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~ There's no remedy for memory. [PV E.] terminé

 
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 ~ There's no remedy for memory. [PV E.] terminé

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Ruby Standiford-Wayland
Apprentie à Sainte Mangouste



Féminin
Nombre de messages : 2176
Localisation : Cachée.
Date d'inscription : 03/09/2011

Feuille de personnage
Particularités: « and from the rain comes a river running wild that will create an empire for you. »
Ami(e)s: Lizlor; « Maybe home is nothing but two arms holding you tight when you’re at your worst. »
Âme soeur: « Lover, when you don't lay with me I'm a huntress for a husband lost at sea. »

MessageSujet: ~ There's no remedy for memory. [PV E.] terminé   Dim 23 Aoû - 23:43

Je fixais la lettre longuement après l’avoir ouverte et lue. Les mots dansaient longuement devant mes yeux, avant que j’arrive finalement à me focaliser sur leur sens. Pourtant, je n’arrivais toujours pas à en attribuer un. Je comprenais les mots, les phrases, mais la liaison semblait m’échapper. Quel était le lien, le message, le fond ? Je relisais, encore et encore, mais sans comprendre. Autour de moi, le brouhaha de la grande salle s’était tu, et il n’y avait plus que l’encre tracée sur le papier qui me parlait, ou plutôt me murmurait des syllabes que je n’arrivais pas à lier. Je clignai des yeux, essayai de sentir le papier sous mes doigts, de me rattacher au monde réel, mais c’était sans succès. Finalement, ce fût la petite tape sur l’épaule de Lizlor qui me fit sursauter. Je me tournai vers elle, les yeux dans la vague, incapable de faire le point sur son visage. Mais derrière les lumières floues, je devinai son expression inquiète et interrogative. Sans un mot, je lui tendis la lettre pour qu’elle puisse la lire, et reportai mon attention sur mon bol de céréales que je fixais pendant de longues minutes. Puis, une nouvelle fois, Lizlor me tapota l’épaule. Elle me parlait visiblement, et je n’avais pas entendu. Mais même face à elle, en voyant sa bouche qui formait des mots, je n’entendais que le battement de mon coeur qui remontait jusque dans mes oreilles et tambourinait avec force. Pourquoi ; c’était le seul mot qui me venait à l’esprit. Pourquoi m’avaient-ils envoyé une lettre ?


Chère Ruby,

Tu seras sûrement surprise de recevoir une lettre de notre part. Les années sont passées, mais nous ne t’avons jamais vraiment oublié, et nous pensons souvent à ce que tu es devenue. Nous avons hésité à reprendre contact, mais petit à petit, cela nous a paru évident. Mais nous ne savions pas où te trouver. Mais en janvier, lors de ta majorité, nous avons réussi à retrouver ta trace grâce au notaire de Great Dunmow. Nous espérons que tu accepteras de nous rendre visite pour que nous puissions nous expliquer, et peut-être rattraper le temps perdu. Nous habitons à présent dans la banlieue de Durham, et nous serions ravis que tu viens dîner un soir. Si cela te convient, transmets nous la date par lettre. Nous espérons te revoir et souhaitons ta venue de tout notre coeur. Nous te devons beaucoup d’excuses.

Tendrement,


Jane et Grégoire.




(Cinq jours jours plus tard)

Le reflet du mémoire semblait me renvoyer l’image d’une autre fille. Ou plutôt… De moi, des années auparavant. Étrangement serrée dans ma robe bleue nuit, mes longs cheveux blonds contrastant avec le tissu foncé, j’avais l’impression d’être encore une enfant, complètement perdue. Mes mains tremblaient, et je lissai à nouveau mes mèches ondulées, dans l’espoir inutile qu’ils deviennent aussi plats que je l’étais. C’était ainsi que je me sentais : plate. J’étais vidée de toutes mes émotions, si ce n’était cette terrible fatigue qui pesait sur mes épaules et ma poitrine. J’étais épuisée, littéralement épuisée. Je n’en pouvais plus de la manière dont les choses s’enchaînaient récemment. Tout avait commencé avec le décès du père d’Ewan, qui l’avait plongé dans une période forcément très difficile. J’essayais du mieux que je pouvais d’être là pour lui, mais je voyais bien qu’il avait aussi ses propres batailles à mener, seul, et que la période à venir allait être difficile. Puis tout était dégringolé d’un coup… Daniel était décédé, brutalement, et je n’arrivais toujours pas à me faire à l’idée, sûrement car nos problèmes d’addiction communs m’avaient rendu si proche de lui. Ensuite, il y avait eu la rupture de Jay et Liz qui avait rendue ma meilleure amie si triste, et m’avait rendu si inquiète. Et puis… Le décès de Coop, le petit frère de Chuck, qui avait entraîné des allers et venues quasi quotidienne chez Chuck à Londres, ne serait que pour quelques minutes pour prendre de ses nouvelles ou lui laisser des plats que j’avais préparé, ou pour nettoyer son salon. Par dessus tout cela, j’étais plongée dans mes révisions d’ASPICS et mes choix d’orientations qui m’angoissaient plus que jamais. Je me sentais complètement perdre prise dans ma vie. Tout semblait s’écrouler. Moi qui avait stupidement pensé, après mes vacances à Paris avec Ewan, que ma vie avait retrouvé un équilibre et que tout irait bien. J’avais été stupide. Tout dégringolait. Tout se détruisait. Je n’avais plus de prise. Je me sentais plus perdue et seule que jamais. Mais pourtant, impossible de l’exprimer. Lizlor comptait sur moi, Ewan aussi, Chuck… Je n’avais pas le temps d’être triste, d’abandonner. Je ne pouvais pas me reposer. Je ne pouvais pas m’arrêter.

Alors je continuais d’avancer, complètement perdue et épuisée, comme un automate qu’on a lancé sur sa course.

La lettre de mes grands parents paternels avait couronné le tout. Je ne comprenais même pas ce qu’elle signifiait, ce qu’ils me voulaient. Je les pensais morts. Mais ils revenaient dans ma vie, au moment où j’étais la moins prête à les revoir, à supporter les souvenirs qu’ils allaient faire remonter. Mais je ne pouvais pas rester sans réponses, à présent. J’avais répondu à leur invitation le jour même, proposant un dîner quelques jours plus tard. Je voulais en finir le plus vite possible. Je ne savais pas ce qu’ils voulaient, mais je savais que moi, je ne voulais pas d’eux. Mais je savais aussi que si je les repoussai et ne tournai pas clairement la page, je ne le ferais jamais. Je n’étais pas prête, mais je n’avais pas le choix. J’avais demandé à Ewan de m’accompagner, sans vraiment réfléchir, consciente que je ne pourrais pas le faire seule. Tant pis si c’était impoli de mettre mes grands parents devant le fait accompli, eux qui voulaient probablement me voir seule et au calme. Je ne leur devais rien.

Une fois devant la maison, j’avais l’impression que j’avais quitté mon corps et que je me regardais depuis le ciel encore clair du soleil tardif de cette fin de mai. Je me voyais là, droite et guindée, Ewan à mes côtés, tenant ma main. J’avais envie de rester ainsi, loin de moi, de mon corps, d’assister à la scène de loin, et de ne rien ressentir. Mais c’était trop tard, n’est-ce pas ? Je sentis que je reprenais petit à petit possession de moi, et que mon coeur s’accélérait. L’angoisse commença finalement à s’insinuer en moi, comme pour m’alerter. Je ne trouverais rien qui me plairait dans cette maison, je le savais bien.


- Je ne crois pas que je puisse y arriver, m’entendis-je murmurer à voix haute.

Et contre toute attente, je lâchai la main d’Ewan et montai les marches pour aller toquer à la porte. Je ne pouvais plus retourner en arrière.

La porte s’ouvrit, et le visage de ma grand-mère apparut au même instant que l’énorme noeud dans ma poitrine. Je restai immobile, muette, la fixant sans pouvoir bouger. Elle avait vieillie, son visage s’était creusé par les rides, et elle me semblait étrangement petite. Elle me dévisageait aussi, un air surpris et gênée sur ses traits que le temps avait tanné ; elle se tourna ensuite vers Ewan avec un air interrogateur, avant de reposer ses yeux bleus sur moi. Les mêmes yeux bleus clairs, glacés, que mon père. Je frémis, sentant mon coeur se rouler en boule dans ma poitrine.


- Ruby… Nous t’attendions, entre, je t’en prie… Et… Monsieur ?
-Ewan,
dis-je d’une voix mécanique. Parler de lui, c’était simple. C’était mon repère, et le moment pour m’y accrocher était parfait. Mon petit-ami, précisai-je. Dans ma voix, j’avais entendu un ton étrange, comme de défi, comme si j’essayais de prouver quelque chose. Regardez, avais-je peut-être voulu dire, regardez, je n’ai pas eu besoin de vous pour être aimée.

Je pénétrai dans la maison, et suivis ma grand mère dans ce qui semblait être le salon. Debout, appuyé sur un fauteil, se tenait mon grand père. Il me regarda, surpris visiblement de me voir aussi changée, et il eut un mouvement timide vers moi. Comme un écho, je reculai de quelques pas, sans me soucier de l’impolitesse de ma réaction. Il se figea, et se contenta de me faire un sourire gêné.


- Chéri, je te présente Ewan, le petit-ami de Ruby, qui se joint à nous. Asseyez-vous, je vous en prie. Je vous sers quelque chose ? Du cidre, peut-être ?
-De l’eau,
coupai-je d’une voix sèche, avant de m’asseoir sur le petit canapé au motif de fleurs rouges et roses.

Le mobilité était suranné, mais il allait très bien avec mes grands-parents qui semblaient plus vieux et fatigués que jamais. Je jettai un coup d’oeil à la pièce. Le papier peint était d’un gris fatigué, les lampes me rappelaient celles de couloir d’hôtel, et les tableaux de paysages ou de natures morts étaient des plus communs. Je me doutais bien que mes grands-parents ne roulaient pas sur l’or, mais ce n’était pas une impression de pauvreté que m’inspirait la maison, mais plutôt celle d’un endroit hors d’âge, malheureux, une maison où quelque chose avait pourri. Je sentis mes lèvres se pinçaient. L’ombre de mon père n’était pas loin, et elle avait dû peser sur eux toutes ses années. Je n’avais cependant pas de peine pour eux. Après l’incident, ils avaient disparu sans un mot, m’abandonnant, moi leur soi-disant “petite fille chérie”, et n’avaient jamais donné de nouvelles. Je n’étais même plus en colère contre eux, je savais qu’ils étaient sûrement mort de honte d’avoir élevé le monstre que mon père. Mais je n’avais pas de compassion. J’avais fait une croix sur eux depuis longtemps, et être face à eux ne faisait que me conforter dans mon idée.


- Nous sommes contents que tu ais répondu à notre invitation, nous voulions reprendre contact depuis un moment… Nous sommes désolés d’avoir disparu après… Après… Le… Je regardai mon grand-père s’emmêlait dans ses mots, mais je ne répondis rien. Il était assis dans son fauteuil, visiblement mal à l’aise, n’osant pas me regarder. Il lançait des regards gênés à Ewan, et je compris alors qu’il n’osait pas parler de tout ça devant lui. J’eus un rictus étrangement mauvais, qui ne me ressemblait pas.
- Oh, il est au courant de tout, précisai-je d’un air entendu. Je vis mon grand-père se raidir un peu plus, et je sentis que je me fermais aussi encore plus. Ce dîner n’allait aller nulle part. Je savais que je pourrais jamais avoir de l’empathie pour eux. Je ne les détestais pas, non, c’était de l’indifférence qui m’envahissait.

Ma grand-mère vint à la rescousse de mon grand-père après avoir déposé un plateau avec des verres d’eau sur la table basse.


- Nous te devons beaucoup d’excuses Ruby, et nous ne nous attendons pas à ce que tu nous pardonnes aussi facilement bien entendu. M’avaient-ils invité pour calmer leur conscience ? Tout ceci, c’était pour eux ou pour moi ? Nous avons appris pour le décès de Cecilia, nous sommes… Désolés, et désolés de ne pas avoir été présent.

Je m’étais complètement raidie. Je voulais partir, me lever et fuir ce salon trop petit et les regards sur moi, je ne voulais pas parler de tout ça, de mes parents, d’avant, c’était trop, trop d’un coup et je n’étais pas prête. Je serrai mes dents, incapable de parler. S’attendaient-ils à ce que je réponde à leurs paroles creuses ?

- Nous nous sommes beaucoup demandé ce que tu étais devenue, surtout… Surtout avec tes… Enfin, tes… Hm, ça aussi il sait ? Demanda mon grand-père en montrant Ewan d’un signe de tête.
- Savoir quoi ?
- Tes… Hm… Pouvoirs ?


Mes oreilles se mirent à bourdonner.

Je n’aurais pas du venir.

- Chéri, je ne pense pas que Ruby sache que nous sommes au courant. Ma grand-mère se tourna vers moi, m’adressant un sourire poli. Mais cela pourra expliquer… Notre éloignement… Oh bien sûr, nous ne savions pas qu’il existait de quoi… Enseigner ? Oh non, nous n’avions connu que le père de ta grand-mère Gabrielle, et… Oh, ce n’était pas quelqu’un de bien, et… Nous pensions que les… Les pouvoirs étaient forcément mauvais, mais…
-Comment ça, des pouvoirs ?
Ma voix était calme, lointaine, détachée. Je devais avoir mal compris. C’était une erreur. Ce n’était pas possible. Ils ne pouvaient pas savoir.
- Eh bien… Le grand-cousin de ton grand-mère appelle ça de la magie, n’est-ce pas Grégoire ?
- Oui, et c’est lui qui nous a expliqué qu’il y avait une école et que ce n’était pas forcément dangereux…
- Comprends-nous Ruby, après… Ce qu’il s’était passé avec ton… Avec… Christian… Nous savions que tu avais ces pouvoirs, et nous avions peur que -
-Vous saviez ?


Ewan essaya de prendre ma main, mais c’était trop tard.

Ma tête tambourinait, et je sentais que mes mains s’étaient mises à trembler. Ils savaient. Ils savaient. Ils savaient. Ils avaient toujours su. Ils avaient toujours su. Ils savaient. Depuis le début. Ils savaient. Ils savaient. Ils savaient. Ils connaissaient la magie. Ils avaient toujours compris. Ils avaient toujours su. Ils comprenaient ce que j’avais fais. Ils avaient fait le lien. Ils avaient fait le lien que je n’avais pas pu faire avant des années. Ils avaient compris avant moi. Ils avaient compris ce qui me rongeait. Ils avaient su.

Ils n’avaient rien dit.

Un bruit retentit et ma grand-mère sursauta. Une ampoule dans le salon venait d’exploser. Elle me regarda, puis mon grand-père, réalisant peut-être soudainement l’ampleur de ce qu’elle venait de dire.


- Vous aviez toujours su et vous ne m’avez rien dit ?
- Nous pensions que la magie était mauvaise, ce n’était pas facile nous -
-Pas facile ? Pas facile ?
Je me mis à rire, d’un rire fou, hystérique, comme si j’étais possédée. Pas facile ? C’était hilarant ! Hilarant ! Un autre bruit d’explosion fit sursauter tout le monde. Le verre dans la main de mon grand-père venait d’exploser aussi. Et je savais que j’étais responsable. PAS FACILE !!! C’est la meilleure ! Oh bien sûr, pour moi, ce fût une promenade de santé ! PAS FACILE !!! LAISSEZ MOI PLEURER !!! Je m’étais levée en hurlant, et dans un mouvement d’humeur, j’attrapai le vase sur la cheminée et l’envoyer valser dans la pièce. Je sentais une colère telle que je n’avais jamais connue m’envahir, ou plutôt, je retrouvais ma colère d’enfant, d’enfant brisé et blessé que j’avais été, et tout autour de moi me brûlait et me donnait envie de crier, de casser, de détruire. Mon corps entier tremblait et je m’agitai fiévreusement, cherchant quelque chose à envoyer dans la tête de ma grand-mère à présent terrorisée. VOUS N’AVEZ JAMAIS PENSE QUE J’AVAIS BESOIN DE SAVOIR ? BESOIN DE VOUS ? BANDE DE LACHES ! BANDE DE PEUREUX ! VOUS AVEZ ÉLEVÉ UN MONSTRE ET VOUS AVIEZ HONTES ! VOUS ÊTES DES MONSTRES ! C’EST VOUS LES MONSTRES ! J’hurlais si fort que j’en avais mal à la gorge. J’avais frappé du pied dans une étagère, et plusieurs livres en étaient tombés. JE NE VEUX PLUS JAMAIS VOUS VOIR ! ALLEZ EN ENFER ! BANDE D’EGOISTES ! D’HYPOCRITES ! VOUS N’ETES QUE DES CONNARDS, JE VOUS HAIS !

Je ne savais pas comment j’avais fini dehors, ni comment Ewan m’avait suivi, je ne savais pas combien de choses j’avais jeté sur le sol ou frappé, tous mes membres étaient douloureux, et je continuai de crier, de jurer dans l’air, de trembler, tout en cherchant à respirer sans y arriver. Je sentis Ewan qui s’approchait de moi, et mon corps entier se tendit, le repoussant.

- LAISSE-MOI TRANQUILLE ! Hurlai-je.

Mais c’était trop tard - il m’avait pris le bras au même moment où j’avais décidé de transplaner, et je le sentis aspiré dans le tourbillon à mes côtés.

Je touchai à nouveau la terre ferme. Sous mes pieds, de la paille fraîche crissait. Le lieu avait à peine changer, la structure de bois était toujours la même, il avait simplement à présent plus d’étagères et d’outils, et mieux organisés. Mais je reconnais par coeur le reste. Je me dégageai rapidement d’Ewan et fonçai sur un des plans de travails où était empilé des cartons et d’un geste vif, je les envoyai valser sur le sol en hurlant, avant de les piétiner. Tout ce qui me passait sous la main était bon, et je continuai de déverser ma bile acide sans même pouvoir me contrôler.


- ILS SAVAIENT ! JE LES DETESTE ! TOUTES CES PUTAINS D'ANNÉES A ME DEMANDER CE QUI S’ETAIT PASSE ! ET ILS AVAIENT LA REPONSE ! J’AURAIS PU SAVOIR ! Je m’étais mise à frapper des bottes de paille, et je sentis que les larmes avaient commencé à couler, toutes aussi hystériques que mes cris. JE LES HAIS ! JE ME HAIS ! POURQUOI MOI PUTAIN, POURQUOI, POURQUOI ?! J’EN AI MARRE, MARRE PUTAIN, MARRE, MARRE, JE VEUX QUE ÇA S’ARRÊTE, POURQUOI IL FAUT QUE LES CHOSES FASSENT ÇA, POURQUOI IL FAUT QUE TOUT SE BRISE, POURQUOI, POURQUOI PUTAIN, JE VEUX QUE ÇA S’ARRÊTE !

Mes jambes tremblaient tellement qu’elles cédèrent et je tombai sur les genoux, prenant ma tête dans mes mains, hurlant et sanglotant, prise d’une telle crise d’hystérie que j’avais l’impression que mon coeur allait imploser.

- JE VEUX QUE ÇA S’ARRÊTE ! STOP ! STOP ! STOP !

Stop, stop, stop, stop.

Je ne pouvais plus.

_________________
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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ewan Campbell
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MessageSujet: Re: ~ There's no remedy for memory. [PV E.] terminé   Dim 13 Déc - 19:21

Les mois passaient avec la lenteur des interminables soirées d'été de mon enfance, lorsque nous étions tenus, avec Jamie, de rester à table ou dans le salon, en compagnie des hôtes qui s'y trouvaient. Par la même occasion, d'ailleurs, la chaleur revenait et les journées s'étiraient, signe que l'été approchait ; à l'horizon, le soleil disparaissait de plus en plus tard derrière les hautes montagnes brunes, tandis que la stature de Poudlard semblaient brûler du rouge carmin de l'horizon. J'adorais cette vue, surtout depuis que j'avais pris la décision de rester à Pré-au-Lard. La petite fenêtre dans le toit incliné de mon appartement était pour moi comme un tableau impressionniste dont la palette de couleur variait avec l'heure et les saisons et j'aimais à la contempler, installé sur mon canapé avec une bonne tasse de thé, devant la cheminée ronflante si le temps le demandait. Aujourd'hui, elle était entrouverte et mon tableau était fait de couleurs claires et vives, car les beaux jours de Mai étaient doux. Mon thé, sur la table, fumait et laissait s'échapper de jolies volutes qui se mourraient dans l'air. Mais je n'avais pas envie de boire, pas envie de bouger ; j'étais dans cet état fait de limbes et de rien, comme souvent depuis maintenant deux mois. Wachat, quant à lui inébranlable, ronronnait fort sur mes genoux, tandis que je le caressai distraitement et un peu machinalement - il ne me quittait plus, encore moins que jamais, et je devais bien avouer que l'avoir avec moi tout le temps ces derniers temps me procurait une compagnie d'un confort indéniable. Je n'étais pas seul, bien sûr : Ruby était souvent chez moi, heureusement, Bonnie et Matthew veillaient au grain et j'allais leur rendre visite autant que l'inverse, tandis que Joseph et mes amis d'ici me couvraient d'attention, ce dont je leur étais sincèrement reconnaissant. J'avais de la chance d'être si bien entouré et je savais que mon salut venait de là, de leur présence et de leurs petits gestes, des soirées auxquels Joseph m'invitait très souvent, des week-end avec Ruby, ou chez mon oncle et ma tante. Sans oublier Rita qui, même si elle avait moins de disponibilités en était à Poudlard, trouvait malgré tout le moyen de me faire rire !... Non, vraiment, je ne pouvais pas me plaindre. Mais il y avait simplement ces moments où j'étais seul trop longtemps et que je me retrouvais comme emprisonné à l'intérieur de moi, et que toutes pensées se déversaient sur moi et m'effondraient... J'avais l'impression de repartir comme avant, de retomber quelques années dans le passé et de me sentir pris à la gorge, étouffé par les flots, encore et encore. Je n'arrivais pas à comprendre : pourquoi cet acte ? Comment pouvait-on ? Et nous, nous ne suffisions pas ?

Le jour était tombé sans que je m'en aperçoive, mon thé ne fumait plus. Je m'excusai auprès de Wachat que j'allais déranger et me levai lentement avant de faire disparaître le thé froid que je ne boirais pas, d'un coup de baguette, avant de me diriger vers la cuisine. Je n'avais pas faim mais j'avais promis à Ruby de ne pas me laisser aller ; je me préparai alors un dîner frugal que j'avalais sans trop réfléchir, avant d'aller faire ma toilette et de me coucher avec un livre que je ne lirais probablement pas puisque mes idées refusaient de s'arrêter sur un point précis, mais tant pis. Il y en avait assez souvent, des soirées comme ça.

Demain était un autre jour.

Mon travail chez l'Apothicaire me permettait au moins de me concentrer, de me distraire aussi, et je ne rechignais pas du tout à aller travailler. La difficulté était plutôt... Tout ce qui se passait en dehors. J'avais tant à penser : ma famille, mon oncle et ma tante, ma mère avec qui c'était tant délicat en ce moment (et je n'étais même pas certain de vouloir vraiment la voir), Ruby, ses examens qui approchaient, les ennuis autour, Lizlor et James, leur ami qui était décédé, le petit frère de Chuck... Je n'avais aucune idée de comment une situation pouvait dégénérer aussi vite mais j'avais l'impression que nous n'avions plus de répit, nulle part. J'étais terriblement désolé : je savais que je n'étais pas forcément une partie de plaisir en ce moment, j'étais encore plus en retrait et triste et sombre, et un peu difficile à dérider, alors que tout allait mal de son côté à elle aussi... Nous arrivions à garder un certain équilibre parce que c'était ce que nous désirions tous les deux, et je compensais en lui rendant la plus facile que je le pouvais, tout comme elle était très présente pour moi, mais Ruby aussi avait ses problèmes à gérer et pour une fois je n'étais plus inébranlable, j'étais un peu en dehors de moi, ce qui compliquait fortement l'équation. Encore plus depuis qu'elle avait reçu la lettre de ses grands-parents et qu'elle avait répondu par la positive ; je me méfiais fortement de toute cette histoire et je sentais, peut-être parce qu'ils m'étaient tant familiers, l'ampleur du drame familial qui s'annonçait. Je n'avais trop rien dit à Ruby, j'avais juste réfléchi avec elle, écouté ce qu'elle en pensait, mais comme je me savais d'humeur très noire en ce moment, j'avais évité de dire haut et fort que c'était sans doute la pire idée du siècle de rencontrer ces personnes qui surgissaient après tout ce temps et ne changeraient probablement rien à rien.

J'étais en colère, très souvent. Contre tout et n'importe quoi et cela me rendait mauvais, amère, peu aimable. Mon patron s'était même étonné de la façon dont j'avais rembarré un client désagréable et pointilleux car je n'avais jamais perdu mon calme ou mes bonnes manières ; je m'étais à peine excusé, conscient pourtant de mon dérapage. J'en avais honte, mais pas assez pour que cela me calme, malheureusement. Il y avait des instants où j'en voulais à la terre entière ; l'instant suivant je baissais les bras, et je soupirais. Je n'y pouvais rien. Tant pis.

Le jour où nous allâmes chez les grands-parents de Ruby, mon propre regard m'interpella dans le miroir - miroirs devant lesquels je ne m'attardais pourtant jamais très longtemps : mes traits étaient un peu tirés et j'avais l'air un peu fatigué, mais rien ne troublait outre-mesure cet air toujours bien présent de bon garçon bien sous tout rapport. Sauf que j'avais l'impression que quelque chose m'avait arrêté, m'exhortait à quelque chose que je ne comprenais pas ; et puis je compris. Il fallait que je me ressaisisse au moins pour aujourd'hui, au moins pour cette fois, si je n'étais pas capable de le faire plus souvent, car Ruby avait besoin de moi plus que jamais et que je ne pouvais pas la laisser tomber sur ce coup là. Je m'étais habillé simplement, sobrement, et quand elle me rejoignit, tout fragile et indécise dans son attitude, je pris bien garde à la complimenter et à formuler tout ce que je pensais : comme d'habitude elle était belle, ses cheveux brillaient doucement comme des petits morceaux de lune et ses grands yeux vibraient de cette lueur qui m'était si particulière. Mais sa robe bleu nuit lui allait à la perfection et la grandissait autant qu'elle lui donnait une certaine classe, ce que je ne me retins pas de remarquer à haute voix. Quand je la pris dans mes bras pour lui donner toute la confiance dont j'étais capable, je la sentis encore plus fragile que l'image qu'elle me renvoyait.

Là-bas, j'eus l'impression d'entrer en apnée quand nous fûmes reçus chez ses grands-parents. Je redoublai de politesses et eux aussi, terriblement engoncés dans cette gêne latente qui avait contaminée tout le monde - il n'y avait guère que Ruby, étrangement, à la différence de d'habitude, qui paraissait beaucoup plus directe et d'aplomb. Me fiant à mon instinct depuis le début, je sentis qu'elle n'était qu'à un doigt de se laisser aller à tout ce qu'elle ressentait. A cette pensée, je jetai un coup d'oeil à ses grands-parents en me demandant s'ils avaient seulement conscience que ce ne serait probablement ni très tendre ni très aimable à entendre. Mais j'attendais, en analsant un peu ce qui m'entourait - décoration vieillotte mais bien entretenue, qui suintait pourtant une tristesse indescriptible qui me mettait encore plus mal à mon aise. Eux-mêmes avaient l'air étrangement lointains, et je dus détourner le regard du visage de la grand-mère qui montrait quelques signes de nervosité à mon attention - je me rendis alors compte que j'étais en train de la fixer, songeur, depuis un peu trop longtemps. Qu'attendaient-ils, exactement ? Pourquoi reprendre contact, pourquoi se montrer si mauvais à le faire ? Qu'espéraient-ils ? Voulaient-ils s'excuser ? Leurs mots me paraissaient factices et j'avais l'impression qu'ils parlaient pour ne rien dire, qu'ils évitaient tout mot un peu trop cru, qu'ils tournaient autour d'un pot que personne ne voulait approcher. Je détestais cette attitude qui me rappelait immanquablement celle de ma mère, et je ne pus que comprendre pourquoi du côté de Ruby le ton montait un peu. Quand le mot « pouvoir » fusa alors, je compris que le pot avait été renversé et que la catastrophe n'était qu'à un cheveu ; je voulus attraper la main de Ruby pour la calmer, en vain. Elle m'avait échappé et son ton avait changé du tout au tout - une chape glaciale venait de tomber dans la pièce. Je peinais à croire ce que j'entendais, en vérité.

Je peinais à me dire qu'ils osaient le plus simplement du monde reconnaître au détour de la conversation qu'ils avaient connaissance du pouvoir magique de Ruby depuis le début, pouvoir magique qui avait été à la fois sa chance et sa malédiction, et qu'ils ne mesuraient pas l'importance de l'information. Je peinais à croire combien ils pouvaient rester si obséquieux alors que leur fils avait commis de telles atrocités. Et par-dessus tout, je peinais à constater de l'aisance avec laquelle ils se désolidarisaient de la vie de Ruby, ou bien de la simplicité avec laquelle ils reconnaissaient avoir préféré l'abandonner à son triste sort plutôt que de la prendre en charge parce qu'elle avait des « pouvoirs ». Ils avaient engendré un monstre, cela ne leur avait-il pas suffi comme leçon pour réfléchir sur leurs actions ?...

Ruby devenait comme folle et je sursautai, comme eux, quand un objet explosa ; je ne l'avais jamais vue comme cela mais je comprenais - oh oui, plus que jamais à présent je comprenais, et si la suite ne m'étonna pas vraiment, je m'inquiétais pour elle plus que pour eux pour qui je n'avais définitivement plus aucune considération. Elle était dans sa lancée, aveuglée par sa rage, et je finis par la sortir de force puisque eux ne faisaient rien et ne pouvaient de toute façon rien faire. J'eus un vague geste d'au revoir, mais sans plus. La seule chose qui comptait était que Ruby se calme et ne fasse pas une crise de nerfs, et quand elle m'échappa une nouvelle fois et que je la rattrapai, la violence de son « LAISSE-MOI TRANQUILLE » m'étourdit autant que le transplanage soudain auquel je n'étais pas préparé.

Une grange... Ma gorge se serra et je la suivis, partagé entre le désir de la stopper dans son hystérie, par la force et tant bien que mal, ou de la laisser faire, s'égosiller et taper dans tout ce qu'elle trouvait, pour laisser sortir tout ce qui l'étouffait. Si j'avais eu cette capacité, j'aurais aimé pouvoir en faire de même.


- ILS SAVAIENT ! JE LES DETESTE ! TOUTES CES PUTAINS D'ANNÉES A ME DEMANDER CE QUI S’ETAIT PASSE ! ET ILS AVAIENT LA REPONSE ! J’AURAIS PU SAVOIR ! JE LES HAIS ! JE ME HAIS ! POURQUOI MOI PUTAIN, POURQUOI, POURQUOI ?! J’EN AI MARRE, MARRE PUTAIN, MARRE, MARRE, JE VEUX QUE ÇA S’ARRÊTE, POURQUOI IL FAUT QUE LES CHOSES FASSENT ÇA, POURQUOI IL FAUT QUE TOUT SE BRISE, POURQUOI, POURQUOI PUTAIN, JE VEUX QUE ÇA S’ARRÊTE !

Elle finit par se laisse tomber, probablement à bout de forces, et je choisis cet instant pour intervenir.

- JE VEUX QUE ÇA S’ARRÊTE ! STOP ! STOP ! STOP !

Le plus doucement du monde, mais tout en étant très ferme, je m'assis en face d'elle et la pris par les épaules pour qu'elle sente ma présence et pour surtout essayer qu'elle ne s'effondre pas sur elle-même : tout son corps était contracté et s'écrasait vers le sol, il fallait qu'elle se redresse pour respirer, qu'elle ne se laisse pas faire ainsi. Je la sentais évidemment complètement braquée mais je faisais du mieux que je pouvais, en la serrant dans mes bras, en la pressant contre moi, en essayant de la faire se relever ou s'assoir, en m'efforçant de la faire respirer plus calmement.

- Ca ne change rien, ça ne doit rien changer,
murmurai-je après de longues minutes. Ça ne change rien parce que ce n'est pas de ta faute et ça ne le sera jamais, et si ces gens auraient pu te donner le moyen de le comprendre plus tôt, c'est horrible mais ça ne remet pas tout en compte... Leur enfant est un monstre et ils sont pareils, ils me font pitié, c'est tout. Je les déteste pour t'infliger ça en plus de tout, je les méprise pour être si mauvais et pathétiques avec toi, mais je ne veux même pas leur accorder cette importance. Tu vois ce que je veux dire ?

Elle me paraissait si en colère que j'avais presque l'impression de ne pas la reconnaître, mais je ne me démontais pas - du moins, j'essayais. Mes yeux cherchaient les siens pour une quelconque approbation, mais ils étaient durs et froids et plein de larmes, et me paraissaient inaccessible.

- Ils avaient peur... Je ne leur cherche pas d'excuse, mais tu ne crois pas que tu es bien plus forte que ces pauvres gens qui n'ont même pas trouvé le courage de s'assumer ?

J'eus un pauvre sourire. Ce courage de s'assumer faisait bien défaut, me dis-je amèrement ; quant à son absence, elle faisait malheureusement beaucoup de dommages collatéraux...

_________________




°•. Lonely water, won't you let us wander, let us hold each other
Hold back the river, let me look in your eyes
Hold back the river, so I can stop for a minute and be by your side
Hold back the river, hold back .•°
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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ There's no remedy for memory. [PV E.] terminé   Mar 15 Déc - 0:32

Pourquoi essayer après tout ? Qu’est-ce que je croyais, qu’un jour ça s’arrêterait, que quelque chose changerait ? Je le savais, pas vrai, depuis le début, que tout avait changé et depuis toujours, pourquoi est-ce que je m’accrochais ! Ah, qu’est-ce que j’étais conne, d’essayer, à chaque fois ! Qu’est-ce que j’avais pensé, putain, que soudain mes grands-parents me donneraient ce que je voulais ? Je n’aurais jamais dû y aller, j’aurais dû écouter Ewan, j’aurais dû réfléchir deux secondes, mais non comme à chaque fois il fallait que je me jette dans les bras de mes propres drames, que je fonce en plein dedans, je n’apprenais jamais, jamais, jamais… Ma main serra sur ma poitrine, parce que je n’arrivais pas à respirer, tellement les sanglots étaient violents ; j’avais peur, quelque chose me dépassait, j’avais envie d’hurler tellement fort que j’avais la sensation que je ne pourrais jamais me vider de toute cette violence… C’était tellement aiguë, tellement aiguisé, le son des cloches dans mes oreilles et les montagnes russes dans mon ventre, la déconnexion de mes membres qui ne m’obéissaient plus et me jetaient à terre – ah, mon cœur se serrait tellement que soudain je pris peur, étais-je en train d’avoir une crise cardiaque, pourquoi est-ce que ça faisait si mal, j’allais en vomir si seulement j’aurais pu ouvrir la bouche et attraper de l’air !

Faites que ça s’arrête, laissez-moi respirer, pitié, ou alors laissez-moi imploser mais pitié, que ça s’arrête…

Mais ça ne voulait pas s’arrêter, c’était impossible ! Je connaissais… Cette panique, cette colère, j’avais l’impression d’être à nouveau l’enfant blessé que j’avais été, plus que jamais au milieu de cette grange qui me rappelait tous mes souvenirs ! Pourquoi avais-je transplané ici, je n’en savais trop rien, peut-être parce que c’était là que tout s’était brisé et avait changé… Parce que c’était le début, la fin, mais aussi le milieu, parce que c’était toujours là, quoi que je fasse, et… Mon cœur allait imploser, ce n’était pas possible, je suffoquai trop pour que mes poumons se remplissent, j’allais m’évanouir, les lumières glissaient devant mes yeux, clignotant… Je voulais m’arracher le cœur à main nu, je voulais tordre ma peau… Faire quelque chose, sortir de moi-même, pour que tout s’arrêter…

Peut-être que j’aurais dû rester dans la salle sur demande, mon sang alcoolisé partout et par terre, la sensation que je m’échappais enfin de la douleur parce que mon corps m’abandonnait, peut-être que je n’aurais pas dû me battre, parce que je n’avais rien gagné, finalement, vraiment, tout se brisait encore et je n’y pouvais rien et je n’en pouvais plus…

Ewan ?...

Je sentis sa présence tout à coup, comme si j’avais heurté un rocher au milieu de la tempête… Ou plutôt, c’était moi le rocher, et je sentais qu’Ewan tentait de s’approcher en évitant une collision… J’étais toute serrée, figée, tremblante, les poings serrés ; lui, doux, un peu vaporeux, ses bras autour de moi que je ne sentais pas… Combien de temps resta-t-il là ? Je voulais qu’il parte… Mais je ne voulais pas non plus, parce que son parfum me semblait la seule chose tangible tout à coup, dans la réalité, mais… Mes entrailles de métal avaient fondu en un seul et même bloc, m’immobilisant complètement, scellant les mots dans ma gorge et les mouvements dans mes bras.


- Ca ne change rien, ça ne doit rien changer. Ça ne change rien parce que ce n'est pas de ta faute et ça ne le sera jamais, et si ces gens auraient pu te donner le moyen de le comprendre plus tôt, c'est horrible mais ça ne remet pas tout en cause... Leur enfant est un monstre et ils sont pareils, ils me font pitié, c'est tout. Je les déteste pour t'infliger ça en plus de tout, je les méprise pour être si mauvais et pathétiques avec toi, mais je ne veux même pas leur accorder cette importance. Tu vois ce que je veux dire ?

Non, je ne vois pas, je ne sais pas… Je ne comprends pas, rien n’a de sens, tout m’étouffe… Je voulais dire tout ça, mais je ne réussissais pas à ouvrir ma bouche pour autre chose que d’attraper l’air qui me manquait… Ça ne changeait rien, vraiment ? Mais non, ça changeait tout… J’aurais pu… J’aurais dû savoir ! Comment pouvais-je… Ne pas leur accorder cette importance ! Comment pouvais-je effacer, distancer, c’était trop tard, c’était partout, tout changeait, tout… Je les détestais tellement, j’aurais pu les frapper de mes propres mains tellement je les haïssais ! Pourquoi fallait-il… Que les choses soient si difficiles, encore et encore, pourquoi je n’avais jamais de répit, et… J’étais fatiguée, épuisée, vidée, je voulais simplement que ma poitrine se délie enfin… Que je puisse respirer, bouger à nouveau…

- Ils avaient peur... Je ne leur cherche pas d'excuse, mais tu ne crois pas que tu es bien plus forte que ces pauvres gens qui n'ont même pas trouvé le courage de s'assumer ?

…Mais je restais figée, incapable de répondre à Ewan, à son sourire, parce que je continuais à pleurer et à trembler, mes bras résolument serrés contre mon corps… Les sanglots revenaient encore et encore, tellement fort que j’en avais mal aux poumons…

Mais Ewan me disait de me calmer, de compter, d’inspirer et d’expirer… De me caller sur son rythme, pour calmer la panique et la colère… Sa voix était loin et près en même temps, parce que le passé et le présent s’imbriquait trop fortement et me renvoyait dans mes retranchements…

1, 2, 3…
1, 2, 3…
1, 2, 3…

Petit à petit, ce fût comme si on faisait une mise au point. Ma vision troublée par les larmes se faisait de plus en plus claire, j’entendais plus distinctivement ma respiration, celle d’Ewan, je sentais le sol dur sous mes genoux, les mains d’Ewan sur ma peau…

L’odeur de la paille, du bois vieilli, la couleur des murs, les bruits du vent dehors…

Je sentis l’air rentrer dans mes poumons, pour la première fois depuis de longues minutes.


- J’ai… mal, murmurai-je en serrant ma main sur mon cœur encore tout agité. Les sanglots s’étaient calmés, transformés finalement en un flot de larmes silencieuses et lourdes sur mes joues. Je sentis que mon corps se détendait, mais que ma crise m’avait vidé de toutes mes forces. Je chancelai un peu, basculant mon corps contre celui d’Ewan, pour chercher un appui. Ma tête tournait. J’avais envie de vomir. Pourquoi ça ne s’arrête jamais, ajoutai-je d’une petite voix, avant de fermer les yeux.

J’étais incapable de bouger, mais Ewan me berçait, mes défenses s’abaissaient… C’était drôle, je reconnaissais mes sensations d’enfant en colère, la façon dont l’air se coupait et mes entrailles étaient en feu… Mais une chose avait changé… Juste après ces crises-là, je me roulais en boule dans mon lit, tétanisée, résolument seule. A présent… Quelqu’un était là. Ewan me caressait les cheveux, me murmurait des paroles réconfortantes… Je n’étais plus une petite fille perdue toute seule dans ses larmes et ses paniques…

Sans trop savoir pourquoi, je me remis à fondre en larmes et à hoqueter. Mais cette fois, mes bras crispés entourèrent Ewan et se mirent à serrer fort, fort, le plus fort possible, comme si j’avais peur qu’il parte. J’étais tellement malheureuse, tout me fondait dessus et m’écrasait en même temps, et je savais qu’Ewan aussi était triste, que je ne pouvais rien y faire, que nous ne pouvions rien y faire, et ça me brisait le cœur.


- Pourquoi ça ne s’arrête pas, pourquoi ça continue encore et encore… Ma famille, ta famille, les… les choses, le passé… Je voudrais tellement que ça s’arrête, mais regarde… Regarde-nous… Je peux pas faire ça, me battre sans cesse, je suis fatiguée, je voudrais juste… Ma voix se perdait dans un flot de paroles que je n’arrivais plus à assembler tant je pleurais et tant mon corps me faisait mal. Je pensais à mes grands-parents qui avaient toujours su, je pensais aux parents d’Ewan, silencieux dans leur deuil qu’ils refusaient d’accepter ; je pensais à tous ces gens qui auraient pu mais n’avaient pas voulu. Et ils nous laissaient là avec cette sensation d’abandon, de trahison, et cette idée que le pire pouvait toujours arriver, à tout moment, et je ne pouvais pas m’en extirper… Pourquoi ils n’ont rien dit, murmurai-je à voix basse. Je savais que je ne pourrais pas changer le passé, et pourtant, la question me tourmentait déjà… C’est trop dur, je ne vais pas y arriver…

A m’en sortir, à fuir cette tristesse qui s’abattait à chaque fois et m’étouffait tant… Je n’y arrivais pas, et Ewan non plus, à quoi bon, finalement…

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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ewan Campbell
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MessageSujet: Re: ~ There's no remedy for memory. [PV E.] terminé   Mer 3 Fév - 22:20




Le souffle régulier qu'elle essayait de retrouver, que j'essayais de lui communiquer, avait un étrange effet hypnotisant sur moi, et je me sentis malgré moi m'y calquer, me fondre à mon tour dans ce rythme rassurant, implacable... Un, deux, trois... Il ne fallait plus penser à tous ces gens... Un, deux, trois... Il fallait penser à ce que nous avions, à ce jour où j'avais choisi Ruby plutôt que l'Australie et son futur incertain... Un, deux, trois... Toutes ces merveilleuses après-midi d'été passées ensemble, tous ces moments si doux et légers partagés... Un, deux, trois... Le domaine de Bonnie et Matthew, l'odeur de la tourbe dans la cheminée, de la pipe de mon oncle, des bonnes pâtisseries de ma tante... Un, deux, trois... La vue du petit cottage, la mer qui s'étendait paisiblement sous le soleil, les falaises vertes qui la bordaient comme une dentelle... Un, deux, trois... Les rares souvenirs heureux de l'Australie, mon père qui lisait sans un mot dans son rocking-chair et l'immense plage baignée du soleil qui se couchait, l'air tiède, le silence... Un, deux, trois...

Il y en avait tant, des moments comme ça, les sentait-elle, elle aussi ? Mon regard cherchait désespérément son approbation, parce que j'avais besoin qu'elle comprenne, qu'elle ressente tout ça ; qu'elle me confirme que c'était suffisant, que cela pouvait fonctionner.

Ruby en avait aussi, et je pouvais les énumérer ; je la connaissais assez pour savoir les petites douceurs qui réussissaient à bercer son regard. En la tenant contre moi, tant bien que mal, je la berçai et quand mes paupières se fermaient pour respirer plus doucement, pour la guider vers ce chemin, je m'efforçai de me concentrer sur toutes ces images, à la fois simples et puissantes. Poudlard, la salle commune de Serdaigle, grande, aérée, brillante du bronze clair qui brillait un peu partout, le bleu du ciel et la lumière du soleil filtrant par les hautes fenêtres, l'odeur du parchemin neuf, des grimoires, de l'encre noire, de la cheminée éteinte qui sentait très légèrement l'encens... Le savon, l'odeur d'une salle de bain après une douche parfumée, le parfum des vêtements fraîchement lavés... Et des draps qui flottaient dans la brise au fond d'un jardin, le soleil lourd d'une fin de journée d'été, les fortes odeurs des fleurs gorgées de soleil et de la dune sablonneuse, le parfum de l'océan au loin, les sorbets, les boissons fraîches et la promesse d'un barbecue sur la plage, comme toutes les soirées parfaites partagées avec Lizlor en Oregon... L'humus de la forêt, l'épaisseur de l'herbe verte, l'air ambiant la bibliothèque qui sentait un parfum si indéfinissable et apaisant... Et celui de la personne que l'on aime, conclus-je en humant ses cheveux éparpillés un peu partout, en désordre, presque ternis par tout le chagrin qu'elle ressentait et qui faisait vaciller la petite lumière qu'elle renfermait au fond d'elle. Je me demandais si tout cela était balayé par le cauchemar qu'elle venait de revenir et qui rappelait les anciens, ou bien si tout simplement ces souvenirs ne pouvaient pas lutter, et ne le pourraient jamais. Ce n'était pas possible, n'est-ce pas ? Elle n'avait pas fait tout ce chemin pour en arriver là, je le savais, et je l'avais tout de suite compris. L'innocence de Ruby terrassée bien trop avait fait naître cette étrange force immuable que n'importe qui avait à lui envier, moi le premier, et je l'admirais pour cela.


- J’ai… mal, finit-elle par dire après un temps infini. Pour la première fois, elle avait amorcé un geste vers moi, s'était laissée faire par mes caresses répétées, et se laissait aller un peu plus contre moi. Je l'entourai encore mieux de mes bras, en la berçant toujours et en lui murmurant des paroles sans vraiment de sens mais destinées à simplement l'apaiser, la rassurer, calmer son souffle qui peinait à renaître. Pourquoi ça ne s’arrête jamais.

Pourquoi...

J'avais envie de pleurer moi aussi, et mon coeur s'emballa si fort que je sentis un fourmillement dans mes doigts, comme à l'approche d'un malaise. Battant des paupières, je chassai de toutes mes forces cette sensation d'abandon. Je ne pouvais pas, pas maintenant, pas ici. Mais, oui, pourquoi ?

Quand elle se remit à pleurer, je sentis ses larmes plus libératrices, moins compressées par la rage, la colère, la panique ; elle s'agrippait à moi et je m'agrippais à elle en retour et je sentis, seulement, comme un petit renouveau d'espoir, parce que tous les deux ensemble, nous étions plus forts, c'était ce que nous avions appris.


- Pourquoi ça ne s’arrête pas, pourquoi ça continue encore et encore… Ma famille, ta famille, les… les choses, le passé… Je voudrais tellement que ça s’arrête, mais regarde… Regarde-nous… Je peux pas faire ça, me battre sans cesse, je suis fatiguée, je voudrais juste… Pourquoi ils n’ont rien dit… C’est trop dur, je ne vais pas y arriver…

Je m'en voulais tant ; je me sentais faible et stupide et inutile, prostré au fond de moi-même, immobile depuis des jours, incapable de quoi que ce soit. La rancoeur ma paralysait et la colère m'empêchait de l'oublier, et je me réveillais tous les jours avec la même sensation d'écoeurement, de vide, avec les mêmes questions qui me vrillaient la tête et me rendaient incapable de me plonger de nouveau dans le monde qui était ma vie. J'en étais malade d'incompréhension et d'injustice, malade à en cracher mes entrailles d'avoir à subir tout ce cirque encore une fois, malade de me faire à l'idée que mon père s'était fichu en l'air après tout ce qu'avait traversé notre misérable famille qu'il n'avait même pas essayé une seconde de remettre sur pieds. Malade de me dire que si j'avais mieux surmonté la perte de Jamie nous n'aurions pas couler, malade de me culpabiliser à ce sujet, malade d'être né de parents si incompétents, malade de constater qu'encore et encore les gens faisaient des enfants sans savoir s'en occuper, malade du pouvoir qu'ils avaient sur nous, comme le prouvait Ruby toute tremblante contre moi. Je m'en voulais de ne pas réussir à me relever de tout ça pour mieux la soutenir, la rassurer. Elle pleurait et la seule chose que j'étais capable de faire était de m'effondrer avec elle parce que je n'en pouvais plus, ses histoires et mes histoires se mélangeant pour former un monstre hideux qui menaçait de nous dévorer tout crus. J'embrassai son front et fermai les yeux, tout serré contre elle. La seule chose qui pouvait me sauver était cette proximité - sa chaleur qui réveillait la mienne, ses bras, tout son être contre moi qui me rappelait que mon âme n'était pas seule dans sa peine et que la sienne palpitait toujours près de moi.

- Je...

Mais les mots refusaient de s'exprimer - non pas de sortir, mais même de se formuler.

- Oublie-les, la suppliai-je, et pense à... À tout - les odeurs de Poudlard, de la plage, des livres et des parchemins - Pense à tout ce qu'on a. On va y arriver... Promis ?

C'était minable, mais j'étais incapable et je le savais. Mes doigts s'étaient mêlées aux siens et s'y liaient en leur promettant que c'était à jamais, malgré mon incapacité latente. Je voulais être là pour elle mais j'avais malheureusement autant de découragement qu'elle et j'avais besoin qu'elle me dise que, oui, nous pouvions le surmonter ; si elle n'abandonnait pas, je savais que j'étais capable de tout, si et seulement si j'étais certain de l'avoir à mes côtés.


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