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"I kept running for a soft place to fall." [S.]

 
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 "I kept running for a soft place to fall." [S.]

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Apple Hunt
Élève de 6ème année



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Particularités: Je suis un ninja.. Si, regarde ce que je viens de faire ! ... tu n'as rien vu ?... justement... B-)
Ami(e)s: Hé ! Hé ! Scott ! Scooott ! Reviens, j'ai un truc à te montrer...
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MessageSujet: "I kept running for a soft place to fall." [S.]   Sam 19 Mar - 18:38

« Se sentir étranger ». Les mots de Scott ne m’avaient plus quittée depuis que nous avions parlé dans la tourelle. C’était comme un murmure constant, qui revenait sans que je fasse attention. Quand j’avais reçu une lettre de mon père, le murmure s’était intensifié. C’était exactement ça, avais-je pensé devant la lettre. J’avais l’impression d’être une étrangère face aux mots de mon père qui me semblaient résolument transparent sur le parchemin. Mais la sensation se propageait. Quand je déjeunais avec mes amis, quand j’étais en cours, j’avais toujours l’impression d’être légèrement à l’extérieur, comme si je n’étais plus vraiment présente. J’étais là physiquement, pourtant, mais c’était comme si mon esprit était devenu ce narrateur omniscient, qui flottait au-dessus de ma tête, et me décrivait ce qui se passait. Je me sentais de plus en plus seule. Heureusement, j’avais remarqué qu’en étant seule avec quelqu’un, ou plutôt dans un petit groupe, la sensation s’atténuait nettement – peut-être que je fondais dans la masse, autrement ? Quand j’étais seule avec Serghei et Alec, ou avec Scott, j’avais l’impression de revenir un peu dans le présent. Mais toujours, au fond de moi, j’avais l’impression d’errer, d’être étrangère à ce qui m’entourait ; tout ce que je voulais, c’était retrouver ma maison, mon chez-moi, mais il avait disparu depuis la mort de Maman. Je me sentais déracinée et sans cesse épuisée, comme si je ne pouvais jamais trouver un refuge où calmer mes tourments. 

J’avais un seul espoir, que j’admettais à demi-mot : mes grands-parents. Depuis leur lettre de Noël à laquelle j’avais répondu, nous nous étions échangés deux ou trois lettres, et ça me faisait du bien, mais en même temps… Je n’étais pas sûre. Et si même avec eux, je ne retrouvais jamais cette sensation d’être sereine que j’avais quand j’étais chez moi, avec Maman ? Et si c’était perdu pour toujours ? Pire encore, et si je la retrouvais pour la perdre ensuite ?! Je n’étais pas bête, mes grands-parents n’étaient pas tout jeunes non plus… C’était le destin, n’est-ce pas ? Ils finiraient par mourir. Comme Maman. Comme tout le monde. Pourtant, avant, ça ne me faisait pas peur. Pas plus que ça. La mort était un concept lointain, flou… Naturel, même. Je crois que la dégringolade avait commencé avec Coop. Je me souvenais de combien j’en avais été triste et malade, parce que c’était tellement injuste, il avait mon âge, c’était mon ami, mais surtout, c’était tellement quelqu’un de bien ?! Parfois, quand je pensais à lui, la réalité de son décès me revenait en pleine figure, comme si c’était tellement improbable que j’avais oublié, et que je m’en rappelai d’un coup, comme ça. Puis il y avait eu Maman, évidemment. Depuis, j’avais l’impression que c’était un peu partout, malgré moi. Même lorsque Scott avait évasivement évoqué qu’être Auror l’intéressait, j’avais ressenti quelque chose d’étrange, d’inexplicable. C’était comme si ça m’avait mise en colère, parce que être Auror était dangereux et je ne comprenais pas, Scott voulait se tuer lui-même ou quoi ?! Mais en même temps, je n’arrivais pas à croire que c’était ma première réaction à l’évocation d’être Auror : mourir. Avant la mort de Maman, j’aurais sûrement pensé d’abord à l’aventure, aux défis, ce genre de choses. Maintenant, c’était une ombre différente qui planait… Pour peu, je me sentais presque étrangère à moi-même. 

Toutes ses pensées s’emmêlaient dans mon esprit, et j’écoutai d’une oreille distraite ce qui se passait autour de moi. Assise sur l’un des canapés des Trois Balais, je sirotai un soda pêche-framboise tandis que mes amis discutaient tranquillement. Même Serghei essayait de se joindre à la discussion. Il était question d’une soirée le soir-même, et de qui viendrait. J’hésitais, réfléchissant à la possibilité de sortir un peu, d’essayer de me changer les esprits. Après tout, je pouvais sûrement faire mieux que rester dans mon lit un samedi soir. Mais en même temps, je n’avais pas envie de me retrouver dans une foule, pour me sentir à nouveau déconnectée, un peu comme un alien…

- Apple ? Apple ? Je secouai ma tête, me reconcentrant sur Ridley qui me regardait. Je lui fis un signe de tête, murmurant un « hmmmoui ? » Tu veux venir, ce soir ?
- Euh, je sais pas encore, j’ai le devoir de potions à finir, et vu comment j’ai raté le dernier examen… Il y eut un silence presque inconfortable et je remarquai un regard échangé entre Ridley et Serghei
- Je peux te donner le mien, dit Serghei, en me regardant comme si il avait peur que j’éclate comme un ballon de baudruche. Enfin je veux dire, tu peux me copier si tu veux.

Je le dévisageai. Serghei me proposait de me donner son devoir ?! Serghei, qui était connu pour deux choses, son niveau en potions et sa haine de la triche, me proposait de littéralement me donner son devoir ?! Il me regardait, avec un sourire timide et inquiet. A l’intérieur de moi, quelque chose se mit à se compresser désagréablement. Je savais très bien pourquoi il proposait. A n’importe qui d’autre, il aurait proposé de l’aide, il aurait conseillé des livres utiles pour les recherches… Mais non, moi, il me proposait de me laisser le copier, de me prémâcher le travail. Parce que j’étais pauvre petite Apple fragile et triste, il me prenait en pitié… Comment ne pouvais-je pas me sentir étrangère quand mes propres amis me traitaient comme si j’étais radicalement différente ?! Même Serghei ?! Pourtant, il me connaissait ! Il savait que je n’aimais pas non plus la triche, que j’adorais quand il m’aidait à travailler et m’apprenait des choses ! Mais non, parce qu’il ne savait pas comment m’atteindre, comment m’aider, il en était réduit à me refiler ses devoirs ?!

- Non, ça ira, je préfère faire toute seule, répondis-je d’une voix plate avant de me lever. Je vais aux toilettes, lâchai-je, sentant que ma propre voix était à présent lointaine. J’avais les tympans qui bourdonnaient. 

Je pénétrai dans la petite salle d’eau où se trouvaient des lavabos et les deux portes pour accéder aux toilettes – l’un était hors d’usage depuis des mois et le verrou vert de l’autre indiquait qu’il était libre. Je poussai un soupir, soulagée d’être seule, sentant que ma colère remontait en moi comme de la bile que je pouvais à présent recracher en paix.

- Tu veux mon devoir, Apple ? Dis-je en imitant l’accent slovaque de Serghei très grossièrement, sans me préoccuper de si c’était méchant ou non. Oh, oui Serghei, et pendant qu’on y est, donne-moi tous tes devoirs, puisqu’après tout, c’est vraiment la seule façon de m’aider ! Comme c’est gentil ! Je m’aspergeai le visage d’eau, cherchant à reprendre un peu mes esprits. Je jetai un coup d’œil à mon reflet dans le miroir. J’avais coupé mes cheveux qui m’arrivaient à présent juste en-dessous des épaules, et ils avaient une nouvelle couleur, un joli châtain-roux un peu foncé. Sans mon blond platine, je ne voyais presque plus Maman dans mon reflet. Non mais sérieusement, Serghei, me laisser le copier, tu le crois ça ? Pestai-je. C’est tellement pas son genre ? Et il me connait, il sait que c’est pas mon genre non plus, de prendre un devoir tout fait ! Pfff, ça fait des semaines qu’il m’évite à moitié, et la seule chose qu’il trouve à faire pour essayer de m’aider c’est agir comme un crétin ? 

M’aidant de mes mains, je m’hissai sur plan en bois où se trouvaient les lavabos, m’asseyant entre les deux. Je balançai mes jambes dans le vide, marmonnant quelques mots dans ma barbe, pestant toujours. Depuis quelques temps, j’avais pris l’habitude de parler à voix haute, quand j’étais seule, pour m’adresser à Maman, comme si elle était à côté. Je repris alors à voix un peu plus basse, de peur qu’on m’entende de l’extérieur.

- Je comprends pas comment je suis censée me sentir bien avec eux quand ils agissent tous comme ça ? Je sais que je suis pas facile, et je sais que tu me dirais sûrement d’être patiente, d’être indulgente, mais… C’est compliqué, ça m’énerve, m’exclamai-je en balançant une de mes jambes plus violemment, comme un enfant qui faisait un caprice. Parfois, je me dis que peut-être je devrais essayer plus ? Tu sais, j’ai trouvé à la bibliothèque un livre sur la danse classique, et j’ai été en faire dans la salle sur demande, enfin, j’ai réessayé ! Du coup ça m’a rappelé quand tu me les montrais dans la cuisine. Tu verrais, je suis toujours aussi mauvaise pour faire la position bizarre avec les pieds… Enfin bref, je me dis que peut-être je pourrais proposer à quelqu’un de le faire avec moi ? Je sais que Penelope aime bien la danse ? Mais j’ai l’impression que ça serait bizarre ? Et puis… Et puis ça me rappelle trop toi, c’est bizarre, je veux pas partager ? Je sais pas… Je poussai un long soupir. En même temps, je me sens vraiment seule. Ce soir il y a une soirée, tu crois que je devrais y aller ? Peut-être que je devrais faire un effort ? Mais quand je suis avec dans un groupe, j’ai l’impression d’être à part, je sais pas, j’ai pas trop le cœur à tout ça. Parfois j’aimerais juste… Être avec quelqu’un, tranquillement, regarder un film, dîner, juste… Ne pas être toute seule, mais ne pas avoir non plus à me retrouver avec une dizaine de personne… Juste… Être avec quelqu’un qui me comprend ? Même avec Serghei, ça marche plus. C’est bizarre. Je sens qu’on se force tous les deux, que c’est différent, comme si on était un peu rouillé… J’ai l’impression que les seuls moments où je suis un peu tranquille, c’est quand je suis avec Scott, parce que lui au moins il n’agit pas comme si j’étais en porcelaine, et puis il me connaissait pas avant, il fait pas de comparaison dans sa tête ! Alors que Serghei, j’ai toujours l’impression de le décevoir... Qu’il pense à comment j’étais avant, avant que tu… que tu partes, et que maintenant il m’aime moins. Je sais pas trop, c’est bizarre à expliquer. Je ne sais même pas comment l’expliquer ou à qui vraiment à parler. Avant, je me confiais à toi, ou à lui, et maintenant… Maintenant, j’ai l’impr –

Je sursautai, bondissant sur mes pieds. Quelqu’un venait de pousser la porte. Une fille pénétra dans la pièce, jetant un coup d’œil aux toilettes.

- Tu attends pour y aller ?
- Non, non, j’allais partir, celui-là est libre,
Dis-je en désignant le toilette au verrou vert. 

La jeune fille s’en approcha, et poussa la porte… Qui resta fermée. Mon cœur commença légèrement à s’emballer. Oh… Non… Sous mes yeux, le verrou se tourna, passant du vert au rouge, et la porte s’ouvrit. Le verrou devait être inversé. Super. Quelqu’un était là tout le long de mon monologue. Génial. 

… Oh, encore mieux, pensai-je, lorsque Scott me fit face, ses grandes épaules aussi larges que la porte et son regard fuyant.

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Scott McBeth
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MessageSujet: Re: "I kept running for a soft place to fall." [S.]   Dim 3 Avr - 17:18

Il faisait froid, ce matin, si froid pour la saison, à cause d'un vent sournois qui s'immisçait dans toutes les interstices ; en m'éveillant ma première pensée fut pour Stephen, et j'entendais comme s'il était à côté de moi sa voix déplorer le manque d'étanchéité des fenêtres de notre tour. Il n'avait pas tort : dans de très rares cas de fortes bourrasques, on ressentait les courants d'air dans nos dortoirs, et Stephen ne manquait jamais de faire remarquer que Poudlard était loin d'être le château parfait que beaucoup d'élèves idéalisaient. Puis, après un regard vers ma table de nuit où était toujours écrasée par un grimoire à la couverture grise la fameuse lettre, je repoussai mes couvertures et mes souvenirs et me levai sans plus attendre. J'avais fort à faire aujourd'hui : finaliser mon exposé sur les sortilèges de modification de la mémoire et le répéter, ce qui ne devrait pas me prendre plus longtemps qu'une heure et demi — continuer à remplir mon dossier d'orientation — aider une Serdaigle de troisième année avec qui je m'entendais bien et qui me demandait de l'aide en Métamorphose car elle avait du mal — puis retrouver Ruby au Trois-Balais pour un thé, comme nous l'avions convenu — avant de peut-être retrouver d'autres personnes car Ruby ne restait pas trop tard, elle allait voir Ewan ensuite, mais ce n'était pas encore certain. Après un solide petit déjeuner, je me lançai dans cette journée déjà toute organisée avec une pointe de regret car j'avais bien aimé de la passer beaucoup plus décontractée, sans avoir à courir contre la montre. Mais j'avais des engagements, et je n'allais pas les décommander.

À mesure que la journée avança, le vent s'adoucit, mais le temps se couvrit en même temps ; le ciel passa de dégagé et clair à plus chargé et gris, et il commença même à tomber quelques gouttes au moment même où je finissais de relire le devoir de Métamorphose de la 3ème année que j'aidais. C'était bien ma veine, me dis-je, agacé, alors que j'allais bientôt sortir pour me rendre à Pré-au-Lard. Je remontai dans le dortoir chercher ma cape imperméable et y laissai le contenu de mon sac, puisque j'en avais terminé avec les devoirs pour aujourd'hui. Alors, seulement, je pris quelques minutes pour moi et m'installai sur mon lit avant de sortir de ma poche intérieure la lettre que j'avais gardé fermée toute la journée : une lettre d'Haley, reçue ce matin. Avec un plaisir particulier, je l'ouvris et la dépliai et me plongeai dans cette lecture réconfortante que j'avais attendue toute la journée, parce que je n'avais pas spécialement envie de la lire en pleine Grande salle au milieu de tous, et que j'aimais aussi la garder pour un moment plus tranquille. Elle me parlait de sa formation, comme très souvent, me rendant compte de ses missions, de ses tâches, me parlant de ses collègues dont je connaissais tous les prénoms et les caractères à présent, puis me racontait quelques anecdotes de sa vie londonienne, avant de me confier ses pensées comme nous en avions l'habitude. Je la sentais préoccupée, ces temps-ci, et j'en étais bien embêté, aussi je m'efforçais de répondre très vite à ses lettres en cherchant à l'apaiser et la rassurer, tout en lui envoyant régulièrement des petites surprises comme des fleurs ou des chocolats puisqu'elle en raffolait. Nous devions nous voir bientôt, de toute façon, et j'en avais hâte, car je n'avais pas l'impression d'être assez présent ou près d'elle en restant à Poudlard. Après l'avoir lue, je la repliai et la lissai des doigts avant de la ranger dans mon petit coffre à lettres qui ne s'ouvrait que par un sortilège émanant de ma baguette magique. Je mis ensuite mon porte-monnaie et ma baguette dans ma poche et partis en direction de Pré-au-Lard, tranquillement, car j'étais tout à fait à l'heure pour notre rendez-vous.

Le pluie n'était ni dense ni forte, heureusement. Je traversai distraitement le parc, sans trop prêter attention à ce qui m'entourait car j'avais besoin de faire le vide dans ma tête après cette journée : il fallait que j'ôte de mes pensées actuelles, de l'instant présent, tout ce qui avait rapporter avec la mémoire, les sortilèges, la Métamorphose, l'orientation, les dossiers, les devoirs, il fallait que je range cela dans un coin de mon cerveau pour le décharger un peu et profiter d'avantage des heures à venir. C'était une tâche que je savais très bien faire, quand il s'agissait de mettre de côté des données simples, concrètes et pratiques — il me fallait juste un peu de temps pour organiser le rangement et laisser se déplacer les informations, mais c'était tout autre chose, évidemment, lorsqu'il s'agissait de mettre de côté des émotions, des doutes, des interrogations... Cela, j'en étais bien incapable. J'avais l'impression que c'était un échec, d'ailleurs, et je détestais me le rappeler.

Il y avait un peu de monde dans la rue principale et je la descendis pour me rendre aux Trois-Balais, où j'arrivais en même temps que Ruby, ce qui nous amusa. Nous nous installâmes pour un thé et des gâteaux et discutâmes de choses et d'autres, contents tous les deux de pouvoir souffler après nos journées plutôt denses en ce moment. Quand il fut l'heure pour elle de partir, nous payâmes l'addition et je lui dis au revoir, avant de me rendre aux toilettes. J'avais plusieurs options : rester un peu ici — j'avais de quoi lire, ce n'était pas un problème — et attendre les autres qui ne devraient pas tarder à arriver, normalement, ou bien rentrer, revenir plus tard, me balader... Je n'en savais trop rien ; à vrai dire j'étais un peu fatigué, et je décidai de tabler sur ma décision en revenant des toilettes.

Ici, les toilettes étaient mixtes et en plus l'une était inutilisable depuis longtemps — le barman m'avait expliqué que quelqu'un avait lancé un sortilège de toilette explosive, complètement ivre, un soir ; le problème était que maintenant le sortilège était capricieux et refusait parfois de s'annuler, ce qui pouvait réserver de mauvaises surprises — et je m'enfermai dans celle de droite. Quelques instant après que j'ai commencé à faire ma petite affaire, j'entendis la porte s'ouvrir et une deuxième personne rentrer dans la pièce, qui ne poussa pas la porte puisqu'elle devait visiblement voir que les toilettes étaient occupées.


- Tu veux mon devoir, Apple ? dit-elle alors, et pendant une fraction de seconde l'information sembla court-circuiter dans mon cerveau : c'était une voix qui imitait un accent, pour se moquer, et s'adressait à Apple... Or... C'était la voix d'Apple...

C'était elle. Je n'osai plus faire un bruit. Que faisait-elle, toute seule, à parler de la sorte ? Je n'avais pas rêvé, il y avait bien eu un seul bruit de pas ?


- Oh, oui Serghei, et pendant qu’on y est, donne-moi tous tes devoirs, puisqu’après tout, c’est vraiment la seule façon de m’aider ! Comme c’est gentil ! (l'eau coula dans le lavabo) Non mais sérieusement, Serghei, me laisser le copier, tu le crois ça ? C’est tellement pas son genre ? Et il me connait, il sait que c’est pas mon genre non plus, de prendre un devoir tout fait ! Pfff, ça fait des semaines qu’il m’évite à moitié, et la seule chose qu’il trouve à faire pour essayer de m’aider c’est agir comme un crétin ?

Elle parlait définitivement toute seule. Ayant terminé, j'hésitai à sortir : je n'avais pas envie de la mettre mal à l'aise de parler ainsi et de visiblement exprimer sa colère contre son ami, mais il y avait quelque chose d'un petit peu amusant qui nous ferait sans doute sourire après un instant de gêne. Je posai la main sur la poignée, prêt à signaler ma présence...

- Je comprends pas comment je suis censée me sentir bien avec eux quand ils agissent tous comme ça ? Je sais que je suis pas facile, et je sais que tu me dirais sûrement d’être patiente, d’être indulgente, mais… C’est compliqué, ça m’énerve.

... Et suspendis mon geste. Ce « tu », adressé à une personne imaginaire, changea la donne — je craignais de comprendre à qui il s'adressait. L'oreille tendue malgré moi, j'écoutai alors tout le laïus de la Poufsouffle, non plus figé mais tendu, horrifié de me retrouver dans cette désastreuse posture. Pourquoi avait-il fallu que je me trouve dans les toilettes à ce moment-là ! Pourquoi, d'ailleurs, fallait-il que les gens entendent toujours des choses dans ce genre d'endroit, qu'ils n'étaient pas sensés entendre ! J'étais presque en colère contre moi, mais c'était idiot ; pendant ce temps là Apple continuait et j'avais envie de m'enfoncer les mains dans les oreilles pour ne pas entendre — des choses qu'elle adressait à sa mère, à n'en pas douter... Des choses que je devinais un peu sans jamais l'avoir formulé, qu'elle était un peu en retrait parfois, des choses que j'ignorais : comment elle se sentait avec ses amis, avec Serghei, avec... moi ?

Et puis, quelqu'un entra. Je sentis mon coeur tambouriner dans mes tempes. Pitié, que la personne aille simplement se laver les mains...

Elle s'approchait de la porte des toilettes. Je l'ouvris alors, cédant à la panique, et me retrouvai, mortifié, face à une Apple toute aussi mortifiée. La nouvelle arrivante me regarda avec insistance — sans doute se demandait-elle pourquoi j'avais l'air de vouloir prendre racine dans cet endroit si merveilleux, et Apple fut la première à bouger : elle tourna les talons et s'enfuit, laissant claquer la porte en bois dans son sillage. Machinalement, j'allais me laver les mains, absolument mal à l'aise de ce qui venait de se passer, et avec une très forte volonté de vouloir disparaître. Ce qui me sauva, c'est que je me fis la réflexion :
ce devait être encore pire pour Apple.

Ni une ni deux, je me lançai à sa suite, la cherchant des yeux dans la salle... Où était-elle... Ah, ses amis étaient là, vite, j'attrapai ma cape au passage et... Clac, fit la porte d'entrée qui venait doucement de se refermer. C'était forcément elle, rationalisai-je, elle était de nulle part, et elle avait honte, elle voulait partir ! Vas-y, vas-y maintenant, ou tu n'en auras jamais plus le courage, me dis-je alors, et en deux enjambées je fus près de la porte que j'ouvris avant de m'élancer au-dehors.

- Apple !! Attends !!

Je la rattrapai et la devançai même, pour me retourner vers elle et l'empêcher d'avancer. J'étais essoufflé, pas parce que j'avais couru, mais parce que j'étais gêné et je me sentais à peu près aussi à l'aise qu'un mammouth dans un magasin de faïence.

- Je suis désolé, j'aurais dû signaler que j'étais là, je n'ai pas fait exprès pour écouter je t'assure, je ne voulais juste pas te mettre à l'aise, c'est pour ça que je suis resté, je... Et puis quelqu'un est rentré, je suis vraiment désolé, dis-je, d'une manière ridiculement hachée. Ce n'est pas grave tu sais, c'est normal, de parler toute seule, même à des gens qui ne sont plus là, conclus-je maladroitement, avant de me taire, le coeur toujours désagréablement oppressé dans ma poitrine.


_________________
‖▹
SCOTT MCBETH
The old that is strong does not wither, deep roots are not reached by the frost — All that is gold does not glitter, not all those who wander are lost.

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Apple Hunt
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Ami(e)s: Hé ! Hé ! Scott ! Scooott ! Reviens, j'ai un truc à te montrer...
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MessageSujet: Re: "I kept running for a soft place to fall." [S.]   Dim 10 Avr - 22:19

https://www.youtube.com/watch?v=d_HlPboLRL8

I was painting a picture
The picture was a painting of you
And for a moment I thought you were here
But then again, it wasn't true
And all this time I have been lying
Oh, lying in secret to myself
I've been putting sorrow on the farest place on my shelf

And I was running far away
Would I run off the world someday?
Nobody knows, nobody knows
And I was dancing in the rain
I felt alive and I can't complain
But now take me home
Take me home where I belong
I got no other place to go
Now take me home
Take me home where I belong
I got no other place to go
Now take me home
Take me home where I belong
I can't take it anymore

And I kept running for a soft place to fall



C’était ridicule, c’était improbable, c’était une blague, c’était forcément une blague ?! De tous les élèves de Poudlard et les habitants et visiteurs de Pré-au-Lard, il avait fallu que ça soit Scott dans les toilettes, caché, à m’écouter, Scott, la seule personne sur terre auprès de qui j’avais encore un peu de tranquillité… ! C’était impossible, c’était un rêve, mais non, mon cœur cognait fort dans ma poitrine et je l’entendais assez pour comprendre que c’était vrai, terriblement vrai ! L’adrénaline coulait dans ma veine, mais une adrénaline amère qui me donnait la nausée. Scott avait beau être immense, face à moi, je voyais bien qu’il voulait disparaître autant que moi, et j’eus une envie brève de me jeter sur lui et lui griffer le visage tout en lui criant dessus. Pourquoi n’était-il pas sorti des toilettes à temps ?! Pourquoi fallait-il qu’il soit là et gâche tout, c’était sa faute, je lui en voulais tellement ! C’était tellement stupide ! J’eus envie de fondre en larmes tellement j’étais en colère, mais heureusement je me repris assez vite pour fuir les toilettes avant de me ridiculiser encore plus.

J’allais inquiéter encore plus mes amis, mais tant pis, je n’étais à ça près ; telle une tornade, je fonçai sur les canapés pour attraper mes affaires, murmurant que j’avais une urgence, récupérant toutes mes affaires comme une furie. J’enfilai mon manteau le plus vite possible, renversant un verre, jurant au passage, les larmes montaient de plus en plus proche de mes cils que je battais le plus vite possible. Il fallait que je rentre, je n’avais qu’une envie : me cacher. Puis, Scott ferait comme si de rien était, moi aussi, et je ne lui parlerais plus, ou à peine, et ça sera oublié, disparu, comme moi qui allait disparaître sous ma couette et ne jamais en ressortir ! Jamais ! Je quittai les Trois Balais, le cœur battant dans la gorge, presque sur le bout des lèvres, comme si j’étais prête à le recracher tant il était gonflé et douloureux. Je me sentais ridiculement minuscule, mes jambes ne me portaient pas assez vite et pas assez loin alors que je voulais à tout prix partir…

- Apple !! Attends !!

Non! J’accélérai le pas, mais à quoi bon, les jambes de Scott faisait probablement ma taille, et je l’entendais derrière moi alors que j’essayais en vain de le distancer… L’instant d’après, il me rattrapa et me bloqua le paysage. Furieuse, je fulminai, me sentant prise au piège, contrainte à éviter son regard. C’était comme si j’avais été un petit animal en cage, je me sentais encore plus ridicule que tout à l’heure, si c’était possible. Pourquoi m’avait-il rattrapé, je savais bien qu’il devait être gêné, pourquoi fallait-il qu’il choisisse ce moment pour faire le chevalier ?! Je voulais qu’on oublie, que ça ne se soit jamais passé, et lui aussi, alors pourquoi se donner tout ce mal ?!

- Je suis désolé, j'aurais dû signaler que j'étais là, je n'ai pas fait exprès pour écouter je t'assure, je ne voulais juste pas te mettre à l'aise, c'est pour ça que je suis resté, je... Et puis quelqu'un est rentré, je suis vraiment désolé. Ce n'est pas grave tu sais, c'est normal, de parler toute seule, même à des gens qui ne sont plus là.

Evidemment… Evidemment il fallait qu’il soit perspicace et qu’il comprenne très bien la situation, à qui je m’adressais… Tout à coup, tout ce que j’appréciais chez Scott m’apparaissait détestable : je détestais sa carrure immense qui m’empêchait de fuir, je détestais sa politesse qui l’obligeait à me suivre pour s’excuser, je détestais son intelligence qui le faisait comprendre tout ce qui passait, je détestais ses grands yeux bleus maladroits qui essayaient de me regarder – je le détestais tant ! Je voulais le frapper, que mes poings fondent sur son torse et disparaissent dedans, que je disparaisse ! Je détestais Scott ! Mais c’était faux, en même temps, je le savais bien, c’était moi que je détestais, parce que j’avais été assez stupide pour faire ma tirade pitoyable en plein milieu des toilettes d’un bar, et puis de toute façon j’étais ridicule tout court de parler à Maman ainsi, et maintenant je ne voulais même pas savoir ce que Scott en pensait ! J’étais pitoyable ! Et le pire, c’était que j’entendais la voix de Maman dans un coin de ma tête, elle essayait de me rassurer, de me calmer mais ça me donnait encore plus envie d’hurler et de plaquer mes mains sur mes oreilles parce que je ne voulais pas entendre, je voulais que tout ça ne soit qu’un mauvais rêve, tout, depuis le début, depuis ce stupide accident de voiture…

- Haha, non, t’inquiète, haha, c’est tellement pitoyable, je sais, je sais ! M’exclamai-je en agitant mes mains et en riant, cherchant à tout prix un échappatoire. T’inquiète, c’est moi, quelle idée aussi haha, de parler à quelqu’un qui est… dis-le, dis-le, dis-le et rigole, parce que ce n’est rien, crève l’abcès, qui est… qui est mort !

Mais non, ce n’était pas rien, je ne pouvais pas le dire et rigoler, je ne pouvais pas…

J’eus l’impression qu’on m’avait frappé dans l’estomac, et j’éclatai en sanglots d’un coup, incapable de filtrer. Je voulais pas, mais je ne pouvais pas retenir non plus, pourquoi Scott était encore là, il fallait qu’il parte, que je parte, je ne voulais pas… Mais je tremblais de partout, ça remontait depuis mon estomac jusqu’à mes lèvres et ça me compressait toute entière, ou alors c’était les bras de Scott, parce que j’étais contre lui, tout contre son torse – enfin je disparaissais ! J’étais minuscule, aspirée, enfin j’avais l’impression que c’était bon, je pouvais pleurer autant que je voulais et personne ne pourrait me voir parce que j’étais à l’abri… Je pleurais, encore et encore, me vidant complètement, incapable d’ordonner des pensées cohérentes. Je ne savais pas si c’était bête, si Scott regrettait, s’il était gêné, mais tant pis, ou trop tard. C’était peut-être la fin, aussi, la fin de cette tranquillité que j’avais eu avec Scott parce que je n’avais jamais craqué, et ça me fendait le cœur – je m’accrochai à son torse de mes petites mains, le tissu de sa cape crissant sous ma paume. Je ne voulais pas que ça soit fini. Je ne voulais pas que les choses finissent. Ça me faisait trop de mal, à chaque fois.

- Elle me manque tellement, lâchai-je au milieu du flot de mes larmes, et cela les fit redoubler d’intensité, mes paupières me brûlaient tellement que je les serrai fort pour arrêter que jaillissent les larmes acides, mais elles émanaient de tout mon être et je me laissais complètement emportée par la vague qui avait enflé trop longtemps.

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Scott McBeth
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MessageSujet: Re: "I kept running for a soft place to fall." [S.]   Ven 6 Mai - 22:49

- Haha, non, t’inquiète, haha, c’est tellement pitoyable, je sais, je sais ! T’inquiète, c’est moi, quelle idée aussi haha, de parler à quelqu’un qui est… qui est… qui est mort !

Elle s’agitait dans tous les sens, comme elle savait si bien le faire, mais cette fois la gêne était tangible et se propageait jusqu’à moi, évidemment – il allait sans dire que j’étais tout sauf à l’aise en cet instant. Pourquoi Diable avait-il fallu que je sois dans ces toilettes, que j’entende, au même moment ! Pourquoi avions-nous eu si peu de chance ! Je n’avais aucune idée de comment prendre la chose ; Apple était adorable ce n’était pas le problème et je n’oubliais pas comme elle s’était intéressée à moi et à mes problèmes de nombreuses fois à présent, elle était devenue mon… amie, quelque part, et bien sûr que je voulais moi aussi pouvoir faire quelque chose pour elle. Mais je me trouvais bien démuni face à son malaise, son problème, sa tristesse : que pouvais-je lui apporter ? Rien, absolument rien qui lui ramène sa mère ou lui allège d’un poids, et j’avais l’impression d’être un imbécile planté là, au milieu de la petite rue ventée, incapable de faire quoi que ce soit.

- Ce n’est pas pit… commençai-je au bout de quelques instants de silence, pour la rassurer, et aussi parce que j’avais peur qu’elle se mette à pleurer : pitié, ne pleure pas, me dis-je en serrant les poings, parce que là, je ne saurais définitivement plus quoi faire.

Mais les mots se turent dans ma gorge : Apple venait d’exploser en sanglots, me figeant comme une statue de marbre par la même occasion. Elle pleurait si fort et semblait trembler des pieds à la tête – j’en étais complètement paralysé. Est-ce qu’elle m’en voulait ? Est-ce qu’elle me détestait pour être là en cet instant ? Je n’avais pas le souvenir de souhaiter être vu dans un tel état, aussi mal et en train de pleurer, avant de me reprendre : si, bien sûr que si. Cela dépendant évidemment de la personne mais je ne pouvais pas oublier le réconfort que j’avais pu trouver auprès d’Ophelia quand ça allait mal, auprès de Taylord, ou de Lilian. J’espérais simplement être ce genre de personne pour Apple…

Un peu maladroitement, je la pris alors dans mes bras parce que c’était tout ce que je devais faire, me semblait-il, et se colla contre moi. Comme elle était petite et fine ! J’avais beaucoup grandi, pour ma part, et c’était drôle de la voir lovée ainsi contre moi quand elle devait faire probablement la moitié de ma carrure. J’avais l’impression de serrer contre moi un petit animal fragile, et je m’appliquais à la bercer un peu et à au moins lui montrer un soutien quelconque, en espérant que cela fonctionne. Elle ne dit rien pendant quelques instants, et moi non plus ; elle avait besoin de cela, de pleurer un peu et de laisser tout son chagrin s’exprimait, car je devinais bien qu’elle n’était pas familière avec ce genre de laisser-aller. Les fois où elle avait évoqué sa mère n’avait pas du tout eu cette apparence là et il me semblait qu’elle avait visé un peu haut en se sentant bien plus forte qu’elle ne l’était réellement… Ce dont je ne pouvais pas la blâmer. Nous essayions tous de cacher nos malheurs aux yeux des autres autant qu’aux nôtres, n’est-ce pas ? C’était plus simple, de ne pas devoir les affronter.


- Elle me manque tellement, dit-elle d’une petite voix entre deux sanglots, bien plus qu’aigue et faible qu’à l’ordinaire.

- Je sais, murmurai-je simplement, je suis désolé.

Je me demandais ce que savait sa famille, son père, ses sœurs ; s’ils imaginaient ce que traversait Apple, s’ils se doutaient ou pas, s’ils étaient trop enfermés dans leur chagrin à eux pour ne rien voir ou simplement s’ils géraient d’une manière bien différente et ne pensait pas qu’elle gardait tant pour elle. De ce qu’elle m’avait raconté de sa famille, c’était un peu spécial, elle était un peu à part – et cela résonnait douloureusement dans tout mon être – mais je ne savais pas mesurer exactement jusqu’où elle avait raison. Quelque chose, comme une petite voix, une conscience, me murmura que j’étais pour l’instant le seul au courant de la vérité et par conséquent le seul à pouvoir et devoir agir. Oui, mais comment ? Je n’avais pas vécu l’expérience du deuil et je ne connaissais pas assez Apple sur le bout des doigts pour trouver la solution miracle. Il fallait que je me creuse la cervelle, oui, ça, je savais faire… Mais dans ce domaine ? Dans ce domaine j’étais bien ignorant, malheureusement, alors il allait me falloir inventer, innover. Si je savais prendre soin de quelques personnes, à présent, je me demandais bien comment je devais le faire avec Apple…

Et puis soudain j’eus une idée, parce je faisais marcher les rouages de mon cerveau et qu’ils remontaient une information importante, quelque chose qu’Apple répétait de temps à autre. Bon… C’était faisable, oui, mais nous allions devoir transplaner, est-ce que c’était raisonnable, est-ce que…

Un regard autour de nous, dans la petite rue peu fréquentée, toujours balayée par les bourrasques de vent qui faisaient changer le temps en quelques minutes, me décida.


- Apple, je vais t’emmener quelque part, tu me fais confiance ?
dis-je alors en ouvrant un peu mes bras. Accroche toi à moi, et je l’entraînai un peu plus loin pour transplaner tranquillement.

Un petit « Pop ! » plus tard, nous arrivions au pied du chemin de Traverse. Apple, les yeux toujours baignés de larmes mais sûrement bien curieuse de ce que je manigançai, resta sans voix, ce qui chez elle était une première notoire. Lui prenant la main, je l’entraînai alors le long de la rue sorcière – ce n’était pas très autorisé ce que je faisais là, mais elle était en sécurité avec moi, et parfois, eh bien, il fallait bien employer les grands moyens – jusqu’à la Ménagerie Magique, de laquelle je poussai la porte. Il y eut un petit tintement sonore joyeux et nous pénétrâmes dans le paradis des personnes comme Apple, amoureuses et passionnées par le premier animal venu. Nous nous avançâmes et quelques chats en liberté vinrent se frotter à nous, et surtout à elle, car ils devaient sentir qu’elle avait besoin d’affection. Je la laissai un instant et fis un signe discret à la vendeuse avant de lui murmurer ce que je désirais. Elle me fit un sourire et nous demanda de la suivre ; je tirai Apple qui ronronnait presque au milieu de ses semblables et nous arrivâmes dans un autre rayon.

- Choisis-en un, lui dis-je alors, le cœur un peu battant – j’espérais qu’elle accepte ?! J’avais sur moi mon porte-monnaie et bien assez de Gallions dans mes économies pour lui offrir ce petit cadeau, et je n’étais pas fâché d’être peu dépensier pour des occasions comme celle-ci.


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MessageSujet: Re: "I kept running for a soft place to fall." [S.]   Mer 25 Mai - 17:56

C’était comme un poids immense, écrasé contre ma poitrine, broyait cœur et poumons, m’envahissant toute entière. Les larmes étaient écrasantes elles aussi, lourdes, épaisses et creusant mes joues, et même si elles brûlaient mes yeux, j’étais incapable de les calmer. Mais les bras de Scott propageaient en moi un sentiment étrange, que j’avais l’impression de connaître mais d’avoir oublié, celui du réconfort qu’une étreinte pouvait procurer. Je ne me souvenais pas la dernière fois que quelqu’un m’avait réellement pris dans les bras ainsi, pour me serrer de toutes ses forces… Serghei, peut-être, le jour où j’avais appris pour Maman ? Mon cœur fit une embardée ; cette fois-là avait été le début de la fin de notre amitié, et je ne voulais pas que cela soit la même chose avec Scott ?! Je me serrai plus contre lui, étouffant un gémissement d’inquiétude et de douleur. Non, je n’étais pas prête à le perdre lui aussi ! Ses bras étaient immenses et réconfortants, je ne voulais pas qu’il me lâche et qu’une fois écartée de lui, je sente qu’un fossé immense s’était creusé entre nous. C’était ce qui s’était passé avec Serghei, pourtant ? Je l’avais fait fuir avec toute ma tristesse. Mais Scott n’était pas Serghei, pas vrai ? Ils se ressemblaient sans être semblables, parce que Scott était beaucoup plus courageux, plus assuré, plus ancré dans la réalité, comme un immense arbre dont les racines ne se délogeaient pas du sol. Peut-être que c’était pour ça que je m’y accrochais tant – autour, c’était la tempête, mais à l’abri de son ombre, contre lui, j’étais sûre d’être un peu protégée. Scott ne me laisserait pas, il ne prendrait pas peur, pas lui, pas lui aussi, me murmurai-je.

Il s’écarta très légèrement – je ne me sentais pourtant pas prête à perdre son étreinte – et je relevai les yeux vers lui, cherchant un signe pour me rassurer. Je lus dans ses yeux une détermination étrange, dont j’ignorais l’origine.

- Apple, je vais t’emmener quelque part, tu me fais confiance ? Accroche toi à moi.

S’accrocher ?! Il voulait transplaner ?! Mais pour aller où ?! J’obéissais, le cœur battant, ne me faisant pas prier pour me recoller contre lui et sa carrure réconfortante. Je fermai les yeux, sentant que mon corps s’aspirait et se pliait comme de la guimauve, et l’instant d’après, nous étions sur la terre ferme à nouveau. Mes yeux embués de larmes mirent quelques secondes à distinguer les lieux, et quand je compris que nous étions sur le chemin de Traverse, je jetai un regard interrogateur à Scott, n’ayant aucune idée de ce qu’il avait derrière la tête. Mais il ne répondit rien, prenant simplement ma main, me faisant un peu sursauter – qu’elle était grande ! – et m’entraina à sa suite. Je regardai nos mains liées. La mienne était toute petite, tandis que la sienne était grande mais toute douce, la paume tiède. Quelque chose en moi sembla se calmer un peu et s’agiter en même temps. Je ne savais pas exactement ce que dégageait Scott, s’il en était conscient, mais cela semblait fonctionner. Je pleurais toujours un peu, le corps encore fébrile, mais je savais que j’étais en sécurité avec Scott.

Il nous amena dans un magasin d’animaux, et je reconnus bien vite en rentrant certains des animaux, et pour cause, c’était le même magasin qui avait eu un stand dans Pré-au-Lard pendant les vacances de Noël et que j’étais allée voir plusieurs fois. Je m’étais habituée à jouer avec les boursoufflets, les chatons, les rats et les hiboux, et j’avais été de très mauvaise humeur quand le stand avait disparu après les fêtes. Je m’en étais même plaint à Scott, il devait s’en souvenir et il m’amenait pour revoir les petits animaux ?! Je n’eus pas le temps de poser des questions, car à peine rentrés dans la boutique, des chats vinrent nous accueillir, et je m’agenouillai au milieu d’eux, poussant des petits « oooooh » extasiés. Ils se frottaient contre moi, et je voulais tous les caresser, gratter leurs petites têtes, miauler et ronronner avec eux – ils étaient tellement adorables ! J’avais envie de tous les adopter, je n’avais jamais eu le droit d’avoir un animal à la maison, et pourtant, qu’est-ce que je m’en serais bien occupée ! Le grand chat gris aux yeux bleus que j’étais en train de câliner me faisait penser à Scott, et au moment où j’allais le faire remarquer, Scott, qui venait de s’entretenir avec la vendeuse, m’amena dans un coin de la boutique. Les boursouflets ! Je sentis l’excitation monter en moi en les voyant sautiller dans leur grand panier, et j’essuyai la dernière larme qui venait de rouler, sentant que mon chagrin s’était un peu envolé.

- Choisis-en un, me dit alors Scott, et je me tournai vers lui, les yeux écarquillés, le cœur tambourinant. Choisir… Choisir un boursouflet ?!
- Non, pour de vrai ?! Il voulait m’en offrir un ?! Je jetai un nouveau regard mêlé d’interrogation et d’excitation à Scott, qui me fit un petit signe de tête et un sourire. OOOOOOOOH ! Je ne savais même pas par où commencer ! Ils étaient tous si mignons ! Affolée, je tendis ma main pour les caresser, les observer, frétillant littéralement sur place, tout comme les petites boules de poils qui avaient remarqué ma présence. Regarde, ils sont trop mignons ! Oh… Ohlalala… Ils sont trop mignons ! Répétai-je, le cœur papillonnant dans ma poitrine. Je remarquai alors un boursouflet rose pâle, que je reconnus – je l’avais déjà vu ! Il était facile à reconnaître, parce qu’il avait un œil qui louchait un peu, lui donnant un air un peu bête, mais adorable. Mais je le reconnais, il est encore là depuis Noël ?! M’exclamai-je.
- Elle, me corrigea alors la vendeuse, qui s’était approché de nous. C’est une fille. A cause de son œil, les gens sont moins intéressés, et elle est un peu craintive.

Tout doucement, j’approchai ma main de la créature, et je la pris dans ma paume, l’approchant de moi. Ses poils étaient tellement doux ! Je grattouillai sa tête lentement, pour ne pas lui faire peur, et elle se mit à couiner. Elle était trop mignonne ! Je me tournai vers Scott, et lui tendis le petit animal.

- Tu en penses quoi ? Demandai-je, le cœur battant. Scott prit le boursouflet dans sa main, et le caressa un peu. Il était tellement immense à côté ! C’était trop drôle, de voir sa main qui faisait deux fois la taille de la boule de poils, et pourtant, il avait l’air aussi craintif qu’elle, ou plutôt, un peu maladroit. Je me mis à rire, et Scott me lança un regard. Vous êtes trop mignons, elle a l’air tellement petite dans tes mains ! Oh, elle a l’air de t’aimer, regarde comment elle sautille ! M’exclamai-je, sautillant moi aussi.

Je récupérai le boursouflet, et le portais à hauteur de mon visage, nos regards se croisant. Son œil qui louchait un peu essayait de me regarder. Elle était trop mignonne, et mon cœur était tout transi d’amour pour la petite bestiole.

- Je vais l’appeler Freja, c’était le second prénom de ma maman, ça lui va bien, tu trouves pas ?

J’avais tellement besoin que Scott approuve, parce qu’à chaque fois qu’il le faisait, j’avais le cœur qui volait un peu plus dans ma poitrine. Son avis comptait tellement, et son approbation me faisait le même effet que celle de Maman, peut-être parce qu’il était un peu un adulte lui aussi, et que ça me le rappelait. On passa en caisse, et Scott insista pour acheter un petit panier, un jouet, et de la nourriture pour Freja, et tout me payer, et je n’arrêtais pas de répéter « mais tu es sûr ?! » et « regarde Freja comme Scott est gentil ». Je rosissais de plaisir à chaque fois. Je n’arrivais pas à y croire ! Un boursouflet, rien qu’à moi ! A peine sortie de la boutique, je me jetai sur Scott une nouvelle fois, essayant d’entourer sa taille de mes petits bras. Il m’avait fait un cadeau, rien que pour moi, pour me redonner le sourire, et il se souvenait de combien j’aimais les boursouflets, c’était tellement gentil de sa part !

- Merciiiiiiii, oh Scott, merci tellement, c’est trop chouette ! Je frottai ma tête contre son torse, souriant de toutes mes dents, avant de m’écarter. Dis, on peut rester un peu ici ?! Je ne suis venue que deux fois, je connais à peine, et puis je veux montrer à Freja !

J’avais l’impression que je marchai sur des nuages, à présent, le corps tout léger, les joues rosies, le sourire aux lèvres – j’étais obnubilée par ma nouvelle petite bête, mon adorable boursouflet, le mien ! Perchée sur mon épaule, Freja couinait légèrement, probablement un peu chamboulée par cette sortie dans le monde extérieur, mais aussi impatiente de le découvrir. Je souris à cette pensée, et emboîta le pas à Scott, le long de la rue marchande. Je me penchai pour voir toutes les vitrines, admirative, commentant à voix haute, plus à l’adresse de Freja qu’à celle de Scott d’ailleurs. Lui aussi souriait, et quand je croisais son regard, je me remettais à sourire un peu plus. On se pencha devant la vitrine de Fleury & Botts, dont les grimoires avaient des couvertures en cuir reliés magnifiques. Les yeux de Scott brillaient quand il les regardait.

- Scott aime beaucoup les livres, expliquai-je à Freja qui était descendue le long de mon bras pour se loger dans ma main, tendue vers la vitrine, pour qu’elle puisse voir. Il apprend un tas de trucs dedans, et ensuite il deviendra Auror et nous protégera des méchants ! Freja poussa un petit cri aiguë qui me fit rire. Je me demandai ce que Maman aurait dit si j’étais rentrée à la maison avec un animal – ce qui m’était défendu – et j’eus plaisir à imaginer qu’elle l’aurait trouvé super mignonne aussi, et s’y serait bien vite fait. Je pensais alors à ce qu’elle aurait pensé de Scott aussi, et du geste qu’il venait d’avoir pour moi. Je souriais doucement, sentant que mon cœur se contractait un peu, sous le coup de la mélancolie. Elle t’aurait beaucoup aimé, tu sais, dis-je alors à voix haute. Je me tournai vers Scott, qui me regardait, interrogateur. Il avait dû voir que j’étais perdue dans mes pensées. Maman, précisai-je. Je me tournai à nouveau vers la vitrine. Tu lui aurais plu. Elle aurait trouvé que tu as un bon fond, murmurai-je, la voix un peu tremblante. Je fermai les yeux quelques secondes, toujours un peu secouée quand je parlais d’elle à voix haute.

Freja remonta sur mon épaule, et nous marchâmes tous les trois jusqu’aux vitrines suivantes. C’était étrange, je n’étais venue ici que trois fois avec mes sœurs et Maman, et ça me faisait de la peine de me rappeler que ce monde était celui de Maman sans l’être, parce qu’elle avait la malchance d’être cracmol, et pourtant, qu’est-ce qu’elle était rayonnante quand on venait ici ! Elle avait toujours été si gentille, même quand elle voyait que ses filles avaient tout ce qu’elle n’avait jamais pu avoir, alors qu’elle le méritait tant… Je me demandais souvent si elle était morte malheureuse, dans notre banlieue de Liverpool, avec un métier qu’elle n’aimait pas, toutes ses filles loin d’elle, et mon père absent… Elle ne le disait jamais dans les lettres qu’on s’envoyait, mais je n’étais pas sûre qu’elle me l’aurait vraiment dit, de toute façon.

- Je suis venue ici que trois fois, Maman était cracmol donc c’était autant une découverte pour elle que pour moi et mes sœurs, je pense… Elle était danseuse étoile, à Stockholm, mais elle a arrêté quand elle est tombée enceinte de ma grande sœur, alors qu’elle était trop douée… Après, elle s’est occupée de nous quand on grandissait, elle donnait de temps en temps des cours de danse… Sauf qu’après à cause du licenciement de Papa, on avait plus trop d’argent, du coup quand on a déménagé ici elle travaillait beaucoup plus, elle était secrétaire médicale, mais ça ne lui plaisait pas trop, racontai-je, sans trop regarder Scott. C’était étrange, j’avais un peu l’impression de parler toute seule, de laisser les choses couler, mais que cette fois-ci, quelqu’un m’écoutait. C’est dommage, elle dansait tellement bien, tu l’aurais vu, rien à voir avec moi, riai-je. Mais au fil des années ici, elle dansait de moins en moins. J’en ai toujours beaucoup voulu à mon père, on a dû tous le suivre à Liverpool, et ça rendait Maman super malheureuse, et il ne faisait rien pour lui redonner le sourire. J’ai toujours l’impression que Liverpool la tuait à petit feu, conclus-je à voix basse, sentant que je m’étais mise à frissonner.

J’avais toujours eu cette impression, et la mort de Maman était une conclusion terrible à cette sensation. Je caressai Freja, le cœur à nouveau un peu lourd. Nous avions continué à marcher, et nous étions à présent devant Florian Fortarôme. Je m’arrêtai, prise d’une nouvelle idée.

- Tu as envie d’une glace ? C’est moi qui la paye ! Dis-je, en fouillant dans mon sac pour en sortir mon vieux porte-monnaie en forme de tête de grenouille. On se pencha devant le stand. Il y avait des glaces d’hiver magiques, qui devenaient chaudes dans la bouche quand on les mangeait. C’était une invention géniale, je n’en avais jamais mangé, et j’étais toute excitée. Je pense que je vais prendre chocolat noir et framboise ! Dis-je à voix haute, méditant mes choix. Et toi ? Je me tournai vers Scott, qui me regardait en souriant. Je lui lançai un regard, curieuse. Tu ne vas pas penser que je suis bizarre maintenant, pas vrai ? Demandai-je alors, un peu inquiète. Tu promets que ça va rien changer ? Murmurai-je d’une petite voix, serrant mon porte-monnaie entre mes doigts encore un peu tremblants, mon cœur pressé dans ma poitrine, qui n’attendait encore une fois que l’approbation de Scott.


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MessageSujet: Re: "I kept running for a soft place to fall." [S.]   Sam 25 Juin - 19:09

Si j’avais eu un doute léger quant au fait que mon cadeau ferait plaisir à Apple, je n’aurais pas pu en avoir en tout cas pour le genre de sa réaction : explosif et bruyant et pas vraiment discret… Mais au moins j’étais certain à présent : elle était heureuse, et je me sentais le cœur léger, comme si j’avais résolu un problème jusque là insoutenable. Même si j’avais un peu de mal à suivre Apple prise dans son excitation qui papillonnait un peu partout et ne cessait de parler avec moi ou la vendeuse, je tâchais de conclure nos achats et de prendre en plus de la nourriture et le nécessaire pour le boursouflet, afin que nous ne passions pas non plus la journée dans le magasin. Je n’avais jamais été particulièrement adepte des animaux – par véritable désintérêt ou par habitude ? Autour de moi, dans ma famille, nous n’avions jamais eu d’animaux, et ce n’était pas avec Stephen que j’allais avoir un bon exemple puisqu’il n’avait pas été le maître le plus exemplaire avec Le Chat. Mais, malgré cela, le spectacle d’Apple avec son nouveau petit compagnon était tellement touchant et amusant que tout d’un coup les perspectives changeaient, et je ne pouvais pas la regarder autrement qu’en souriant.

Nous finîmes tout de même par quitter les lieux, après qu’elle m’ait sauté dans les bras pour me remercier, et tout d’un coup la situation s’était sensiblement renversée si bien que je ne savais pas trop sur quel pied danser – était-elle vraiment mieux, faisait-elle semblant ? Je ne voulais pas qu’elle s’imagine qu’elle devait taire ses émotions si elle en avait encore, mais comment lui dire, si justement elle avait profité de mon geste pour essayer de se sentir mieux ? J’avais l’impression que le sujet planait encore, là, juste au dessus de nous. Mais après tout, ce n’était pas forcément à moi de le relancer, si bien que je restais silencieux, un peu distrait, tandis que nous partions nous promener.

Ce n’était pas que j’étais mal à l’aise – la bonne humeur d’Apple et la présence de Freja se communiquaient à moi et me faisaient sourire ; j'étais simplement un peu en retrait, un peu distrait par mes pensées qui trouvaient toujours le moyen, d'une manière ou d'une autre, de me faire trop cogiter pour agir et de m'entrelacer trop étroitement dans des insécurités dont je ne savais me défaire. Nous nous arrêtames alors devant la vitrine de Fleury & Bott, et si le temps était toujours clair et appréciable, le vent n'avait pas choisi de faiblir ; j'en profitais pour resserrer mon écharpe autour de mon cou afin de ne pas prendre froid. J'aimais beaucoup le Chemin de Traverse - enfant, j'étais toujours aussi émerveillé qu'apeuré de cette grande avenue toujours pleine de vie et de personnes insolites ; aujourd'hui c'était un sentiment bien différent que je ressentais. Je me sentais à ma place, ou plutôt sur le palier d'un étage qui devait me mener dans un tout autre endroit, à l'orée de ce monde adulte que j'avais si hâte d'explorer. Malheureusement, je n'avais pas encore le droit d'y entrer franchement, mais j'en étais tout près - plus que je ne l'avais jamais été. Inévitablement, les couvertures des beaux grimoires captèrent mon attention, les couvertures neuves comme celles d'occasion, qui semblaient toujours pour moi le couvercle d'un coffre aux merveilles qui ne cesseraient jamais de se renouveler. Il y avait là des ouvrages et des auteurs que je connaissais bien, d'autres qui étaient dans la liste des découvertes qui m'intéressaient, et même un nouvel ouvrage d'un sorcier que j'appréciais beaucoup - c'est vrai qu'il devait sortir ce mois-ci, et je me fis la promesse de l'acquérir bientôt.


- Scott aime beaucoup les livres. Il apprend un tas de trucs dedans, et ensuite il deviendra Auror et nous protégera des méchants ! Apple continuait à commenter tout ce qu'elle voyait comme si le boursouflet avait pu répondre, et je répondais parfois à sa place, amusé de cette situation. Elle t’aurait beaucoup aimé, tu sais. Comme elle se tourna vers moi, je compris que c'était à moi précisément que cette phrase était destinée, et je devinais qu'il n'était plus question de Freja : Maman. Tu lui aurais plu. Elle aurait trouvé que tu as un bon fond.

- Oh, fis-je, pris de court. C'était évidemment une stupide réaction que je rattrapais avec un sourire sincère, même si Apple ne me regardait plus. C'était peut-être anodin, mais cela me fit plaisir qu'elle dise une chose pareille - parce que je savais que c'était important pour elle, et que quelque part cela m'aidait à la connaître un peu mieux. Je crois que je l'aurais beaucoup aimée aussi, et puis pour avoir une fille comme toi, il faut forcément être adorable !

C'était un peu maladroit, sans doute, mais depuis que j'étais avec Haley j'avais appris qu'il était mieux d'essayer de mettre des mots sur les choses plutôt que de tout garder silencieux comme je le faisais depuis si longtemps.

- Je suis venue ici que trois fois, Maman était cracmol donc c’était autant une découverte pour elle que pour moi et mes sœurs, je pense… Elle était danseuse étoile, à Stockholm, mais elle a arrêté quand elle est tombée enceinte de ma grande sœur, alors qu’elle était trop douée… Après, elle s’est occupée de nous quand on grandissait, elle donnait de temps en temps des cours de danse… Sauf qu’après à cause du licenciement de Papa, on avait plus trop d’argent, du coup quand on a déménagé ici elle travaillait beaucoup plus, elle était secrétaire médicale, mais ça ne lui plaisait pas trop. C’est dommage, elle dansait tellement bien, tu l’aurais vu, rien à voir avec moi. Mais au fil des années ici, elle dansait de moins en moins. J’en ai toujours beaucoup voulu à mon père, on a dû tous le suivre à Liverpool, et ça rendait Maman super malheureuse, et il ne faisait rien pour lui redonner le sourire. J’ai toujours l’impression que Liverpool la tuait à petit feu.

Sans mot dire, j'écoutai avec toute la concentration dont j'étais possible ; je n'en revenais pas d'apprendre autant de détails de la bouche d'Apple, et j'étais encore plus étonne de ce que j'entendais. Je comprenais les sentiments qui l'animaient : se dire que sa mère avait eu une partie sacrifiée, suspecter son malheur...Je pouvais également la rapprocher de ce qu'avait traversé Ophelia avec la séparation de ses parents et les sacrifices qu'ils avaient fait pendant de trop longues années en prétendant être heureux et en se réveillant une fois qu'il était trop tard. J'avais de la peine d'entendre tout cela, et également de la peine de me dire que la famille d'Apple n'était pas soudée pour autant - peut-être que son père se sentait trop coupable pour rattraper ce qui avait été presque perdu ? Je me demandais tout d'un coup qui était véritablement ses soeurs, alors que je les avais déjà côtoyées vaguement puisque nous avions été dans la même maison. Mais je ne les connaissais pas, et je les connaissais encore moins après avoir appris tout cela. Je sentis un peu d'amertume à l'égard du père d'Apple - amertume qui me surprit car elle s'exprima tout naturellement, alors que je n'étais pas forcément concerné par tout ça. Mais cette histoire de bonheur au sein de la famille me rendait toujours particulièrement sensible ; mes parents étaient-ils heureux ? Ma famille était-elle heureuse ? Le fait que je ne le sois pas au milieu d'eux n'impliquait pas fatalement que l'inverse était juste, bien que plus les années avançaient moins j'étais persuadé qu'ils vivaient tous très bien tandis que je n'étais qu'une ombre au milieu d'eux. J'avais déjà surpris des tensions entre mes parents, entre mes frères et sœurs, j'avais compris à demi-mots certains problèmes et certaines incertitudes et si j'étais très certainement celui qui en souffrait le plus, je commençais à me demander jusqu'à quel point tout cela nous avait affecté, eux comme nous, jusqu'au coeur même de notre vie d'adultes. Quelque part, j'espérais m'en détacher pour de bon un jour ou l'autre, mais je n'étais pas assez stupide pour croire que tout cela pouvait être effacé après toutes ces années à ne rien dire.

Dans tout cela, la place d'Apple était bien bancale, et je me demandais comment elle allait, à son tour, se sortir de tout cela sans trop de difficultés.


- Ça doit être terrible de se dire ça, murmurai-je, compatissant. Mais je pense qu'elle s'est raccrochée à autre chose, à ses enfants, à toi, c'est ce qu'il faut se dire, conclus-je avec un petit sourire timide en sa direction.

Nous avions encore avancé et nous étions arrivés devant le marchand de glaces sans que je m'en aperçoive ; Apple, elle, n'avait pas manqué de le noter.


- Tu as envie d’une glace ? C’est moi qui la paye ! Touché, j'acceptai évidemment de bon coeur - Je pense que je vais prendre chocolat noir et framboise ! Dis-je à voix haute, méditant mes choix. Et toi ?

- Hmm... Vanille et caramel, s'il te plaît !

- Tu ne vas pas penser que je suis bizarre maintenant, pas vrai ? Tu promets que ça va rien changer ?


Surpris, je la dévisageai un instant. Quelle drôle d'idée !

- Je te trouve déjà un peu bizarre, tu sais, osai-je pour la taquiner. Néanmoins, je ne voulais pas qu'elle le prenne mal, et je ne trouvai rien de mieux alors que de lui poser une seconde la main sur le bras - ce qui eut pour effet de donner à son boursouflet la bonne idée de sauter sur ma manche et de grimper sur mon épaule. Woooh ! lâchai-je, surpris, mais la petite bête me renifla tandis que je la caressai du bout du doigt et, pas plus intéressée que ça, retourna sur sa nouvelle maîtresse. Le glacier nous tendit nos cônes au même moment, et nous nous en emparâmes.

Les quelques instants qui suivirent furent tout consacrés à la dégustation (je nous avais d'office dirigé vers un rebord de mur pour nous y installer car Apple tenant une glace et sa maladresse ne faisaient pas bon ménage) ; ma boule de vanille était tiède et la saveur se décuplait dans ma bouche tandis que dans la boule caramel des petits morceaux de fudge fondaient avec la chaleur : c'était divin.


- Hmmm ! Tu veux goûter ? demandai-je en tendant ma glace et en regardant Apple qui avait du chocolat sur le bout du nez et la bouche toute rose de framboise, ce qui me fit rire. Bien sûr que non, ça ne change rien, au contraire ! C'est très gentil de m'avoir dit tout ça, je comprends très bien pourquoi c'est difficile à dire, ça doit être difficile de garder tout ça pour toi, conclus-je avec un regard sincère.

Il me prit tout d'un coup le désir de trouver une solution, comme s'il en existait une forcément quelque part, et les rouages de mon cerveau se mirent en branle sans plus attendre. Malheureusement, je n'étais pas expert dans ce domaine ; j'avais tout de même beaucoup d'exemples autour de moi pour essayer de comprendre et de constater tout ce que les problèmes de ce genre causaient, alors... Savourant ma glace sans rien dire pendant quelques temps, je sortis de mon silence en lui demandant, les idées plus claires :


- Tu as déjà essayé d'en parler à tes sœurs, même si ça ne passe pas forcément entre vous ? Je ne suis pas proche de mes frères et sœurs du tout mais étonnamment, parfois, quand tu leur poses des questions, la réponse peut-être plutôt lucide, parce que c'est quelqu'un qui te connaît un peu tout de même. Tu vois... Je me rassis un peu mieux sur le muret, jugeant incroyable que j'allais confier une telle chose à Apple, car je ne l'avais confiée à personne d'autre, non pas parce que c'était un secret mais parce que je n'avais simplement pas l'habitude de ce genre de confidences : La dernière fois que j'ai vu un de mes frères aînés, je lui ai demandé comment il faisait pour s'ajuster à la vie de couple et je lui ai posé plein de questions sur des détails qui me tracassent un peu, parce que je n'ai jamais été en couple aussi longtemps avant d'être Haley, et finalement je ne sais pas très bien en quoi ça consiste. C'est plus difficile que ça en a l'air, ajoutai-je avec un petit sourire. Eh bien, mon frère a été étonnamment de bons conseils, et ça m'a aidé qu'il me connaisse un peu tout en étant très étranger à moi... Tu vois ce que je veux dire ?

Pensif, j'étais déjà en train de trier les informations et de mettre au clair la situation d'Apple, prenant à coeur ce qu'elle traversait - ranger tout cela à l'intérieur de ma tête avait toujours quelque chose de rassurant qui m'aidait à mieux comprendre, à mieux appréhender la suite. Au fond de mon coeur, je ressentais également quelque chose de très particulier et de très agréable : plus je côtoyais Apple et plus elle me surprenait par ses extravagances mais aussi par sa sincérité, et je sentais que mes doutes fondaient un peu plus à chaque moment passé avec elle - je commençais à avoir la certitude qu'elle avait fait de moi son ami, et si elle avait pu lire dans mes pensées, elle y aurait lu que c'était l'un des plus beaux cadeaux que l'on pouvait me faire.

_________________
‖▹
SCOTT MCBETH
The old that is strong does not wither, deep roots are not reached by the frost — All that is gold does not glitter, not all those who wander are lost.

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