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Rise (Rose)

 
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 Rise (Rose)

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Chuck Carlton
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MessageSujet: Rise (Rose)   Mer 21 Sep - 15:22

https://www.youtube.com/watch?v=gUpIrAzEkso


C’était sûr, je pouvais rentrer chez moi. Alors, ça méritait bien un dernier shoot. Pour la route…

Il faisait nuit, une nuit noire comme tout avec aucune étoile, un froid de gueux et juste deux ou trois lampadaires dans la rue, devant moi. Elle était toute droite et bordée de maisons toutes plus miteuses les unes que les autres. On aurait dit Bristol. La même ambiance que chez moi. L’horreur. Je m’arrêtai net et fermai les yeux et me laissai porter par la houle, par ce sentiment incroyable de flotter dans un monde en totale distorsion, qui bougeait mollement, et m’emportait avec lui. Je ne voulais pas de ça – pas de Bristol, pas de souvenirs, pas de parents, pas de frère, pas de chagrin. Rien. Je voulais juste sentir cet état second que plus rien ne pouvait dépasser. Il faisait bon. J’étais bien…

Je m’adossai à un mur, sûrement parce que mon corps ne pouvait plus trop me porter de toute façon. Il était confortable, ce mur, moelleux, presque tiède. J’avais envie de rire et je sentis mon corps se secouer et quand j’eus terminé mon fou rire je me passai la main sur le visage et il était trempé et je pleurai à chaudes larmes, sans sangloter, juste les larmes dévalaient mes joues – c’était bizarre, mais et alors. Sans doute que ça devait sortir.

Ma main était humide et brillait sous la lumière du lampadaire, en face. Je me mis à la regarder, hypnotisé, je la levai devant mes yeux et je la tournai lentement et je bougeai les doigts un par un et j’avais l’impression que je la voyais pour la première fois, que je découvrais les lignes sur la paume, la forme de mes doigts, de mes ongles, la courbe naturelle qui se faisait quand on relâchait les doigts, les dessins sur le dessus, la couleur de la peau, les poils, les petites taches par-ci par-là… C’était ma main et c’était une autre main, celle de n’importe qui, peut-être quelqu’un qui m’avait suivi dans la rue et qui était en face de moi, quelqu’un qui cherchait de la compagnie comme moi, quelqu’un qui était heureux d’être là et qui se sentait bien et qui avait un peu chaud, qui voulait sourire et rire et pleurer tout à la fois, quelqu’un qui ne se souvenait plus trop de rien, quelqu’un qui aurait pu rester là toute la nuit, quelqu’un qui avait envie de disparaître et d’être partout à la fois, dans l’air, dans le ciel, partout.

Quand j’avançais les irrégularités sous mes pas me faisaient trébucher mais je ne tombais jamais parce que tout était mou, parce que je rebondissais, je trouvais appui ailleurs et j’avançais lentement et j’étais percé par ce monde endormi et je le trouvais si beau que ça me donnait envie de pleurer. Je ne m’étais jamais rendu compte qu’on pouvait à ce point avoir envie de pleurer quand on était heureux.

Quand je respirais il y avait un torrent qui se déversait dans mes poumons, un torrent qui était frais et crémeux et qui me réchauffait de l’intérieur et j’avais l’impression de découvrir petit à petit les usages de mon corps, le bonheur qu’il pouvait procurer juste en étant, tout simplement. Respirer, regarder, sentir.

Quand je regardais autour de moi c’était magnifique, c’était brillant, étincelant, diffus, harmonieux, captivant, reposant, envoûtant. C’était peut-être juste des maisons, des rues, des voitures endormies, des passages, des jardins, du vide, du matériel, mais tout avait sa place, tout avait une forme particulière, les lumières et la nuit se reflétaient l’une et l’autre et je me déplaçais dans un monde qui me paraissait aussi unique que merveilleux.

Quand je passais ma main sur un mur, sur le toit d’une voiture, quand je touchais quelque chose ce n’était plus des sensations c’était des milliards de sensations, c’était énorme, c’était subtil et entier à la fois : c’était fantastique.

Le plus fou c’était que mon cerveau avait compris, il suivait : je n’avais plus vraiment de fil dans mes pensées mais c’était un tout, c’était global, et parfois il se souvenait de choses qui avaient existé mais il m’en montrait que la bonne partie. Parfois je me retrouvais avec des souvenirs d’enfance, ou de Poudlard, des moments que je ne connaissais même pas, ou que j’avais oublié. Là, je me souvenais précisément d’un Noël quand j’étais petit, chez les Tennant parce que mes parents détestaient recevoir évidemment, je me souvenais de la décoration de la maison, de la banderole JOYEUX NOËL horriblement peinte par Tess qui avait deux ou trois ans et s’était contentée de jeter de la peinture par endroits, je me souvenais du repas, des chocolats, je me souvenais qu’on avait joué, je me souvenais d’être tout seul en fin de soirée avec les adultes qui discutaient, je me souvenais de l’odeur de dinde grillée, de gâteau et de cigarette dans la pièce, d’Angie qui discutait et plaisantait avec ma mère et de m’endormir assis entre elle deux, je me souvenais de la sensation merveilleuse de glisser dans le sommeil après un bon repas, au chaud, calée entre deux épaules, juste ce moment-là.

Je me souvenais de quand la neige tombait à Poudlard. Je me souvenais du soleil d’Août sur les toits de Bristol… Je ressentais toutes les odeurs, toutes les sensations. Et en marchant, là, ça sentait un peu l’humidité, le bitume, le parfum d’une cuisine ou d’une cheminée, ça m’enivrait complètement, et j’avais envie tout d’un coup de repousser tous ces souvenirs qui flottaient à la surface et apparaissaient de temps en temps, parce que je voulais être là, dans l’instant présent.

Plus j’avançais, plus c’était lumineux autour de moi : plus la nuit resplendissait, plus les lampadaires scintillaient, plus les formes bougeaient et s’éveillaient, plus le sol était mou… Plus ma respiration se calmait, je n’entendais que les battements de mon cœur, lentement, tellement paisibles… Et je compris que j’avais réussi, j’avais réussi à ne faire qu’un seul avec tout ce qui m’entourait, à devenir léger comme de l’air, à flotter, à me laisser porter. J’avais réussi… J’étais au milieu de la route, déserte, et je m’envolais enfin. Cette fois le bonheur était tellement fort qu’il  bloquait tout : aucune larme ne pouvait sortir. Je tendis mes mains devant moi, pour voir si j’étais encore bien moi ; je l’étais, elles étaient là, mais je m’effaçais peu à peu, car cette fois quand je les regardais je comprenais qu’elles se détachaient de moi et ne m’appartiendraient bientôt plus. Il me suffisait juste d’avancer encore… Encore un peu… Sur le matelas, par terre… Encore…

Je fermai les yeux.

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Dernière édition par Chuck Carlton le Sam 24 Sep - 16:02, édité 1 fois
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Rose J. Bosworth
Professeur d'Étude des Moldus & directrice de Serdaigle & psychologue



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MessageSujet: Re: Rise (Rose)   Ven 23 Sep - 19:28

Il ne faisait jamais complètement sombre à Londres. Les lumières de la ville s’étiraient jusque dans le ciel, créant cet aura orangé qui embrassait la nuit bleuté. Mais dans ce quartier plus calme où les réverbères s’espaçaient et la pollution lumineuse des bars s’amenuisait, les étoiles au-dessus s’éclairaient et parsemaient le ciel. Mais pas ce soir, pensai-je avec regret. Les nuages s’étaient amoncelés, agrippant les immeubles, la brume caressant même les arbres les plus hauts. Il faisait froid, mais c’était surtout ce vent qui griffait mon visage et me faisait frissonner. Je repensais à la chaleur du cinéma dans lequel je m’étais échappé pour la soirée, à son fauteuil rouge moelleux, et le froid se fit plus lancinant, sifflant dans mes oreilles. Mais j’aimais cette atmosphère. Peut-être était-ce la malédiction des gens mélancoliques, de se sentir chez soi dans ces moments où la brume et le silence envahissaient tout. J’avais l’impression d’être dans un lieu secret de la capitale qui ne dormait jamais, de découvrir l’envers du décor, les rues vides et calmes. Au loin, j’entendais les sirènes habituelles qui ne se taisaient jamais, et je croisais quelques personnes sur mon chemin, mais rien de plus. Je flânai, prenant mon temps, me laissant presque me perdre.

Je n’avais pas envie de rentrer. Je n’avais même pas eu envie de venir ce week-end, mais il avait bien fallu. Ma mère avait insisté, ce qui m’avait surpris au départ, car elle ne me voulait généralement pas dans les parages lorsqu’elle avait un repas mondain. Je me tenais toujours à la perfection, mais je savais qu’elle craignait que l’on me pose des questions trop personnelles. Ce n’était pas vraiment nouveau, je savais qu’elle avait honte de moi, la plupart du temps. Alors pourquoi voulait-elle tout à coup que je me joigne à eux pour célébrer le lancement d’un nouveau balai sur lequel mon père avait travaillé ? Mais j’avais rapidement compris ; les choses avaient changé, je n’étais plus la fille qui étudiait parmi les moldus et avait raté ses ASPIC, j’étais la directrice de Serdaigle ! Bien sûr, le reste n’était pas très important, professeur d’étude des moldus ou psychologue, c’en était presque risible et honteux, mais directrice de l’une des maisons de Poudlard, voilà quelque chose d’impressionnant ! Je ne sais même pas pourquoi j’avais accepté, peut-être parce que j’étais trop amorphe dernièrement pour vraiment me défendre. Après tout, je n’étais pas venue à Noël, je pouvais bien me rattraper… J’avais dit oui parce que j’étais trop fatiguée pour dire non. Pourtant, j’aurais dû savoir que ma fragilité récente n’allait pas s’accorder avec l’atmosphère étouffante et fausse de chez mes parents, et encore moins de leur petite soirée mondaine. Mais je ne voulais pas me disputer avec mes parents, avoir un nouveau conflit, entendre ma mère dire que je la décevais… Alors oui, d’accord, j’allais venir. J’allais mettre le masque qu’ils me demandaient, j’étais habituée après tout ; sourire, me tenir droite, être polie, ne pas couper la parole, ne pas rire trop fort, et si cela venait sur le tapis, ne surtout rien mentionner sur mon orientation sexuelles, mes années à Poudlard et mon séjour en hôpital psychiatrique. C’était ironique, tout de même, que mes parents aient si honte de cette partie de moi, alors que c’était eux qui l’avaient causé en grande partie.

La soirée s’était déroulée sans encombre, au plus grand bonheur de mes parents. J’avais même fait mon petit effet, lorsqu’elle avait annoncé ma profession. J’avais souri, pour faire bonne figure. A l’intérieur, je me sentais vide. Je laissai le temps passer, la vie me guidait, je suivais sans choisir, la grisaille en moi s’enracinant trop profondément et puisant toute mon énergie. Après un épisode dépressif particulièrement désagréable, j’avais dû augmenter mes médicaments, et j’essayais à présent de repasser à quelque chose de plus stable – cette période de transition n’éternisait et j’avais l’impression que m’effacer petit à petit… Alors j’avais tout fait mécaniquement, discutant avec les invités, félicitant mon père, souriant comme si tout était normal. Au fond, j’avais simplement envie de fuir.

Mais ce soir, plus rien ne me retenait chez mes parents. La soirée de la veille les avait laissés fatigués, et je crois que nous avions eu notre quota de temps familial. Par politesse, ma mère m’avait proposé d’aller dîner dans ce nouveau restaurant huppé de Chelsea, mais j’avais refusé. J’avais envie d’être seule. J’étais allée me promener, j’avais dîné près de Covent Garden avant d’aller au cinéma, à la séance de 22h30, pour voir un film dont Scarlett m’avait parlé. Au milieu de mon apathie, je m’étais fait l’étrange réflexion que j’aurais bien aimé sa présence, d’ailleurs, et partager ce moment avec elle. Mais la solitude ne me dérangeait pas, au contraire, elle me réconfortait presque. Au milieu de cette immense ville bruyante, j’occupais mon petit espace, je vivais, et ça suffisait, n’est-ce pas ?

Je tournai dans une nouvelle rue, et au loin, une silhouette marchait, légèrement éclairée. Enfin… Elle tanguait plus qu’elle ne marchait. En concentrant mon regard, je compris qu’il s’agissait d’un garçon, probablement complètement ivre, qui devait rentrer chez lui. Je fronçai un peu les sourcils, me demandant s’il allait réussir à rentrer vu son état, car il se cognait littéralement de voiture en voiture garées et marchait en plein milieu de la route. Heureusement, il n’y avait personne, mais ça me semblait tout de même une mauvaise idée… Petit à petit, je commençai à me dire que, décidemment, il n’avait pas l’air de gérer quoi que ce soit… L’instant d’après, il tomba sur le sol, comme un pantin dont on aurait coupé les fils.

J’accourais, le cœur tambourinant, et m’agenouillai à ses côtés.


- Tu m’entends ?

Je pressai ma main sur son bras. Le garçon semblait inconscient, et je le relevai légèrement, le callant un peu contre moi. Son front saignait légèrement, mais c’était surtout l’absence de couleur dans son visage qui m’inquiétait, et ses lèvres bleutés. Je compris alors que ce n’était pas l’alcool… Paniquée un instant, je posai deux doigts dans son cou, pour sentir son pouls. Il était présent, mais faible. Instantanément, je sortis mon téléphone et composai le numéro des urgences. Pas question d’attendre qu’il reprenne conscience. Gardant mon calme, j’expliquai où nous étions, et que j’étais avec un garçon qui avait perdu connaissance et semblait en plutôt mauvais état, que je m’inquiétais. Je raccrochai, et reportai mon attention sur le jeune homme qui semblait reprendre conscience le temps de quelques secondes avant de redisparaître.


- Si tu m’entends, serre ma main, dis-je d’une voix ferme, attrapant l’une de ses mains.

Il semblait complètement ailleurs. Je regardai son nez, cherchant peut-être à voir une irritation qui m’aurait confirmé la prise de cocaïne, mais il faisait sombre, et je n’étais pas sûre… Je relevai alors sa manche, espérant me tromper, mais la vérité brilla sous les lumières fatiguées de la rue. Dans le creux de son bras, des traces multiples de piqûres, qui témoignaient d’un usage régulier, et les veines qui ressortaient, rougies, un hématome aussi… Je frissonnai.


- Tout va bien. Je n’étais pas sûre qu’il entende, mais tant pis. Je suis là, et les secours arrivent. Tiens bon, ça va aller.

Je repris sa main et la serrai fort, espérant qu’il sente ma présence, et qu’elle l’ancre dans la réalité dont il semblait s’éloigner petit à petit.

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Chuck Carlton
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MessageSujet: Re: Rise (Rose)   Sam 24 Sep - 15:57

- Tu m’entends ?

(ça résonnait partout autour de moi, c'était imperceptible et à la fois très fort, j'avais l'impression que les sons rebondissaient un peu partout dans ce monde en caoutchouc, les lumières brillaient toujours au milieu de tout ce noir et en fait je ne voyais que des bulles autour de moi)

- Tess ?...

On aurait dit ma cousine, sa petite tête, ses cheveux. Ma petite cousine que je ne voyais plus trop, elle me manquait elle aussi, mais elle comprenait, au fond, pas vrai ?

Je refermai les yeux - le souvenir était encore là. La nuit de Noël, le froid brumeux, humide, dehors. Les vitre embuées, l'intérieur des Tennant décoré, la cheminée qui crépitait. Hamish au coin, qui fumait sa cigarette, pour une fois qu'il avait le droit de fumer à l'intérieur (mais aujourd'hui il ne fumait plus, plus du tout, c'était seulement quand j'étais petit). Angie qui faisait semblant que ça ne l'énervait pas, et qui papotait "mais Mandy, tu sais, blablabla" et ma mère qui, pour une fois, avait décide de ne pas être trop chiante, qui discutait aussi. Elles discutaient de choses sans importance mais les voix étaient douces et posées et aucun mot n'allait plus haut que l'autre, c'était comme une trêve, un cadeau pour un soir. Quelque part, je n'avais aucune envie de m'endormir - je me souvenais que j'avais lutté, parce que j'avais le droit de rester avec les grands, rien que moi, parce que c'était si calme, parce qu'on avait si bien mangé. Mais j'étais tout engourdi et la chaleur de la cheminée, en face, ajoutée à celle de ma tante et de ma mère de chaque côté de moi, leurs épaules à hauteur de ma tête, j'avais lutté et puis mes paupières étaient devenues tellement lourdes ! Et je m'étais assoupi tout doucement. Plus tard, des lustres après, elles avaient un peu bougé, on devait partir, Tess était debout devant moi en chemise de nuit et m'appelait "Chuck, Chuck, réveille toi" mais elle aussi elle était toute endormie, elle voulait juste me dire au revoir...

On me palpait, on me touchait les bras, on me tirait un peu - ma mère me portait pour m'emmener, et j'avais envie de me débattre pour faire comprendre que je voulais rester ici, toute la vie, dans ce petit cocon, mais je n'avais aucune force et mes membres ne me répondaient pas. Je sentis ma main retomber toute seule, sur quelque chose de dur et de froid.

Petit à petit, toutes les sensations du souvenir s'atténuaient et bizarrement une panique sourde commença à me gagner - qu'est-ce que c'était que ce bordel ?? Tout allait si bien, tout était si parfait, pourquoi j'avais l'impression que j'allais basculer, pourquoi mon coeur commençait à s'affoler ? Je sentis que je transpirais, mon front était humide et le vent était glacé, dessus. J'avais l'impression d'être sur un bateau et que tout se mettait à tanguer, très doucement, mais de manière de plus en plus rythmée, comme la gueule de bois qui arrive quand on se réveille le matin et qui se déclare une bonne fois pour toutes quand on met un pied par terre pour se lever. Quelque chose m'alertait, m'envoyait des signaux : danger - danger - danger.

Et au fond, tout au fond, il y avait cette espèce de nuage qui flottait toujours et sur lequel tout était parfait, sur lequel je voulais absolument rester, mais il s'éloignait et c'était de plus en plus difficile de le retenir.

Tout d'un coup, autour de moi, il y eut un éclair de lumière tellement brusque que ça me déchira les paupières et me transperça les yeux et mon corps voulut sursauter mais il n'en était pas capable - il ne réussit qu'à me faire mal, et je poussai un faible grognement. Je tournai la tête...

Encore un autre éclair -

un autre -

un autre...


- Tess ?!

Elle ne pouvait pas arrêter de m'aveugler comme ça, merde ?! Ils parlaient trop forts, en plus, je croyais qu'ils ne voulaient pas nous réveiller...

Mais ce n'était pas Noël et je n'étais pas chez les Tennant - ce n'était pas Tess. Brusquement, un rush d'adrénaline me traversa les veines et me fit tellement mal que je sentis tous mes muscles se contracter, enfin, alors que je me redressai en un sursaut. Quelqu'un me tenait dans ses bras, j'étais par terre, la tête me tournait, j'avais envie de gerber. Qu'est-ce que c'était que ce délire ?! Et surtout, qu'est-ce que cette putain d'ambulance foutait là ?!?!


- Laissez-moi tranquille, dis-je en essayant de me dégager.

Non mais, ils étaient sérieux ? Ils comptaient m'emmener, là ?! Pourquoi ?! Et de quel droit ?! J'avais juste pris un peu trop de trucs, peut-être, je m'étais à moitié endormi dans la rue, et alors ?! C'est bon - j'étais réveillé, j'allais rentrer chez moi, et tout le monde serait content, pas besoin de réveiller toute la ville non plus, merde à la fin ! La personne en question me tenait la main et me tenait contre elle et j'avais tellement l'impression qu'on me prenait en charge contre mon avis que je tentai encore une fois de me relever et de me dégager, mais je n'avais pas calculé que l'effort était trop intense et ma tête se déchira en deux tandis que mon estomac prit la sympathique décision de remonter dans ma gorge - et je rendis sur le bitume tout ce que j'avais avalé au cours de ces dernières heures. Super. Voilà qui allait jouer en ma faveur.


- Ça va aller, foutez-moi la paix, je veux pas y aller, répétai-je en sentant tout mon corps trembler. Encore quelques secondes et j'allais retomber dans les pommes, je le sentais...

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Rose J. Bosworth
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MessageSujet: Re: Rise (Rose)   Dim 25 Sep - 15:52

Le temps était toujours différent, dans ces instants, élastique, trop long et trop court. Il était suspendu, tout comme je l’étais aux lèvres tremblantes et bleutées du garçon, à la recherche d’un mot, d’un souffle, pour être sûre qu’il était là. Il prononça quelque chose que je ne compris pas, avant de retomber mollement dans mes bras, comme s’il s’endormait. Mais je savais bien qu’il ne fallait pas qu’il ferme les yeux, surtout pas trop longtemps, et j’essayais de le secouer doucement pour qu’il reste avec moi. Il fallait que les secours se dépêchent, ils prenaient trop de temps et nous en manquions, les minutes s’étiraient beaucoup trop, mais l’adrénaline dans mes veines me rendait alerte, comme si tout se passait trop vite ; voilà, la consistance du temps semblait incompréhensible tout à coup. Je regardai le garçon, dont la tête bougeait tandis qu’il marmonnait des choses. Il avait l’air jeune, beaucoup trop jeune pour être allongé sur le sol avec des marques dans les veines. Peut-être était-ce aussi cette pâleur terrible qui le rendait plus fragile et jeune, mais j’étais persuadée qu’il devait avoir à peine vingt ans. Il semblait plus petit, même, dans mes bras. Il me faisait penser à un enfant, et en moi grondait un instinct de protection. J’avais peur aussi, comme si à l’intérieur de moi un petit animal craintif s’était roulé en boule. Pourtant je connaissais tout ça… La drogue, la vie fragile, la mort toute proche. C’était peut-être ça, d’ailleurs, qui me rendait terrifiée au fond. Je raffermis ma prise autour du garçon. Je ne voulais pas qu’il overdose là, dans mes bras, dans cette rue perdue, loin de tout. Pas comme ça.

Je revis mes soirées à Poudlard, les petites pilules que j’enchaînais et me libéraient un instant de tout ce qu’il y avait en moi, de cette noirceur trop lourde contre laquelle je ne savais pas lutter. C’était comme un cri, dans la nuit qui m’engloutissait, un cri qui me faisait me sentir vivante. Etait-ce ce que ce garçon cherchait aussi, se sentir vivant, malgré tout ? La tristesse me prit à la gorge, et je frissonnais. Au loin, j’entendais des sirènes. Il y en avait toujours tant dans Londres que j’étais incapable de savoir si elles nous étaient destinées.


- Reste avec moi, murmurai-je en secouant un peu le garçon qui semblait s’éloigner de plus en plus. Reste avec moi.

Il faisait froid, et le garçon transpirait mais grelottait en même temps, et j’ouvris mon manteau pour l’envelopper à moitié dedans. Si les secours n’arrivaient pas bientôt, j’allais l’enrouler dedans et le mettre en position latérale de sécurité. Nous étions toujours en plein milieu de la route, mais j’avais peur de bouger, je sentais bien que le garçon n’était pas en état de se déplacer. Je me mis à chercher dans ses poches à la recherche d’un portefeuille, pour peut-être trouver son prénom, quelque chose, mais il n’y avait que des clefs, quelques pièces, et un vieux téléphone éteint, visiblement sans batterie. Je n’avais aucune information, personne à appeler… Je me demandai si, comme la plupart des addicts, il était complètement coupé de sa famille et de ses amis, et à quoi ressemblait sa vie, mais heureusement j’entendis une sirène se rapprocher, et je compris qu’enfin les secours arrivaient, que je n’avais plus le temps de réfléchir ; il fallait agir.

L’ambulance freina, les lumières des phares nous éclairant vivement, il y avait toujours le son de la sirène, plus proche cette fois. Deux personnes descendirent, claquant les portières, et s’approchèrent, s’agenouillant près de nous. L’une d’elle était une femme au visage doux et rond, et elle me rassura instantanément.


- Il est inconscient depuis combien de temps ? Sa voix était ferme, avec un accent hispanique, mais ses yeux étaient doux. Son collègue prenait le pouls du garçon, un regard sur la trotteuse de sa montre, comptant.
- Il reprend conscience quelques secondes de temps en temps, puis il sombre à nouveau… Je crois qu’il est en train de faire une overdose d’héroïne, il y a des traces de piqûre sur son avant-bras, expliquai-je, espérant que le peu d’informations que j’avais puissent accélérer les choses et l’aider.
- Vous savez s’il a consommé autre chose ?
- Je ne le connais pas, je marchais derrière lui quand je l’ai vu s’évanouir. Je ne sais même pas son prénom.
- Son poul se ralentit, il va falloir l’amener, je pense que –

Mais l’homme fût coupé, car dans mes bras, le garçon sursauta, reprenant tout à coup conscience. Il avait prononcé un prénom – Tess – et il semblait complètement perdu tout à coup. Il redescendait de son trip, je le savais, et il était complètement dérouté.

- Laissez-moi tranquille.

Il commença à se débattre, me prenant par surprise, mais il était beaucoup trop faible pour avoir des forces, et je vis bien que tout tournait trop, car lorsqu’il se releva, son corps sembla retomber en même temps, et tout se passa vide – l’instant d’après, il vomissait, tremblant.

- Ça va aller, foutez-moi la paix, je veux pas y aller.

J’allais protester vivement, mais une nouvelle fois, tout se passa trop vite, et le garçon retomba mollement dans mes bras. Je regardai les deux ambulanciers, inquiète, mais ils semblaient habitués. L’homme se leva pour aller chercher le brancard, et en quelques gestes habiles, ils hissèrent le garçon dessus, et l’installèrent à l’arrière de l’ambulance. Il y eut un moment de flottement, où je sentis qu’ils me regardaient, se demandant peut-être si je voulais venir.

- Je peux l’accompagner ? Demandai-je, le cœur battant. Je me sentais responsable maintenant.

Heureusement, ils acceptèrent, et je me retrouvais assise à l’arrière, à côté du garçon, tandis que la femme commençait à préparer des choses, fourrageant dans les tiroirs. L’ambulance allait vite, mais la femme ne semblait pas se formaliser des mouvements, et elle sortit de quoi faire une prise de sang. Le garçon était toujours inconscient, et lorsqu’elle releva sa manche, elle eut un air à la fois lasse et attristé, devant les petites traces qui jonchaient les veines, signe qu’il n’en était plus à sa première piqûre. Je me rendis compte que j’avais pris la main du garçon, et que je la serrai malgré moi. L’ambulancière plaça le garrot, attendit que l’ambulance tourne, et d’un geste précis, planta l’aiguille dans le bras. Il y eut une demi-seconde, et le garçon bougea, reprenant conscience.


- Ne t’agite pas trop, tu es trop faible, lui dis-je avant même qu’il commence à se débattre comme tout à l’heure. Tu es en train de faire une overdose, il faut qu’on t’amène à l’hôpital. Je voulais qu’il comprenne qu’il ne pouvait pas juste partir comme ça, parce qu’il en avait marre, et qu’il était véritablement en danger. Je m’appelle Rose, je t’ai vu perdre connaissance dans la rue. Ne t’inquiète pas, on veut juste s’assurer que tu sois hors de danger, tu pourras partir ensuite.

C’était techniquement vrai, l’hôpital ne pourrait pas le garder contre sa volonté. L’ambulancière, qui était en train de désinfecter la plaie sur le front du garçon, me lança un regard. Je savais qu’elle pensait comme moi, qu’elle espérait qu’au fond, il allait comprendre qu’il avait besoin d’aide, et qu’il resterait un peu plus longtemps, pour faire un sevrage, s’arrêter… Mais nous connaissions toutes les deux la réalité. Les addicts choisissaient rarement de s’en sortir aussi facilement.


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MessageSujet: Re: Rise (Rose)   Mer 28 Sep - 18:06

Le trou noir, et puis plus rien.

Tellement plus rien que quand je repris connaissance mon corps entier me semblait lourd comme du plomb, on m’aurait appris que je sortais d’un coma de cent ans je l’aurais carrément cru, ou bien qu’on en avait profité pour m’ouvrir le crâne, ça marchait aussi. Tous mes muscles étaient tétanisés, je me sentais enfermé dans un sarcophage – j’eus l’impression que je ne pouvais même pas respirer, que juste c’était impossible, mon corps refusait, ça ne marchait plus, plus rien ne répondait.

C’était comme dans les films : le plafond de l’ambulance, elle roulait, les lumières à la fois trop blanches et trop éblouissantes, les bruits d’ustensiles médicaux, la sirène, les à-coups de la route, et moi allongé au milieu de tout ça comme un abruti, et je ne sais pas qui à me tenir la main et à me parler.

C’était qui, au juste, cette meuf ? Je l’avais prise pour Tess mais elle ne lui ressemblait pas du tout et je ne la connaissais pas, et même avec ma vision trouble je ne voyais aucune ressemblance avec qui que ce soit.

On me piquait le bras – je connaissais bien la sensation, maintenant.


- Ne t’agite pas trop, tu es trop faible. Tu es en train de faire une overdose, il faut qu’on t’amène à l’hôpital. Je m’appelle Rose, je t’ai vu perdre connaissance dans la rue. Ne t’inquiète pas, on veut juste s’assurer que tu sois hors de danger, tu pourras partir ensuite.


Perdre connaissance dans la rue ? Une overdose ? À l’hôpital ?

Trop d’informations, trop de stress, je ne comprenais pas un mot sur deux, et cette meuf me dévisageait comme si j’étais son fils et je ne la connaissais pas et je me foutais bien qu’elle veuille m’aider, je n’avais rien demandé, moi. Je ne voulais même pas monter là-dedans, je leur avais dit, je me souvenais maintenant. J’essayais de repousser sa main mais je n’avais aucune force, et je sentis que plus j’essayais de me débattre dans le vide, plus ma vision se faisait trouble, plus les battements de mon cœur étaient douloureux. J’avais encore envie de gerber, et surtout, je sentais que je pouvais encore tomber dans les pommes d’un instant à l’autre, de plus en plus haut, de plus en plus fort.


- Je veux pas être là, je veux sortir – c’était les premiers mots que je réussissais à dire et j’avais espéré hurler ça, me lever et me tirer, mais au lieu de ça je ne bougeai pas d’un pouce et tout ce que j’entendis fut une pauvre petite voix de merde venue d’outre-tombe.

Je fermai les yeux.

J’avais un goût dégueulasse dans la bouche, comme du sang, la tête qui explosait à chaque chaos, mal dans tout mon corps et dans toutes mes veines, l’estomac en vrac, et surtout le cœur complètement paniqué, ce qui me paraissait paradoxal parce que tout mon système était ralenti, je le sentais bien vu comment j’étais à moitié dans les vapes et nauséeux. Mais une chose était certaine : je ne voulais pas être dans cette putain d’ambulance, je ne voulais pas que cette connasse d’infirmière continue à me piquer le bras, je ne voulais pas atterrir dans un hosto où tout serait brutal et violent et où on me ferait la morale, je ne voulais pas que Rose continue à me regarder comme ça et à me couver du regard, je ne voulais pas, je voulais qu’on me laisse tranquille, un point c’est tout. Et à la fois quelque chose m’échappait complètement : mon corps ne répondait pas, mes gestes étaient figés, je ne pouvais pas parler, pas me lever, pas me rebeller, je ne pouvais rien faire, ni fuir, ni accepter, ni exister, j’étais juste un putain de corps allongé là au milieu de ces gens qui s’inquiétaient pour quelque chose dont je n’avais rien à foutre. Alors, tout d’un coup, je me sentis tomber pour de bon et mon cœur s’effondra sur lui-même et l’angoisse totale arriva, bam, d’un coup : mes entrailles étaient devenues comme du béton, je sentis que je me mettais à transpirer comme un malade, que tout mon corps se crispait, que j’allais mourir, c’était sûr, mon cerveau paniquait totalement, je ne comprenais plus, plus rien, rien du tout, qu’est-ce que c’était que ces gens, qu’est-ce que c’était que cet endroit, que ce type qui conduisait mal, que ce voyage trop long, c’était une embrouille, ce n’était même pas des vrais infirmiers, et cette meuf qui me tenait la main ?! Je cherchai son regard, complètement paniqué : elle me regardait toujours et elle avait l’air inquiète mais pas méchante, et si elle aussi elle était dans le coup ?! Je n’arrivais plus à respirer cette fois, plus du tout, et autour de moi les lumières et les sons s’agitaient de plus en plus et quelque chose faisait bip-bip-bip-bip de plus en plus rapproché et de plus en plus fort et je savais que c’était moi, que ça n’allait pas, je le sentais, qu’est-ce que je pouvais faire ?! Rien du tout, je voulais juste respirer, de l’air, de l’air frais, pourquoi on ne me laissait pas sortir ? Mes poings s’étaient crispés d’un coup et je devais lui broyer la main mais je ne pouvais pas m’arrêter, j’étais tétanisé, terrifié, j’avais l’impression qu’on avait pris ce que je m’étais injecté, qu’on l’avait mis en négatif et injecté de nouveau : c’était la panique totale, complète, la paranoïa absolue, je me sentais tellement mal moralement et physiquement que j’aurais pu vomir toutes tripes et mourir, j’avais envie de crier mais aucun son ne pouvait sortir de ma bouche.

L’idée me vint que si c’était comme ça que j’allais crever j’aurais préféré en plein shoot pour au moins me sentir bien, et pas comme une merde comme maintenant.

J’avais envie de demander de l’aide, de les secouer tous, parce que l’infirmière était contre moi et me parlait et m’interpellait et me faisait je sais pas quoi et essayait de calmer ma respiration mais sérieusement, si j’en avais été capable, elle ne croit pas que je l’aurais fait ?!

Les yeux de Rose étaient mon seul point fixe au milieu de tout ça, et je me rendis compte qu’on ralentissait – qu’est-ce qui allait arriver ?! – et je continuai à la fixer en essayant de toutes mes forces de me concentrer sur ma respiration, en espérant qu’elle ne me laisse pas tomber, et qu’elle ne lâche pas ma main.

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Rose J. Bosworth
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MessageSujet: Re: Rise (Rose)   Jeu 29 Sep - 23:54

Il faisait chaud, dans l’ambulance, comme si l’air était lourd et épais autour de nous. Sur le front du garçon, des goûts de sueurs perlaient, mais je me demandais s’il avait chaud ou au contraire terriblement froid, mais je me fis la réflexion qu’il devait probablement lui-même ne pas savoir. Je repensais aux bad trips que j’avais eus, plusieurs fois, à Poudlard, et je frissonnai sous mon manteau. La façon dont tout se contractait et se ramollissait en même temps, comme si mes organes allaient couler hors de mon propre corps, ou se diluer dans mon sang, l’impression qu’un voile était tombé partout autour de moi, tout noir, terrifiant, l’envie de vomir, de mourir surtout, les tremblements, le crâne qui allait exploser… Ce sentiment terrible d’avoir été trahi par le seul refuge qu’on connaissait, l’euphorie des petites pilules et de la poudre, le glissement vers cette réalité où tout était vaporeux. Rien ne me faisait plus peur dans ces moments, et c’était peut-être ça le plus effrayant, finalement. Je n’avais plus eu aucun filtre, mon corps n’avait plus été cette barrière et cette cage ; danser, rire, coucher, boire, tout était possible puisque j’étais libre. Peu importe les bad trips, à chaque fois, on y revenait… En regardant le garçon allongé dans le brancard, je me demandai si j’aurais été capable d’aller si loin, moi aussi. Aurais-je pu planter une aiguille dans mon bras si on m’avait promis d’être enfin libérer de tout ce qui me suffoquait ? Je me crispai, le cœur lourd. Je n’étais pas sûre de vouloir savoir la réponse.

- Je veux pas être là, je veux sortir.

Sa voix était si faible que je l’entendais à peine, il avait la mâchoire si crispée que j’avais l’impression qu’il allait s’en casser les dents. Je voulus répondre, mais à nouveau le garçon ferma les yeux, et je sentis qu’il perdait à nouveau conscience, ou qu’il se déconnectait ; je jetai un regard apeuré à l’infirmière qui s’était mis à monitorer ses signes vitaux. Elle semblait concentrée, calme, et j’essayai de m’accrocher cette aura stable qu’elle dégageait. L’ambulance continuait sa course, et je me demandai dans quel hôpital nous allions aller, ayant une pensée pour Sainte-Mangouste, me demandant comment les médicomages auraient géré une telle situation, et s’ils pouvaient avoir des solutions plus efficaces… Peut-être sur le coup, certes, mais je savais que le réel problème n’était pas physique, mais bien mental. Aucune potion ne pouvait soigner le comportement addictif, pas plus qu’un médicament moldu…

La main du garçon se crispa, serrant la mienne plus fort, et je me reconcentrai sur son visage, réalisant que son expression avait changé. Tout à coup, il semblait terriblement présent, ses yeux bougeant dans tous les sens, et les battements de son cœur se mirent à s’emballer, me faisant comprendre trop tard qu’il était en train de complètement perdre pied et paniquer. La suite alla vite, l’infirmière lui demandait de se calmer, tout en demandant à son collègue d’accélérer, qu’un rythme cardiaque aussi rapide était dangereux, et je me sentais parfaitement inutile et effrayée de faire quelque chose de mal. Je connaissais pourtant ces situations, j’aurais dû savoir quoi faire, non seulement j’étais psychologue mais j’avais aussi vécu assez de crises d’angoisses pour en reconnaître et savoir faire le nécessaire, et le garçon me regardait, comme si j’étais un point de repère, mais il avait l’air terrifié, tout se propageait en moi, faisant palpiter mon cœur aussi…

J’inspirai un grand coup. Je ne pouvais pas paniquer aussi. Je me penchai vers lui, ne lâchant pas son regard.


- On est dans l’ambulance, tout va bien se passer, on arrive bientôt, je te promets qu’on arrive bientôt et que ça va aller mieux. Je sais que tu as peur mais il faut que tu restes avec nous, que tu restes présent… Regarde-moi, je suis là, je ne vais nulle part, et tout va bien se passer. C’est l’héroïne qui te fait paniquer ainsi, mais je te promets que tout va bien, ils vont t’aider à l’hôpital. Essaie simplement de respirer du mieux que tu peux en attendant. Voilà, respire, comme ça… Rappelle-toi, tu es vivant, tu vas t’en sortir, promis. Ma voix était calme, ferme, et je continuai ainsi, cherchant à ramener le garçon dans le présent, à le calmer. Mais le bip continuait toujours, trop rapide et trop vif, résonnant dans l’ambulance trop petite qui m’étouffait. Reste avec moi. Regarde, tu es là, tu sens ma main dans la tienne ? Concentre-toi sur ça. Respire avec moi, inspire, expire… Voilà, regarde, inspire… Puis expire… Tu t’en sors très bien, dis-je, et de ma main libre, tout doucement, je caressai ses cheveux, comme je l’aurais fait avec un enfant. L’ambulance freina finalement. Nous étions arrivés. Voilà, regarde, on est arrivé. Tu as réussi. Je suis fière de toi.

La porte de l’ambulance s’ouvrit, le brouhaha des urgences nous envahissant, et à contre-cœur, je lâchai la main du garçon.

***

Je me redressai sur la chaise en plastique, massant mon cou douloureux. La lumière artificielle de l’hôpital faisait ressortir les veines de mes mains et mes avant-bras pâles ; je me frottai les yeux, la fatigue alourdissant mes paupières. Mes parents devaient déjà être réveillés, et je me demandai s’ils avaient remarqué mon absence et s’ils s’inquiétaient. J’eus un sourire amusé et amer. Probablement pas. J’avais passé la fin de la nuit assise dans cette salle. Parfois, quelqu’un explosait en sanglot à l’arrivée des docteurs, et parfois, c’était une explosion de joie. Je vis passer des jeunes ivres et amusés de la dernière bêtise qui les avait menés aux urgences, des parents terrorisés par la poussée de fièvres de leur nouveau-né, des personnes âgés à la respiration et la démarche difficiles, des médecins en blouse blanche et des infirmiers qui rigolaient à la pause-café pour se remonter le moral. C’était un environnement déstabilisant, où j’avais l’impression que tellement de choses se jouaient, et je n’étais que toute petite au milieu de tout ce mal-être et ces espoirs terribles.

L’un des médecins m’avait prévenu que le garçon s’était stabilisé, et m’avait dit que je pouvais rentrer. Il semblait étonné que je reste pour quelqu’un que j’avais littéralement trouvé sur le sol dans la rue, mais je n’avais pas oublié mes mots – « je ne vais nulle part » - et je comptais bien les honorer.

Je le vis au loin dans le couloir, aussi pâle que la lumière blanchâtre, le corps tout frêle, le bas de son pull encore sali de quelques tâches de vomi. Je me levai, le cœur battant – il partait déjà ?! – et m’approchai de lui. De près, je pouvais voir que ses lèvres étaient encore bleutées.


- Bonjour, dis-je d’une voix hésitante. Tu… Tu pars déjà ? Je me sentis tout à coup un peu stupide. Je ne connaissais même pas ce garçon. Je sais qu’on ne se connait pas, mais tu sais, ils pourraient vraiment t’aider ici. Je sais que c’est compliqué mais… Plus tu continues plus ça sera difficile de faire demi-tour, lâchai-je, un peu mal à l’aise, mais ferme.

Je ne voulais pas lui faire peur, et je savais que je ne pouvais pas le forcer, mais je ne pouvais pas simplement le laisser repartir comme ça, sans avoir dit quelque chose, sans avoir au moins essayé. Je voulais juste lui dire, s’il te plait, s’il te plait ne va pas au bout, ne va pas au fond, parce que je savais qu’un fois là-bas, la seule façon de s’en sortir semblait simplement de disparaître complètement.

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MessageSujet: Re: Rise (Rose)   Dim 2 Oct - 16:10



https://www.youtube.com/watch?v=9MUA9hoDa40



Il faisait trop clair pour que je ne me rende pas compte qu’il faisait jour – un jour blanc et lumineux qui me déchirait les yeux avant même que j’ouvre les paupières. Autour de moi, ça sentait le désinfectant, le plastique, et cette odeur tellement caractéristique des hôpitaux. Je savais très bien où j’étais, je m’en souvenais, et mon corps avait la bonne ide d’être tellement douloureux de partout que de toute façon, je n’aurais pas pu oublier. C’était vague, tous mes souvenirs – je ne savais même pas s’ils étaient dans le bon ordre. Mais je revoyais la rue, l’ambulance, le visage de cette femme qui me parlait, la panique complète, le trajet, des mots, des bruits, l’arrivée, la peur, les lumières. La nuit, ensuite, avait été assez simple : je devais être tellement mal qu’on m’avait filé un remède de cheval et j’avais dormi comme une masse, complètement assommé. Ils avaient mis un truc dans ma perfusion, quelque chose que le médecin m’avait expliqué alors que je m’évanouissais à répétition : une substance qui atténuait le manque et qui trompait le cerveau ou je sais pas trop quoi, la descente était moins rude, on évitait la crise de manque, tout ça tout ça. Mais, bien sûr, c’était TEMPORAIRE ; il l’avait répété sur tous les tons et à chacune de ses visites et les infirmières aussi, histoire d’être certain que j’avais bien reçu le message, T-E-M-P-O-R-A-I-R-E. Si je m’en sortais aussi bien, c’était grâce à ça ; j’allais pouvoir partir et retourner d’où je venais, et basta.

… Mais non. C’était trop beau, évidemment. C’était compter sur le fait qu’on allait me foutre la paix ce qui, on l’aura bien compris, n’était clairement pas l’humeur du moment.


- Nous avons toutes sortes de programme pour vous aidez, si vous le désirez. Nous vous avons apporter tous les prospectus disponibles à l’hôpital, les organismes vers qui se tourner, les associations, les personnes à contacter pour toutes vos questions… Bien sûr, c’est gratuit, nous voulons vous aider si vous voulez vous en sortir, et souvenez-vous que vous avez été chanceux et que ce qui vous est arrivé hier soir va se reproduire si vous ne réduisez pas, et blablabla, et blablabla…


Qu’est-ce qu’ils croyaient, tous ?

Que j’étais un abruti ? Que je ne savais pas gérer mes doses, que je ne faisais pas attention ? Que ça m’éclatait de passer mes nuits à l’hosto, que je n’allais pas faire gaffe à l’avenir ? Qu’est ce qui leur faisait croire que j’avais envie de les écouter, d’accepter leur aide ? Ils ne me connaissaient pas, je ne les connaissais pas, je ne me permettais pas de leur donner des conseils sur leur putain de vie. Ils ne savaient rien de moi, rien. C’était MA vie et j’avais merdé, ok, mais ça n’allait pas recommencer. Le reste, leurs prospectus et tout le bordel, ils pouvaient bien se les mettre où je pensais.

Je n’avais rien dit pour autant, j’avais pris leurs machins, j’avais suivi les derniers conseils de tout le monde, empoché les médocs, signé les papiers, tout ça. Je voulais partir et vite, sans histoire, et je savais qu’il fallait que j’accepte et que j’acquiesce et tout irait bien plus vite.

La vérité, c’est que je me sentais épuisé, complètement vidé, comme si j’étais passé sous un camion et que tout l’intérieur de mon corps avait été broyé. Je n’avais pas envie de parler, de m’opposer à qui que ce soit, de négocier, n’importe quoi. Je voulais juste partir, rentrer chez moi, me mettre au lit et dormir et ne plus rien faire de toute ma vie. Je savais très bien ce qui se passait : leurs médocs ne pouvaient pas tout gérer, et si ils aidaient mon corps à tenir pour l’instant, la descente était là et bien là. Je la sentais dans ma tête : elle pulvérisait tout sur son passage, et rien ne pouvait lui résister. Aucune pensée, aucun sentiment. Alors voilà : signer les papiers, dire merci, dire oui à tout ce qu'ils me disaient, et fuir, et rentrer chez moi, et m'écrouler dans un lit, et on verrait plus tard. J'avais un peu l'impression de sortir de prison, déjà parce que j'avais été dans un endroit où je n'avais pas voulu aller, ensuite parce que tout le monde me jetait des regards moralisateurs parce qu'ils savaient ce que je faisais, et aussi parce que je me sentais assez con et très bizarre en signant les derniers papiers et en m'apprêtant à quitter l'hôpital : je n'avais rien sur moi, pas de sac, rien, juste mes fringues de la veille et mes clefs, je partais comme un voleur, et j'eus la très ferme impression de ne plus savoir qui j'étais du tout. C'était la première fois, et c'était étrange. Mais je savais que ce n'était que le début, et que je me détachais de moi peu à peu.

En traversant le hall, je la vis : la fille d'hier, Rose. Elle venait vers moi. J'aurais pu être soulé qu'elle ne me lâche pas la grappe, mais la première pensée qui me frappa fut qu'elle avait attendu toute la nuit ici pour un pauvre type qu'elle ne connaissait même pas...

- Bonjour. Tu… Tu pars déjà ? Je fis oui de la tête - visiblement, oui, je partais. Je sais qu’on ne se connait pas, mais tu sais, ils pourraient vraiment t’aider ici. Je sais que c’est compliqué mais… Plus tu continues plus ça sera difficile de faire demi-tour, reprit-elle.

Elle aussi.


- Je sais, coupai-je court. Merci pour hier soir, c'est vraiment gentil et, euh... Merci d'avoir attendu. Moi, c'est Chuck, dis-je en me disant que je pouvais au moins lui serrer la main.

Elle la serra et me donna son nom entier : Rose Bosworth. Ainsi qu'une carte, avec un numéro de téléphone. Au cas où.


- Merci pour tout, répétai-je.

Et je la laissai là, quittant l'hôpital, à la recherche du premier arrêt de bus qui pourrait m'enlever d'ici et de me rapprocher de ma piaule. Dehors il faisait gris, le ciel était blanc, et jamais la lumière du jour ne m'avait parue si agressive.




Cause all my life is wrapped up in today
No past or future here
If I find my name's no good
I just fall out of line

But I miss you
But there's no comin' home
There's no comin' home
With a name like mine
I still think of you
But everyone knows
Yeah everyone knows
If you care then let it go




(Fin)

_________________

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