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Sous couverture | Rose

 
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 Sous couverture | Rose

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Scarlett Dawbson
Élève de 6ème année



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MessageSujet: Sous couverture | Rose   Jeu 17 Mar - 16:43

Si Beth avait dit avec une moue que c'était « plus ou moins de notre faute », je n'avais pas manqué de relever que c'était bien moins notre faute que le contraire - mais j'avais pris le parti de ne pas m'appesantir d'avantage sur le sujet. Ce n'était qu'une heure de retenue, de toute façon, et j'étais persuadée qu'elle ne serait pas terrible non plus. Quand Sara Wayland nous annonça que, puisque nous étions nombreuses, plusieurs professeurs seraient mis à contribution, il y eut un murmure effrayé dans la salle et mon coeur s'accéléra : tout le monde pensait à la même chose, à savoir, Hazel Woodley serait-elle du lot ?! L'instant de panique ne dura que quelques secondes car nous reçûmes chacune un petit parchemin avec le lieu, l'heure et le nom du professeur qui s'occuperait de notre retenue. Sur le mien, avec toute l'ironie dont la vie était capable, était inscrit le nom de Rose Bosworth. Je cachai évidemment mon sourire, tout en ressentant de nouveau cette espèce de gêne qui pouvait parfois s'exprimer lorsque j'étais avec Rose. Pendant les vacances, ce sentiment s'était un peu estompé, bien qu'il soit arrivé tout de même des situations où il revenait au galop. L'idée d'être officiellement retenue avec une personne avec qui j'avais passé mes vacances, comme une amie, tout en étant persuadée qu'il n'était pas vraiment bon de montrer que nous nous connaissions maintenant plus que par intermédiaire scolaire, me rendait un peu anxieuse. Je mis le petit parchemin dans la poche de mon uniforme ; heureusement l'heure était ce soir, à 19h30 après le dîner, ce qui ne faisait pas traîner l'échéance trop longtemps. Il ne me restait plus qu'à me rendre à mes derniers cours, et la journée serait de toute façon bientôt.

Je passai l'heure de Métamorphose à rêvasser distraitement, le regard perdu au-dehors, tandis que la nuit tombait déjà sur le parc de Poudlard et que l'air semblait encore plus humide et glacé que ce matin. Il avait fait très gris, et je regrettai le temps plus doux du Pays de Galles. Je mettais toujours un certain temps à me réhabituer à Poudlard, au retour de chaque vacances, tant je profitais de ces journées ailleurs, aux côtés de Maman et de ceux que j'aimais. Ces vacances avaient été particulièrement un succès ; j'avais été si heureuse de retrouver les couleurs cet endroit où j'avais grandi, son odeur, ses paysages, ses petites habitudes. Le cottage avait été tellement chaleureux et accueillant, et nous avions tellement profité des activités possibles, des promenades et des soirées entre nous ! J'étais heureuse car je savais que Maman était inquiète de toujours me donner les meilleures vacances possibles et profiter au maximum du temps passé ensemble, car nous avions à le rattraper, mais elle avait compris combien j'étais ravie de ces quinze jours. Elle aussi, d'ailleurs. Il me semblait que plus nous passions des moments ensemble plus nous nous rapprochions, et rien n'aurait pu me faire plaisir. Je découvrais chaque jour une relation plus intense, plus belle et plus complexe aussi, et j'avais l'impression d'être en possession d'un rare et inestimable joyau. Après le cour, je me rendis tout de suite dans la Grande Salle pour dîner assez tôt et me rendre tranquillement à ma retenue - sans repasser par mon dortoir, puisque j'avais besoin de mes affaires.

Cette retenue était vraiment stupide, me dis-je en cheminant vers la classe de Rose, et résultait de tant de malchance que c'en était vraiment agaçant. Nous avions veillé un peu tard en salle commune, une dizaine d'entre nous, à discuter de tout et de rien et à se mettre du vernis car mon amie Beth en avait reçus plusieurs à paillettes et en avait fait profiter les autres. Et puis, bien après le couvre-feu, une fille de cinquième année était rentrée dans la salle commune, en larmes, nous expliquant comme elle avait fait tout le tour du château en vain, car son amie n'était nulle part et son petit copain l'avait larguée le midi-même, pour une autre ; après un affolement général tempéré par le clan de celles qui relativisaient et calmaient les inquiétudes, il fut décider que nous allions toutes aller faire un petit tour, discrètement, sans prendre le risque de la retenue puisque nous expliquerions simplement notre histoire, et qu'elle était légitime. Je partis avec Beth et une autre amie dans l'aile ouest, un peu rassurée du caractère toujours optimiste et positif de mon amie, tandis qu'au fond de moi je ne pouvais m'empêcher de me sentir anxieuse - toute cette histoire me rappelaient de douloureux souvenirs, et j'espérais vraiment que la fille que nous cherchions n'allait pas avoir d'idées noires. Une bonne vingtaine de minutes plus tard, toujours rien ; nous n'allions pas tarder à retrouver le groupe parti vers l'aile nord, d'ailleurs, et j'avais la certitude que les filles seraient bredouilles également... Puis la catastrophe se produisit : des bruits de voix, assez diffus, nous provinrent du bout d'un couloir, ce qui nous fit accélérer le pas pour retrouver les autres. Il s'avéra qu'en fait nous avions tort et que les bruits s'échappaient d'une salle mal isolée où avait lieu une fête clandestine, et que Meryl Kelsey était également dans le couloir, interrompant toutes les festivités et punissant tous les élèves présents dans les entourages, nous y compris - car qui aurait pu croire à notre excuse si elle nous menait innocemment au plein cœur de la fête ?! Encore plus quand la fille que nous cherchions se trouvait justement à cette fête, et trop imbibée de Pur-Feu... Enfin. Je tentai de combattre l'injustice avec les autres, mais quand je compris que tout cela ne servirait à rien, je décidai de passer l'éponge et de faire cette stupide retenue quand même, sans m'en préoccuper d'avantage.

Quand j'arrivai dans la salle de classe, elle était vide ; après une seconde d'hésitation j'entrai et m'installai, sortant ma trousse et mes cahiers. Je n'avais aucune idée de ce en quoi consisterait ma retenue mais peut-être serais-je simplement obligée de faire mes devoirs, alors autant commencer. J'avais beaucoup à faire pour la botanique, puisque je dessinais les plantes à la demande du professeur pour les guides de chaque année. Ouvrant mon grimoire de photos, je me lançai dans l'esquisse du Chou mordeur de Chine, j'en avais déjà fait quelques croquis mais il fallait que je termine celui qui représentait la plante en fleur.

Après quelques minutes de silence ponctuées uniquement par le bruit de mon crayon caressant l'épais papier ocre, j'entendis des bruits de pas et relevai la tête pour sourire timidement à Rose, qui entrait dans la pièce.

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Rose J. Bosworth
Professeur d'Étude des Moldus & directrice de Serdaigle & psychologue



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MessageSujet: Re: Sous couverture | Rose   Mer 11 Mai - 17:31

L’air pénétra dans mes poumons, et je fermai les yeux un instant, laissant le vent emmêler mes cheveux et siffler dans mes oreilles. Ma main gantée tenait le col de mon manteau et mon foulard parme qui s’envolait presque. Bien que je fusse couverte, j’avais un peu froid, l’humidité de la mer s’éparpillant dans l’air, au fur et à mesure que les vagues se brisaient contre le ponton. Mon corps frissonnait, mais ce n’était pas complètement désagréable, et je me concentrai sur la sensation physique qui parcourait ma peau. Être consciente de mon propre corps, de son existence, de ses sensations, cela m’avait demandé du travail et du temps, mais à présent, je veillais à ne plus l’éviter ou le ravager comme j’avais pu le faire. Je jetai à nouveau un regard circulaire sur la baie de Lowestoft, et sentis mes lèvres former un petit sourire mélancolique. Je me souvenais combien de fois j’avais regardé la mer depuis la fenêtre de la chambre de l’hôpital, rêvant de pouvoir sortir et sentir le parfum des embruns. Je me souvenais aussi de ces jours, surtout au début de mon séjour, où l’inverse se produisait. L’extérieur me terrifiait ou me laissait indifférente, je voulais tout simplement disparaître et rester enfermée. Tout cela me paraissait à présent lointain, tout en étant étrangement proche. Le travail que j’avais commencé à l’hôpital n’était pas terminé, loin de là. Le fait de revenir si souvent ici en était bien la preuve.

Parfois, je me demandais si je n’étais pas un peu masochiste. Je travaillais à Poudlard, l’endroit où j’avais fait ma descente infernal au point de souhaiter mourir, et je revenais régulièrement dans la ville où j’avais été interné. N’était-ce pas revenir constamment en arrière, finalement ? Pourtant, j’aimais voir l’avant et l’après, qui me permettait de constater mon évolution plus clairement. Mais en même temps, parfois, j’avais l’impression que je stagnais… C’était d’ailleurs ce qui m’avait poussé à revenir aujourd’hui, cette sensation de faire du surplace, le besoin de parler. Mon ancien thérapeute m’avait reçu avec plaisir, et j’avais retrouvé cette bulle réconfortante où je pouvais déverser toutes mes inquiétudes sans peur d’être jugée. En lui confiant mon impression de ne pas évoluer, il m’avait conseillé de trouver une nouvelle activité. En y réfléchissant, j’avais en effet réalisé que mes cours et mes consultations avaient pris la plupart de mon temps, récemment. Malheureusement, j’avais toujours un peu été comme ça. Je n’avais pas l’impression d’avoir une fibre artistique très développé, et j’enviais les gens qui pouvaient canaliser leurs émotions dans l’écriture, le dessin… J’étais tellement dur avec moi-même que quand je m’y essayais, je me trouvais ridicule et abandonnais rapidement.

Mais il fallait que je fasse des efforts, et j’avais trouvé dans les avenues marchandes de Lowestoft une boutique de loisirs créatifs, et j’avais acheté un kit pour faire du point de croix. Je n’en avais jamais fait, mais je me figurais que suivre un plan et des instructions seraient plus simples que me lancer de moi-même dans quelque chose de créatif. J’eus une pointe de honte, à me dire que j’étais dans la maison la plus fantasque et la plus créative, et que j’en étais réduite à toujours vouloir suivre des instructions, incapable de faire mon propre chemin. Ne te dévalorise pas, me murmurai-je en même temps, me reprenant dans mes mauvaises habitudes. Je jetai un dernier coup d’œil à la mer agitée, et me dirigeai dans une petite rue pour transplaner et rentrer à Poudlard. J’avais deux consultations en fin d’après-midi, et je devais ensuite superviser une retenue le soir. L’air de l’Ecosse était encore plus froid que celui des côtes anglaises, mais comme à chaque fois que je voyais les immenses tours du château, je souriais, presque rassurée, sans trop savoir pourquoi. Cet aspect quasi binaire de ma propre école, à la fois mon lieu de perdition et de redécouverte, provoquait en moi des émotions étranges et parfois contradictoires.

Les consultations se déroulèrent normalement, puisque c’était deux élèves qui venaient me voir régulièrement, et j’étais d’ailleurs heureuse de voir que l’un deux faisait un gros travail sur lui-même et s’améliorait au fil des semaines. Je dinais dans la grande salle en compagnie de Seth et Jane, avant de me diriger vers ma salle de classe. Dans mon sac, j’avais mon nouveau kit de point de croix, mais surtout un tas de copie que j’avais à corriger. Un devoir sur le système politique britannique anglais, qui au vu des premières copies que j’avais lu, semblait être plus compliqué à comprendre pour les sorciers que je pensais.

En pénétrant dans la salle, la surprise frôla mes traits, mais je la retins à temps. Je reconnue Scarlett au premier coup d’œil, dès que ses cheveux rouges brillèrent dans mon champ de vision. Elle avait relevé ma tête et souri poliment, je répondis immédiatement, m’avançant dans la salle.


- Bonsoir Scarlett, dis-je d’une voix qui se voulait douce. Comment vas-tu ?

Je posai mon sac sur mon bureau et en sorti mes copies. Mes mains tremblaient légèrement malgré moi. J’avais honte de l’admettre, mais Scarlett m’intimidait depuis nos vacances ensemble. Elles avaient très agréables, étrangement agréables même, et petit à petit la gêne entre moi et Scarlett s’était légèrement effacée. Mais évidemment, mon anxiété maladive était toujours présente, et elle revenait de temps à autre parasiter mes échanges avec elle. Depuis notre retour avec Poudlard, cela avait été pire, car nous étions à nouveau dans un rapport d’autorité, et je ne pouvais pas discuter aussi librement que je pouvais – et voulais ?

Je m’approchai de la table où elle était installée, et où elle avait sorti son matériel de dessin. Je l’avais déjà vu à l’œuvre pendant les vacances, et elle était très douée. Elle semblait en train de faire des croquis de plantes, mais je n’osais pas regarder avec trop de curiosité, de peur de la mettre mal à l’aise, et en même temps, je n’avais pas envie que cette retenue soit trop formelle, pas alors que je m’entendais bien avec elle… Et quelque chose me disait qu’elle ne méritait probablement pas sa retenue, mais je ne voulais pas tirer de conclusions hâtives et risquer de la vexer.


- J’ai toujours voulu savoir dessiner, murmurai-je, presque rêveuse. Tu es très douée, tu dessines depuis longtemps ? Demandai-je.

Je me demandai si Scarlett pensait que je prétendais m’y intéresser ou si elle voyait que derrière toute ma maladresse et mon angoisse, je voulais profiter de cette occasion étonnante pour discuter un peu, puisque nous n’en avions pas eu l’occasion depuis notre retour.


- Le retour des vacances s’est bien passé, tu es heureuse d’avoir retrouvé tes amis et ta petite-amie ? Ajoutai-je alors, parce qu’elle m’avait parlé du fait qu’elle n’aimait pas beaucoup Poudlard, et je voulais essayer de lui montrer que je n’avais pas oublié nos conversations précédentes, et que ce n’était pas de la politesse, mais un réel intérêt.

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« Why are we holding hands like paper chains?
Why are we so content to stay the same?



Marching to the same drum
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I can hear the dark days coming. »
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Scarlett Dawbson
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MessageSujet: Re: Sous couverture | Rose   Sam 2 Juil - 15:18

- Bonsoir Scarlett. Comment vas-tu ?

C'était quitte ou double : soit son caractère assez timide et le fait qu'elle avait toujours l'air de s'excuser d'être là me rendait moi-même encore plus maladivement mal à l'aise, soit cela m'exhortait à prendre sur moi et à nous tirer vers le haut en étant plus enjouée, plus bavarde. Les vacances avaient suivi ce schéma un peu aléatoire, dépendant de la situation, des gens avec qui nous nous trouvions et des sujets de conversation ; globalement, j'étais plutôt fière de me rendre compte qu'au bout de quelques jours j'étais plus à même de briser un peu la glace, ce qui nous avait fait profiter et goûter aux vacances de la même manière que s'i n'y avait pas eu cet étrange et inattendu rapport élève/professeur dans l'équation. Je m'étais rendue compte que Rose n'était pas telle que nous la voyions nous, élèves, l'oreille prête à chacune des rumeurs de couloir. Elle pouvait être plus drôle et plus déjantée qu'elle n'y paraissait, et elle paraissait aussi beaucoup moins solide qu'elle le prétendait, ou bien qu'on ne l'imaginait, avec son rôle de psychologue de l'école. J'avais d'ailleurs raconté tout cela à Ophelia dès que j'étais rentrée - car évidemment c'était un évènement marquant de mes vacances, en plus de tout - mais elle m'avait écoutée d'une oreille distraite, si bien que je n'avais pas poussé plus loin ma réflexion. Et j'avais compris une chose : ces derniers temps, les conversations tournaient un peu plus court que d'habitude, et loin de me chagriner cela ne me poussait même pas à les continuer... Était-ce normal, ou plutôt mauvais signe ?

- Très bien, et toi ? répondis-je à Rose en interrompant mon geste, alors que je m'apprêtai à croquer les bourgeons du Chou mordeur de Chine.

Nous n'avions pas eu l'occasion de nous retrouver vraiment seule à seule depuis le retour des vacances - bien sûr nous nous saluions dans les couloirs ou dans la grande salle, etc - mais rien encore ne nous avait permis d'expérimenter cette proximité au sein-même de Poudlard. C'était un peu ironique que cela se passe ici et aujourd'hui, lors d'une retenue, où la distance entre nous était clairement rappelée à l'ordre. La laissant installer ses affaires, je repris mon dessin comme si de rien n'était en essayant de me dire que tout allait bien se passer et que ça n'allait pas être bizarre ; mais je devais bien avouer que je n'en étais pas très convaincue. Quand j'avais demandé conseil à Maman pour la suite, elle m'avait recommandé, avec toute la douceur et l'implication dont elle était capable, de garder bien évidemment mes distances quand nous étions en présence d'autres personnes pour ne pas mettre Rose dans l'embarras, puis de rester absolument moi-même si je passais un peu de temps avec elle. Pourquoi même ne pas lui proposer de boire le thé un après-midi ? avait-elle suggéré - ce qui m'avait effrayé rien que de l'imaginer. Selon Maman, toujours, Sara Wayland serait de toute façon compréhensive si nous la mettions au courant, et ce n'était de toute façon rien d'interdit ; il se trouve que nous nous étions fréquentées dans le cercle privé, voilà tout. Rien de plus n'était engagé. Elle avait raison, je le savais, si bien que je m'efforçais de me répéter tout ce qu'elle m'avait dit pour me détendre et ne pas gâcher les choses. Bien sûr... Je n'avais pas spécialement envisagé de me retrouver en retenue avec Rose, et je me sentais un peu gênée. Peut-être allait-elle me trouver stupide, se rappeler subitement que je n'étais qu'une gamine que l'on devait punir ?!

- J’ai toujours voulu savoir dessiner. Tu es très douée, tu dessines depuis longtemps ?

Elle s'était approchée de moi et relançait la conversation, mais je sentais qu'elle marchait autant sur des oeufs que moi. Je balbutiai une pauvre réponse :

- Euh, merci, oui, depuis toujours, j'aime beaucoup ça.

Super, maintenant, j'avais encore plus l'air d'une enfant prise sur le fait !

- C'est d'ailleurs ce que je préfère, tout ce qui a rapport au dessin, aux couleurs, aux textures, à l'imagination... Avant, comme je détestais les cours, je passais mon temps à dessiner. Un jour, le prof de botanique m'a vue et j'ai cru qu'il allait me punir, mais en fait il m'a proposé d'illustrer ses manuels et ses cours, si ça me tentait ! J'ai trouvé que c'était une bonne idée pour me perfectionner et découvrir plein de plantes, et aujourd'hui encore j'adore ça ! Ce n'est pas si simple à croquer, en plus, les plantes, conclus-je avec un petit sourire.

Je me demandais si elle lisait entre les lignes, si elle comprenait que cela m'avait aussi permis de me familiariser un peu avec la magie et de l'accepter tant bien que mal, si elle se souvenait que je lui avais confié en quelques mots mes débuts difficiles à Poudlard et dans le monde sorcier plus généralement.

- Le retour des vacances s’est bien passé, tu es heureuse d’avoir retrouvé tes amis et ta petite-amie ?

Petit à petit je me détendais un peu - les muscles du haut de mon dos, de mon cou, semblaient les uns après les autres se relâcher imperceptiblement. Nous n'étions pas si timides que ça, l'une avec l'autre, et plus elle allait de l'avant plus je la suivais volontiers. Comme elle s'était appuyée sur l'une des tables, je posai alors mon crayon, pour ne pas avoir l'air de l'écouter à moitié. J'étais contente, à vrai dire ; j'aimais beaucoup Rose, ou plutôt j'aimais beaucoup la personne qu'elle était quand elle arrivait à se décrisper pour de vrai, et je n'avais pas envie de ne plus jamais réussir à être en compagnie de cette personne. C'était agréable d'avoir des amis plus âgés, je m'en étais rendue compte avec Marie ; si parfois me retrouver au milieu d'un groupe d'amis plus âgés que moi pouvait me mettre un peu mal à l'aise, m'entendre vraiment bien avec l'un d'entre eux était différent. J'avais l'impression de pouvoir parler de plus de choses, de devoir moins faire attention à qui j'étais, d'être plus... Concernée ? Et puis, je trouvais Rose, comme Marie d'ailleurs, très intéressante et cela me faisait plaisir de changer un peu des discussions que je pouvais avoir avec les filles du dortoir, ou les personnes de mon âge - sans généraliser bien sûr. Mais même avec Ophelia ces derniers temps je sentais que cela me manquait un peu, j'avais envie de voir au-delà des préoccupations de nos années, des examens, des sorties à Pré-au-Lard, de tel ou tel type d'études, etc. C'était peut-être idiot de ma part, ou prétentieux - je ne l'avais dit à personne. Mais avec Rose en tout cas, je n'avais pas besoin de faire semblant, les sujets intéressants venaient tout seul à moi, et j'en étais ravie. Elle avait beaucoup de choses à raconter, beaucoup d'analyses à partager, et je trouvais son parcours très intéressant. En fait, je l'admirais un peu, je crois, j'avais l'impression que je m'identifiais à elle d'une certaine manière, ou bien que je lisais en elle le fait que même en étant un peu différent on pouvait vraiment réussir et être quelqu'un qui donnait envie d'apprendre à le connaître.

En tout cas, je n'étais ni heureuse ni malheureuse, me dis-je en entendant sa question ; comme d'habitude j'étais plutôt résignée à l'idée de revenir ici, mais je n'avais de toute façon pas le choix.


- Ma mère et le Pays de Galles me manquent déjà, répondis-je avec un petit sourire et sans m'appesantir, mais sinon, ça va. Et oui, même si en ce moment j'ai l'impression que tout le monde est préoccupé par des choses qui ne m'intéressent pas trop. Enfin bon... Je fis un geste vague de la main. Je n'osais pas trop m'appesantir non plus, j'avais peur de paraître puérile. Et toi, ça t'a fait du bien aussi ? Le retour au boulot n'est pas trop difficile ?

Je savais qu'elle aussi elle était triste d'avoir quitté Marie, ses amis, et que c'était bien différent ici ; même si j'avais cru comprendre qu'elle s'entendait plutôt bien avec certaines personnes du personnel. Sur la table, un faible rayon de lumière venait faire briller les paillettes sur mes ongles, si bien que je les contemplais quelques instants en les bougeant légèrement. Il nous restait une heure à tuer et comme d'habitude l'équilibre était ténu et je passais de très confiante à complètement désespérée - je n'avais pas envie que la discussion meure et qu'elle passe le reste du temps à me surveiller, tandis que, bête petite élève que j'étais, j'étais condamnée à faire mes devoirs en silence. J'avais envie de lui parler de la retenue et de l'injustice de la chose, mais ç'aurait été chercher à se justifier, et c'était pire encore.

- Tu crois qu'on pourrait par exemple aller prendre un thé à Pré-au-Lard un jour, ou aller déjeuner ou faire les magasins ensemble, ou bien ça serait trop bizarre ?! Si on explique comment on se connaît ?

... Oups. J'avais parlé sans réfléchir et je m'en rendis compte au moment où le son de ma voix résonna dans la pièce. Tant pis, c'était dit, et au moins, j'allais en avoir le coeur net !


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Rose J. Bosworth
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MessageSujet: Re: Sous couverture | Rose   Ven 29 Juil - 23:23

Je répondis à l’affirmatif lorsqu’elle me demanda comment j’allais, de la façon superficielle et polie qu’invoquait cette question. Pourtant, je ne savais comment je me sentais, si je pouvais affirmer que ça allait, ou n’allait pas, et à vrai dire, j’aurais voulu pouvoir exprimer ce doute à quelqu’un. J’aurais voulu être assez proche de quelqu’un pour pouvoir ouvrir mon cœur à un simple « comment vas-tu », raconter que je revenais de cet endroit où j’avais passé une année internée, que ça me faisait toujours bizarre d’y retourner, que je me sentais à la fois différente de cette Rose d’avant et à la fois beaucoup trop similaire. Mais en moi, tout était verrouillé, comme toujours. Comment en aurait-il pu être autrement ? Qui voulait écouter toutes ces peurs ? J’eus tout de même une pensée pleine d’affection pour Marie, parce que c’était sûrement la seule. Mais ça avait si simple, d’une certaine manière, car elle avait toujours su. Se rencontrer dans un hôpital psychiatrique ne laissait pas trop de possibilité de mentir, évidemment. Mais comment briser la glace et avouer tout à quelqu’un qui ne se doutait de rien ?

Je l’avais bien fait, une fois, aux Etats-Unis… Le souvenir diffus de Kristen remonta à la surface un instant. Son visage anguleux, ses cheveux crépus indomptables, sa peau couleur charbon sur lequel le soleil se reflétait, et ses dents blanches, comme des petits diamants qu’elle laissait découvrir lorsqu’elle éclatait de rire… Le temps était passé, la plaie s’était refermée, et je savais qu’à présent mon amour à un sens avait disparu, me laissant à la fois mélancolique et sereine. Ça n’avait jamais commencé, et je n’avais pas sûre de quand cela s’était exactement fini, les sentiments étaient volatiles et difficiles à saisir, mais ils étaient partis. Mais les souvenirs de nos discussions tardives sur le balcon de son appartement restaient encore en moi. Elle était la première à qui j’avais osé me confier réellement. Avec du recul, je comprenais qu’elle n’avait jamais trop compris, qu’elle avait cherché à me rassurer et me réparer au lieu de m’écouter simplement, mais je ne lui en voulais pas. Je savais qu’il était compliqué de réagir à ce genre de révélations. Je me demandais simplement si un jour, je rencontrerais quelqu’un qui m’écouterait sans jugement mais avec attention. Quelqu’un à qui je pourrais répondre « non ça ne va pas » aussi naturellement que je répondais « oui ça va » à la question de Scarlett.

Je m’étais approchée de son dessin, le pas un peu hésitant, le dos légèrement courbé, mais un sourire timide aux lèvres. Je voulais lancer la discussion, sans trop savoir comment. J’avais peur de forcer Scarlett, peur qu’elle ait été agréable pendant les vacances par pure politesse, car j’étais sa professeure… Mais en même temps, j’avais du mal à croire qu’elle aurait ce genre de personnes, mais pourtant, mes angoisses étaient fortes et tenaces, assez pour me faire douter.


- Euh, merci, oui, depuis toujours, j'aime beaucoup ça.

Mon cœur tomba au fond de ma poitrine et quelques frissons me parcoururent la peau. Voilà, elle n’avait pas envie de discuter, j’étais stupide d’essayer, c’était maladroit, autant que je corrige mes copies, que je fasse comme si de rien n’était, c’était tellement gênant…

- C'est d'ailleurs ce que je préfère, tout ce qui a rapport au dessin, aux couleurs, aux textures, à l'imagination... Avant, comme je détestais les cours, je passais mon temps à dessiner. Un jour, le prof de botanique m'a vue et j'ai cru qu'il allait me punir, mais en fait il m'a proposé d'illustrer ses manuels et ses cours, si ça me tentait ! J'ai trouvé que c'était une bonne idée pour me perfectionner et découvrir plein de plantes, et aujourd'hui encore j'adore ça ! Ce n'est pas si simple à croquer, en plus, les plantes.

… Oh, ah, bon. Je me sentis à nouveau stupide, mais pour une raison différente. Comme toujours, je m’étais emballée, interprétant sous le coup de l’angoisse. Scarlett me souriait, timidement mais avec aplomb. Elle n’était pas complétement à l’aise, mais elle faisait un effort, je le voyais. J’eus un sourire aussi. Je comprenais vraiment pourquoi elle était une Gryffondor.

- Oui, ça n’a pas l’air simple, mais tu t’en sors très bien, ça ne m’étonne pas que le professeur te propose de dessiner pour lui. Ça doit être agréable d’aborder tes cours à travers le dessin… Tu préfères les dessins réalistes de ce genre, ou tu préfères dessiner des choses plus abstraites ? Demandai-je, réellement intéressée.

J’avais déjà vu pendant les vacances qu’elle maitrisait plutôt techniques et supports, mais je me demandais quelles étaient ses préférences, mais je ne voulais pas non plus la bombarder de question. Je voyais en tout cas dans ses yeux quelques étoiles lorsqu’elle évoquait le dessin, et je me fis la réflexion que cela devait être un moyen intéressant de se familiariser avec la magie, pour quelqu’un qui comme Scarlett avait découverte très tard qu’elle était sorcière. Peut-être qu’elle dessinait aussi des créatures magiques, ou des notes sur les gestes pour chaque sortilège ? A nouveau, j’eus envie de lui poser plus de questions, mais j’eus peur de paraître insistante. Je voulais que Scarlett comprenne que j’étais sincèrement intéressée par ce qu’elle me disait, que ce n’était pas par politesse ou par gêne, mais je me retrouvais embourbée dans ma timide et mon anxiété maladive. J’aurais voulu lui demander de ne pas m’en vouloir, que je ne pouvais pas m’en empêcher, que je détestais cette part de moi qu’il fallait combattre… Mais encore une fois quelque chose en moi se verrouillait.


- Ma mère et le Pays de Galles me manquent déjà, mais sinon, ça va. Et oui, même si en ce moment j'ai l'impression que tout le monde est préoccupé par des choses qui ne m'intéressent pas trop. Enfin bon... Et toi, ça t'a fait du bien aussi ? Le retour au boulot n'est pas trop difficile ?

L’honnêteté de Scarlett me déstabilisait autant qu’elle me touchait. Je voyais bien qu’elle continuait dans sa lancée pour briser la glace, et je me sentais incapable d’être aussi courageuse et naturelle qu’elle, sans trop savoir pourquoi, mais c’était trop tard, je me connaissais, mon cœur s’était emballé et les rouages de mon cerveau me piégeaient déjà. Je ne savais pas comment faire demi-tour, comment ôter ce voile qui tout à coup teintait toutes mes interactions avec Scarlett. Elle était si gentille pourtant, je voulais réellement apprendre à la connaître, mais… Mais je ne savais pas comment faire, je m’en sentais tout à coup incapable et j’eus bêtement envie de pleurer, tout en étant parfaitement consciente que je m’emballais sans aucune raison.

- Oh, je comprends, ça doit faire bizarre de quitter tes habitudes avec ta mère pour revenir à Poudlard… Tu vas la revoir pour les vacances de février, non ? Ça va passer vite, dis-je, sentant que je sortais des banalités ridicules. Oui, c’était agréable, mais je suis contente de retrouver mes habitudes à Poudlard...

Rebondis, rebondis, dis quelque chose, dis quelque chose, pourquoi est-ce que tu es si coincée et insupportable, rebondis, rebondis…

- Tu crois qu'on pourrait par exemple aller prendre un thé à Pré-au-Lard un jour, ou aller déjeuner ou faire les magasins ensemble, ou bien ça serait trop bizarre ?! Si on explique comment on se connaît ?

…Oh.

Ma poitrine se déverrouilla aussi rapidement qu’elle s’était verrouillé quelques minutes plus tôt.


- Oh, mais, mais, oui, bien sûr ?! Mais, je… Je… Oui, mais j’avais peur que tu te sentes forcée à me parler parce que je suis ta professeure et avec les vacances, alors je ne savais pas trop, je n’osais pas trop, mais oui, ça me ferait très plaisir, j’adorerais ! Je m’embrouillai, et agitai un peu mes mains comme pour stopper moi-même mon incohérence. Pardon, je m’emmêle les pinceaux, je ne m’y attendais juste pas trop. J’inspirai un bon coup, et osai la regarder dans les yeux. Ça serait vraiment avec plaisir. Je ne pense pas que ça posera problème, après tout il n’y a pas de mal, on se connait de l’extérieur et puis, nous n’avons pas tant d’années d’écart, c’est normal qu’on… Qu’on s’entende bien, achevai-je.

Je sentis que je lui souriais, d’un sourire rare parce qu’il était sincère et absolument naturel.


- Je suis désolée, je ne suis pas toujours très douée… Mais tu sais, j’ai vraiment passé de bonnes vacances, et ça me faisait un peu bizarre ce retour à la normale. Pour être totalement honnête, je ne pensais vraiment pas passer d’aussi bonnes vacances ! Je n’avais même pas prévu de le fêter avec quelqu’un, je pensais rester à Poudlard. C’est toujours mieux que chez mes parents… Scarlett était toujours si honnête avec moi, j’avais envie d’essayer un peu, moi aussi. On ne s’entend pas très bien. Enfin disons plutôt qu’ils n’approuvent pas trop ce qu’ils appellent mon « choix de vie ». Je mimais les guillemets avec mes doigts. Concrètement, ça veut dire ne ramène pas une fille à la maison, mais bon, qu’ils ne s’inquiètent pas, si un jour j’en trouve une, je me garderais bien de l’amener chez eux…

J’avais prononcé ces dernières phrases rapidement, presque qu’un traite, en évitant à moitié le regard de Scarlett tout en paradoxalement le cherchant, parce que je voulais qu’elle comprenne ce que j’essayais de dire, la confession que j’essayais de faire. Je ne cachais pas mes préférences de ce côté-là, mais ma timidité se chargeait à ma place de passer sous silence toute information personnelle. J’avais peur que Scarlett pense que j’agitais ça avec l’idée que puisque nous partagions ce point commun, nous étions forcément similaire, je voulais simplement qu’elle sache, simplement parce qu’au fond cette caractéristique qui aurait dû être la plus banale – comme un groupe sanguin ou un signe astrologique – n’était pas toujours vu ainsi, et… Je ne savais pas trop, peut-être voir une adolescente aussi à l’aise qu’elle avec ça, ou du moins assez pour s’afficher ouvertement, alors qu’à son âge j’en avais été incapable, ça me réchauffait un peu le cœur, ça me faisait apprécier Scarlett un peu plus et je voulais qu’elle le sente.

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Scarlett Dawbson
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MessageSujet: Re: Sous couverture | Rose   Dim 2 Oct - 18:17

- Oui, ça n’a pas l’air simple, mais tu t’en sors très bien, ça ne m’étonne pas que le professeur te propose de dessiner pour lui. Ça doit être agréable d’aborder tes cours à travers le dessin… Tu préfères les dessins réalistes de ce genre, ou tu préfères dessiner des choses plus abstraites ?

Je savais pertinemment que, plus j'étais à même de relancer la conversation et de la prolonger, plus Rose était à son aise elle aussi. En un sens, cela me faisait plaisir : elle ma valorisait sans le savoir, et je ne savais pas trop si cela était lié à son métier de psychologue mais tout dans son attitude, ses gestes, sa voix, sa façon de s'intéresser aux autres, avait quelque chose de valorisant pour la personne en face, comme si elle voulait la faire sentir spéciale... Oui, c'était un peu ça : spéciale. Brusquement, il se produisit alors dans mon esprit une curieuse association d'idées ou plutôt de souvenirs, de souvenirs tellement enfouis qu'ils me frappèrent de plein fouet - j'aurais cru les avoir oublié. Tout d'un coup, donc, cette réflexion à propos de Rose me fit penser à Kelsy, à son originalité et à sa manière d'être, à son regard franc et à cette douceur latente dans ses gestes toujours tournés vers les autres qui avaient fait naître en moi cette sensation d'être tellement spéciale. C'était un peu la même chose que je retrouvais, grâce à Rose... Mais d'une manière beaucoup plus subtile, beaucoup plus saine, qui n'était pas destinée à me faire perdre la tête. C'était merveilleux, justement, quand Rose discutait avec moi de choses et d'autres, j'avais l'impression d'être la personne la plus intéressante et appréciable de la terre, comme une évidence. Je me fis la réflexion alors que Rose était jolie, en plus de tout - sûrement parce que je l'avais associée à Kelsy, et je sentis mes joues s'empourprer un peu de tout d'un coup la regarder ainsi. C'était stupide ; non seulement il ne fallait pas, mais en plus je ne voulais en aucun cas l'associer à mon ex et la trouver jolie pour des mauvaises raisons.

- Ça dépend de mon moral, répondis-je avec un sourire et après un temps de réflexion, plutôt réalistes même si je n'ai pas besoin de modèle, mais parfois quand il s'agit de choses plus... Intimes ou personnelles, c'est vrai que c'est plus abstrait. J'aime beaucoup travailler, les motifs, aussi !

C'était d'ailleurs ce qui me faisait sérieusement penser à en faire quelque chose, à l'avenir, puisque je dessinais des habits depuis toujours ; plus on nous parlait d'orientation et de la suite après Poudlard moins je trouvais de quoi me contenter dans ce qu'on nous proposait... Et plus mon idée germait dans ma tête. Maman trouvait qu'elle était très bonne, et j'étais heureuse qu'elle m'encourage, mais j'avais l'impression qu'il y avait une montagne entre sa conception et sa réalisation.

Un peu perdue dans mes pensées, je n'avais pas perdu de vue le fait que, tout d'abord, Rose avait l'air mal à l'aise de seconde en seconde ou bien au contraire totalement naturelle (c'était un peu perturbant à suive) ni le fait que j'étais là pour une punition et qu'elle... ne semblait pas s'en formaliser plus que cela. De mon côté, le problème était là : je n'avais pas l'impression d'être à ma place à cause de cette hiérarchie imposée, et si hors des murs de Poudlard il avait été un peu plus facile de l'oublier, ici, aujourd'hui, c'était tout autre chose. Je détestais la voix qui répétait dans ma tête que pour Rose je n'étais qu'un bébé, qu'elle ne pouvait pas être mon amie et qu'elle avait d'autres préoccupations en tête qu'une petite élève de sixième année qui en plus avait atterri en retenue.

Je me fis alors la réflexion que ce n'était pas si simple que cela pour moi, cette année, depuis qu'Haruhi, ma meilleure amie, avait quitté Poudlard, ayant terminé ses études. Quelque part, j'étais seule - mes autres amies, comme Taylord par exemple, avaient quitté le château aussi, et Ophelia mise à part, j'étais plus seule que je ne l'avais jamais été. Oh, bien sûr, je n'étais pas à plaindre : j'avais des copines, un bon groupe en classe, j'écrivais à Haruhi tout le temps, Maman n'était pas loin, Ophelia était là - non, vraiment, j'étais heureuse ! Mais une part de moi était un peu triste, regardait en arrière comme si une page s'était tournée, et je me sentis tout d'un coup un peu morose. Un regard dehors me rappela que le temps ne devait pas être pour rien dans la baisse de mon moral ; je me replongeai alors dans le dessin de mon Choux chinois.


- Oh, je comprends, ça doit faire bizarre de quitter tes habitudes avec ta mère pour revenir à Poudlard… Tu vas la revoir pour les vacances de février, non ? Je hochai la tête. Ça va passer vite. Oui, c’était agréable, mais je suis contente de retrouver mes habitudes à Poudlard...

Je souris de nouveau. Parfois, j'avais l'impression qu'elle ne voulait pas parler plus que ça... Et dans ces moments, j'étais repoussée encore une fois dans mes retranchements de petite gamine qui n'avait somme toute pas grand chose à voir avec elle. Voilà pour quoi, sans doute, sans réfléchir, j'avais tenté le tout pout le tout.

- Oh, mais, mais, oui, bien sûr ?! Mais, je… Je… Oui, mais j’avais peur que tu te sentes forcée à me parler parce que je suis ta professeure et avec les vacances, alors je ne savais pas trop, je n’osais pas trop, mais oui, ça me ferait très plaisir, j’adorerais ! Pardon, je m’emmêle les pinceaux, je ne m’y attendais juste pas trop. Ça serait vraiment avec plaisir. Je ne pense pas que ça posera problème, après tout il n’y a pas de mal, on se connait de l’extérieur et puis, nous n’avons pas tant d’années d’écart, c’est normal qu’on… Qu’on s’entende bien.

Outre les premiers instants d'agitation et ses joues qui se colorèrent, je compris alors que je lui avais fait sincèrement plaisir, et un poids s'envola de mon coeur. Chouette ! Elle acceptait, elle trouvait l'idée bonne, ses traits s'apaisaient et soudain je retrouvais la Rose des soirées au Pays de Galles, celle avec qui j'avais ri sincèrement et j'avais eu une complicité qui m'avait surprise, sûrement au moins autant qu'elle.

- Je suis désolée, je ne suis pas toujours très douée… Mais tu sais, j’ai vraiment passé de bonnes vacances, et ça me faisait un peu bizarre ce retour à la normale. Pour être totalement honnête, je ne pensais vraiment pas passer d’aussi bonnes vacances ! Je n’avais même pas prévu de le fêter avec quelqu’un, je pensais rester à Poudlard. C’est toujours mieux que chez mes parents… On ne s’entend pas très bien. Enfin disons plutôt qu’ils n’approuvent pas trop ce qu’ils appellent mon « choix de vie ». Concrètement, ça veut dire ne ramène pas une fille à la maison, mais bon, qu’ils ne s’inquiètent pas, si un jour j’en trouve une, je me garderais bien de l’amener chez eux…

... Ça alors ! Trop surprise, je ne retins pas une expression d'étonnement - et puis au fond, quelque chose prenait tout son sens, peut-être l'avais-je senti, quelque part ? Des remarques, des ellipses, des non-dits, quelque chose d'indéfinissable. Cet aveu, au milieu d'autres, n'eut pas pour effet de me sentir plus proche de Rose mas plutôt plus à même de mieux la comprendre, et il me fit très plaisir.

- Oh, je ne savais pas, je comprends mieux pour tes parents, j'avais cru comprendre que ce n'était pas facile... Tu...

Comment formuler ? Je détestais le côté bête de foire que cela pouvait amener, je l'avais vécu et je savais de quoi je parlais, même si il y avait bien longtemps que je ne m'en préoccupais plus. J'avais envoie de poser mes questions et de parler ouvertement avec elle mais Rose étant Rose et cet aveu venant relativement tard, alors qu'elle savait pour moi, me poussait évidemment à être prudente. Mais d'un autre côté... C'était la première fois que j'avais un modèle de ce genre, une femme plus âgée qui avait traversé les mêmes choses que moi et plus encore, quelqu'un avec qui partager, quelqu'un à qui poser des questions aussi... Car ici mine de rien j'étais plutôt seule avec mes questionnements, et je n'avais pas eu l'occasion de rencontrer assez de filles qui aimaient aussi les filles et qui auraient été assez proches de moi pour que je leur en parle librement. Je posai alors mes crayons et délaissai mon dessin pour me consacrer entièrement à ce qu'il se passait entre Rose et moi, dans ce bureau, où je devais probablement passer l'heure de retenue la plus cool de Poudlard !...

- Je suis désolée qu'ils ne le prennent pas bien, c'est vrai que c'était un soulagement que ma mère l'accepte sans problèmes... Tu l'as su quand ? Comment tu as su ? Tu leur as dit comment ? Est-ce que tu... Tu regrettes ? Tu aimes les deux ? Tu as eu ta première copine quand ?

Oups ; c'était un peu beaucoup, et je posai ma main sur ma bouche avant de croiser le regard de Rose et de rigoler - elle savait que parfois je m'emportais un peu et que je parlais plus vite que je ne le pensais, mais j'étais heureuse et curieuse à la fois de partager tout cela avec elle !

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Rose J. Bosworth
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MessageSujet: Re: Sous couverture | Rose   Jeu 27 Oct - 18:54


J’étais habituée à ces moments où il fallait toujours préciser, ou faire comprendre, ce détail de ma vie qui pourtant n’en était pas un. Les gens partaient toujours du principe que j’étais comme eux, que j’étais intéressée par les gens du sexe opposé, et je ne leur en voulais pas ; je savais que d’une certaine façon c’était la norme. En grandissant, j’avais appris à ne jamais assumer cela chez quelqu’un, à toujours utiliser des pronoms neutres lorsque je discutais des amours avec une personne, parce que je me disais toujours qu’on ne savait pas. La preuve, je n’aurais jamais deviné que Scarlett aimait les filles si je ne l’avais pas vu avec Ophelia. Je me demandais à quel point mon affinité avec elle était lié inconsciemment à cela, bien sûr que je l’avais apprécié rapidement pour qui elle était, sa bonne humeur, sa vivacité et sa douceur, mais évidemment ce petit point commun que nous avions m’avait attiré vers elle, par curiosité. Je me demandais comment elle appréhendait les choses, si elle souffrait de cela parfois, si les gens à Poudlard étaient tolérants, comment elle faisait face à ceux qui ne l’étaient pas… Je savais que nous partagions cette chose qui parfois s’avérait difficile, et je voulais qu’elle le sache. Après tout, nous nous entendions bien, et parfois j’avais envie d’avoir des discussions plus personnelles avec elle, mais à chaque fois quelque chose me retenait. Cette fois-ci, j’osais me faire un peu violence, car je voyais que Scarlett y mettait tellement du sien que j’étais horrible de ne pas rebondir simplement parce que j’étais timide. J’étais fatiguée de cette excuse, et je voulais y mettre du mien.

- Oh, je ne savais pas, je comprends mieux pour tes parents, j'avais cru comprendre que ce n'était pas facile... Tu...

Je lui fis un petit sourire. C’était drôle qu’elle ait compris les sous-entendus sur mes parents, et cela m’ôtait une épine du pied. Ma mauvaise relation avec mes parents était un problème centrale dans ma vie et la source de beaucoup de répercutions désagréables, et j’étais soulagée que Scarlett comprenne d’elle-même ce qui m’était souvent difficile de dire. Du reste, elle ne semblait pas avoir deviné mon attirance pour les filles, mais je vis dans son sourire une sorte de complicité, comme si quelque chose prenait sens, et cela me fit plaisir, m’encourageant dans la voix que j’essayais de prendre en étant un peu plus ouverte sur ma vie personnelle avec elle. Pendant un instant, le fait qu’elle soit mon élève s’envola à nouveau, comme si j’oubliais ce qui me semblait être un détail stupide.

- Je suis désolée qu'ils ne le prennent pas bien, c'est vrai que c'était un soulagement que ma mère l'accepte sans problèmes... Tu l'as su quand ? Comment tu as su ? Tu leur as dit comment ? Est-ce que tu... Tu regrettes ? Tu aimes les deux ? Tu as eu ta première copine quand ?

Les questions avaient fusé, et si pendant un instant je me sentis mal à l’aise d’être le centre de l’attention, Scarlett éclata de rire de s’être emportée et cela m’allégea instantanément, je me mis à rire avec elle. C’était si simple quand les choses étaient ainsi ! Et malgré ma timidité maladive, j’étais flattée que Scarlett s’intéresse à moi, à mon expérience sur le sujet, et cela si légèrement ! J’avais l’impression que tout ce qui entourait ma sexualité avait été si dramatique, des disputes à mes parents à ma thérapie où j’avais évoqué ma difficulté à m’accepter, ou même ces moments avec Kristen où nous nous disputions sur ça, souvent dans mes périodes de manias, parce que je voulais qu’elle me donne une chance, qu’elle m’aime, et qu’elle se défendait en me disant qu’elle n’aimait que les garçons, créant des disputes sur ça, sur nos sexualités… J’avais rarement pu me poser et discuter tout simplement avec quelqu’un que j’appréciais, quelqu’un qui en plus pouvait me comprendre…

Mais j’étais gênée en même temps, car toutes ces questions étaient personnelles mais surtout qu’il m’était difficile d’y répondre en passant sous silence la réalité de ma vie. Mes parents l’avaient su après ma tentative de suicide, parce que tout était venu sur le tapis, et je n’avais pas oublié la phrase de ma mère, ce jour-là, « c’est pour ça que tu es dépressive », et combien cela m’avait blessé sans me surprendre. Mais comment le raconter à Scarlett sans d’abord lui confier mes maladies ? Je ne m’en sentais malheureusement pas capable. C’était trop intime, trop difficile. Comment aussi dire à Scarlett que non, je n’aimais pas les deux mais que j’avais déjà essayé, que je n’avais jamais eu vraiment de petite-amie parce que j’avais passé ma scolarité de Poudlard à coucher avec qui je pouvais, me construisant au passage une réputation peu flatteuse ? Je ne pouvais pas, elle ne m’aurait même pas reconnu si je lui avais parlé de cette Rose qui semblait tout droit sortir d’une série télévisée. J’avais honte, en plus de tout, honte d’avoir été cette fille qui ne trouvait sa valeur que quand on la désirait l’espace d’une nuit, une fille si malheureuse et mal dans sa peau qu’elle acceptait d’être traitée n’importe comment, par n’importe qui… Pourtant, j’étais bien consciente que cela avait été une part de moi, qui influençait d’ailleurs toujours la personne que j’étais aujourd’hui. Une année de thérapie intense m’avait aidé à faire la paix avec cette part de moi, à me détacher de ses travers, mais au fond, j’avais toujours beaucoup de mal à assumer. L’avouer à Scarlett m’aurait trop coûté.


- Je sais que c’est un peu cliché, mais je crois que je l’ai toujours su ? Mais ça a été compliqué car je ne savais même pas que c’était possible quand j’étais enfant, je n’avais aucun modèle autour de moi, et quand j’ai finalement su que ça existait, c’était au travers de mes parents qui m’ont très vite fait comprendre que ce n’était pas des comportements normaux. J’eus un petit sourire triste. J’ai mis du temps à l’accepter, quand j’étais à Poudlard j’ai… Hmm, j’ai un peu essayé des deux, c’était clairement un euphémisme, mais je passais sous silence la réalité de mes années un peu débauchées, mais finalement j’ai bien compris que je ne pouvais développer des sentiments et du désir que pour les filles. Au début je ne voulais pas l’admettre, donc je me suis un peu forcée, alors qu’honnêtement les garçons me dégoûtaient énormément, enfin, dans ce genre de situations. Ça m’a pris du temps, mais finalement j’ai accepté complètement cette partie de moi, même si c’est dur d’avoir grandi avec en tête l’idée que c’est contre nature… Je ne regrette pas de l’avoir dit à mes parents, ça a fini par sortir au bout d’un moment, et nos relations étaient déjà compliquées pour un tas de raisons. Quand j’étais aux Etats-Unis, je n’étais quasiment plus en contact avec eux, nos relations sont cordiales et ils ne les maintiennent que parce que cela ferait mauvais genre auprès de leur cercle de ne plus parler à leur unique enfant. Surtout que depuis mon poste à Poudlard, ils peuvent tirer un peu de fierté de ma vie. J’haussai les épaules. On ne choisissait pas sa famille. Je n’ai jamais vraiment eu de petite amie, enfin, jamais de relations sérieuses. Rien de plus que des filles à Poudlard qui revenaient vers moi régulièrement en soirées lorsqu’elles étaient ivres, et quelques rendez-vous aux Etats-Unis qui n’avaient mené à rien. J’ai passé une bonne partie de mes études aux Etats-Unis à être amoureuse d’une fille qui… Eh bien, n’aimait pas les filles. Ça m’a pris un petit moment pour m’en remettre, me sentir assez stable pour une relation, et depuis je n’ai pas trop eu l’occasion. Voilà, conclus-je.

Tu sais tout, manquai-je d’ajouter, mais cela aurait-été un mensonge.


- Et toi, alors ?! C’est génial que ta mère soit si compréhensive, tu as beaucoup de chance en tout cas ! Tu lui as dit comment ? Ophélia est ta première petite-amie ? Les gens sont plutôt tolérants à Poudlard, vous n’avez pas trop de problèmes ? Demandai-je, réellement intéressée, sentant que cette heure de retenue était en train de se transformer en une soirée de discussion animée, ce qui me donna envie de le faire à fond – d’un coup de baguette, je sortis d’une armoire mon nécessaire à thé et infusions que je laissai dans ma salle, et tendit la boîte avec les petits sachets à Scarlett pour qu’elle choisisse. Quitte à discuter, autant être réellement bien installées !

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MessageSujet: Re: Sous couverture | Rose   Jeu 30 Mar - 17:44

- Je sais que c’est un peu cliché, mais je crois que je l’ai toujours su ? Mais ça a été compliqué car je ne savais même pas que c’était possible quand j’étais enfant, je n’avais aucun modèle autour de moi, et quand j’ai finalement su que ça existait, c’était au travers de mes parents qui m’ont très vite fait comprendre que ce n’était pas des comportements normaux. J’ai mis du temps à l’accepter, quand j’étais à Poudlard j’ai… Hmm, j’ai un peu essayé des deux, mais finalement j’ai bien compris que je ne pouvais développer des sentiments et du désir que pour les filles. Au début je ne voulais pas l’admettre, donc je me suis un peu forcée, alors qu’honnêtement les garçons me dégoûtaient énormément, enfin, dans ce genre de situations. Ça m’a pris du temps, mais finalement j’ai accepté complètement cette partie de moi, même si c’est dur d’avoir grandi avec en tête l’idée que c’est contre nature… Je ne regrette pas de l’avoir dit à mes parents, ça a fini par sortir au bout d’un moment, et nos relations étaient déjà compliquées pour un tas de raisons. Quand j’étais aux Etats-Unis, je n’étais quasiment plus en contact avec eux, nos relations sont cordiales et ils ne les maintiennent que parce que cela ferait mauvais genre auprès de leur cercle de ne plus parler à leur unique enfant. Surtout que depuis mon poste à Poudlard, ils peuvent tirer un peu de fierté de ma vie. Je n’ai jamais vraiment eu de petite amie, enfin, jamais de relations sérieuses. J’ai passé une bonne partie de mes études aux Etats-Unis à être amoureuse d’une fille qui… Eh bien, n’aimait pas les filles. Ça m’a pris un petit moment pour m’en remettre, me sentir assez stable pour une relation, et depuis je n’ai pas trop eu l’occasion. Voilà.

Il n’était évidemment plus du tout question des détails de mon Chou de Chine – je l’avais délaissé pour de bon, glissant mon crayon le long de la feuille. J’écoutai Rose sans en perdre une miette, avide de ce qu’elle avait à me raconter ; en réalité, si j’étais sûre de moi et de mes choix et si j’étais soutenue par mes proches, j’avais grandi avec cela et je m’étais forgé toute seule, et je n’avais pas eu beaucoup d’occasions de partager sur le sujet avec des gens qui vivaient la même chose, encore moins des gens un peu plus âgés. J’avais tellement de questions à lui poser et tellement à découvrir par moi-même ; j’étais surtout très heureuse de pouvoir échanger avec Rose, comme si le fait de savoir que ce détail nous liait était un gage de confiance. C’était idiot bien sûr – cela ne voulait rien dire, et je n’étais pas communautaire, dans un sens ou dans un autre. Mais ce qui était certain, c’était qu’elle ne me jugerait pas comme pourrait le faire certains, et qu’elle me comprendrait sans que j’aie besoin de m’expliquer. Je ponctuai son récit de hochements de tête compréhensifs – elle parlait librement et simplement, comme si en elle un nœud s’était dénoué, et c’était agréable quand elle était ainsi, elle me mettait à mon aise. Peut-être, d’ailleurs, que cette timidité maladive qui émanait d’elle venait de là, après tout ? À bien y réfléchir, j’avais l’impression qu’elle gardait toujours un énorme secret en elle, et que c’était ça qui l’empêchait de communiquer normalement avec les autres. Comme si ses mots étaient surveillés. En tant que professeur, rien ne se voyait, mais depuis que j’avais appris à la connaître de manière plus proche, j’avais parfois l’impression de me heurter à quelque chose d’invisible.

- Et toi, alors ?! C’est génial que ta mère soit si compréhensive, tu as beaucoup de chance en tout cas ! Tu lui as dit comment ? Ophélia est ta première petite-amie ? Les gens sont plutôt tolérants à Poudlard, vous n’avez pas trop de problèmes ?

- Ça me fait plaisir de pouvoir en parler avec toi ! En fait, à part avec Maman, je n’ai jamais eu trop l’occasion d’en parler à un adulte, et encore moins avec quelqu’un qui a vécu ça… Enfin, de toute façon, chacun a son histoire. Je suis désolée d’apprendre que tes parents pensent ça, ça a du être horrible pour toi, je ne sais pas ce que j’aurais fait si Maman l’avait mal pris, enfin, c’est particulier, puisque on s’est découvertes tard, mais bon… Ce n’était pas vraiment le sujet. Je savais que Rose était globalement au courant du fait que j’avais retrouvé ma mère à mes treize ans après qu’elle ait été forcée de m’abandonner à ma naissance à cause de sa famille ; à Poudlard, les professeurs le savaient. Mais je n’en avais jamais parlé à cœur ouvert non plus et si ce n’était pas un sujet que je cachais, je n’avais pas envie de tout mélanger dans la conversation. C’est venu tout seul en fait, je lui expliquais que j’avais été triste à cause d’une fille dont j’étais amoureuse, elle a compris, et quand on en a reparlé toutes les deux elle a été très douce et compréhensive et elle a dit qu’elle était fière de moi et que je devais toujours l’être, et que si les gens avaient des problèmes avec ça c’était eux qui étaient anormaux, pas moi. Ça m’a fait beaucoup de bien.

Je restai un instant songeuse ; comme elle me paraissait loin cette conversation ! Nous apprenions à nous connaître et je l’avais attaquée frontalement… J’avais du mal à croire aujourd’hui comme j’avais pu être horrible avec elle, parce que je lui en voulais. Bien sûr, j’avais mes raisons, mais j’avais oublié dans l’équation qu’elle avait énormément souffert, sous le joug de son horrible famille conservatrice et manipulatrice.


- Non, j’en ai eu une autre avant, hmm… Kelsy, elle était à Gryffondor comme moi. J’étais très amoureuse d’elle, en fait c’est avec elle que j’ai compris que j’aimais les filles ! On a été ensemble un peu, et puis ensuite elle m’a quittée pour une autre, et ça a été très dur. J’ai lu dans un livre que les premiers chagrins d’amour sont souvent les plus durs et c’est vrai, j’ai eu beaucoup de mal à m’en remettre, j’ai été très malheureuse (je passais le reste sous silence) mais heureusement les gens ont été là pour moi. Et puis ensuite il y a eu Ophelia, elle était mon amie et j’ai commencé à avoir des sentiments… Je lui jetai un regard entendu. Tu vois ce que ça fait, c’est difficile, quand la fille en face ne te les renvoie pas. Mais finalement j’ai fini par lui dire franchement, elle s’est éloignée, puis elle est revenue ! J’ai eu de la chance, en fait.

« J’ai eu » ?... J’en avais encore, techniquement, et cette petite idée qui somnolait au fond de moi parut tout d’un coup se réveiller pour saisir à bras-le-corps ce que je venais de dire.

- C’est horrible, je ne sais pas du tout où j’en suis en ce moment avec Ophelia, ça va, tout va bien, on s’entend super bien et tout, mais… Mais j’ai l’impression de grandir sans elle, tu vois ? Que nos chemins s’écartent… Je ne suis plus sûre d’être amoureuse, j’ai beaucoup d’affection pour elle, mais… Comme une amie. Je suis horrible, non ? lui demandai-je à mi-voix.

Pour la première fois j’exprimais ce doute à quelqu’un, alors qu’il me hantait. J’avais quelque part l’impression de trahir Ophelia, mais aussi l’instinct me dictait qu’il fallait absolument que je résolve cette question de doute avant de lui en parler, car ce serait lui faire trop de mal.


- Et pour te répondre, Poudlard est plutôt tolérant de manière générale je trouve, mais il y a toujours des gens stupides, c’est comme partout j’imagine… Ça m’est arrivé de me faire insulter ! Mais je n’ai pas trop de points de comparaison. Au foyer où j’étais avant, ça aurait été un peu plus difficile, je pense. Et toi, tu as eu du mal, à l’extérieur, avec ton entourage, outre tes parents ?

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