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~ Another Graceless Night [PV E. ♥]

 

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 ~ Another Graceless Night [PV E. ♥]

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Ruby Standiford-Wayland
Apprentie à Sainte Mangouste



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Nombre de messages : 2171
Localisation : Cachée.
Date d'inscription : 03/09/2011

Feuille de personnage
Particularités: « and from the rain comes a river running wild that will create an empire for you. »
Ami(e)s: Lizlor; « Maybe home is nothing but two arms holding you tight when you’re at your worst. »
Âme soeur: « Lover, when you don't lay with me I'm a huntress for a husband lost at sea. »

MessageSujet: ~ Another Graceless Night [PV E. ♥]   Mar 13 Juin - 22:34

L’air frais s’engouffra dans ma chambre, agitant les feuilles du jasmin de Madagascar posé sur la petite étagère au-dessus de mon bureau, et porta les parfums des rues animées de la capitale, un mélange indéfinissable de goudron chaud, d’humidité et verdure lointaine. J’inspirai en souriant, ma main toujours sur la poignée de la baie vitrée, fait d’un bois lisse et clair, fermant les yeux un instant. Le soleil, à moitié caché par la grisaille Londonienne persistante, m’offrit quelques rayons sur mes joues fatiguées, et je finis par me tourner vers Ewan qui, assis sur le lit, me regardait en souriant, le côté droit de ses lèvres se soulevant. La lumière qui flirtait avec mon ombre éclairait son visage, et ses grands yeux bleus gris ressemblaient à une onde pure, délavée par la pluie. Comme à chaque fois que nos regards se croisaient réellement, après une journée loin l’un de l’autre, pendant un instant, j’oubliais la cohue du monde extérieur et il me semblait qu’il n’y avait plus que moi et lui, nous, comme une entité, comme au premier jour. Le reste, mes problèmes, les siens, les nôtres, tout me paraissait toujours bien loin et bien insignifiant. Je me penchai vers lui et l’embrassai doucement, en caressant sa joue, laissant sa main attraper ma taille quelques secondes hors du temps. Ses lèvres avaient le goût des rêves.

La journée avait été longue et pénible, les urgences s’accumulant et les difficultés avec, m’obligeant à rester plus longtemps que prévu au travail. J’avais dû décaler mon déjeuner avec Scott, qui avait visiblement de toute façon aussi des urgences à régler au Ministère, et nous avions convenu de dîner ensemble le lendemain, tranquillement. Cela m’avait fait rire, tant je nous avais senti tout à coup si adulte, à gérer nos emplois du temps et nos déjeuners entre deux urgences à nos travails respectifs, mais l’instant d’après, je m’étais sentie étrange, comme si on m’avait poussé dans ce monde-là sans que j’y sois réellement prête. Heureusement, je n’avais pas eu trop le temps de m’attarder sur cette pensée car il m’avait fallu me remettre à la préparation d’un philtre délicat à réaliser, mais je n’étais pas stupide, je savais que cette sensation anxiogène reviendrait à nouveau, dès que je lâcherai prise un instant. Elle m’attendait toujours, tapis dans l’ombre, depuis le début de l’année, et si j’essayais de la déloger de ma poitrine avec douceur et fermeté, elle gardait ses pinces incrustées dans mes poumons et si je tirais trop, je savais que cela me coupait la respiration. Alors je restais patiente, j’essayais de d’apprivoiser ce nouveau sentiment, de le comprendre. J’en parlais régulièrement avec ma psychologue, pour trouver les mots, la source de tout cela, et en tentant de ne pas percevoir tout cela comme une nouvelle faiblesse de ma part, qui venait s’ajouter à ma pile déjà bancale et dangereusement instable. Les choses prenaient du temps, me disait-on de toute part, et je le répétai comme des graines que l’on sème en espérant qu’elles prennent. Même autour de moi, dès que je sentais Chuck faiblir, que je voyais Ewan en proie à ses démons, que Liz s’inquiétait pour Jay, je répétais calmement et inlassablement d’être patient, de tenir bon, qu’il fallait du temps. Un jour, les choses iraient mieux, et un jour, je me sentirais à ma place.

J’essayais donc de profiter du temps qui passait, le laissant m’embarquer dans sa course et m’offrir au fur et à mesure de nouvelles choses. Ma vie changeait si vite, d’un mois à l’autre je ne la reconnaissais plus, et il me semblait qu’il n’y a que quelques jours encore, j’étais dans le parc de Poudlard à imaginer le futur avec angoisse et impatience. A présent, tout était si différent, sans que je puisse affirmer que cela soit plus simple ou plus difficile ; peut-être était-ce comme toujours ce mélange étrange des deux, du bon comme du mauvais, qui rythmait ma vie depuis longtemps à présent. Mais une chose était sûre, à présent, j’avançais, j’avançais réellement, peut-être vers l’inconnu qui me terrifiait toujours, mais je ne m’arrêtais pas et j’étais à présent si bien entourée, dans un petit cocon tissé avec des fils emmêlés mais tellement résistant. En regardant Ewan, toujours assis sur mon lit, je songeai qu’il était devenu avec certitude l’un des fils centraux, comme un pilier autour duquel s’accrochait le reste, avec une force tranquille dont il ignorait probablement l’étendue. J’étais inquiète pour lui, car si énormément de nouvelles choses se profilaient dans ma vie, la sienne continuait de ressasser les fantômes du passé, l’entraînant vers des eaux déchaînés dont il avait du mal à se sauver. Si parfois les choses étaient difficiles même entre nous, nos angoisses nous rongeant jusqu’à nous user et nous tendre, Ewan avait une force incroyable qu’il sous-estimait et dont je ne doutais pas une seconde.

Ma penderie ouverte, je laissai mes doigts défiler sur le tissu, réfléchissant à ce que j’allais porter. Nous allions à une soirée chez Lawrence, l’un de mes collègues avec qui je m’entendais bien, qui organisait l’anniversaire d’un de ses amis que je ne connaissais pas ; il m’avait vanté une grande fête dans son appartement, avec pleins de personnes de tous les horizons, et il avait insisté que ma présence « lui ferait tellement plaisir » ce qui avait fini par me faire accepter malgré ma réticence habituelle. J’appréciais Lawrence, mais j’avais senti rapidement que le sentiment n’était pas mutuel chez Ewan qui semblait se méfier de lui, et s’était montré poli mais très en retrait les quelques fois où ils s’étaient rencontrés. Bien sûr, je pouvais comprendre, Lawrence était un personnage, quelque peu excentrique, mais percé de faiblesses et d’instabilité qui le rendaient changeant. Plusieurs fois au travail, il avait eu des attitudes étranges, parfois même blessantes, mais dont il s’excusait toujours, s’en voulant terriblement, et souvent lorsque nous avions discutés, il m’avait confié des choses qui m’avaient fait tiquer par leur intimité dont la rapidité m’étonnait. Mais je le sentais fragile, et il n’en fallait pas plus pour me laisser m’approcher, et si je me gardais bien de me confier sur ma vie personnelle, parfois malgré son insistance, nous nous entendions bien et qui plus est, il était brillant et pleins de bons conseils sur notre travail. Ewan le trouvait plus « étrange », surtout avec moi, ambiguë voire carrément intéressé par moment – ce que j’avais nié à plusieurs reprises – mais il n’interférait pas, si bien que j’avais parfois du mal à savoir ce qu’il pensait exactement de tout ça. Mais nous n’avions jamais contrôlé les fréquentations de l’autre, et nous n’étions pas jaloux, ce qui m’allait parfaitement et devait pousser Ewan à ne pas s’étendre sur tout cela. Nous nous étions disputés une fois sur le sujet, et il me semblait que nous n’avions tous les deux aucune envie de recommencer.


- Oh, tu te souviens ? Dis-je décrochant un cintre sur lequel était accrochée ma robe rose dorée, avec un tissu léger qui renvoyait la lumière. C’était une question rhétorique, puisque j’étais certaine qu’Ewan n’avais pas oublié la tenue que je portais le soir où nous nous étions embrassés pour la première fois. J’eus un sourire nostalgique. Je ne l’ai pas portée depuis longtemps, c’est l’occasion, expliquai-je, pensant à voix haute.

Nous devions nous rejoindre et partir à la fête directement, mais mon travail m’avait trop retardé, si bien qu’Ewan avait décidé qu’il valait mieux que l’on se retrouve chez moi et que je prenne le temps de me préparer tranquillement. Il n’était pas sans connaître mes angoisses organisationnelles, et mon besoin de prendre le temps avant de sortir, et cela m’avait touché, comme toujours, de constater qu’il voulait être sûr que je me sente bien. Il me semblait aussi que, secrètement, Ewan aimait bien me regarder me préparer. J’enfilai la robe, agitai ma baguette pour boucler légèrement mes cheveux, et me maquillai très légèrement, tentant au passage de cacher mes cernes. Sur mes lèvres, un rouge à lèvres saumon brillait, et je souris devant le miroir avant de me tourner vers Ewan, et de lui montrer le résultat.


- Ça va, c’est bien, ça te plaît ? Demandai-je, rougissant légèrement.

Savoir qu’il me trouvait belle était la seule chose qui m’importait lorsque je me faisais jolie pour sortir, et déclenchait toujours des frissons partout sur ma peau. Je m’installai sur ses genoux un instant, m’obligeant à oublier l’heure qui défilait et nous rendait toujours plus en retard. J’inspirai, et passai mes doigts sur les lèvres d’Ewan, plongeant mon regard dans le sien qui brillait d’une lueur étrange.


- En tout cas, ça me fait vraiment plaisir que tu acceptes de venir, je sais que tu ne portes pas trop Lawrence dans ton cœur, et… Et je n’aurais pas voulu y aller sans toi, de toute manière, conclus-je en piquant un baiser sur ses lèvres. Je ne voulais que sa compagnie, et il le savait, n’est-ce pas ?, tentai-je de me rassurer, tandis que mon cœur battait d’une cadence légèrement irrégulière, comme si elle devinait l’angoisse à venir.


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Ewan Campbell
Vendeur chez l'Apothicaire



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MessageSujet: Re: ~ Another Graceless Night [PV E. ♥]   Dim 25 Juin - 18:41

On est peu de choses, avait conclu en soupirant tristement mon collègue, ce matin-là. Nous venions d'apprendre que la femme de notre patron avait perdu ses deux parents dans un stupide accident (quelque chose avait explosé dans la maison), et ils étaient morts sur le coup. Voilà pourquoi notre patron ne serait pas là jusqu'à la fin de la semaine, et nous déléguait une liste précise de tâches. On est peu de choses - ne l'étais-je pas moi aussi, quand il y avait à peine quelques semaines je risquais de tout perdre à cause de cette convocation au Ministère ? Ne l'étions-nous pas tous lorsqu'il s'agissait de nos proches, de tous ceux que l'on aimait et qui pouvaient disparaître d'un moment à l'autre ? N'était-ce pas le cas pour mon père, lui qui avait décidé de mettre fin à ses jours sans vouloir une seconde prêter attention au reste, loin de nous et loin de tout ? Et enfin, n'était-ce pas surtout le cas de Jamie pour qui un simple orage et une simple barque renversée avaient suffi à mettre fin à toute existence ? Définitivement, nous l'étions. Très peu. Presque rien. J'avais soupiré à mon tour, mais je n'avais rien répondu, perdu dans un tourbillon de pensées soudain et plutôt noir. La journée m'avait paru d'une longueur infinie ensuite, mais quand elle avait touché à sa fin, je m'étais rendu compte que je n'avais pas envie pour autant de rentrer chez moi et de me retrouver seul, ni d'aller quelque part en compagnie des gens. Après un bref coup d'oeil à ma montre (mes horaires étaient largement dépassées et j'avais nettoyé la boutique plutôt deux fois qu'une) je partis et transplanai en direction de l'appartement de Ruby et Lizlor, le seul endroit qui s'apparentait aujourd'hui à l'idée de maison, en plus de celle de mon oncle et ma tante. Je me laissai alors embrasser et choyer par Ruby qui, très vite, parvint à chasser mon humeur morose ; comme je ne voulais pas spécialement lui raconter tout cela nous nous mîmes à discuter de choses et d'autres et bientôt à rire, bien installés sur le canapé. Lizlor et Jay ne mirent pas longtemps à nous rejoindre pour dîner, et la soirée se termina de manière bien plus légère qu'elle n'avait commencé. Un peu plus tard, lorsque je sortis de l'appartement pour transplaner chez moi, je fis exprès de transplaner un peu loin de ma rue, en-dehors de Pré-au-Lard, pour marcher tranquillement dans le silence de la nuit. L'air frais me faisait du bien et me donnait l'impression de me laver un peu de tous les désagréments de la journée. Je m'endormis sans mal, plongeant très vite dans un sommeil lourd que le réveil peina à rompre.

Pourtant, j'allais mieux : je ne cessai de me le répéter. J'allais mieux, j'avais digéré tout cela, mon père appartenait au passé à présent, c'était son choix et je n'avais pas eu mon mot à dire - je ne l'aurai d'ailleurs jamais. Alors, à quoi bon lutter ? Je voulais aller de l'avant à mon tour, je voulais me défaire de toutes mes casseroles, me rattacher à tout le merveilleux qui jalonnait ma vie de tous les jours : Ruby, mes amis, Bonnie et Matthew, mon travail, mes projets. Je savais que je pouvais être heureux, parfaitement heureux, et qu'il ne tenait qu'à moi de le décider. Et j'en avais envie... Mais pourtant quelque chose s'immisçait entre cette projection de moi et le présent, quelque chose était réticent à me laisser partir et qui freinait des quatre fers, quelque chose qui bizarrement avait un goût familier et réconfortant, quelque chose qui portait sûrement l'apparence de ce que je n'avais plus... Quelque chose, au fond, que je ne voulais pas laisser partir. Et c'était bien normal : comment dire adieu à mon frère quand il faisait, et pour toujours, partie intégrante de moi, quand il était la moitié de mon être ?

La journée se passa sur le même ton qu'hier, lente et grise, et comme nous étions vendredi les clients étaient moins nombreux. Je m'ennuyai un peu, mais au moins avec mon collègue nous nous relayions dans l'arrière-boutique pour concocter quelques bases de potions, ce qui eut le mérite de m'occuper l'esprit. Puis je rentrai chez moi pour me doucher et me changer - nous allions, ce soir, à une soirée chez un collègue de Ruby.

... Cette perspective ne m'enchantait guère, et je passai trop de temps dans la douche puis trop de temps à choisir ma tenue (une chemise, un pantalon gris chiné) et à me vêtir. À vrai dire, je n'avais absolument
aucune envie de m'y rendre, si ce n'était pour passer du temps avec Ruby. Lawrence, celui qui organisait l'évènement, m'était si détestable que la simple perspective de voir son visage m'agaçait. Il n'y avait rien que j'aimais chez lui : son attitude, ses réflexions, sa manière de travailler, sa manière d'être avec Ruby, les libertés qu'il se permettait, etc. Je m'en méfiais atrocement et je crois que ce qui me peinait le plus était que Ruby ne s'en méfiait pas du tout - elle voyait en Lawrence des choses qui m'échappaient complètement - et cela faisait naître en nous des discordes qui, jusqu'ici, s'étaient avérées très rares. Je n'aimais pas la sentir loin de moi...

Secouant légèrement la tête pour me reprendre, je vérifiai que j'avais tout, sortis et transplanai une nouvelle fois chez les filles, comme nous appelions tous la collocation de Lizlor et Ruby. Je m'installai dans sa chambre tandis qu'elle se préparait, et que nous devisions.


- Ça va, c’est bien, ça te plaît ?

Je la regardai en souriant - je ne l'avais pas quittée des yeux. Elle resplendissait dans sa tenue rose orangée, et si les boucles parfaites de ses cheveux ordonnait trop le tout, il y avait quelque chose dans son regard qui suffisait au reste.

- C'est tellement parfait que je ne vais me casser la figure en marchant toute la soirée parce que je ne pourrai regarder que toi, dis-je en riant et en la prenant dans mes bras. Je la serrai contre moi, tandis que l'heure passait et que nous prenions un peu de retard - Ruby faisait des efforts, ce qui me donna une nouvelle bouffée d'amour pour elle.

- En tout cas, ça me fait vraiment plaisir que tu acceptes de venir, je sais que tu ne portes pas trop Lawrence dans ton cœur, et… Et je n’aurais pas voulu y aller sans toi, de toute manière, dit-elle alors.

J'hésitai : je faillis répondre sincèrement et lui dire viens, je t'en prie, n'y allons pas, mais je me retins. Quelque chose d'insaisissable essayait de me dissuader d'aller chez Lawrence, j'appréhendais, mais je ne voulais pas me laisser gagn
er par mon jugement, par égards pour Ruby, même si elle ne le partageait pas.

- Ne t'inquiète pas, une soirée ça ira très bien, et je suis content de sortir avec toi !

Après quelques baisers nous nous mîmes en route, et arrivâmes chez notre hôte.

Il y avait un bon nombre de personnes, l'appartement était très grand et avait une vue imprenable sur Londres, et dans chaque pièce des sorciers et sorcières discutaient en prenant l'apéro, tandis que les petits fours et les plateaux voletaient sagement dans les coins, attendant qu'on les sollicite. Je pris deux verres de jus de citrouille glacé pour nous, en donnai un à Ruby et goûtai le mien. Elle parut s'inquiéter du fait que je n'avais pas pris d'alcool, comme si je me retenais pour elle, mais je lui expliquai en souriant que je n'avais pas envie de boire autre chose, pour le moment. Nous nous mîmes alors à discuter avec un couple charmant, dont la femme travaillait dans un service proche de celui de Ruby, puis avec un groupe de son service, dans lequel Lawrence vint vite prendre la parole. Il avait cette manière de faire des gens trop sûrs d'eux mais qui le cachent, en cherchant le devant de la scène tout en feintant la modestie et la gêne, mais très vite toutes les têtes étaient tournées vers lui et je pouvais voir - oh, j'en étais sûr - qu'il se délectait de la situation, tandis qu'il prenait Ruby à partie sur un sujet qui m'échappait et auquel je ne pouvais clairement pas participer. Ce n'était pas forcément dirigé contre moi mais c'était plutôt en faveur de Ruby, qui ne tarda pas elle aussi à être au centre de l'attention. En un sens j'étais heureux pour elle ; j'en profitai pour aller chercher deux nouveaux verres et lui en apporter un, mais cette fois j'avais pris une coupe de champagne, et comme Lawrence avait dû aller dans la pièce voisine, je repris le fil de la discussion et me mis à plaisanter avec une des collègues de Ruby que j'aimais beaucoup, qui venait elle aussi d'Oxford et qui me faisait particulièrement rire. Comme nous discutions de tout et de rie en riant souvent, je terminai vite ma coupe de champagne et nous en reprîmes une autre au passage.



_________________




°•. Lonely water, won't you let us wander, let us hold each other
Hold back the river, let me look in your eyes
Hold back the river, so I can stop for a minute and be by your side
Hold back the river, hold back .•°
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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ Another Graceless Night [PV E. ♥]   Lun 26 Juin - 23:02

- C'est tellement parfait que je  vais me casser la figure en marchant toute la soirée parce que je ne pourrai regarder que toi.

Je me mis à rire, un peu gênée, et touchée par le compliment. Ewan savait combien tout cela comptait pour moi, pas par superficialité, mais par insécurité. J’avais toujours du mal à maîtriser mon corps et la vision que j’avais de lui, il était cette entité si particulière... Parfois, il devenait une machine que je maîtrisais parfaitement, il suffisait de la bonne nourriture, du bon sport, de veiller à ne pas être malade, et c'était un nouveau terrain de jeu pour mon besoin de contrôle maladif. J'aimais cet aspect presque robotique, comme si ma peau était faite de métal qu'il suffisait de veiller à ne plus cabosser. Pourtant, mon corps pouvait aussi devenir insaisissable, fait de la même matière que les nuages, lorsqu'Ewan me serrait contre lui, nos corps en harmonie, dans un tourbillon de sensations qui ne m'effrayaient plus que par leurs forces. Quand Ewan me trouvait belle et me le faisait sentir par son regard si tendre, c'était comme si ma peau était prête à fondre à nouveau. Mais je n'oubliais jamais que mon corps n'était pas mon toujours mon allié, malgré mes tentatives pour l'apprivoiser, il était souvent cette chrysalide qui m'emprisonnait et avec laquelle je bataillais depuis mon enfance. Combien de fois, petite, j'avais rêvé de déchirer ma peau pour enfin m'extraire de cette prison de fils emmêlés, jusqu'à me couper comme respirer, vieille habitude qui m'avait suivi jusqu'à mon adolescence et dont j'avais fini par me débarrasser sans pourtant ne pas y songer parfois, lorsque j'avais l'impression que la pression en moi allait me faire imploser si je ne perçais pas un trou. Oh, je le savais, mon corps était le début, la première tâche, et ma meilleure arme de destruction dès que j'avais voulu souffrir – la nourriture, les coupures, l'alcool, les insomnies. Si seulement il pouvait cesser d'être un moyen, et devenir une fin en soi, quelque chose qui existait pour lui-même et surtout simplement pour moi... C'était tellement difficile de ne pas tout compartimenter parfois, et d'imaginer les choses vivre sans mon contrôle.

Pendant un instant, dans les bras d’Ewan, j’oubliais combien nos vies nous avaient abîmés, mes peurs, tout ce qui rodait… Je glissai ma main le long de son torse, traçant une ligne droite et précise, plusieurs fois, dans un geste mécanique qui me rassurait, tout en sachant parfaitement qu’Ewan n’était pas naïf. Je lui lançai un regard sous mes cils, admirant les traits fatigués de son visage que j’aimais tant. Les derniers jours n’avaient pas été simple pour lui, et j’essayais d’être là comme je pouvais, mais je crois qu’une nouvelle fois, nous manquions simplement de patience pour laisser les choses se diluer dans les tumultes du temps. Peut-être qu’il aurait fallu que nous restâmes ici ce soir, mais la soirée était prévue depuis longtemps et Ewan n’avait pas demandé à annuler, le connaissant, il voulait sûrement que les choses continuent comme d’habitude, dans cette espèce de fuite en avant dont il avait le secret, pour le pire comme le meilleur. Mes doigts glissèrent dans ses cheveux doux, dont la mèche avant lui tombait un peu devant les yeux, et que je replaçai avec attention. J’avais tellement peur qu’il se brise sous mes doigts – lui aussi, après tout, échappait à mon contrôle.


- Ne t'inquiète pas, une soirée ça ira très bien, et je suis content de sortir avec toi !

Rassurée, je nous laissai plonger dans quelques minutes idylliques de baisers timides, songeant à combien j’aimais Ewan sans même qu’il en soit conscient. Tandis que nous partions pour transplaner, et qu’il serrait ma main un peu plus fort car je détestais ce moyen de transport, j’eus l’impression à nouveau que sa présence m’irradiait le cœur tout entier.

L’appartement où avait lieu la soirée était magnifique, bien qu’un peu désordonné à mon goût, mais je me gardais bien de faire des remarques, laissant Ewan m’entraîner dans la foule, comme un guide rassurant. Comme tous les débuts de soirées, nous ne nous quittions pas, comme si nous avions besoin d’être certain d’avoir pris nos marques d’abord. Nous parlâmes avec plusieurs personnes, toutes très gentilles, et petit à petit je me détendais, sentant que même si je n’étais pas forcément très à l’aise dans ce genre de réunion sociale, j’allais pouvoir m’en sortir très bien. J’avais mes petites habitudes, mes sourires polis et ma façon de rebondir s’il fallait éviter un sujet fâcheux ou trop personnel – j’avais pris le pli à force de fréquenter Lawrence, qui n’avait pas toujours l’air de comprendre les limites de l’intimité de chacun. Mais il était simplement maladroit et fragile, je le voyais dans la façon qu’il avait de désirer l’approbation des autres. Alors que nous discutions tous ensemble, je ne pouvais pas m’empêcher de jeter des regards à Ewan dont je ne connaissais que trop bien l’expression, malgré son sourire poli. Mon estomac se contracta. Je ne comprenais pas vraiment ce qui se jouait, pourquoi il y avait une telle animosité, que semblait d’ailleurs être partagée, à mon plus grand regret. Bien sûr, je choisissais Ewan sans hésiter une seule seconde, seulement, notre relation n’avait jamais demandé d’exclusivité ou de se couper des autres. Lawrence était mon collègue, et je l’appréciais, pourquoi était-ce si délicat tout à coup ?...

Je fus tout de même soulagée lorsque Lawrence partit dans une autre pièce, surtout que la discussion s’était mise à tourner autour d’un sujet qui était ma spécialité, et je n’étais pas très à l’aise d’être mise en avant ainsi. Ewan sembla se radoucir, et la soirée continua, me laissant m’accrocher à chaque moment de répit, à chaque rire qui m’indiquait que tout se déroulait bien. Malheureusement, nous nous retrouvâmes avec Lawrence plusieurs fois, il m’interpella même alors qu’il discutait avec des amis à lui, pour que je me joigne à eux pour expliquer mon sujet d’étude, m’obligeant à quitter un instant Ewan, dont je sentais pourtant le regard sur moi, de loin. Alors que je voulus revenir vers lui, Lawrence me lança sur un autre sujet, et je constatai ensuite qu’Ewan discutait avec un ami de Joseph que nous avions retrouvés par hasard à la soirée, et j’en profitai pour sortir fumer sur le balcon. J’y fis la connaissance d’une fille qui travaillait à Gringotts et qui venait d’Oregon, nous discutâmes longuement, contentes de pouvoir parler de cet endroit que nous adorions visiblement tous les deux.

Mais quelque chose bascula, d’un seul coup, et avant même que je comprenne, des exclamations fusèrent, un mouvement de foule, et avant même que je me retourne, mon cœur s’était roulé en boule dans ma poitrine, inquiète. A quelques mètres, dans un coin de la pièce éclairé d’une lumière tamisé, des ombres se dessinaient, menaçantes et surprenantes, je m’entendis pousser un cri de surprise et traverser la pièce.


- Ewan ! M’exclamai-je, poussant les gens qui s’étaient approchés, mon cerveau refusant de faire le lien logique. Pourtant, c’était Ewan debout, la main tremblante, le visage fermé, et c’était Lawrence par terre et se tenait le nez, deux personnes autour de lui, visiblement inquiètes. Mais non, ce n’était pas possible. Mais, ça va, tu –

Mais les informations s’enregistrèrent, et ma main qui agrippait son avant-bras le lâcha mollement. A l’intérieur, j’eus l’impression que mon cœur était tombé tout au fond de mon estomac, sous le poids de la surprise et de l’incompréhension. Mais non, ce n’était pas possible, ça n’avait aucun sens, mes yeux interdits fixaient Ewan, sans le voir, sans pouvoir mettre les mots sur son visage pourtant angéliques. Ce n’était pas possible, il ne venait pas de frapper quelqu’un ?.. Je m’écartai légèrement, mes pas vacillants, et me tournai vers Lawrence. Il saignait légèrement, quelqu’un avait apporté un mouchoir, et tout le monde s’agitait, prenait à parti Ewan, puis moi, je n’entendais pas bien, simplement la voix aiguë d’une petite sorcière qui me répétait qu’il valait sûrement mieux que nous partions. Mon cœur battait si fort que je pouvais le sentir dans le bout de mes doigts qui attrapèrent nos affaires puis le bras d’Ewan, sans même pouvoir le regarder. J’avais l’impression que ce n’était pas sa peau que je touchais.

Surtout, ne pense à rien, me dis-je, à part chez toi, la petite cuisine, les plantes vertes, l’odeur de Lizlor. C’est là qu’il fallait aller, le palier, la porte en bois, le petit paillasson sur lequel était dessiné un chat. Pense seulement à ça, m’ordonnai-je à nouveau. Pas à l’angoisse du transplanage, à la colère inhabituelle qui m’habitait, l’incompréhension… Il fallait arriver chez moi, et avec Ewan, entiers – même si j’avais l’impression d’avoir laissé un bout de mon cœur dans la poubelle dans lequel j’avais jeté mon paquette de cigarette vide en partant.

J’ouvris la porte de l’appartement, les clefs tremblants dans mes mains, incapable de regarder Ewan et de faire sens de ce qui venait de se passer. Dans des gestes nerveux et brusques, je posai mon sac sur la table, et ma veste sur le dos de la chaise, lissant nerveusement le col, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, ma main refusant de m’obéir, je lâchai, tremblante, sentant mes doigts s’agiter, cherchant quelque chose à agripper, je passai ma main dans mes cheveux, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, avant de faire face à Ewan.


- Non mais qu’est-ce qui t’as pris, tu m’expliques ?! Mais qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qu’il t’a dit pour que tu fasses ça ? Et quand bien même vous vous êtes disputés, depuis quand tu en viens à frapper quelqu’un ?!

J’avais posé ma main sur la table, et mon index tapait malgré moi nerveusement, dans un geste mécanique qui m’ancrait dans ce présent beaucoup trop irréel. J’avais du mal à regarder Ewan. Pourquoi avait-il fait ça ?... Il savait combien la violence physique m’effrayait, combien je ne la supportais pas, encore moins lorsqu’elle venait de la personne avec qui je partageais ma vie…

- Je sais que tu as eu des journées difficiles, que tu n’aimes pas Lawrence, mais frapper quelqu’un ce n’est juste pas possible, tu te rends compte qu’en plus il y avait pleins de mes collègues ? Mais qu’est-ce qui t’es passé par la tête ?! Je déglutis, la gorge serrée par l’angoisse qui montait et montait encore, me noyant complètement. J’avais du mal à respirer. J’affrontai enfin le regard d’Ewan, il était lointain, presque flou, et je fronçai les sourcils encore plus. Mais, je rêve… C’est parce que tu as bu ? Demandai-je d’une voix tremblante d’anxiété, d’incompréhension, mais aussi de colère, aussi brûlante que si la main d’Ewan avait claqué ma joue.

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Ewan Campbell
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MessageSujet: Re: ~ Another Graceless Night [PV E. ♥]   Mar 27 Juin - 17:55

Très simplement, en buvant de ce champagne qui était délicieux et en discutant avec la jeune femme, puis en me retrouvant dans un cercle de personnes très sympathiques et intéressantes, je sentis que je me détendais, petit à petit. C’était bien sûr plus simple quand Lawrence n’était pas dans les parages et quand Ruby venait à mes côtés ou me lançait des petits regards, mais c’était déjà mieux qu’en début de soirée. La sourde angoisse (ou colère ?) n’avait pas quitté ma gorge et s’y logeait en boule, mais au moins elle s’apaisait un peu, et j’essayais de ne plus y penser, de faire abstraction de cet homme dont le petit manège ne m’échappait pas et me faisait horreur. Je crus presque voir un geste de sa part, une main posée en bas du dos d’une sorcière toute petite aux yeux très clairs et aux cheveux très noirs, mais la scène fut furtive. Le coup de tête angoissé en direction de Lawrence de la jeune femme ne m’échappa pas, mais j’essayais de me convaincre qu’il y avait une autre explication, et repris le fil de notre conversation. J’étais heureux d’être tombé au hasard sur Sean, un amis de Joseph que je connaissais bien, et nous nous mîmes à parler de nos souvenirs et de nos soirées, et très vite les anecdotes amusèrent les gens autour de nous – les gens riaient et moi avec. Je cherchai des yeux Ruby qui après un petit signe et un joli sourire m’indiqua de la main qu’elle sortait fumer, et j’attrapai ensuite une nouvelle coupe de champagne. La tête me tournait un peu, mais c’était agréable ; je savais que j’avais déjà bien bu mais c’était tant pis, je me sentais mieux ainsi, et je n’en étais pas non plus au stade où l’ivresse prenait possession de moi. Si cela pouvait me faire du bien, je n’avais aucune envie d’y renoncer ; ces derniers temps c’était quand je passais du bon temps avec mes amis à boire un verre ou deux que j’arrivais le mieux à me changer les idées, de toute façon. À croire que les bonnes descentes de James et Chuck en matière de bière finissaient par déteindre sur moi ! Bien sûr je ne finissais jamais mal, j’avais l’habitude et je connaissais mes limites, et depuis Ruby tout était un peu différent. Il y avait quelque chose qui me retenait, pour elle comme pour moi ; ce n’était pas un spectacle que je voulais lui infliger.

Je ne sais par quelle malchance exactement j’en arrivai là, mais après être allé aux toilettes et avoir cherché Sean parmi le monde pour lui parler d’une autre personne que nous connaissions un peu de loin, je me retrouvai tout d’un coup dans un coin de la pièce en face à face avec Lawrence, qui me servit un bien étrange sourire. Je ne lui rendis pas mais quelque chose m’intrigua, et m’alerta. Il penchait la tête vers moi comme pour me faire une confidence, et j’eus la bien mauvaise idée de lui accorder ma curiosité. Son regard était rivé sur Ruby, dehors, derrière la fenêtre. Elle semblait en grande discussion avec quelqu’un, et souriait avec un air doux et attentif.


- C’est une très jolie jeune femme, très… Désirable, n’est-ce pas ? me susurra-t-il à l’oreille.
- … Pardon ? C’était bien trop déplacé pour que je ne me raidisse pas, d’un coup. Mon hostilité n’était plus cachée.
- Ça doit être difficile de la sentir s’éloigner de toi, elle m’a dit que c’était un peu compliqué entre vous en ce moment… Oh oui, bien difficile, je me mets à ta place… Surtout quand tu sais que je suis là pour la récupérer et que Ruby peut avoir une personnalité si fragile et si naïve à la fois !

Il souriait du coin des lèvres, comme quelqu’un de compatissant, mais qui sait malheureusement qu’il a raison et qu’il n’y a pas de solution au problème.

La scène ne se passa pas en une seconde – au contraire, elle me parut durer des heures. Nous nous regardions tous les deux, les yeux dans les yeux, la tension était palpable et nous avions très bien compris dans quelle pente glissante nous étions engagés. Car il l’avait fait exprès, n’est-ce pas ? Et il se délectait de ma fureur et de mon désarroi, comme un prédateur qui joue tranquillement avec sa proie alors qu’elle n’a aucune chance. C’était trop de pression accumulée, trop de choses qui se bousculaient dans ma tête, pour que je fasse abstraction – oh, j’aurais pu tourner les talons, m’en aller, ne pas réagir et ravaler mon orgueil, aller chercher Ruby et la tirer hors de ce guet-apens, mais elle ne semblait tellement pas réceptive à ma méfiance au sujet de Lawrence, qui sait ce qu’elle n’allait pas trouver à dire ? Que j’avais mal interprété ? Alors qu’elle avait visiblement confié tant de choses intimes, sur notre couple, à celui que je ne pouvais pas sentir ?... Non. J’en avais, assez de ne pas être entendu, assez de la trouver trop lâche sur le sujet, assez de voir que son jugement s’égarait et que le mien ne suffisait même plus. Lawrence était allé à trop loin, pourquoi me serais-je empêché d’en faire autant ?

Je lui envoyai mon poing dans le visage (sans trop savoir si je m’y prenais bien), assez fort pour qu’il perde l’équilibre et tombe et se prenne le nez en gémissant, assez fort aussi pour que mon verre de champagne tombe et se brise, et que quelques éclats de verre m’entaillent la peau, mais je ne sentis rien. Le choc avait anesthésié ma main, comme tout mon être d’ailleurs : j’avais l’impression d’être fait de coton tout d’un coup, alors que tous les regards s’étaient rivés sur nous.


- Ewan ! La voix de Ruby me parvint de lui, je la vis s’approcher, toute inquiète, sachant très bien qu’elle s’inquiétait parce qu’elle n’avait pas encore compris. Mais, ça va, tu –

Elle avait compris. Il se passa un moment de flottement, quelques personnes aidèrent Lawrence à se lever, une sorcière fit disparaître les débris et les tâches avec sa baguette, Sean vint me voir un peu inquiet, tout le monde s’affola, puis se calma, il nous fallait partir et je le savais, je quittai les lieux en m’excusant à moitié, nous partîmes. Je sentais qu’à côté de moi Ruby était dans tous ses états, mais sa colère était trop dirigée contre moi pour que je me calme, il me semblait être dans un état second, entre l’hébétude et la rage, je ne desserrai pas les dents, elle non plus. Pour la première fois de ma vie je trouvai son comportement injuste, et j’étais en colère contre elle, autant que contre moi, et contre Lawrence.

Une fois dans l’appartement je sentis que quelque chose nous éloignait encre plus et je me laissai tomber dans l’un des fauteuils, la tête entre les mains, avec la désagréable impression que ma cage thoracique était devenue trop petite, que je manquais d’air, que ce qui tambourinait dans ma tête ne voulait pas se calmer. J’avais envie d’être seul. Le simple fait de voir que Ruby cédait elle aussi à la panique dans son coin achevait de me mettre en colère.  


- Non mais qu’est-ce qui t’as pris, tu m’expliques ?! Mais qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qu’il t’a dit pour que tu fasses ça ? Et quand bien même vous vous êtes disputés, depuis quand tu en viens à frapper quelqu’un ?!

Elle prenait son côté sans faillir. Je lui lançai un regard lourd d’amertume. À quoi bon m’expliquer ? Pour dire quoi ? « Je sais que tu as dit à Lawrence que nous deux ça n’allait pas, merci de m’en informer » ?

- Je sais que tu as eu des journées difficiles, que tu n’aimes pas Lawrence, mais frapper quelqu’un ce n’est juste pas possible, tu te rends compte qu’en plus il y avait pleins de mes collègues ? Mais qu’est-ce qui t’es passé par la tête ?! Mais, je rêve… C’est parce que tu as bu ?

… C’était une mauvaise blague, n’est-ce pas ?

- Oh, ça va, je n'ai pas de leçons à recevoir de toi sur l’alcool !

… Cette fois j’étais allé trop loin, bien trop loin, alors que je ne m’autorisais même pas à aller sur ce terrain, bien trop sensible. Je me levai d’un coup, le cœur m’était tombé au fond des entrailles, il s’était arrêté de battre et tout d’un coup je me sentais stupide, vulnérable et terriblement désolé, je ne voulais pas lui faire de mal comme ça, j’étais en colère contre elle oui mais pas comme ça, c’était idiot et horrible de ma part, et je voyais clairement dans son regard que les mots que j’avais prononcés lui avaient enfoncé un poignard dans le cœur – une vague de panique monta en moi.

- Je suis désolé, je ne voulais pas dire ça du tout, je ne sais pas ce qui m’a pris, c’est stupide et méchant, je suis vraiment désolé Ruby… C’est juste que je ne suis pas soûl et que ça m’énerve que tu me dises ça quand ce n’était pas le problème. Je sais que c’est nul de taper quelqu’un mais il est vraiment allé trop loin, je n’ai pas pu le supporter… Je suis désolé, vraiment.

Tout était confus dans ma tête à présent ; je n’étais pas certain d’être désolé d’avoir collé mon poing dans la figure de Lawrence après les horreurs qu’il avait dites, mais j’étais désolé d’en être arrivé là, et mortifié d’avoir blessé Ruby, contre qui ma colère se transformait seulement en tristesse, teintée de la trahison que j’avais ressentie.

_________________




°•. Lonely water, won't you let us wander, let us hold each other
Hold back the river, let me look in your eyes
Hold back the river, so I can stop for a minute and be by your side
Hold back the river, hold back .•°
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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ Another Graceless Night [PV E. ♥]   Mar 27 Juin - 22:53




Mon appartement me paraissait trop petit, comme si les murs clairs se resserraient comme un étau autour d’Ewan et moi, entraînant avec eux la nuit épaisse que l’on apercevait par la fenêtre. Dans mon corps, c’était le même étau, lent mais certain, qui agrippait petit à petit chaque organe et le compressait jusqu’à qu’ils rentrent tous dans mes poumons et me coupent la respiration. Oh, j’aurais dû savoir, pourtant, combien les choses sont changeantes, et combien d’une seconde à l’autre les choses pouvaient basculer facilement, même dans une relation où mes certitudes étaient bien ancrées dans ma poitrine. Je perdais le contrôle, pensai-je avec angoisse, faisant palpiter mon cœur et trembler mes mains. La peur commençait à se distiller en moi, saisissant la première opportunité, comprenant que j’avais baissé ma garde. Qu’allait-il arriver ensuite, que s’était-il vraiment passé, je l’ignorais, mais je savais que j’allais en souffrir, sans savoir comment pouvoir le limiter ou l’annuler, et c’était pire que tout, savoir que j’allais avoir mal sans savoir comment faire ! Je ne voulais plus de tout ça, et avec Ewan, j’étais d’habitude toujours en sécurité, malgré nos problèmes respectifs. Il était un remède, et non le poison, qui pourtant s’infiltrait à présent dans mes veines, sous ma peau moite. C’était tellement désagréable, cette colère, qui se nourrissait de toutes mes angoisses allégrement, alors que je détestais la sentir viser contre la personne qui faisait battre mon cœur. Pourtant, son geste m’avait effrayé, plus encore, je ne comprenais pas pourquoi il ne s’expliquait pas, pourquoi il me laissait échafauder les pires scénarios dans mon cerveau paniqué… Ma bouche était sèche, mon ventre noué, je reconnaissais chaque signe – l’angoisse, la véritable, vive et profonde, ne voulait plus me quitter.

Ewan n’était pas quelqu’un de violent pourtant. Il devait y avoir une raison, j’en étais persuadée, mais mon angoisse avalait le reste et mes pensées claires. Pire encore, une honte glaciale s’était installée en moi, me rappelant combien de personnes que je connaissais d’un milieu professionnel avait assisté à la scène, et j’en voulais tellement à Ewan de m’avoir mis dans cette position alors qu’il savait combien j’aimais rester discrète. Mes yeux cherchaient les siens, dont le bleu délavé me paraissait flou et loin, difficile à atteindre, une paroi semblait s’être érigée entre nous deux, formée par l’incompréhension qui grondait en moi et me séparait de lui. Nous étions toujours tellement en harmonie que tout à coup, je ne savais même pas comment briser cette séparation, comment faire le pas pour le rejoindre, tant j’étais habituée à être à côté de lui. Etait-ce donc l’alcool qui avait causé tout cela ?!


- Oh, ça va, je n'ai pas de leçons à recevoir de toi sur l’alcool !

Je fixai Ewan, interdite, sentant à l’intérieur que mon cœur venait de se fracturer.

La stupeur m’enveloppa avant de laisser place à une douleur terrible qui se propagea de ma poitrine jusqu’au bout de me doigts, portée par le courant électrique qui courait dans mon sang. Ewan se leva, mais ses mouvements me paraissaient très flous, très lointains, comme si j’observais repliée en boule dans un coin, cachée, les deux mains sur les oreilles pour ne plus rien entendre. J’aurais préféré qu’il me frappe, que sa main aux jointures toujours rouges cogne ma joue, la douleur serait restée quelques secondes mais elle aurait disparu ; ces mots-là, eux, ne risquaient pas de me quitter, j’en étais certaine. Oh, il avait raison, je le savais pourtant n’est-ce pas ? Il n’était pas de ceux que je pouvais tromper sur ce sujet, de toute manière. J’étais tellement stupide. Mais à l’intérieur, une petite voix me murmurait que c’était injuste, cruel même, et que je ne méritais pas une telle remarque. Que se passait-il, Ewan savait que je détestais la violence, que l’alcool était un sujet très douloureux pour moi, et pourtant, rien ne semblait l’arrêter ?... Mais face à moi, son visage s’était décomposé aussi, comme s’il comprenait aussi combien la machine était allée trop loin. Pendant quelques secondes, j’eus envie qu’il parte, qu’il me laisse, jusqu’à que reviennent au galop mes insécurités qui ne supportaient pas de rester sur de telles paroles.


- Je suis désolé, je ne voulais pas dire ça du tout, je ne sais pas ce qui m’a pris, c’est stupide et méchant, je suis vraiment désolé Ruby… C’est juste que je ne suis pas soûl et que ça m’énerve que tu me dises ça quand ce n’était pas le problème. Je sais que c’est nul de taper quelqu’un mais il est vraiment allé trop loin, je n’ai pas pu le supporter… Je suis désolé, vraiment.

C’était comme si le son et l’image s’étaient décalés, je voyais les lèvres d’Ewan bouger, j’entendais sa voix, mais les choses ne collaient pas. Sur la table, mon doigt avait cessé de tapoter nerveusement, et tout mon corps s’était figé, devenant une machine qui cherchait à me protéger de l’extérieur – ou peut-être m’étais-je complètement déconnectée. J’essayais de comprendre ce qu’Ewan me disait, mais dans mes oreilles tintaient toujours sa réplique assassine, brouillant le reste. Depuis quand Ewan frappait quelqu’un qui « allait trop loin », depuis quand était-il si méchant avec moi, pourquoi n’arrivais-je pas à reconnaître celui qui se tenait devant moi, alors que c’était sa voix, ses gestes…

Lawrence était donc allé trop loin, j’avais du mal à comprendre ce qui s’était joué entre les deux, mais tout à coup je n’étais plus sûre d’être assez forte pour l’entendre. De toutes parts je me sentais m’effondrer, le goût salé des larmes prenant ma gorge, tandis que quelques-unes me brouillaient la vue, à peine retenues par la stupeur qui m’habitait toujours.


- D’accord, murmurai-je d’une voix lointaine. J’avais les yeux baissés vers la main d’Ewan, où quelque chose l’avait blessé, et je sentis mon cœur se contracter un peu plus. Je crois qu’il vaudrait mieux que l’on se calme chacun de son côté. Tu devrais t’occuper de ta main, dis-je en la désignant d’un geste de la tête. Je bougeai – mon corps me répondait étrangement, comme s’il captait à peine le signal lointain de mon cerveau – et je partis chercher la boite à pharmacie, remplie d’onguents, de potions et de bandages, que je mis sur la table, parallèle au-dessous de plat posé au centre, et lissai du plat de la main la nappe plusieurs fois. Je vais prendre une douche, ajoutai-je, plus pour moi que pour lui. Ma mâchoire tremblait dangereusement et ma voix semblait prête à se briser d’un instant à l’autre.

Mais une fois seule dans la douche, j’avais beau passer le savon le long de ma peau, méticuleusement, quelque chose restait accroché à ma peau et refusait de partir. Je retenais mes larmes sans grande conviction, sentant qu’elles mêlaient malgré moi au jet d’eau. Je les sentais lourdes et à la fois anesthésiantes, comme la chaleur et la vapeur qui enveloppaient la pièce. Dans le miroir sur lequel j’avais essuyé la buée méticuleusement, mon visage m’apparue fatiguée et étranger, tout comme tous les événements de la soirée qui me semblaient appartenir à une réalité alternative. J’alignai les produits dans l’étagère, séchai mes cheveux lentement avec application, suivant tous les petits rituels que je m’étais construits, la crème, puis l’autre, le dentifrice, le petit sablier des trois minutes que je rangeai aussi, mon pyjama qui m’attendait plié sur l’étagère et que j’enfilais tous les soirs après m’être lavée. Le short et le débardeur me parurent minuscules et ridicules, m’exposant beaucoup trop, tandis que je ne rêvais que d’une chose, disparaître, sous ma couette, sous une couche de vêtement, qu’importe, tant que pouvais m’échapper du reste.

Je sortis de la salle de bain doucement, intimidée. Ewan, était encore dans notre petit salon, et j’évitais son regard, filant dans la chambre. Dans l’un de mes tiroirs était rangé l’un de mes points de croix que j’avais commencé depuis que je m’étais mise en tête de faire d’apprendre la broderie, mais mes doigts toujours tremblants avaient bien du mal à tenir l’aiguille et à se concentrer. Les minutes semblaient devenir des heures, et je ne cessai de poser l’aiguille pour réordonner parallèlement les choses sur mon bureau, nerveusement, l’oreille tendue pour percevoir la respiration d’Ewan. Je ne voulais pas qu’il soit loin. Assisse sur la chaise de mon bureau, le dos droit, mes pensées confuses commencèrent à se calmer, tout en me bombardant de nouvelles questions, ancrant à nouveau des doutes inquisiteurs en moi. Mais si j’y voyais toujours flou, petit à petit, quelque chose commençait à enfin prendre forme, la certitude qu’Ewan n’aurait jamais frappé quelqu’un sans raison et que, même si cela me terrifiait, il fallait que j’arrive à comprendre qu’il s’était passé.


- Tu veux venir te coucher ? Demandai-je d’une petite voix, inquiète, passant la tête par l’embrasure de la porte pour l’appeler. J’avais allumé quelques bougies parfumées sur ma table de chevet.

Pendant quelques minutes, nous étions raides, côte à côte, sans oser bouger et dire quoi que ce soit. C’était tellement terrible que j’eus envie de pleurer à nouveau, mais la petite voix en voix me rappela qu’il fallait que je comprenne, que cela m’empêcherait d’avoir peur. Je me tournai vers Ewan timidement, et passai mes doigts le long de sa paume qui était parfaitement guérie – l’un des nombreux avantages de la magie. Malgré moi, je me demandai s’il avait eu mal. C’était peut-être là ma plus grand faiblesse, peu importe ce qui se passait, je ne pouvais pas m’empêcher d’être inquiète pour lui…


- Je suis désolée de m’être énervée. J’étais paniquée et en colère que tu ais perdu ton sang-froid, surtout devant des gens avec qui je travaille, tu sais bien que je n’aime pas attirer ce genre d’attention sur moi et que je n’aime pas la violence. Ce que tu m’as dit, ça m’a fait beaucoup de peine, je sais que tu ne le pensais pas, mais ça m’a fait vraiment peur de te voir impulsif comme ça. Ça me fait peur ce genre de choses, murmurai-je les yeux baissés. Je sais que tu n’aimes pas Lawrence, mais je ne comprends pas, qu’est-ce qu’il a pu dire pour t’énerver de la sorte, toi qui est habituellement si calme ?... S’il-te-plaît, dis-moi, je… Je n’ai pas envie qu’il nous éloigne, c’est débile, je le connais à peine, je m’en fiche de lui, expliquai-je d’une petite voix craintive, sentant mes lèvres se plier en une moue triste, tandis que mes yeux avaient peur de ceux d’Ewan, de ce qu’ils pourraient y lire, de sa colère – tout semblait si imprévisible ce soir.


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