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• Une main tendue (S.McB)

 
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 • Une main tendue (S.McB)

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Rose J. Bosworth
Professeur d'Étude des Moldus & directrice de Serdaigle & psychologue



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MessageSujet: • Une main tendue (S.McB)   Dim 5 Mar - 19:10


Nerveusement, je rallumai ma cigarette, mes doigts tremblants la faisant glisser d’entre mes lèvres. J’inspirai et j’expirai, fixant le paquet neuf à peine ouvert que j’avais posé d’un geste distrait sur la table de chevet. C’était si stupide, ma dernière cigarette remontait à des mois… La fumée âcre s’engouffrait dans mes poumons, et brûlait ma gorge, mais libérait quelque chose dans mon cerveau qui s’apaisa un instant. Mon cœur, toujours enroulé contre lui-même, se débattait encore sous le coup de la colère. Devant moi, accrochée sur la porte de ma poitrine, la robe de cocktail prune que ma mère avait sélectionnée avec attention. Elle était à son image, droite, en satin, un tissu brillant mais terriblement froid, et les broderies en fil d’or sur les manches rappelaient toute la richesse de bon goût que ma mère aimait étaler. La robe paraissait parfaite, mais je devinais à l’instant où je l’enfilerai, qu’elle me serrerait étrangement et m’empêcherait de bouger comme je le désirerai. J’achevai ma cigarette, et la fit disparaître d’un coup de baguette, avant d’allumer des petites bougies qui sentaient bon le coton que j’avais disposé sur mon bureau en chêne massif. Mon ancienne chambre, que je n’occupais plus depuis des années, restait étrangement à l’image de mes parents qui ne m’avaient jamais autorisé à trop la décorer. Il fallait que tout soit de bon goût, évidemment. Un peu calmée, j’en profitai pour arroser la plante sur le petit balcon, dont les feuilles bruissaient sous le vent londonien. La vue sur le grand jardin de notre propriété était magnifique, mais je pouvais voir tout le personnel qui s’activait à coup de sortilège pour préparer le cocktail. Ma tante était en train de faire remarquer que les tables étaient mal alignées, et je levai les yeux aux ciels, mais n’eus pas le temps de pousser un soupir, car quelqu’un venait de toquer à ma porte. Je quittai le balcon et son air frais à regret.

- Oui ?

Ma voix était ferme et dénuée de toute chaleur. Je savais très bien ce qui m’attendait. Evidemment, ma mère apparût dans l’encadrement de la porte. Elle eut l’air exaspérée de ne pas me voir encore prête, mais drapa son expression dans le sourire faux dont elle avait l’habitude. Evidemment, elle était prête, dans une robe crème parfaitement taillée. Ses cheveux bruns tombaient en un brushing élaboré sur ses épaules. Je détestai quand elle portait ce rouge à lèvres rose pâle, il lui donnait un air pinçait et méchant.

- Tu sais que cette cérémonie compte beaucoup pour ta cousine. Si tu pouvais être en bon terme avec ton père, l’atmosphère serait tellement plus légère. Tu comprends bien que ce qu’il voulait dire à propos de ta grand-mère, tu sais bien que c’est pour le mieux ?

Pour le mieux ? Pour ma grand-mère ? Bien sûr, oui… Mon père n’en avait que faire que je dise à ma grand-mère que non, je n’avais pas de petit-ami, que je ne cherchais pas de garçon de toute façon ; ce n’était pas ça qui comptait, c’était les oreilles qui trainaient autour qui l’inquiétait. Sous leur air de nouveaux riches, mes parents tenaient beaucoup trop à se conformer à un idéal conservateur qui empoisonnait à mes yeux toutes leurs interactions. Mais c’était les milieux qui avaient choisi d’imiter et de tenter de côtoyer. Je n’avais plus envie de me battre sur ça, à la condition que j’avais fait mes choix et que je ne les laisserai pas dicter mon comportement. Il m’avait fallu tellement de temps pour affirmer qui j’étais, c’était à présent hors de question que je mente si la question m’était directement posée.

- Ce n’est pas grand-mère qui vous dérange, c’est les autres qui pourraient l’entendre, dis-je platement, le plus calmement possible. Je vis dans son regard que ma mère se retenait de lever les yeux au ciel.
- Rose, quand tu as fait le choix de –
- Ce n’est pas un choix,
répliquai-je, sentant que je recommençai à perdre patience. Il y eut un silence gênant.
- Peu importe, mais tu n’es pas la seule concernée par tout ça.
- A vrai dire, ça ne serait pas un problème si vous choisissiez de me soutenir, au lieu de tenter de l’étouffer. Ce que je suis ne risque pas de changer, j’espère que vous en êtes conscients.
Evidemment, je savais qu’ils n’attendaient que ça, que cette « phase » se termine.
- Ecoute, c’est aussi pour toi que nous disons tout ça, tu ne te rends pas compte de ce que les autres pourraient dire.
- Pour moi ?!
Cette fois-ci, j’avais haussé le ton. Pitié, garde tes excuses pour te convaincre toi-même. Vous êtes beaucoup plus terrifiés par les médisances que je ne le suis !
- Aujourd’hui n’est pas ton jour, c’est celui de ta cousine. Tu pourrais au mois faire ça pour elle au lieu de vouloir être le centre de l’attention !


C’était la phrase de trop. Je me levai et d’un geste précis de la baguette, mes affaires volèrent jusqu’à ma valise. J’étais si stupide, pourquoi tentai-je à chaque fois, alors que je savais bien comment tout cela finissait toujours ? Peut-être qu’au fond, bien que je les détestais, j’essayai toujours ridiculement d’avoir l’affection que mes parents ne sauraient jamais me donner. Mais je perdais mon temps ici.

- Rose, il n’est pas question que tu partes ! S’exclama ma mère, tandis que ma trousse de toilettes frôlait son visage.
- Oh, au moins vous n’aurez pas à gérer mon besoin constant d’être le centre de l’attention, ironisai-je. Ma valise était prête. Venir ici avait été une erreur mais je pouvais toujours faire demi-tour à temps. Mes meilleures vœux à Charlotte et son fiancé, ajoutai-je avec un sourire faux.

J’enfilai ma veste et fit voler mes affaires jusqu’à moi, tandis que ma mère protestait à nouveau. Je descendis les escaliers rapidement, elle me talonnait, me traitant d’ingrate et d’impolie, mais je sortis à temps pour transplaner avant qu’elle commence à devenir réellement désagréable. Au fond de moi, quelque chose brûlait, un acide auquel j’étais habituée mais qui me blessait toujours autant au fil des années. Mais il fallait que je me résonne, j’allais éviter cette pseudo réunion familiale pleine d’hypocrisie, et être en avance pour préparer mon rendez-vous de 18h. Je transplanai donc sans demander mon reste, atterrissant à Poudlard pour déjeuner tranquillement en essayant d’oublier le fiasco qu’avait été cette matinée avec mes parents. En retournant à l’infirmerie et dans mon bureau, je profitais du temps devant moi pour corriger quelques copies que j’avais glissées dans mon tiroir, lire un peu, et me préparer pour l’arrivée de Scott. Cela faisait un moment que j’espérais qu’il accepte enfin un rendez-vous avec moi, je lui avais parlé déjà pour lui dire que plusieurs de ses professeurs, moi inclue, s’inquiétait, et j’avais été ravie qu’il accepte enfin la main que je lui tendais.

Si Scott était introverti, j’avais appris à le connaître un peu mieux via son rôle de préfet de Serdaigle. C’était un élève brillant, probablement le plus douée avec sa camarade Ruby, elle aussi préfère, ce qui n’était pas sans me rendre fière de la maison que je dirigeais. Mais dernièrement, ses notes et son attention en classe avaient chuté. Il avait toujours été assez effacé, mais les cours semblaient être l’endroit où il prenait confiance et brillait. Plusieurs professeurs et assistants étaient déjà venus m’en faire part, car ils connaissaient mon rôle de directrice de Serdaigle mais aussi de psychologue. Je m’étais entretenue brièvement à l’occasion avec Ruby, qui semblait aussi inquiète, mais elle était restée comme toujours très pudique, m’informant simplement que Scott traversait une rupture douloureuse. Du reste, elle ne semblait ni avoir beaucoup d’informations, ni vouloir les partager – pourtant, je savais qu’elle était proche de Scott, je les voyais très souvent ensemble. J’avais ensuite approché Scott, lui informant que j’étais inquiète, que je n’étais pas la seule, et qu’au besoin, il savait où me trouver. Je savais à quel point c’était son choix personnel, et qu’il ne servait à rien de forcer. Finalement, après quelque temps, Scott avait accepté de prendre en rendez-vous, et je lui avais assuré en retour que cela ne l’engageait à rien.

On toqua à la porte, et je jetai un coup d’œil à ma montre. Scott était parfaitement à l’heure.


- Bonjour Scott, je t’en prie, rentre, assieds-toi. Je l’invitai à s’asseoir sur le divan d’un geste de la main. Je suis contente que tu te sois décidé à venir, je sais que ce n’est pas une démarche facile.

Je m’assis en face de lui sur le fauteuil, un carnet et une plume posés sur la table basse, que je choisis de ne pas toucher pour l’instant, pour ne pas intimider Scott. Certaines personnes réagissaient mal à la prise de note, et je voulais d’abord tâter le terrain.

- J’ai pour habitude de noter dans mon carnet ce qui me paraît important lors d’un échange, comme ça, si tu souhaites poursuivre les séances, je pourrai avoir un meilleur suivi. Mais si ça te dérange, dis le moi, commençai-je d’une voix douce.

J’en avais profité pour lui rappeler qu’il n’était obligé en rien de continuer à venir une fois cette séance terminée. Mais j’espérai vraiment qu’il choisirait de commencer à être réellement suivi, car je devinai qu’il y avait beaucoup d’enfoui en lui.


- J’aimerais te poser quelques questions pour commencer. Comme tu le sais, plusieurs de tes professeurs et moi-même ont remarqué que tu n’avais pas l’air d’aller bien et c’est pour cela que je t’ai encouragé à venir. Qu’est-ce qui t’a décidé à accepter ? Est-ce que tu as déjà été chez un psychologue ? Je lui laissai le temps de digérer mes questions, avant de reprendre doucement. Et c’est une question plus vaste, mais je voudrais te demander comment tu te sens en ce moment.

Je savais que c'était une question large, qui pouvait paraître un peu déstabilisante, mais je voulais que Scott puisse choisir par où commencer, quel angle aborder, afin que je puisse m'adapter au mieux et être la meilleure oreille et aide possible.

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Scott McBeth
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MessageSujet: Re: • Une main tendue (S.McB)   Lun 6 Mar - 17:31

Il faisait, beau, dehors ; le ciel était d’un bleu pâle mais brillant et s’étendait à perte de vue par-dessus l’immense parc de Poudlard, par-dessus la forêt, jusque vers les collines et les montagnes, au fond. Il se reflétait aussi dans le lac, qui clapotait doucement contre la rive, et je me perdis de longues minutes à le regarder depuis la fenêtre de mon dortoir, les yeux dans le vague. Tout le monde était sorti ; certains étaient dehors et d’autres vaquaient ailleurs à leurs occupations, pour mon plus grand « bonheur ». Ainsi, j’étais assuré d’une tranquillité appréciable – tranquillité que je cherchais tout le temps et partout, depuis quelques temps. Quelques semaines, à vrai dire. Entre les cours et la grande salle (quand je ne sautais pas les repas), il était rare que je sois ailleurs que sous le baldaquin de mon lit, heureusement pourvu d’épais rideaux bleu marine qui faisaient un écran parfait quand je n’étais plus seul. C’était une fuite, une fuite pure et simple : j’en étais bien conscient. Mais j’en avais assez de devoir garder la face, assez de devoir faire semblant, assez de trinquer et de récolter les pots cassés. J’avais le droit d’aller mal, et si cela dérangeait les gens, c’était bien le cadet de mes soucis. De toute façon, je n’avais plus goût à rien ; en contemplant ainsi le parc et le ciel je me serais normalement extasié et interrogé sur la formidable complexité des sortilèges qui nous cachait aux yeux des Moldus, ou bien j’aurais laissé mes idées vagabonder et trouver elles-mêmes leur ordre à propos du sujet de Métamorphose que l’on devait rendre vendredi en huit. Mais il n’en était rien ; je ne pensais pas, je ne pensais plus, j’étais devenu un genre de nuage , parfois trop gris, parfois plein d’eau, parfois inconsistant – voilà tout.

Outre le fait que mon cœur était brisé et en lambeaux, je m’étais mis à développer une haine contre Haley et contre Stephen, une haine viscérale qui accompagnait toutes mes nuits d’insomnie, toutes mes pensées, nuit et jour. Comment avait-elle pu me faire ça ? Comment avait-elle pu avoir aussi peu de considération pour moi ? Comment avait-elle pu laisser traîner les choses, me faire espérer ? Comment avait-elle pu tout simplement me trahir ? Comment avait-elle pu me laisser croire que ce que nous avions était inédit, merveilleux et au-dessus de tout quand ce n’était pas vrai ? Comment avait-elle pu me laisser m’ouvrir à elle de la sorte pour ensuite me laisser en plan ? Comment avait-elle pu me trahir ? Et lui, pourquoi était-il… Ce qu’il était, pourquoi avait-il fallu que je n’arrive pas à me détacher de lui ? Et pourquoi était-il en contact avec ELLE quand il répondait à une seule de mes lettres toutes les cinquante que je lui envoyais ?

C’était tellement d’injustice, tellement de questions et tellement d’incompréhension que j’avais l’impression que je n’aurais pas assez d’une seule vie pour y répondre. En attendant, je les ressassais en boucle, le temps passait, les jours avançaient, mes notes chutaient et les examens de fin d’années approchaient et jamais cela avait éveillé aussi peu d’intérêt en moi.

Même lire m’occupait mollement – j’avais tout de même lu les livres qu’Apple m’avait offerts, nous étions allés deux fois depuis ensemble à Pré-au-Lard, c’était les seules sorties que je m’imposais pour montrer aux professeurs que je n’étais pas mort et pour faire un minimum bonne figure pour qu’on me laisse tranquille… Mais personne n’était dupe. Ils avaient mis deux ou trois semaines, mais ils s’étaient tous rendus compte que je n’allais pas bien, surtout les professeurs de qui j’étais proche. Petit à petit, par des sourires, des petite discussion à la fin des cours ou des propositions d’aide pour mes devoirs, j’avais compris que l’équipe de l’école s’inquiétait pour moi et me le faisait savoir ; jusqu’à ce que Meryl Kelsey me parle calmement mais fermement pour m’expliquer que je ne pouvais pas continuer ainsi (j’avais oublié de rendre un devoir important, et elle s’était retrouvée à devoir me mettre zéro). Je me doutais que Ruby et Apple, de leur côté, n’avaient pas manqué d’exprimer un peu plus leurs inquiétudes surtout si on les avait sollicitées – bref. Petit à petit, je m’étais trouvé dans une telle situation qu’il m’avait fallu faire un choix. Si la perspective de terroriser mes parents et de devenir tout ce qu’ils avaient en horreur en leur disant que j’avais décidé de quitter Poudlard sans finir mon année était plutôt excitante, je n’étais pas assez stupide pour les faire passer avant moi.

Peut-être que j’avais besoin d’aide, au moins pour ça ; peut-être que je pouvais finir ma septième année sans demander mon reste, cela ne m’empêchait pas pour autant de rester dans mon coin et cela ne m’obligeait pas à être heureux. Une chose était certaine : j’étais tellement largué et je n’avais tellement plus assez de motivation que si je voulais remonter la pente, j’allais avoir besoin d’aide.

Les choix sont souvent motivés aussi par les personnes en elles-mêmes, et le fait que Miss Bosworth et moi nous entendions très bien que j’ai beaucoup d’estime pour elle m’aida à accepter et à lui faire confiance. Nous convînmes d’un rendez-vous,  et je passai les quelques jours restant à changer constamment d’avis : lui faire faux bond – ou pas – y aller sans rien dire – y aller tout court. Je finis par y aller, le cœur lourd et la boule au ventre. En vérité, j’avais peur de tout ce que nous allions dire, et je n’avais strictement aucune idée de la manière dont il fallait s’y prendre.

Quand je toquai à sa porte, ma bouche était toute sèche.


- Bonjour Scott, je t’en prie, rentre, assieds-toi. Je suis contente que tu te sois décidé à venir, je sais que ce n’est pas une démarche facile.

Elle était souriante, comme souvent ; elle avait aussi toujours l’air fragile.

- Bonjour,
murmurai-je. Puis je me figeai un instant – ce divan ne m’inspirait pas, il était si connoté dans mon esprit que je sentis que mon cerveau le refusait d’un bloc. Je m’éclaircis la gorge et lui demandai : Je préfèrerais m’asseoir sur une chaise, ça ne vous dérange pas ? Il y en avait une non loin d’elle, et je m’y installai.

- J’ai pour habitude de noter dans mon carnet ce qui me paraît important lors d’un échange, comme ça, si tu souhaites poursuivre les séances, je pourrai avoir un meilleur suivi. Mais si ça te dérange, dis le moi.

Je secouai la tête pour lui indiquer que ça ne me dérangeait pas, et continuai à triturer du bout de mes doigts mon écharpe que j’avais posé sur mes genoux. J’étais sensiblement mal à l’aise. Heureusement, le fait qu’elle insiste pour que je sache que je pouvais partir et ne pas continuer me laisser une liberté assez appréciable.

- J’aimerais te poser quelques questions pour commencer. Comme tu le sais, plusieurs de tes professeurs et moi-même ont remarqué que tu n’avais pas l’air d’aller bien et c’est pour cela que je t’ai encouragé à venir. Qu’est-ce qui t’a décidé à accepter ? Est-ce que tu as déjà été chez un psychologue ? Et c’est une question plus vaste, mais je voudrais te demander comment tu te sens en ce moment.

J’avais l’impression d’être en haut d’une grande piste de ski fortement inclinée et verglacée et que je n’avais d’autres choix que de la descendre pour me sortir d’affaire – tout ce qui me fallait était un petit mouvement en avant, mais j’étais terrifié à l’idée de le faire.

- Euh, hmm, je ne sais pas, je ne sais pas s’il y a un élément déclencheur, je… J’avais l’air d’un idiot. Je me suis juste rendu compte que j’avais beaucoup trop de retard dans mes cours et mes devoirs et que je n’allais pas y arriver tout seul, et puis, mes amies m’ont fait comprendre que j’avais besoin d’aide, je crois. Et non, c’est la première fois.

Une petite voix susurra à mon oreille qu’il aurait peut-être été bien que ça ne soit pas du tout ma première fois, mais ce que disaient mes parents sur les psychologues étaient méprisants que je savais pertinemment que c’aurait été un échec à leurs yeux que j’en vois un.


- Du coup, je ne sais pas trop comment ça marche, m’excusai-je, stupide et mal à l’aise. Comment je me sens ? Je… Quelle question ! Il y avait tant à dire – et à la fois, rien du tout. Épuisé. Vidé. Pourtant, je ne fais rien de spécial et je me repose beaucoup, mais je crois que… Je n’ai plus envie de rien faire, alors mon énergie n’a plus raison d’être. Et sinon, j’ai l’impression d’être à la traîne de quelque chose et de ne pas pouvoir rattraper les autres… Je ne sais pas, pour résumé, hm, je crois que, je ne me sens pas très… présent.

N’osant pas croiser son regard, je reportai mon attention sur la laine de mon écharpe, avec laquelle mes doigts continuaient à jouer un peu trop frénétiquement.

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SCOTT MCBETH
The old that is strong does not wither, deep roots are not reached by the frost — All that is gold does not glitter, not all those who wander are lost.

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Rose J. Bosworth
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MessageSujet: Re: • Une main tendue (S.McB)   Dim 12 Mar - 22:27

Scott était très grand, avec des larges épaules carrées, qui me laissait deviner qu’on le remarquait facilement. Cependant, l’énergie qu’il dégageait était différente, il aurait pu facilement s’imposer, mais à la place, il laissait une espèce de force douce servir d’introduction à sa personnalité. Je le voyais en tant que préfet, il était calme mais décidé. Souvent, quand je parlais avec lui et Ruby, pour faire le point, je trouvais intrigante de voir comment ils se complétaient, elle était douce aussi, mais beaucoup plus incertaine, je sentais que l’autorité était chez elle beaucoup plus difficile à faire respecter, pas parce qu’elle n’en inspirait pas mais parce qu’elle n’osait pas. A l’inverse, Scott semblait toujours droit, sûr de lui, mais toujours juste, comme s’il était guidé par une logique soigneusement calculée. Peut-être était-ce parce qu’il avait toujours inspiré cela que l’on pouvait voir plus facilement qu’à présent, il était loin des choses, de lui-même. L’énergie qu’il dégageait était tellement différente, pas plus froide, simplement… Il n’en dégageait pas. Il avait l’air de flotter.

J’avais discuté avec quelques-uns de ses professeurs, mes collègues, dont même les moins perspicaces m’avaient tous confirmés que les résultats de Scott chutaient, ce qui ne lui ressemblait absolument pas et n’était pas bon signe juste avant ses ASPIC, au moment où son dossier était plus crucial que jamais. Scott m’avait toujours apparu comme un garçon très sérieux, presque ce cliché des Serdaigles toujours fourrés dans ces livres, et j’avais déjà discuté avec lui de ses ambitions. Etrangement, il avait paru moins certains au premier abord, comme s’il n’osait pas, puis en se laissant, il semblait très déterminé, et cela ne m’avait pas étonné – il faisait parti des gens, me semblait-il, qui ignorait leur propre force de caractère. Scott avait des envies précises, et il se donnerait les moyens d’y arriver, j’en étais certaine, et c’était ce qui m’était encore plus dans ce revirement soudain au niveau de ses notes. Il était beaucoup trop académique pour prendre cela par-dessus la jambe j’en étais sûre.


- Euh, hmm, je ne sais pas, je ne sais pas s’il y a un élément déclencheur, je… Je me suis juste rendu compte que j’avais beaucoup trop de retard dans mes cours et mes devoirs et que je n’allais pas y arriver tout seul, et puis, mes amies m’ont fait comprendre que j’avais besoin d’aide, je crois. Et non, c’est la première fois.

J’hochai la tête légèrement. Je faisais toujours attention à ne pas avoir l’air trop mécanique, comme le cliché du psychologue qui se contentait d’hocher la tête et dire « hmhm » à chaque phrase. Je relevai que Scott avait l’air entouré, ce qui était une bonne chose, mais surtout assez entouré pour que ses amis remarquent son mal être et lui conseille de venir ici. C’était rare. Beaucoup de personnes qui venaient me voir se sentait isoler, ou ne sentait pas leur souffrance reconnue.

- Du coup, je ne sais pas trop comment ça marche. Je fis un petit geste de la tête, accompagné d’un sourire, comme pour dire qu’il n’y avait rien à craindre, ni de raison de s’excuser. Les gens pensaient souvent qu’il y avait un mode d’emploi, alors que toutes les séances et toutes les interactions étaient très différentes et dépendaient pour beaucoup des personnes. Comment je me sens ? Je… Épuisé. Vidé. Pourtant, je ne fais rien de spécial et je me repose beaucoup, mais je crois que… Je n’ai plus envie de rien faire, alors mon énergie n’a plus raison d’être. Et sinon, j’ai l’impression d’être à la traîne de quelque chose et de ne pas pouvoir rattraper les autres… Je ne sais pas, pour résumé, hm, je crois que, je ne me sens pas très… présent.

Il touchait le bout de son écharpe, la tête légèrement courbée, et je pouvais sentir le malaise, palpable. Pourtant, il avait réussi à s’ouvrir, ce n’était que le début, mais c’était une bonne chose. Rapidement, je griffonnai « fatigue, vide d’énergie » dans mon carnet, avant de rajouter « dissociation » suivi d’un point d’interrogation, car il fallait d’abord que je creuse un peu ce que Scott venait de me dire.

- Ne t’inquiète pas, il n’y a pas de mode d’emploi. Il faut plutôt voir ça comme une discussion, un échange. Je suis là pour essayer de t’aider à y voir plus clair, et si possible, trouver des solutions.

Je lui fis un sourire qui se voulait encourageant. J’essayais toujours au maximum de mettre à l’aise les personnes en face de moi, mais cela dépendait aussi de leur volonté à voir les séances comme un dialogue et non comme une corvée ou un rendez-vous chez le médecin.

-Parfois, lorsque l’on est confronté à quelque chose de stressant ou de blessant, on peut avoir tendance à se déconnecter du réel pour se protéger, à s’en dissocier, d’où cette sensation de ne pas être présent. C’est important de comprendre d’où cela provient, d’identifier ce tu as vécu qui t’aurait blessé dernièrement, qui aurait déclenché ces sentiments. Est-ce que tu peux penser à un élément déclencheur ? Et est-ce que c’est la première fois que tu te sens comme ça, ou est-ce que c’est un sentiment qui va et vient depuis plusieurs mois, voire plusieurs années ? C’est important aussi de comprendre ce qu’ils t’inspirent : est-ce que ça t’inquiète, est-ce que tu te sens impuissant face à eux, ou peut-être que tu ne ressens rien, justement ?


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MessageSujet: Re: • Une main tendue (S.McB)   Lun 13 Mar - 18:07

- Ne t’inquiète pas, il n’y a pas de mode d’emploi. Il faut plutôt voir ça comme une discussion, un échange. Je suis là pour essayer de t’aider à y voir plus clair, et si possible, trouver des solutions.

Ne relevant pas les yeux, je triturai un peu plus mon écharpe. Plus clair ? Des solutions ? J’avais une brusque et méchante envie de lui rire au nez, tout d’un coup, tandis qu’elle griffonnait quelques mots dans son carnets et que le bruit de la plume se faisait entendre. Oh, j’y voyais clair, très clair, même : ce n’était ni la première ni la dernière fois, probablement, que ce genre de choses m’arrivait. Je n’étais pas deux que l’on garde et qu’on chérit, je devais être une sorte de… passage,  qui faisait du bien et qui propulsait un peu plus loin. Mais le fait était que cela se terminait toujours de la sorte : je n’étais pas assez important. Pas assez intéressant ? Trop transparent, sans doute, oui. Je savais pertinemment que c’était le terme qui me caractérisait le mieux. Même mes yeux étaient transparents, comme de la glace.

-Parfois, lorsque l’on est confronté à quelque chose de stressant ou de blessant, on peut avoir tendance à se déconnecter du réel pour se protéger, à s’en dissocier, d’où cette sensation de ne pas être présent. C’est important de comprendre d’où cela provient, d’identifier ce tu as vécu qui t’aurait blessé dernièrement, qui aurait déclenché ces sentiments.


J’eus un petit sourire, que Miss Bosworth ne vit pas ; ces mots me parlaient, évidemment, puisque j’avais choisi moi-même de m’effacer pour de bon. S’en dissocier, c’était exactement le terme : j’avais l’impression qu’en moi tout se séparait, la raison, les pensées, les sentiments, le devoir, l’envie, tout. Tout me glissait entre les doigts, tandis que je ne faisais absolument aucun effort pour resserrer ma main. J’avais capitulé.


- Est-ce que tu peux penser à un élément déclencheur ?

Relevant la tête tout d’un coup, je croisai son regard en me demandant si elle me posait vraiment la question ou si elle était sincère – il me vint alors à l’esprit que si j’avais l’impression que les rumeurs à Poudlard allaient bon train et que tout le monde était au courant que je n’étais plus avec Haley, peut-être qu’en réalité tout le monde ne le savait pas, la preuve.

- Hm, euh, oui, dis-je prudemment, pris de court.

- Et est-ce que c’est la première fois que tu te sens comme ça, ou est-ce que c’est un sentiment qui va et vient depuis plusieurs mois, voire plusieurs années ? C’est important aussi de comprendre ce qu’ils t’inspirent : est-ce que ça t’inquiète, est-ce que tu te sens impuissant face à eux, ou peut-être que tu ne ressens rien, justement ?


- Je…

C’était décidément bien plus complexe que je ne l’avais imaginé. Tout d’un coup, toutes les espèces de certitudes vaseuses qui m’envahissaient depuis quelques temps me semblaient secondaires et illogiques, comme si je m’étais construit quelque chose qui n’était pas réel, et je me sentis un peu mal à l’aise. Je n’étais plus très sûr d’avoir envie de livrer des choses intimes à ma directrice de maison, surtout quand ses toutes premières questions me paraissaient bien trop pertinentes. Je me trouvais encore plus ridicule, pour le coup : non seulement il m’arrivait toujours les mêmes stupides histoires qui me laissaient dans un profond désarroi, mais en plus quand je décidai d’accepter un peu d’aide alors j’avais l’impression de n’être qu’encore un parmi tant d’autres, avec de pauvres petits problèmes qui n’étaient somme toute pas grand chose mais qui me dévoraient, mais que j’étais incapable d’exposer en plus de tout. J’étais sans doute trop pudique, mais j’avais du mal à m’imaginer épancher mon cœur dans cette salle, et la simple idée du prénom d’Haley me faisait tout d’un coup monter les larmes aux yeux. Une boule s’était formée dans ma gorge, chargée de tout ce qui était en train d’affluer dans mon esprit, ce qui n’aida en rien mon sentiment de ridicule et d’impuissance. Mes doigts tripotaient les mailles de laine, encore et encore, tandis que le silence s’était installé et que ma vue se troublait. J’avais envie de me lever et de m’enfuir en courant, abandonnant la psychologie derrière moi. Mais j’étais encore plus mortifié à l’idée d’une telle scène. Quel homme j’étais, décidément…

Je passai ma manche sur mon visage d’un coup sec pour en effacer les larmes et, regroupant toutes mes forces, je ravalai la boule dans ma gorge. Allons ; si je devais être ridicule, autant l’être le moins possible.


- Oui, bien sûr qu’il y a un élément déclencheur, dis-je d’une voix tremblante. Elle me faisait honte, et je m’efforçai d’avoir plus d’assurance et de ravaler toutes les larmes qui menaçaient de revenir. J’ai un chagrin d’amour, je suis pas très original, conclus-je en haussant les épaules. Ce n’est pas le premier, mais j’avais vraiment l’impression qu’Haley était faite pour moi et moi pour elle, c’était parfait, et je suis vraiment amoureux d’elle, alors… Je ne sais pas. Je crois que si elle ne veut pas de alors qu’elle était la plus parfaite, personne ne voudra de moi, au fond, vous voyez ? Je m’adressais à elle mais je n’arrivais pas encore à la regarder dans les yeux – j’avais levé les yeux de mon écharpe mais je fixais un point vague, à la hauteur des pieds de la chaise.

C’était pathétique et inintéressant, et je me demandais comment Miss Bosworth pouvait passer ses journées à écouter les inepties que nous lui racontions, juste parce que certaines choses se dégradaient dans nos petites vies. D’un côté je savais que j’avais de quoi me plaindre ; ma famille était loin d’être modèle et si nous avions une situation aisée mes parents avaient été absents plus qu’autre chose, laissant leur immense progéniture aller et venir sans vraiment s’en préoccuper. Mais, oui, j’avais reçu une bonne éducation – c’était tout ce qui leur suffisait. Même à Poudlard, je n’étais pas à plaindre, j’étais bon élève, j’avais toujours eu des amis, oui ; mais ce que je voyais le plus c’était ce que je n’avais pas eu, c’état la façon dont j’avais toujours désiré ce qui ne me revenait pas et que les autres cueillaient haut la main. Peut-être étais-tout simplement frustré, après tout. Aigri avant l’heure.


- C’est juste que, soufflai-je alors, me sentant las tout d’un coup, je suis fatigué, le schéma se répète encore une fois et j’en ai assez, je ne sais pas si le fait vient de moi ou des autres, mais ça revient au même, et je commence vraiment à ne plus le supporter. Je me repris – elle ne devait rien comprendre : Je veux dire, ce n’est pas la première fois que les gens me quittent, en amour ou en amitié c’est toujours comme ça, je ne suis jamais le premier choix, je ne sais pas si ça a vraiment du sens, mais ça me blesse vraiment et je ne comprends pas pourquoi… C’est sûrement parce que je suis moins amusant et moins intéressant que les autres, après tout pourquoi pas, mais j’en ai marre de me rendre compte que mes amis, mon meilleur ami, ma petite amie, eh bien… Ils finissent tous par se lasser de moi quand moi je ferais n’importe quoi pour eux. On dit que les gens finissent toujours par partir mais pour ma part je n’ai que 18 ans et je n’arrive même pas à en faire rester, à mon âge ?! C’est…

Douloureux, finis-je dans ma tête. Je n’avais pas envie de me remettre à pleurer.

- Bref, pour répondre à votre question, je me sentais triste et en colère mais là je me sens juste indifférent à tout, c’est bien le problème. Je me fiche de tout ça et de tout le monde, je me fiche du reste, des cours, tout ça. Je n’arrive plus à m’intéresser à quelque chose.

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Rose J. Bosworth
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MessageSujet: Re: • Une main tendue (S.McB)   Mar 14 Mar - 21:57

A force de recevoir les élèves, de les écouter se confier, j’avais commencé à comprendre les mécanismes d’une session chez un psychologue, comme si je me retrouvais de l’autre côté du miroir. C’était étrange, maintenant que je retournais chez mon psychiatre, j’avais l’impression de savoir déjà où j’allais aller, de deviner ce que j’allais faire, car je le voyais à présent chez les autres, en face de moi, quand j’étais celle avec le carnet et l’oreille attentive. Le premier rendez-vous avait d’ailleurs ses codes ; l’hésitation du départ, ou au contraire le besoin tout à coup pressant de tout déverser, l’inquiétude de « bien faire », la gêne toujours un peu présente malgré l’élève. Il y avait toujours ce moment clef, surtout lorsque la personne n’osait pas tout dire, ce moment où je la voyais hésiter, se retenir, puis tout à coup quelque chose changeait. C’était comme si elle s’apprêtait à sauter en parachute, elle hésitait, puis finalement il y avait cette seconde où elle réunissait son courage et choisissait de franchir le pas. Scott avait la tête légèrement baissée, mais je pouvais voir son visage, son expression, et je compris que c’était le moment, le pivot, qu’il suffisait d’un pas de plus pour qu’il ose se livrer. Son menton tremblait légèrement, et quelques larmes avaient perlé sur ses joues. C’était un bon signe – il était encore capable de ressentir assez fortement les émotions pour pleurer. Parfois, les gens n’osaient pas, ils reculaient au dernier instant, cet instant critique, mais je compris quand Scott inspira qu’il avait fait son choix. Je me redressai très légèrement, prête à écouter.

- Oui, bien sûr qu’il y a un élément déclencheur. J’ai un chagrin d’amour, je suis pas très original. Ce n’est pas le premier, mais j’avais vraiment l’impression qu’Haley était faite pour moi et moi pour elle, c’était parfait, et je suis vraiment amoureux d’elle, alors… Je ne sais pas. Je crois que si elle ne veut pas de alors qu’elle était la plus parfaite, personne ne voudra de moi, au fond, vous voyez ?

Il ne me regardait pas, et ne le vit pas, mais j’hochai la tête d’un air entendu. Bien sûr que je comprenais. Non loin dans mon cerveau, je me rappelai même très bien de l’avoir vécu, mais je ne laissais pas cela s’infiltrer dans mon raisonnement. C’était un équilibre difficile mais nécessaire, garder en tête ce que je connaissais pour avoir de l’empathie, tout en l’éloignant assez pour avoir du recul et du professionnalisme. Mais j’avais toujours aimé cette sensation que me procurait le fait d’être psychologue. Durant toute la session, mes pensées disparaissaient, mes propres problèmes étaient ailleurs, j’étais pleinement investie dans ceux que l’on me confiait, je me sentais utile, et c’était réellement le seul métier qui me provoquait cette telle pause d’esprit tout en me réalisant autant.

Un chagrin d’amour !... Ce n’était pas étonnant, c’était toujours des électrochocs, douloureux, qui ravivaient beaucoup d’autres choses. Je voyais bien que Scott n’avait d’ailleurs pas fini, qu’il réfléchissait, comme s’il cherchait ses mots. Il y avait plus et je décidai de ne rien dire, pour ne pas l’aiguiller. Je voulais qu’il choisisse le chemin lui-même.


- C’est juste que, je suis fatigué, le schéma se répète encore une fois et j’en ai assez, je ne sais pas si le fait vient de moi ou des autres, mais ça revient au même, et je commence vraiment à ne plus le supporter. Je veux dire, ce n’est pas la première fois que les gens me quittent, en amour ou en amitié c’est toujours comme ça, je ne suis jamais le premier choix, je ne sais pas si ça a vraiment du sens, mais ça me blesse vraiment et je ne comprends pas pourquoi… C’est sûrement parce que je suis moins amusant et moins intéressant que les autres, après tout pourquoi pas, mais j’en ai marre de me rendre compte que mes amis, mon meilleur ami, ma petite amie, eh bien… Ils finissent tous par se lasser de moi quand moi je ferais n’importe quoi pour eux. On dit que les gens finissent toujours par partir mais pour ma part je n’ai que 18 ans et je n’arrive même pas à en faire rester, à mon âge ?! C’est…

Je regardai Scott, qui continuait d’éviter mon regard.

- Bref, pour répondre à votre question, je me sentais triste et en colère mais là je me sens juste indifférent à tout, c’est bien le problème. Je me fiche de tout ça et de tout le monde, je me fiche du reste, des cours, tout ça. Je n’arrive plus à m’intéresser à quelque chose.

Cela faisait beaucoup d’informations, que j’avais presque du mal à cerner, mais j’étais habituée, dans ces moments, les émotions se déversaient dans tous les sens. Mais je commençai à y voir plus clair, à deviner ce qui se tramait et qui faisait souffrir Scott. C’était des problématiques adolescentes courantes, mais que je sentais profondes et ancrées, et la cause d’une réelle souffrance qui le laissait visiblement à présent vide de toute émotion. Dans la façon dont il avait parlé, l’intonation, j’avais compris que ce n’était pas une figure de style, une exagération, qu’il se sentait réellement désintéressé.

- Scott, en disant que ce n’est « pas original », tu minimises et tu déprécies ce que tu vis. Oui, le chagrin d’amour est commun, mais cela peut avoir un impact très fort sur quelqu’un, et il est important que tu reconnaisses ta souffrance. C’était la première étape : utiliser les bons termes, être doux envers soi-même, écouter sa peine. En réalité, l’amour est pour chacun un miroir, et quand nous avons des insécurités, l’image positive que nous renvoie notre partenaire nous rassure. Surtout à ton âge, quand tu construis encore beaucoup ta personnalité. Ta rupture te fait donc perdre à la fois la personne aimée, mais cette image de toi qu’elle t’offrait, et cela peut être très violent. C’est aussi ce qui mène à cette sensation de ne pas être assez bien.

Surtout lorsque c’était le premier chagrin d’amour de cette intensité. Il y avait dans l’amour adolescent quelque chose de puissant, surtout lorsque l’on se projetait réellement avec la personne, dans un futur qui apparaissait déjà comme incertain. Scott devait malheureusement avoir subi cela.

- Que cela soit en amitié ou amour, une relation implique deux personnes. Tu parlais de ton âge, mais justement c’est à l’adolescent que les gens changent le plus. Parfois, ils évoluent et la relation ne leur correspond plus, mais cela ne signifie pas que lorsque vous l’avez vécue, elle n’était pas réelle et sincère. Tu ne dois pas voir ces ruptures comme la preuve que tu es « moins » que les autres… Car en réalité personne ne peut faire rester qui que ce soit, c’est l’autre qui choisit de rester de son plein gré. Si elle est libre de rester, elle est aussi libre de partir. C’est souvent dur à accepter, mais l’autre peut faire des choix qui ne sont pas les tiens, et c’est leur droit.

Je m’arrêtai un instant, laissant Scott digérer ce que je venais de dire, d’un ton qui se voulait le plus doux possible.

- Je pense que ta souffrance vient d’un déséquilibre dans tes relations. Tu sembles très critique vis-à-vis de toi, tandis que tu penses qu’Haley était parfaite pour toi. Pourtant, je suis sûre que comme toutes les relations, la vôtre avait des défauts. Il est courant après une rupture d’idéaliser ce que l’on avait, par nostalgie, et il serait évidemment nocif de noircir complètement les choses aussi. Simplement, il faut que tu arrives à prendre du recul, mais aussi à prendre soin de toi. Surtout quand la personne qui le faisait avant, Haley, n’est plus là. Comme tu l’as dit, les gens vont et viennent, mais tu es la seule personne constante dans ta vie. Il est important que tu te traites avec douceur.

Je savais que cela était difficile, en particulier après une rupture, mais je savais qu’il était aussi important que Scott entende ses mots.

-Est-ce que ça te manque, de t’intéresser aux choses, justement ? Ou au contraire est-ce que cela te repose finalement, de ne rien ressentir, rien faire ? Tu m’as parlé de fatigue, est-ce qu’elle est autant physique qu’émotionnelle ? Quand tu fais quelque chose, comment tu te sens ensuite, mieux, ou au contraire, encore plus épuisé ?

J’espérais que mes questions aideraient Scott à mettre des mots sur des sentiments qui étaient souvent confus.

- Généralement, les ruptures, surtout amoureuses, mettent en lumière des blessures plus profondes. Tu m’as dit que tu avais l’impression de ne jamais être « le premier choix ». Est-ce que c’est quelque chose qui t’angoisse depuis longtemps ? Est-ce qu’il y a des gens autour de toi qui sont « le premier choix » et que tu aimerais être ? Un ami, justement, ou un membre de ta famille par exemple ?



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MessageSujet: Re: • Une main tendue (S.McB)   Dim 19 Mar - 17:51

- Scott, en disant que ce n’est « pas original », tu minimises et tu déprécies ce que tu vis. Oui, le chagrin d’amour est commun, mais cela peut avoir un impact très fort sur quelqu’un, et il est important que tu reconnaisses ta souffrance. En réalité, l’amour est pour chacun un miroir, et quand nous avons des insécurités, l’image positive que nous renvoie notre partenaire nous rassure. Surtout à ton âge, quand tu construis encore beaucoup ta personnalité. Ta rupture te fait donc perdre à la fois la personne aimée, mais cette image de toi qu’elle t’offrait, et cela peut être très violent. C’est aussi ce qui mène à cette sensation de ne pas être assez bien.

Miss Bosworth m'aurait mis une gifle que l'effet aurait été le même.

Pour la première fois de toute ma vie, j'avais l'impression que quelqu'un avait enfin entendu et compris ce que j'essayais d'expliquer, et surtout, l'avait embrassé en entier, l'avait pris en compte. Pour la première fois aussi quelqu'un mettait le doigt sur mes problèmes et s'attachait à les comprendre, à les arranger ; une désagréable petite voix, qui avait les intonations de mon père, me chuchotait à l'oreille que cette femme était payée pour ses conseils et qu'elle n'allait évidemment pas aller contre moi, mais je la repoussai. Peut-être. Mais au moins, elle m'apportait ce qu'aucune autre personne n'avait su faire. Une nouvelle fois, je sentis les larmes me monter aux yeux. incapable de les réfréner, je les laissai gagner mes cils et couler le long de mes joues, puis les effaçais d'un revers de manche, rapide. Je me fichais qu'elle les voit. Ces larmes n'avaient pas le même goût que les précédentes, elles étaient bien plus... libératrices.


-  Que cela soit en amitié ou amour, une relation implique deux personnes. Tu parlais de ton âge, mais justement c’est à l’adolescent que les gens changent le plus. Parfois, ils évoluent et la relation ne leur correspond plus, mais cela ne signifie pas que lorsque vous l’avez vécue, elle n’était pas réelle et sincère. Tu ne dois pas voir ces ruptures comme la preuve que tu es « moins » que les autres… Car en réalité personne ne peut faire rester qui que ce soit, c’est l’autre qui choisit de rester de son plein gré. Si elle est libre de rester, elle est aussi libre de partir. C’est souvent dur à accepter, mais l’autre peut faire des choix qui ne sont pas les tiens, et c’est leur droit. Je pense que ta souffrance vient d’un déséquilibre dans tes relations. Tu sembles très critique vis-à-vis de toi, tandis que tu penses qu’Haley était parfaite pour toi. Pourtant, je suis sûre que comme toutes les relations, la vôtre avait des défauts. Il est courant après une rupture d’idéaliser ce que l’on avait, par nostalgie, et il serait évidemment nocif de noircir complètement les choses aussi. Simplement, il faut que tu arrives à prendre du recul, mais aussi à prendre soin de toi. Surtout quand la personne qui le faisait avant, Haley, n’est plus là. Comme tu l’as dit, les gens vont et viennent, mais tu es la seule personne constante dans ta vie. Il est important que tu te traites avec douceur.

Mon cerveau enregistrait chacune des informations qu'elle me livrait et les traitait en les classant d'une importance capitale ; tout d'un coup j'avais l'impression que quelque chose s'agitait en moi, comme si mon corps essayait désespérément de se débattre contre la langueur qui l'engluait. J'avais décidé : je voulais donner une chance à cette exercice, maintenant que ma directrice semblait si à même de pointer du doigt mes problèmes avec une justesse renversante. Peut-être qu'Haley était mon miroir ; c'était une explication logique et qui me parlait, car outre le fait que j'étais profondément amoureux d'elle, je me sentais bien à ses côtés car quand je parlais ou lui relatais des choses, elle me regardait toujours avec intérêt et admiration - je me sentais à ma place. Son départ était un désaveu, oui, en quelque sorte. Se traiter avec douceur... Je me sentais stupide ; Miss Bosworth avait raison et je le savais, j'étais plus dur avec moi-même qu'avec quiconque. Il n'y avait qu'à voir la manière dont je m'étais laisser traiter par Stephen, alors que lui me considérait à peine...

Il y eut un silence et je haussai les épaules, tout en gardant le regard baissé - oui, d'accord, mais, comment faire ?


- Est-ce que ça te manque, de t’intéresser aux choses, justement ? Ou au contraire est-ce que cela te repose finalement, de ne rien ressentir, rien faire ? Tu m’as parlé de fatigue, est-ce qu’elle est autant physique qu’émotionnelle ? Quand tu fais quelque chose, comment tu te sens ensuite, mieux, ou au contraire, encore plus épuisé ?

Je sentis que les mots voulaient sortir d'eux-mêmes, et je ne les retins pas. Ils ne butaient même plus.

- Non, c'est ça le plus terrible, ça ne me manque pas. C'est comme si j'en avais assez pour de bon. Je n'ai envie de rien, de rien du tout, même en ce qui concerne les choses qui me rendaient heureux ou me motivaient. Je n'ai plus envie de me promener, de voir mes amis, d'aller à Pré-au-Lard, je m'en fiche. Même en ce qui concerne les cours, je n'ai plus envie de m'y mettre, de lire, rien. Apple - mon amie Apple, de Poufsouffle - m'a offert des romans, j'ai mis dix plus de temps à les lire que d'habitude, je me suis forcé, et je ne les ai même pas terminés... Dès que je fais quelque chose je me sens trop fatigué pour continuer, c'est comme si l'idée même de le faire me fatiguait, vous voyez ? C'est autant physique que moral. Et je n'arrive pas à passer au-dessus parce... Je n'en ai pas envie. C'est un cercle vicieux.

Je m'étais transformé en grand-père avant l'âge, c'était le seule explication plausible. Du moins, j'en avais la sensation. Je ne voulais pas être là, tout simplement. Je voulais errer dans une espèce d'inconsistance cotonneuse.

- Généralement, les ruptures, surtout amoureuses, mettent en lumière des blessures plus profondes. Tu m’as dit que tu avais l’impression de ne jamais être « le premier choix ». Est-ce que c’est quelque chose qui t’angoisse depuis longtemps ? Est-ce qu’il y a des gens autour de toi qui sont « le premier choix » et que tu aimerais être ? Un ami, justement, ou un membre de ta famille par exemple ?

...

Elles étaient plus fortes que moi - elles l'avaient toujours été. Je sentis les larmes redoubler et une boule exploser dans ma gorge, et quelque part je n'avais rien vu venir, ni ses mots si justes ni ma réaction, et je dus me prendre le visage dans les mains pour me cacher un peu, ou pour retenir un tant soit peu les sanglots qui menaçaient de déchirer le silence dans la pièce. Je restais quelques minutes ainsi, à laisser une partie de mes pleurs s'écouler, à tenter de ne pas perdre le contrôle de ma respiration. Je me fichais bien de pleurer devant elle, je ne voulais juste pas m'effondrer, car je n'étais pas certain de me relever ensuite.

C'était un aveu - elle avait prononcé « premier choix » et je m'étais fendillé de l'intérieur, elle avait dit « famille » et tout s'était écroulé, et je me sentais tout petit et tout seul, et une partie de moi avait l'envie étrange que Miss Bosworth se lève et me prenne dans ses bras pour me réconforter. Je pensais à Apple aussi, qui à sa façon toujours un peu... explosive, aurait sûrement trouvé quelque chose, elle aurait sorti du chocolat magique et pétillant de son sac et elle m'aurait fait un câlin maladroit, et on aurait été un peu ridicules, vu notre différence de taille.

Je respirai, me redressai. Pour parler, il fallait que je me coupe de moi-même, de mes émotions, et ça, j'étais le maître du genre en ce moment.


- Oui, je crois oui, que... Depuis toujours, en fait. Désolé, c'est un peu difficile à dire et à entendre, mais ce que vous me dites, ça me... Parle vraiment. Déjà, dans ma famille, on est sept enfants et je suis le dernier ; mes parents sont journalistes pour la Gazette et voyagent énormément, ils n'ont jamais été très présents ou très investis mais c'est un choix, sauf que j'ai l'impression que mes aînés les ont toujours beaucoup plus intéressés que les derniers... Au-dessus de moi il y a les jumelles, elles sont géniales et je les adore, mais elle prenne toute la place, je... Je n'ai pas de place, chez moi, quand on est tous ensemble ou quand on part en vacances, on s'amuse bien parfois, mais j'ai toujours l'impression que si je n'étais pas là personne ne le remarquerait. Je veux dire, je sais que je n'ai pas à me plaindre, j'ai une famille, un toit, mes parents ont de l'argent, mais... Plus je grandis plus je suis amer, parce que j'ai l'impression que ma famille ne m'a pas du tout aidé à m'épanouir et à prendre confiance en moi. Et ensuite...

Ensuite c'en était presque drôle que ça me fit sourire, d'un sourire au goût désagréable.

- Ensuite, j'ai TOUJOURS été le second choix, avec mes amis, mes petites-amies. J'ai été amoureux d'une fille qui est sortie avec moi avant de me préférer quelqu'un d'autre alors que c'était justement ma crainte, et puis... Mon meilleur ami, Stephen, eh bien... Je haussai les épaules - Stephen était évidemment connu de tous les professeurs. Il est spécial, mais on a toujours été très proches, je... En fait non... Je ne sais même pas. C'est difficile à expliquer. On ne s'est jamais quittés et je l'ai toujours considéré comme mon meilleur ami, mais j'ai l'impression maintenant que ce n'était pas réciproque et que j'étais son faire-valoir. La preuve, il a disparu de la circulation et ne répond pas à mes lettres, sauf pour me demander de lui trouver des ingrédients de potions qui...

Je serrai la mâchoire, réprimant de nouveau mes larmes.

- Le pire, c'est que je lui en ai envoyé. Et Haley qui... Je me tus quelques temps, pour reprendre un semblant de contrôle. Vous voyez pourquoi je n'ai pas vraiment l'impression d'être intéressant...

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MessageSujet: Re: • Une main tendue (S.McB)   Dim 19 Mar - 22:54

Par la fenêtre, la lumière grisâtre du ciel éclairait la pièce, et on pouvait voir le parc. J’avais toujours aimé la vue de ce bureau, je trouvais que ça avait quelque chose d’apaisant, mais aussi d’un peu intime. Nous n’avions aucun vis-à-vis, et cela transformait les lieux en un petit cocon par lequel on pouvait observer les alentours, la forêt, le ciel immense, le lac. C’était reposant, et bien moins austère que certains bureaux de psychologues. Mais souvent, les élèves qui s’asseyaient sur le divan – ou la chaise, comme Scott – ne regardaient pas vraiment l’extérieur, comme s’ils étaient happés par leur souffrance, concentré sur eux, leurs mains, le bois du bureau. Mais je savais qu’au fond, la lumière naturelle qui emplissait la pièce était reposante, et j’espérais de tout cœur qu’elle fasse aussi effet sur Scott aujourd’hui. Petit à petit, je sentais que les barrières s’abaissaient, qu’il s’ouvrait, déversant tous, les mots, les larmes. Mais je sentais aussi que nous allions dans le bon sens.

- Non, c'est ça le plus terrible, ça ne me manque pas. C'est comme si j'en avais assez pour de bon. Je n'ai envie de rien, de rien du tout, même en ce qui concerne les choses qui me rendaient heureux ou me motivaient. Je n'ai plus envie de me promener, de voir mes amis, d'aller à Pré-au-Lard, je m'en fiche. Même en ce qui concerne les cours, je n'ai plus envie de m'y mettre, de lire, rien. Apple - mon amie Apple, de Poufsouffle - m'a offert des romans, j'ai mis dix plus de temps à les lire que d'habitude, je me suis forcé, et je ne les ai même pas terminés... Dès que je fais quelque chose je me sens trop fatigué pour continuer, c'est comme si l'idée même de le faire me fatiguait, vous voyez ? C'est autant physique que moral. Et je n'arrive pas à passer au-dessus parce... Je n'en ai pas envie. C'est un cercle vicieux.

Oh oui, bien sûr que je voyais. Je gardai une expression impassible, mais j’étais absorbée par ce qu’il me disait, car je savais que c’était peut-être le début de l’iceberg qui pouvait cacher quelque chose de beaucoup plus profond. Il fallait toujours faire attention dans ces moments, à ne pas tirer des conclusions hâtives, mais j’étais alerte. Ce que Scott me disait montrait un réel désintérêt, une tristesse si forte qu’elle l’avait rendu amorphe et démotivé. Je savais très bien ce que cela pouvait cacher. Mais j’étais toute de même rassurée de voir qu’il était capable de pleurer, ce qui prouvait une présence d’émotions, mais aussi qu’il mentionnait une amie à lui. Apple, oui, je la connaissais, je lui avais proposé plusieurs fois de venir me voir suite au décès de sa mère, mais elle ne l’avait jamais fait. Depuis, il semblait qu’elle avait un peu repris des forces, elle pouvait parfois être complètement absente en cours comme débordante d’énergie, et si elle arrivait à transmettre un peu de cette énergie à Scott, cela ne pouvait être qu’une bonne chose. J’avais appris au fil des séances que les prénoms prononcés durant ces moments voulaient beaucoup dire. Il n’avait pas parlé d’une amie, il avait parlé d’Apple, en utilisant son prénom, et dans un bureau de psychologue, un prénom, c’était souvent la preuve de l’importance de la personne.

Puis… J’avais mentionné la famille de Scott, pour voir, et je compris que j’avais touché un point sensible. S’il avait lâché quelques larmes, cette fois-ci c’était tout autre… Evidemment, cela pinça mon cœur. C’était toujours étrange dans ces moments, le professionnalisme semblait créer un mur entre moi et l’élève, mais je ne pouvais pas m’empêcher d’être humaine, de compatir, d’être touchée. Je n’avais pas envie qu’il pleure, bien sûr, mais je savais aussi que cela pouvait le libérer. Je finis voler une boîte de mouchoir posée sur mon bureau jusqu’à la table basse, et attendis sans mots que Scott retrouve le courage de parler. J’avais toujours un sourire doux sur mes lèvres, et j’espérai qu’en relevant son visage, Scott le verrai et se sentirait quelque peu soutenu.

J’avais vu juste, en tout cas… La famille semblait un sujet glissant.


- Oui, je crois oui, que... Depuis toujours, en fait. Désolé, c'est un peu difficile à dire et à entendre, mais ce que vous me dites, ça me... Parle vraiment. Déjà, dans ma famille, on est sept enfants et je suis le dernier ; mes parents sont journalistes pour la Gazette et voyagent énormément, ils n'ont jamais été très présents ou très investis mais c'est un choix, sauf que j'ai l'impression que mes aînés les ont toujours beaucoup plus intéressés que les derniers... Au-dessus de moi il y a les jumelles, elles sont géniales et je les adore, mais elle prenne toute la place, je... Je n'ai pas de place, chez moi, quand on est tous ensemble ou quand on part en vacances, on s'amuse bien parfois, mais j'ai toujours l'impression que si je n'étais pas là personne ne le remarquerait. Je veux dire, je sais que je n'ai pas à me plaindre, j'ai une famille, un toit, mes parents ont de l'argent, mais... Plus je grandis plus je suis amer, parce que j'ai l'impression que ma famille ne m'a pas du tout aidé à m'épanouir et à prendre confiance en moi. Et ensuite...

Ah, le petit dernier, les parents absents, c’était des éléments récurrents, qui expliquaient bien des choses…

- Ensuite, j'ai TOUJOURS été le second choix, avec mes amis, mes petites-amies. J'ai été amoureux d'une fille qui est sortie avec moi avant de me préférer quelqu'un d'autre alors que c'était justement ma crainte, et puis... Mon meilleur ami, Stephen, eh bien... Il est spécial, mais on a toujours été très proches, je... En fait non... Je ne sais même pas. C'est difficile à expliquer. On ne s'est jamais quittés et je l'ai toujours considéré comme mon meilleur ami, mais j'ai l'impression maintenant que ce n'était pas réciproque et que j'étais son faire-valoir. La preuve, il a disparu de la circulation et ne répond pas à mes lettres, sauf pour me demander de lui trouver des ingrédients de potions qui... Le pire, c'est que je lui en ai envoyé. Et Haley qui… Vous voyez pourquoi je n'ai pas vraiment l'impression d'être intéressant...
- Oui, je vois tout à fait, bien que je pense que c’est en effet plus une impression qu’une réalité,
répondis-je d’une voix douce. Il est possible que tu ais mal interprété ta relation avec Stephen, ou qu’elle se soit détériorée avec son départ, mais ça, tu ne pourras le savoir que si un jour tu lui parles. Mais ce qui semble ressortir, c’est que tu te sens beaucoup utilisé puis laissé tomber, et tu as l’impression qu’on ne traite pas bien. C’est peut-être le cas dans certaines relations, mais il faut que tu comprennes aussi que l’une des racines est aussi comment tu te perçois. La façon dont tu te traites donne le ton pour comment les autres te traiteront aussi. Des personnes pourraient malheureusement en profiter, parfois sans même s’en rendre compte, car elles penseront que c’est normal, que cela te convient. Il faut que tu arrives à construire une relation avec toi-même avant d’en construire avec les autres. Que tu t’écoutes, que tu comprennes tes besoins, ta valeur. Cela t’aidera aussi lors de rupture, amicale comme amoureuse. Ton manque de confiance te fait vivre les rejets comme une remise en question complète de ta personne et ta valeur, et si être capable d’autocritique est une bonne chose, à un tel degré, cela devient destructeur. De plus, cela peut déformer ta vision sur les véritables raisons du rejet… Une rupture ne vient pas que de la vision et des sentiments qu’une personne a pour toi, mais aussi ceux qu’elle a pour elle-même. Prenons Haley, par exemple. Tu penses qu’elle s’est séparée de toi parce que tu n’étais pas assez bien. Est-ce que tu as essayé de te demander plutôt ce qu’elle ressentait vis-à-vis d’elle-même pour qu’elle choisisse de mettre fin à votre relation ? Peut-être par rapport à des événements dans sa vie, des évolutions dans sa personnalité, dans ses envies ?

Dans ces moments, changer d’angle de vue pouvait être très efficace, même si cela demandait une forme d’objectivité qui pouvait s’avérer très difficile.

- Je pense que tu as touché quelque chose d’important sur ta famille, qui a l’air au cœur de ton mal-être. Tu as l’air d’avoir beaucoup de rancœur, sans forcément t’autoriser à la ressentir, car tu penses que tu n’as pas à te plaindre sous prétexte que vous avez un toit, de l’argent... Mais tu ne pourras pas pardonner ta famille si tu ne t’autorises pas d’abord à lui en vouloir, tu comprends ? Est-ce que tu as déjà eu des discussions avec tes frères et sœurs, à propos de vos relations, ou celles avec vos parents ?

Mais si Scott venait tout juste de réaliser vraiment ce problème, de l’énoncer à voix haute, je me doutais que le chemin pour comprendre et pardonner serait compliqué. J’espérai qu’il me laisserait l’aider.

- Mais j’aimerais aussi revenir avec toi sur ce que tu me dises sur ton manque d’énergie et de motivation. Cela peut être l’expression de ta tristesse très intense, mais parfois, ça peut être un signe de quelque chose de plus profond... Si cela te convient, je pense que ça serait une bonne chose que tu viennes régulièrement pour en discuter, pour que nous creusions un peu cela ? Je lui fis un sourire encourageant en espérant le mettre en confiance, surtout que ma question suivante était délicate, mais je savais que je devais la poser. Je me dois également de te demander… Est-ce que ta tristesse impacte la façon dont tu traites physiquement ? Par exemple est-ce que tu manges moins, voire plus du tout, est-ce qu’il t’arrive de te faire du mal, ou de contempler l’idée ?

Peut-être que Scott trouverait cela extrême, mais je savais que beaucoup de personnes dans sa situation voyaient des tendances destructrices se réveiller, et je devais évaluer s’il était un danger pour lui-même ou non…


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Scott McBeth
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MessageSujet: Re: • Une main tendue (S.McB)   Lun 20 Mar - 17:21

Pour la première fois depuis de longues journées ensuquées de chagrin et d’idées noires, je me rendais compte de l’effort mental que je fournissais pour être dans cet état. Les larmes m’avaient secoué mais quelques instants plus tard, parce que je voulais continuer cette discussion et ne pas m’effondrer, j’avais instauré une distance entre moi et… Moi, et la facilité avec laquelle je pouvais la maintenir était incroyable – presque effrayante. Je ne savais pas si cela était une qualité, mais je me fis la réflexion qu’au moins j’étais mentalement fort à quelque chose, à défaut de tout le reste. Tout d’un coup j’étais un peu plus extérieur à mon corps, les sanglots s’étaient tus et me paraissaient ridicules, et même si je devais serrer les dents pour garder les idées froides, j’avais repris le contrôle, comme si de rien n’était. Comme si toute cette discussion n’était rien de plus qu’un exposé un peu compliqué.

- Oui, je vois tout à fait, bien que je pense que c’est en effet plus une impression qu’une réalité. Il est possible que tu ais mal interprété ta relation avec Stephen, ou qu’elle se soit détériorée avec son départ, mais ça, tu ne pourras le savoir que si un jour tu lui parles. Mais ce qui semble ressortir, c’est que tu te sens beaucoup utilisé puis laissé tomber, et tu as l’impression qu’on ne traite pas bien. C’est peut-être le cas dans certaines relations, mais il faut que tu comprennes aussi que l’une des racines est aussi comment tu te perçois. La façon dont tu te traites donne le ton pour comment les autres te traiteront aussi. Des personnes pourraient malheureusement en profiter, parfois sans même s’en rendre compte, car elles penseront que c’est normal, que cela te convient. Il faut que tu arrives à construire une relation avec toi-même avant d’en construire avec les autres. Que tu t’écoutes, que tu comprennes tes besoins, ta valeur. Cela t’aidera aussi lors de rupture, amicale comme amoureuse. Ton manque de confiance te fait vivre les rejets comme une remise en question complète de ta personne et ta valeur, et si être capable d’autocritique est une bonne chose, à un tel degré, cela devient destructeur. De plus, cela peut déformer ta vision sur les véritables raisons du rejet… Une rupture ne vient pas que de la vision et des sentiments qu’une personne a pour toi, mais aussi ceux qu’elle a pour elle-même. Prenons Haley, par exemple. Tu penses qu’elle s’est séparée de toi parce que tu n’étais pas assez bien. Est-ce que tu as essayé de te demander plutôt ce qu’elle ressentait vis-à-vis d’elle-même pour qu’elle choisisse de mettre fin à votre relation ? Peut-être par rapport à des événements dans sa vie, des évolutions dans sa personnalité, dans ses envies ?

J’écoutais avec une attention toute particulière, mais mes sourcils se froncèrent lorsqu’elle commença à parler ; le sentiment de frustration grandit un peu plus en moi. Non, ce n’était pas ça, pas exactement ; si ce que Miss Bosworth avait dit jusqu’à maintenant me semblait pertinent j’avais l’impression que je m’étais mal exprimé… Mais elle avait raison d’un autre côté, sans doute que cela venait de moi, sans doute que je ne savais créer chez les gens que ce genre de relations, sans doute que je donnais trop et que j’avais trop d’attentes.


- Non, pour Stephen, ce n’est pas ça, je… Je ne sais pas comment bien expliquer, tout s’est passé sur la longueur, ah… Lui et son esprit de synthèse l’auraient tellement mieux exposé que moi – Ce n’est pas son départ qui a empiré les choses, elles n’ont pas bougé, je crois qu’il ma plutôt fait ouvrir les yeux. Vous voyez, Stephen et moi on partage le même dortoir, les mêmes cours, tout, depuis le début de Poudlard, on a toujours été un binôme parce qu’on partageait les mêmes goûts pour les études, l’apprentissage, on se plongeait dans des choses très compliquées et… Je ne sais pas, on est devenus un duo et il est devenu mon meilleur ami, sauf qu’en grandissant plus je me rendais compte qu’il ne me confiait pas autant de choses que je lui confiais, ou bien que je ne comptais pas autant pour lui. En cinquième année, je me suis, hmm, battu en duel contre quelqu’un que je déteste depuis des années, et Stephen est intervenu et a pris le part de l’autre… On se disputait pour une fille, mais, je veux dire, pourquoi mon meilleur ami n’a pas choisi mon camp sans hésiter une seconde ? Et pourtant ça ne changeait rien, nos vies étaient calquées ensemble, j’étais toujours avec lui, toujours là pour lui. Ce que je me dis aujourd’hui, c’est que si j’avais été plus… Intéressant, plus intelligent, il m’aurait choisi lui aussi. Mais je n’ai jamais été assez. Je veux bien apprendre à bien me traiter, mais je ne sais pas comment faire et en vous parlant, j’ai l’impression que personne… Dans ma famille, conclus-je avec une boule dans la gorge, m’a appris à le faire.

Je repris ma respiration. J’avais l’impression d’avancer un peu, sans pour autant suivre une trajectoire très rectiligne.

- Et Haley… Je sais, je sais qu’il y a d’autres facteurs, pourtant, ma raison me le dit… Mais Haley ne m’a pas aidé, elle a juste dit qu’elle n’avait plus les mêmes sentiments, qu’on évoluait différemment. Ça arrive, oui, mais encore une fois… C’est la même chanson.

Je haussai les épaules. Si je n’avais pas pris ma distance, j’aurais sûrement versé quelques larmes supplémentaires.

- Je pense que tu as touché quelque chose d’important sur ta famille, qui a l’air au cœur de ton mal-être. Tu as l’air d’avoir beaucoup de rancœur, sans forcément t’autoriser à la ressentir, car tu penses que tu n’as pas à te plaindre sous prétexte que vous avez un toit, de l’argent... Mais tu ne pourras pas pardonner ta famille si tu ne t’autorises pas d’abord à lui en vouloir, tu comprends ? Est-ce que tu as déjà eu des discussions avec tes frères et sœurs, à propos de vos relations, ou celles avec vos parents ?

Mais je n’étais pas inébranlable et ses nouvelles questions au sujet de ma famille me firent baisser les yeux de nouveau, vaciller un peu, comme la flamme d’une bougie dans un courant d’air. Cela me faisait étrange de penser de manière si poussée à ma famille, de voir leurs visages, notre manoir, ma chambre. Je scindais tellement Poudlard et ma famille que c’était comme si deux proches de mon entourage se rencontraient par hasard, alors qu’elles n’avaient absolument rien en commun, à part moi. Je commençai avec un petit rire, mauvais ou nerveux, je n’en étais pas trop sûr :

- Vous ne me connaissez pas mes parents. Leur parler ? À moins d’avoir leur âge et leur situation, ou dix années d’études poussées derrière soi, ils ne vous accordent aucune attention. Je suis leur petit garçon, encore et toujours, leur petit dernier, ils m’accordent un peu de temps quand on est en vacances et qu’ils se détendent, comme on en accorde à un animal qu’on aime bien, rien de plus. Je n’ai pas grand-chose à voir avec eux, en réalité. Je ne saurais même pas quoi leur dire… J’ai l’impression que ce sont des étrangers. Et mes frères et sœurs, eh bien… C’est un peu la même chose. Les aînés ont trop d’écart avec moi et ont fait leur vie, quand on se croise nos discussions sont cordiales, mais je ne pense pas qu’ils pensent à moi le reste de l’année. Les jumelles… Elles sont spéciales, je les aime bien et elle aussi, mais elles sont très soudées et dans leur monde, et parfois je suis tout aussi bien sans elle ; elles ne m’ont pas fait de cadeau quand j’étais petit. Les autres, je ne les connais pas trop… Je ne leur parle pas trop.

Allons, il fallait bien que je le dise.

- Ne pensez pas que j’ai été maltraité, ce n’est pas ça, mais… Quand j’étais petit, j’étais un peu le souffre-douleur de tout le monde, parce que j’étais timide et solitaire mes frères et sœurs me faisaient beaucoup de farces pas forcément très sympathiques et j’étais bien mieux tout seul dans ma chambre ou dans le jardin à lire qu’avec eux, voilà tout. Ça ne m’a pas aidé, j’imagine, à tisser des liens avec eux.

Je me sentais tout vide, d’un seul coup. Vide et las. C’était la première fois que je mettais de tels mots sur mon histoire, et je n’arrivais à savoir si la sensation était libératrice ou désagréable, au contraire.


- Tout ça pour dire que parler à ma famille… Je ne suis pas certain que cela soit possible. Qu’ils m’entendent, ou même que je trouve le courage et la manière de le faire.

Ce qui me déchirait le cœur, aussi, c’est lorsque j’avais amené Halez chez moi, bien que je savais qu’ils ne la trouvaient pas forcément très intéressante non plus (à mon image), j’avais senti une légère pointe d’admiration à mon égard – j’étais avec quelqu’un, j’avais des projets, nous allions bientôt habiter ensemble. Comme si le fait d’être en couple me valorisait. Maintenant… J’avais honte de leur dire que tout était terminé.

- Mais j’aimerais aussi revenir avec toi sur ce que tu me dises sur ton manque d’énergie et de motivation. Cela peut être l’expression de ta tristesse très intense, mais parfois, ça peut être un signe de quelque chose de plus profond... Si cela te convient, je pense que ça serait une bonne chose que tu viennes régulièrement pour en discuter, pour que nous creusions un peu cela ? Je fis oui de la tête. À vrai dire, je n’avais envie que cette conversation s’arrête. Je me dois également de te demander… Est-ce que ta tristesse impacte la façon dont tu traites physiquement ? Par exemple est-ce que tu manges moins, voire plus du tout, est-ce qu’il t’arrive de te faire du mal, ou de contempler l’idée ?

Je me redressai un peu brusquement.


- Oh ! Non, pas du tout, je n’ai pas du tout envie de me faire du mal ni quoi que ce soit, je… Je réfléchis un instant. J’en serais bien incapable. Et si je n’avais plus envie de rien, je n’avais pas exactement plus envie de rien à ce point. J’ai juste l’impression que mon corps se détache de moi, oui je mange moins et je n’en ai pas vraiment envie, mais c’est aussi parce que je fais moins de choses. Je ne sais pas comment vous dire… J’ai juste envie de rester allongé à contempler le plafond, c’est la seule perspective qui me réjouit, et je suis incapable d’avoir envie d’autre chose. Même des pires choses, je vous rassure.

Je lui fis un petit sourire malgré moi – je ne voulais pas qu’elle s’inquiète, comme si elle était en cet instant un petit peu plus que mon simple professeur.

_________________
‖▹
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The old that is strong does not wither, deep roots are not reached by the frost — All that is gold does not glitter, not all those who wander are lost.

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