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Rage, rage against the dying of the light — S.

 
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 Rage, rage against the dying of the light — S.

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Sacha Winch
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MessageSujet: Rage, rage against the dying of the light — S.   Dim 7 Fév - 23:50

La coque qui venait se fracasser sur la surface de l'eau provoquait des vibrations dans tous ses os, déclenchant des douleurs aiguës et lancinantes jusque dans le coeur même de sa blessure, mais Sacha Winch ne s'en souciait guère. Le rafiot craquait comme s'il allait se briser en deux à chaque vague et tanguait comme un beau diable mais ils étaient toujours sains et sauf, pourtant, deux semaines après le départ ; les vents s'annonçaient de plus en plus chauds, tandis que l'embarcation se coulait dans l'Atlantique Sud après avoir dépassé le Cap Vert. L'humidité à bord avait d'abord été glaçante ; maintenant, elle commençait à devenir chaude, étouffante. Winch, dans sa couchette, sentait un poids sur ses poumons comme s'il n'était plus capable de respirer normalement, maintenant que le froid ne venait plus lui cisailler la peau. Mais la douleur... Qu'était-elle pour un homme qui avait tout perdu ? Qu'était-elle pour un homme dont le royaume s'était effondré avant même qu'il en porte la couronne ? La gangrène, noire, avait gagné tout le haut de son bras et étalait ses pattes velues, comme celles d'une araignée, depuis la base de son épaule jusque vers sa poitrine, visant le coeur qu'elles chatouillaient du bout de leurs veines macabres. Il était devenu complètement handicapé de ce bras, le gauche, qu'il portait en écharpe ; bras qui ne lui répondait plus, mais se contentait de ressentir en puissance tout le maléfice de Magie Noire qui lui avait été lancé. La douleur était insoutenable et, au début, il se rappelait avoir hésité à l'arracher - mais c'était inutile. Pourquoi se mutiler quand le sortilège était là, dans ses veines et dans sa chair ? Une amputation ne pouvait pas stopper la progression, et Sacha Winch était un trop bon sorcier pour l'ignorer. Il fallait des potions puissantes, des charmes, des remèdes purs de magie blanche, des antidotes complexes, qu'il ne pouvait pas se procurer. La vie en cavale ne lui laissait ni l'opportunité de faire les magasins pour trouver les grimoires, les ingrédients et le nécessaire pour confectionner la potion, et encore moins le temps, dans un endroit fixe, pour fabriquer l'antidote. Il ne pouvait plus rien... Absolument rien. Ses propres sortilèges, les quelques potions qu'il avait pu se procurer en volant ou en trafiquant avaient repoussé le moment, la douleur un peu aussi. Mais il n'était pas guéri. Il ne pouvait pas guérir. Le seul avantage de son hideuse blessure étaient qu'une cabine individuelle lui avait attribuée d'emblée - les gens regardaient sa blessure avec une crainte ridicule, tout moldus qu'ils étaient ! Ils craignaient la lèpre, la peste, la contagion, et Sacha Winch ricanait sous cape, se délectant de cette terreur qu'il inspirait. Tant mieux : il avait la paix. Quant à la cabine... C'était un trou à rat, miteux, minuscule, où tenait une simple couchette et une minuscule table, mais elle faisait bien l'affaire. L'homme y passait la majeure partie de son temps, les yeux rivés au plafond moisi et transpirant d'humidité salée. Le vieux bateau craquait de toute son âme autour de lui, mais quelque part ces bruits incessants, sur fond de ressac, avaient quelque chose de rassurant.

Ce n'était pas la douleur, non, qui le terrassait. C'était la mort. C'était cette poignée de jours qui lui restaient, les derniers grains de sable qui s'égrenaient du sablier... Il avait embarqué de Londres voilà deux semaines - les quatorze croix sombres gravées sur le côté, sur le mur, à l'aide de sa baguette, le confirmaient - et au vu de l'avancement des marques noirâtres sur sa peau, il lui restait environ un mois, pas plus. Après cela, le coeur serait touché. Chaque nuit, il rêvait de créatures monstrueuses sortant de l'eau et se déchaînant contre les marins à bord d'un navire secoué par les flots, chaque nuit il rêvait de péril, d'orage et de terreur, et chaque nuit il se réveillait brusquement, en nage, le souffle court, le coeur battant - chaque nuit il priait pour que ses cauchemars recommencent. Tant que son coeur battait, tout était possible.

Winch avait son plan tout tracé, dans sa tête ; parfois quand il rêvassait, combattant cette attente infernale, il faisait défiler des images devant lui à l'aide de sa baguette magique, cette grossière baguette de noyer qu'il avait volée et qui lui répondait de mieux en mieux à mesure qu'il déclinait. Buenos Aires, Argentine ; des images familières pour lui qui avait beaucoup voyagé ; une ville, différents quartiers ; un homme, une femme, plutôt âgés ; une jeune femme, brune aux yeux noirs ; l'océan, une rue, une porte. Et le doux nom exotique de Soledad Ortega de Caldero. Il fallait simplement arriver jusqu'ici.

Il n'avait rien emporté, à part les frusques qu'ils portaient sur le dos, toutes miteuses et rapiécées, faites de couches enfilées les unes sur les autres, et une besace en cuir, lourde de tout les gallions qu'il avait pu y mettre. C'était le prix de sa vie, si tant est qu'il traverse l'Atlantique à temps. Il était, sinon, méconnaissable : la douleur latente avait durci ses traits d'ordinaire séduisants, elle avait décuplé la flamme violente qui brûlait au fond de ses prunelles noires, creusé ses joues, tandis que ses cheveux de jais avaient poussé, en bataille, et qu'une barbe de trois jours, qu'il taillait de temps à autre pour garder un tant soit peu de dignité, mangeait sa peau mate. Mis à à part l'éclat si particulier de son regard noir et le pli volontaire et affirmé de sa bouche, son aspect général montrait un homme fatigué, pauvre, en marge de tout.

À l'intérieur, bien sûr, il fulminait. Il brûlait d'une tornade dévastatrice, refaisant tout dans sa tête, maudissant toutes les erreurs, tous les contretemps, refaisant le monde et poursuivant ses désirs de puissance et de gloire comme autant de délires d'un homme fou qui divague. Car, pour supporter cet état, il avait avec lui quelques fioles d'une puissante potion qui l'anesthésiait, et, surtout, des bouteilles d'un vieux tafia de contrebande acheté à bord, qu'il sirotait jusqu'à sombrer, à oublier, l'espace d'un instant, l'échéance implacable.

Le vingt-deuxième jour, des tâches noires apparurent devant ses yeux.

Le lendemain, il finissait sa dernière bouteille de potion ; le surlendemain, la chaleur étouffante, accentuée par l'absence de vent, fit étrangement office de salut : le navire approchait des côtes.

Le vingt-cinquième jours, le rafiot frotta sa coque usée par les flots sur la grève du port de Buenos Aires. Sacha Winch, après avoir mis méticuleusement sa besace sur son épaule, ôté des couches de vêtements souillées de saleté et d'humidité, endossa simplement sa cape, pour cacher son bras malade, par dessus sa chemise. Les traces noires s'arrêtaient à un centimètre de son coeur.


Buenos Aires — Argentine.


Chaque pas était une souffrance et un effort insurmontable, qu'il accomplissait, la mâchoire serrée à s'en briser les dents, retenant des râles. Le soleil était intolérable : il l'aveuglait et semblait consumer sa peau brune et fiévreuse, tandis qu'il haletait, à la recherche d'un air qu'il ne trouvait nulle part. Il marcha. Comment, combien de temps, il ne le sut pas. Son coeur, probablement déjà altéré dans ses fonctionnalités, battait de manière désordonnée, et quand il arriva devant l'immense villa il sentit ses dernières forces le quitter, et il s'effondra dans la poussière. La terre était brune et sentait l'inconnu, l'étranger, la chaleur brute ; elle était mordante comme un félin avec une petite odeur sensuelle et féminine, aux formes lancinantes. Il pouvait imaginer une silhouette qui montait de la terre, qui modelait dans la chaleur et brillait sous le soleil et se mettait à danser un étrange ballet hypnotisant... Il sentait entre ses dents le goût délicieux de la terre, mais quand il voulut l'avaler entre ses lèvres sèches, le goût changea et devint âpre et métallique comme du sang. Il se demanda s'il avait du sang dans la bouche. Il avait soif. Il ferma les paupières... La terre était tiède, tiède et moelleuse comme un lit, il pouvait s'endormir, là, tout de suite... Mais un cri retentit dans la lourdeur de la fin de journée ; une voix modulée, étrangère, aux accents latins, qui donnait sûrement un ordre. Il ouvrit les yeux, aveuglé par des taches noires et blanches. Non... Pas maintenant... Il ne pouvait pas lâcher prise ici, si près du but...

Sacha Winch s'agrippa à un muret en pierres et se remit sur ses pieds, sans savoir où il puisait ses forces ; il se traîna jusqu'au porche et sonna un temps infini, la baguette à la main, jusqu'à ce que quelqu'un vienne lui ouvrir. C'était une femme inconnue, une domestique évidemment... Elle s'adressa à lui en espagnol et il lui répondit dans la même langue qu'il voulait voir sa maîtresse, señora Ortega de Caldero. Chancelant, il s'appuya contre le mur dans l'embrasure de la porte ; la femme parut terrifiée et courut appeler sa patronne.

Quand elle arriva, un voile noirâtre commençait à lui occulter la vue. Il chancela :


- Señora... Necessito su ayuda... Il fit un pas vers elle, soulevant la besace pleine d'or pour lui donner, et chancela pour de bon, s'agrippant à elle en s'effondrant à ses genoux. Voy a morir si usted no me guarde, mis días están contados... Tengo dinero... Yo sé quien usted es... Ses doigts s'agrippèrent à la peau nue de la jeune femme pour qu'elle approche son visage et il ajouta à son oreille : Je sais qui vous êtes, Goldsmith, sauvez-moi et votre secret sera sauf...

Une lueur flamboyante vacilla au fond de ses yeux d'ébène quand il croisa le regard de la jeune femme, comme un défi ; puis, il glissa sur le sol et perdit connaissance.

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Soledad Ortega de Caldero
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MessageSujet: Re: Rage, rage against the dying of the light — S.   Lun 8 Fév - 3:21

Elle se redressa, l’eau glissant sur sa peau dans un léger bruissement, posa son livre sur le rebord de la baignoire et jeta un coup d’œil à l’horloge au-dessus du miroir. Elle en profita pour s’arrêter sur son reflet avant de s’enfoncer à nouveau dans l’eau chaude dont les vapeurs d’huiles essentielles envahissaient la pièce. Soledad poussa un soupir fatigué et vida son verre de vin avant de se décider à se quitter le confort de son bain pour se glisser dans un peignoir d’un blanc immaculé. Une nouvelle fois, elle jeta un coup d’œil au miroir, contemplant son corps nu. Sur sa poitrine, des traces de griffures étaient encore légèrement visibles, et elle attrapa nonchalamment un pot de crème dans le tiroir. La pâte rose claire se fondit presque instantanément dans sa peau, propageant une douce tiédeur qui effaça les marques. Soledad pinça ses lèvres, satisfaite, et se dirigea vers son dressing où elle avait déjà sorti plusieurs robes. Passant ses doigts fins sur les tissus, elle laissa son esprit vagabonder, se demandant laquelle serait la plus appropriée pour la soirée. Elle eut un sourire amusé en pensant à la présence de Diego, dont elle savait combien il appréciait la petite robe verte, et attrapa la rouge à la place. Il ne méritait aucun traitement de faveur, vu la façon dont il s’était comporté la dernière nuit qu’ils avaient passé ensemble. Peu importe, songea-t-elle. Elle avait d’autres projets en tête pour ce soir, et ils n’avaient pour une fois aucun rapport avec les plaisirs de la chair.

Elle enfila la robe satinée rouge, qui moulait parfaitement son corps et dont l’encolure bateau dévoilait son décolleté qu’elle orna d’un collier en or fin, auquel elle assortit ses boules d’oreilles. Retournant dans sa chambre, s’assit un instant à son bureau, sur lequel trainaient des papiers. Elle les réarrangea, jetant un coup un dernier coup d’œil sur les chiffres qui couvraient les pages, son regard accrochant l’un d’eux qu’elle entoura au crayon, songeant qu’elle devrait y revenir dessus plus tard. Comme à son habitude, elle les classa dans des pochettes qu’elle rangea dans une armoire magique qui, lorsque n’importe qui d’autre l’ouvrait, montrait du linge de maison, et, sous les doigts de Soledad, révélait les secrets bien gardés de son business. Elle referma la porte en bois habillement travaillée, et repartit dans la salle de bain pour finir de se préparer, agitant sa baguette pour coiffer ses cheveux volumineux. Elle se maquilla avec attention, finissant par la touche finale, sa préférée, du parfum, celui qu’elle avait concocté elle-même avec les odeurs les plus envoutantes possible. Elle était fin prête, et elle s’admira, vérifiant tous les détails. Parfait.

Les jeux mondains l’amusaient depuis toute petite, à l’époque où les belles robes et les parures rimaient avec un déguisement, une armure, dans laquelle elle goûtait au luxe et au pouvoir. Ses parents l’avaient éduqué pour être parfaitement présentable, pour connaître toutes les convenances, et Soledad avait appris à les utiliser. Mais au-delà des jeux de conquêtes, autant dans le domaine du travail que de la séduction, elle appréciait les délices matériels de la vie, la nourriture, la bonne musique, le tango, l’alcool, la drogue parfois, simplement pour le frisson ; toutes ses mondanités étaient des terrains à explorer et où elle pouvait trouver de quoi lui servir. Ce soir, elle avait prévu d’attraper dans ses filets un investisseur qui, bien qu’il soit intéressé et riche, était sur la retenu dans son investissement financier, au grand agacement de Soledad. Mais les affaires étaient les affaires, et cela tombait bien, elle était douée pour cela, et elle ne comptait bien tirer quelques ficelles pour transformer l’homme en marionnette…

Soledad leva un sourcil. Quelqu’un venait de sonner, et pourtant, elle n’attendait personne. Elle tendit une oreille distraite, tandis qu’elle enfilait ses talons. De l’entrée lui provint la voix de Josefina, qui semblait presque affolée et l’appelait.

- Sí, espera un momento, lança-t-elle.

Elle finit de mettre ses chaussures et descendit les escaliers. En bas de ceux-ci, Josefina attendait, et lui parla rapidement d’un homme étrange à la porte, en très mauvaise état, lui demandant s’il fallait qu’elle appelle quelqu’un. D’un geste de main, elle la fit taire. Elle était habituée à la visite inattendue et si l’homme était aussi mal en point que Josefina l’affirmait, il n’y avait rien à craindre ; mais il n’avait pas intérêt à mourir sur son perron le soir d’un repas aussi important, songea Soledad avec un sourire amusé. Arrivant à la porte, elle sentit ses yeux s’écarquiller légèrement, bien qu’elle maintenu une expression impassible comme à son habitude. L’homme était effectivement… Sale fût la première pensée de Soledad, mais bien vite elle remarqua son bras blessé. Elle tiqua. Vendre sur le marché noir des potions ne la transformait pas en hôpital, tout de même.

- Señora... Necessito su ayuda...

Soledad avisa un pas en arrière, dégoûtée de l’apparence de l’inconnu, mais il lui tendit une besace dont l’intérieur cliqueta, son qu’elle connaissait très bien… L’instant de flottement fût suffisant à l’homme pour s’agripper à elle avant de s’effondrer.

- Voy a morir si usted no me guarde, mis días están contados... Tengo dinero... Yo sé quien usted es... Les mains sales sur la peau de Soledad la firent frissonner de dégoût, mais elle se pencha sous la poigne étrangement forte de l’homme, qui semblait animé par le désespoir de son état.
Je sais qui vous êtes, Goldsmith, sauvez-moi et votre secret sera sauf...

Et il s’évanouit. Soledad leva les yeux au ciel. Eh bien, ça pour une entrée triomphale…

- ¡Vaya momento has elegido! Lâcha-t-elle à l’attention de l’homme inconscient. Mais à l’intérieur, le cœur de Soledad s’était contracté l’espace de quelques secondes. Goldsmith… Peu importe qui était cet homme, il savait un secret pourtant bien gardé, et elle ne pouvait ni le laisser là, ni le laisser aux mains d’un de ses employés. Cela aurait aussi sûrement fait désordre, un mort devant sa porte. Soledad avait toujours eu comme devise de faire profil bas dans ce genre d’affaires, ce qui avait rendu la mafia qu’elle avait construite discrète et efficace. Josefina, llame Alejandro, ordonna-t-elle. Y Félix también... Dile que voy a llegar tarde. Quelques minutes plus tard, Alejandro rentrait par la porte de derrière, accompagné par Josephina qui lui expliquait rapidement la situation.
J’ai de la compagnie imprévue et urgente. Je vais avoir besoin d’un guérisseur de confiance, mais pas de nos rangs, car ceci reste entre nous et seulement nous, compris ? Peux-tu me trouver ça dans la demi-heure ?

Alejandro approuva d’un signe de tête, comprenant comme toujours l’urgence et le besoin d’efficacité. D’un coup de baguette, Soledad fit léviter l’homme inconsciemment et d’un signe de tête, montra à Josefina la besace pour qu’elle la prenne. A l’étage, au fond du couloir, se trouvait une petite infirmerie, vestige du temps où Soledad faisait elle-même les remèdes ou les expérimentait. Elle fit redescendre l’homme doucement sur le divan d’examen. Elle enfila une blouse, des gants et surtout un masque. Non seulement elle ignorait ce qui rongeait l’homme et la possible contagion, mais l’odeur qu’il dégageait était absolument abominable. Il avait de la terre sur son visage émacié, sous ses ongles, du sang avait séché sur son menton, il était habillé en haillon… Mais non seulement il avait une besace bien remplie, mais il savait également qui Soledad était. Goldsmith, le nom de famille de sa mère, avant qu’elle ne change d’identité… Maîtresse de ses émotions, Soledad n’était pas plus paniquée que ça, mais elle était sur ses gardes. Les visites de personne connaissant sa réelle identité étaient rares et c’était surtout rarement bien fini. Pour les personnes plus que Soledad, d’ailleurs.

D’un coup de baguette, elle ôta les habits de l’homme. Ce qu’elle vit sur son avant-bras droit lui fît pousser un soupir. La marque des mangemorts… Ceci expliquait cela, probablement. Quant au bras blessé… C’était de la magie noire assez impressionnante. Les veines noircies s’étendaient, formant des ramifications qui remontaient quasiment jusqu’au cœur. Encore une fois, ceci expliquait cela. Soledad entendit un bruit, et comprit qu’Alejandro était revenu avec quelqu’un. Quelques instants plus tard, il pénétra dans la pièce avec une femme à la peau foncée et aux cheveux crépus, qui avait un visage impassible.


- Il va falloir faire des tests, mais il nous faut absolument une potion pour stopper la progression, du moins temporairement. Alejandro, transplane jusqu’à l’appartement et récupère ce qu’il faut. Il disparut quelques minutes pendant lesquelles la guérisseuse et Soledad commencèrent à s’affairer, puis réapparut, les bras chargés de plusieurs fioles et boites. Vale, vamos, murmura Soledad, plus pour elle-même.


Six jours plus tard.



- Il reprend conscience, indiqua Josefina, qui venait d'entrer dans le salon.
- Ya era hora, murmura-t-elle d’un ton amusé en reposant le journal qu’elle était en train de lire, assise sur le canapé.
Prépare-lui du thé, et monte lui dans sa chambre.

Soledad se leva, un sourire énigmatique sur les lèvres. Enfin, l’homme mystérieux reprenait connaissance ! Après six jours de soins intensifs, il était temps ! Ses talons claquant sur le sol, elle monta les escaliers, réajustant sa robe en lin blanc qui moulait vaporeusement son corps. Elle se dirigea vers l’une des chambres d’ami dans laquelle elle avait installé le visiteur devenu invité sous la contrainte, après s’être assuré qu’on lui fasse prendre un bain. Elle pénétra dans la pièce dont Josefina avait laissé la porte entreouverte après avoir déposé du thé sur la table de chevet. Légèrement redressé sur les cousins, le mystérieux homme avait l’air un bien meilleur état, malgré les diverses perfusions qui injectaient remèdes et nourritures liquides dans ses veines. Cependant, Soledad avait fait venir un barbier qui s’était occupé de le remettre un peu à neuf, et on pouvait à présent voir ses traits. La lueur flamboyante dans ses yeux qui avait été si marquante lors de son arrivée était toujours présente. Soledad s’approcha du lit à baldaquins et appuya légèrement le dos sur l’un de ses piliers en bois, toisant l’homme allongé.

- On peut dire que vous savez faire des entrées qui se remarquent, s’amusa-t-elle. Mais la politesse ne semble pas être votre fort, puisque vous n’avez pas daigné vous présenter, Señor… ?

Elle laissa sa phrase en suspens, faisant un léger signe du menton vers l’homme, l’invitant à enfin dévoiler sa mystérieuse identité sur laquelle Soledad spéculait depuis quelques jours.

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Sacha Winch
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MessageSujet: Re: Rage, rage against the dying of the light — S.   Sam 13 Fév - 18:32

Les jours passèrent sans que Sacha Winch ne s'en aperçoive - il ne rêva pas, dans sa léthargie si proche de la mort implacable, dans ce brouillard de faiblesse et d'impossibilité d'agir de réfléchir. Au bout d'une petite semaine seulement ses sens s'éveillèrent et ses songes réapparurent sous la forme d'un océan déchaîné, noir comme de l'encre et mauvais comme le Diable qui s'agitait dans tous les sens et contre lequel il devait lutter, tant bien que mal, le bras comprimé dans une écharpe qui entravait ses mouvements. Il rêva d'iode, de sel, de bateaux fracassés sur les écueils, de corps flottants à la dérive, de poissons monstrueux et de pirates sanguinaires, il rêva d'un milieu sans cesse tanguant et instable, il se gorgea d'eau et d'humidité poisseuse qui se transforma en une espèce de gel qui l'engluait complètement - quand il s'éveilla, doucement d'abord, puis complètement, sa première respiration fut une quête d'un air sec et chaud, enfin après ces jours d'errance.

La première chose qu'il vit, parmi toute cette luminosité, fut l'océan calme et nonchalamment étiré jusqu'à l'horizon, se noyant dans le ciel bleu et brillant sous le soleil. Winch émit un grognement et détourna le regard, ce léger mouvement lui provoquant une série de douleurs dans tout le haut du corps... Et dans le bras. Son bras ! Tant bien que mal, il se redressa, guettant sur la couverture une confirmation de ce qu'il avait ressenti : son bras blessé était toujours là, à moitié découvert par la chemise légère en lin clair qu'il portait, et si la peau était encore étrangement grise, les horribles traces noires et mortelles s'étaient estompées et semblaient disparaître à l'inverse de comme elles étaient apparues, depuis son coeur vers sa main, pour s'enfuir par ses doigts et disparaître... Il sentit son coeur battre puissamment dans sa poitrine, de manière très régulière. Sauvé ! Il était sauvé ! Et cette idée lui donna une sorte de vertige - le vertige du bonheur de l'homme qui se croit perdu et renaît d'un coup de ses cendres, le vertige de celui qui avait tout dans le creux de sa main et, après l'avoir laissé s'envoler, remet la main dessus. Très vite, son oeil vif analysa le décor qui l'entourait : une chambre au mobilier et au linge de qualité, un espace grand et clair, une vue sur la baie, des odeurs délicates... Pas de doutes : il était chez la femme qu'il était venue chercher, celle à qui il avait remis sa vie dans un dernier sursaut désespéré. Ainsi, elle avait accepté et l'avait soigné ; il comprit tout de suite qu'il allait lui être redevable, mais qu'aussi, la menace sur son identité avait fonctionné. La question, désormais, était de savoir si de son côté, la jeune Ortega avait trouvé sa propre identité à lui, ou s'il avait été impossible de le reconnaître malgré la Marque des Ténèbres tatouée sur sa peau... Il voulut porter la main à son visage car il sentait qu'on l'avait rasé, coiffé, nettoyé, mais il ne réussit seulement qu'à grimacer : c'était un geste trop conséquent pour l'instant.

Dans cette pièce salvatrice, il était seul. Il se demanda combien de personnes avaient défilé, qui lui avait prodigué les soins, et surtout, quelle était la date d'aujourd'hui. Combien de temps avait-il passé entre la vie et la mort ? Il peinait à se souvenir exactement d'avoir perdu connaissance... Il se souvenait du trajet en bateau comme d'un cauchemar aux échos presque surnaturels... De cette douleur sourde, de son coeur instable... De l'atmosphère brûlante de Buenos Aires... D'avoir marché dans la foule... De ses paupières lourdes... Du parfum de la terre brune et épicée... D'un visage encadré de longs cheveux bruns... Et puis plus rien. D'autres images, folles, dénuées de sens, se mêlaient à son récit, et il comprit qu'il ne saurait jamais quelle vision était juste ou fausse, car l'aliénation avait pris possession de lui à ce moment-là. Sa bouche était sèche ; il chercha alors du regard autour de lui, et vit sur la table de nuit une cruche et un verre ouvragé, mais il ne se sentait pas de bouger autant et ferma les paupières de lassitude - puis s'endormit à nouveau.

Deux heures plus tard, le mouvement de Josefina qui s'affairait autour de lui l'éveilla de nouveau. Dardée de deux yeux sombres et dont la vivacité contrastait avec la convalescence de l'homme, elle se contenta de le saluer et courut chercher sa maîtresse. Winch comprit qu'il allait enfin en savoir un peu plus.


- On peut dire que vous savez faire des entrées qui se remarquent, dit la femme qui venait de faire irruption dans la pièce. Elle était de taille moyenne, élégamment habillée, attirante. Ses yeux sombres s'accordaient à ses cheveux épais et noirs. Sacha Winch lui trouva tout de suite cette prestance particulière aux espèces dignes d'attention. Mais la politesse ne semble pas être votre fort, puisque vous n’avez pas daigné vous présenter, Señor… ?

Son accent hispanique était délicieux et lui arracha un sourire. Ses cheveux coupés et sa barbe rasée, son visage apparaissait à nouveau ; plus émacié et éteinte qu'à l'ordinaire cependant. On devinait l'homme qu'il était et la présence qu'il pouvait avoir, ce charme magnétique qui siégeait au fond de ses prunelles ; la maladie n'avait pas tout éteint et il semblait être tapi dans sa propre ombre, prêt à surgir de nouveau une fois récupérée la pleine possession de ses forces et de ses pouvoirs. Néanmoins, quand il parla, sa voix, qu'on aurait pu penser faible, résonna d'une manière bien surprenante pour un homme alité qui avait vu la mort de si près - à peine était-elle un peu plus rauque et grave que d'habitude.

- Sacha Winch, susurra-t-il, sondant sans ciller le visage de son interlocutrice qui laisserait sûrement paraître ce qu'elle savait à l'évocation de ce nom plutôt tristement célèbre... Veuillez excuser mon incorrection, Señora, car si je savais combien on est bien traité ici, j'aurais tenu à ne pas froisser votre bonne éducation.

Il sourit d'un air à la fois un peu mauvais et un peu provocateur - que pensait-elle de lui, cette femme qu'il avait menacée en guise d'introduction ? Il restait sur ses gardes mais s'amusait en un sens de la situation ; il poussa alors le vice jusqu'à lui indiquer la théière d'un regard et la pria :

- Seriez-vous assez aimable pour me servir à boire ? J'ai bien peur de ne pas encore en être incapable...
Puis il ajouta : Et pourriez-vous m'indiquer la date d'aujourd'hui ?

La suivant du regard, il se demanda ce qu'elle avait de tout l'argent qui se trouvait dans sa besace - le seul effet personnel qu'il avait dans son champ de vision était, sur la petite table, la baguette magique en noyer qui faisait office de remplaçante à celle qu'il avait perdue et dont il regrettait la formidable puissance.

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Soledad Ortega de Caldero
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MessageSujet: Re: Rage, rage against the dying of the light — S.   Mar 23 Fév - 0:21

Soledad avait spéculé, analysant méthodiquement le peu d’informations qu’elle avait sur l’homme. Il avait un accent anglais très prononcé, un peu prétentieux, celui des gens de bonne famille, qui allait avec la somme de la besace. La marque sur son avant-bras soulignait ce que la blessure laissait deviner, une association avec la magie noire, mais ce qui étonnait Soledad, c’était combien de temps avait été laissé le bras dans cet état. Elle était assez experte en matière de blessure, surtout de ce type, pour voir que cela faisait des années qu’elle se propageait le long du bras, s’incrustant dans la chair, rendant plus difficile et lente la guérison. Pourquoi avait-il attendu autant de temps pour s’en occuper ? Evidemment, il ne pouvait pas se présenter à n’importe quel hôpital, mais les Mangemorts avaient habituellement un réseau assez conséquent. Soledad avait déjà fait affaire avec certains d’entre eux, et elle les trouvait plutôt inintéressants, mais efficaces, capables de soigner des blessures graves. L’homme fuyait-il donc son propre clan ?

Mais ce qui intriguait Soledad, c’était pourquoi être venu jusqu’ici. Bien sûr, elle avait une réputation en matière de potions de guérison, mais si l’homme débarquait ici dans un tel état, c’est qu’elle était son dernier recours. Pourtant, d’autres sorciers, anglais d’ailleurs, auraient accepté de le soigner pour une somme moins conséquence. Soledad flairait quelque chose derrière, probablement lié à son identité, puisque le blessé avait bien fait comprendre qu’il la connaissait. Mais elle n’était pas inquiète, pour le moment. Vu l’état du visiteur, il n’était pas en position de force. Soledad n’aimait pas se salir les mains, mais elle n’hésiterait pas un instant si elle avait à en venir à tel recours. Elle avait d’ailleurs glissé quelques mots à Alejandro, son second, l’informant qu’il fallait être méfiant dans les prochains jours. Il ignorait lui-même l’identité de sa patronne, avec qui il entretenait pourtant des relations privilégiées, mais il comprenait les dangers non-dits, et Soledad savait qu’elle pouvait lui faire confiance pour assurer la sécurité dans sa propre villa – où Alejandro vivait d’ailleurs lui aussi, dans une dépendance dans le jardin. En tout cas, elle l’avait prié de se renseigner discrètement, voir si d’autres personnes à Buenos Aires avaient rencontré l’homme, mais les bruits de couloir n’avaient rien donné. Le mystère restait entier, et quand Soledad pénétra dans la chambre, elle sentit un frisson d’excitation parcourir sa peau hâlée. La suite promettait d’être intéressante, et si elle garda ses bonnes manières, elle ne tergiversa pas, allant droit au but : qui était cet homme ?


- Sacha Winch.

Soledad avait appris à masquer la surprise, et resta impassible, ses pupilles brillant seulement d’un éclat intrigué. Winch… Voilà qui expliquait bien des choses ! Mais que diable venait-il faire ici… Elle le croyait mort, d’ailleurs, puisque depuis sa chute, personne ne semblait l’avoir revu. Soledad avait suivi de loin les affaires politiques anglaises qui s’étaient déroulées à Poudlard. Elles avaient résonné jusqu’à Buenos Aires, donnant à certains des envies de rébellion et de pouvoir. Evidemment, la suite des événements avaient calmé les ardeurs, ce qui avait amusé Soledad. Elle était beaucoup trop indépendante pour s’affilier à un groupe où elle aurait été le larbin d’un prétendu Lord qui semblait incapable de tenir tête proprement aux Aurors. Sacha Winch avait été vaincu à Poudlard même, où il était pourtant en territoire conquis… Et maintenant il s’échouait à sa porte, avec des menaces et une blessure mortelle… Soledad eut un petit sourire. Il ne lui faisait pas peur.

- Veuillez excuser mon incorrection, Senora, car si je savais combien on est bien traité ici, j’aurais tenu à ne pas froisser votre bonne éducation.

Soledad lui fit à nouveau un sourire faux, hochant la tête, comme pour dire « mais oui, bien entendu ». La voix de Winch était basse, grave, et étrangement envoutante. Il avait cette impertinence des gens qui connaissent les conventions et savent en jouer, ce qui amusait et attirait Soledad, qui ne refusait jamais une petite joute verbale, placée sous le prétendu signe de la bienséance. C’était amusant. Sacha avait presque failli perdre la vie, mais cela n’avait pas l’air de le rendre reconnaissant. Bon, après tout, songea Soledad, il avait payé pour un service et avait eu ce qu’il voulait. De la part de quelqu’un comme lui, elle ne s’attendait pas à des courbettes ou des compliments.

- Seriez-vous assez aimable pour me servir à boire ? J’ai bien peur de ne pas encore en être capable. Et pourriez-vous m’indiquer la date d’aujourd’hui ?

Eh bien, il semblait décider à continuer son petit jeu, peu importe son bras en écharpe, ses perfusions ou sa mine fatiguée. Il voulait la traiter comme une servante ? Elle eut un rire silencieux à cette pensée. S’il connaissait son identité, il ne connaissait pas encore son tempérament. Soledad sonda son regard d’un noir abyssal, et lui accorda un nouveau sourire poli.

- Mais bien entendu, Sacha, glissa-t-elle de sa voix mélodieuse. Elle s’approcha, se penchant pour verser le thé fumant dans une tasse, laissant entrevoir la peau nue de son décolleté. Nous sommes le 21 décembre. Elle porta la tasse aux lèvres de l’homme alité. Le liquide était encore brûlant, elle le savait, et elle inclina la tasse jusqu’aux lèvres de Sacha d’un geste précis et vif. Evidemment, le thé chaud le brûla, éclaboussant légèrement son torse. Oh, lo siento, dit-elle d’une voix faussement désolée. Elle reposa la tasse et passa son doigt sur la peau de Sacha pour essuyer le liquide qui avait coulé. Elle porta le doigt à ses lèvres et le lécha, jetant un regard amusé à Winch. Laissons donc le thé refroidir, vous êtes déjà assez en mauvais état comme ça, ce n’est pas la peine de vous brûler par-dessus le marché.

Dans un coin de la pièce se trouvait une chaise que Soledad fit voler d’un coup de baguette, pour s’installer au chevet de Sacha. Elle en profita pour se verser du thé également – Josefina avait monté une deuxième tasse – et regarda quelques secondes les volutes de vapeur qui s’effaçaient dans l’air, avant de se tourner à nouveau vers Winch. Ses yeux brillaient d’un éclat malsain, pareil à celui des iris de Soledad, et elle comprit rapidement qu’ils étaient tous les deux fait de perversions sûrement similaires. Elle lui sourit à nouveau.

- Bueno,
que me vaut votre visite ? Vous n’avez réussi à trouver personne en Angleterre pour s’occuper de votre bras ? Après tout, je suppose que vous n’êtes pas le bienvenu partout. Elle eut un sourire amusé. Mais venir jusqu’en Argentine, tout de même. Ça n’a pas amélioré votre état… Je me doute que vous aviez autre chose en tête, au point de risquer votre vie ainsi. Le thé avait refroidi, et elle ensorcela l’une des tasses pour qu’elle vole jusqu’à Sacha. Vous allez réussir à boire tout seul, ou dois-je appeler ma bonne ? Elle le provoquait, bien sûr. Elle prit elle-même une gorgée de thé, qui glissa dans sa gorge et la réchauffa. Alors, que voulez-vous Winch ? Demanda-t-elle d’une voix ferme.

Elle plongea son regard dans celui de son interlocuteur sans ciller, bien décidée à en savoir plus, sans pour autant laisser transparaître la curiosité qui l’habitait à présent.

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MessageSujet: Re: Rage, rage against the dying of the light — S.   Ven 26 Fév - 17:52

Ses sens s'éveillaient peu à peu, comme une fleur qui s'ouvre au petit matin, mais ils semblaient engoncés dans une nappe de brouillard dense et lourd, lourd de cette humidité atroce qu'il avait respirée pendant des jours et des jours. Il semblait à Sacha qu'il ne se débarrasserait jamais de cette horrible sensation, de cette odeur de bois moisi et de tout l'habitacle imbibé d'iode qui lui donnait à présent l'envie d'étouffer, malgré l'étonnant contraste de l'environnement dans lequel il s'était réveillé. L'océan, par la fenêtre, brillait toujours, immobile et lascif. Sacha Winch avait l'impression que ses sens, ses pensées, son esprit étaient étroitement contenus dans un linceul médical qu'il était obligé de laisser pour le moment, forcé d'attendre la guérison. Son bras ne le lançait plus mais il sentait encore des picotements au bout de ses doigts, comme si les restes du sortilège se débattaient jusqu'au bout pour tuer ce corps qu'ils avaient bien failli anéantir. S'il se sentait au moins un peu reposé, cet état général de fatigue et de faiblesse le frustrait au plus haut point ; après tant d'années d'errance, dans l'ombre, honteux et caché, voilà que le salut était arrivé et qu'il ne pouvait même pas se redresser comme il le voulait. Ses envies de pouvoir et de puissance n'étaient pas anéanties, bien au contraire, mais tous les moyens qu'il avait en sa possession étaient clairement réduits de moitié, pour l'instant, ce que l'ancien chef de Mangemort vivait comme un nouvel échec. S'il en avait eu la force, il aurait serré les dents de toutes ces furieuses déconvenues : Poudlard... La mission... La bataille... Et puis cette fuite honteuse, le démantèlement de son équipe, la disparition du Maître... Tout avait été un épouvantable échec, parce qu'ils n'avaient pas su regrouper leurs forces, parce qu'ils n'étaient qu'un tas de bons à rien, et c'était Winch aujourd'hui qui en portait le chapeau... Ah ! Si seulement il avait pu mieux s'entourer ! La solitude et la maladie lui avaient permis d'étudier le problème sous toutes ses coutures et dorénavant, il savait. Il savait que lui et lui seul devait être responsable de ce qu'il accomplissait. La grandeur n'avait jamais, avec autant de puissance, autant miroité sous ses yeux ; assez paradoxalement, il ne s'était jamais senti si près du but.

Sous son aspect brûlant, sous sa peau basanée, et malgré sa peau chaude et envoûtante, Sacha Winch possédait cette étrange faculté de recul et de froideur vis à vis de tout ce qui l'entourait, ce qui avait probablement été la raison de sa survie. Les mauvais côtés de cette facette de sa personnalité n'existaient pas pour lui, mais pour les autres : ses émotions étaient majoritairement inexistantes.

Au milieu de cette chambre soignée et aseptisée, la jeune Ortega se détachait d'une manière assez particulière, alors qu'elle avait pourtant tout pour se fondre dans le décor exotique de Buenos Aires - il crut à tort qu'il bénéficiait pour l'instant de cette aura de mystère et de menace suffisant à la tenir à distance et, quelque part, sous son joug...


- Mais bien entendu, Sacha. Elle prononça son prénom différemment, avec son accent, et il comprit dans son intonation qu'elle situait sans hésitation qui il était. Nous sommes le 21 décembre.

Ainsi, il avait sombré si longtemps... Mais c'était logique : une telle dose de magie noire ne peut pas s'envoler en moins de cinq ou six jours, calcula-t-il froidement. Alors, seulement, il mesura l'étrange décalage de l'air tiède et du ciel pur au-dehors avec la fin de l'année. En Angleterre, il devait faire froid, sombre et humide, et tout son corps sembla se crisper à cette idée. Comme elle s'approchait pour le servir, elle s epencha et il eut tout le loisir de porter son regard à des endroits qu'il n'était pas sensé voir. La suite se passa trop rapidement : elle s'approcha - son odeur était chaude et envoûtante, bien plus corsée qu'il aurait pu imaginer - et porta la tasse à sa bouche, mais le liquide trop chaud le brûla et quelques gouttes tombèrent sur sa peau.


- Oh, lo siento,
mentit-elle, car elle avait évidemment fait exprès, probablement bêtement vexée dans son trop gros orgueil par la requête de Sacha. Il détesta tout d'un coup son accent un peu chuintant, et lui envoya un regard noir et pénétrant, tandis qu'elle avait l'étrange réaction de passer son doigt sur le torse de Winch pour essuyer le thé et le porter à sa bouche... Malgré lui, il sentit sa peau frissonner, tandis que le geste l'hypnotisa un court instant. Laissons donc le thé refroidir, vous êtes déjà assez en mauvais état comme ça, ce n’est pas la peine de vous brûler par-dessus le marché.

Pour la première fois, il la regarda d'un autre œil - pas comme si elle avait été son égale mais comme un adversaire de taille et donc forcément un allié intéressant.

- Vous êtes décidément trop aimable, susurra-t-il avec un regard brillant qui indiquait autant son amusement que son mépris passager pour cette femme qui profitait de son infirmité.

- Bueno, que me vaut votre visite ? Vous n’avez réussi à trouver personne en Angleterre pour s’occuper de votre bras ? Après tout, je suppose que vous n’êtes pas le bienvenu partout. Mais venir jusqu’en Argentine, tout de même. Ça n’a pas amélioré votre état… Je me doute que vous aviez autre chose en tête, au point de risquer votre vie ainsi. Vous allez réussir à boire tout seul, ou dois-je appeler ma bonne ?

- No merece la pena molestarle para tan poco, susurra-t-il en regardant toujours la jeune femme fixement, sans ciller. Il se mit à boire son thé tranquillement à son tour, laissant planer un long silence qui ne l'incommoda guère, comme s'il avait été seul. Le geste de porter la tasse à sa bouche lui faisait un mal lancinant dans tout le haut du corps, mais il ne laissa absolument rien paraître.

- Alors, que voulez-vous Winch ?

Sacha Winch connaissait trop bien les faiblesses humaines pour ne pas saisir la curiosité qu'il avait éveillée chez l'Argentine - en la surprenant ainsi il avait la main mise sur elle, et se délecta, comme un prédateur qui vient d'achever sa proie d'un coup de crocs, de cette situation. Il n'était pas assez bête pour croire que tout était joué d'avance et qu'elle lui mangerait dans la main dans l'instant, comme aurait pu le faire une femme plus jeune ou plus influençable, mais il savait qu'en menant bien sa barque il avait de quoi l'attirer vers des sommets bien plus hauts qu'elle ne pouvait même concevoir.

- Beaucoup de choses, commença-t-il avec un sourire bref et un regard perçant, lancé à la circulaire. Il me faudrait une nouvelle baguette, celle-ci est trop faible. Il y a suffisamment de Gallions dans ma besace pour la payer - en plus de ce que je vous dois, bien sûr, ajouta-t-il d'un air entendu et volontairement obséquieux.

C'était presque ce qui le préoccupait par-dessus tout car sans outil pour exprimer sa puissance, tout était médiocre - pour le reste, il n'avait pas encore assez de cartes dans son jeu pour se permettre trop d'insolence. Il continua, de sa voix basse, si basse que malgré le silence absolu de la pièce il fallait tendre l'oreille pour la saisir :


- Pour le reste, Señora, vous vous doutez bien qu'il va être un peu plus délicat de tout vous dévoiler. Simplement, vous connaissez mon nom et ma réputation, et il s'avère qu'aujourd'hui vous êtes en capacité de m'aider ; le temps venu j'imagine que vous serez sûrement intéressée par ce que je peux vous proposer - ne vous inquiétez pas, votre secret est sauf avec moi.

Il sourit de nouveau, d'un sourire qui n'avait rien d'amical et qui signifiait clairement : « pour l'instant ».

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MessageSujet: Re: Rage, rage against the dying of the light — S.   Sam 5 Mar - 22:31


Tandis qu’ils buvaient chacun leur thé, un silence s’était installé, chargé d’une électricité particulière. Soledad croisa ses jambes, le tissu léger de sa robe bruissant contre sa peau, et elle s’installa plus confortablement sur son siège, défiant du regard l’homme face à elle. Son regard d’un noir d’encre la sondait aussi, mais elle ne cillait pas, au contraire, son regard pétillait presque de malice devant ce jeu de regard. Le visage de Sacha était impassible, mais elle devinait que le geste qu’il effectuait pour boire devait le lancer, et elle cherchait presque un tiraillement sur ses traits, témoin de la douleur sous-jacente. Que ressentait-il ? Elle se délectait de ce visiteur importun soit remis à sa place d’une manière ou d’une autre, mais elle était aussi intriguée, attirée même, par ce mal qui devait le ronger et contracter son corps – Soledad mordit l’intérieur de sa joue discrètement, sentant un picotement familier l’envahir et elle eut un petit rictus satisfait. Elle songea à Andreas, qu’elle devait voir ce soir, à sa chambre qui recelait tant d’accessoires et de surprises pour ses sens, et elle sentit quelque chose s’agiter dans le bas de son ventre, comme toujours. Son petit plaisir solitaire de la matinée lui avait ouvert l’appétit, et elle songea que le visage émacié mais particulièrement séduisant de Sacha ne faisait qu’alimenter sa faim. A nouveau, elle bougea légèrement ses jambes, serrant ses cuisses, sentant l’intérieur de ses cuisses frotter subtilement, provoquant une série de frissons très légers.

- Beaucoup de choses. Il me faudrait une nouvelle baguette, celle-ci est trop faible. Il y a suffisamment de Gallions dans ma besace pour la payer - en plus de ce que je vous dois, bien sûr.

Soledad leva un sourcil, jetant à l’homme un regard perçant qui répondait au sien. Il ne manquait pas d’air ! La besace d’or payait pour ses services seulement, et il n’avait jamais été question d’y toucher pour une nouvelle baguette. Soledad n’aimait pas que l’on revienne sur un accord déjà passé – peu importe si Winch avait été à moitié mort au moment de lui donner l’argent et de lui demander son aide. Mais si Soledad avait appris une chose de son business, c’était qu’il fallait choisir ses batailles. Les conflits empoissonnaient les affaires, et il fallait faire des concessions pour arriver à ses fins lorsque nécessaire. Après tout, la besace était en effet bien remplie. Mais Soledad n’aimait pas les hommes qui ne tenaient pas leur parole, et si elle se doutait que derrière ses grands airs polis, Sacha était un magouilleur, elle venait d’en avoir la confirmation. Elle se doutait qu’il venait ici pour faire affaire, et entre ça et le chantage, il ne partait pas sur un bon pied. Soledad songea d’ailleurs qu’elle demanderait à Alejandro ce soir de veiller à ce que Sacha n’échappe jamais à leur radar – littéralement. Il voulait jouer aux menaces sur l’identité de Soledad, mais en révélant la sienne, il venait de lui donner sur un plateau d’argent de quoi riposter.

- Vale,
je ferais venir un fabriquant demain pour vous faire une baguette sur mesure, dit-elle d’une voix polie. Auriez-vous oublié la vôtre à Poudlard lors de votre départ précipité ? Glissa-t-elle cependant, le regard pétillant de malice et d’insolence.

Après tout, Sacha le cherchait bien. Soledad se demanda ce qu’il savait d’elle d’ailleurs, car elle trouvait qu’il se permettait beaucoup de réparti pour quelqu’un cloué au lit face à une femme de son tempérament, mais c’était appréciable. Soledad aimait le challenge, et elle se doutait que Sacha n’avait réussi son ascension dans les rangs des Mangemorts qu’avec un tel charisme. Dommage que celui-ci n’ait pas suffit ! Il était pourtant intriguant… Avec une telle force de caractère, il devait dégager une autorité appréciable dans certaines situations, celles où Soledad préférait nettement être menée à la baguette. De plus, un passé de chef des Mangemorts comme celui de Sacha témoignait aussi probablement d’une capacité à la cruauté, ou du moins la violence, et si elle ne laissa rien paraître, Soledad eut envie de sourire. Une fois remis sur pieds, Sacha s’avèrerait peut-être plus utile qu’elle ne l’aurait cru au premier abord. Après tant d’années en cavale, blessé, il ne devait pas avoir eu beaucoup d’occasions de ce côté-là, et Soledad imaginait facilement le désir bouillonnant et contenu qui devait se tapir sous sa peau… L’idée de le libérer et de le subir était jouissive.


- Pour le reste, Señora, vous vous doutez bien qu'il va être un peu plus délicat de tout vous dévoiler. Simplement, vous connaissez mon nom et ma réputation, et il s'avère qu'aujourd'hui vous êtes en capacité de m'aider ; le temps venu j'imagine que vous serez sûrement intéressée par ce que je peux vous proposer - ne vous inquiétez pas, votre secret est sauf avec moi.

…Ah, soudain l’intérêt que Soledad éprouvait envers l’homme s’estompa légèrement. Encore un, songea-t-elle. C’était fatiguant. Et ce chantage ? Comme s’il était le premier ! Elle se demanda s’il pensait lui faire peur. Bien sûr, son identité était un secret pour des raisons évidentes qui la rendaient toujours un peu fébrile à l’idée d’être découverte, mais elle avait grandi avec ce poids et avait appris à vivre avec mais surtout à se défendre. Allongé dans le lit, alité et faible, Sacha n’avait rien d’une menace terrifiante. Mais Soledad comprit tout de même qu’il était sûrement plus rusé et puissant qu’un grand nombre d’hommes venus tenter de s’enrichir ici, et qu’il fallait rester sur ses gardes. Il avait probablement plus d’un tour dans son sac, mais heureusement, il en était de même pour Soledad.

- Oh, no se preocupe, votre secret est également bien gardé avec moi. Après tout, il serait sûrement embêtant pour vous si le Ministère de la Magie venait à apprendre où vous étiez, n’est-ce pas ? Et elle lui rendit le même sourire qu’il lui avait adressé plus tôt.

Un partout et balle au centre, comme disait le dicton. Soledad n’était pas prête de se laisser faire. Elle termina sa tasse de thé, et la reposa sur le plateau sur la table de chevet, méditant un instant ce que venait de dire l’homme. « Ce que je peux vous proposer »… Pensait-il, comme les autres avant lui, que l’argent intéressait Soledad ? Elle n’avait pas besoin d’eux pour remplir ses coffres.


- Il est vrai que votre réputation vous précède… Voilà pourquoi votre requête m’étonne. Vous vous doutez que vous n’êtes pas le premier à venir me trouver... Pourquoi ferais-je confiance à un homme dont la dernière mission s’est révélée être un véritable fiasco ? De toute évidence vous avez d’autres ficelles à tirer que votre petit chantage et votre argent qui, bien qu’intéressants, manquent un peu d’originalité si vous voulez mon avis, querido, acheva-t-elle avec un air amusé.

Elle croisa à son nouveau son regard qu’elle soutint avec aplomb. Eh bien, à présent, allait-il réussir à réellement la surprendre, ou devrait-elle se débarrasser de lui, au sens figuré comme un sens propre s’il insistait. Cela serait dommage, songea Soledad en admirant la peau hâlé du torse de Sacha, de congédier si vite la compagnie d’un homme qui aurait pu lui être appréciable à bien des égards…

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MessageSujet: Re: Rage, rage against the dying of the light — S.   Mar 5 Avr - 21:24

Bien que Sacha Winch ne soit pas homme, pourtant, à succomber si facilement aux tentations de la chair, cette aura indéniablement fascinante qui émanait de l’Argentine ne pouvait pas le laisser entièrement indifférent. Merlin savait qu’il avait, pourtant, vécu deux aventures passionnées dans sa vie, en la personne de deux femmes issues de la même famille et aussi fascinantes l’une que l’autre à bien des égards ; Merlin savait aussi combien il avait pu se sentir fou en pensant à elle, combien il avait senti que quelque chose le brûlait sans qu’aucun sortilège ne puisse le guérir – mais ce n’était pas pour autant qu’il était de ces êtres faibles qui flanchent et abdiquent, se laissant submerger par ces vagues d’émotions qui rendent l’humain si facilement friable et mortel. Quand il repensait à elles, à leurs prénoms – Chelsea, Claire – c’était presque comme un délicieux souvenir de victoire, une sensation de réussite passée, certes, mais entièrement réelle ; la seule pensée de ces corps convoités dans ses bras lui prodiguait d’avantage de fierté et de satisfaction de lui-même. En ce qui concernait la belle Ortega, c’était un petit quelque chose de similaire qui le titillait – la beauté, le charme, l’assurance, la vivacité de l’œil, le galbe de la silhouette, la grâce féline des mouvements – surtout pour un homme qui avait été solitaire si longtemps, dernièrement. Tout au plus était-elle un joli morceau de viande rouge que le tigre qu’était Winch aurait bien aimé dévoré – bien que sa raison, prenant largement le pas sur le physique, lui rappelait qu’il avait bien plus important à jouer avec cette femme qu’il sentait sinueuse, et pour le moment aucune condition physique qui lui permettait de risquer ce genre de petits jeux. Sans compter qu’elle avait affiché clairement la couleur et jouait, comme lui, à une bataille et une provocation policée à chaque instant ; ils n’étaient que deux ennemis qui s’affrontaient, sous leurs apparences affables et tranquilles. Pour l’instant, rien n’était encore véritablement envisageable, et tous ses sens étaient à l’affût, analysant chaque mot, chaque détail, chaque clignement d’œil et vacillement des lèvres. Il avait trop à jouer – il avait tout à jouer. Et il était bien décidé, cette fois, à réussir, une bonne fois pour toutes.

- Vale, je ferais venir un fabriquant demain pour vous faire une baguette sur mesure. Auriez-vous oublié la vôtre à Poudlard lors de votre départ précipité ? Enchaîna-t-elle, pleine d’insolence et d’audace.

Il n’était pas encore décidé : cette effronterie volontaire lui plaisait-il ou l’ennuyait-il ? Il avait encore les lèvres brûlantes de ce thé qu’elle avait renversé, mais il ne pouvait s’empêcher de noter qu’elle avait ce panache qui pouvait caractériser le genre de personnes qui l’intéressaient – qui lui ressemblaient. Il décida ne pas relever et se contenta de hocher légèrement la tête pour marquer sa reconnaissance, puis porta la tasse à ses lèvres et but une autre gorgée du thé tiède aux notes exotiques. Ou peut-être était-ce le paysage qu’il apercevait par la fenêtre qui lui donnait cette impression ? C’était étrange comme les pays étrangers lui donnaient toujours la même sensation : il avait l’impression que soudain tout était possible, tout était à portée de sa main, comme si ici tout était faible et malléable et qu’il n’avait qu’à claquer des doigts pour exiger ce qu’il désirait. Le soleil commençait à se rapprocher de l’horizon et la lumière rosissait de manière presque imperceptible – il lui parut tout d’un coup que cette traversée et ces jours horribles étaient bien loin dans le passé, et que l’élancement dans son bras n’était qu’un mauvais souvenir. Il baissa le regard sur son bras toujours bandé, le maudissant d’être encore malade, fragile. Il ne pouvait pas attendre d’aller mieux, d’aller de l’avant.

Il était étrange pour un homme comme lui, qui n’avait jamais connu la peur, d’en avoir fait la connaissance si récemment, au moment où il avait failli sentir la vie s’échapper de lui, implacablement. Mais le roc qu’il était n’en avait pas été plus ébranlé que cela ; à présent il était lui-même à nouveau, provocateur, sournois, affichant clairement la couleur à cette femme qui lui avait, malgré tout, sauvé la vie. Non sans mal, il devinait que ses paroles appuyées et sûres d’elles agaçaient son interlocutrice, dont l’ébène des yeux brillaient plus intensément derrière ses longs cils. Il se prit une seconde à imaginer ce qu’était toucher ce cheveu, ce visage, et une nouvelle fois un désir frémit en lui, renaissant de ses cendres, enfin.


- Oh, no se preocupe, votre secret est également bien gardé avec moi. Après tout, il serait sûrement embêtant pour vous si le Ministère de la Magie venait à apprendre où vous étiez, n’est-ce pas ?

Leurs regards se croisèrent et se soutinrent.

- Assurément. Je crois même que c’est un intérêt partagé, susurra-t-il en souriant de manière très aimable – ses activités à elle n’avait malheureusement rien de recommandables, croyait-elle qu’il ne savait pas voir plus rien que le bout de son nez ?

- Il est vrai que votre réputation vous précède… Voilà pourquoi votre requête m’étonne. Vous vous doutez que vous n’êtes pas le premier à venir me trouver... Pourquoi ferais-je confiance à un homme dont la dernière mission s’est révélée être un véritable fiasco ? Elle marquait un point, et si il sentit quelque chose rugir au fond de son ventre, quelque chose de mauvais et de brûlant qui s’apparentait à sa mauvaise humeur, il n’ajouta rien. De toute évidence vous avez d’autres ficelles à tirer que votre petit chantage et votre argent qui, bien qu’intéressants, manquent un peu d’originalité si vous voulez mon avis, querido, conclut-elle, bravache.

Cette fois, son regard la défia sans sourire, sans jouer, sans provoquer ; il la sonda purement et simplement, et son intensité était si effrayante qu'elle pouvait paraître presque inhumaine. Winch n'avait que faire des railleries de cette femme en position de force, dans son antre et sur son territoire, alors qu'il se rétablissait de ses blessures à des lieues de son propre pays ; il savait pertinemment tout ce qu'il avait potentiellement en sa possession et ce dont il était capable, lui et lui seul. Pourquoi pensait-elle que le Seigneur des Ténèbres l'avait choisi lui, entre tous les autres ? Pourquoi avait-il placé ses espoirs en lui, sa confiance ? Il y avait une véritable raison derrière ce « fiasco », pour reprendre les mots de l'Argentine, il y avait un chemin entier derrière la quête, et pas une simple action ratée. Il n'était pas responsable des échecs des autres et du manque de cohésion de l'équipe, malgré tout. Il n'était pas responsable de leur faiblesse et de leur incompétence. Aujourd'hui, il était vivant à nouveau - si elle ne pouvait pas lire entre les lignes, tôt ou tard, il serait trop tard, et tant pis pour elle.


- Je suis ravi de constater que vous pouvez voir un peu plus loin que ce qui paraît, cariño, la singea-t-il d'une voix caressante et étrangement envoûtante. Si je n'avais que ça de mon côté, je n'aurais pas eu l'audace de venir vous trouver à l'autre bout du monde. Figurez que j'ai de quoi vous offrir quelque chose d'encore plus excitant que votre vie déjà prospère et rondement menée, vous n'allez pas me faire croire qu'une femme comme vous refuserait de pimenter un peu ses journées ?

Il sourit - qu'elle interprète ses mots de la manière dont elle le désirait.

- Mais pour l'instant, il va falloir m'aider, vous comprenez bien que je ne peux pas me dévoiler en situation de faiblesse...

L'avouer lui fit mal mais il jouait franc jeu - c'était la meilleure des méthodes avec un adversaire de cette trempe, et elle le savait parfaitement.

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MessageSujet: Re: Rage, rage against the dying of the light — S.   Jeu 7 Avr - 19:09

Le soleil qui filtrait par la fenêtre éclairait le visage émacié de Sacha, et Soledad se délectait d’observer son nouvel adversaire. Ses yeux d’un noir profond lui rappelaient le cuir foncé sur lequel se reflétait les lumières tamisés de la chambre de l’Argentine, et ce n’était pas sans provoquer des petits picotements dans le bout de ses doigts et un frémissement subtil de ses lèvres qui sifflaient quelques mots amusés. L’intensité était sûrement le vice le plus prononcé chez elle, et elle avait vite compris que derrière le corps usé par la cavale de Winch, un feu brûlait encore et toujours, le dévorant sûrement, faisant crépiter ses os fatigués mais tenaces. Les os… Voilà ce que Soledad aurait aimé qu’on lui brise, songea-t-elle, en jetant un coup d’œil aux mains fermes de l’homme face à elle, qu’elle pouvait facilement imaginer sur sa peau, tordant ses membres et son estomac. Il était amusant d’imaginer de telles envies tandis que Sacha la défiait du regard sans gêne, sondant probablement sa personne pour voir comment rebondir à ce qu’elle venait de lui lancer. Il était maître de lui-même, mais Soledad n’était pas dupe, elle avait vu juste et avait touché une corde sensible. Elle imaginait facilement la colère qui brûlait en lui ; cela lui donnait envie de l’attiser encore plus, d’entretenir le feu tapis jusqu’à qu’il s’embrase complètement.

- Je suis ravi de constater que vous pouvez voir un peu plus loin que ce qui paraît, cariño. Si je n'avais que ça de mon côté, je n'aurais pas eu l'audace de venir vous trouver à l'autre bout du monde. Figurez que j'ai de quoi vous offrir quelque chose d'encore plus excitant que votre vie déjà prospère et rondement menée, vous n'allez pas me faire croire qu'une femme comme vous refuserait de pimenter un peu ses journées ?

Soledad se redressa très légèrement sur sa chaise, son corps plus alerte, un sourire en coin naissant sur ses traits jusque-là maîtrisés à la perfection. La joute verbale ne faisait que commencer, pensa-t-elle avec plaisir. Pimenter ses journées… L’homme ne savait pas à quel point il avait vu juste, et cette fois-ci, ce fût la corde sensible de Soledad qui avait été pincé. Mais du reste, elle savait être méfiante… Il n’était pas le premier à venir la trouver chez elle, promettant monts et merveilles en l’échange de quelques informations, pensant être unique. Mais Soledad savait reconnaître rapidement ceux qui valaient la peine d’être écouté, et l’ancien chef des mangemorts avaient définitivement retenu son attention. Peut-être tombait-il aussi à un bon moment, où elle s’ennuyait particulièrement dans beaucoup d’aspects de sa vie ; elle avait réussi récemment un très bon deal pour étendre son réseau, et maintenant que tout était mis en place, des années de travail était enfin fini, lui laissant un goût de victoire mais aussi d’amertume. Elle voulait autre chose, à présent. Elle voulait plus.

Mais Sacha serait-il capable de lui donner ? Elle restait sceptique, derrière tout l’intérêt qu’elle commençait à lui porter. Son association avec Voldemort lui donnait envie de lever les yeux au ciel, car elle n’avait que faire de cela et ne voulait absolument pas s’associer avec un tel mouvement. Mais Winch travaillait-il à présent en solitaire ? Au vu de sa blessure, il n’avait pas dû travailler depuis un bon moment, songea Soledad avec un petit sourire dédaigneux.


- Mais pour l'instant, il va falloir m'aider, vous comprenez bien que je ne peux pas me dévoiler en situation de faiblesse...

Elle retint un soupir mêlé à un rire amusé. L’homme était honnête, et la position de supériorité dans laquelle il mettait ainsi Soledad amusait la jeune femme. Le pouvoir était bien sûr aussi l’un de ses vices, elle se délectait d’être ainsi en force, prête à jouer avec cet homme cabossé que l’océan avait recraché sur son rivage et devant sa porte ; mais elle espérait bien que cette balance de pouvoir soit capable de s’inverser dans la situation voulue. Mais il était trop tôt pour tout cela, il ne servait à rien de tirer des conclusions ainsi, sans savoir ce qui se cachait dans le ventre de Sacha, surtout de ce côté-là – mais il était assurément le favori de Soledad, et elle ne pouvait pas s’empêcher de spéculer dessus, au plus grand plaisir de son imagination fantasmée très vivide.

- Lo entiendo perfectamente, dit-elle, amusée. Puisque votre bourse était si bien remplie, après tout, je vous accueillerais le temps de votre convalescence. Josefina s’occupera de vous. Nous verrons la suite plus tard, si suite il y a.

Elle se releva dans un geste félin avant de jeter un nouveau regard en contre-bas à Winch. Depuis cet angle, il semblait étrangement faible, sous les draps blancs, son visage creusé, ses mains presque tremblantes après le simple effort d’avoir bu du thé et tenu une conversation. Tant mieux, après tout, se dit Soledad. Elle préférait, pour l’instant, qu’il soit malléable physiquement, cela lui donnerait le temps d’assurer ses arrières. Elle lui fit un signe de tête et un dernier sourire, avant de lui tourner le dos pour sortir de la pièce, consciente que les yeux corbeaux de l’homme la suivaient sûrement, analysant sa démarche et ses formes qui roulaient au gré de ses pas ; elle était ravie de lui offrir ce qu’elle savait être un spectacle. Elle ferma la porte derrière elle sans même lui jeter un dernier regard, le laissant ainsi accroché à cette dernière vision et aux interrogations qu’elle avait laissé en suspens. Jubilant, Soledad glissa d’un pas feutré jusqu’à sa chambre où elle écrit une rapide lettre à Marco, le priant de venir, consciente qu’il ne résisterait pas à l’attente ou l’impolitesse d’ignorer une requête d’une femme de son tempérament. Dans l’estomac de la jeune femme, quelque chose bouillonnait, et elle se dirigea la partie plus secrète de son dressing, où elle enfila un ensemble qui ferait, elle le savait, son petit effet – elle s’allongea sur son grand-lit, riant légèrement pour elle-même, impatiente de pouvoir expulser toute la tension qui s’était construite pendant sa discussion avec l’envoutant Sacha.

(Quelques jours plus tard)

C’était devenu comme une habitude depuis que Winch avait repris conscience, presque chaque jour, Josefina montait le thé en fin de matinée ou d’après-midi, et Soledad se joignait à l’homme en convalescence. Les échanges étaient toujours aussi intrigants et faussement poli, ce qui amusait beaucoup l’Argentine, mais attirait aussi de plus en plus son attention. Sacha savait construire un mystère, petit à petit, et révéler juste assez pour intriguer encore plus. Le plus intéressant cependant, était la façon dont il reprenait des forces – malgré des longues heures passées à dormir ou à somnoler – et dévoilait petit à petit l’intensité malsaine qui l’habitait et suintait d’entre ses lèvres et ses yeux brulants. Plus que jamais, il excitait Soledad, et il y avait bien eu quelques échanges qui avait confirmé qu’il savait jouer au jeu de la séduction aussi parfaitement que celui des convenances, ce qui ne faisait qu’entretenir encore plus le désir naissant. Elle n’avait rien fait pour l’instant, laissant le jeu s’installer, mais elle perdait presque patience aussi… Heureusement, elle savait très bien s’occuper de son côté, seul, avec quelqu’un d’autre ou même, le soir de Noël, en groupe. Elle n’avait pas besoin de Sacha pour ressentir les plaisirs du sexe… Elle n’en avait pas besoin, oui, mais elle le désirait plus que jamais.


- Elle vous plait ? lança Soledad, alors qu’elle pénétrait dans la chambre d’invité.

Sacha, redressé sur son lit, contemplait la nouvelle baguette qu’il avait acquise, faite sur mesure, ses iris pétillant. Derrière sa question innocente, c’était évidemment bien plus qui était sous-entendu, et elle se doutait que la perspicacité de Sacha lui ferait rapidement comprendre. Elle s’approcha de lui, lui lança un regard mutin, puis se pencha vers la table de nuit où se trouvait le plateau avec les tasses à thé. Elle les remplit délicatement, prenant bien soin à révéler son décolleté en V plongeant avant de s’asseoir cette fois-ci sur le bord du lit, croisant lentement ses jambes. Le tissu de robe pourpre mais vaporeuse laissa découvrir brièvement la peau de l’intérieur des cuisses de la jeune femme, dont la finesse était altéré par des bleus et des griffures qui brûlaient lorsqu’elles se touchaient. Innocemment, elle lança un regard à Sacha, comme si de rien était. Oh, la tension était délicieuse, et Soledad mourrait d’envie d’en jouer et de la faire grandir…


- Je vois que vous reprenez des forces… Je me demande s’il ne serait pas temps de discuter plus sérieusement. Ils étaient plus proches qu’ils ne l’avaient jamais été, face à face, se défiant, et Soledad sentit à nouveau le feu dans sa poitrine se raviver. Elle faisait confiance à son instinct, et elle savait qu’il était présent temps de jouer... Un peu plus imprudemment. Il n’est pas question de m’associer à vous sans savoir ce que vous avez dans le ventre, murmura-t-elle tout en glissant ses longs doigts fins le long du torse de Sacha, jusqu’à son ventre sur lequel elle appuya légèrement. Elle le dévora du regard sans ciller avant de se pencher vers lui, ses lèvres à la hauteur de son oreille, ses cheveux chatouillant son cou. Il sentait délicieusement bon, une odeur animal et masculine. Après tout ce temps en cavale, je m’inquiète que vous ayez perdu la main… Les doigts de Soledad continuait de caresser le torse de l’homme, et elle soufflait les quelques mots à son oreille, doucement, laissant la tension monter. Et vous devinez bien que je ne m’associe qu’avec des gens dignes de confiance et d’intérêt… Sur tous les plans… Sa bouche était si près de l’oreille de Sacha que ses lèvres touchaient le lobe. Elle les humecta, le bruit de la langue résonnant subtilement dans les tympans de l’homme qui était à sa merci. Il faudrait que vous fassiez vos preuves, que je puisse voir si tout fonctionne… Sa main qui jouait toujours sur son torse glissa plus bas, et elle passa lascivement sa main sur l’entrejambe de Winch, sentant que ses paroles avaient fait son petit effet, et elle eut un rire cristallin, serrant un instant le fruit de ses convoitises entre ses doigts, consciente qu’elle jouait avec le feu. Eh bien, je vois que ce côté-là, cela fonctionne en effet encore… Il faut dire qu’après tout ce temps seul, vous devez avoir accumulé un peu de frustration… N’est-ce pas, Sacha ? acheva-t-elle dans un souffle.

L’atmosphère était tendue, tout comme Soledad et Sacha, dont les jeux de ces derniers jours avaient menés finalement à cet échange qui s’avérait crucial – s’il n’était pas à la hauteur des espérances de la jeune femme, il la laisserait frustrée et beaucoup moins conciliante…

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MessageSujet: Re: Rage, rage against the dying of the light — S.   Lun 28 Nov - 18:49

Fidèle à sa promesse, ce qui était tout à son honneur, l’Argentine lui avait fait confectionner une baguette. Elle arriva dans un petit écrin sculpté, et quand Sacha, toujours assis dans son lit et sous ses draps qu’il commençait à avoir en horreur, prit l’écrin entre ses mains, il sut que son contenant le bon. Ses doigts, à quelques centimètres du précieux instrument, sentaient déjà la puissance qui émanerait de leur union. La baguette était en Mélèze, poli sur la tige teintée d’un vernis foncé, tandis que le manche, finement orné, portait ça et là des traces de gravures argentées. Vingt-huit centimètres de précision ; il agita le poignet et l’air parut se solidifier et bouger sous ses ordres, comme s’il avait tapé dans un bac plein de gelée. L’intérieur de sa baguette était un ventricule de cœur de Wyverne, dont le venin mortel s’allait parfaitement avec la complexité du Mélèze. Il passa de longues minutes à tourner la baguette entre ses doigts, sous tous les angles, et à effectuer divers sortilèges, en jubilant de plus en plus de cette aisance parfaite et de cette obéissance sans failles, quand en plus la baguette était aussi réactive que précise. On ne s’était pas moqué de lui, et si il ne l’avait peut-être pas clairement exprimé, cette baguette venait de faire naître chez lui un certain respect pour la jeune Ortega, dont la parole était d’or – jusque là.

Cela faisait quelques jours à présent qu’il allait mieux, que son sommeil n’était plus si écrasant et lourd de cauchemars salés, qu’il parvenait à prendre de vrais repas et que ses gestes ne lui causaient plus une intense fatigue. Son bras malade guérissait de jour en jour et, si quelques traces noires subsistaient encore, elles s’effaçaient comme pour devenir seulement un mauvais souvenir…

Ses pensées, elles, reprenaient toute leur vigueur et leur panache. C’en était à un point tel que cette inactivité le rendait malade, alors que son corps n’était pas encore capable de lui donner tout ce qu’il exigeait. S’il en demandait beaucoup et en attendait beaucoup des autres et du monde, il en allait de même avec lui-même ; voir son enveloppe charnelle affaiblie et inutilisable pour l’instant le faisait rentrer petit à petit dans une frustration intense et insupportable. Son hôtesse, sûrement consciente de cela, se plaisait d’ailleurs beaucoup à en rajouter. Il avait pu l’étudier assez pleinement, à présent ; de la moindre des courbes de son corps jusqu’au petit éclat de ses yeux, de ses expressions à peine voilées aux variations de sa voix chantante, de la manière dont elle parlait à ses domestiques jusqu’au jeux des regards qu’elle instaurait… Cette femme-là était un félin, un félin souple et bondissant qui vivait entre les flammes, mais il y avait quelque chose d’autre, car le propre d’un félin est de fuir et de provoquer tout en risquant parfois d’être mis en cage. Que voulait-elle, réellement ? Que cachait-elle sous cette séduction si pointue et gorgée de charmes que Winch se demandait à quel point elle voulait céder, ou à quel point elle voulait qu’on lui cède ? Bien évidemment il était homme, et elle jouait trop bien de ses atouts et de sa voix suave pour qu’il lui reste imperméable. Mais le jeu était là et bien là : il ne risquerait pas d’y perdre la tête. Jamais. Les desseins qu’ils visaient ne méritaient aucun faux-pas.

En attendant… L’air langoureux de l’Argentine, ces draps de soie, ces tasses en porcelaine, cette maison de luxe et le style aussi élégant que provoquant de l’hôtesse pouvait bien, quelque temps, faire office de distraction. Il avait eu raison de venir ici, pour l’instant, bien qu’il restât méfiant. Pourquoi ne pas profiter jusqu’au bout ? Car plus les jours passaient, plus il sentait attisée en lui cette volonté farouche de provocation, lui aussi, et de domination… Ce péché-mignon qui s’avèrerait sûrement être un jour sa plus grande faiblesse.


- Elle vous plait ?

Il n’avait pas levé les yeux et, volontairement, continua de tourner la baguette pensivement entre ses doigts. Puis, d’un coup il eut un mouvement sec – l’un des gros vases de porcelaine, posé sur une commode en face du lit, tomba et se brisa ; il devait valoir une fortune. La seconde d’après, le geste inverse de son poignet avait fait voler les morceaux dans les airs et reconstitué la pièce de collection comme si elle n’avait jamais été fracturée.

- Je n’aurais pas pu imaginer mieux. Vous êtes décidément impressionnante… Au-delà de mes attentes, murmura-t-il de sa voix légèrement rauque. Ses yeux noirs d’encre cherchèrent ceux de son interlocutrice. Ils étaient captivants.

Cela dit, elle s’affaira à lui servir du thé, se penchant généreusement comme à son habitude, tandis qu’il ne la quittait pas des yeux. Il n’y mettait plus aucune réserve, à présent, puisque les règles avaient été établies silencieusement entre eux. Pourquoi se refuser un tel plaisir des yeux ? Elle s’assit tout près de lui et, par habitude, il sentit la tension grandir d’un cran, tandis que ses sens s’éveillaient un peu plus et que sa méfiance, par la même occasion, prenait sa garde. Le jeu était appréciable, oui, mais les enjeux risqués. Et Sacha Winch n’était pas homme à se laisser avoir pour autant.


- Je vois que vous reprenez des forces… Je me demande s’il ne serait pas temps de discuter plus sérieusement. Il n’est pas question de m’associer à vous sans savoir ce que vous avez dans le ventre.

Soledad s’était approchée, tout près de lui ; sa main chatouillait son torse et il brûlait en lui un feu dévorant, mais il ne bougea pas pour autant. Comme elle s’approchait, leurs regards se rencontraient encore plus, comme liés par des flammes invisibles. Il sentait son parfum – chaud et sucré et terriblement excitant, il avait l’impression que ses entrailles auraient pu rugir d’envie. N’ayant toujours pas reposé sa baguette, il en fit passer la pointe le long de la mâchoire de Soledad, puis la posa à côté de lui.

- Après tout ce temps en cavale, je m’inquiète que vous ayez perdu la main… Et vous devinez bien que je ne m’associe qu’avec des gens dignes de confiance et d’intérêt… Sur tous les plans… Il faudrait que vous fassiez vos preuves, que je puisse voir si tout fonctionne… Eh bien, je vois que ce côté-là, cela fonctionne en effet encore… Il faut dire qu’après tout ce temps seul, vous devez avoir accumulé un peu de frustration… N’est-ce pas, Sacha ?

Quelle sauvage, pensa-t-il ; elle avait la technique d’un sioux, rusé et féline, et ses caresses étaient de vraies menaces – Sacha le sentait bien. Mais s’il avait appris la peur, il pouvait bien apprendre aussi ce délicieux frisson qui, il fallait bien l’avouer, ne lui était pas forcément familier lorsqu’il s’agissait de conquêtes. La main de Soledad, tout en jouant, descendit de plus en plus, tandis que tout le corps de Sacha se contractait, dans un brasier grandissant. Il n’écoutait plus ses mots, seulement le son de sa voix, et les sonorités chaudes et rocailleuses liées à son accent hispanique. Il se laissa faire jusqu’à un certain degré et puis, quand la bouche humide la jeune femme, trop près de lui, lui devint insupportable, il attrapa son poignet qu’il serra fort, suspendant son geste.

À travers ses cils, il lui lança un vague regard, comme pour lui faire comprendre qu’elle avait dépassé les bornes.

Il sentait que ses muscles se crispaient bien plus fort qu’il ne l’aurait voulu – la colère provoquée par la frustration – et qu’il devait lui faire mal à lui broyer les os entre ses phalanges. Tant mieux. D’un geste autoritaire, il rejeta sa main pour saisir alors son cou, l’empêchant alors d’avancer plus près, ou de faire quoi que ce soit d’autre. Il ne serrait pas… Pas vraiment. Mais les secondes semblaient être légèrement suspendues et au fond de lui grondait un ouragan qu’il ne pourrait bientôt plus réprimer.


- Si vous voulez des preuves, señora, il m’en faudra aussi,
susurra-t-il.

Leurs lèvres étaient toutes proches. Il avait deux options : céder et donner la première impulsion, relâcher et laisser couler, attiser…

Il se recula, desserra sa main mais par la même occasion, attrapa de nouveau le bras de Soledad qu’il tordit dans son dos. Un instant plus tard il s’était levé, souple comme un guépard, et la plaquait à plat-ventre sur le mur, tenant son bras pour l’immobiliser. La scène n’avait duré que quelques secondes. Il fit couler son autre main dans son cou et en dégagea les cheveux pour qu’ils découvrent son oreille, dont il s’approcha. Il en mordit le lobe après avoir hésité une seconde, resserrant sa prise sur son bras qu’il tordit d’avantage ; après un regard vers la porte close, il eut un sourire satisfait. La provocation ne pouvait pas rester impunie, et il était bien content que ce jour soit arrivé ; il lui semblait que ses blessures ne lui faisait aucunement mal et qu’il avait retrouvé toutes ses forces, ce qu’il s’empressa de montrer à l’Argentine, puisqu’elle désirait tant le constater. Relevant le tissu de sa robe d’une main assurée, il caressa les courbes cachées dessous et lui donna sans plus attendre ce qu’elle attendait.


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