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Cathedrals in my heart (Emmy)

 
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 Cathedrals in my heart (Emmy)

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Chuck Carlton
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Localisation : Là où on peut faire la fête !
Date d'inscription : 03/03/2010

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Particularités: i should have known better
Ami(e)s: Emmy-Nem, Haley, mon petit lapin! Oh vous inquiétez pas, ça nous choque autant que vous... ; Joy, eh ouais comme quoi ! ; Ruby Miss Parfaite ; Lilian, the one and only
Âme soeur: come to me my sweetest friend can you feel my heart again i'll take you back where you belong and this will be our favorite song

MessageSujet: Cathedrals in my heart (Emmy)   Jeu 18 Mai - 17:51

https://www.youtube.com/watch?v=JivvnCopGlI

There's something about the way you shiver
Even in the morning
Girl, I get stoned
And I'll take a bullet for you right now
Just to keep you in my lungs

Girl, I get stoned on you
Rubbing my bones on you
Nothing else burns like you (oh)
Ripping my shirt off you (oh yeah)




Dix jours. Dix jours et pas un qui me donnait l’impression d’avoir perdu plusieurs mois de ma vie – bizarre, parce que c’était arrivé. Mais là c’était le calme après la tempête, c’était à la fois excitant et reposant, c’était surtout tellement apaisant que j’avais l’impression que tout mon corps se détendait enfin, que j’étais bien, vraiment bien, pour la première fois depuis longtemps. Je dormais mieux, et paradoxalement moins parce qu’on se voyait le plus souvent possible avec Emmy, mais le matin j’arrivais mieux à me réveiller et à aller au boulot, je sentais comme une force nouvelle, et j’avais toujours un peu de mal à comprendre ce qui m’arrivait. Quelque part ça me faisait un peu flipper : j’étais presque un peu high, c’était presque artificiel ce qui me coulait dans les veines et en tant qu’ancien addict, je connaissais trop bien ce qui allait suivre… Mais pourtant rien, aucun signe, tout allait bien, ça ne redescendait pas et il ne se passait pas une seconde pendant laquelle je ne me disais pas que c’était le kiff d’être en vie. Pas mal, non ? C’était toujours douloureux ; un peu comme si j’étais devenu double, il y avait le Chuck d’avant, qui avait toujours eu son petit frère avec lui et qui avait failli partir avec, et il y avait le Chuck de maintenant, qui ne le connaitrait jamais, mais qui ne pourrait pas l’oublier pour autant. Il fallait bien faire avec, de toute façon. Ma tante m’avait justement rappelé la veille l’existence de mes parents, comme elle savait le faire, en douceur et avec des pincettes, mais ça ne changeait rien pour autant, et je lui avais répété une centième fois. Je ne voulais plus rien en commun avec eux, cette fois c’était moi qui les abandonnais, c’était moi qui faisais l’action, c’était moi qui les dégageais. Ils auraient été bien ingrats de m’en vouloir. Pour l’instant, j’étais incapable de gérer quoi que ce soit avec eux – Angie avait compris et je savais très bien qu’elle connaissait mon état d’esprit, mais elle essayait quand même parce que c’était son rôle. Tess était de mon avis, et ça me faisait rire au fond, parce que je voyais bien qu’elle me secondait en partie parce qu’elle voulait choisir mon camp ; j’étais content qu’on se soit retrouvés. Petit à petit, tout revenait un peu dans les rails, à défaut de retrouver vraiment l’ordre d’avant.

La veille, j’avais même bu des coups avec mes collègues (ils étaient géniaux, deux de mon âge et deux plus âgés mais carrément funs et on ne faisait que rire toute la journée, ça faisait du bien) et je m’étais autorisé à sentir un peu l’ivresse, même si je la contrôlais. J’en avais parlé avec Matt, mon parrain de rehab, qui avait dit que c’était un bon test, que si je me sentais prêt à ce sujet c’était déjà un signe en soi, etc. Je devais rester attentif, évidemment, et mon but n’était pas de me bourrer la gueule, mais j’avais juste besoin de me prouver que je pouvais être normal à nouveau… Parce que tout ça faisait un peu peur mine de rien, j’avais l’impression de revenir de tellement loin que plus rien dans la vie quotidienne ne m’était facile ou habituel, j’avais du tout recommencer, tout réapprendre, et je n’étais pas trop sûr d’avoir encore vraiment retrouvé ma place.

Mais avec Emmy, par contre… C’était autre chose. Avec Emmy il n’y avait pas d’hésitation, pas de peur, il n’y avait rien de difficile et rien d’inconnu, c’était familier et tiède et comme un retour à la maison, et j’avais senti presque instantanément le soulagement de la retrouver. Clairement je ne l’avais pas oubliée et je n’avais pas baissé les bras vu comment je lui avais couru après, clairement mes sentiments pour elle n’avaient pas changé malgré toutes les conneries que j’avais faites, mais j’avais été tellement peu sûr du résultat que depuis le soir où elle avait débarqué chez moi complètement pétée, tout avait un peu pris des allures de rêve éveillé. Pourtant elle était là, pourtant je l’avais bien retrouvée et on était fourré ensemble la plupart du temps, pourtant j’avais tout retrouvé avec elle : notre complicité, notre façon de se comprendre, son rire et son sourire, ses yeux, ses joues qui rougissaient, nos baisers et nos câlins, bref, tout. Pourtant c’était difficile en même temps de réaliser, de se dire que c’était bon, que tout irait mieux… Oui, quelque part, c’était chelou de se dire que maintenant tout irait mieux, c’était le grand pas en avant, au-dessus du vide.

Il faisait plutôt bon en ce moment, les journées étaient belles et ensoleillées même si il y avait un peu de vent, et on avait décidé de se faire une petite soirée pique-nique dans un parc (les parcs avaient toujours eu quelque chose de spécial pour nous – surtout quand ils avaient une aire de jeux pour enfants). Parce que moi aussi je pouvais surprendre, j’avais exigé de m’occuper moi-même de la bouffe et des boissons, malgré le regard à moitié inquiet d’Emmy (comme si j’allais prendre uniquement des chips barbecue, non mais, j’étais un mec ok, mais tout de même…). Vu que je travaillais à mi-temps en plus, aujourd’hui j’avais une journée entière pour m’en occuper, c’était aussi plus simple puisqu’elle travaillait plus que moi. J’avais fourré un milliard de choses dans un vieux panier de pique-nique magique, prêté par mes voisins de palier : il était évidemment petit et contenait bien plus en réalité. J’avais mis des bouteilles de cidre de plusieurs parfums, dont quatre kiwi/fraise le préféré d’Emmy, j’avais mis des chips, des gâteaux apéros, du taboulé, des parts de quiche et de cake, de l’houmous et du guacamole, bref tout un tas de truc qu’on adorait, et aussi des bonbons et des gâteaux pour le dessert. Je m’étais dit que, tranquille, j’allais y aller en transplanant puisque que j’avais retrouvé l’usage de mes pouvoirs et que je ne risquais plus d’abandonner un orteil derrière moi… Et puis j’avais tilté que j’emmenais Snitch et que je ne préférais pas transplaner avec lui pour l’instant, non seulement parce qu’il était encore un peu petit et surtout parce que j’étais pas trop sûr de gérer. Du coup j’avais envoyé un texto à Emmy pour lui dire que
DÉSOLÉ J’DOIS PRENDRE LE BUS J’SUIS EN RETARD et j’avais sauté dans un bus pour Regents Park, avec mon panier qui pesait mille tonnes et Snitch sur mes talons, surexcité évidemment.

On avait choisi le parc de Primrose Hill, Emmy et moi on adorait la vue de l’horizon londonien du haut de la petite butte, encore plus la nuit. Le parc aussi était agréable, même si j’avais une préférence pour la ville, le bitume, les lumières, les néons. Je ne savais pas trop expliquer pourquoi, sauf si je pensais à notre endroit préféré avec Coop, cet immense immeuble en construction abandonné, un truc qui aurait dû être un parking sur plusieurs étages près d’un centre commercial qui n’avait jamais vu le jour, pas loin de chez nous, en bordure du terrain vague. On voyait tout Bristol d’en haut, on voyait la baie, la mer. C’était un peu chaud pour y monter, évidemment la ville avait essayé de bloquer les accès pour que les gamins n’y montent pas, mais on avait toujours réussi, surtout que la nature reprenait ses droits et qu’on s’aidait du lierre pour se hisser à la passerelle du premier étage. Curieusement c’était l’endroit précis qui me manquait le plus là-bas, on y avait fait des fêtes avec mes potes, on y avait traîné des journées entières quand il pleuvait ou des longues journées d’été sur le toit à profiter du soleil et du vent, on y avait passé des soirées avec Coop rien que tous les deux, à manger des sandwichs achetés à l’épicerie pour éviter l’ambiance pourrie de la maison. Je fumais des clopes et Coop restait là à côté de moi, on parlait ou il lisait et moi je faisais du skate, parfois on jouait, on écrivait des trucs sur les murs, n’importe quoi. On faisait passer le temps, parce qu’on avait grandi en n’ayant que ça à faire, chez nous. Mais cet immeuble c’était chez nous, c’était notre endroit, même s’il y avait parfois d’autres gamins que nous ou bien même des camés qui traînaient là – mais on ne se dérangeait pas. C’était assez grand. Quand le soir tombait j’avais souvent envie d’y retourner, tout d’un coup, comme ça, un peu comme quand j’étais retourné en douce dans notre ancienne maison mise en vente. C’était complètement con, des endroits restaient des endroits, je n’aimais même pas cette maison. Mais c’était plus compliqué que ça, et je me soulais à moi-même à ne pas m’en défaire, mais au fond ces endroits ça avait été toute ma vie, ça avait été celle de Coop aussi. En les laissant derrière moi, c’était comme si on me volait mes souvenirs.

Bref. J’étais arrivé et Snitch évidemment se mis à courir comme un fou vers Emmy, qui l’attrapa dans ses bras et frotta son visage contre lui en poussant des petits gémissements d’amour (merci pour moi). Après ça, je pris d’autorité ce qui me revenait et entourai sa taille de mon bras libre avant de l’embrasser en souriant, de fermer les yeux et de laisser la tension monter un peu. Puis on se mit en route (évidemment j’avais louché sur sa tenue, elle était toujours aussi cool et sexy à la fois). On se promena en discutant à travers le parc, et en lançant des bâtons à Snitch, jusqu’à notre endroit préféré, où on se posa dans l’herbe, un peu en retard. Presque à 360 degrés, on voyait la ville qui commençait à s’allumer, même s’il ne faisait pas encore nuit. Il y avait juste la tour des télécoms qui était allumée et qui se détachait du reste. J’agitai ma baguette discretos pour déballer la vieille nappe et sortir les boissons et la bouffe, et je m’installai en me jetant à moitié par terre en attirant avec Emmy avec moi, et on se mit à se chatouiller, à ricaner et à s’embrasser comme deux débiles amoureux (jusque-là, rien d’inattendu). Puis on s’installa un peu mieux, je nous ouvris une bouteille chacun, j’allumai une cigarette, et on commença l’apéro. Snitch courait partout autour de nous et se roulait dans l’herbe, mais venait quand même de temps à autre renifler un peu le contenue du pique-nique.


- C’était comment ta journée, babe ? dis-je en lui piquant des bisous sur la joue. Elle avait l’air songeuse, et je posais ma tête sur son épaule un instant. Tout était bien.

_________________

CHUCK CARLTON
I should have known better, nothing can be changed - the past is still the past, the bridge to nowhere - I should have wrote a letter, explaining what I feel, that empty feeling - Be my rest, be my fantasy

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Emmy Yeats
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MessageSujet: Re: Cathedrals in my heart (Emmy)   Dim 21 Mai - 23:13

♪ ♫ ♪

« I could be the only, I could be the only one

You got that throne
Baby you got that throne
That golden majestic glow
Delight, delight, delight, delight
And I got that hope
Ready electric go go
Super volcano flow
Delight, delight, delight, delight

And I could hold you endlessly
Ultralife just you and me
Oh my heart is aching
Feel my body breaking
There's magic in the way you move
Stop the world it's only you
Oh my heart is waking
Cause I could be your one and only

We can get heavy on it all night, all night, all night
Shoot into the sky until it too bright, all night, all night
We can get heavy on it all night, all night, all night
Shoot into the sky until it too bright, all night, all night

I could be the only, I could be the only one. »




Dix jours. Dix jours et pas un qui ne me donnait pas l’impression de flotter, libérée de tous les poids qui me faisaient plonger. C’était tellement simple que s’en était presque terrifiant, la rapidité avec laquelle j’avais repris mes habitudes, comme si mon corps en pause n’attendait que de revenir à ce qui lui semblait le plus naturel. Dès qu’il était en présence de Chuck, il se remettait à frissonner, à brûler d’une chaleur tiède qui entourait mon cœur et accentuait ses battements, et comme un aimant, je me sentais irrépressiblement attirée par la présence de Chuck. Il était irrésistible, et pas une seule seconde je n’essayais de freiner ce que je savais beaucoup trop intense pour être calmé. Je n’avais plus peur, c’était le plus fou, quand j’étais contre lui, il n’existait plus que nous deux et le reste m’importait peu. J’avais l’impression de planer sans cesse, je glissai ma main dans celle de Chuck et mon cœur s’emballait, mes pas devenaient légers, j’avais envie de courir, de voler, quelque chose en moi se détachait presque du réel. J’avais envie de toucher Chuck, son corps, son visage, sa peau brûlait la mienne, m’attirait sans que je puisse faire demi-tour. Oh, je le savais, j’étais complètement amoureuse, je tombais tête la première, comme la dernière fois. J’aurais dû peut-être m’inquiéter, comprendre justement que la dernière fois avait été révélatrice, qu’elle m’avait coûté beaucoup de ma stabilité, mais oh, trop tard, me criait tout mon être. Il n’y avait pas de frein avec Chuck, il n’y en avait jamais vu. Quand je regardais ses yeux noisettes et rieurs, j’avais envie de rire aussi, de l’embrasser. Parfois, il me semblait que j’étais à court de mots pour décrire tout ce qu’il nourrissait en moi. Il agitait et calmait tout à la fois dans mon être.

J’avais beau retrouver Chuck comme si rien n’avait changé, les choses m’avaient trop impacté pour que je ne sois pas différente. Les deux personnes que j’avais été, incompatibles et pourtant en cohabitation, existaient toujours mais les frontières étaient à présent flouées. Petit à petit, je redevenais entière, ou du moins j’essayais. Mais bizarrement, je n’étais pas simplement redevenue Emmy, celle de Londres qui avait tant souffert de sa rupture. J’avais toujours cru qu’elle était simplement un peu en pause, malmenée par le monde, cachée lorsque j’étais à Oxford, mais en réalité, elle n’existait simplement plus. Tout comme cette Emily à Oxford n’existait plus non plus. Je n’étais plus dissociée, j’étais les deux, en même temps, sans savoir quoi prendre de l’une ou de l’autre, comment faire. A vrai dire, je ne savais même plus vraiment ce que j’étais, ce qui me définissait, et c’était peut-être la seule chose qui me terrifiait vis-à-vis de Chuck. Il avait tellement grandi, évolué, pour devenir tellement génial, sûr de lui malgré sa fragilité. Je crois que plus que jamais, il savait ce qu’il était. A l’inverse, je me sentais coincée dans une pièce de théâtre, à enchaîner les rôles, sans savoir lequel me convenait le mieux. J’avais peur de me définir trop par Chuck, par notre relation, et de redevenir celle qu’on pourrait laisser et qui n’aurait plus rien s’il disparaissait à nouveau. A cette pensée, je frissonnais toujours un peu.

Retrouver Chuck me donnait une énergie nouvelle, et à la piscine, je nageai plus vite que jamais, j’avais été joué au tennis avec Ezra, j’étais même sortie courir deux soirs, portée par une énergie grisante qui filait dans mon corps dont le cœur battait fort. Je ne le remarquai qu’à présent que je passais autant de temps nue – Chuck et moi n’étions pas trop du genre à porter des habits quand nous dormions et vivions ensemble – mais mon corps avait changé ces derniers mois, j’étais devenue beaucoup plus musclée, au niveau des bras, des jambes, et même de mes fesses. C’était étrange ça aussi, j’avais l’impression que j’étais différente et je ne savais pas trop ce qui était moi, ce qui était nouveau, ce que je contrôlais ou non. Heureusement, je me laissais beaucoup portée, je ne m’inquiétais pas trop, surtout que la présence de Chuck dans ma vie avait toujours un effet de dynamite dans ma poitrine, je me sentais tellement désirable et désirée que mon corps devenait comme un allié. Je me sentais jolie, vraiment jolie, et c’était quelque chose auquel je savais que je pouvais prendre rapidement goût. Je ne m’étais jamais trouvée particulièrement laide, mais j’étais loin d’être aussi belle qu’un tas de mes amies. Pourtant, dans les yeux de Chuck, j’avais l’impression d’être la fille la plus magnifique de la terre, et petit à petit, je commençais même à le croire.

Je venais de transplaner dans une petite rue sombre près de Primrose Hill lorsque mon téléphone vibra et que s’afficha le message de « Chuck Boo » qui m’indiquait qu’il était en retard. Un petit sourire amusé traina sur mon visage, et je poussai un soupir, habituée. Je remontai l’avenue principale aux jolies maisons colorées, puis remontai le parc pour arriver en haut et admirer la vue. J’adorais cet endroit, c’était sûrement l’un de mes préférés à Londres avec Bankside, et quand Chuck m’avait quitté, je l’avais beaucoup évité, pour ne pas ressasser des souvenirs beaucoup trop frais et douloureux. Revenir ici me rappelait à présent des choses plus douces. Une cigarette allumée entre mes lèvres, je m’assis sur le petit rebord en brique sur lequel était inscrit la citation de William Blake. “I have conversed with the spiritual Sun. I saw him on Primrose Hill”. Je regardai à mon tour le soleil qui commençait à être bas dans le ciel, et, souriant, je jouai avec la fumée que je soufflai doucement. Oui, il y avait quelque chose de mystique ici, la façon dont les immeubles et les monuments se détachaient dans la nuit, la mélancolie qui se dégageait de cette vue mais cette énergie folle, la façon dont on sentait la ville qui respire, l’envie de la rejoindre mélangé à cette contemplation si reposante. Ici, en haut de cette colline, on était loin de la clameur, tout en étant dans son centre. Je restais un long moment dans mes pensées, oubliant même de feuilleter le magazine que j’avais sorti pour m’occuper en attendant Chuck. Tout était bien là, tout était doux.

Mes pensées dérivèrent sur cette journée étrange. Malheureusement, tout ne pouvait pas être aussi doux et agréable que les bras de Chuck et ses étreintes. Si la réalité avait continué quand il m’avait plaqué, elle continuait aussi maintenant que nous étions à nouveau ensemble. Matteo existait toujours, mes responsabilités, mes comptes à rendre, et je le percevais plus que jamais à Oxford, dont la douceur s’était retournée contre moi. J’avais bien fini par lui dire que oui, je m’étais remise avec Chuck, et s’il s’y attendait, je pense que la rapidité de la situation l’avait particulièrement blessé. Bien sûr, Matteo était quelqu’un de mature, il n’était pas du genre à se venger, à me crier dessus, mais c’était presque pire, lorsque je le croisais dans l’un des couloirs de nos petits bureaux, il me murmurait un bonjour si grave que j’en avais des frissons et que je devenais toute rouge de gêne. Autour de nous, tout le monde savait, et c’était sûrement le pire. Pour la première fois de ma vie, j’étais cette fille-là, la « méchante » qui avait brisé le cœur de Matteo qui était adoré par tous ici. Je détestai cette position, et aujourd’hui, alors que nous avions une réunion avec le service de Matteo, j’avais ressenti cette position et la honte qui en résultait plus que jamais. L’air avait été lourd, plein de sous-entendus, et j’avais eu envie de disparaître sous terre. Ce sentiment était encore un peu en moi, mais heureusement, la vue de Chuck qui arrivait à ma hauteur suffit à faire taire le reste de mes inquiétudes.

Je câlinai Snitch en riant, puis je me coulai dans les bras de Chuck qui m’embrassa tendrement, faisant s’emballer mon cœur. Sa main sur ma jupe en similicuir faisait bruisser le tissu, et j’avais chaud sous ma chemise à motif et ma veste en jean. On se mit ensuite en marche vers notre petit coin préféré, Snitch qui jouait à nos pieds en aboyant joyeusement. Je m’exclamai « wow » malgré moi devant tout le contenu du pique-nique que Chuck avait préparé, réellement impressionné, et il fit semblant d’être vexé de mon étonnement – on se mit à rire et à se chatouiller comme des débiles. J’avais le cœur qui palpitait tellement fort que j’en avais le souffle court. Je voulais que ces moments ne s’arrêtent jamais, et que la réalité ne me rattrape jamais, pensai-je un peu amèrement.


- C’était comment ta journée, babe ?

Il percevait toujours tout, n’est-ce pas ? Je me sentis sourire doucement malgré moi.

- Hm, ça allait, ça allait, dis-je d’une petite voix. Evidemment, il n’était dupe, et il n’ajouta rien pendant quelques minutes, attendant évidemment que je parle. Il savait très bien qu’il me fallait un peu de temps parfois, pour formuler mes pensées. On a eu une réunion avec le service dans lequel bosse Matteo, du coup il était là, et c’était super étrange comme ambiance. Je lui ai dit il y a quelques jours que j’étais à nouveau avec toi, évidemment il ne l’a pas très bien pris, et comme c’est un petit bureau, les choses se savent assez vite de toute façon, surtout qu’il a pas mal d’amis… En plus, les gens ont toujours su qu’il était beaucoup plus à fond sur moi que l’inverse, dès le début il me draguait tout le temps, il m’a déjà fallu mille ans pour que je capte et à nouveau mille ans pour que j’accepte, dis-je avec un petit sourire.

Même si Chuck n’aimait sûrement pas ce sujet, je savais que ça le ferait rire de constater qu'encore une fois j'avais été aveugle - on riait souvent de ma nullité pour voir que je plaisais à quelqu’un.


- Mais du coup j’ai peur de passer un peu pour la connasse de l’histoire, et comme Oxford était un peu mon havre de paix, ça me soule que ça fasse ça… Mais évidemment je ne regrette rien, hein, enfin, ça vaut absolument le coup d’être avec toi, dis-je en portant l’une de ses mains à mes lèvres pour l’embrasser doucement.

Je ne voulais absolument pas qu’il doute. Je tournai légèrement mon visage vers lui, souriant un peu timidement.


- C’est un peu bizarre, je n’ose pas trop te parler de ça parce que j’ai peur que ça casse un peu l’euphorie de nos moments… J’ai presque peur de plomber l’ambiance, et du coup en même temps, je n’ose pas trop te demander toi, genre, hm, comment tu te sens et tout, tu vois ? En plus quand on était ensemble la première fois, on ne parlait pas trop de ce genre de choses, j’ai l’impression qu’on l’a fait beaucoup plus quand on est redevenus proches ces derniers mois, mais maintenant on a plus non plus la même relation, alors qu'au fond si, enfin je crois, du coup je sais pas, je suis débile non ?! Avouai-je avec un petit rire nerveux, emmêlant une mèche de mes cheveux autour de mes doigts et cherchant le regard de Chuck pour me rassurer – ils étaient comme une ancre qui me stabilisait toujours.

_________________



 
« Where are you taking me ?
I can't be blamed
I want you to want me again »



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Chuck Carlton
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MessageSujet: Re: Cathedrals in my heart (Emmy)   Lun 29 Mai - 12:01

En soufflant la fumée de ma clope je la suivis des yeux, qui s’évaporait devant nous. Parfois je regrettais tellement la sensation de la drogue, les quelques secondes qui précèdent avec le cœur qui bat pour une seule chose, la piqure un peu désagréable, le froid qui rentre d’un coup, la détente, la sensation brutale et ensuite tellement douce, le décollage. Évidemment que ça me manquait, j’en avais pris pour une raison et elle était toujours en moi, j’aimais le lâcher prise et l’état de transe qui me faisait tout oublier, ce n’était pas la question. La différence c’est que maintenant je pouvais prendre le « recul nécessaire » et je savais que « ce n’était pas une solution » (oui, j’avais bien écouté le matraquage qu’on nous faisait au centre). Je savais que c’était vrai, tout ça. Mais des sensations comme ça ne se laissent pas oublier, c’est bien tout le problème. À de rares (très rares) moments, j’avais assez de force en moi et de stabilité pour me dire que, non, j’en voulais pas, merci bien. Que vivre comme ça me suffisait. C’était le cas, là, maintenant : l’air doux, la vue, le pique-nique, la nuit qui s’amorçait, la chaleur d’Emmy contre moi, sa présence, la certitude qu’elle était là pour moi, son sourire. Je fermai les yeux une seconde. J’aurais bien aimé pouvoir lui dire exactement tout ce qu’elle représentait pour moi, mais malheureusement j’étais loin d’être un poète. J’embrassai simplement son coup, avant qu’elle reprenne la parole.

- Hm, ça allait, ça allait. On a eu une réunion avec le service dans lequel bosse Matteo, du coup il était là, et c’était super étrange comme ambiance. Je lui ai dit il y a quelques jours que j’étais à nouveau avec toi, évidemment il ne l’a pas très bien pris, et comme c’est un petit bureau, les choses se savent assez vite de toute façon, surtout qu’il a pas mal d’amis… En plus, les gens ont toujours su qu’il était beaucoup plus à fond sur moi que l’inverse, dès le début il me draguait tout le temps, il m’a déjà fallu mille ans pour que je capte et à nouveau mille ans pour que j’accepte.

Hmm… Ça devait arriver, de toute façon. Je n’allais pas mentir : je n’avais pas accordé de pensée particulière à Matteo, ce mec trop mou et trop insipide à mon goût, qui n’avait pas su faire vibrer Emmy et rien que pour ça il ne la méritait pas. Après, je reconnaissais que c’était loin d’être facile et agréable comme situation, et si Emmy donnait l’impression que c’était un peu chelou de m’en parler, je ne le pensais pas du tout – c’était le jeu.

- Mais du coup j’ai peur de passer un peu pour la connasse de l’histoire, et comme Oxford était un peu mon havre de paix, ça me soule que ça fasse ça… Mais évidemment je ne regrette rien, hein, enfin, ça vaut absolument le coup d’être avec toi.


Je la laissai m’embrasser et lui souris, avant de la prendre dans mes bras et l’attirer contre moi. C’était un peu comme avec Angie, je n’avais qu’une envie, me mettre dans ses bras, à l’abri, mais j’agissais en faisant plutôt le contraire, c’était moi le protecteur qui prenais soin des autres, moi qui voulais être rassurant, et pas le contraire. Après tout c’était mon rôle depuis le début…

- Je comprends, t’inquiète, la rassurai-je. C’est normal que ce soit bizarre et que tu te sentes pas trop à ta place, mais ça ne pouvait pas trop se passer autrement de toute façon… Il y en a toujours un qui est responsable. Ça va se tasser avec le temps, le seul truc que tu peux faire c’est le laisser digérer. Après les autres… bah déjà ils avaient vu juste (je ricanai un peu) et ensuite ils ne vont pas t’en vouloir longtemps de toute façon, c’est la vie aussi de quitter les gens.

Quitter les gens… Pas la peine de s’y attarder.

Je bus encore un peu et m’attaquai à la bouffe (je sentais bien qu’Emmy n’avait pas tout dit ce qu’elle avait sur le cœur et comme il lui fallait toujours un peu de temps), ouvrant les trucs et plongeant des tortillas dans le guacamole, en lui en donnant aussi.


- C’est un peu bizarre, je n’ose pas trop te parler de ça parce que j’ai peur que ça casse un peu l’euphorie de nos moments… Ha ha, le moment qu’on attendait tous - J’ai presque peur de plomber l’ambiance, et du coup en même temps, je n’ose pas trop te demander toi, genre, hm, comment tu te sens et tout, tu vois ? En plus quand on était ensemble la première fois, on ne parlait pas trop de ce genre de choses, j’ai l’impression qu’on l’a fait beaucoup plus quand on est redevenus proches ces derniers mois, mais maintenant on a plus non plus la même relation, alors qu'au fond si, enfin je crois, du coup je sais pas, je suis débile non ?!

- Ben oui t’es débile, c’est pas nouveau, me moquai-je encore.

Mais je rigolais et ce n’était pas vraiment ce qui était attendu, j’en étais bien conscient. Le truc c’est que moi aussi j’avais besoin de temps pour parler, moi aussi j’avais les idées en vrac et pas trop le sens de l’ordre, sans compter qu’encore une fois il y avait un mur entre ce que je ressentais et ce que je pouvais dire, je ne savais pas faire, un point c’est tout. Et quelque part c’était tellement ironique que la seule personne qui savait parfaitement lire dans ce que je ne disais pas ne serait plus jamais là… À moi de me démerder tout seul, quoi. Message reçu.

Je continuai à manger encore quelques trucs, j’avais la dalle. Emmy avait ouvert le houmous et me le passa, et pendant quelques temps on ne dit rien, pas parce que c’était gênant ou quoi que ce soit, juste parce qu’on réfléchissait dans notre coin. Je voyais bien que ça la stressait un peu et au fond moi aussi, enfin, je veux dire, cette sensation je l’avais aussi… C’était un équilibre parfait mais qui devenait fragile quand on abordait certains trucs, alors on préférait les éviter aussi. C’était difficile pour moi, lui dire quoi ? Une partie de moi était encore à crever d’envie de retourner s’exploser la gueule et tout laisser tomber, ce qui voulait dire qu’une partie de moi ne voulait pas d’elle, et c’était impossible à dire. Mais c’était plus complexe que ça, alors quoi, comment dire ? Comment j’allais ? Mais je ne le savais même pas trop moi-même et je ne me posais pas la question, parce que la seule chose qui comptait c’était de me lever tous les matins, de tenir la journée, d’aller travailler, ne rien lâcher, garder la tête hors de l’eau. Du coup, c’était difficile de faire un état des lieux. J’avais plus l’impression de me battre pour survivre qu’autre chose. Pourtant le plus dur était fait, j’avais de moins en moins de crise de manque, je me prenais bien en main, tout ça tout ça. J’avais retrouvé mon indépendance, ce qui était à la fois un but en soi, mais aussi un point de non-retour. À partir de là… Je ne pouvais plus me laisser retomber en arrière. Même si j’en avais envie, parfois.


- Je sais pas trop, c’est compliqué. On va dire que le plus dur est passé, j’arrive à dormir le soir et à me lever le matin, et je peux aller travailler sans avoir l’impression que c’est la fin du monde ou que je vais m’effondrer à chaque pas. On dirait pas, mais les petites choses du quotidien, c’est carrément difficile en fait, je te raconte pas au début je pouvais même pas envisager de me lever pour prendre ma douche sans faire une crise d’angoisse, la loose. J’essayai d’en rire, mais au fond, ça n’était pas si drôle. Mais du coup ça va mieux, je gère bien mes journées, je suis moins fatigué et tout ! J’essaye d’abandonner mon rôle de papi haha…

Mais la question ça n’était pas vraiment ça, non ? J’avais l’impression qu’un truc était monté dans ma gorge pour m’empêcher de parler. Je bus une nouvelle gorgée de cidre pour essayer de la faire passer. Comment dire…

- Et sinon hmm… Impossible de la regarder dans les yeux. Heureusement qu’on regardait la vue. J’avais l’impression de me mettre à poils, et pourtant dans d’autres circonstances je n’avais rien contre, mais là… Je haussai les épaules. Pourquoi c’était si dur de cracher le morceau, même avec elle ?! Bah… Il me manque, ça change pas.

Impossible de continuer alors je m’arrêtai là, le regard toujours rivé sur Londres au loin, parce que si je croisais son regard sans doute que quelque chose à l’intérieur de moi se serait effondré, une nouvelle fois.



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Emmy Yeats
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MessageSujet: Re: Cathedrals in my heart (Emmy)   Lun 5 Juin - 21:02

Evoquer Matteo était étrange, non seulement parce que je n’étais pas forcément à l’aise d’en parler avec Chuck, mais aussi parce que j’avais moi-même l’impression d’avoir honte, ou de vouloir oublier. C’était bête pourtant, j’étais la première à dire que chaque relation avait ses hauts et ses bas, et qu’on en ressortait toujours différent mais avec quelque chose de plus, qu’il ne fallait pas tout jeter. Ma relation avec Matteo avait été jolie, peut-être justement seulement jolie, mais elle était loin d’être horrible. Pourtant, je crois que j’avais tellement su depuis le début que c’était une erreur, un refuge trop simple, que j’avais bien du mal à accepter ce que j’avais fait sans me sentir carrément conne. Matteo était quelqu’un de bien, mais pas de bien pour moi, et j’avais été avec lui par facilité, pour ne pas affronter la solitude dans laquelle je m’étais plongée depuis la rupture avec Chuck. Je n’arrivais pas à croire que j’avais été cette fille, celle qui préfère être mal accompagnée qu’être seule. Ça allait pourtant à l’inverse de tout ce que j’avais toujours clamé être ! Peut-être était-ce vraiment pour ça que j’étais si mal à l’aise de toute cette histoire, ce n’était pas Chuck que j’avais l’impression d’avoir trahi, c’était moi-même, et j’avais bien du mal à l’assumer. Je me demandais ce que Chuck en pensait lui, mais la réponse était trop terrifiante pour que j’ose poser la question.

- Je comprends, t’inquiète. C’est normal que ce soit bizarre et que tu te sentes pas trop à ta place, mais ça ne pouvait pas trop se passer autrement de toute façon… Il y en a toujours un qui est responsable. Ça va se tasser avec le temps, le seul truc que tu peux faire c’est le laisser digérer. Après les autres… bah déjà ils avaient vu et ensuite ils ne vont pas t’en vouloir longtemps de toute façon, c’est la vie aussi de quitter les gens.

Je le laissai craner avec son petit ricanement, en souriant doucement. Il avait raison, c’était la vie, c’était toujours comme ça. Dans le domaine des ruptures, Chuck était de toute manière beaucoup plus un expert que moi. Je chassai de mes esprits les bribes de souvenirs de notre rupture. Ce n’était pas le moment, c’était loin à présent, et je ne voulais pas vivre dans ce passé étrange, ni en vouloir à Chuck. Parfois, j’avais le sentiment que repenser à tout cela me rendait à nouveau terriblement triste et anxieuse à l’idée que cela puisse arriver de nouveau, mais je ne voulais pas que l’avant pourrisse le maintenant. Ce que nous partagions à présent était tellement différent, de toute façon. J’attrapai la tortilla couverte de guacamole que Chuck me tendait en souriant tranquillement. Oui, tout était tellement différent...

Mais mes réflexions continuaient de bouillonner doucement, et je finis par admettre à Chuck ce à quoi je pensais, sans vraiment réussir à expliquer aussi clairement que je l’aurais voulu.


- Ben oui t’es débile, c’est pas nouveau.

Je lui tirai la langue et attaquai l’houmous, tout en lui lançant des petits regards intrigués. Je le connaissais trop bien pour savoir qu’il était en train de réfléchir, que les mots avaient du mal à se mettre en forme. Chuck n’avait jamais vraiment été doué pour mettre des mots sur ce qu’il ressentait, il était plutôt dans l’action, je comprenais ce qu’il ressentait pour moi dans la façon qu’il avait de tenir ma main ou de me regarder quand on dansait, je savais qu’il était triste lorsque ses sourcils se fronçaient légèrement et que ses mains s’agitaient, je reconnaissais chaque petite mimique, même les nouvelles que j’avais dû apprendre à connaître. Depuis qu’il était clean, qu’il faisait tant d’efforts, je voyais bien que Chuck essayait aussi de parler plus facilement, d’être sincère, même si parfois cela pouvait lui coûter. Je me demandais parfois s’il préférait au fond revenir à ce temps où il ne disait rien et mentait même quand cela était plus simple, mais j’avais peur de lui poser la question. Tout le travail qu’il avait fait sur lui-même avait payé, je le voyais bien, mais je me doutais que tout était encore fragile et difficile. J’avais peur à l’idée qu’il retombe, je comprenais que la drogue et la légèreté qu’elle procurait étaient enviables pour Chuck et sa douleur constante. Mais ce n’était pas la solution, Chuck le savait à présent, n’est-ce pas ?...

- Je sais pas trop, c’est compliqué. On va dire que le plus dur est passé, j’arrive à dormir le soir et à me lever le matin, et je peux aller travailler sans avoir l’impression que c’est la fin du monde ou que je vais m’effondrer à chaque pas. On dirait pas, mais les petites choses du quotidien, c’est carrément difficile en fait, je te raconte pas au début je pouvais même pas envisager de me lever pour prendre ma douche sans faire une crise d’angoisse, la loose. Mais du coup ça va mieux, je gère bien mes journées, je suis moins fatigué et tout ! J’essaye d’abandonner mon rôle de papi haha…
- Tu étais mignon en petit papi,
plaisantai-je avec un sourire timide.

Je comprenais ce que Chuck disait sans pouvoir complètement cerner, jamais je n’avais pas vécu une telle souffrance, mais je pouvais l’imaginer et cela me faisait froid dans le dos. Mais ce n’était pas sur ça que je voulais me concentrer, c’était le reste, le positif. Le plus dur était passé, disait Chuck, et je voulais réellement le croire. Je lui lançai un petit regard à nouveau, tandis qu’il observait la vue en réfléchissant. Il ne savait pas à quel point j’étais fière de lui, et cela me fit tout à coup de la peine. Il était tellement changé et grandi, l’envie pressante de lui dire et surtout qu’il le ressente se mit à faire palpiter mon cœur.


- Et sinon hmm… Bah… Il me manque, ça change pas.

Mon cœur se serra. Bien sûr que ça ne changeait pas. Dans l’air, quelque chose de lourd m’indiquait que tout pouvait imploser en un instant si je ne faisais pas attention. Pendant quelques secondes, j’eus peur de faire un mouvement, de le toucher, même de le regarder – je n’étais pas sûre de comment il réagirait. Mais c’était fini tout ça, les silences gênés, l’incapacité à agir, à aider. Doucement, je glissai ma main dans la sienne, et la serrai fort, sans rien dire. On regarda la vue ensemble sans parler, tandis que mon pouce caressait le dos de sa main.

- Ça risque de prendre du temps, mais c’est déjà tellement bien tout ce que tu as fait pour aller mieux, ça m’impressionne à chaque fois. J’eus un petit sourire qu’il ne pouvait pas voir. Tu es tellement différent d’avant, je sais pas trop comment l’expliquer, mais c’est comme si j’avais aimé le Chuck d’avant et qu’ensuite j’étais tombée amoureuse d’un nouveau Chuck, expliquai-je en riant un peu, à moitié gênée et amusée. Tu m’as fait tomber amoureuse de toi une deuxième fois, dis-je en souriant. Je portai nos mains jointes à mes lèvres pour embrasser la sienne. Parfois même je me sens nulle à côté, j’ai tellement l’impression d’avoir fait l’inverse, d’avoir évolué dans le mauvais sens pendant que tu évoluais dans le bon, admis-je d’une petite voix. C’est comme si tu étais devenu la meilleure version possible de toi-même… Je suis trop fière de toi, si tu savais, et… Et je suis sûre que Coop le serait aussi, même si je sais que c’est bien beau à dire mais que ça ne change rien, admis-je d’une petite voix.

Je laissai quelques minutes défiler, sans rien ajouter, espérant que Chuck entendrait la sincérité dans mes paroles, et sentirait combien j’étais fière de tout ce qu’il avait fait. Mais comme toujours, le fantôme de Coop planait, et je ne savais pas comment l’aborder. J’allumai une cigarette et laissai le paquet entre nous, pour que Chuck se serve s’il le voulait. Peut-être que sa gorge était trop serrée.


- Tu arrives parfois à penser à des choses heureuses qui le concernent ? Comme des souvenirs ? Je me dis que ça doit faire du bien de connecter avec lui grâce à des choses… positives ? Je parlai lentement, cherchant mes mots. Tu en parles parfois, au centre où tu vas ? Demandai-je doucement. Je savais que le centre était le petit havre de paix de Chuck, son petit jardin secret, et je ne savais pas jusqu’où je pouvais y pénétrer. Je marchai lentement, attendant de voir jusqu’où Chuck me laisserait aller – ma main tenait toujours la sienne et je n’allais pas la lâcher.


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MessageSujet: Re: Cathedrals in my heart (Emmy)   Lun 19 Juin - 17:10

Je laissai Emmy me prendre la main, évidemment, même si au fond il y avait mes vieux réflexes qui n’étaient jamais loin. C’était tellement plus facile d’envoyer chier les gens, tellement plus facile de ne pas leur laisser de place et de ne pas leur montrer les choses, au moins on était tous tranquilles bien sagement à nos places, au moins je n’avais pas à mettre des mots sur tout, à expliquer ce que je RESSENTAIS, tout ça. Parce que pour quoi, au final ? À quoi ça servait ? Je n’avais toujours pas trop la réponse, aujourd’hui, mais je savais en tout cas que ça servait concrètement à éviter le genre de merdes que j’avais faites, les mois dans l’ombre à me défoncer avec tout ce qui me passait sous la main, à creuser mon trou encore et encore. J’avalais mes chips et bus tranquillement un peu de cidre, pour aider à faire passer le tout. Heureusement qu’on était face à la jolie vue du parc et qu’on était pas obligés de se regarder dans le blanc des yeux, c’était déjà assez compliqué comme ça. Heureusement aussi qu’Emmy connaissait ma façon de faire et ne le prenait pas pour elle.

- Ça risque de prendre du temps, mais c’est déjà tellement bien tout ce que tu as fait pour aller mieux, ça m’impressionne à chaque fois. Tu es tellement différent d’avant, je sais pas trop comment l’expliquer, mais c’est comme si j’avais aimé le Chuck d’avant et qu’ensuite j’étais tombée amoureuse d’un nouveau Chuck. Tu m’as fait tomber amoureuse de toi une deuxième fois.

Elle s’était mise à rire comme une bécasse, signe qu’elle était gênée, et je me tournai un quart de seconde vers elle, juste pour voir comme je l’avais imaginé qu’elle était rouge comme une tomate. Je piquai un petit bisou sur son front. C’était… Bah, même à moi j’avais du mal à l’expliquer ! À la fois j’avais du mal à y croire (vu tout ce que j’avais traversé, j’étais quand même en bonne place pour être le roi des cons) et à la fois ça me faisait chaud partout à l’intérieur de moi, je me battais du mieux que je pouvais et j’avais tout fait pour essayer de la récupérer, pour essayer de la mériter. Si elle me disait ça aujourd’hui, c’était un peu gagné, non ?!

Je souriais sans rien dire, déjà je sentais qu’elle n’avait pas fini, ensuite j’avais juste envie de lui expliquer combien moi je l’aimais de dingue, que c’était pour elle que j’avais voulu m’en sortir, au fond ; mais c’était un peu compliqué tout ça, chaque chose en son temps.


- Parfois même je me sens nulle à côté, j’ai tellement l’impression d’avoir fait l’inverse, d’avoir évolué dans le mauvais sens pendant que tu évoluais dans le bon. C’est comme si tu étais devenu la meilleure version possible de toi-même… Je suis trop fière de toi, si tu savais, et… Et je suis sûre que Coop le serait aussi, même si je sais que c’est bien beau à dire mais que ça ne change rien.

… Ouhlà, ça faisait décidément beaucoup !! Je me tournai vers elle pour de vrai cette fois, sans trop comprendre, non mais qu’est-ce qu’elle racontait, depuis quand elle était nulle, et surtout à côté de moi ?! D’où elle sortait ça ? Je ne voyais pas en quoi, ok elle avait eu un autre mec et un autre job mais justement, ça montrait qu’elle avait la faculté de rebondir et de pas se laisser crever ou déprimer, pourquoi elle en venait à cette conclusion ? J’avais peut-être plus changé qu’elle mais je remontais une bien plus grande pente…


- Mais t’es dingue Ems, pourquoi tu dis ça ? C’est peut-être que tu avais pas autant à évoluer que moi que tu as cette impression mais sérieux je connais pas de personne qui a plus de ressource et de stabilité que toi, de recul, de… Je sais pas bien comment le dire mais tu te rends pas compte, tu as été capable de changer ta vie quand des gens en sont incapables toute leur vie, tu as découvert une nouvelle ville un nouveau boulot des nouveaux gens, tu… Moi aussi je suis fier de toi, tu n’as jamais abandonné qui tu étais, même quand je te demandais de le faire en t’imposant toutes mes conneries. J’ai pas envie que tu te sentes comme ça quand c’est toi qui m’a montré la voie pour être une meilleure version de moi, comme tu dis !

Je lui fis un petit sourire sincère et attrapai ses mains dans les miennes, avant de piquer un baiser sur ses lèvres. Puis je me réinstallai, me retournant vers Londres, à l’horizon. Pratique. Mon cerveau avait encore du mal à analyser et à accepter ce qu’Emmy avait dit et quelque part il n’y croyait pas, non Coop ne pouvait pas être fier de moi, j’avais laissé tomber tout le monde, mes amis, Lucy, Chris, Angie, Hamish, Tess, j’avais dit fuck à tous et j’étais aller m’exploser le nez à la coke et les veines à l’héro, sans parler de l’alcool, il n’y avait vraiment pas de quoi être fier. Peut-être des efforts après, à la limite, mais c’était ça ou crever dans un caniveau… J’avais encore trop honte, je crois. Trop honte de n’être qu’une merde qui n’avait pas pu tenir, qui avait été trop faible, qui l’avait abandonné, alors qu’on avait toujours dit que quoi qu’il arrive on resterait les plus forts. Trop honte aussi d’avoir tellement tout gardé pour moi, même à lui je n’avais pas tout dit.

- C’est gentil, mais je ne sais pas trop, et je crois que pour l’instant j’ai encore trop honte, répondis-je après un long silence et en haussant les épaules.

Quelque part, c’était un peu trop tôt.


- Tu arrives parfois à penser à des choses heureuses qui le concernent ? Comme des souvenirs ? Je me dis que ça doit faire du bien de connecter avec lui grâce à des choses… positives ? Tu en parles parfois, au centre où tu vas ?

Je finis ma bouteille de cidre et Emmy m’en passa une autre, j’attrapai une cigarette dans son paquet, tout ça. C’était bien aussi ces silences, ils ne gênaient personne, ils étaient nécessaires et on le savait tous les deux et je lui en étais reconnaissant de les laisser planer, c’était déjà des sujets assez difficiles, je ne voulais pas me sentir obligé de répondre vite en plus de tout.

- Oh oui ça va, en plus j’ai plein de souvenirs, tu sais la petite boîte de photos qu’Angie m’a faite ? J’y pense souvent, tout le temps même, parfois ça me rend triste mais la plupart du temps c’est positif, je me rappelle de plein de choses et ça me fait plaisir. J’ai pas envie de les oublier justement… Même dans ma vie de tous les jours j’imagine Coop à certains endroits, tout ça, genre là la vue me fait penser à celles qu’on avait de la terrasse de l’immeuble désaffecté à Bristol, ce genre de trucs. Je suis sûr qu’il adorerait être ici. C’est comme si il était un toujours un peu avec moi. Au centre oui on en parle, mais c’est surtout à Matt que je dis tout, en plus lui il a perdu sa petite sœur quand il était plus jeune, c’est pas la même histoire mais il y a plein de trucs qu’il comprend et qu’il sait sans que je le dise, ça fait du bien.

Je serrai sa main à mon tour et me repris :

- Enfin je dis pas que ceux qui n’ont pas vécu ça ne peuvent pas comprendre, hein ! Tu le fais très bien aussi, dis-je avec un petit sourire.

Je me laissai tomber doucement contre elle, le visage dans le creux de son cou et fermai les yeux avec un petit soupir de soulagement ; j'entourai ensuite sa taille de mes bras et la laissai me prendre dans les siens, où tout était toujours plus simple et moins douloureux.

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MessageSujet: Re: Cathedrals in my heart (Emmy)   Lun 17 Juil - 20:23

♪ ♫ ♪

« Hush, I said there's more to life than rush
Not gonna leave this place with us
Drop the game, it's not enough
Hush, I said there's more to life than rush
Not gonna leave this place with us
Drop the game, it's not enough

I've been seeing all, I've been seeing your soul
Give me things that I wanted to know
Tell me thing that you've done
I've been feeling old, I've been feeling cold
You're the heat that I know
See, you are my sun. »




Au fur et à mesure de notre relation, il m’apparaissait de plus en plus simple de décrire tout ce que je ressentais pour Chuck. C’était paradoxal pourtant, j’aurais peut-être dû craintive, après tout ce qui s’était passé, il m’avait filé entre les doigts plus d’une fois, me laissant plus affectée que je ne l’avais jamais été. J’aurais dû y aller doucement probablement, comme Ezra m’avait suggéré avec ce ton entendu dont il avait le secret. Je savais ce qu’il pensait, et il n’était sûrement pas le seul, pourquoi allais-je si vite, après tout ce qui s’était produit, comment pouvais-je faire la même en boucle ? Pourtant, j’avais pris mon temps avant de me remettre avec Chuck, j’avais hésité, mais il me semblait que mon cœur lui avait toujours été acquis, et qu’une fois cette évidence acceptée, je ne pouvais m’empêcher de revenir sans retenue. J’avais envie de passer tout mon temps avec lui, et après seulement dix jours, j’oubliais parfois tout ce qui nous avait éloignés ; je me réveillais dans ses bras en oubliant que cette sensation m’avait manquée pendant si longtemps, tant cela me paraissait naturel.

Autour de nous, nos amis communs savaient évidemment que nous étions à nouveau ensemble, et aucun n’avait semblé spécialement surpris. Gwen avait probablement couiné pendant dix bonnes minutes en sautillant, répétant en boucle qu’elle et Gemma en étaient sûres, et que nous étions « trop mignons ensemble » tout en me précisant que si Chuck faisait à nouveau de la merde, elle allait, je cite, « lui arracher les yeux et lui enfoncer dans son petit cul ». Cela m’avait fait rire, mais je m’étais bien gardée de le raconter à Chuck. Il s’en voulait tellement, je ne voulais pas qu’il soit bloqué dans cette position du « connard » qui devait par tous les moyens se racheter, c’était une pression sur ses épaules déjà trop forte, tant il se la mettait seul. Je n’étais pas bête, mes amis qui m’avaient vu si malheureuse le pensaient sûrement aussi, bien qu’ils ne se permettent pas toujours les commentaires que Gwen faisait. Evidemment, il y avait Ezra qui n’avait qu’à me regarder pour me faire comprendre le fond de sa pensée. Je n’avais pas encore raconté à mes parents que j’étais à nouveau avec Chuck, même si j’étais sûre qu’ils le voyaient arriver gros comme une maison, mais je me doutais qu’ils penseraient cela aussi. Ils l’adoraient, mais ils m’avaient vu plus déprimée que jamais après la rupture… Mais je ne voulais pas qu’encore une fois Chuck se retrouve dans cette position, qu’il le ressente dans leurs regards – il était si fort et si fragile à la fois, je voulais tellement le protéger de tout cela.

Je regardai Chuck, ses cheveux en bataille, ses yeux tournés vers la vue, son air songeur. Il était tellement plus que ce qu’il croyait, si seulement il pouvait se pardonner et le voir enfin…


- Mais t’es dingue Ems, pourquoi tu dis ça ? C’est peut-être que tu avais pas autant à évoluer que moi que tu as cette impression mais sérieux je connais pas de personne qui a plus de ressource et de stabilité que toi, de recul, de… Je sais pas bien comment le dire mais tu te rends pas compte, tu as été capable de changer ta vie quand des gens en sont incapables toute leur vie, tu as découvert une nouvelle ville un nouveau boulot des nouveaux gens, tu… Moi aussi je suis fier de toi, tu n’as jamais abandonné qui tu étais, même quand je te demandais de le faire en t’imposant toutes mes conneries. J’ai pas envie que tu te sentes comme ça quand c’est toi qui m’a montré la voie pour être une meilleure version de moi, comme tu dis !

…Décidemment, lui aussi avait une vision bien différente de la mienne. Si seulement nous pouvions nous voir comme l’autre nous voyait, combien tout aurait été plus simple ! Heureusement, il commençait à faire plus sombre, masquant légèrement mon trouble que Chuck devinait probablement. Ses mots me touchaient plus que je ne voulais l’admettre, et si j’essayais de sourire tranquillement, mon cœur s’était en réalité agité dans ma poitrine. Chuck m’embrassa, et nos regards se croisèrent un court instant, ses yeux noisettes brillant de leur éclat si particulier. Pendant quelques secondes, il m’apparût que je pouvais le croire, que Chuck m’aimait réellement et que j’étais bien plus forte que je ne le pensais. Je ne savais pas combien de temps je pouvais m’accrocher à cette pensée et m’en convaincre, mais c’était assez fort pour me griser pendant seulement pour quelques minutes. C’était tellement loin de tout ce que j’avais toujours ressenti à propos de moi-même, moi qui me percevait comme quelqu’un de si banal, et tout à coup dans la bouche de Chuck je devenais cette fille si spéciale et si forte dont on pouvait être fier.

- C’est toi qui est dingue, Je jouai avec ses doigts timidement. Comment Chuck pouvait-il croire que je n’avais jamais abandonné qui j’étais, alors que j’avais l’inverse en me cachant comme une lâche à Oxford…. Et ça doit être contagieux, parce que je finis par être assez dingue pour croire ce que tu racontes…

Pourquoi me sentais-je toujours si spécial avec Chuck, comme s’il avait un pouvoir magique ?... Etait-il au moins réciproque, pensai-je un peu plus tristement, en observant le visage mélancolique de Chuck qui était plongé dans la vue pour éviter de croiser mon regard.[/i]

- C’est gentil, mais je ne sais pas trop, et je crois que pour l’instant j’ai encore trop honte.

Ma main serra plus fort la sienne, comme pour protester. Non… Non, je ne voulais pas, pensai-je tristement. Mais c’était une étape, pas vrai ?

- Je voudrais tellement que tu sois aussi fier de toi que je le suis, murmurai-je. Même si je me doute que c’est compliqué et que ça va prendre du temps pour te pardonner…

Mais nous avions le temps, à présent, je le savais, et je le laissais se faufiler entre mes doigts sans paniquer. Chaque journée me paraissait tellement plus intense maintenant que Chuck les partageait réellement.

- Oh oui ça va, en plus j’ai plein de souvenirs, tu sais la petite boîte de photos qu’Angie m’a faite ? J’y pense souvent, tout le temps même, parfois ça me rend triste mais la plupart du temps c’est positif, je me rappelle de plein de choses et ça me fait plaisir. J’ai pas envie de les oublier justement… Même dans ma vie de tous les jours j’imagine Coop à certains endroits, tout ça, genre là la vue me fait penser à celles qu’on avait de la terrasse de l’immeuble désaffecté à Bristol, ce genre de trucs. Je suis sûr qu’il adorerait être ici. C’est comme si il était un toujours un peu avec moi. Au centre oui on en parle, mais c’est surtout à Matt que je dis tout, en plus lui il a perdu sa petite sœur quand il était plus jeune, c’est pas la même histoire mais il y a plein de trucs qu’il comprend et qu’il sait sans que je le dise, ça fait du bien.

J’écoutais avec attention, mon cœur se compressant un peu – je n’imaginais pas l’état de celui de Chuck. J’étais heureuse qu’il ait trouvé quelqu’un qui le comprenait si facilement, sur un sujet si douloureux et complexe, mais ma gorge me parut sèche un instant, me rappelant doucement qu’il y aurait toujours un fossé entre moi et Chuck, quelque chose que je ne pourrais pas saisir.

- Enfin je dis pas que ceux qui n’ont pas vécu ça ne peuvent pas comprendre, hein ! Tu le fais très bien aussi.

…Comment faisait-il pour lire ainsi en moi, sans que je prononce la moindre phrase ? Comme Chuck s’appuyait contre moi, je l’enserrai de mes bras, le câlinant doucement, le nez dans ses boucles qui sentaient bon son odeur.

- C’est un peu comme si Coop vivait au travers de toi, non ? C’est bien que tu penses à lui en tout cas, c’est mieux que de se voiler la face… Même si ça doit faire tellement mal parfois, je serrai Chuck plus fort contre moi, par reflexe, mais je sais que tu es plus fort que tu ne le penses. J’embrassai le sommet de son crâne, avec un sourire qu’il ne put voir.

Il se passa de longues minutes où nous restâmes simplement ainsi, à se câliner doucement. Les pensées de Chuck devaient avoir dérivé, mais je le laissais faire, m’assurant simplement d’une étreinte qu’il restait dans le présent.

On resta silencieux, regardant la vue un long moment. Dans le ciel se découpaient les bâtiments et leurs lumières rouges, entourés de ce halo orangé si particulier. Je n’avais pas beaucoup voyagé, mais il me semblait que cette couleur était unique, cette lumière qui rougeoyait dans la nuit bleu claire. En contre-bas, les réverbères brillaient comme de petits orbes dorés, illuminant le parc et les silhouettes qui l’arpentaient. La fumée de nos cigarettes se diffusaient dans l’air lourd, disparaissant dans le ciel pleins d’étoiles – on les voyait toujours mieux ici, et c’était aussi pour cela que j’adorais ce lieu. C’était à la fois si proche de Londres, et tellement plus serein… Je savais que Chuck adorait ce genre de vue aussi, l’impression d’être proche de la ville mais de la surplomber, comme si pendant un instant on dominait le reste. Il avait l’air dans ses pensées, qui, je le devinais, dérivaient vers Coop, mais il souriait tout de même. Un peu plus loin, un groupe de faisait la fête et on les entendait rire et ouvrir bouteille sur bouteille, plus loin encore, un couple semblait s’être endormi dans l’herbe, et en contre-bas, une famille pique-niquait, un enfant marchant maladroitement en babillant. Tout le monde était différent, mais étrangement festif et serein, comme uni par l’atmosphère du lieu. Chuck aussi pouvait sentir la magie d’ici, j’en étais sûre…


- Tu me rends tellement heureuse, murmurai-je à voix haute, laissant mes pensées s’exprimer sans réfléchir. Comme Chuck relevait son visage vers le mien, je l’embrassai doucement, ses lèvres tièdes prisonnières des miennes – et mon cœur prisonnier du sien.




(Terminé)

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