après, tous mes copains disent que Gryffondor va gagner !) mais peut-être dimanche midi on peut déjeuner ensemble ? Il faudra juste que je rentre réviser à la bibliothèque mon interro de sortilèges. Je passerai te voir demain midi rapidement si j’ai le temps, d’acc ? Tha gaol agam ort, ta Cat ».


- Qu’est-ce que ça veut dire tha gaole agsam orrrt ? Je posai ma main sur le mot brusquement.
- Eh, on t’a jamais dit que c’était malpoli de lire par-dessus l’épaule de quelqu’un ? M’énervai-je dans un murmure. Personne ici ne semblait comprendre le concept d’espace personnel et ça commençait franchement à me taper sur le système. A nouveau, je pensais aux docks, aux grands espaces, la liberté, l’anonymat, et Boban aussi. Ça me manquait. Déjà, tu as prononcé n’importe comment. C’est du gaélique écossais. Ça veut dire je t’aime, expliquai-je, avec un peu de fierté dans ma voix. Ces nouilles de petits riches anglais n’y connaissaient jamais rien en gaélique.

La fin des cours me sembla durer des heures, et ensuite, nous partîmes tous pour le goûter d’anniversaire de Zack qu’on avait prévu de faire dans le parc, après un premier arrêt dans les cuisines où Daisy se trouvait déjà. Elle avait visiblement sécher le cours de potions pour cuisiner avec son ami Alistair, et en arrivant, nous les découvrîmes en train de hurler et de rire autour d’un gâteau qui explosait et envoyait des paillettes partout sur le sol, au grand damne des elfes de maison qui essayait de nettoyer les dégâts. Tout le monde se mit à rire, alors que je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir mal pour les elfes qui devaient s’occuper de tout. Alistair et Daisy étaient très gentils, mais ils n’avaient pas beaucoup d’empathie et d’intérêt pour les choses matérielles autour d’eux. Si je ne savais pas que Daisy vivait dans un HLM à Londres, j’aurais attribué ça à avoir été élevé avec une cuillère en argent dans la bouche – tout le monde à Poudlard avait un peu ce symptôme, et cela m’énervait énormément.

Je discutai un peu avec Brienne tandis que nous marchions tous vers le parc, et elle me racontait une histoire avec un Gryffondor plus âgé avec qui elle avait discuté à Pré-au-Lard ce week-end et sur lequel elle avait craqué. Il s’appelait Etienne et sa face ressemblait à un rectangle, mais je ne voulais pas couper sa joie, je la laissai donc parler et parler, commençant à nouveau à me sentir agacée – heureusement il y avait Isobel au loin qui comprenait le piège dans lequel j’étais et me faisait des grimaces pour me faire un peu rire. Ça m’aurait sûrement beaucoup plus amusé si elle n’avait pas ses nouvelles chaussures que sa tante lui avait offert et qui coûtait probablement plus que tout ce que je possédais dans mon armoire. Mais bref.

Décidemment, quelque chose me travaillait aujourd’hui et je n’arrivai pas à savoir quoi. Cela faisait quelques jours que j’étais un peu préoccupée, surtout depuis que je m’étais disputée avec deux garçons du groupe sur une histoire de Nimbus et de niffleurs qui, avec du recul, était stupide.

Sauf que non seulement ils se mirent à en reparler, mais la conversation se mit à dériver sur les vacances et sur où tout le monde allait aller. Zack racontait qu’il avait demandé pour son anniversaire un Nimbus, et qu’il voulait l’utiliser en Australie où ses parents l’amenaient cet été, ce à quoi Timotee répondit que « oh, l’Australie, c’est incroyable tu vas voir » et chacun y allait de son petit commentaire sur quel pays était le meilleur et pourquoi. Evidemment, tout le monde se moquait du choix de l’autre, Sam était « une tapette » parce qu’il adorait Venise ( ???? je détestais Sam mais j’étais assez intelligente pour savoir que ce genre d’insulte était débile, Boban m’aurait probablement arraché les yeux s’il m’avait entendu dire ce genre de choses) et Timotee adorait probablement le Japon parce que là-bas il avait tous une « bite aussi petite que lui ». Le niveau était décidemment très haut aujourd’hui. Je croquai rageusement dans ma part de gâteau  - celui au chocolat fait par les elfes, puisque je ne tenais pas à perdre mon palais avec celui de Daisy. Zack plaisanta sur mon été que j’allais sûrement passer « coincé à Poudlard », ce qui acheva de me mettre de mauvaise humeur. Sam se pencha à l’oreille de son voisin pour glisser quelque chose qui, j’en étais sûre, était une blague sur Boban qu’il ne voulait plus dire tout haut de peur que je l’égorge. Mon sang bouillonnait.

J’étais stupide. Ici, avec les autres, je ne me sentais jamais vraiment chez moi – et surtout, je ne l’étais pas la bienvenue.

Je laissai le goûter continuer, mais au bout d’une petite heure, j’annonçai que je partais rejoindre mon père – « oh le bébéééé » s’exclama Zack, faisant rire Brienne et Isobel, et je lui envoyais pour toute réponse un morceau de gâteau aux bonbons explosifs dans la figure. La vision de ses cheveux blonds en pétard, si bien coiffés habituellement, me mit un peu de baume au cœur.

Je marchai jusqu’à la cabane de Boban, espérant le trouver, et toquai en suivant notre petit code d’agent secret qui indiquait que c’était bien moi. Il ne tarda pas à ouvrir – derrière, sur la table, s’empilait une montagne de papiers administratifs qu’il était visiblement en train de remplir, le courant d’air de la porte ouverte les agita. Je lui sautai dans les bras, le serrant très fort. Son torse sentait son odeur, un mélange de terre, de fraîcheur, et quelque chose de très chaud et très fort, une vraie odeur de papa bien réconfortante. Je soupirai, rassurée un instant.


- Finalement, c’était trop nul le goûter, j’ai préféré venir, et puis tu me manquais trop, expliquai-je, touchant clairement sa corde sensible. Je peux rester, tu n’as pas trop de travail ? Demandai-je en lui faisant mes grands yeux doux pour l’amadouer.

J’étais certaine qu’il ne me dirait pas non, car j’étais persuadée que je lui manquai aussi, de toute façon. M’installant dans l’un des vieux fauteuils, je callai mes jambes sous mes fesses et commençai à jouer avec mes cheveux.


- On se fait un chocolat chaud ?

C'était un peu une tradition entre nous. Comme Boban s'agitait, je m'approchai, et lui tirai la manche pour qu'il vienne près de moi et qu'il s'installe sur le fauteuil, et moi sur ses genoux, mes deux jambes par dessus l'accoudoir. Les deux tasses volèrent jusqu'à nous, et je soufflai sur le liquide qui sentait bon le chocolat chaud de chez Honeydukes - j'avais offert un paquet à Boban il y a quelques semaines. C'était mille fois meilleurs que le celui premier prix qu'on achetait habituellement.

- J’ai passé la journée à penser à Ilverness et aux docks, ça me manque trop en ce moment, pas toi ? J’aimerais trop y retourner…

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Angus Baxter
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MessageSujet: Re: Soft Spot. (A.)   Mar 4 Juil - 17:31

Faire une folie : c’était quelque chose que je ne pensais jamais faire, quelque chose de réservé aux gens différents de moi, quelque chose à jamais en dehors de mes possibilités. Pourtant je l’avais fait, le paquet que je tenais en témoignais, et je rentrais de Pré-au-Lard avec un curieux sentiment de culpabilité mêlé à une excitation qui papillonnait dans mes veines. C’était mal, sans doute, mais j’étais heureux : pour la première fois je pouvais agir ainsi et je souriais sans pouvoir me retenir, imaginant d’avance la joie et la surprise sur le visage de ma fille. Depuis quelques temps enfin, mes finances allaient beaucoup mieux, j’avais mis un point d’honneur à rembourser et renflouer les casseroles que je me traînais ; notre train de vie était tel que je ne dépensais rien à part pour ma nourriture, si bien qu’enfin et pour la première fois de ma vie je sortais la tête de l’eau. L’effet était si soudain et inconnu qu’il m’en donnait presque des vertiges. C’était donc ça, vivre normalement ? Bien sûr je n’étais pas dupe – mon poste à Poudlard n’était pas infaillible et j’avais trop l’habitude des existences déséquilibrées pour me fier à cette vision parfaite et ne pas croire qu’elle durerait. Mais je savais que j’avais un peu de temps pour souffler. J’avais tout de suite pris la décision : ce mois-ci, je voulais faire la surprise à Cat et l’emmener faire les magasins pour lui acheter des chaussures et des vêtements, plus que je n’en avais jamais pu lui offrir. Elle grandissait et elle changeait, je voulais qu’elle se sente bien, et je voulais essayer de laver un peu ce qui nous collait à la peau, à savoir les vêtements d seconde main et les chaussures d’occasion, trop petites ou abîmées. Je ne pouvais pas prétendre à lui acheter uniquement des choses neuves et une foule de choses, mais c’était la première fois que je pouvais l’emmener une après-midi dans plusieurs boutiques, et ce sentiment m’emplissait de fierté. Nous l’avions bien mérité, au fond. La petite folie que je venais de faire était la clef de ma surprise : quelques week-ends auparavant, alors que nous nous promenions à Pré-au-Lard, elle avait repéré dans une vitrine un ensemble « trop cool », une jupe évasée argenté holographique (elle m’avait appris le mot) associé à un t-shirt simple jaune pâle à col rond. J’avais serré les dents et senti l’amertume de l’humiliation : un parent lambda aurait pu offrir cela à son enfant sans se poser de questions. Pas moi. Mais aujourd’hui, maintenant que j’avais la confirmation que mes comptes se stabilisaient, j’étais parti acheter la tenue en entier, en ayant tout de même l’impression, dans la boutique, d’être un parfait imposteur.

Depuis, je n’arrêtai pas d’y penser : j’avais hâte qu’elle passe une soirée avec moi pour lui donner son cadeau, et lui dévoiler mon plan. Rien ne comptait plus pour moi que lui faire plaisir.

Malheureusement, les choses étaient un peu compliquées que cela et ajoutait un peu de gris au ciel de mes journées. Poudlard était un endroit où il faisait globalement bon vivre, mis à part tous les petits détails qui me déplaisaient et me ramenaient sans cesse à ma « condition ». Mais j’avais beaucoup de travail et il me semblait que je jouais de malchance ces derniers temps : dès que j’avais un moment de libre, en fin de journée ou en soirée, c’était Cat qui était occupée. Elle révisait, ou bien elle partageait des moments avec ses camarades, ce que je ne pouvais qu’encourager. Sauf que j’étais si peu habitué d’être ainsi distancé d’elle que j’en devenais plus maussade qu’à l’habitude, plus solitaire aussi, si c’était possible. Récemment, Rose, que je n’avais pas trop vu ces deux dernières semaines, m’avait relancé pour que nous dinions ensemble. J’appréciais de plus en plus sa compagnie mais j’avais feinté deux excuses déjà, car potentiellement Cat devait venir me voir, et je ne voulais pas lui donner l’impression que je n’étais pas disponible pour elle. Elle était fragile malgré tout, et son caractère de battante ne l’empêchait pas d’avoir besoin de repères et de sécurité ; ce qui était mon rôle. Le reste, mes préoccupations, tout cela passait après.

Après avoir reçu sa petite lettre pour m’indiquer qu’elle se rendait en fête à un anniversaire, je me sentis un instant agacé : les élèves qu’elle côtoyait, j’en avais fait le tour maintenant, et je n’étais pas certain qu’ils soient très ouverts et très bienveillants avec elle, et subitement cela me contrariait beaucoup. Puis je pris sur moi et ravalai ma rancœur, Cat me manquait, voilà tout, et j’étais content qu’elle socialise et qu’elle s’amuse. Ce n’était pas les occupations qui me manquaient : je m’étais lancé dans le projet de remettre à jour toutes les archives du château, et je m’y attelai sans plus tarder, sautant même le repas sans y prendre attention. Ce n’était pas la première fois.

Après une bonne heure, les petits coups caractéristiques de Cat se firent entendre, et je me levai, vaguement inquiet. Pourquoi venait-elle ici finalement ? Elle me sauta dans les bras et je la serrai fort dans mes bras, lui piquant des baisers partout sur la tête et respirant cette odeur de crème et de sucre qui lui était si familière. En une seconde, elle m’avait redonné le sourire, et je me mis à la chatouiller pour l’embêter.


- Finalement, c’était trop nul le goûter, j’ai préféré venir, et puis tu me manquais trop. Je peux rester, tu n’as pas trop de travail ? Elle avait ce petit sourire qui me rendait incapable de lui dire non, et elle le savait très bien. Je la laissai s’installer sur le fauteuil. On se fait un chocolat chaud ?

- Quelle bonne idée ! Et pourquoi c’était nul, raconte-moi ? Moi aussi tu me manques mon petit chat, installe-toi je m’occupe de tout.

Plus guilleret, je laissai de côté ma pile d’archives et agitai ma baguette pour nous servir le bon chocolat chaud crémeux de chez Honeydukes et j’assortis le tout de quelques petits biscuits – tout d’un coup, la faim faisait gargouiller mon ventre. Je m’installai ensuite tranquillement tout contre elle et me mis à lui caresser les cheveux tandis qu’elle buvait sa tasse de chocolat, qui lui fit une petite moustache de lait que j’essuyai du bout des doigts. J’étirai mes jambes moi aussi, soupirant alors de plaisir, tout à mon aise.

- J’ai passé la journée à penser à Inverness et aux docks, ça me manque trop en ce moment, pas toi ? J’aimerais trop y retourner…

- Hmmm ? J’avais à moitié écouté, buvant à mon tour et grignotant un petit gâteau. Nous étions si bien installés que tous mes muscles se détendaient et que je sentais la fatigue prendre possession de mon corps. Eh bien, on pourra peut-être y retourner quelques jours, pendant les vacances par exemple, qu’en penses-tu ?

Je faisais mine de rien, comme si cette proposition était toute naturelle, mais une nouvelle fois de la fierté s’empara de moi. Du bout des doigts, je gratouillais la tête de Cat comme un petit chat, laissant mes pensées vagabonder.

- Tu ne m’as pas dit tes dernières notes, ça a été ? Et tu as réussi ton devoir de Potions ?

Pour l’instant elle se débrouillait plutôt bien et j’en étais très fier ; j’avais hâte d’en savoir un peu plus sur sa vie de ces derniers jours, et je pensais à son cadeau que j’allais ensuite lui donner et qui la rendrait excitée comme une puce, pour ma plus grande joie.

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Caitríona Baxter
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MessageSujet: Re: Soft Spot. (A.)   Lun 24 Juil - 21:28

J’adorais sentir le parfum distinct de Boban, de ses vêtements. Nous avions toujours beaucoup bougé, et quand les gens évoquaient « le parfum de chez soi », je pensais simplement à celui de Boban car il était la seule constante que je connaissais. Même lorsque nous n’avions plus eu de toit, Boban était mon repère et ma maison. Rentrer chez soi signifiait rentrer là où il était, et quand je le serrais dans mes bras, le nez contre son torse, son odeur partout autour moi, j’avais l’impression d’enfin pouvoir baisser la garde. Je me sentais en sécurité là où il était.

J’avais un peu du mal à m’habituer à cette petite cabane car je n’y vivais pas vraiment, pour la première fois de ma vie chez Boban n’était pas vraiment mon chez mo ; j’avais mon dortoir et il avait sa maisonnette. L’odeur du bois humide et chaud, du feu dans la cheminée, le thé fumant, toutes ces choses m’étaient toujours étrangères, même si je venais très souvent voir Boban. Ce que je préférais, c’était la proximité avec la forêt, opaque, vert brûlant et mystérieuse ; si je m’y aventurais, elle m’aurait aspiré toute entière. Elle était comme une porte de sortie rassurante, si jamais nous devions fuir, les arbres et leurs branches épaisses se noueraient autour de nous jusqu’à nous avaler et nous couper de l’extérieur. Depuis que j’étais petite, chaque fois que nous déménagions et que nous découvrions un nouvel endroit, je cherchais une échappatoire pour disparaitre dans la nuit si le besoin survenait. Dans mon dortoir, je me sentais enfermée, prisonnière de la tour, des étages aux escaliers mutins et aux longs couloirs sombres ; pire encore, j’étais terriblement loin de Boban, et je ne serais jamais partie nulle part s’il n’était pas à mes côtés. Je nous sentais un peu éloigné, pour la première fois mon quotidien n’était pas le sien. Bien sûr, il avait toujours travaillé, j’étais habituée à être seule, mais nos vies restaient étroitement liées, il rentrait le soir, m’aidait dans mes leçons, nous rigolions ensemble bêtement et nous endormions l’un contre l’autre, surtout l’hiver quand il faisait froid. A Poudlard, tout était tellement différent. Parfois, j’avais l’impression que cette vie-là était un puzzle, j’étais une pièce que l’on essayait de faire rentrer, mais je n’étais pas la bonne forme, et cela ne servait à rien de forcer, je n’appartenais tout simplement pas à cet endroit. Peut-être que Boban et moi étions deux pièces qui s’agençait ensemble et seulement ensemble, nulle part ailleurs et avec personne d’autre…


- Quelle bonne idée ! Et pourquoi c’était nul, raconte-moi ? Moi aussi tu me manques mon petit chat, installe-toi je m’occupe de tout.

Tel le petit chat qu’il décrivait, je me sentais ronronner de plaisir. J’étais enfin dans élément, j’étais la petite princesse de Boban et je le savais très bien. J’adorais aussi voir qu’il s’illuminait quand j’arrivais, délaissant son travail qui le préoccupait toujours beaucoup, il se détendait, et en retour, je me sentais tellement plus légère, la mauvaise humeur de la journée s’envolant dans les volutes du chocolat chaud que Boban commençait à préparer.

- Parce les autres sont débiles, expliquai-je en haussant les épaules.

Je n’avais pas envie de rentrer spécialement dans les détails. Je ne voulais pas que Boban comprenne que je me sentais mal de ne pas pouvoir raconter dans quel pays je partais en vacances, parce que je ne connaissais même pas le concept de vacances, je le connaissais, il allait se sentir fautif de ne pas avoir pu m’offrir tout ça… Sa tristesse et sa culpabilité m’étaient difficilement supportables, même si au fond de moi, quelque chose m’énervait aussi. C’était comme s’il se laissait faire, alors qu’au fond, ce n’était pas sa faute, il avait tout fait avec les circonstances, et lui qui me disait toujours de garder la tête haute, pourquoi n’en faisait-il pas de même ? Pourquoi n’avais-je pas le droit de m’énerver contre ces débiles de petits riches snobs et immatures sans avoir à m’inquiéter de ne pas faire culpabiliser Papa ?!

Pour l’une des premières fois de ma vie, j’avais l’impression qu’il ne pourrait pas comprendre si je lui disais tout cela, et je ne sais pas quel cœur cela brisait-il le plus, le mien ou le sien ?


- Hmmm ? Eh bien, on pourra peut-être y retourner quelques jours, pendant les vacances par exemple, qu’en penses-tu ?

Ce n’était pas la réponse que j’attendais. Par la fenêtre, le vent soufflait sur l’herbe du parc, la couchant, créant des motifs étranges, et je me perdis quelques instants dans sa contemplation. Je mourrais d’envie d’être dehors, à nouveau, réellement dehors, là où les murs de pierre n’existaient pas, ni les obligations, là où il n’y avait que moi et Boban.

- Tu ne m’as pas dit tes dernières notes, ça a été ? Et tu as réussi ton devoir de Potions ?

Décidemment, il poussait tous mes mauvais boutons ?! Je me renfrognai, sentant sa colère arriver. Il n’allait pas crier, seulement me gronder, être déçu, et évidemment derrière, tout ce qui se jouait ; il fallait que je sois aussi forte que les autres, malgré tout, pour prouver que Boban n’avait pas raté son éducation, que le manque d’argent n’empêchait pas que l’on soit intelligent. Je savais très bien qu’il y avait cette pression en plus, Boban ne me l’avait jamais vraiment dit, mais il n’en avait pas besoin. Je me redressai légèrement, affrontant son regard. De l’extérieur, on aurait pu croire que ce marron foncé, presque noir, était froid, mais moi, je savais qu’il était aussi chaleureux et doux que celui du chocolat qui tournoyait dans ma tasse, rempli de tendresse et de fragilité. Boban n’était pas cet ermite qu’il pensait être. Je plissai les yeux, confiant ma mauvaise note avant même d’ouvrir la bouche – il comprenait sans que j’ai besoin de parler, mais je savais qu’il attendait des explications.

- Oui, ça allait, mais j’ai eu une mauvaise note à celui de Métamorphose de la semaine dernière. Je lui fis ma moue désolée la plus convaincante. Mais j’ai du mal à me concentrer en ce moment, les cours sont trop académiques, tu étais un prof’ beaucoup plus intéressant...

Boban n’était pas dupe, je le brossai clairement dans le sens du poil, et ce n’était pas innocent mais je savais aussi que ça marchait toujours. Boban était non seulement tellement seul que j’étais sa seule source d’amour, mais j’étais aussi la chose la plus importante dans sa vie et la moindre reconnaissance que je lui apportais valait bien tout le reste. De l’extérieur, on m’aurait sûrement cru manipulatrice ou trop gâtée, mais en réalité, personne ne comprenait ce qui unissait Boban et moi. Il était réellement la seule personne qui comptait pour moi, et inversement, nous le savions tous les deux, et tout ce que je lui disais, je le pensais sincèrement, nous étions incapable de nous manipuler l’un l’autre car nous nous connaissions trop par cœur. Avec lui, mon cœur était à découvert, je ne savais pas lui mentir…. Et c’est pour le mieux comme pour le pire.

- Je n’ai pas envie de retourner à Inverness pour quelques jours, j’ai envie d’y retourner vraiment… Parfois j’ai l’impression qu’en fait on n’appartient pas à Poudlard, tu ne trouves pas ? On est tellement éloigné ici en plus ! Je me dis que… Hmm, que notre monde est ailleurs, que… Que c’est quand on est tous les deux, tout le temps, qu’on est libre, non ? Personne ne nous comprend vraiment ici, tu ne crois pas ? Demandai-je en lui jetant un regard à la fois lourd de sens et d’interrogation – tout dans ma tête était tellement compliqué, au fond, que je n’étais même sûre de tout ce que je disais.


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MessageSujet: Re: Soft Spot. (A.)   Ven 11 Aoû - 16:46

Souvent je me plaisais à imaginer ce que Cat serait dans deux, cinq, dix ou quinze ans ; imaginer la jeune femme et la femme qu’elle deviendrait un jour pouvait occuper tranquillement mes pensées sans que je les retienne. Je savais déjà qu’elle ne se départirait jamais de son tempérament franc et entier, tout comme elle garderait probablement cette part en elle de tendresse et de sensibilité qui caractérise presque toujours les enfants de sa trempe, mais pour le reste ? Je me demandais ce qui prendrait un jour le dessus, ce qu’elle choisirait de développer ou de laisser derrière elle, et si je n’avais pas les réponses à chaque fois j’étais un peu plus certain de la personne extraordinaire qu’elle serait, toute en subtilité et en force, et j’en ressentais un petit pincement de satisfaction. Non pas que tout le mérite m’en revenait, car même si je l’élevais elle restait unique et un être bien différent de moi, mais parce que j’étais particulièrement fier de moi de l’avoir écartée des chemins qu’elle aurait pu prendre, ceux de notre entourage, ceux de sa mère ou de nos familles, qui jusqu’à présent n’avaient jamais été gage de réussite ou de stabilité. Elle ne s’en rendait bien sûr pas compte pour l’instant, surtout après son enfance plutôt chaotique, mais je sentais au fond de moi que fondamentalement elle restait pleine de ce champ des possibles et qu’il n’avait pas été totalement anéanti par les obstacles et les épreuves que nous avions dû surmonter. Pourtant, il y en avait eu et j’étais toujours désagréablement conscient que ce que nous avions traversé tant bien que mal pouvait agir comme une ombre au-dessus d’elle, mais j’espérais réussir à lui maintenir tout de même la tête hors de l’eau. Voilà pourquoi Poudlard était aujourd’hui une situation qui dépassait toutes mes attentes ; non pas que j’apprécie pour ma part particulièrement d’être dans ce monde qui semblait coupé de la réalité du monde, mais parce que j’avais enfin un toit et une situation dans la normalité des choses, et qu’enfin je pouvais offrir à ma fille ce que les petites filles de son âge pouvaient espérer. Le paquet qui l’attendait me remplissait toujours autant d’aise, et je continuai à lui gratouiller distraitement la tête en laissant mes pensées se dénouer un peu.

- Oui, ça allait, mais j’ai eu une mauvaise note à celui de Métamorphose de la semaine dernière. Je fronçai légèrement les sourcils. Mais j’ai du mal à me concentrer en ce moment, les cours sont trop académiques, tu étais un prof’ beaucoup plus intéressant...

- Cat… commençai-je, vaguement mécontent. Ses deux grands yeux me regardaient de cette manière affectueuse et charmante, et je ne pouvais pas leur résister. Mais elle le savait très bien, et je dus me forcer un peu à garder les pieds sur terre. Mauvaise comment ? Tu sais très bien que ce n’est pas une raison, et d’abord je ne suis pas prof, alors tu ferais mieux d’un peu plus te concentrer, je ne veux pas que tes notes chutent, c’est bien compris ? Et si tu as des problèmes, tu me demandes et on regarde tes devoirs ensemble.

Tout d’un coup je la sentis soucieuse, comme si elle avait quelque chose de plus grave à me dire, et je me mis à espérer qu’elle n’avait pas eu d’autres mauvaises notes ou qu’on ne l’avait pas reprise sur sa conduite, car le cadeau que je comptais lui donner ne devait pas féliciter un mauvais comportement. J’avais toujours été strict là-dessus car c’était l’une des rares choses que je pouvais réellement contrôler dans nos vies ; l’argent, le logement, les aléas et les complications m’échappaient mais pas l’éducation de ma fille et je mettais un point d’honneur à ce qu’elle soit obéissante, bien élevée et responsable. J’aurais préféré qu’on me pende plutôt que ma fille soit considérée comme une bonne à rien du fait de notre milieu social et de nos revenus.

- Je n’ai pas envie de retourner à Inverness pour quelques jours, j’ai envie d’y retourner vraiment… Parfois j’ai l’impression qu’en fait on n’appartient pas à Poudlard, tu ne trouves pas ? On est tellement éloigné ici en plus ! Je me dis que… Hmm, que notre monde est ailleurs, que… Que c’est quand on est tous les deux, tout le temps, qu’on est libre, non ? Personne ne nous comprend vraiment ici, tu ne crois pas ?

Cette fois, mes pensées cessèrent de se diluer et je revins brutalement dans la réalité, posant ma tasse de chocolat chaud et me redressant. Tout d’un coup c’était comme si le monde redevenait tout gris et pluvieux après avoir été un instant ensoleillé et plein d’un parfum fleuri – mais ce n’était pas cela, le quotidien, je ne me faisais pas d’illusions. Je fronçai les sourcils et regardai Cat qui venait, probablement sans le savoir, de broyer mon cœur en l’espace de quelques mots, de quelques phrases. Elle ne se plaisait vraiment pas ici, c’était cela qu’elle était en train de me dire. Je savais bien qu’il était difficile pour elle de s’adapter et de se faire une place, des vrais amis, je savais tout cela car j’avais le même problème, nous n’étions pas du même moule que tous ces gens et ne le serions jamais. Elle me manquait tous les jours, je me sentais un peu plus différent du reste du château tous les jours, je trouvais à redire tous les jours, tout simplement parce que ce monde n’était pas le nôtre, mais mon regard d’adulte m’aidait à voir le mieux et le plus appréciable, je goûtais la stabilité et la sécurité que nous n’avions jamais connues, j’envisageai enfin l’avenir d’un autre angle, car lorsque je me couchais le soir je savais qu’à la fin du mois mon salaire serait suffisant et nous donnerait tout ce dont nous avions besoin… C’en était fini de ces longues nuits d’incertitude et d’angoisse parce que je craignais de n’avoir plus une Noise pour nourrir mon enfant ou lui permettre d’apprendre et de s’habiller, mais cela c’était propre à moi, et je ne pouvais pas lui en vouloir.

- Bien sûr que note monde est ailleurs, répondis-je d’une voix douce mais voilée d’un abattement que je peinais à cacher. Je sais bien que c’est difficile pour toi, mais pour une fois tout est beaucoup plus sûr tout de même, tu ne trouves pas ? Elle avait sa petite moue mi-triste mi-préoccupée, et je sentis mes tripes se tordre encore un peu. Quoi qu’il se passe je savais que je ne pourrais jamais lui résister, et que la savoir malheureuse prendrait le pas sur tout. C’est vraiment ce que tu penses, ma chérie ?

Tristement, je me dis que selon sa réponse il me faudrait rendre le cadeau que je lui avais fait, car si nous revenions sur notre décision et reprenions la route, je ne pouvais plus me permettre de perdre un centime.

- Ma princesse, je sais que Poudlard et un environnement qui ne te plaît pas et que tu as du mal à t’y faire, je sais qu’on n’est pas à nos places, je sais tout ça. Mais je pense qu’il faut essayer encore un peu, tu sais… Pense à tout le reste, cette maison, les repas, les cours. Si on s’en va, ça ne sera plus la même chose. Tu en es bien consciente, n’est-ce pas ?

Je lui pris la main et tout d’un coup je sentis le poids de la suite, menaçant et presque insupportable, mais je ne pouvais pas me laisser aller à quelque chose qui ne prenait pas en compte les choix de Cat.

- Si tu veux partir, alors on partira, je ne te forcerai jamais à rester ici si c’est trop difficile pour toi, mais je veux que tu réfléchisses vraiment à cette question et que tu choisisses avec toute la raison dont tu es capable.

Après tout, ce n’était rien que nous n’aurions jamais connu, et finalement peut-être que Poudlard n’était qu’une parenthèse pour me permettre de remettre mes finances sur pieds, et que nous n’étions pas destinés à vivre cette vie-là de toute façon.

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Caitríona Baxter
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MessageSujet: Re: Soft Spot. (A.)   Dim 24 Sep - 19:00

Toujours installée contre Boban, je guettai sa réaction qui ne tarda pas, il se redressa et fronça ses sourcils, digérant l’information. Je le voyais bien dans ses traits tirés et fatigués, ce n’était pas facile pour lui de m’entendre dire ça, j’en étais consciente (… n’est-ce pas ?). Je reconnaissais son air songeur, il réfléchissait à quoi me dire exactement, mon cœur battait un peu plus fort dans ma poitrine. J’étais perdue ces derniers temps, j’avais la sensation que toutes mes bases avaient été chamboulées, mon quotidien était plus sûr mais tellement différent que je ne savais plus comment faire et comment me comporter. La vie d’avant me manquait, parce qu’aussi difficile et instable qu’elle était, je la connaissais et j’étais dans un monde à mon image. Ici, rien ne me ressemblait, rien ne nous ressemblait.

- Bien sûr que note monde est ailleurs. Je sais bien que c’est difficile pour toi, mais pour une fois tout est beaucoup plus sûr tout de même, tu ne trouves pas ? C’est vraiment ce que tu penses, ma chérie ?

Son regard était plongé dans le mien, ses iris assombries, et je déglutis. J’avais la terrible sensation de n’être sûre de rien, me donnant envie de pleurer de frustration, mais je restais composée. J’avais toujours su cacher mes émotions, j’étais peut-être un peu « brute de décoffrage » comme disait Boban pour m’embêter, mais en grandissant, j’avais toujours dû faire attention à ce que je dégageais, j’avais appris que les gens n’étaient pas toujours compréhensifs ou bien intentionnées, que les secrets se protégeaient et qu’il fallait toujours se méfier. Mais avec Boban, c’était différent, il lisait en moi comme dans un livre ouvert et il n’était pas rare que je finisse par lui sangloter dessus après qu’une discussion m’ait un peu trop remuée.

- Je ne suis pas sûre, avouai-je d’une petite voix.

Mais j’étais sûre que notre monde était ailleurs. Je repensais à Inverness, une amertume naissant à nouveau dans mon cœur. J’adorais tellement cette ville, elle était à l’image de Boban et moi… Un peu hors du temps, ce genre de grande ville un peu oubliée, pleine de petits magasins vieillots et de pubs avec des ivrognes qui regardaient le football mais qui offraient toujours des tournées. J’adorais la mer toute proche, les Lochs que nous allions explorer, en profitant pour faire peur à certains touristes avec des histoires de monstres terribles – Boban avait des talents de conteurs incroyables. J’aimais les petits fish’n’chips où on allait parfois quand Boban avait un peu plus d’argent que prévu à la fin du mois, les fripes qu’on faisait, la nourriture qu’on piquait discrètement quand les fins de mois étaient moins clémentes. Peut-être que je rêvais cette vie, peut-être que j’oubliais un peu les moments plus difficiles, Inverness avait été génial parce que ça avait été une période plutôt stable financièrement, pas forcément à l’image de toute notre vie hors de Poudlard.


- Ma princesse, je sais que Poudlard et un environnement qui ne te plaît pas et que tu as du mal à t’y faire, je sais qu’on n’est pas à nos places, je sais tout ça. Mais je pense qu’il faut essayer encore un peu, tu sais… Pense à tout le reste, cette maison, les repas, les cours. Si on s’en va, ça ne sera plus la même chose. Tu en es bien consciente, n’est-ce pas ?

Je serrais sa main entre la mienne. Il savait, il comprenait… J’aurais dû me sentir rassurée ici, à Poudlard, mais bizarrement, je me sentais presque plus inquiète, comme si j’avais un mauvais pressentiment. Il y avait tellement plus que j’aurais voulu confier. Je voulais dire à Boban que j’étais énervée de cette histoire de vacances et de voyages, de tous mes amis qui allaient aux quatre coins du monde alors que je n’avais jamais quitté la Grande-Bretagne, et ça m’était égal, je n’avais jamais été malheureuse de ne pas voyager, je n’en voulais pas à Boban ; j’étais en colère parce que les gens pensaient qu’ils étaient mieux que moi parce qu’ils voyageaient, ou supposaient que je devais être jalouse ou même triste. Boban avait fait de son mieux, toute mon enfance, pour me rendre heureuse, je l’avais vu s’affamer pour être sûr que j’ai assez dans mon assiette, je n’avais pas besoin d’un voyage, j’avais la chose la plus précieuse au monde : un père qui m’aimait plus que tout. Malheureusement, je ne pouvais pas expliquer tout ça à Boban, je le connaissais trop bien, il se serait senti coupable de ne pas pouvoir m’offrir ces choses-là, de m’avoir donné cette vie qui me différenciait tant des autres. Pourtant, moi, je n’avais pas honte, au contraire, cette vie était celle qui m’avait forgé. Secrètement, j’en voulais à Boban, parce que sa capacité à culpabiliser de tout dès que j’étais concernée, d’être si inquiet de ce que pensait les autres de nous à cause de notre argent… Il mettait une telle pression inutile sur nous, sur lui, et pire encore, j’avais peur que parfois elle nous éloigne, tant je n’osais lui confier exactement ce que je ressentais.

- Si tu veux partir, alors on partira, je ne te forcerai jamais à rester ici si c’est trop difficile pour toi, mais je veux que tu réfléchisses vraiment à cette question et que tu choisisses avec toute la raison dont tu es capable.

Quelque chose se décompressa en moi : si je voulais, nous partirons. Savoir que je n’étais pas enfermée ici pour toujours, que Boban prendrait en compte mon bonheur, mes envies, que j’étais libre en somme… Tout cela calma mon inquiétude, et je me sentis sourire. Je n’étais sûre de rien, d’où était exactement notre monde, si Poudlard était fait pour nous, si nous y resterions pour toujours, mais au moins, ce n’était pas la seule option. C’était quelque chose que j’adorais avec Boban et qui surprenaient souvent les gens, même s’il était mon papa et qu’il était sévère, il prenait toujours en compte mes opinions et me considérait comme une fille responsable. J’avais été forcée de l’être rapidement, Boban le savait, et c’était aussi pour cela qu’il me faisait confiance, même si ça ne l’empêchait pas d’être persuadé de tout savoir mieux que moi sur ce qu’il me fallait et ce qui était bon pour ma vie.

- C’est gentil Boban, murmurai-je en enfouissant ma tête contre lui pour qu’il me serre fort. Je ne crois pas que je veuille vraiment partir maintenant, peut-être que je m’emballe un peu parce que j’ai dû mal à m’habituer à tout ça mais je... Tu promets si un jour ça ne va vraiment pas, on pourra partir ?

Je soupirai et écartai mon visage de son torse pour le regarder et lui sourire un peu. Il avait l’air triste, et cela me faisait énormément de peine.

- Pardon d’avoir été moins là ces derniers temps, c’est un peu compliqué, j’essaie de me faire des amis et du coup ça me demande d’être là pour eux, sauf que je veux pas que ça empiète sur nous... Tu m’en veux ?

Je me demandais à quel point Boban voulait rester à Poudlard, s’il était vraiment heureux ici… J’avais l’impression qu’il était comme moi, un peu seul, qu’il avait pas beaucoup d’amis – il avait toujours eu plus de mal que moi, c’était sûr, mais il avait des gens sur qui compter dans sa vie, et ici, j’avais l’impression qu’il n’y avait que moi.

- Mais je suis inquiète pour toi aussi, je ne veux pas que tu sois tout seul quand je ne suis pas là... Je sais que tu aimes bien Rose, mais peut-être qu’il faudrait que tu rencontres d’autres gens, d’autres profs, ou peut-être à Pré-au-Lard ?! Je sais que tu es un petit ermite mais j’aime bien quand tu es entouré et quand tu as plus d’amis. Tu trouves pas que tu es plus heureux quand c’est le cas en plus ?! Parfois j’ai l’impression que tu passes ton temps à travailler puis à m’attendre, je veux que tu ais une vie à toi aussi…

C’était le grand problème de notre relation et de ma vie, nous étions une entité malheureuse si séparée, je voulais Boban toujours près de moi mais je voulais aussi qu’il pense à lui, sans forcément que cela inclue de penser à moi d’abord.


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Angus Baxter
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MessageSujet: Re: Soft Spot. (A.)   Jeu 5 Oct - 20:12

- Je ne suis pas sûre, me fit-elle avec un air de petit chaton triste. Instinctivement, j’avais envie de la serrer fort ou d’enfouir ma tête dans ses cheveux pour sentir son odeur si douce et familière, mais je ne le fis pas, parce que je savais que c’était à moi, toujours à moi, d’être le roc et de la rassurer, et pas l’inverse. Mais j’avais un amour tellement infini pour elle que tout ce qui se rattachait à elle consistait pour moi un petit paradis. Je me doutais qu’au fond elle me disait cela pour que je lui laisse entendre que tout était possible – elle était ainsi parfois, elle avait besoin de savoir que les barrières lui étaient ouvertes pour être rassurée, comme si elle avait souffert d’avoir été trop en cage. C’est gentil Boban. Je ne crois pas que je veuille vraiment partir maintenant, peut-être que je m’emballe un peu parce que j’ai dû mal à m’habituer à tout ça mais je... Tu promets si un jour ça ne va vraiment pas, on pourra partir ?

Revenue contre moi, elle ne put pas voir mon petit sourire à la fois amusé et rassuré : je la connaissais sur le bout des doigts. Je me remis à lui gratouiller le dos, toujours un peu pensif. L’heure n’était pas encore venue de quitter Poudlard et c’était tant mieux, mes préoccupations pouvaient reculer de quelques pas pour le moment. Mais j’avais l’impression que, comme d’habitude, tout me pendait au nez et rien n’était définitif. Je crois qu'au fond j'étais trop habitué à cette vie en pointillés et pleine de galères, elle avait commencé tôt et la vie de nomades de mes parents n'y étaient sans doute pas pour rien. De toute façon le principal était Cat, bien sûr ; de subvenir à ses besoin et de lui donner le meilleur, et si j'étais certain que pour l'instant Poudlard était la meilleure de ses options, j'avais suffisamment vécu pour savoir que rien n'était à la hauteur de ses promesses, et que s'il nous fallait quitter le château, nous trouverions toujours autre chose pour rebondir.

- Bien sûr, ma princesse, je promets. Mais je pense qu'il faut encore essayer un peu et tenter de s'habituer, cela fait trop peu de temps que nous sommes ici, et c'est un trop grand changement dans nos vies pour ne pas lui laisser plus le temps de s'épanouir. N'est-ce pas ?

Je lui fis un sourire, et un petit baiser sur le front. Ce n'était plus une enfant. Je savais qu'elle comprenait qu'il fallait qu'elle soit courageuse, qu'elle soit « ma grande fille » comme je l'appelais quand elle faisait quelque chose dont j'étais fier.

C'était étrange mais j'avais toujours un pincement au coeur quand je lui promettais quelque chose, à présent — trop de souvenirs se rattachait à ces trois petits mots emprunts d'importance. Mon coeur se brisait à chaque fois que je me remémorais ce souvenir, mais je ne pouvais pas oublier ses cris, ses pleurs et son regard implorant le jour où les services sociaux avaient décidé de me la prendre ; elle m'avait dit « tu m'avais promis » avec un tel sérieux et une telle déception que j'avais cru ne pas y survivre. Oui, je lui avais promis qu'on ne nous séparerait jamais et oui, j'avais menti, car si j'avais essayé de toutes mes forces à ce que cela ne se produise jamais, il était arrivé une fois où j'avais de tels problèmes d'argent et où nous étions dans une si mauvaise passe que, par un affreux concours de circonstances, les services sociaux avaient débarqué dans le taudis dans lequel nous logions avec deux autres familles et avaient déclaré que ma fille « ne pouvait plus vivre avec son père dans de telles conditions ». Cat avait dû m'être arrachée pendant quelques jours, le temps que je fasse mes preuves, et cet épisode avait été si violent et si douloureux que je ne m'en étais jamais remis, il hantait même mes rêves, moi qui ne me souvenait presque jamais de rien, cauchemars exceptés.


- Pardon d’avoir été moins là ces derniers temps, c’est un peu compliqué, j’essaie de me faire des amis et du coup ça me demande d’être là pour eux, sauf que je veux pas que ça empiète sur nous... Tu m’en veux ?


Surpris, je me mis à rire — c'était adorable et tellement touchant, cela me faisait plaisir, même si pour rien au monde je devais le reconnaître.

- Voyons, Catie, tu sais bien que je suis là pour ça, je suis là pour que tu te fasses des amis et que tu vives ta vie sans te soucier de moi et du reste, tu sais bien que je suis le plus heureux des papas quand je t'imagine avec tes nouveaux copains en train de t'amuser ! C'est normal, c'est l'ordre des choses ma chérie, je te l'ai déjà expliqué.

Bien évidemment qu'elle me manquait affreusement quand je la voyais moins et bien évidemment que la minuscule famille nucléaire que nous formions était tout pour moi, était toute ma vie, et que sans elle je trouvais moins de goût à l'existence, mais c'était à la fois mon cadeau et mon fardeau, j'étais son père avant tout, et elle ne devait pas se soucier de ces choses-là.

- Mais je suis inquiète pour toi aussi, je ne veux pas que tu sois tout seul quand je ne suis pas là... Je sais que tu aimes bien Rose, mais peut-être qu’il faudrait que tu rencontres d’autres gens, d’autres profs, ou peut-être à Pré-au-Lard ?! Je sais que tu es un petit ermite mais j’aime bien quand tu es entouré et quand tu as plus d’amis. Tu trouves pas que tu es plus heureux quand c’est le cas en plus ?! Parfois j’ai l’impression que tu passes ton temps à travailler puis à m’attendre, je veux que tu ais une vie à toi aussi…

Me redressant un peu, je terminai le reste de ma tasse, que je fis réchauffer d'un coup de baguette avant de boire. Je reconnaissais bien là ma fille : attentive et empathique avec ceux qu'elle aimait, et je ne pouvais m'empêcher de ressentir une immense fierté en constatant la personne pleine de valeurs qu'elle était, qu'elle devenait. Cette fois je repris un peu plus de sérieux — je ne voulais pas qu'elle s'aventure trop sur ce terrain là, qu'elle se préoccupe de cela, de ma vie qui m'appartenait, de ces préoccupations qui ne devaient pas être les siennes. Je lui tapotai le bout du nez de l'index, geste que j'avais toujours quand je la réprimandais parfois, mais doucement.

- Ma vie est très bien comme ça, et j'ai beaucoup de travail. Ne t'inquiète pas de tout ça, je me débrouille tu le sais, et je suis très heureux de ce qu'on a ici, et comme tu l'as dit je ne suis pas complètement seul, Rose est très sympathique et j'ai plein de choses pour m'occuper. D'accord ?

C'était le signe que la discussion était close ; afin de passer définitivement à autre chose je fis voler le sac que j'avais caché un peu plus tôt et que j'avais bien évidemment décidé de lui offrir — je n'aurais jamais pu résister à lui faire ce plaisir. Je l'attrapai dans les airs et le posai sur ces genoux, il débordait d'un papier de soie clair qui enveloppait la jupe et le t-shirt.

- Maintenant, pour t'encourager dans tes efforts - je compte sur toi pour bien travailler, n'oublie pas notre deal - et parce je sais que tu le voulais, voilà un petit cadeau pour ma princesse !

Ravi, je la regardai s'atteler au petit paquet, me sentant autant empressé et excité qu'elle.

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Caitríona Baxter
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MessageSujet: Re: Soft Spot. (A.)   Mer 11 Oct - 17:42

- Bien sûr, ma princesse, je promets. Mais je pense qu'il faut encore essayer un peu et tenter de s'habituer, cela fait trop peu de temps que nous sommes ici, et c'est un trop grand changement dans nos vies pour ne pas lui laisser plus le temps de s'épanouir. N'est-ce pas ?

J’hochai la tête, et le laissai m’embrasser le front en souriant, un sentiment de soulagement intense se diffusant jusque dans mes orteils. Boban ne promettait rien à la légère, je savais qu’il n’avait qu’une parole et cela me rassura. Il veillait toujours à promettre ce qu’il pouvait tenir, sauf cette fois-là, où il m’avait promis de m’offrir une licorne, parce que j’étais une petite fille de cinq ans très têtue et très déterminée à en posséder une, si bien qu’il avait fini par craquer et à me promettre en riant qu’il m’en offrirait une un jour, pour qu’enfin je calme mon caprice. D’ailleurs, il n’avait pas brisé cette promesse, puisque si un jour nous en avions les moyens, et que je lui faisais vraiment des grands yeux de petits chats comme je savais si bien les faire, j’étais sûre qu’il craquerait. Seulement, nous n’aurions jamais ce genre d’argent, et même si c’était le cas, je ne pourrais pas m’occuper d’une licorne, j’étais devenue trop grande et trop raisonnable pour souhaiter tout ça, peut-être…

Boban n’avait brisé sa promesse qu’une seule fois, cette seule fois où il n’avait pas pu tenir tête à la réalité… De cette fois-ci, j’essayais désespérément d’effacer les souvenirs qui y étaient associés et me faisaient toujours frissonner. Nous en avions peu reparlé avec Boban, car je dois qu’il était tout aussi éprouvé que moi, mais je n’avais pas oublié l’énorme trou dans ma poitrine quand on m’avait tiré en arrière alors que j’hurlais à pleins poumons des « non » déchirants, jusqu’à qu’on me force à lâcher le bras de Boban que je tenais tellement fort qu’il avait eu un énorme bleu pendant une semaine. Le reste, j’essayais de ne plus m’en souvenir, de ne jamais baisser la garde et les laisser me prendre par surprise comme ils le faisaient parfois dans mes rêves. Si j’essayais assez fort, ils restaient du brouillard, et la seule chose dont je me souvenais distinctement, c’était les retrouvailles, et le mois suivant, où j’avais dormi contre Boban toutes les nuits, terrifiée à l’idée qu’on m’arrache à nouveau.

C’était il y a des années maintenant, et pourtant, quand quelqu’un toquait à la porte d’un de nos petits appartements, j’avais toujours le cœur qui ratait un battement.


- Voyons, Catie, tu sais bien que je suis là pour ça, je suis là pour que tu te fasses des amis et que tu vives ta vie sans te soucier de moi et du reste, tu sais bien que je suis le plus heureux des papas quand je t'imagine avec tes nouveaux copains en train de t'amuser ! C'est normal, c'est l'ordre des choses ma chérie, je te l'ai déjà expliqué.

Je pinçai mes lèvres, pas franchement convaincue. Je connaissais très bien Boban, il avait beau m’expliquer ce qu’il voulait… Je lui manquais, et j’étais toute sa vie autant qu’il était la mienne, simplement j’étais dans une position en apparence plus simple, puisque c’était à moi de grandir et de voler de mes propres ailes. En réalité, je crois que c’était la pire situation, parce que je voyais bien que Boban se sentait abandonner, même si jamais il n’aurait osé me le dire, parce qu’il ne voulait pas me faire de la peine ni me faire culpabiliser. Il pensait peut-être aussi cacher habillement qu’il n’aimait pas trop mes camarades, mais j’en étais pleinement consciente, et je ne savais jamais trop comment faire…

- Moui, je sais, bougonnai-je, mais tu sais très bien que je peux pas vivre ma vie sans me soucier de toi !

C’était débile, il était à lui seul la chose la plus importante que je connaissais, la base de tout, ma stabilité, ma personnalité, mon bonheur. Les gens autour de nous ne pouvaient pas comprendre, et je m’en fichais. Depuis toujours, j’avais appris à me construire une armure pour supporter le regard des autres, leur jugement, et il m’était égal car je savais ce que je valais, ce que Boban valait, ce que nous représentions. Bien sûr, parfois, ça m’énervait, mais c’était surtout parce que j’étais frustrée… Frustrée de la façon dont les gens jugeaient si vite, percevaient des réalités qu’ils ne connaissaient pas et s’empressaient de nous mettre dans des boites avec des étiquettes. Si les gens ne le comprenaient pas, s’ils voulaient nous juger, ça en disait beaucoup plus long sur eux que sur nous…

J’aurais bien aimé que Boban voit ça, qu’il ne soit pas si sensible aux regards des autres. Il ne le laissait pas transparaître, il était fort, toujours courageux, mais je voyais bien combien cela comptait pour lui comment j’étais perçue, comment les gens nous considéraient à cause de notre argent, il fallait toujours leur prouver que nous étions aussi bosseurs, aussi intelligents, aussi polis que le reste… Pire encore, Boban se coupait un peu des autres à cause de ça, de nos différences, et je le trouvais bien trop solitaire.

Comme je lui faisais remarquer, il tapota le bout de mon nez, et je fronçai les sourcils, parce que je voyais bien ce qui allait arriver, et ça m’énervait d’avance.


- Ma vie est très bien comme ça, et j'ai beaucoup de travail. Ne t'inquiète pas de tout ça, je me débrouille tu le sais, et je suis très heureux de ce qu'on a ici, et comme tu l'as dit je ne suis pas complètement seul, Rose est très sympathique et j'ai plein de choses pour m'occuper. D'accord ?

Je connaissais Boban, il voulait clore la discussion, et si nous ne venions pas d’avoir une discussion un peu houleuse, je lui serais probablement un peu rentrée dedans, parce qu’il m’énervait quand il faisait ça… Mais il fallait choisir ses combats et quand les mener, c’était ce que disait toujours l’une des voisines qui me gardait quand nous étions à Bristol, parce que je me battais toujours avec les garçons qui trainaient dans le terrain vague derrière l’immeuble et qui m’embêtaient. Elle avait raison, et aujourd’hui, je devais mettre de côté le combat, mais Boban savait très bien que je n’en pensais pas moins…

- Pfffff… D’acccooooord, répondis-je en levant à moitié les yeux aux ciels – Boban détestait quand je faisais ça, et je m’empressai de lui faire un petit sourire pour regagner ses faveurs.

Visiblement, ça fonctionna, puisqu’il agita sa baguette pour faire voler jusqu’à lui un paquet qu’il posa sur mes genoux, et mon cœur s’emballa d’excitation, me faisant oublier soudainement toutes mes revendications – aaaah, un cadeau !!!


- Maintenant, pour t'encourager dans tes efforts - je compte sur toi pour bien travailler, n'oublie pas notre deal - et parce je sais que tu le voulais, voilà un petit cadeau pour ma princesse !

Je le regardai avec des grands yeux émerveillés, Boban m’avait toujours gâté, mais seulement lorsque nos finances le permettaient, et je refusais toujours des cadeaux si cela signifiait qu’il se privait de diner le soir-même, pour compenser financièrement l’écart qu’il venait de faire – nous nous étions même disputés un Noël où nous n’avions vraiment rien, et qu’il avait insisté pour me faire un cadeau, alors que je savais tout ce que ça impliquait. Mais aujourd’hui, c’était différent, non seulement il avait un peu plus d’argent, mais surtout, je voyais que c’était un vrai beau cadeau, simplement par le joli paquet et le papier de soie. Je l’ouvris lentement, comme pour faire durer le plaisir.

- OOOOOOOH !!! Bobaaaaan !!! Je sautai sur mes pieds, et achevai de sortir la jupe et le tee-shirt en couinant un peu hystériquement. La seconde suivante, j’avais ôté mon uniforme sans aucune pudeur pour essayer les habits. La jupe brillait à la lumière, quand je bougeais, et le tee-shirt retombait parfaitement sur ma poitrine, ça ne faisait pas trop décolleté, c’était joli, tout l’ensemble était super et je sautillais sur place en touchant les tissus et en riant. Oh regaaaarde, regarde Boban comme ça brille ! Je tournai sur moi-même, avant de sauter dans les bras de Boban pour le couvrir de bisous. Merci, c’est trop trop trop cool, oh, je pensais pas que tu l’achèterais ?! Je le serrai à nouveau fort dans mes bras. Merci Boban, tu es le meilleur… Je t’aime, murmurai-je en souriant, et je lui fis un petit bisou esquimau en riant, le cœur tout gonflé de l’amour que je lui portais.


(Terminé <3)

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