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Jeux de mains, jeux de vilains. (A.)

 
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 Jeux de mains, jeux de vilains. (A.)

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Caitríona Baxter
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MessageSujet: Jeux de mains, jeux de vilains. (A.)   Ven 3 Fév - 16:04

Je jetai un coup d’œil discret, sans bouger ma tête que je gardai résolument baissée. Je pouvais voir le vieux manteau de Boban, celui aux boutons recousus et au tissu abîmé, surtout au niveau des manches. De sa poche dépassaient les gants que je lui avais offerts à Noël. Ils avaient l’air tout doux, à l’inverse de cette vieille veste grisâtre. Je voyais la petite fourrure qui les doublait, celle qui donnait l’impression qu’on enfilait un nuage quand on les mettait. Je mordis l’intérieur de ma joue. J’avais chaud sous mon pull d’uniforme, une chaleur pâteuse qui m’étouffait. Je voulais secouer mes cheveux, mais je n’osais pas bouger. Je regardais toujours les gants, essayant de ne pas écouter ce que Boban était en train de dire à Wayland. Si je me concentrais juste assez, je pouvais me souvenir de ce Noël, dans la petite cabane qu’occupait désormais Boban, je revoyais ses petits cadeaux un peu mal emballés, la bonne tarte à la citrouille givrée qu’on avait cuisinée spécialement pour l’occasion. Les yeux rieurs de Boban, puis surpris, quand j’avais sorti de ma cape mon propre paquet. Il avait eu les yeux humides, et j’avais ronronné dans ses bras, toute contente. Loin du reste, de Poudlard, j’avais retrouvé nos petits moments rien qu’à nous. Il fallait que je continue de me concentrer, de me raccrocher à ça, et peut-être que le reste disparaîtrait…

- Caitríona, pourquoi ne veux-tu pas nous expliquer ce qui s’est passé ?

Je ne pouvais pas rester dans mes souvenirs, n’est-ce pas ? Les mains crispées sur mes genoux, je consentis à relever la tête. Wayland me regardait avec ses grands yeux bleus pastel. Je n’avais jamais aimé les yeux aussi clairs, je les trouvais toujours trop chic, trop sage, j’avais l’impression que c’était un truc de personnes riches. Autour de moi, dans tous les quartiers où on avait vécu, c’était rare d’en croiser. Peut-être que j’étais pas habituée. Ou peut-être que c’était aussi ce que dégageait Wayland qui me donnait aussi cette impression ? Elle avait l’air hautaine, elle avait l’air si pure, si intouchable, j’avais l’impression qu’elle ne s’était jamais salie les mains de sa vie. La façon dont elle me regardait me le confirmait, je voyais bien qu’elle me prenait en pitié, qu’elle battait ses longs cils et devait me voir comme un petit chien abandonné. Je serrais tellement fort ma mâchoire que j’en avais mal aux dents. Quand finalement j’ouvris la bouche et relâchai la tension, je retins une petite grimace.

- Parce qu’il n’y a rien à expliquer. C’était une dispute débile. Je n’ai pas envie d’en parler.

A côté de moi, je sentis Boban se crisper un peu plus, et dans ma poitrine, mon cœur se contracter encore plus si c’était possible. Je déglutis, et me passai ma main dans cheveux, nerveusement, par reflexe.

- Je suis désolée. Il n’y a rien à dire de plus.
- Est-ce que tu es prête à t’excuser auprès de ton camarade ?


Si ça ne tenait qu’à moi, j’aurais été le voir à l’infirmerie pour lui donner un second œil au beurre noir et essayer de vraiment lui casser le nez cette fois-ci, mais je me doutais que ce n’était pas la réponse attendue. Pourtant, il l’avait bien cherché…

Il faut dire que ça faisait un moment que je prenais sur moi. Cet abruti de Serdaigle, et son pote de Poufsouffle… Ils m’insupportaient, et me cherchaient tout le temps. Je ne savais pas trop pourquoi. Je crois que Sam – celui à Serdaigle – venait d’une grosse famille de riche, et que ça l’amusait bien de se moquer des gens qui n’avaient pas les moyens, et que son débile de copain n’avait aucune personnalité et suivait la « plaisanterie ». J’avais vraiment essayé de me retenir, mais à chaque fois qu’ils lançaient une vanne sur mon « clochard de père », j’étais incapable de garder mon sang froid, et je les fusillai du regard et leur promettais que s’ils disaient un mot de plus j’allais leur enfoncer dans le cul la cuillère en argent qu’ils avaient dans la bouche. Je savais que si Boban m’avait ne serait-ce qu’entendu dire ça, je me serais fait grondée, alors je me gardais bien d’aller plus loin. Sauf que j’avais mes limites, et que quand il s’agissait de Boban, je les atteignais rapidement, et ces deux blaireaux l’avaient bien compris. On était en cours de SACM, on s’occupait de veracrasses, et Sam avait dit à l’attention d’un de ses potes, « même cette vieille créature est moins crasseuse que le père de Cat », assez bas pour que la prof n’entende pas, mais assez haut pour que je l’entende. J’avais relevé la tête et murmuré en retour « ferme ta sale gueule » en fronçant les sourcils, sentant que mon sang bouillait. Ça commençait à faire trop. Sauf que Sam avait trouvé ça drôle de pousser la plaisanterie, et d’un air mesquin, il avait rajouté tout bas, l’air de rien, « mon veracrasse est enceinte, si tu veux on appellera le bébé Angus ? ». Puis, il avait rigolé.

Pas pour très longtemps, puis que je lui avais sauté dessus et foutu un énorme poing dans sa tête de sale con, je l’avais foutu à terre et je l’avais frappé jusqu’à que quelqu’un réussisse enfin à nous séparer – je crois que tout le monde avait été surpris de ma force, pour une fille de ma taille, Sam le premier. Bien fait, j’avais pu le prendre par surprise.

Sauf qu’ensuite, je m’étais rappelée des conséquences, et quand Boban était rentré dans le bureau de Wayland où je l’attendais, ce que je vis sur son visage me donna envie de disparaître sous terre. J’avais baissé la tête, essayant de ne pas écouter leurs voix d’adultes qui discutaient de ce qui s’était passé, et je ne l’avais relevé que quand Wayland avait fini par me demander d’expliquer la situation, et de m’excuser.


- Oui, j’irais m’excuser, finis-je par dire, en serrant très fort pour les poings pour ne pas pleurer de rage.

Que pouvais-je faire de plus ? Je savais bien que Sam n’avouerait jamais ce qu’il avait dit, et que si je disais la vérité, personne ne m’aurait cru, ou ça n’aurait rien changé. On ne prendrait pas le parti de la petite nouvelle, de la fille noire des quartiers. Mais surtout, c’était pour Boban que je ne voulais rien dire, parce que je savais très bien que savoir qu’on l’utilisait pour me faire du mal l’aurait énormément blessé. Le pire, c’est que je savais aussi qu’il s’en fichait bien de ce qu’on pouvait dire sur lui, que tout ce qui l’importait c’est qu’on ne l’utilise pas contre moi, qu’il culpabilisait de m’avoir donné cette vie ; et je ne savais pas trop pourquoi, mais ça m’énervait encore plus, j’avais l’impression qu’il se laissait marcher dessus par tous ces idiots, alors qu’il valait mieux qu’eux et qu’il n’avait pas à subir les moqueries sans réagir. Moi, en tout cas, je ne pouvais pas ne pas réagir.


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Angus Baxter
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MessageSujet: Re: Jeux de mains, jeux de vilains. (A.)   Lun 27 Fév - 18:34

Sara Wayland m’avait envoyé un hibou. Quand je l’avais vu rentrer par la fenêtre grande ouverte (il y avait toujours un moment de la journée où j’ouvrais tout d’un coup de baguette, pour que l’air traverse la maison – j’avais encore du mal à penser ma – et que tout soit rafraîchi et assaini. L’air frais, d’une manière ou d’une autre, me  faisait toujours penser à la côte, à l’odeur de la mer.) je ne m’étais douté de rien, j’avais remercié l’animal et continué ce que j’étais en train de faire tout en lisant le mot inscrit sur le parchemin. C’était l’écriture de la directrice et pas du directeur ; jusque là, rien d’anormal, elle nous consignait souvent des rendez-vous entre personnel, ce genre de chose. Mais très vite, j’avais senti mon sang se figer dans mes veines. Il s’agissait de Cat. De « votre fille… ». Ma fille. De ma fille qui s’était « battue avec un camarade ». Et on m’envoyait un hibou.

Glacé de honte, j’avais regardé un instant par la fenêtre – c’était incroyable le tableau que cela faisait, dans l’encadreur il y avait le parc, derrière la forêt aux pins si hauts, et ensuite à l’horizon les immenses montagnes brunes et blanches, illuminées au sommet d’un rayon de soleil, pourtant absent au dessus de nous. J’avais regardé par la fenêtre comme si j’avais pu me transporter loin là-bas par la même occasion, et puis je m’étais rappelé à l’ordre ; ce n’était pas ainsi que la vie fonctionnait, et il ne me restait plus qu’à affronter la réalité. Nous avions donc rendez-vous le soir même à 17h dans son bureau. Cat finissait les cours juste avant, je l’y rejoindrais donc.

Je m’y rendis les idées terriblement maussades ; non seulement la parcelle derrière le potager aux citrouilles que j’essayais de défricher depuis le début de la semaine me résistait purement et simplement (il y avait été jeté une masse confuse de sortilèges et les mauvaises herbes s’en donnaient à cœur joie, s’emmêlant et s’agrippant les racines, si bien que l’espace devenait de jour en jour plus dense et plus hostile). Mon travail n’était pas du tout aidé par ces idiots de gnomes qui, sûrement amusés de voir quelqu’un évoluer sur leurs platebandes, avaient décidé de me prendre en grippe et cherchait à saboter mon travail, quand ils ne cherchaient pas carrément à me lancer des pierres ou à me monter sur les jambes pour me mordre. Je m’étais fait mordre le matin même à la main droite, et  malgré un masque aux feuilles de vientiane, la marque des petites dents inscrites dans ma peau, entre le pouce et l’index, était toujours bien visible. Cela mis à part, je n’en revenais toujours pas d’avoir été sommé par Sara Wayland comme un élève pris sur le fait, de cette lettre et de sa teneur, et j’étais tellement énervé contre Cat que je me demandais comment j’allais réussir à garder mon calme devant Wayland et à ne pas hurler contre elle – mais heureusement il me restait encore un peu d’honneur, même après cette lettre, et je refusais de faire en plus de tout une scène dans son bureau. Nous arrivâmes exactement en même temps : je débouchai de l’escalier, Cat descendait de l’étage supérieur, Sara Wayland traversait le couloir. Nous nous saluâmes, elle et moi, et je la suivis dans son bureau, Cat sur mes talons, à qui je n’avais pas adressé un seul regard. Je lui en voulais tellement de nous mettre dans une telle situation qu’il ne valait mieux pas que je laisse mes foudres s’exprimer en sa direction pour le moment.

Nous nous assîmes, et je ne dégrafai volontairement pas mon manteau, comme pour signifier que j’avais peu de temps. Je détestais cette situation : la directrice derrière son bureau, nous devant, comme sur le banc des accusés. J’avais été dans cette position tellement souvent que j’avais du mal à l’accepter, encore et encore.

Elle commença, avec sa voix douce et ses bonnes manières. Peut-être avait-elle des gènes de Vélane – je ne pouvais pas mentir, elle était belle – mais je la trouvais glaçante et, bien que nos relations soient très correctes, je n’étais pas particulièrement à l’aise avec elle. La situation était simple : ma fille avait
frappé un de ses camarades lors d’un cours de Soins aux Créatures Magiques, elle l’avait un peu amoché, il avait fallu les séparer. « Je me doute que Caitríona a ses raisons et qu’elle va nous expliquer pourquoi elle en est arrivée à là, mais je tiens absolument à vous signifier que la violence n’est pas la bienvenue dans notre école ; nous ne la tolérons pas. ». J’avais acquiescé, exprimé ma compréhension. J’avais en réalité envie de disparaître : elle aurait rajouté « La violence n’est pas la bienvenue dans notre école, nous ne sommes pas des brutes mal élevées comme dans tous ces endroits d’où vous venez » que l’effet aurait été le même. J’avais dit « Je suis certain que Caitríona regrette et a une bonne raison, même si elle n’est pas acceptable ».

Malheureusement, ma fille ne semblait pas en état de coopérer. Les yeux rivés sur ses pieds, elle était ailleurs, dans ses pensées, elle cherchait à s’échapper, je le voyais dans son attitude.


- Caitríona, pourquoi ne veux-tu pas nous expliquer ce qui s’est passé ?

C’était maintenant ou jamais, bon sang, Cat…

- Parce qu’il n’y a rien à expliquer. C’était une dispute débile. Je n’ai pas envie d’en parler.

Mes doigts se crispèrent et se serrèrent, je passais mes doigts sur mon visage en soupirant entre mes dents, changeai de position. J’étais atterré et encore plus mal à l’aise.

- Je suis désolée. Il n’y a rien à dire de plus.
- Est-ce que tu es prête à t’excuser auprès de ton camarade ?
- Oui, j’irais m’excuser.
- Soyez sûre que c’est la première et la dernière fois que cela arrive. Soyez sûre également que je vais réagir en conséquence, et que je m’assurerai aussi que ma fille s’est bien excusée.


Nous échangeâmes encore quelques mots, tandis que Cat se taisait. Si je me fiais à mes antennes, j’étais presque certain que Sara Wayland ne nous en tiendrait pas rigueur d’avantage et qu’elle avait en partie mis de côté cet incident pour le moment ; nous prîmes congé, et quittâmes son bureau.

Je partis d’un pas vif, enfonçant les mains dans mes poches, en direction de la maison, Cat sur mes talons. Puisqu’elle n’avait pas daigné ouvrir d’avantage la bouche, je n’allais certainement pas m’efforcer de le faire à sa place ; sans compter que je bouillonnais d’une rage glaciale et que je me connaissais trop bien : il valait mieux attendre un peu, sinon, le duel allait être sanglant. Personne n’était dupe, elle savait que j’étais en colère, je savais qu’elle ne savait plus où se mettre, et c’était tant mieux. Je n’arrivais pas à croire qu’elle soit assez stupide pour se laisser aller à de tels actes quand cette place était pour nous deux inespérée, que nous n’avions jamais rien eu d’aussi bien, et qu’elle se conduisait comme la dernière des racailles. Qu’est-ce qu’elle s’était imaginée ? S’attirer l’attention des autres ? Se montrer plus dure qu’elle ne l’était ? Depuis quand frapper les gens étaient une solution, qui plus est ? Je ne l’avais pas élevée comme ça – oui, c’était ça au fond, je ne la reconnaissais pas. Ma fille à moi ne faisait pas ce genre de choses, encore moins dans une telle situation.

J’accélérai le pas pour traverser le parc, si bien que je l’entendis se mettre à trottiner pour me suivre. J’avais de trop grandes jambes pour les siennes, bien qu’elle commence à pousser depuis quelques mois. Je l’avais remarqué, et je m’étais dit que c’était sans doute dû en partie à la bonne nourriture qu’elle mangeait régulièrement, ici, et aux bonnes conditions de vie. Je m’étais senti immensément heureux. Je poussai la porte en arrivant et avançai droit vers le porte-manteau, ôtai mes affaires, puis je me dirigeai vers la cuisine pour boire un verre d’eau, tranquillement. J’agitai ma baguette pour ramasser les quelques affaires qui traînaient, et revins dans la pièce principale. Cat était assise sur l’une des chaises autour de la table, sans rien faire, attendant ce qui lui était dû.


- Tu es fière de toi, j’espère ? Qu’est-ce que c’est que ces histoires, Caitríona ? Tu te rends compte à quel point tu me fais honte ? Sara Wayland me convoque, j’apprends que tu as frappé quelqu’un, et tu refuses de parler ensuite ? De t’expliquer ? Tu te conduis comme une gamine malpolie, voilà ce que je pense. Je ne te reconnais pas. J’espère vraiment que tes excuses vont être bonnes. Tu m'expliques pourquoi tu en es venue aux mains ? Tu m'expliques ce qui t'est passé par la tête ?

Mais posées sur le dossier de la chaise, toujours debout, je plantai mes yeux dans les siens en espérant bien qu’ils ne s’enfuient pas, cette fois.

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Caitríona Baxter
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MessageSujet: Re: Jeux de mains, jeux de vilains. (A.)   Mar 7 Mar - 22:16

Je supportais très mal d’être loin de lui, pourtant, parfois, j’avais envie que des épisodes de ma vie se passent de la présence de Boban. J’avais l’impression que toutes mes bêtises lui retombaient dessus, avec encore plus d’intensité que n’importe quel parent. Déjà, parce qu’il était seul, et que c’était un homme. On associait toujours les familles monoparentales aux mères célibataires, et même la parentalité restait quelque chose d’étrangement féminin. Je savais bien qu’on regardait beaucoup plus les familles qui sortaient du lot. Ça, et le manque d’argent et de stabilité, on aurait pu mettre sur le dos de Boban si facilement, et ça me rendait dingue d’imaginer que dans leurs pavillons dorés, les sales gosses blancs et riches comme Sam étaient impolis sans que personne ne daigne remettre en question leur éducation. C’était tellement injuste ! Quant à moi, un pas de travers, et tout retombait sur Boban. C’était une pression bizarre sur mes épaules, en même temps ça me motivait pour leur prouver le contraire, et ça me fatiguait, parce que moi aussi j’avais envie d’être une enfant et de faire des bêtises. Pourtant, c’était un combat sans cesse, repousser au loin les clichés ; non je n’étais pas fragile parce que j’étais une fille, je n’étais pas stupide parce que j’étais noire, je n’étais pas mal éduquée parce que j’étais pauvre. Mais j’avais envie parfois, d’être tout ça. Discrètement, j’essayai de regarder Boban, parce qu’avec lui, c’était le seul endroit où c’était un peu différent. Mais là, tout son visage était fermé, ses lèvres pincées, encore plus fines que d’habitude, et son dos droit contre la chaise. Il avait l’air si cassant. Mon cœur se contracta dans ma poitrine. Je savais ce qui m’attendait, après…

- Soyez sûre que c’est la première et la dernière fois que cela arrive. Soyez sûre également que je vais réagir en conséquence, et que je m’assurerai aussi que ma fille s’est bien excusée.

Mes épaules s’affaissèrent un peu, et je baissai les yeux. Voilà, je le savais, et ce n’était qu’un avant-goût de la suite. Je déconnectai mon cerveau et laissai Boban et Wayland parler, en essayant de ne pas me concentrer sur leurs voix froides et polies. J’espérai que la fin de la journée arriverait vite, que je pourrais me glisser dans mon lit avec ma vieille girafe en peluche. Je l’avais depuis mes deux ans, Boban me racontait toujours qu’il m’avait amené à une brocante et que j’avais gazouillé devant la peluche jusqu’à qu’on l’achète. Quand j’étais petite, tous les soirs, Boban me racontait les aventures du doudou – je l’avais appelé Freddie – et c’était mon moment favori. En grandissant, nous avions un peu arrêté, mais parfois Boban le faisait encore, parce qu’il savait que ça me faisait plaisir, et sûrement que ça lui rappelait des bons souvenirs aussi… Je fermai les yeux quelques secondes, imaginant que j’étais dans mon lit à la lourde couverture rouge, et que Boban, à mon chevet, agitait Freddie en riant et en me narrant sa vie de petite girafe toute douce. J’eus un petit sourire, que je fis attention de cacher aux yeux de Wayland et Boban. Ils ne fallaient pas qu’ils pensent que je riais de tout ça, en plus de tout… Boban se leva, et je recomposai mon visage, gardant dans un coin de ma tête Freddie et les brides de mes souvenirs, comme un charme porte bonheur qui m’aiderait à tenir la journée.

Les longues jambes de Boban marchaient vite, m’obligeant à accélérer le pas. Jamais Poudlard ne m’avait paru si grand, tous ces étages, les escaliers sans fin, puis le parc, tellement immense… Il faisait tout gris, j’avais froid, mon souffle faisait de la buée et je trouvais les lieux glacés, tout à coup bien loin du parc féérique que j’adorais. Boban marchait de plus en plus vite, et je savais qu’il méditait ce qu’il voulait me dire, qu’il essayait à moitié de contenir sa colère tout en cherchant une façon de la canaliser dans une bonne leçon que je n’allais pas oublier. Arrivés dans la petite cabane, il vaqua quelques minutes à ses affaires comme si je n’étais pas là, pour empirer un peu la tension sûrement, et je m’assis sur une chaise, attendant sagement mais bêtement ce qui allait arriver. Mes mains posées sur mes genoux, je regardai mes ongles rongés, enfonçant légèrement mes doigts dans ma peau, comme si je m’agrippais à moi-même. Il fallait tenir, me murmurai-je. Ça n’allait pas être amusant, je connaissais par cœur. Boban allait me gronder, m’en vouloir pendant quelques temps, puis ça allait passer, parce que ça passait toujours.


- Tu es fière de toi, j’espère ? Qu’est-ce que c’est que ces histoires, Caitríona ? Oh, ça, c’était le signal de départ. Il m’appelait par mon prénom en entier, ce qu’il ne faisait jamais habituellement. Je déglutis, et relevai la tête pour le regarder dans les yeux, parce que je savais que ça l’énerverait encore plus si je les baissais. « Regarde-moi quand je te parle », il disait tout le temps, quand il se fâchait. Tu te rends compte à quel point tu me fais honte ? Il attaquait fort, et j’encaissai le coup sans ciller. Il savait très bien qu’il n’y avait rien qui me faisait aussi mal que cette phrase. Mais je l’avais bien cherché. Sara Wayland me convoque, j’apprends que tu as frappé quelqu’un, et tu refuses de parler ensuite ? De t’expliquer ? Tu te conduis comme une gamine malpolie, voilà ce que je pense. Je ne te reconnais pas. J’espère vraiment que tes excuses vont être bonnes. Tu m'expliques pourquoi tu en es venue aux mains ? Tu m'expliques ce qui t'est passé par la tête ?

C’était comme avaler une grosse cuillère de quelque chose poudreux, c’était impossible à avaler, ça faisait tousser, ça brûlait, c’était désagréable, pâteux, compact. Le regard de Boban était tellement dur. Je réalisai que j’en avais oublié de respirer, et j’inspirai, la gorge toute bouchée. Je lui faisais honte…

On m’avait toujours dit qu’on se construisait grâce aux autres, à leur présence, mais de toute ma vie, je n’avais eu qu’une constante : Boban. Il était la seule personne qui me faisait vraiment exister, c’était son regard qui m’avait construit et qui me poussait toujours, c’était le seul à qui je donnais assez d’importance pour vraiment jouer un rôle. Ces derniers mois, ça m’était apparu encore plus clairement, maintenant que j’étais à Gryffondor et je sentais bien qu’il n’en était pas satisfait. Je crois que Gryffondor incarnait quelque chose qu’il n’aimait pas trop, pas autant que Poufsouffle où nous avions cru que j’irais, là où lui était sûrement, s’il avait pu aller à Poudlard. J’avais tenté de me détacher de ça, d’être fière de ma maison, mais c’était beaucoup plus compliqué que prévu. Je voulais tellement que Boban et son regard me soutiennent. A vrai dire, il n’y avait un peu que ça qui comptait véritablement, ce qu’il pensait de moi, si je le rendais fière, s’il m’approuvait. Boban avait avoir une vision complètement stupide de lui, beaucoup moins flatteuse que la réalité, je crois que ça au moins, il le savait, il ne pouvait pas le nier : il était celui dont l’avis était le seul qui comptait. En me disant si froidement qu’il avait honte de moi, il était parfaitement conscient de la douleur que ça me provoquait. Ça me rendait triste, quand je me disais qu’il savait très bien et le faisait quand même. Je me disais que ça voulait dire qu’il était vraiment en colère.


- Je n’ai pas réfléchi sur le coup, j’ai laissé mes émotions prendre le dessus. Désolée, je ne voulais pas te faire honte devant la directrice.

Moi, j’essayais à tout prix d’épargner ses sentiments, je ne voulais pas qu’il sache pourquoi je m’étais disputée. Lui, il me grondait, me bousculait pour me donner une leçon et me faire réagir. Tout à coup, je trouvais ça un peu injuste, mais je ravalai ma bile, me rappelant pourquoi je faisais ça. Pour le protéger. Je ne pouvais pas faire plus, de ce côté-là, et je comptais m’y accrocher.

- Je crois qu’il n’y a rien à ajouter, vraiment, je sais très bien que tu m’en veux à mort, et tu sais bien que j’ai honte, et que je le referais plus. Promis.

Mais je me doutai que Boban ne comptait pas en rester là… Je serrai les dents, et me rappelai de tenir bon, de rester calme, de ne pas oublier l’enjeu derrière. Ne pas exploser, ne pas lui dire, ne pas le blesser. C’était ce qui était important.


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Angus Baxter
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MessageSujet: Re: Jeux de mains, jeux de vilains. (A.)   Dim 12 Mar - 16:36

Les deux grands yeux sombres de ma fille me fixaient sans ciller - heureusement qu'elle avait levé ses paupières vers moi car s'il y avait bien une chose que je détestais c'était les regards lâches et fuyants, surtout lorsqu'il s'agissait des choses importantes. Je connaissais ce regard par coeur, ces grands yeux en amande piqués de longs cils noirs, l'intensité de ses yeux, la même que celle de sa mère, l'éclat et la vivacité qu'on pouvait y lire. Sans aucun doute, ce regard était celui qui m'importait le plus au monde, et pour qui j'aurais fait n'importe quoi ; c'était donc logique que pour cette même raison je ne pouvais pas supporter qu'il me résiste, de le voir distant et voilé, me cachant volontairement quelque chose. L'attitude de Cat était à la fois soumise mais en retrait, dure, et la honte et la frustration que j'avais ressenties n'allaient certainement pas aider à atténuer la colère qui bouillonnait en moi. Quand elle agissait de la sorte quelque part c'était comme si moi j'avais échoué, comme si je n'étais pas digne de l'élever et cela avait la valeur d'un violent coup de poing en plein visage, je ne pouvais pas le supporter et j'avais envie de l'étriper, sans pouvoir me contenir. D'aussi loin que je me souvienne, j'avais toujours été ainsi, plutôt renfermé et taciturne mais capable d'être en proie à ces crises de colère brûlante, ce qui pouvait parfois étonner.

Le souffle un peu court et les sourcils foncés, toujours planté devant elle, les mains rivées sur le dossier de la chaise, j'attendais en espérant fortement qu'elle soit docile ; non seulement je ne l'avais pas élevée pour se battre, mais en plus pour paraître si détachée et impolie, encore plus dans une situation où nous n'étions pas forcément à notre avantage. Je me doutais que notre place à Poudlard n'était pas en jeu pour le moment, mais déjà mon esprit s'emballait et imaginait le pire : et si cela avait été encore plus grave ? Est-ce que Cat aurait été capable de ne pas mal agir ? Est-ce qu'elle se rendait compte de ce que tout cela pouvait entraîner ?!


- Je n’ai pas réfléchi sur le coup, j’ai laissé mes émotions prendre le dessus. Désolée, je ne voulais pas te faire honte devant la directrice.

Elle parlait comme si elle récitait une leçon, et je sentis mes dents se serrer un peu plus et ma colère redoubler. Je la fusillai du regard, attendant la suite.


- Je crois qu’il n’y a rien à ajouter, vraiment, je sais très bien que tu m’en veux à mort, et tu sais bien que j’ai honte, et que je le referais plus. Promis.

Non, mais !! J'étais en train de rêver !!

Il y avait autre chose sous cette histoire, j'en étais persuadé, et ce depuis le début - pourquoi ne voulait-elle pas me le confier, maintenant que nous étions tous les deux ?! Je m'imaginais des choses désagréables, des menaces qu'on lui aurait faites, tout et n'importe quoi. C'était peut-être Poudlard, ici, mais j'étais trop habitué de la difficulté du monde extérieur que je ne m'imaginais pas que la vie au château pouvait être si différente et protégée de tous les problèmes que j'avais toujours rencontrés. Est-ce que quelqu'un l'embêtait, faisait pression sur elle ? Elle ne m'en aurait parlé... Je le savais. Alors, quoi ? Être dans cette école d'enfants de riches lui était monté à la cervelle ? On lui avait fait croire des choses ? Elle s'imaginait peut-être comme eux, après à peine quelques mois ?...

... Je savais que tout cela était faux, mais je voyais rouge, et les jointures de mes doigts étaient devenues blanches tellement mes mains serraient fort le bois de la chaise. Je desserrais mon emprise, soufflai un coup, et m'assis à mon tour ; je posai les mains sur la table et me passai les mains sur le visage, pour essayer de me calmer.


- Tu sais très bien que je n'accepte pas cette attitude, donc je te suggère d'en changer maintenant. Et ne t'avise même pas de te lever cette chaise tant que tu n'auras pas répondu à mes questions.

Mon regard vrilla de nouveau le sien.

- Je n'arrive pas à croire que tu réagisses comme ça. Ce n'est pas cette fille-là que j'ai élevée, je peux savoir ce qui se passe, une bonne fois pour toutes, OUI OU NON ? Ma voix avait monté d'un cran toute seule et brusquement j'avais tapé des mains sur la table, sentant cette sensation familière - c'était de sa faute, elle l'avait cherchée, et provoquée, cette colère. Qu'est ce que c'est que ces petits secrets, tu te crois tout permis maintenant ? Tu joues à quoi, tu veux te faire passer pour un gros dur pour impressionner tes nouveaux amis ? Non, mais, à quoi tu penses, franchement ? Et tu crois que ça m'amuse de me faire convoquer comme ça, tu crois que je n'ai pas mon mot à dire non plus ? Qu'est-ce que tu cherches à prouver, ce quelque chose que tu n'es même pas capable d'avouer ?! Je t'ai connue plus courageuse... Je suis vraiment déçu de ton attitude, Caitríona. Vraiment déçu.

Je criais plus que je ne parlais, mais c'était presque malgré moi. Il y avait de toute façon toujours un moment où cela finissait comme ça quand nous nous disputions, il y avait quelque chose dans l'air qui finissait toujours pas se cristalliser et nous monter l'un contre l'autre parce qu'il n'y avait pas d'autres moyens d'agir lorsque nous nous trouvions dans une impasse. Et cela me rendait fou de lui faire face ainsi alors qu'elle refusait d'ouvrir la bouche - quelque chose était impossible dans l'équation, et cela me mettait hors de moi.

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Caitríona Baxter
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MessageSujet: Re: Jeux de mains, jeux de vilains. (A.)   Dim 12 Mar - 22:14

De l’extérieur, je savais que tout le monde aurait été surpris de voir Boban être si autoritaire avec moi. On nous disait toujours que je le transformais, que quand j’étais là il était différent, plus ouvert, plus lumineux, qu’il s’adoucissait. Mais pourtant, peu importe combien il m’aimait, son caractère n’était jamais loin… Pourtant, il était tellement toujours si calme, voire carrément austère dans certaines situations, je savais qu’il n’avait pas l’air de quelqu’un de colérique comme ça. Mais depuis toute petite, aussi loin que je pouvais me souvenir, je le revoyais se mettre en colère, pas souvent contre moi, mais quand quelque chose de grave le contrariait, il changeait, il explosait. Je l’avais même déjà vu crier sur des gens, quand il y avait des problèmes « d’adultes » que je ne pouvais pas forcément comprendre – souvent des soucis d’argents, de magouilles, dont Boban se tenait loin la plupart du temps mais qui n’étaient jamais loin quand on venait d’un milieu comme le nôtre. Dans ces moments où Boban explosait, je me disais qu’au moins il ne se laissait pas faire, j’aimais qu’il se défende… Mais quand c’était dirigé contre moi, ça me faisait peur, je détestais ça, je le trouvais méchant, et j’avais l’impression qu’il devenait tous ces parents qu’on avait toujours regardé d’un mauvais œil lui et moi. Ceux qui criaient sur leurs enfants, qui n’avaient aucune pédagogie, ou même qui devenaient violents. On en connaissait pleins, à force d’avoir bougé et logé dans des vieux HLM ou des centres sociaux.

Je me rappelai, quand j’avais quatre ans, on avait vécu en banlieue de Londres, dans un coin horrible, où il faisait tout gris, c’était pollué et beaucoup trop loin de l’océan pour nous. Mais il y avait un job que Boban ne pouvait pas refuser, alors on s’était débrouillé. Il me faisait garder parfois par la voisine, une vieille dame qui venait de Tunisie – elle avait toujours des voiles de toutes les couleurs que j’adorais – qui acceptait de garder les enfants gratuitement. En échange, Boban l’invitait souvent à diner. Elle me gardait donc parfois, avec une autre fille un peu plus âgée, Hannah. Souvent, elle avait des bleus sur les bras, ou même le visage, des brûlures sur les paumes, je me demandais toujours d’où ça venait, mais elle disait qu’elle était tombée, ce genre de choses, et changeai de sujet. Sauf que notre nounou avait l’air inquiète, et un soir où justement Boban l’avait invité pour la remercier, alors que je jouais dans un coin, je les avais entendu discuter d’Hannah. Une histoire avec son père, qui buvait trop, et les blessures d’Hannah. Je n’avais pas bien compris, alors qu’en Boban m’avait mis au lit, je lui avais demandé ce qui se passait. Il m’avait expliqué alors calmement que parfois les parents étaient violents avec leurs enfants, ça m’avait paru affreux et il l’avait bien vu, il m’avait rassuré, expliqué que c’était terrible et compliqué à empêcher, mais que parfois les services sociaux pouvaient intervenir. Ça m’avait un peu rassuré. Ironique, quand on savait ce qui s’était ensuite passé entre les services sociaux et nous…

En tout cas, la violence des parents envers leurs enfants m’avait beaucoup marqué, ça m’avait rendu très triste, sans que je sache vraiment comment l’expliquer – j’étais si jeune. Mais c’était resté, et depuis, dès que Boban levait la voix sur moi, tout se crispait en moi, il le savait, et je détestais qu’il le fasse malgré cela.


- Tu sais très bien que je n'accepte pas cette attitude, donc je te suggère d'en changer maintenant. Et ne t'avise même pas de te lever cette chaise tant que tu n'auras pas répondu à mes questions.

Mon cœur se compressa dans ma poitrine. Dans ces moments, Boban me faisait peur. Il n’avait pas besoin de me frapper, ses mots me faisaient l’effet d’une gifle, surtout quand il prenait un tel ton. Qu’il ne s’inquiète pas, sa voix était si cassante que j’étais visée à ma chaise, terrifiée, et je n’étais pas prête de me lever. Je voulais détourner le regard, fermer les yeux, mais je savais que ça ne l’aurait mis que plus en colère. J’avais envie de me disparaître sous terre. Il fallait que j’imagine que j’étais ailleurs… Je fixai les yeux de Boban, mais j’essayais de voir dans la couleur de ses yeux celle des arbres du parc où j’aimais jouer quand j’étais petite, celui qui était à Liverpool, quand on était resté là pendant six mois, avec la petite aire de jeux pour les enfants... Si je m’imaginais là-bas, ça allait non ?

Depuis toujours, ça avait été ma façon de m’échapper quand les choses devenaient trop lourdes autour de moi. Avec Boban, on le faisait ensemble parfois, on s’imaginait qu’on était des agents secrets… Mais là, j’étais toute seule, et lui ne jouait plus.


- Je n'arrive pas à croire que tu réagisses comme ça. Ce n'est pas cette fille-là que j'ai élevée, je peux savoir ce qui se passe, une bonne fois pour toutes, OUI OU NON ? Il avait crié et tapé sa main sur la table, me faisant sursauter et immédiatement, des petites larmes m’étaient montées aux yeux, brouillant ma vue. Qu'est-ce que c'est que ces petits secrets, tu te crois tout permis maintenant ? Tu joues à quoi, tu veux te faire passer pour un gros dur pour impressionner tes nouveaux amis ? Non, mais, à quoi tu penses, franchement ? Et tu crois que ça m'amuse de me faire convoquer comme ça, tu crois que je n'ai pas mon mot à dire non plus ? Qu'est-ce que tu cherches à prouver, ce quelque chose que tu n'es même pas capable d'avouer ?! Je t'ai connue plus courageuse... Je suis vraiment déçu de ton attitude, Caitríona. Vraiment déçu.
- Mais arrête de CRIER !


Ironiquement, j’avais crié aussi en retour, sentant que c’était trop, j’en étais arrivé à mon point de rupture, et tout ce que je m’étais promis s’envolait. J’avais bondi de ma chaise le défiant du regard. J’avais ravalé mes larmes – pour combien de temps je l’ignorais – et clairement, je le cherchais. Pas question que je me lève tant que je n’avais pas répondu ?! Qu’il se rassure, j’allais répondre ! Je n’arrivais pas à croire ce qu’il disait, il était horrible, c’était stupide, pour qui il me prenait en plus ?! Il savait très bien qu’il racontait n’importe quoi, ça me rendait folle, il pensait vraiment que j’essayais juste d’impressionner les autres ?!

- C’est bon, j’ai compris, t’es déçu, mais tu crois quoi, je le sais déjà, ça fait depuis septembre que t’es déçu, depuis que je suis à Gryffondor, je sais que t’aimes pas cette maison et que tu voulais que j’aille à Poufsouffle, donc pas la peine de le répéter, je sais que je te déçois donc t’es pas obligé d’être méchant !

Si j’avais été mature, j’aurais arrêté maintenant, j’aurais su que la suite serait encore pire et que ça servait à rien de continuer, mais puisque que Boban ne voulait pas se comporter comme un adulte, qu’il voulait être méchant, très bien, moi aussi je pouvais l’être, et il allait voir, tiens !

- Tu crois pas que si je te dis rien c’est que j’ai une bonne raison ?! Ben vas-y, tu veux tout savoir, très bien ! Très bien ! J’ai tapé cet abruti parce qu’il t’a insulté ! Ah, ça, il l’avait pas vu venir ! Je vis la surprise sur son visage, et cela me fit plaisir, une petite voix murmurant « tiens, prends ça ! ». Ça fait longtemps qu’il me cherche en se moquant de toi, oh, je sais qu’il est pas le seul à le faire mais lui il le fait en face, et il attendait que ça, que je réagisse, alors oui je l’ai frappé, c’est bon, t’es content ? J’ai rien dit à Wayland parce que je savais que ça te gênerait, et qu’elle te prendrait en pitié avec ses grands airs de princesse ! Et j’t’ai rien dit pour pas que ça te fasse de la peine, je sais qu’en plus tu t’en fou qu’on se moque de toi, que tout ce qui t’embête c’est que ça me touche, et ça me rend encore plus folle quand tu fais ça, ÇA M’ENERVE !!!

Je gesticulai dans tous les sens – quand j’étais énervée, je parlais avec les mains, je pouvais pas m’en empêcher. Je m’étais mise à pleurer de rage et de tristesse aussi, comme si l’énorme boule dans ma gorge se transformait en un torrent que j’avais bien du mal à contenir.

- Non mais en plus tu me prends pour qui, tu crois vraiment que j’ai besoin de frapper quelqu’un pour me faire une place ici ?! J’ai pas besoin de ça, parce que devine quoi, il n’y a pas de place ici pour moi ! T’as aucune idée de comment c’est, ils comprennent rien, pas d’où on vient, notre vie, je sais qu’ils me jugent tous ici ! J’étouffe à rester ici, je suis enfermée, y a trop de règles, et t’es trop loin en plus, c’est horrible, je déteste !

Sur mes joues, mes larmes étaient devenues beaucoup plus tristes que colériques, mais je maintenais ma position, comme si j’étais sur mes gardes, parce que j’attendais la riposte de Boban. Une fois que ça avait explosé, soit il s’énervait encore plus, soit il calmait le jeu, et en si je le connaissais par cœur, en cet instant j’étais incapable de deviner ce qu’il allait choisir.


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Angus Baxter
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MessageSujet: Re: Jeux de mains, jeux de vilains. (A.)   Lun 20 Mar - 18:19

- Mais arrête de CRIER !

Cat avait bondi sur ses pieds et se dressait de toute sa petite taille, me faisant face, ses yeux noirs et perçants me défiant du regard. Si je n’avais pas été si en colère, si mon sang dans mes veines n’avait pas bouilli comme à l’instant, j’aurais souri avec attendrissement de cette scène, de nous deux qui nous regardions en chiens de faïence avec la même ride courroucée au front et le même regard sombre et impertinent. Nous étions tous les deux un peu trop impulsifs, et j’étais certain que la vie que nous avions mené jusque là n’y était pas pour rien. C’était drôle comme Eby n’avait jamais eu cette caractéristique là, si elle devait s’affirmer ou faire front à quelqu’un elle campait avec une nonchalance désarmante et gardait toujours la tête haute, maîtresse de ses émotions, en apparence. Je savais que je devais ne plus penser à elle, mais elle revenait très souvent dans mon esprit, surtout quand je m’y attendais le moins. Pourquoi ? Je n’avais pas trop la réponse, mis à part le fait qu’elle était la seule femme que j’avais aimée et que je ne voyais jamais dans celles que je rencontrais ne serait-ce qu’un tiers des qualités qu’elle avait pu avoir… Enfin.

Une chose était certaine, et cela je me l’étais dit plusieurs années après, je n’avais pas de regrets à avoir sur une chose : si  notre vie, à Cat et moi, avait été chaotique, elle ne l’aurait pas été moins avec Eby, et j’étais loin d’être certain que sa mère et moi avions les mêmes façons d’envisager l’éducation d'un enfant.


- C’est bon, j’ai compris, t’es déçu, mais tu crois quoi, je le sais déjà, ça fait depuis septembre que t’es déçu, depuis que je suis à Gryffondor, je sais que t’aimes pas cette maison et que tu voulais que j’aille à Poufsouffle, donc pas la peine de le répéter, je sais que je te déçois donc t’es pas obligé d’être méchant !


Je ne me levais pas mais reculai ma chaise violemment pour lui faire face, et sentis mon sang ne faire qu’un tour à nouveau :

- Qu’est-ce qui te prend de me parler sur ce ton, fais attention, tu commences vraiment à aller trop loin…

- Tu crois pas que si je te dis rien c’est que j’ai une bonne raison ?! Ben vas-y, tu veux tout savoir, très bien ! Très bien ! J’ai tapé cet abruti parce qu’il t’a insulté ! … Comment ça… J’étais à deux doigts de me lever moi aussi, car elle criait sans m’écouter, mais ses mots venaient de me prendre de cours. Ça fait longtemps qu’il me cherche en se moquant de toi, oh, je sais qu’il est pas le seul à le faire mais lui il le fait en face, et il attendait que ça, que je réagisse, alors oui je l’ai frappé, c’est bon, t’es content ? J’ai rien dit à Wayland parce que je savais que ça te gênerait, et qu’elle te prendrait en pitié avec ses grands airs de princesse ! Et j’t’ai rien dit pour pas que ça te fasse de la peine, je sais qu’en plus tu t’en fou qu’on se moque de toi, que tout ce qui t’embête c’est que ça me touche, et ça me rend encore plus folle quand tu fais ça, ÇA M’ENERVE !!!

- Calme-toi, tu – mais j’étais tout d’un coup dépassé par les évènements.


- Non mais en plus tu me prends pour qui, tu crois vraiment que j’ai besoin de frapper quelqu’un pour me faire une place ici ?! J’ai pas besoin de ça, parce que devine quoi, il n’y a pas de place ici pour moi ! T’as aucune idée de comment c’est, ils comprennent rien, pas d’où on vient, notre vie, je sais qu’ils me jugent tous ici ! J’étouffe à rester ici, je suis enfermée, y a trop de règles, et t’es trop loin en plus, c’est horrible, je déteste !

Instantanément, ma colère retomba et quelque chose se détacha de moi (pas comme un poids mais comme un lest désagréable, qui faisait autant de mal en s’arrachant qu’en arrivant) et je me sentis démuni, et surtout, coupable. C’était, aussi, très souvent le même schéma : je m’emportais contre Cat et je lui en voulais et je ne supportais pas ce qu’elle avait fait, je détestais son attitude effrontée, le pli de sa bouche et ses gestes énervés, mais il suffisait qu’elle se fragilise d’un coup, qu’elle baisse son regard, que sa voix tremble ou qu’elle se mette à pleurer, et tout en moi fondait comme neige au soleil. Elle n’était qu’une enfant, après tout, et j’étais trop dur parfois ; je ne faisais pas forcément la différence entre mes sentiments et les siens, entre mes problèmes d’adulte et le reste, entre tout ce qui me rongeait de l’intérieur et dont elle n’était pas responsable. Je ne lui en avais jamais parlé, bien évidemment, elle ne pouvait pas être ma confidente, mais il y arrivait des moments où, le plus souvent quand elle dormait à côté de moi et que je travaillais ou bien n’arrivais pas à dormir, je repensais à mes accès de colère et je m’en voulais à mourir – j’avais envie de la serrer dans mes bras et lui demander pardon. Je ne voulais pas, jamais, qu’elle soit un dommage collatéral à tout ce qu’il avait pu m’arriver de malchanceux.

- Oh, Cat, mais pourquoi tu ne m’as pas parlé de tout ça plus tôt, je m’inquiétais terriblement et je m’imaginais le pire, soupirai-je en me passant la main sur le visage. J’étais fatigué, comme souvent – mes membres me paraissaient lourds, mes gestes engourdis. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de Gryffondor, en plus ? Je m’en fiche complètement, dis-je, un peu perdu.

Je m’étais radouci et je me penchais en avant, ouvrant les bras vers elle. Il y avait des disputes qui ne se finissaient pas si bien ou en tout cas pas si rapidement, mais au vu de ce qu’elle venait de me dire, je ne pouvais pas être plus énervé contre elle que je ne l’avais été – en vérité, comme toujours, ses larmes me perturbaient trop et je voulais simplement qu’elle arrête de pleurer et de trembler comme un chaton en cage.


- Viens là, mon petit chat, je suis désolé d’avoir crié un peu fort contre ta tête en bois, dis-je en la taquinant tout de même.

Elle n’hésita pas bien longtemps et vint contre moi ; je la serrai fort et l’assis sur mes genoux, tout en respirant l’odeur de ses cheveux et en embrassant son crâne et son visage à plusieurs reprises, tandis qu’elle sanglotait de plus belle.


- Ma princesse chérie, c’est moi ton chevalier et pas l’inverse, tu n’as pas à me défendre comme ça, et encore moins en tapant les gens, je ne veux plus que ça arrive, c’est d’accord ? J’étais sérieux, bien que je ne montrais plus aucune animosité, et elle le savait très bien. Je suis désolé que tu aies à subir ça, je te demande pardon je n’avais même pas envisagé que ça puisse te mettre dans cet état. Tu sais, je me fiche de ce qu’on dit de moi… Les gens sont stupides et pensent ce qu’ils veulent, ça ne m’intéresse pas. Je comprends que ça t’embête, mais ne t’abaisse pas à leur niveau, ignore les. C’est la meilleure chose que tu puisses faire. Et je suis très touché que tu me défendes comme ça, mais encore une fois, c’est terminé, d’accord ? Ils n’en valent pas la peine.

J’embrassai de nouveau son front et collai ma joue contre son crâne, réfléchissant un instant. Ce qu’elle avait dit ensuite m’avait fait tellement de peine que j’avais l’impression que mon cœur s’était recroquevillé sur lui-même.

- Je veux que tu me dises si on t’embête, tu me promets ? Ce n’est pas parce qu’on est à Poudlard que les choses doivent changer… On est plus forts tous les deux, tu te rappelles ? Je collai mon nez contre le sien et lui fis un baiser d’esquimau, ce qui nous fit rire tous les deux. Je n’avais pas compris que tu avais tant de mal que ça, tu sais. Je comprends, ils sont différents de nous, tout est très différent… Mais il faut que tu essayes de t’y faire… Il y a bien des choses que tu aimes, pas vrai ? Dis moi qu’est ce que tu aimes bien au château ? Je souris pour lui montrer de l’entrain, mais au fond, j’étais certain d’une chose : Je ne resterais jamais dans un endroit qui te rend malheureuse, tu le sais ça, Cat ? murmurai-je en la serrant contre moi.

Nous restâmes quelques instants sans rien dire, serrés l’un contre l’autre. Parfois, je me disais que tout cela, malgré tous les efforts que j’y mettais, était trop lourd pour elle.


- En tout cas – je mis un doit sur le bout de son nez – ma petite Gryffondor courageuse et bagarreuse, tu ne vas pas t’en sortir comme ça, tu le sais, pas vrai ? Voyons… Pour commencer…

Et je me mis à la chatouiller sous les bras et sur les côtes, là où elle craignait le plus.

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MessageSujet: Re: Jeux de mains, jeux de vilains. (A.)   Lun 3 Avr - 23:44

J’avais explosé, parce que la petite fissure qui courait le long de mes os avait fini par craquer sous le ton dur de Boban et la colère qui me prenait la gorge, malgré tous mes efforts pour garder pour moi, parce que je savais qu’il valait mieux, j’avais bien été incapable de tenir… Peut-être que si les choses avaient été un peu différente, si nous n’avions pas cette relation si forte, les mensonges me seraient venus naturellement. Une histoire à dormir debout de dispute d’adolescent, une peine de cœur ou une tricherie à un devoir, ce genre de choses stupides. Mais non seulement Boban ne m’aurait sûrement pas cru, mais j’aurais bien été incapable de le regarder dans les yeux et lui affirmer sans ciller quelque chose de faux. Nous avions toujours eu cet accord silencieux, quand on sentait que l’autre voulait garder son secret, on ne demandait rien, parce qu’on savait qu’on était incapable de se mentir. Parfois, quand nous manquions d’argent, de nourriture, qu’on allait se retrouver à la rue, il arrivait à Boban de mentir, mais je le savais toujours, comme si ses mots étaient un peu les miens au fond, et il savait très bien que je n’étais pas dupe. Mais dans ces moments, il avait toujours la même réaction, il veillait à défroncer ses sourcils, il prenait mes mains dans les siennes, me regardait et me disait « promis, ça va aller ». Dans mon cœur, malgré les incertitudes, j’étais alors persuadée de la véracité de ce qu’il disait car au final, c’était toujours vrai, tant que nous étions ensemble, ça allait aller. J’aimais bien la façon qu’il avait dans ces moments de mettre de côté tout ce qui l’inquiétait et de me regarder avec sa douceur un peu brute. Maintenant que je venais d’exploser, de crier, de pleurer, je constatai la même réaction – je compris alors que quelque chose avait cliqué, et que Boban revenait mon papa rien qu’à moi.

- Oh, Cat, mais pourquoi tu ne m’as pas parlé de tout ça plus tôt, je m’inquiétais terriblement et je m’imaginais le pire. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de Gryffondor, en plus ? Je m’en fiche complètement.

Il pencha son grand corps usé vers moi, pour me tendre les bras, avoir un geste, mais j’étais plantée droite comme un i, les poings serrés, les ongles dans les paumes, la mâchoire douloureuse tant j’étais crispée. Les larmes continuaient de couler malgré ma lutte pour les sécher et garder la face. La honte me prenait presque, je ne voulais pas craquer de nouveau. C’était peut-être un caprice, mais au fond, je voulais que Boban voit que moi aussi je pouvais lui en vouloir, parce qu’il me criait dessus et se fâchait, mais moi aussi je pouvais !...

- Viens là, mon petit chat, je suis désolé d’avoir crié un peu fort contre ta tête en bois.

Oh, et puis zut…

Je me jetai contre lui et fondai à nouveau en larmes, grimpant sur ses genoux, entourant sa taille de mes petits bras et fourrant mon visage contre son torse. Malgré mes sanglots, je pouvais entendre le cœur de Boban qui battait d’un son rythmé et rassurant. Depuis toujours, j’adorai me coller contre lui et presser ma tête tout contre sa poitrine pour écouter le son qui résonnait. Ça avait toujours soigné toutes mes peurs et mes cauchemars d’enfants.


- Ma princesse chérie, c’est moi ton chevalier et pas l’inverse, tu n’as pas à me défendre comme ça, et encore moins en tapant les gens, je ne veux plus que ça arrive, c’est d’accord ? Je suis désolé que tu aies à subir ça, je te demande pardon je n’avais même pas envisagé que ça puisse te mettre dans cet état. Tu sais, je me fiche de ce qu’on dit de moi… Les gens sont stupides et pensent ce qu’ils veulent, ça ne m’intéresse pas. Je comprends que ça t’embête, mais ne t’abaisse pas à leur niveau, ignore les. C’est la meilleure chose que tu puisses faire. Et je suis très touché que tu me défendes comme ça, mais encore une fois, c’est terminé, d’accord ? Ils n’en valent pas la peine.

Je le laissai embrasser mon visage tout mouillé de larmes, et je le hochai de haut en bas en reniflant, en murmurant des « oui » pas très glorieux. Je frottai le bout de mon nez, puis mes paupières, me reprenant un peu. Je savais que Boban avait raison, et j’étais honteuse de ne pas avoir été capable de me retenir, d’en être venue aux mains, ce n’était pas une solution, il l’avait toujours dit, j’étais au courant, ça ne résolvait rien. Mais au fond, mon cœur était tellement lourd d’entendre Boban si résigner devant la méchanceté des gens à son égard. Il valait mieux que tout le monde, si seulement les gens pouvaient le voir comme moi je le voyais, au lieu de juger stupidement parce qu’il avait un vieux manteau et qu’il était un peu froid !

- Je sais qu’ils sont bêtes, mais si c’est pas moi qui te défend, qui va le faire ?! Je n’aime pas que tu t’en fiches, tu devrais pas te laisser faire, en plus tu vaux mieux que tout le monde, ça me met en colère, dis-je d’une petite voix pleine de rage. En plus je… Cette fois-ci, ma voix se mit à trembler dangereusement. J’ai pas toujours pu te défendre, murmurai-je tristement.

Nous n’en avions jamais vraiment reparlé, mais dans mon cerveau était imprimé un souvenir très vivide. Je devais avoir huit ans, pas plus, et Boban s’était mis dans une situation délicate financièrement, je n’avais pas bien compris, mais trois gros costauds avec des têtes à faire peur étaient venus chez nous et les choses avaient mal tourné. Je m’efforçai toujours d’oublier, mais le sentiment était encore là, brûlant, cette peur terrible tout à coup, mes cris, ceux de Boban, et le pire de tout, mon impuissance, alors que j’hurlai encore et encore pour qu’ils arrêtent de s’en prendre à lui. C’était terrible, et j’avais compris après coup que tout était prévu, qu’ils avaient fait exprès que je sois là, que c’était pour faire peur à Boban… Je ne savais pas trop, mais ça avait été si terrible. Tout ce temps, Boban avait essayé de me mettre de côté, de me protéger, de garder son calme mais j’avais senti sa peur. Rien que d’y penser, j’avais encore envie de fondre en larmes.

Heureusement, ce jour-là, notre vieil appartement minuscule avait une fenêtre dans la salle de bain, qui donnait sur la vieille cours, et j’étais sortie courir chercher de l’aide. Nous étions copains avec le voisin du sixième, un jeune baraqué, qui s’appelait Ismaël et avait un accent étrange. Il était venu avec ses autres amis dès que j’étais arrivé et ils avaient sorti Boban d’affaire, mais la sensation d’impuissance physique que j’avais ressenti ce jour-là n’était jamais vraiment partie.


- Je veux que tu me dises si on t’embête, tu me promets ? Ce n’est pas parce qu’on est à Poudlard que les choses doivent changer… On est plus forts tous les deux, tu te rappelles ? Je n’avais pas compris que tu avais tant de mal que ça, tu sais. Je comprends, ils sont différents de nous, tout est très différent… Mais il faut que tu essayes de t’y faire… Il y a bien des choses que tu aimes, pas vrai ? Dis moi qu’est ce que tu aimes bien au château ? Je ne resterais jamais dans un endroit qui te rend malheureuse, tu le sais ça, Cat ?

Je secouai la tête, et me collai à nouveau contre lui, me laissant câliner comme un petit chat. Il avait recommencé à m’appeler Cat, et tout se détendait en moi : il ne m’appelait plus par mon prénom entier, il n’était plus fâché, la tempête passait enfin…

- Oui, j’aime bien hmm… La nourriture, le parc, certains profs sont cools et… C’est bien de rester un peu au même endroit, peut-être que j’arriverais vraiment à me faire des amis, dis-je en essayant d’y mettre de la bonne volonté. Certains sont gentils, ajoutai-je. Mon lit est confortable, mais il est trop loin de toi…

Heureusement que Boban travaillait à Poudlard et que je le voyais tous les jours, sinon, je n’aurais jamais pu le supporter. Rien que d’y penser, j’étais terrifiée, et un frisson me prit. J’étais déjà si malheureuse loin de lui, je ne voulais qu’une chose, dormir dans sa petite cabane, je m’en fichais bien de passer pour une gamine, être loin de Boban ressemblait à de la torture…

- C’est promis, je te le dirai, et je suis désolée, promis j’en viendrais plus aux mains non plus, ajoutai-je avec le ton le plus convaincant possible.

Je n’étais pas sûre de l’étendue de ma patience si on se moquait à nouveau de Boban, mais j’espérais qu’avoir cassé le nez de l’autre abruti allait suffire à en dissuader plus d’un.


- En tout cas ma petite Gryffondor courageuse et bagarreuse, tu ne vas pas t’en sortir comme ça, tu le sais, pas vrai ? Voyons… Pour commencer…

Je poussai un petit cri de surprise sous l’attaque de Boban qui s’était mis à me chatouiller, m’obligeant à me tortiller comme un verre coupé. Je protestai vainement, riant en même temps, jusqu’à que Boban daigne arrêter pour que je reprenne mon souffle. Ses grands yeux sombres me regardaient et ils pétillaient comme un petit feu d’artifice malgré la tempête qui nous avait agités quelques instants plus tôt. Je sentis l’émotion me prendre à nouveau et les larmes me piquer les yeux, je battis des cils pour les chasser mais c’était trop tard – je baissai la tête et mes épaules s’affaissèrent tristement.

- Depuis qu’on est là je sens bien que tu es triste que je ne sois pas à Poufsouffle. Avant d’arriver on s’était dit que j’y serai, et puis je suis sûre que c’est ta maison… Que ça t’aurait rendu fier que je sois comme toi du coup. En plus je suis sûre que les Gryffondors tu les aimes pas trop, tu trouves que c’est des gens égocentriques et têtes brûlées, je vois bien comment tu regardes les gens avec qui je suis, tu dois être déçu que je sois avec eux, pas vrai ? Peur que je sois comme eux ?

Il ne m’avait jamais dit vraiment qu’il n’aimait pas les Gryffondors, mais on avait parlé plusieurs fois des maisons et des défauts de chacune, et j’étais persuadée qu’au fond, Boban voulait que je sois à Poufsouffle. Il pouvait bien me mentir, de toute façon, je le connaissais trop bien, je le verrais vite, et je fermai les yeux un instant, attendant ce qui semblait être ma terrible sentence.


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Angus Baxter
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MessageSujet: Re: Jeux de mains, jeux de vilains. (A.)   Lun 24 Avr - 14:56

En la prenant contre moi, je sentis tout mon corps se réchauffer de l’intérieur. Quand je passais des journées horribles, quand parfois au milieu de la nuit alors que je ne parvenais pas à dormir malgré mon épuisement physique, quand tout s’effondrait autour de nous et que mon chemin redoublait d’embûches, il y avait toujours cette pensée qui me permettait de ne pas perdre espoir, de ne pas baisser les bras et de ne pas regretter : ma fille. Cat était la raison pour laquelle tout valait la peine, elle était et resterait la raison pour laquelle je me battrai pour tout jusqu’au bout, et je l’avais compris à la seconde même où je l’avais tenue dans mes bras, pour la première fois. Nous n’avions pas été à l’hôpital, c’était beaucoup trop compliqué ; qui plus est la famille d’Eby avait pour coutume de laisser les femmes accoucher chez elles, bien entourée. Je n’y avais pas vu d’objection. Sa tante était Médicomage et prenait les choses en charge, et quelque part nous préférions tous cela, évitant ensuite les dépenses supplémentaires que nous cherchions à éviter. J’avais néanmoins clairement imposé une condition : si quelque chose se passait mal, pour Eby ou le bébé, nous partions directement pour Sainte-Mangouste. C’était une chose étrange d’attendre sans trop savoir quoi faire alors que tout se jouait à côté – les bruits et les cris restaient flous dans ma mémoire, tellement j’étais stressé sur le moment, tellement la suite avait tout effacé. Nous ne savions pas le sexe de l’enfant et quand la tante d’Eby me mit dans les bras ce minuscule petit bébé tout rouge et frippé, aux yeux fermés et aux minuscules petites mains en me disant « c’est une fille », je compris ce que c’était que de se faire dépasser par quelque chose de beaucoup plus fort et beaucoup plus puissant que soi. Les larmes avaient coulé sur mes joues et jamais de ma vie je n’avais ressenti un bonheur aussi fort – je croyais aimer Eby de toute mon âme et de tout mon corps, je croyais que chacune de mes cellules n’existaient que pour elle, mais je compris alors en cet instant que le petit être entre mes bras venait de rafler toute la mise et m’avait envoûté complètement, et qu’il me serait impossible pour tout le reste de ma vie de placer quelqu’un au-dessus de lui. Elle était devenue Caitríona, un prénom que nous avions choisi à l’avance, et je me souviens que les jours qui avaient suivi s’étaient déroulés dans cette pièce où Eby se reposait, fatiguée, tandis que je tenais Cat dans mes bras sans vouloir la lâcher et sans vouloir aller dormir, tant le bonheur me maintenait éveillé.

Très doucement, je me mis alors à la serrer dans mes bras et à la bercer à moitié en l’embrassant un peu partout, sur son visage salé de larmes et sur ses cheveux tout crépus qui sentaient bon, un parfum chaud et sucré. Elle râlait toujours à moitié que ma barbe de trois jours la grattait quand je la dévorais de baisers comme je le faisais là, et cela nous fit rire un peu tous les deux, surtout que je frottais ma joue contre la sienne pour accentuer la chose. Mais Cat avait pleuré si fort qu’elle était encore secouée de sanglots et que sa lèvre se tordait vers le haut, et je redoublais de tendresse. La voir ainsi me brisait toujours le cœur, même si j’avais eu envie de l’étriper quelques minutes auparavant.


- Je sais qu’ils sont bêtes, mais si c’est pas moi qui te défend, qui va le faire ?! Je n’aime pas que tu t’en fiches, tu devrais pas te laisser faire, en plus tu vaux mieux que tout le monde, ça me met en colère. En plus je… J’ai pas toujours pu te défendre.

Je savais à quoi elle faisait allusion. Si j’avais toujours absolument évité de la mettre au premier plan des scènes de ce genre, pour sa sécurité et parce que je ne voulais pas qu’elle voit ça, je n’avais malheureusement pas toujours réussi… J’étais comme ça aussi, impulsif et pas très précautionneux parfois, surtout quand j’étais persuadé d’avoir raison. J’étais têtu, trop parfois. Je me souvenais très bien de ce soir-là, les emmerdes dans lesquelles je m’étais fourré, l’accumulation de problèmes qui m’avaient conduit là, l’argent que je devais et les personnes qui m’avaient fait des coups fourrés. Quand j’avais vu les types arriver chez nous j’avais compris qu’il était trop tard, et mon premier geste avait été de me placer devant Cat et de lui ordonner de rester derrière moi et de ne pas bouger. Le ton avait vite monté et ils en étaient venu aux mains avant de sortir leur baguette ; je devais mon salut à Cat qui avait réussi à se faufiler dehors et qui criait et pleurait tout ce qu’elle savait – je n’avais jamais pu effacer de mon esprit son air paniqué et désespéré, et rien que d’y penser, j’en avais à nouveau la chair de poule.

- C’est normal, tu es encore petite et puis, de toute façon, c’est moi qui dois t’assurer une vie sans danger, et pas le contraire, répétai-je doucement. Et si tu veux me défendre, essayai-je tant bien que mal parce que je voulais lui montrer que je l’écoutais, ce n’est pas comme ça que tu dois t’y prendre, d’accord ? On n’est pas comme ça, nous, on ne frappe pas les gens.

Je me mis à lisser ses cheveux du plat de la main en la regardant pensivement. Ses grands yeux en amande étaient rougis et encore lourds de larmes, et je lui embrassai les paupières l’une après l’autre.

- Oui, j’aime bien hmm… La nourriture, le parc, certains profs sont cools et… C’est bien de rester un peu au même endroit, peut-être que j’arriverais vraiment à me faire des amis. Certains sont gentils. Mon lit est confortable, mais il est trop loin de toi…

J’eus un petit sourire – j’aurais aimé lui dire que moi aussi je ne voulais jamais m’éloigner d’elle, mais ce n’était pas comme ça que les choses se passaient normalement… Nous n’étions pas normaux mais je savais que je ne devais pas non plus lui laisser entendre ça, elle devrait prendre son envol un jour, malgré tout ce que cela me coûtait – c’était aussi ce que je voulais.


- C’est promis, je te le dirai, et je suis désolée, promis j’en viendrais plus aux mains non plus.

- C’est bien. Désolé de m’être énervé comme ça, c’est juste que le ton de Wayland m’a encore plus agacé. Je lui fis un bisou esquimau. Et peut-être que tu pourrais inviter plus souvent des amis avec qui tu t’entends bien ? Le week-end, vous pourriez venir prendre le goûter ici, des choses comme ça ?

La vie sociale de Cat avait toujours été à notre image, bizarre et aléatoire, intense parfois, superficielle à d’autres moments. Elle s’entendait très bien avec les adultes ou les jeunes plus âgés, je l’avais remarqué à plusieurs reprises, mais c’était un peu logique, car elle avait été très vite poussée, par la force des choses, à grandir plus vite que les autres. Je ne m’étais jamais trop inquiété, malgré tous nos déménagements, elle savait se faire des camarades ou si personne ne l’intéressait elle savait aussi se suffire à elle-même ; aujourd’hui c’était la première fois que je me rendais vraiment compte qu’elle souffrait de ce qui lui arrivait et qu’elle ne trouvait pas vraiment sa place ni chaussure à son pied, et j’eus l’impression qu’on m’enfonçait une lame glacée dans l’estomac. Non seulement je n’avais pas mesuré l’ampleur de la chose et je m’en voulais, mais en plus j’étais triste de cette situation sans trop savoir comment l’aider… Je ne voulais pas qu’elle devienne comme moi. Je ne voulais pas qu’elle se coupe à tel point des gens qu’il lui serait ensuite impossible de savoir comment on faisait à nouveau pour s’ouvrir, pour faire confiance. Je réfrénais un frisson ; je voulais à tout prix qu’elle ne devienne pas comme ce que j’étais, et j’eus tout d’un coup peur d’agir trop tard.

Pour la faire rire je me mis à la chatouiller ; elle retrouva son sourire et poussa des petits cris et je me mis à rire aussi, mais très vite elle s’assombrit à nouveau. Je la pressai du regard pour qu’elle me parle.


- Depuis qu’on est là je sens bien que tu es triste que je ne sois pas à Poufsouffle. Avant d’arriver on s’était dit que j’y serai, et puis je suis sûre que c’est ta maison… Que ça t’aurait rendu fier que je sois comme toi du coup. En plus je suis sûre que les Gryffondors tu les aimes pas trop, tu trouves que c’est des gens égocentriques et têtes brûlées, je vois bien comment tu regardes les gens avec qui je suis, tu dois être déçu que je sois avec eux, pas vrai ? Peur que je sois comme eux ?

Je la dévisageai, surpris une fois de plus. J’étais décidément à côté de la plaque…

- Mais pas du tout, voyons… Je suis très content aussi que tu sois à Gryffondor, ça ne m’étonne pas, tu es ma petite lionne protectrice et courageuse, c’est une part très importante de toi ! Ça ne veut pas dire que tu n’as pas de qualités de Poufsouffle en toi. Et puis, on ne saura jamais, je n’ai jamais mis le Choixpeau sur ma tête, peut-être que je suis… À Serpentard, bouaaaargh ! Je fis une grimace et fis mine de la dévorer. Tout ce qui m’importe c’est que tu réussisses à être heureuse ici et que tu aies des bonnes notes, pour ensuite faire ce que tu voudras de ta vie. Je me fiche de ta maison, je t’assure, mon petit Catou. Je suis fier de toi quoi qu’il arrive.

Attrapant son visage pour qu’elle me regarde, je lui fis un baiser sur le front. Elle savait pertinemment, même si je m’étais radouci, qu’elle ne s’en sortirait pas sans punition ; on m’avait fait quelquefois la remarque d’être un père un peu sévère mais je n’étais pas d’accord, il fallait des limites et de la structure encore plus quand on évoluait dans un monde si peu structuré, tous les deux. Je ne m’estimais pas sévère à tort ; peut-être que parfois mes punitions étaient un peu plus fortes que les gens autour de moi, mais je détestais ce genre de remarques car je faisais non seulement comme je pouvais mais aussi comme je voulais, et personne ne nous connaissait assez pour pouvoir nous juger.

- Je ne veux pas que tu ailles à Pré-au-Lard pendant les deux week-end à venir, c’est d’accord ? En plus, je vais avoir besoin d’aide pour désherber le potager, comme ça tu pourras m’aider. On arrivera plus facilement à venir à bout des gnomes à deux ! Mais si tu veux, tu pourras inviter quelqu’un. Pourquoi pas Isobel ? proposai-je, un peu à contrecœur. La fillette ne m’inspirait pas plus que ça mais si Cat s’entendait quand même bien avec elle, je ne voulais pas qu’elle s’empêche de la voir à cause de moi.

Je me remis debout, Cat toujours dans mes bras, accrochée à moi comme un petit koala – je sentis les muscles de mon dos me tirer, elle commençait à devenir un peu trop lourde pour ça – et la serrai contre moi une dernière fois avant de la laisser glisser au sol, sur ses pieds.


- Bon, il est temps de préparer le dîner, tu ne crois pas ? Qu’est-ce qui te ferait plaisir ?

C’était presque devenu ma plus grande fierté – pouvoir lui cuisiner tout ce que je voulais, pouvoir lui faire plaisir, lui faire de petits cadeaux de temps en temps, maintenant que mes revenus étaient enfin suffisants. C’était une chose que les gamins qui se moquaient d’elle et de moi à ce sujet ne pouvaient pas comprendre, et j’étais content que ma fille soit assez évoluée là-dessus pour mesurer la chance que nous avions enfin.



TERMINÉ

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