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moonlight mile [pv]

 
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 moonlight mile [pv]

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Tess Tennant
Élève de 3ème année



Féminin
Nombre de messages : 375
Localisation : Non mais alors je t'explique, mec, y'a un truc ça s'appelle les jambes, c'est nouveau ça vient de sortir, et ça permet de se DÉPLACER ! Je sais, je sais. Truc de fou.
Date d'inscription : 21/04/2012

Feuille de personnage
Particularités: Je mets mes cheveux aux enchères sur E-Bay. […] C'était une blague.
Ami(e)s: Juste “amis”, sans les parenthèses… Ah ! Et Seb aussi.
Âme soeur: Ton père.

MessageSujet: moonlight mile [pv]   Sam 7 Nov - 16:52

Voilà comment ça se passe :

Un soir de juillet, alors que la nuit est tombée sur Glasgow depuis une bonne heure déjà, je prends mon sac et y fourre mes affaires. En vrac. Des culottes. Un t-shirt. Des pièces qui traînent. Un cutter mal aiguisé au cas où j'aurais des problèmes.

Je dépasse les portes de style western qui ouvrent sur la cuisine, l'odeur de brûlé, et les cris éraillés qui s'en échappent. Je dévale l'escalier de secours et je disparais dans la nuit.

Dans les poches de mon sweat, rien sinon mes poings crispés – le droit, sur un billet de cent livres, piqué dans la boîte en aluminium que papa planque sous l'évier de la salle de bain ; le gauche, sur un petit bout de papier, abandonné là depuis juin, avec dessus, une adresse à Londres, écrite d'une main précise et délicate. A l'arrière du dernier bus à destination de la gare, je le sors pour la relire, et sourit un peu. Cher, précieux petit Seb. Je visualise déjà sa mine effarée, encore endormie, quand il me verra débarquer sur son palier au petit jour. “Tess, mon Dieu ! Mais qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?”




-


1.

Passé les deux trois premières semaines de mai, la fin de l'année scolaire a été étonnamment supportable. Le secret, c'est de ne pas se laisser aller ; trouver de quoi s'occuper. J'ai refusé de sauter les examens exactement pour cette raison – quoi de mieux pour s'occuper que d'intenses révisions ? Et quand j'ai relu pour la troisième fois mes cours de défense, quand mes yeux menacent de couler hors de leurs orbites à force de rester fixés sur la même formule, je m'éclipse quelque part pour danser, m'amuser. Je le fais discrètement avec modération et bien accompagnée comme on l'a recommandé, sans essayer de braver l'interdit de l'alcool ou des drogues à tout prix, parce que ça n'est qu'une aide, parce que ça n'est pas une solution et parce que j'ai le contrôle. Je laisse mes amis m'accompagner dans ces nouveaux refuges obscurs mais vibrants où les anonymes pressés les uns contre les autres ne forment plus qu'un seul corps, une masse d'énergie qui me semble indestructible. C'est bon de se sentir en vie, de s'éclater avec les personnes qu'on apprécie le plus, de se moquer tous ensemble des tenues insolites de ce groupe de petits bourges qui sont collés au bar depuis le début de la soirée, de pouvoir se lever chaque matin et répondre aux uns et aux autres “ça va bien dormi et toi ?” sans que ce soit un mensonge absolu. Et de toute façon, avant que tout ça ait le temps de partir en couilles les examens arrivent et puis chacun rentre chez soi, alors j'estime m'en être bien sortie.




-


Le bus s'arrête à la gare routière. Je pousse ma queue de cheval sous mon t-shirt et rabat ma capuche avant de sortir, mon sac balancé sur une épaule. J'essaie d'affecter la démarche la plus balourde possible, pour qu'on me laisse tranquille. Ça fonctionne.

J'avais peur que mon âge ne soit un obstacle, mais l'employée à l'air morbide qui tient l'accueil me regarde à peine quand je lui demande un aller simple pour la capitale.

« Dernier bus dans quinze minutes, » m'informe-t-elle d'une voix monocorde.

Juste assez de temps pour me payer un snack au distributeur. Pas que je sois tellement affamée pour le moment. Mais ça viendra : je suis sortie de table sans toucher au poulet rôti que ma mère avait préparé ce soir, juste avant qu'elle ne le balance par terre, je crois. La machine me crache une canette de coca, un paquet de chips saveur oignon, et une barrette de chewing-gum à la cerise pour le dessert.

« T'as une cigarette, petite ? »

Je me retourne vers la voix – un clochard. En hiver on en voit jamais ici, ils fuient Glasgow et migrent vers le sud ; mais en été ils fleurissent à nouveau comme des pâquerettes dans les rues réchauffées. L'homme m'adresse un sourire édenté. Je n'ai pas de clopes sur moi, mais comme il y en a à l'accueil, et que j'ai de l'argent, je le prends en pitié. Il me remercie pour le paquet et insiste pour que j'en prenne une dans le tas, que j'accepte et allume aussitôt. C'est tout aussi bien – je sais que Seb n'aimerait pas trop me voir fumer.

« Joli, » remarque le gars en pointant le logo imprimé sur le devant de mon sweat.

Il parle avec un léger accent – polonais, peut-être. Ses ongles sont noirs, cassés. Il a l'air assez jeune.

« On me l'a prêté, je réponds, après une pause.
– Qui ça ? Ton petit copain ? »

Un petit rire brusque s'échappe de ma bouche avec la fumée de la cigarette.

« C'est ça. Mon copain.
– Il aime les super-héros ton mec ? Il avale toute cette merde américaine ?
– Eh bien, il est anglais… »


Le type crache par terre avec mépris. Je n'arrive pas à décider si c'est l'étranger qui s'exprime ou l'écossais. Il rit, un rire écorché de bois mort.

« Laisse-le tomber ma petite. Une nana comme toi mérite mieux que ça. »

Je lâche ma cigarette et l'écrase sous ma basket. Je cache mes mains tremblantes dans mes poches. L'homme me regarde attentivement.

« T'es vraiment mignonne, tu sais ? »

C'est un soulagement de voir le bus arriver enfin.




-


2.

Pendant ces trois deux premières semaines de mai, j'ai été très en colère. Après tout, et tout le monde. Le problème, c'est quand toute ta famille est en colère en même temps que toi. Tout de suite, ça perd de son originalité, hurler sur tout ce qui bouge, claquer les portes, renverser les assiettes. C'est beaucoup moins drôle.

Donc partir ce soir, ça n'a rien d'une vengeance ou d'une punition. Je me répète ça en me collant contre la vitre, ma capuche toujours rabattue pour me protéger de la froideur du verre et des regards furtifs. Si je pars ce n'est pas pour leur enseigner “une bonne leçon”, mais parce que j'en ai besoin, c'est tout. Je fais ces choix, je les fais pour moi. Parce que, si je reste encore un soir de plus allongée sur mon lit à les écouter se crier dessus et se jeter des choses au visage, je crois que je vais exploser.

La plupart des passagers ont mis des écouteurs sur leurs oreilles. Tout doucement, pour ne pas déranger mon voisin – un homme chauve emmitouflé dans une parka qui a connu des jours meilleurs – je me mets à chantonner.

« When the wind blows and the rain feels cold… with a head full of snow… with a head full of snow… »




-


C'est la faim, ou un coup de frein peut-être, qui me réveille brutalement quelque part à cinquante miles de Leeds. J'ouvre les yeux dans un sursaut, comme après un cauchemar, sauf que je n'ai pas le souvenir d'avoir rêvé de quoi que ce soit. Je m'arrête un instant sur la place vide à côté de moi ; mon voisin a du descendre pendant que je dormais.

Quelle heure est-il ? Combien de temps ai-je dormi ?

Je presse mon front contre la vitre pour tenter de discerner, derrière mon propre visage brouillé, les contours tendres des Midlands. Les phares de l'autocar et des rares voitures qui nous croisent sont les seuls points de lumières dans la pénombre épaisse, fendant la nuit comme d'étranges poissons.

Je sors mon paquet de chips de mon sac et en avale le contenu, mâchant avec bruit pour remplir le silence. Le coca frais et pétillant dans ma gorge ne parvient pas à effacer la sensation persistante que j'ai toujours ces jours ci, d'avoir quelque chose de coincé, juste là, derrière la langue.




-


3.

Je fais souvent ce rêve où je suis au parc avec mon skate-board. J'essaie de réussir cette figure compliquée mais à chaque fois je me rétame. Mrs Beattie est là et m'aide à me relever. Elle dit : “Si tu y arrives, je mettrai mon tailleur orange à ton nom sur le testament.” Et je ne sais pas pourquoi je recommence toujours parce que je déteste le orange.




-


Je passe le reste du voyage dans un état de demi-sommeil agité, rendu inconfortable par l'impossibilité d'étendre mes jambes. Je me retourne dans tous les sens pour tenter de trouver une position moins pénible. Les gens montent de descendent, de plus en plus nombreux au fur et à mesure que nous approchons du terminus.

Petit à petit, l'Angleterre commence à apparaître : d'abord, les vagues des collines, percées ça et là par la silhouette d'un clocher ; rapidement remplacées par les cottages, les rangées de petites maisons en briques rouges, les longues barres de béton à la peinture caillée, jusqu'à ce que, sous les cieux perpétuellement gris et inhospitaliers de Sa Majesté, la London Orbital nous aspire dans son boyau sans fin.

Le bus nous dépose à Victoria à exactement sept heures, d'après l'horloge de la gare. Je marche au rythme des coups dans la station bruyante, pour ne pas avoir l'air aussi mal à l'aise que je le suis réellement. Je n'ai qu'une adresse sur un bout de papier, pas de téléphone portable, pas de quoi payer un taxi.




-


4.

Les klaxons, les sifflements, les flashs et les éclats de rires ébréchés, aux accents difformes, le rugissement des moteurs et le clignotement frénétique des diodes, le ballet des vestes noires et des chemises criardes, le tambour pressé des talons. Si l'Orbitale est l'anneau tordu de la planète Londres, alors Picadilly Circus est son cœur fébrile, pompant et crachant des files de bus rouges chargés de touristes en tressautements laborieux, sous l'œil panoramique de Coca-Cola, McDonald's, Samsung et autres géants aux noms étranges qui veillent à ce qu'ici bas tout tourne toujours bien rond.

« Excusez-moi jeune fille, m'interpelle une grasse américaine, encerclée d'une ribambelle d'enfants, pourriez-vous m'indiquer où se trouve… »

Je la regarde avec des yeux ronds. Je suis ici si loin de tout ce que je connais et comprends. Qu'a-t-elle vu sur mon visage qui lui ai laissé croire le contraire ?




-


Je cogne trois fois le heurtoir à tête de lion so British contre la porte d'entrée peinte en bleu de chez les Hansen.

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iamafever
(ain't born typical)

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Sebastian Hansen
Élève de 4ème année



Masculin
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Localisation : Probablement en train de t'aider à faire tes devoirs.
Date d'inscription : 12/03/2012

Feuille de personnage
Particularités: I'm a dinosaur, Rawwwr. *tente d'avoir l'air effrayant*
Ami(e)s: Plutôt des filles. Bien que je ne sois pas encore sûr que Tess puisse techniquement être considérée comme une, vu qu'elle a probablement plus de co... Enfin, bon.
Âme soeur: Désolé Etienne, les lèvres de Casey sont quand même plus douces.

MessageSujet: Re: moonlight mile [pv]   Dim 6 Déc - 19:24


- Sebastian ?

Je relève la tête de mon bol de céréales. Maman ne m’appelle comme ça que dans des cas sérieux. La voilà qui arrive dans la cuisine, le plissement entre ses sourcils m’indiquent que quelque chose se passe. Ses cheveux blonds aux carrés sont décoiffés, parce qu’il est encore tôt et qu’elle n’a pas eu le temps de s’apprêter un peu plus.

- Il y a quelqu’un à la porte pour toi. Tu ne m’avais pas dit que ton amie passerait ?

Je fronce les sourcils. Mon… Amie ? Le plus probable reste Aria, qui n’habite pas trop loin, mais je ne l’ai pas invitée et Maman l’appelle toujours par son prénom. Je lui ai parlé de quelque unes de mes amies à Poudlard, mais il n’y aucune raison que l’une d’elle soit à la porte de si bon matin.

- Je crois que c’est Tess, répond-t-elle à mon regard interrogateur qui se transforme en air étonné.
- Hm, ça me parait difficile, Tess habite à Glasgow, je réplique, sautant tout de même sur mes pieds, me dirigeant vers la porte, essayant de ne pas penser au fait que je suis en pyjama tartan qui, si Tess est vraiment à ma porte, me vaudra probablement le surnom de Papi pour le reste de ma scolarité.

Maman avait laissé la porte entrouverte, et je l’ouvre un peu plus, mes yeux s’agrandissant.


- Tess ?! Mais… Qu’est-ce que… Je la dévisage et constate qu’elle n’a pas l’air très en forme. Instinctivement, je l’étreins pour lui dire bonjour, sans m’attarder trop pour que ça ne soit pas trop bizarre. Tout va bien ? Demandai-je d’un air un peu soupçonneux, auquel Tess me répond avec un regard que je traduis par « oui je me pointe en surprise un matin chez toi alors qu’on habite à des milliers de kilomètres l’un de l’autre mais tout va bien, grosse patate ». Pas la peine de questionner maintenant. Viens, rentre.

Je l’invite à l’intérieur, fermant doucement la porte derrière elle. Ma mère se tient toujours dans la cuisine au loin, et me lance un regard interrogatif. Je réponds avec un sourire un peu crispé. Je m’expliquerais plus tard, pour le moment, je dois savoir ce que Tess fiche ici. Je ne suis pas stupide, depuis la mort de son cousin, elle a beaucoup changé et je m’inquiète beaucoup pour elle ; mais je suis soulagé à l’idée qu’elle soit venu chez moi, et qu’au moins je sache où elle est. Elle a un sac à dos sur ses épaules, et ses cheveux sont tout décoiffés, surtout au niveau du haut de sa tête, à gauche, comme si elle s’était appuyée sur quelque chose. La vitre du train, du bus, de la voiture ? Comment est-elle venue ici ?

On monte l’escalier qui craque légèrement sous nos pas, et je la guide jusqu’à ma chambre. Je m’approche rapidement de la fenêtre pour ouvrir un peu plus les volets pour éclairer un peu plus la pièce. Mon lit est défait, et des BDs s’empilent sur la table de nuit, à côté de mon réveil Doctor Who. Je suis plutôt content d’être ordonné, car j’aurais été plutôt gêné à l’idée que Tess tombe sur des caleçons qui trainent. Du reste, ma chambre ne renferme aucun secret, elle n’est pas bien différente de celle de n’importe quel garçon de mon âge. Les meubles sont en bois, il y a des livres et CDS dans la bibliothèque, des figures d’actions un peu partout, quelques photos au mur, des posters de Quidditch, de Doctor Who, de groupes de musique. Sur ma commode, mon ours en peluche d’enfance est assis, nous dévisageant. Je me tourne vers Tess, qui inspecte la pièce du coin de l’œil. Elle laisse tomber son sac à dos avant même que je l’invite à s’installer, et elle s’assoit sur le lit, un peu raide.


- Tu as fait le trajet de nuit ? Tu as l’air un peu… Euh, tu veux peut-être prendre une douche ? Elle plisse les yeux. Oui tu pues, désolé, plaisantai-je, essayant de la dérider un peu. Viens, je vais te montrer la salle de bain. Tu as faim ? Question bête, Tess a toujours faim. Lave toi, et ensuite tu pourras manger un bout.

Je lui donne une paire de serviette et lui indique la salle de bain. Ensuite, je redescends rapidement dans la cuisine, où ma mère surfe sur son ordinateur.

- Désolé, je ne savais pas qu’elle venait… Je ne veux pas trahir Tess et dire qu’elle a des soucis, mais je sais que Maman est aussi curieuse. Il va falloir trouver le juste milieu. Elle était en vacances chez des amis à Londres, elle devait passer, mais elle a décidé de me surprendre en avance, mentis-je avec aplomb.

Ma mère me regarde, doutant visiblement un peu, avant d’hausser les épaules. Elle me fait confiance de toute façon, et elle n’a jamais de problème avec le fait que j’invite des amis à la maison. J’attrape un plateau et met dessus un paquet de cookie, un bol, du lait, un yaourt, des céréales, une pomme, du thé, du chocolat chaud, bref, à peu près tout ce dont Tess pourrait avoir envie. Ma mère fronce les sourcils, mais ne dit rien, me laissant remonter tranquillement, manœuvrant difficilement avec mon plateau. De retour dans ma chambre, Tess est en train de se secouer sa tignasse dans tous les sens. Elle se tourne et regarde le plateau, son regard s’illuminant.


- Je ne savais pas ce que tu voulais alors j’ai pris un peu de tout, expliquai-je. Je pose le plateau sur le bureau et tire la chaise pour que Tess s’y installe. J’attrape un tabouret qui traine plus loin pour m’asseoir aussi. C’est mes céréales préférées, elles sont américaines, on les trouve que dans des épiceries spéciales. Y a des petits marshmallows multicolores dedans, c’est grave bon, dis-je d’un air très concerné. Tess me regarde sous ses grands cils, et je la sens prête à pouffer de mon sérieux devant un simple paquet de céréales. Non mais j’te jure, elles sont trop cools, goûte, tu vas voir ! Parfois je trie et je garde les marshmallows pour la fin ou pour les mettre petit à petit, ça dépend un peu de tes goûts… Quoi ?! C’est super sérieux comme sujet les céréales, protestai-je. Mange, ça va te faire du bien.

Je lui sers aussi une boisson chaude après lui avoir demandé ce qu’elle préfère, et je me sers la même chose. Tess mange, et je ne dis rien pendant un petit moment, lui laissant le temps de reprendre des forces et de se détendre un peu. Pas la peine de la noyer sous un tas de question.

- J’ai raté la lettre qui m’informait de ta venue ou c’est un coup à la Tess-fait-ce-qu’elle-veut-quand-elle-veut ? Plaisantai-je en lui faisant à moitié une grimace, avant de redevenir un peu plus sérieux. Y a un souci chez toi ? En tout cas, tu peux rester autant que tu veux.

Bon, il me faudra sûrement en parler à Maman, mais chaque chose en son temps, parce que d’abord, je veux être sûr que Tess se sente un peu mieux, un peu chez elle, parce que c’est ma meilleure amie et que je compte bien l’héberger tout l’été s’il le faut.

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Tess Tennant
Élève de 3ème année



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MessageSujet: Re: moonlight mile [pv]   Lun 1 Fév - 17:53

Je ne sais pas pourquoi je m’imaginais que ce serait Seb en personne qui viendrait m’accueillir sur le seuil de sa maison à sept heures du matin en plein week-end et pendant les vacances scolaires. Ce n’est pas comme s’il vivait tout seul là-dedans. Ce n’est pas comme si je n’étais pas au courant non plus. En fait, je le connais depuis assez longtemps pour savoir identifier chaque membre de sa famille (relativement nombreuse, si on compare à la mienne) ; assez pour avoir déjà, en deux ou trois brèves occasions, croisé sa mère.

Pourtant, quand c’est elle qui m’ouvre, je reste momentanément tétanisée. L’idée de prétendre qu’il s’agit d’une erreur et de fuir sans demander mon reste est soudain excessivement tentante ; mais je sais bien que ça n’arrangera pas mes problèmes. Je la repousse donc.

– Bonjour. J’avale ma salive, ma gorge se dénoue un peu. Est-ce que Seb est là ?

J’affiche mon sourire le plus poli. Plusieurs secondes s’écoulent durant lesquelles Maman Hansen me dévisage. Je la sens déconcertée, mais pas hostile : mes cheveux roux doivent lui être familiers, comme me le sont ses yeux doux – je les connais d’un autre visage. Avant que j’ai eu le temps d’y trouver un quelconque réconfort, elle m’adresse un hochement de tête et disparaît à l’intérieur de sa maison, laissant la porte entrebâillée.

Comme je ne veux pas donner l’impression d’épier ce qui se passe par l’interstice, je me détourne pour observer nerveusement la petite cour environnante. À ma gauche, un voisin est en train d’arroser ses plantes – ou plus exactement, fait semblant d’arroser ses plantes tout en me jetant des coups d’œil curieux et vaguement désapprobateurs. Je sers le dents et décide de l’ignorer : dans une situation différente, j’aurais sûrement réagi de manière plus aggressive, mais je ne veux pas attirer d’ennuis à Seb.

Des bruits de conversation proviennent de l’intérieur. Un grincement. L’odeur délicieuse qui s’échappe de derrière la porte est celle des saucisses et des œufs et des toasts grillés et fait grogner mon estomac. Je me penche inconsciemment… et me retrouve nez à nez avec Seb.

– Tess ?! Mais… Qu’est-ce que…

Je souris, sincèrement cette fois, de son air ahuri. De soulagement surtout.

– Hey, j’ai le temps de lâcher, avant qu’il ne me prenne (toute puante et sale que je dois lui sembler) dans ses bras.

Il est toujours en pyjama bien sûr – une abomination à motif tartan que je n’ai même jamais vu dans les défilés nationaux les plus embarrassants de Glasgow, et qu’il n’aurait sûrement pas osé porté à l’école ; ses cheveux bruns, encore tout ébouriffés ses yeux écarquillés lui donnent l’air d’un hibou un peu fou. Il s’est sûrement couché tard la veille, je le devine à ses cernes, tombé endormi sur un livre ou son piano. Le piano, c’est comme ça que je l’ai rencontré la première fois, je me rappelle.

– Viens, rentre, m’invite-t-il. Dès qu’il ferme la porte derrière nous, les bruits de la rue s’effacent, et je me sens comme dans une bulle.

Je ne suis allée que peu de fois à Londres, et pour sûr, jamais je n’ai visité de maison Londonienne. Le contraste avec l’appartement de mes parents est immédiat, saisissant et vaguement honteux. Les murs du hall dans lequel nous entrons sont lambrissés jusqu’à environ un mètre de hauteur, la partie supérieure peinte dans un ocre chaud et laissée nue. Les huisseries (mon père m’a appris ce mot lors d’une séance de bricolage un été) des double-portes situées de chaque côté de la pièce, bien plus hautes que chez moi, sont artistiquement gravées et faites d’un bois sombre, et le parquet de la même couleur, recouvert d’un tapis qui étouffe nos pas. Par l’encadrement j’entrevois à droite le salon, à gauche, une salle à manger ou peut-être un boudoir à dominante de blanc, ornés de tableaux. Dans un coin, un téléphone à l’air ancien est posé sur une petite table ronde, juste à côté d’un porte manteau croulant sous diverses capes, chapeaux et parapluies ; et dans le coin que l’escalier forme en longeant le mur du fond, un vase vide. Tous ces détails procurent à l’ensemble un air de vieux musée, plus très fréquenté mais toujours accueillant.

Seb me conduit jusqu’au deuxième étage. Les marches continuent et j’ai la très nette impression qu’il reste plus de niveaux et de pièces qu’une maison de cette taille ne devrait logiquement en contenir.

Cet étage là, apparemment, est exclusivement occupé par Seb. Il y a là sa chambre, que je découvre à la lumière du jour qui pénètre par la fenêtre que mon ami s’est empressé d’ouvrir. On ne peut pas dire que la pièce soit gigantesque mais elle est significativement plus large que la mienne. Mieux rangée aussi, sans aucun doute, mais aussi plus encombrée – des lampes de différentes tailles et formes, des étagères croulantes de livres et de CDs, des figurines, un ours en peluche (j’ai accidentellement mis le feu au mien quand j’avais huit ans, mauvais souvenir), plusieurs chemises de couleurs variées posées sur le dossier d’une chaise, des papiers de bonbons sur le bureau où sont aussi posés des manuels de l’école, des affiches partout sur les murs, et sur la table de nuit, des BDs. J’ai l’impression que je pourrais me trouver dans la chambre de Coop, si les parents de Coop avaient eu les moyens et l’envie de lui offrir la moitié de ce qui se trouve ici…

(La ferme, Tess.)

D’un roulement d’épaule, je me défais de mon sac à dos qui finalement ne pèse pas grand chose et, après hésitation, m’assied sur le lit. J’ai vaguement conscience d’avoir franchi un seuil dans le degré d’intimité que m’autorise une amitié de la nature de celle qui nous unit Seb et moi, mais pour l’instant je n’ai pas la force de me sentir gênée. Je suppose que mon éducation négligée se remarque davantage dans un environnement si douillet et confortable, même si je sais, grâce à Seb, que sa famille est loin d’être irréprochable.

– Tu as fait le trajet de nuit ? Tu as l’air un peu… Euh, tu veux peut-être prendre une douche ? hésite Seb en fronçant le nez. Oui, tu pues, désolé, ajoute-t-il avec un petit rire.

Rien d’étonnant, je pense, en me remémorant mon voyage, et les odeurs de pisse et de tabac bon marché (pour ne pas dire de shit) de plus d’un passager. Sans parler de Londres, du métro bondé dans lequel j’ai tourné presque une heure. Mais c’est sympa de la part de Seb de le présenter comme ça, comme une blague, une taquinerie. Ça me secoue un peu.

– Pardon d’offenser tes narines, Monsieur Propre, je rétorque.

On échange un sourire ; un brin mécanique, mais ça fait du bien de prétendre que tout est normal, faut le reconnaître.

– Viens, je vais te montrer la salle de bain. Tu as faim ? babille-t-il. Lave-toi et ensuite tu pourras manger un bout.

Me laver, c’est exactement ce dont j’ai besoin, ne serait-ce que pour me débarrasser de la crasse – surtout, c’est l’occasion de me retrouver enfin seule avec moi-même pendant au moins quelques minutes, sans une remarque graveleuse dans mon dos ou le regard soupçonneux de la mère de Seb.

Il faut dire aussi que j’ai le look qui va avec. Mon reflet dans le miroir au-dessus de l’évier est un petit choc.

J’ai toujours été une fille plutôt énergique et enjouée, un peu grincheuse c’est vrai, parfois maladroite dans mes rapports avec les autres, rarement stressée par les petits tracas du quotidien.

Bon, je suppose que dernièrement, il y a eu des tracas un peu plus gros que d’habitude.

Mais jusque là je n’avais pas pris conscience que cela pouvait physiquement marquer une personne. Moi ? Encore moins. Seulement là…

– T’as une tête de merde, je lâche à mon double.

Pas de réponse spirituelle, pour une fois. Evidemment.

Mon regard tombe sur mon sweat délavé. Sur le logo rouge (Super quelque chose, Super Mec? Super Guy?) qui avait tapé dans l’œil de mon clochard à la cigarette.

Sur l’évier traîne une paire de lunettes qui doit appartenir à Seb. D’un geste brusque, je les fiche sur mon nez et rabat ma capuche en faisant disparaître dessous toute trace de mèche rousse. Les verres de correction me troublent légèrement la vue.

Voilà. L’illusion est presque parfaite.

Je reste comme ça un moment, jusqu’à ce que mes paumes crispées sur le rebord du lavabo me fassent mal.








Ça fait du bien. La douche. Je sors enroulée dans la serviette de bain moelleuse que m’a remise Seb. Celui-ci a disparu, sûrement descendu chercher à manger. Qu’a-t-il bien pu dire à sa mère pour justifier ma visite ? Je me frotte vigoureusement puis fouille dans mon sac pour en sortir une culotte, un short et un t-shirt propre que j’avais embarqués. Je retourne dans la salle de bains pour m’habiller – l’idée que Seb me trouve à moitié à poil dans sa chambre m’embarrasse avant même de l’avoir clairement formulé.

Lorsqu’il réapparaît, je suis occupée à me sécher tant bien que mal la crinière. Récemment et pour la première fois dans l’histoire de Tess, j’ai songé à me les couper – non pas seulement les pointes comme d’habitude mais une longueur plus significative, parce que j’en ai parfois assez de les avoir tout le temps dans la figure – mais c’est une pensée comme ça. Je me tourne vers mon ami qui a ramené avec lui un énorme plateau qu’il a apparemment réussi à monter tout seul ce qui relève de l’exploit car il doit y avoir là la moitié d’un rayon « petit déjeuner » de supermarché.

– Je ne savais pas ce que tu voulais alors j’ai pris un peu de tout.

Tandis que nous nous installons, il me montre ses céréales favorites (« elles sont américaines » !) et m’en explique avec le plus grand sérieux toute la composition. Au fur et à mesure que je l’écoute tout en me remplissant goulument l’estomac comme un chat de gouttière affamé, je sens que je me détends de plus en plus. Après plusieurs minutes dans cette ambiance chaleureuse et rassurante, Seb, qui n’est pas en reste en matière d’empathie, se décide prudemment à aborder le sujet qui fâche.

– J’ai raté la lettre qui m’informait de ta venue ou c’est un coup à la Tess-fait-ce-qu’elle-veut-quand-elle-veut ? demande-t-il, à moitié pour rire. Plus, plus sérieusement, il reprend : Y a un souci chez toi ?

Je hausse les épaules, les yeux baissés. En réalité, il ne s’est rien passé de particulièrement plus « grave » que d’habitude hier soir, et je ne sais pas vraiment comment expliquer pourquoi précisément à ce moment là, j’ai craqué.

– En tous cas, tu peux rester autant que tu veux, conclut Seb.

Il n'y a rien dans sa voix sinon la sincérité la plus absolue. Une vague de reconnaissance m’envahit, comme une bouffée de chaleur, d’autant que je peux sentir mes yeux se fermer tout seuls. Je secoue pourtant légèrement la tête.

– Seb, je… Merci. Je ne vais pas… Je sens que je bafouille et que rien de ce que je dis ne doit avoir de sens. Je me reprends. Je ne sais pas ce que je vais faire mais je ne vais pas rester longtemps. C’est juste… J’avais besoin d’être ailleurs, tu vois ?

Je passe une main nerveuse dans mes cheveux, mon autre bras enroulé autour de mes genoux, perché sur la chaise tout contre les chemises de Seb. Elles ont son odeur – je n’ai jamais vraiment porté attention aux odeurs mais à cet instant, curieusement, je n’ai pas de mal à reconnaître la sienne. Ça sent quelque chose de vert et chaud, dans lequel je pourrais m’envelopper, diamétralement opposé à la grisaille Glasgowienne. Je me presse inconsciemment contre le dossier.

– Je sais que je devrais les appeler pour leur dire où je suis mais…

Je m’arrête brusquement, pour contrôler ma voix qui s’est mise à trembler. Je me sens encore trop faible, trop vulnérable pour cette conversation. Dieu sait que je suis mauvaise pour expliquer, pour mettre sous forme de mots le bouillonnement d’émotions contradictoires et de pensées qui se mélangent dans ma tête. Il me faut du temps pour mettre tout ça en ordre, et du courage pour l’admettre.

Voyons. Je peux facilement deviner ce qui est en train de se passer à cette heure-ci. Mes parents ont probablement découvert mon absence ce matin. Peut-être même hier soir. Je ne vais pas prétendre qu'ils ne m'aiment pas et ne se rendraient pas compte si je venais à manquer. Ils doivent me chercher. Ma mère a peut-être même déjà appelé Chuck en renfort. Oui, je sais qu'ils s'inquiètent.

Et une petite voix vicieuse en moi ne peut s'empêcher de penser : tant mieux. Qu'ils s'inquiètent. Qu'ils se rongent les sangs et tournent en rond sans savoir quoi faire, qu'ils appellent les flics si ça leur chante ! Je ne vaux pas grand-chose comme fille ou comme cousine de toute manière, et j'éprouve je crois un plaisir jouissif à devenir enfin cette petite connasse mal éduquée que tout le monde s'imagine que je vais devenir. À fuguer, tiens, voilà une bonne réaction bien immature et attendue. J'ai un « profil » vous savez. Gamine à problème, depuis la primaire.

Mais comment puis-je avouer ça à Seb sans qu'il me prenne pour une gamine capricieuse, qui s'apitoie sur son sort ? Cette idée est si forte que j'ai du mal à imaginer qu'il puisse en avoir une différente, même s'il est, sans aucun doute, mon meilleur ami, celui en qui j'ai le plus confiance.

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Sebastian Hansen
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Âme soeur: Désolé Etienne, les lèvres de Casey sont quand même plus douces.

MessageSujet: Re: moonlight mile [pv]   Ven 26 Fév - 17:41

Je me souviens très bien de la première fois où j’ai rencontré Tess, mais surtout de ce qu’elle a dégagé. Une Gryffondor typique, mon opposé, avec cet aura éparpillé, un peu comme un feu d’artifice. C’est drôle, j’ai beaucoup d’amies filles, beaucoup plus que des garçons d’ailleurs, mais Tess est spéciale et l’a toujours été. Sûrement parce qu’elle est différente de toutes les autres, plus masculine peut-être même. Aria, Clea, Casey, je me suis toujours entouré de filles plutôt calmes et douces. Tess, c’est un peu l’exception. Elle est toujours à 100 km/h. Mais surtout, elle est toujours simple. Ou plutôt, même si elle ne l’est pas, les choses le sont avec elle. Elle a ses problèmes – surtout en ce moment – et on a eu nos disputes aussi, mais dès que ça repart, j’ai l’impression d’être remis sur des rails, et le train avance tout seul. Autour de moi, j’ai l’impression de me perdre, parce que c’est toujours trop compliqué, Casey, Daphne, les sentiments, mon frère, mes parents, ma famille, les problèmes, tout ça. Mais Tess, c’est facile. Elle me fait rire. On ne se ressemble absolument pas, mais bizarrement, ça fonctionne. Même si bon, en ce moment, depuis la mort de Coop, c’est un peu compliqué. Parfois, quand j’y pense, je me dis que j’étais plutôt fait pour m’entendre avec Coop. A vrai dire, il est… était à Poufsouffle, la maison à laquelle j’avais toujours pensé appartenir secrètement. Peut-être que si j’y avais été, c’est avec lui que je serais devenue ami. Je ne sais pas pourquoi je pense à ça, parfois. Mais ça me fait toujours tout drôle, comme si la température de mon corps avait baissé soudainement. Dans ces moments, je pense à Tess, et combien elle doit souffrir, et ça me rend malheureux. Dans ces moments, je pense aussi à Tom, à la suite, à ce qui va irrémédiablement arriver, et j’ai peur.

- Seb, je… Merci. Je ne vais pas. Je ne sais pas ce que je vais faire mais je ne vais pas rester longtemps. C’est juste… J’avais besoin d’être ailleurs, tu vois ?

Le bruit des céréales que je mange couvre presque sa toute petite voix tremblante. Je n’ai pas vu Tess aussi vulnérable depuis qu’on a appris le décès de Coop. Elle a l’air minuscule, sur ma chaise. Perdue, aussi. Dans mon cœur, je sens un élan d’affection pour elle. J’hoche la tête d’un air entendu. Ça ne m’étonne pas d’elle, finalement. Elle a toujours été spontanée. Je suppose que c’est simplement quelque chose de trop, infime, qui l’a fait bondir sur ses pieds, comme ça, et partir, sans réfléchir. Je me demande si ses parents savent, mais la connaissant, je me doute de la réponse, qu’elle ne tarde pas à me donner.

– Je sais que je devrais les appeler pour leur dire où je suis mais…

J’entends dans sa voix quelque chose prêt à se briser, et je fais un signe de main, comme pour dire « je sais, j’ai compris » et l’empêcher de continuer et se forcer. Je me demande ce que ses parents font, en ce moment, et je me sens presque mal pour eux. Pendant quelques secondes, l’idée de les prévenir me traverse l’esprit, mais j’ai l’impression de trahir Tess rien que de l’envisager.

- Si tu restes plus longtemps, tu les appelleras, dis-je simplement. Mais maintenant que tu es ailleurs, on va pouvoir en profiter !

Mon ton se veut joyeux, parce que je sens à quel point la situation est glissante. J’ai l’impression que Tess peut exploser à tout moment entre mes doigts. Je me lève, tirant un peu sur mon pyjama.

- Bon, tu finis de manger ? Je vais m’habiller, moi.

Tess lance un regard vers mon pyjama et elle a presque un sourire sur son visage tendu. Je lui tire la langue. J’attrape dans mon armoire un caleçon que je roule dans le jean que je prends – j’ai peur que Tess le voit, et bizarrement, ça me dérange – et un tee-shirt bleu marine tout simple. Je vais dans la salle de bain rapidement, me prépare et en profite pour me débarbouiller un peu. Comme tous les matins, mes cheveux font un épi bizarre à l’arrière de ma tête, et je m’aplatis comme je peux. Je reviens dans ma chambre, et sort un sweat marron à fermeture éclair, et le tend à Tess. Elle a passé la nuit dans l’autre, et je sens qu’un propre pourrait lui faire du bien. Je la laisse finir de manger pendant que j’attrape mon eastpack et le remplie d’une bouteille d’eau, un paquet de gâteaux, mon porte-monnaie et un plan de métro de Londres. Je commence à le connaître par cœur, mais on ne sait jamais.

- On va se balader ? Proposai-je avec un sourire. Je vais pouvoir enfin te montrer Londres !

En sortant de la chambre, j’attrape un paquet de mouchoir sur ma table de chevet, et le glisse dans ma poche. Ça aussi, on ne sait jamais.

Ça fait longtemps que je ne suis pas sorti aussi tôt pour me promener. Le ciel est gris clair mais il fait bon. On se dirige vers le métro, qui a l’air d’intriguer Tess, parce qu’elle n’a pas l’habitude de ce moyen de transport. Bien décidé à lui changer les idées, je lui explique le fonctionnement du mieux que je peux, lui donnant des anecdotes sur les lignes et les stations, essayant de la faire rire en lui racontant cette fois où j’ai glissé dans les escaliers à Tottenham Court Road. J’arrive à lui arracher tout petit éclat de rire, un peu goguenard, et je souris. Ma Tess est encore là, je le sais.

On change de ligne une fois, puis finalement on descend à Camden. C’est drôle, Elisa a toujours préféré cet endroit à moi, mais je suis sûre que ça va plaire à Tess. On marche jusqu’au marché, et on se plonge dans les allées où les boutiques toutes plus farfelues les unes que les autres s’enchaînent. On commence à jouer à se trouver les tenues les plus ridicules ; Tess me fait essayer un chapeau haut de forme un peu gothique, et je la défie d’essayer un sweat avec écrit « pretty princess » dessus, dont la couleur rose bonbon jure horriblement avec ses cheveux roux. Evidemment, je l’amène à Cyberdog, où elle enchaine à la fois des expressions excitées et perplexes devant les robes futuristes et les chaussures à plateforme de la taille de sa tête. Sous les néons du magasin, ses dents blanches ressortent et illuminent son visage. Dans les recoins plus sombres, ses cheveux roux sont assombris, un peu comme s’ils étaient bruns. Concentrée sur un tee-shirt à hologramme, elle ne voit pas que je l’observe. J’ai toujours trouvé qu’elle était jolie, mais j’ai l’impression que plus Tess grandit, plus elle dégage quelque chose de séduisant. Je me demande si elle sent ce changement, elle aussi.

Devant une boutique de vernis à ongle, une vendeuse propose à Tess de lui « montrer notre nouveau vernie métallisé, ma chérie », ce qui me fait prendre un fou rire quand je vois son air effaré. Plusieurs vendeurs l’interpellent d’ailleurs, lui proposent un discount parce qu’elle est mignonne, et je vois que Tess n’est pas habitué à ça, et ça lui fait prendre un air grincheux qui me fait rire. Mais on trouve quand même dans notre errance un débardeur large avec deux planches de skate imprimés dessus, qui se croisent comme une croix, avec écrit « ride or die / since 1993 » il nous fait rire et le vendeur nous fait un prix alors je l’achète à Tess, qui proteste pour la forme mais accepte le cadeau. Comme il est bientôt l’heure de déjeuner, on achète des énormes parts de pizza et je les fourre dans mon sac à dos. Tess proteste à nouveau, mais me suit, intrigué. On marche quelques minutes, remontant vers Chalk Farm, longeant les avenues plus chics de Camden, avec des jolies maisons à l’ancienne. On remonte jusqu’à Primrose Hill, montant la colline du parc. Tout en haut, on a une vue parfaite sur tout Londres, on s’assoit et je sors notre pique-nique.

On reste longtemps en haut, à regarder les immeubles qui percent le ciel. Je les décris à Tess, explique les quartiers, ce genre de choses. Je ne sais pas si elle m’écoute vraiment, parce qu’elle a l’air un peu ailleurs, mais elle hoche la tête à mes anecdotes. Après, on décide de reprendre le métro, et on descend à Covent Garden, un quartier qui me ressemble sûrement beaucoup plus. J’amène Tess dans cette boutique de thé où on peut se servir et goûter, et Tess avale de travers celui au whisky et à l’orange. On va dans une boutique de bonbons extravagants, et on en achète plusieurs, pour essayer. Le long fil à la fraise pique ma langue, tandis que Tess plonge sa main dans les petites billes d’eau de toutes les couleurs que vend un stand. Si je ne fais pas attention à l’ombre qui plane, on dirait presque un après-midi normal, à rire avec Tess.

Je me demande si elle est fatiguée, mais elle a l’air d’apprécier de se changer les idées. On marche jusqu’à Trafalgar Square avant de remonter l’avenue qui mène à Westminster Abbey et Big Ben. Je regrette de ne pas avoir d’appareil photo pour prendre une photo de touriste de Tess faisant semblant de toucher la pointe de la tour. On traverse le pont pour longer les bords de la Tamise. Il y a des stands de nourritures et des spectacles de rues, et on s’arrête pour en regarder quelques-uns. Au pied du London Eye, il y a le London Dungeon, une attraction sur les légendes d’horreur de la ville, et Tess veut m’y amener, mais le prix nous fait faire demi-tour, ce qui la rend grognonne ; « pourquoi tout est cher ici ?! » peste-elle à plusieurs reprises. On reprend un bus pour aller jusqu’à Hyde Park, où on s’allonge dans l’herbe un peu humide, Tess la tête sur mes genoux. Pendant presque deux heures, on ne dit rien, ou pas grand-chose. Tess arrache l’herbe et en fait des boulettes qu’elle m’envoie dessus. Ma main caresse légèrement ses cheveux, de temps en temps. Les nuages se sont levés, et il fait presque chaud.

On finit par se lever pour finir de se balader dans le parc, puis on s’arrête au Sainsbury du coup pour acheter des sandwichs et un paquet de chips au vinaigre. Il y a un bus qui va chez moi, et on se calle dedans pour diner. Le trajet est un peu long, et Tess fixe les lumières du ciel qui deviennent petit à petit orangées.

En rentrant chez moi, il y a ma famille en train de dîner à table, même Elisa qui est rentrée pour les vacances. A en juger par sa tenue, elle ne va pas tarder à sortir. Matthew jette un coup d’œil suspicieux à Tess, avant de lui faire un sourire – il la connait un peu, depuis qu’il est lui aussi à Poudlard.


- Ah, vous voilà ! Tu vois, c’est Tess, dit ma mère à l’attention de mon père qui lui fait un signe de la main et un sourire.
- Hey Tess ! Tu vas bien ? lance joyeusement Elisa, qui la reconnait – elle a quitté Poudlard dès mon entrée en deuxième année, mais elle a déjà vu Tess.
- Vous avez passé une bonne journée ? Questionne mon père.
- Oui oui, on s’est baladé, c’était cool. Je n’ai pas envie de rester là avec tout le monde qui va étouffer Tess de questions. Matthew, on peut emprunter ta DS ? Qu’on puisse jouer tous les deux ? S’il te plait ? Il marmonne dans sa barbe, mais finit par dire oui.
- Tess, tu dors ici ce soir ? Seb, tu mettras un matelas dans ta chambre ?
- Oui, t’inquiète, je m’en occupe ! El’, je peux prêter à Tess un de tes vieux pyjamas ?
- Ouais, pas de problème !


On monte donc dans ma chambre, enfin tranquille. Je vais chercher un pyjama pour Tess, une vieille chemise de nuit informe qui va sûrement lui tomber jusqu’aux genoux. Pendant qu’elle se change dans la salle de bain, je mets mon propre pyjama et j’installe un matelas sur le sol, avec un oreiller, une couverture, et des draps propres. J’hésite, et mets une de mes peluches à côté de l’oreiller, pour tenir compagnie à Tess, avant de me dire que je vais sûrement lui prêter mon lit pour qu’elle soit mieux pour récupérer de sa nuit dans le bus. Elle revient dans la chambre, et on se met sur mon lit avec nos deux consoles. J’ai une version de Super Mario où on peut jouer en équipe, et j’explique rapidement les règles à Tess avant qu’on se lance dans une partie endiablée – elle me sélectionne la princesse Peach comme personnage, et pour me venger, je lui attribue Browser, le monstre qui crache des flammes.

On fait plusieurs parties, installées côte à côte sur mon lit. Nos corps se touchent, et Tess n’arrêtent pas de me taper l’épaule quand on gagne ou perd, pour célébrer ou me punir à moitié. Parfois, j’essaye de la contrer, en attrapant ses mains dans les miennes – ses doigts sont d’ailleurs étrangement fins. On a fini par éteindre la lumière de la pièce, et son visage est juste éclairé par ma lampe de chevet, dont la lumière fluo donne l’impression que ses cheveux prennent feu. Au fur et à mesure, je sens contre moi que Tess fatigue, probablement épuisée, et lorsqu’elle enfouie sa tête dans l’oreiller contre lequel elle a appuyé son menton, je lui frotte un peu le haut du dos, d’un geste réconfortante. Il y a quelques secondes de battement, puis, je ne sais pas trop comment, Tess finit contre moi, dans mes bras, et je passe ma main le long de ses cheveux d’un geste régulier et réconfortant. C’est un peu étrange, mais pas désagréable. C’est simple. Elle est toute fragile, je le sens bien, et moi aussi, au fond, je n’en mène pas trop large en ce moment. Tess a son visage contre mon torse, et ses mains serrent mon pyjama. On reste comme ça pendant un long moment sans rien dire, le son de notre jeu vidéo en fond.


- Là, ça va aller, je murmure tout doucement, berçant un peu Tess qui tremble presque. Est-ce qu’elle pleure ? J’embrasse le sommet de son crane avec tendresse, et continue à frotter son dos. Tu te sens un peu mieux ? Demandai-je d’une petite voix timide mais douce, la serrant un peu plus fort, bien décidé à ne pas la lâcher.[/i]

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Tess Tennant
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MessageSujet: Re: moonlight mile [pv]   Mer 2 Nov - 23:50

Parfois je me demande à quoi aurait ressemblé l’école sans Seb. Je me revois rentrer là-dedans, haute comme trois pommes, fanfaronnant au sujet de mon cousin totalement génial et déterminée à battre son record de conneries dès la fin de ma première année. Et voilà que je me lie à ce blanc bec, un peu emo mais sympathique, qui aime se retrancher dans les salles perdues pour jouer du piano en solitaire. C’est sûr que ce n’était pas l’amitié que j’avais imaginé se développer ! 

Pourtant quand je vois où l’on en est aujourd’hui, je me dis qu’il y a peut-être des trucs que je regrette dans ma vie, mais ça, sûrement pas. Et pas seulement parce qu’il vient de m’apporter un plat de pâtisseries. 

Sans Seb, à cet instant, je serais à la rue. C’est étrange comme pensée, quand ça vous vient. Effrayant, un peu. J’ai ce problème parfois, où je me mets à flipper de mes propres conneries mais seulement après les avoir faite. C’est une sale habitude de famille. 

Seb lui, il est pas comme ça. Il se sert de son cerveau. Ça cogite là-dedans ! Alors oui parfois, il a pas une attitude cent pour cent fun. Mais entre nous, je crois que je suis assez fun pour deux. Ou je l’étais.

Seb ne dit pas, Tu as été stupide de faire ça, même s’il le pense peut-être, sans doute. (Je ne lui en voudrais pas de le penser.) Il ne dit pas non plus, Oui, tu devrais les appeler, ils vont s’inquiéter ! Ce que j’apprécie d’autant plus qu’il n’aurait pas tort. Il ne connaît pas mes parents si bien que ça, mais il était à la veillée funéraire et il sait bien qu’on s’aime, à notre façon, tous. Mes parents ne sont pas comme mon oncle et ma tante. Ces derniers temps, je me suis souvent dit dans des moments de grosse déprime, que j’aimerais bien qu’ils le soient, que ce serait plus “facile” quelque part.

– Si tu restes plus longtemps, tu les appelleras, dit Seb à la place. Mais maintenant que tu es ailleurs, on va pouvoir en profiter ! 

Il me fait un petit sourire encourageant d’apprenti psy. C’est maladroit, mais le sentiment est réel, alors je réponds de mon mieux, avec les yeux.

Les cinq minutes que Seb passe dans la salle de bain à s’habiller à se débarbouiller me suffisent presque pour m’endormir sur son lit, mais je suis encore consciente quand il en ressort, tout frais et sentant bon la même odeur de savon qu’il porte à l’école.

– On va se balader ? suggère-t-il, me tendant un sweat.

Pendant une seconde, je le fixe, tétanisée. J’ai à peine quitté le sweat de Coop depuis que je suis rentrée de l’école et que je l’ai trouvé dans un coin de ma chambre, oublié là depuis le Noël précédent.

(Toutes les affaires récupérées dans son dortoir en mai sentaient l’hôpital et les médicaments.) 

Je ne sais pas trop si j’ai envie de ressortir. Mes cheveux sont encore humides de la longue douche que j’ai prise, et après mon petit-déjeuner express, l’adrénaline est retombée d’un coup et m’a laissée des membres cotonneux. Finalement, la gêne à l’idée que la mère de Seb surgisse soudain pour demander ce que je fais là, l’envie de me changer les idées, l’emportent sur la fatigue. Merde, une visite guidée de Londres, ça ne se refuse pas.

– Bonne idée, je lâche, avant d’enfiler le vêtement par dessus mon t-shirt.

En repassant par l’escalier, je marque un temps d’arrêt, alertée par un bruissement au-dessus de moi. Je lève la tête et aperçoit le petit visage de Matthew, le frère de Seb, qui m’observe depuis les marches conduisant à l’étage suivant. Ils ont exactement les même yeux.


-




La dernière fois que je suis venue à Londres, c’était avec l’école primaire en voyage scolaire. Il pleuvait et on avait passé une après-midi sordide à la Tate Gallery (j’aime pas trop l’art moderne, c’est incompréhensible et puis c’est quoi ce délire de foutre un tas de cailloux au milieu d’un couloir et d’appeler ça une exposition ? N’importe quoi). Moi, mon père est écossais, ma mère a grandi dans le Lancashire ; quant au reste de la famille ils sont à Bristol. Autant dire que Londres, je ne l’ai jamais connue qu’en touriste.

C’est une ville bizarre. Une espèce de monstre à deux têtes. La plus familière étant bien sûr celle offerte aux touristes – tous ces éléments iconiques familiers qui t’invitent à croire que, bien sûr, on est tous Londoniens. Tu as grandi avec Big Ben, Buckingham Palace, les taxis noirs et tout le tralala. Au cinéma, tu as vu au moins deux James Bond différents foncer en Austen Martin au MI6 dans une qualité de plus en plus HD, et à la télé, des thrillers sur des hommes d’affaire corrompus qui bossent à la City ou une énième adaptation de Sherlock Holmes. En marchant là-dedans, t’as un peu l’impression de te balader dans un décor de parc d’attraction en carton pâte géant – d’ailleurs tu croiseras probablement un gars sur une place connue déguisé en Doctor Who, prenant des photos avec les passants contre une livre ou deux. J’imagine que c’est comme ça dans toutes les villes célèbres, celles qu’on voit à la télé sans arrêt, qui servent d’arrière plan aux aventures des super-héros, ninjas, aliens, bref.

Et puis, il y a le Londres de ceux qui y vivent, si semblable et pourtant… À travers Seb, la ville m’apparaît soudain plus réelle, plus humaine aussi. En même temps, il y a quelque chose d’hyper excitant, presque magique à arpenter ces rues mondialement célèbres avec quelqu’un qui ne les remarque même plus. Je me demande si Seb se rend compte qu’à mes yeux, il pourrait tout aussi bien être un de ces mecs qui se déguisent en Mickey Mouse, débarrassé de sa fausse tête pour fumer une clope et me montrer les coulisses de Disneyland. L’espace d’un après-midi, je suis dépositaire d’un secret précieux ; celui d’être étrangère, sans que personne d’autre que nous ne le sache. Une espionne, à qui Seb a gracieusement offert l’opportunité de jouer la citadine au milieu des citadins. J’apprends à les repérer, les distinguer – il y a des signes qui ne trompent pas. Pourrais-je un jour réussir à les imiter ? Passer du rat des champs au rat des villes ? Pas avec mes shorts et mes vieilles baskets râpées, c’est certain.

On prend le métro. Je sers un peu les dents quand une voix me réclame de quoi payer mon passe pour la journée. Bing ! Le peu de livres qui me restaient diminue à vue d’œil. Je pense à mon père, qui va découvrir que je lui ai piqué tout son fric pour le foutre dans des petits bouts de carton. Je ne suis pas sûre qu’il aie pris les transports en commun une fois dans sa vie.

(C’est rien, tu le rembourseras plus tard, tu peux trouver du travail)

Camden market, me dit Seb en me traînant dans un marché aux puces qui me rappelle le marché de Barras, en plus punk. J’ai à peine le temps d’apprécier la familiarité des lieux qu’il me tire dans un dédale de boutiques étroites, enchâssées dans ce qui ressemble à d’anciens entrepôts – pas des entrepôts, des écuries, me corrige Seb en me pointant les plafonds voûtés. J’essaye d’imaginer des chevaux trotter dans ce bazar, l’image se superposant à celle des chineurs, le clac clac des sabots mêlé aux voix aux accents étrangers – chinois, américains, espagnols, français surtout. Je m’arrête devant une boutique de chaussures, subjuguée par une paire de godasses à plateforme avec des talons qui doivent bien faire quinze centimètres, hérissées de piques en fer. Seb se retourne pour voir ce qui a retenu mon attention et je pointe l’objet du crime.

– Qui pourrait bien avoir envie de porter ça à part des fans de Game of Thrones sado-masochistes ? je m’exclame, ce qui le plonge dans un fou rire.

La visite du marché se poursuit comme ça, de blagues en défis stupides. C’est à qui trouvera le truc le plus ridicule à faire porter à l’autre. On entre dans une boutique tout droit sortie d’un clip des Black Eyed Peas circa 2010, avec des danseurs qui se trémoussent sur des balcons en mini-shorts fluorescents, pour mon plus plaisir le plus absolu. Les sorciers n’ont rien à apprendre à ces dingues, ça c’est sûr ! Je suis surexcitée, file de rayon en rayon comme une abeille butinant des fleurs. Je n’y peux rien, j’ai toujours aimé les néons. On réussi presque à s’infiltrer dans la partie interdite aux mineurs, avant de tomber d’accord sur le fait qu’on a finalement pas franchement envie de savoir ce qui fait bander les adorateurs de chien cybernétique. Un gode de martien ? À cette suggestion, Seb me lance un regard tellement horrifié que je m’étouffe de rire et manque de renverser un mannequin. On sort avant qu’un vigile aie le temps de nous épingler.

Je me rembrunie un peu plus tard, quand il insiste pour m’acheter un t-shirt – ce sera pour ton anniversaire, répète-t-il en évitant obstinément mon regard, une expression butée sur le visage que je ne lui ai vue que rarement. J’ai beau protesté que je suis née en mars (il le sait très bien), rien n’y fait. Je laisse tomber et accepte son cadeau, par politesse et puis parce que c’est vrai que le t-shirt est beau et qu’il me va bien – ride or die, scandé au-dessus de deux skates croisés, pas hyper original compte tenu de toutes les absurdités qui nous entourent, mais définitivement mon genre. J’ai du bien du mal à cacher ma déception de ne pas pouvoir lui acheter un truc en retour, même pas une bricole, ou je n’aurai plus de sous pour le métro.

On quitte le marché pour aller se poser dans un parc un peu plus loin, au sommet d’une colline et on s’installe sur un banc pour manger une part de pizza. Délicieuse, mais une fois de plus offerte, ce qui n’améliore pas mon humeur. 

La vue plongeante sur Londres est assez grandiose pour me dérider, un peu. Un par un, Seb pointe du doigt les monuments célèbres qui composent la ville : le London Eye, la BT Tower… maintenant que nous sommes assis la fatigue du matin me reprend et m’empêche de vraiment me concentrer sur ses explications, alors je me laisse bercer par le son de sa voix. Je pourrais l’écouter pendant des heures, je pense soudain. T’as déjà songé à devenir prof ? La question reste bloquée dans ma gorge. Peut-être qu’il le prendrait mal, après tout. J’ai passé tellement de temps à me moquer de son côté petit minet, qu’à force… Je me suis comportée comme une pétasse insécure et mal élevée et sa seule réponse c’est de m’accueillir dans sa propre…

– Et si on bougeait ? je fais en me levant brusquement, profitant d’une pause dans son monologue.

(Non, pas monologue, c’était intéressant, tu le laissais parler parce que tu aimes quand il te raconte des choses et qu’il)

Je me mords la lèvre mais Seb, après une seconde d’hésitation, m’offre un sourire qui se veut résolument enjoué. Je ne te mérite pas – la pensée me traverse, claire, tord mon estomac plein de pizza qu’il a payée. Je descends la colline en trottinant, sans l’attendre.

Le métro encore, plus rempli sur cette ligne et à cette heure, nous obligeant à nous serrer l’un contre l’autre. Covent Garden, un nom qui m’évoque vaguement quelque chose, mais dont les boutiques moins bizarroïdes que celles de Camden me sont péniblement étrangères. Je manque de m’étouffer dans un magasin de thé, mais au moins la dégustation était gratuite – “Ça valait le coup” je plaisante entre deux quintes de toux, voix rauque, pouces levés. Seb secoue la tête et rit, doucement, les yeux baissés, Ah toi alors, et je sens une bouffée de chaleur m’envahir qui n’a rien à voir avec le thé. 

Pour finir en beauté, Seb m’entraîne dans les quartiers vraiment touristiques, ceux qu’on voit en arrière plan sur BBCNews – le parlement, les bords de la Tamise, et tout ce bazar. Je m’arrête un moment pour admirer la statue de trois femmes montées sur un chariot tirés par des chevaux, crinière au vent. Je prends des poses débiles devant Big Ben pour faire rire Seb. Je serais bien allée faire un tour dans la grande roue, ou mieux encore, ce truc – le London Dungeon – qui a l’air vachement excitant, mais pour la énième fois aujourd’hui, les prix exorbitants m’arrachent un long grognement frustré. L’année prochaine, je promets, à Seb, à moi-même.

Il est quasiment huit heures quand nous prenons le chemin du retour. Dans le bus qui nous ramène, nous nous asseyons à l’avant, à l’étage, ce qui donne presque l’impression de filer sur un balai à travers la ville. Même après avoir passé la fin d’après-midi allongée dans Hyde Park (dont au moins une bonne demi-heure de vrai sommeil), je tombe de fatigue, une vraie loque. Ça m’arrivait pas ça, avant, cet espèce d’épuisement dont je ne me débarrasse plus jamais tout à fait. Nous restons silencieux, ma tête scrupuleusement appuyée sur son épaule.

Les Hansen au complet… presque au complet, sont réunis à table à notre arrivée. À mon grand soulagement, Seb trouve rapidement une excuse pour m’éviter le calvaire du repas de famille et des questions gênantes qui vont immanquablement fuser si nous nous attardons. (À les voir ainsi tous rassemblés, leurs assiettes pleines, je ne peux m’empêcher de penser aux Amabile et avec quelle gentillesse ils m’ont toujours reçue.) Elisa, la sœur aînée de Seb et seule Hansen à part lui que je connaisse un peu, me fait un grand sourire. Je lui retourne du mieux que je peux. Bien que sa mère s’adresse à moi pour savoir si je compte dormir ici, Seb se charge de répondre à ma place, prenant naturellement le contrôle de la situation et m’entraînant à sa suite dans les escaliers. 

Ce n’est que lorsque nous atteignons sa chambre et qu’il me lâche la main pour aller chercher une vieille chemise de nuit dans la chambre de sa sœur que je réalise qu’il la tenait depuis notre descente du bus.

Quand je sors de la salle de bain, Seb m’attend en pyjama lui aussi, avec une console de jeux dans chaque main. J’ai déjà vu ces engins, même si je n’ai jamais eu l’occasion d’y jouer, alors Seb m’explique comment ils fonctionnent. C’est le même principe que la vieille console qu’avait récupéré mon père un été. Mes deux parents ont grandi avec la magie et n’ont jamais rien capté à la technologie Moldue, ce qui avait toujours tendance à effarer nos voisins – un jour, le fait que mon père soit totalement incapable de changer une roue de voiture avait fuité et servi à alimenter les conversations des deux commères du premier étage pendant au moins deux semaines. Mais cette fois ci la console avait été installée sans problème parce que Chuck était passé avec Coop et…

– Elle. Je montre à Seb le personnage que j’ai sélectionné pour lui, une princesse blonde en robe rose bonbon. Peach. Ça pourrait être ton deuxième prénom.

Pour se venger, Seb me lance un coussin et m’attribue une espèce de tortue monstrueuse hérissée de pointes et crachant des flammes. Je lui tire la langue. Ouais, on se connaît bien.

On enchaîne les parties. Une première heure passe, je perds le fil du temps. Je m'amuse. On joue pendant en équipe, contre d’autres gens qui habitent sur toute la terre apparemment, enfin c’est ce que Seb prétend, même si je reste sceptique. Parfois je me dis que les Moldus aussi produisent une forme de magie bien à eux. Il paraît qu’ils sont allés sur la lune ? Mais pour y faire quoi ?

Peut-être qu’ils pensaient trouver des gens. Comme dans la chanson – Child of the moon… the wind blows rain into my face, the sun glows at… nanana, child of the moon, rub your rainy eyes… oh child of the moon, give me a wide-awake, crescent-shaped…

Un bruit s’échappe de ma gorge, une sorte de sanglot à demi-étouffé tandis que je me presse contre Seb, dont les mains me caressent doucement le dos depuis quelques longues minutes.  Après une hésitation, il glisse avec précaution ses doigts dans mes cheveux, un geste qui provoque un nouveau tremblement. Et puis ils arrivent en vagues, me secouant tout entière, encore et encore, comme ça ne m’était plus arrivé depuis l’enterrement – et la sensation est horrible, comme la première fois, mais c’est aussi un soulagement. Sursaut après sursaut, mon corps se détend progressivement, comme si des nœuds dont je n’avais jusque là pas conscience se défaisaient petit à petit, comme des muscles atrophiés qui reprendraient vie ; mes poumons brûlant, mon cœur serré à m’en donner la nausée, mais battant la chamade, en rythme avec celui de Seb. Mes mains accrochées à sa chemise, je ne te mérite pas, je ne te mérite pas,

– Là, ça va aller, me murmure-t-il et je m’effondre totalement, ça y’est, je pleure comme une andouille sur son stupide pyjama à tartan qui n’est probablement même pas un vrai tartan, ce dont je me fiche comme de l’an quarante mais c’est la deuxième fois, deuxième fois qu’il me voit dans cet état et c’est peut-être pour cette raison que c’est plus difficile d’avoir honte ce coup ci, ou peut-être que je suis simplement trop fatiguée pour la ressentir.

– On jouait à des jeux comme ça parfois, Chuck et… on jouait tous ensemble quand ils venaient… Je hoquette, me force à ravaler les mots qui me font peur à sortir de ma bouche comme ça comme des boules de billard, m’oblige à leur donner un sens, parce que Seb n’est pas dans ma tête et c’est important, ces choses sont importantes et il faut que quelqu’un les entende, il faut que quelqu’un comprenne. 

(Comment Coop perdait souvent à la course de voitures, mais qu’il était le meilleur pour les quêtes et les énigmes. Qu’on lui filait la manette même si la règle officieuse voulait que seuls les gagnants rejouent. Comment souvent Chuck nous laissait jouer à deux tout un après-midi pour aller se promener, et on ne savait pas trop ce qu’il faisait. Je sais aujourd’hui qu’il n’allait probablement pas voir ses copains à chaque fois, qu’il devait sûrement profiter de pouvoir se retrouver un peu seul et sans la responsabilité écrasante de veiller sur Coop. Je prenais le flambeau, avec plaisir à chaque fois. Combien de fois ai-je supplié mes parents pour qu’ils restent – juste pour une dernière partie, un dernier tour au parc, un dernier…)

– Il me manque, je chuchote enfin.

Je lâche la chemise, tout froissée désormais, de Seb et parvient à me tourner légèrement, face contre le matelas. D’une voix étouffée je réclame :

– Tu peux éteindre la lumière s’il te plaît ? 

Quelques secondes plus tard, Seb a rangé les consoles et nous sommes plongés dans le noir. Je me sens mieux, moins vulnérable, maintenant que je sais qu’il ne peut pas distinguer mon visage, qui doit être tout rouge et bouffi. La seule lueur provient du réveil posé sur la table de chevet. Je lis l’heure derrière son épaule – dix heures et douze minutes. Presque vingt quatre heures depuis que j’ai pris la poudre d’escampette. Je me force à respirer, lentement, calmement, pendant plusieurs longues minutes.

– Merci pour aujourd’hui, finis-je par murmurer. J’ai débarqué sans prévenir et tu n’étais pas obligé de m’héberger… Non, non, écoute, je le coupe alors qu’il commence à protester. 

Mes doigts s’agitent impatiamment la couverture – je veux absolument qu’il entende cette partie. 

– Le truc, c’est que tu aurais pu essayer de me raisonner, pas vrai ? De me convaincre d’appeler ma famille, pour au moins leur dire où j’étais, mais tu ne l’as pas fait. Tu vois ? Mes parents… Chuck… (Je crache le nom avec colère.) Ils croient toujours savoir ce qui est bon pour moi, alors qu’ils sont pas fichus de bien s’occuper d’eux mêmes ! Seb, tu es la seule personne qui… qui me fasse confiance, et ça c’est… c’est…

C’est quoi ? Il n’y a pas de mots, je comprends soudain, aucun mot que je puisse mettre sur ce que je ressens à cet instant. Alors, parce qu’au fond j’ai toujours été une femme d’action, je fais quelque chose de complètement stupide et spontané : j’avance légèrement la tête et embrasse brièvement Seb sur la joue.

Sauf que, dans le noir, sa joue s’avère être le coin de sa bouche.





Tout s’arrête. Mon cœur. Son cœur. Les bruits dehors – ou bien c’est le sang sifflant à mes oreilles qui me les cache. Mon cerveau ne fonctionne plus. Je jure que je peux voir les yeux de Seb sortir de leurs orbites. Ma bouche est entrouverte.





Ding Dong !

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MessageSujet: Re: moonlight mile [pv]   Dim 6 Nov - 14:49

Le sonore "ding dong" me déchira les tympans (toujours fragiles quand on a trop bu) et fut suivi de plusieurs coups bien appuyés sur la porte - merci mais il ne fallait pas me demander, en plus de tout, de faire dans la dentelle.

Il fallait qu'Angie comprenne que les appels si tôt le matin étaient interdits - de toute façon elle pouvait toujours essayer, vu mon état de comatage, je ne risquais pas de répondre. Ça n'avait pas manqué : la veille, soirée rooftop chez des potes de potes, jusqu'au petit matin, avec de la bonne musique et tout ce qui allait avec. Je m'étais couché sans savoir quelle heure il était et quand je m'étais réveillé avec trois appels en absence de ma tante, j'avais seulement remarqué que je n'étais pas chez moi et pas tout seul dans le lit, mais avec mon pote et une meuf trop blonde et trop fausse. Ça alors ! Je m'étais tellement endormi comme une grosse masse que je n'avais strictement rien entendu... Bref. Il fallait aussi qu'Angie comprenne que quand je demandais aux gens de me foutre la paix, ce n'était ni une figure de style ni une blague, c'était simplement la vérité, c'était ce que je voulais au fond de moi. Qu'est-ce que les gens ne comprenaient pas ?! Heureusement c'était l'été, entre les vacances et les soirées de partout, c'était facile de se faire oublier, globalement. Le plus facile, cela dit, c'était de brandir sa carte de "mon frère est mort foutez-moi la paix", mais ce n'était pas vraiment un atout que j'aimais sortir. Mon atout, c'était plutôt "et si on oubliait tout, jusqu'à son prénom, qu'on s'en foutait plein la tête et plein le nez ?" et jusqu'à maintenant, je n'avais pas trop à m'en plaindre. À part, bien sûr, les lendemains matins et les gueules de bois qui s'en suivaient. Mais, quoi ! Il faut bien souffrir pour être libre.

J'étais rentré la tête tellement lourde que j'aurais pu en faire un ballon de foot et taper dedans avec les pieds pour la faire avancer, j'avais acheté un énorme sandwich avec plein de frites que j'avais avalé, vautré dans mon lit une fois rentré chez moi, j'avais bu l'équivalent d'un tonneau d'eau et là, seulement, mes esprits un peu revenus, je m'étais souvenu que 1) il existait des remèdes contre le mal de tête et 2) tiens, Angie, oui, elle m'avait laissé des messages en plus ! Ma chère petite tante si bien intégrées aux moeurs moldues qui avait bien compris que le téléphone était quand même bien plus pratique que les hiboux pour traquer son neveu... Bah. Je l'aimais trop pour lui en vouloir. Les messages, donc.

Bip... La voix d'Angie était inquiète (or Angie n'était jamais inquiète, c'était le chill incarné, même si tout avait basculé depuis Mai, tiens donc, belle ironie, j'étais presque habitué de lui entendre cette voix là maintenant, alors que à peine six mois en arrière ça m'aurait fait dresser les cheveux sur la tête...) : Tess a disparu, elle n'est pas dans sa chambre ce matin, et blablabla, et blablabla.

Qu'est-ce que ça pouvait bien me foutre ?

Tess était une gamine comme les autres ; avec ses secrets, ses crises de colère, sa mauvaise humeur, ses problèmes, et, oui, hello, newsflash!, elle avait le droit d'en avoir ras le cul de ses parents et de vouloir se tirer quelques heures retrouver ses potes, sans donner de nouvelles parce que c'était l'équivalent d'un bon gros fuck qu'elle ne pourrait jamais faire en vrai. Où était le problème ? Elle reviendrait, elle était trop maligne pour qu'il lui arrive un truc, et pas assez méchante leur faire ça. Ça ne m'inquiétait pas, pas le moins du monde, je l'avais décrété.

Je me mis à somnoler, le téléphone dans la main... Combien de temps ? Aucune idée, mais la douleur vrillait toujours ma tête et ne me quittait pas, lancinante. J'avais trop mangé et j'étais écoeuré, mais à la fois, je savais que c'était vital que je reprenne de l'énergie.

Le vibreur me réveilla en sursaut - Angie. J'avais la gueule complètement en vrac et décrochai, la bouche pâteuse et les idées éparpillées : toujours pas de nouvelles de Tess, et l'inquiétude d'Angie était passée à un niveau assez sérieux. Je soupirai. D'accord, ok, viens me chercher. Impossible de transplaner.

Quelques minutes plus tard j'étais en bas, en ayant juste eu le temps de changer de fringues et de me passer de l'eau sur le visage, et puis Angie était apparue dans la ruelle et m'avait fait transplaner jusqu'à Glasgow. En montant les marches de leur immeuble, je sentais déjà la lassitude m'envahir : j'avais l'impression d'être tout sauf à ma place, mon coeur se serrait et mes entrailles me descendaient dans les talons sans que je comprenne vraiment pourquoi. Le lieu ? La situation ? Il n'était pas là, oui. Il ne le serait jamais plus et j'avais l'impression que c'était écrit en gros partout sur les murs. Quelle idiote, cette Tess...

Hamish était fidèle à lui même - préoccupé mais plus calme. Angie était passé au stade lionne en cage. Grosse ambiance. Il y eut un petit clic en moi et je passai en pilote automatique : pas de panique, je connaissais plutôt bien ses potes, le quartier, je partais faire un tour. Angie était tellement soulagée, elle porta même la main à son coeur et je vis son regard s'humidifier. La pauvre. Est-ce qu'avoir perdu son neveu lui donnait l'impression qu'elle pouvait perdre sa fille à tout moment ? Je sentis ma gorge se serrer et je tournai les talons fissa. Il me fallut une bonne heure et demi pour faire le tour de toutes les familles que je connaissais, des noms qu'on m'indiqua, etc. Cette putain de ville était si vallonée ! Et Tess avait un bon petit gang, mine de rien - mais personne ne l'avait vue, non, pourtant il faisait beau, tout le monde était dehors et tout, mais non, pas de nouvelles, promis, juré, oui on vous prévient si on en a... Bredouille. En tout logique et malgré ma gueule de bois, il restait des options : ses autres potes... de Poudlard. C'était facile, ça aussi. En revenant leur faire mon compte-rendu, on en conclut assez rapidement qu'elle était sûrement chez les Hansen... Bon. Angie et Hamish pouvaient utiliser une vieille voiture, garée en bas de l'immeuble. Je savais conduire, je n'avais pas le permis mais tant pis, un coup de baguette magique et on y voyait plus rien. Je partis sans plus attendre, laissant mon oncle et ma tante dans un état de nerfs tel que l'atmosphère était devenu dense. Il fallait mieux que ce soit moi, selon eux. Je n'avais rien dit. Surtout pas qu'au fond de moi j'avais plus peur de retrouver Tess que le contraire. Qu'est-ce qu'on allait bien pouvoir se dire ?

Je roulai, roulai, sans y penser, avec la musique à fond. Les lumières, les bords de route, c'était toujours une espèce de fascination pour moi (parce que ça avait été si rare quand on était petits ? Parce que c'était l'aventure ?) mais plus ça allait plus je me sentais tendu, tout me faisait chier, rien ne me fascinait. Londres et sa circulation de merde. Londres et ses abords toujours plein à craquer. Pfff... Je finis par arriver à l'adresse voulue et quand j'arrêtai le moteur, le bilan était terrible : mes muscles étaient tétanisés, j'avais mal au cou, la tête en vrac alors qu'Angie m'avait servi un thé magique, les yeux irrités, mal au ventre, les tempes qui bourdonnaient toujours. Génial.

Ding dong !

Après mes coups sur la porte, il y eut tout un tas de bruits sourds (des pas, des voix) et crac, la porte s'ouvrit.

Au premier plan : Sebastian, à mi-chemin entre l'agneau apeuré et le preux chevalier qui défend sa belle, au deuxième plan : Tess et ses grands yeux, sous ses cheveux flamboyants et épais et désordonnés, avec une moue terrible et ce qu'on avait officiellement baptisé avec Coop, depuis des années, la "ride du lion" : quand Tess fronçait tellement les sourcils qu'il y avait un pli menaçant entre ses deux yeux. Ça nous faisait hurler de rire.

Carrément en rogne, je ne dis rien d'abord, je me contentai de quelques petits applaudissements à l'égard de ma chère cousine.


- Bon ! Ça va, on a fini sa petite crise ? On a fait sa petite fugue ? J'eus un regard un peu moqueur en direction d'Hansen : On a bien joué au docteur ?

J'allais lui donner de quoi entretenir sa ride du lion, tiens. Pauvre type : il n'y était pour rien, dans l'histoire, mais j'étais soulé, depuis trop longtemps, j'avais mal partout, alors merde. Ça m'énervait. Ça m'énervait carrément : j'avais autre chose à foutre, et surtout rien à faire ici. Je voulais qu'on me foute la paix, et voilà qu'on venait me chercher à cause de Tess... Pourquoi elle avait fait ça ? Elle savait très bien que nous deux... C'était bizarre. Je soutins son regard.

- Sérieux, Tess, (ma voix était beaucoup moins cool tout d'un coup) tu te rends compte ? Pourquoi tu fais de la merde comme ça, t'es conne ou quoi ? T'as que ça à foutre d'inquiéter la terre entière et de nous faire chier ? Ramène toi, je fis un signe en direction de la vieille caisse garée un peu plus loin, on y va.

J'eus un geste pour l'attraper par le bras, mais elle s'échappa.

_________________

CHUCK CARLTON
I should have known better, nothing can be changed - the past is still the past, the bridge to nowhere - I should have wrote a letter, explaining what I feel, that empty feeling - Be my rest, be my fantasy

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