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In its own way | Ruby

 
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 In its own way | Ruby

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Ewan Campbell
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Particularités: J'ai un énorme bagage à main (et ma copine a des gros boobs).
Ami(e)s: Phil et Rita et les boobs (mais surtout les boobs) :)
Âme soeur: “And she kissed me. It was the kind of kiss that I could never tell my friends about out loud. It was the kind of kiss that made me know that I was never so happy in my whole life.”

MessageSujet: In its own way | Ruby   Mer 14 Mai - 15:24





All happy families are alike ; each unhappy family is unhappy in its own way.



Maison des Campbell, Oxford.




Tandis que nous nous préparions, je n'avais cessé d'être attentionné envers Ruby, de la rassurer calmement, de ne rien laisser paraître. Je la savais très impressionnée et angoissée par le fait de rencontrer ma mère et d'aller chez moi, à Oxford, et je ne le voulais surtout pas : ma mère n'avait rien à dire sur la personne dont j'étais amoureux et qui me rendait heureux, n'est-ce pas ? Qui plus est, Ruby était agréable, souriante, bien élevée, elle avait de la conversation : en soi, il n'y avait rien qui ne jouait pas en sa faveur. Mais au fond de moi, hélas, je le savais sans vraiment me l'avouer : je savais que ma mère n'allait pas spécialement apprécier le fait que je sois avec une fille plus jeune que moi sans "bonne" situation, et je n'osais pas imaginer ce qu'elle dirait quand elle apprendrait l'histoire de famille plutôt compliquée de Ruby. Elle ne la verrait que comme une jeune fille un peu perdue, sans argent, sans famille, sans solides bases, et je savais malheureusement que ma mère était de ce genre de personnes qui plaçait la situation avant l'être en lui même. Il ne me restait qu'à espérer qu'elle garde pour elle ses impressions et ne mette pas Ruby mal à l'aise - j'y croyais un peu. Ma mère était tellement renfermée sur elle-même, tellement horrifiée par le fait d'étaler quoi que ce soit en société, par le besoin de sauver les apparences et de tout faire briller à chaque instant, qu'au moins cela pouvait servir à cela... Elle ne ferait aucune remarque. J'étais un peu peiné, dans le fond, car j'avais envie de lui présenter Ruby depuis longtemps maintenant car elle faisait partie de ma vie. Mais c'était vers Bonnie et Matthew, comme toujours, que je me tournais dans ces moments-là. Je n'y pouvais rien si ils étaient devenus naturellement la famille la plus proche que je possédais... Ma mère restait cette étape incontournable mais un peu angoissante, et pas forcément plaisante. J'étais tendu, même si je faisais tout pour le cacher. Nous étions sur le départ, ayant regroupé quelques affaires car nous passions le week-end dans notre maison familiale. J'observai Ruby du coin de l'oeil alors que nous terminions notre tasse de thé, juste avant de partir - elle était belle, comme d'habitude, juste apprêtée comme il le fallait, et me souriait mais je lisais dans son regard une appréhension qu'elle ne parvenait pas à contenir complètement. Je crus même voir un léger tremblement agiter sa main, que j'attrapais doucement et serrai avant de l'embrasser doucement et tendrement. Quand nos regards se croisèrent, ensuite, je sentis mon coeur se calmer de lui-même, et j'espérai que le sien aussi. Tous les deux, ensemble, il ne pouvait rien nous arriver, n'est-ce pas ? Surtout après tout ce que nous venions de traverser.

- Allons-y, murmurai avec entrain en me levant, vérifiant que nous n'oublions rien... Rien à part le petit chat roux qui nous regardait l'un après l'autre, visiblement au courant de ce qui était en train de se tramer. Nous l'avions trouvé, abandonné, dans la rue, et puisque personne ne semblait vouloir le récupérer, qu'il était tout petit et visiblement un peu mal en point, je n'avais pas pu résister au regard de Ruby - nous l'avions adopté, et nous avions convenu qu'il resterait dans mon appartement. Je n'avais jamais eu de chat et je me demandais comment se passerait la cohabitation, mai en réalité nous nous entendions très bien avec Wachat (... Ruby avait choisi son prénom) et il ne perdait pas une occasion pour s'installer sur moi et ronronner, en réclamant des caresses. Pour la forme, je faisais semblant d'être un peu jaloux de l'attention que Ruby lui portait, mais en réalité je crois que je ne trompais personne : nous avions définitivement adopté le petit chat roux.

Nous descendîmes dans la rue pour transplaner. Il faisait un temps clair, légèrement venteux, mais doux et frais, comme ces temps de début de Printemps où les feuilles et les fleurs apparaissent jour après à jour. Seuls quelques nuages passaient lentement dans le ciel, mais le bleu limpide et clair illuminait la rue d'une jolie lumière dorée. Je pris la main de Ruby et dans un craquement, nous disparûmes, avant de réapparaître quelques instants plus tard dans un endroit que je connaissais bien.

Je transplanais toujours en haut de notre rue, qui glissait en pente jusqu'à notre maison, puis vers les champs et la forêt. C'était inutile, mais j'aimais descendre la rue tranquillement comme si je me plongeais à nouveau dans l'ambiance de cette rue, de ce village où j'avais vécu toute mon enfance. J'en avais pourtant assez de l'esprit étriqué de ces gens, de leurs maisons impeccables et de leurs jardins tous mieux entretenus les uns que les autres, contenant tous des plantes rares et impressionnantes pour épater leurs voisins. Je n'avais rien contre les jolis jardins et les jolies maisons, mais ici, et ma mère la première, les gens faisaient cela pour étaler au grand jour leur fortune et leur bon goût, ce qui avait le don de me dégoûter d'avantage. Mais Oxford restait Oxford, et j'y avais ici tous mes souvenirs d'enfants, tous mes souvenirs avec Jamie, et quoi qu'il arrive, j'avais un certain plaisir (un peu nostalgique) de revenir ici à chaque fois. J'engageai le chemin, expliquant tranquillement à Ruby que notre maison à nous se trouvait un peu plus bas, à la frontière de la forêt que nous apercevions, et je lui dis quelques mots sur nos voisins au passage. Nous arrivâmes devant le portail blanc. Il faisait beau, ici aussi : le ciel était bleu clair, un peu blanc peut-être, mais sans nuage, et la lumière était brillante, rendant le paysage particulièrement beau. Face à la maison, le petit chemin qui s'enfonçait dans les bois derrière nous, nous pouvions contempler les champs et la petite vallée qui s'étendait sur notre gauche, parsemée de petites maisons. La nôtre était typique de la région, blanche, parfaitement entretenue évidemment, et s'élevait majestueuse au-dessus du jardin dont les fleurs étaient toujours aussi bien colorées et bien entretenues. Nous entrâmes et traversâmes le jardin, empruntant le petit chemin de galet. Il y avait un minuscule étang dans un coin du jardin, qui servait de décoration - petits, Jamie et moi nous avions péché des tritons dans la rivière pour les ramener et les mettre dans l'étang, ce qui avait eu pour conséquence de rendre nos parens très en colère cat cet étang n'était pas destiné à cela. Seulement, les tritons s'étaient bien trop plu dans l'étang pour que nos parents réussissent à les chasser, et il y en avait toujours depuis. Je pris quelques minutes pour raconter l'histoire à Ruby, et elle rit avec moi. C'était drôle, mais ces petites bêtes que nous transportions dans le creux de nos paumes et qui était à la fois douces et gluantes restaient depuis toujours rattachées à mes bons souvenirs d'enfance.

Ma mère nous ouvrit la porte et nous accueillit, ensuite, fidèle à elle-même : ses cheveux blonds au carré impeccablement coiffés, ses bijoux brillants, sa chemise et sa jupe parfaitement lisses et sans un pli.


- Mère, voici Ruby, dis-je tout simplement, mais pourtant mon coeur fit une petite embardée. Là, dans la lumière claire qui provenait encore de dehors par la porte d'entrée toujours ouverte, Ruby m'apparut encore plus belle que d'habitude, enveloppée de ce halo qui la rendait encore plus gracieuse et touchante qu'elle l'était naturellement. Elle sourit et salua ma mère, qui lui répondit par un bonjour sincère mais une poignée de mains bien loin de la chaleureuse embrassade que Bonnie ou Matthew avaient pu lui donner.

Après quelques questions purement polies sur notre voyage, etc, ma mère nous laissa nous installer à l'étage, et j'en profitai pour faire visiter la maison à Ruby. En bas, le salon, la cuisine, la salle à manger, le bureau, la buanderie ; en haut, les chambres, celle de mes parents, de Jamie et moi (pourquoi ma mère avait-elle laissé nos deux prénoms écrit sur la porte, je me demandais toujours, étant donné sa façon de réagir), les deux chambres d'invités, le petit passage vers le grenier, qui nous servait de salle de jeux. Nous déposâmes nos affaires dans l'une des chambres d'amis (j'évitai le plus possible de dormir dans mon ancienne chambre) puis descendîmes à nouveau car ma mère avait préparé le thé en bas. En descendant le grand escalier de bois ciré, je sentis mon estomac se nouer un peu : ma mère n'était pas ostensiblement désagréable, mais je sentais sans pouvoir l'expliquer qu'un orage n'allait pas tarder à arriver. Nous nous installâmes dans le salon, devant la baie vitrée qui donnait sur l'arrière du jardin et les champs, et ma mère nous servit du thé et des gâteaux. Je lui posai quelques questions sur le repas de ce soir car elle avait invité plusieurs personnes, et si nous pouvions lui être utiles, car je lui expliquai mon idée d'aller me balader dehors avant que la nuit tombe, pour faire découvrir les alentours à Ruby. Elle nous déchargea de toute tâche et, comme je l'avais prédit, elle rentra dans les questions plus directes, s'adressant plus directement à Ruby.
Alors, dites-moi tout, que faites-vous dans la vie ? D'où venez-vous ? Que font vos parents? Et à quoi vous destinez-vous ? Ce n'était malheureusement pas à moi de répondre à la place de Ruby ou de prendre les rênes de la discussions mais plus elle allait plus cela me démangeait : ma mère se raidissait au fur et à mesure, après qu'elle ait compris la différence d'âge, la situation de Ruby, etc. Je lui en voulais d'être si froide, je lui en voulais aussi de cette réaction car si elle m'avait posé des questions sur Ruby auparavant elle aurait su tout cela, et je lui en voulais d'être si accrochée aux apparences et à ses valeurs bourgeoises qu'elle jugeait quiconque ne rentrait pas dans ses critères. Je tentai tout de même de défendre Ruby comme je le pouvais pour qu'elle ne se sente pas mal à l'aise, vantant par exemple sa réussite en cours, son don et son intérêt pour les potions, son grand sens de l'organisation et ses idées pour l'année prochaine qui prenaient déjà forme. J'avais l'impression de prêcher dans le désert : ma mère, toute polie qu'elle était, acquiesçait et restait mielleuse, mais je savais ce qu'elle pensait, et j'étais persuadé que Ruby le savait aussi.

- ... En tout cas, je suis ravie de vous rencontrer, conclut-elle avec son sourire factice de femme du monde, et j'espère que vous passerez un bon week-end ici. Tu as vu, Ewan, j'ai installé Ruby dans la deuxième chambre d'amis ?

Elle avait parlé tout simplement, en se levant pour ramasser tasses et assiettes, et je mis quelques secondes à comprendre où elle voulait en venir. Nous avions déjà mis nos affaires dans la première chambre et... Oh. Je fronçai les sourcils et, un peu pris de court, mon premier réflexe fut de lui répondre le plus honnêtement et simplement possible :

- Mais, voyons, nous allons dormir ensemble... Nos affaires sont déjà installées. Merci pour le thé, dis-je en me levant, sans plus attendre. Je pris doucement Ruby par la taille pour l'entraîner vers l'entrée, et saluai vaguement ma mère : A tout à l'heure, mais elle se dirigeait déjà vers la cuisine, probablement préoccupée par ses préparatifs de ce soir. On va dehors ? murmurai-je à l'adresse de Ruby.

Je l'entraînai dehors, et nous empruntâmes le chemin inverse de tout à l'heure, puis le petit sentier qui longeait le début des champs et s'enfonçait dans la forêt. Une fois que nous fûmes assez loin de la maison, je m'arrêtai et pris doucement le visage de Ruby entre mes mains.

- Je suis désolé, elle est comme ça, elle est tellement fermée d'esprit... Je ne veux pas que ça te mette mal à l'aise, ou que tu ne te penses pas assez bien pour... Pour moi, tu sais bien que je me fiche de tout ça. Tu es parfaite, ne la laisse pas faire. Elle apprendra à découvrir que tu es quelqu'un de bien. D'accord ? murmurai-je avec un petit sourire, avant de l'embrasser.

Etrangement, c'était dans ce petite bois que j'étais le plus à l'aise, car ici nous avions vécu toutes nos aventures avec mon frère, et il me semblait que chaque arbre et chaque petit sentier m'était familier. Il y avait quelque chose d'ironique à cela quand je pensais à la rivière un peu plus loin, quand je me disais que ce bois était là aussi où tout avait fini. Je pris la main de Ruby et l'entraînais un peu plus loin, espérant que ce week-end ne soit pas non plus un échec sur toute la ligne.

_________________




°•. Lonely water, won't you let us wander, let us hold each other
Hold back the river, let me look in your eyes
Hold back the river, so I can stop for a minute and be by your side
Hold back the river, hold back .•°
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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: In its own way | Ruby   Sam 24 Mai - 22:21


Je n’étais pas anxieuse, j’étais terrifiée. J’avais toujours su, au fond de moi, que ce jour allait finir par arriver, mais étrangement, il m’avait semblé particulièrement loin. Avec les mois houleux qui avaient suivis l’Australie, je m’étais beaucoup plus occupée à reconstruire ma relation avec Ewan que d’imaginer que bientôt, il me faudrait en construire une avec sa mère.  J’avais été nerveuse pour Matthew et Bonnie, mais cette fois-ci, c’était complétement différent. Je savais que la mère d’Ewan m’attendait au tournant, et de ce que j’en avais entendu, elle n’était pas dans les plus tendres. Je me doutais qu’elle avait des attentes assez particulières, non seulement pour son fils mais aussi pour son entourage, et que je ne risquais pas d’y correspondre. Je n’avais pas confié à Ewan mes peurs, mais il les avait très bien devinées et j’avais timidement approuvé sans rentrer dans les détails. Je lui avais dit que sa mère m’intimidait, mais si j’avais voulu être sincère, je lui aurais plutôt dit que j’étais morte de peur à l’idée des questions qui allaient venir, de son regard sur moi, et d’y lire qu’elle ne me trouvait pas assez bien. Ewan avait prévenu Bonnie et Matthew de ma fragilité, chose qu’il n’avait pas fait avec sa mère qui devait attendre avec impatience de me cribler de questions. Mais de toute façon, je ne pouvais pas faire demi-tour. Je luttais aussi contre mes peurs concernant Ewan, et le retour dans son quartier d’enfance – je ne savais pas exactement ce qu’il ressentait à être si proche physiquement des souvenirs de Jamie, et j’étais morte d’inquiétude. Mais je ne voulais pas mettre tout ce poids sur Ewan. Alors je lissai une dernière fois ma jupe, remontai mes collants et ajustai mes boucles qui tombaient sur mes épaules avant de sourire, aussi sereinement que je le pouvais.

- Allons-y, murmura Ewan tandis que j’hochai la tête. J’agitai ma main vers Wachat qui nous regardait avec des grands yeux tristes. Décidemment, je m’étais attachée à ce chat bien trop rapidement – tout comme Ewan, qui croyait que je ne l’entendais pas parler à Wachat lorsque j’étais à la douche ou derrière la porte, prête à rentrer.

J’inspirai lorsque nous arrivâmes, après le transplanage. Je n’étais jamais venue ici, et rapidement, je m’obligeai à tout noter, pour imprimer le plus clairement possible ces lieux qui abritaient l’enfance d’Ewan. Je respirai, et eus un sourire qui se voulait brave avant de me mettre en marche. Etrangement, c’était exactement comme je me l’étais imaginée. Tout était parfait. Je crois qu’avant, j’aurais été admirative de cette perfection, de l’ordre qui régnait. L’atmosphère qui se dégageait des jardins et des maisons parfaites me donnait l’impression que tout ici était calme, mais maintenant, je savais que la perfection n’attirait que des ennuis.  Nous arrivâmes devant une maison que j’avais déjà vu en photo, et je sentis mon estomac se nouer. Elle était encore plus grande et plus blanche que je ne l’aurais cru. Mes doigts se nouèrent un peu plus fermement contre ceux d’Ewan. Mon cœur lui, s’allégea légèrement lorsqu’il me raconta l’anecdote sur les tritons de l’étang, et la vision volatile d’Ewan enfant riant aux éclats me fit oublier quelques secondes toutes mes peurs. Mais dès que la porte s’ouvrit et que la mère d’Ewan me fit un sourire parfaitement symétrique et froid, je me sentis renvoyée tout au fond du trou que je m’étais creusée. Je lui serrai la main avec politesse, soutenant son regard, me sentant toute petite devant elle. Pourtant, cela ne faisait que commencer… Et je devais être forte.

Heureusement, après quelques questions, Ewan m’attira à l’écart pour me faire le tour de la maison, et je me sentis instantanément détendue à n’être qu’avec lui. J’étais impatience de voir où il avait grandi, et j’observai tout avec une curiosité un peu malpolie. J’étais trop heureuse d’enfin découvrir ces lieux. Mais évidemment, je le fis en jetant toujours quelques regards en direction d’Ewan pour être sûre que tout allait bien. A chaque fois, je surprenais son regard sur moi, un peu inquiet comme devait être le mien. Je crois qu’au fond, nous avions tous les deux peur, d’une certaine manière.

Nous retrouvâmes rapidement sa mère pour prendre le thé. J’eus un instant de répit, que je saisis pour complimenter la maison et le jardin, mais bien vite, je compris que mon tour de répondre aux questions étaient venues. Et comme prévu… Ce ne fût pas de tout repos. Plus nous avancions dans la discussion, plus je sentais que je m’enfonçais. Chaque réponse était un peu plus mauvaise que la précédente. J’étais trop jeune. Je ne venais pas d’une bonne famille. Je n’avais plus de parents. Tout était faux… Mon estomac se contractait de plus en plus. J’étais mauvaise pour mettre en avant mes qualités, et j’étais bien incapable de sauver le bateau qui coulait de plus en plus. Timidement, je glissai que j’avais été adopté par Sara Wayland, la directrice de Poudlard, et je crois que ce fût l’un des rares moments de la discussion où je réussis à marquer quelques points. Ewan glissa également que j’étais brillante en potions, ce que je n’osais pas approuver, et je me retrouvais finalement enfoncée toute droite dans le canapé, toute intimidée et minuscule, à moitié dévorée par le regard calculateur de la mère d’Ewan. Et puis que tout, je m’en voulais de me sentir comme ça. Je voulais vraiment apprécier sa mère, mais ce n’était même pas là la question… J’étais trop occupée à me faire apprécier pour prendre le temps de la juger elle. De toute façon, je savais que mon cas était arrêté : je n’étais pas à la hauteur, et elle n’avait pas besoin de me le dire pour que je le comprenne. Son regard était suffisant.


- ... En tout cas, je suis ravie de vous rencontrer, et j'espère que vous passerez un bon week-end ici. Tu as vu, Ewan, j'ai installé Ruby dans la deuxième chambre d'amis ?

Il y eut quelques secondes de silence où je lançai un regard à Ewan, mi-inquiet et mi-gêné. Nous n’allions pas dormir ensemble ? Mais depuis quand ?

- Mais, voyons, nous allons dormir ensemble... Nos affaires sont déjà installées. Merci pour le thé. Je me levai en même temps qu’Ewan, un peu confuse, les yeux papillonnant comme ceux d’un enfant égaré. Je le suivis tandis qu’il m’entrainait dans l’entrée, osant à peine regarder sa mère. A tout à l'heure. On va dehors ? Me murmura Ewan après avoir salué sa mère. J’hochai la tête, réalisant que j’étouffais depuis tout à l’heure.

Nous marchâmes un instant en silence, nos mains jointes, et lorsque nous fûmes légèrement enfoncer dans le petit bois, Ewan s’arrêta et saisit doucement mon visage dans ses mains. Je grésillai silencieusement : son regard sur moi avait toujours cet effet particulièrement doux et sécurisant, et à la fois, sa fermeté me déstabilisait. J’y lisais quelque chose de si profond et touchant que j’étais toujours un peu intimidée et admirative.


- Je suis désolé, elle est comme ça, elle est tellement fermée d'esprit... Je ne veux pas que ça te mette mal à l'aise, ou que tu ne te penses pas assez bien pour... Pour moi, tu sais bien que je me fiche de tout ça. Tu es parfaite, ne la laisse pas faire. Elle apprendra à découvrir que tu es quelqu'un de bien. D'accord ?

Je ne répondis pas tout de suite, me laissant embrasser tendrement par Ewan. Lorsque la respiration nous manqua, nous nous écartâmes, un peu dépitée pour ma part, et je baissai les yeux. Que répondre ? Je savais que nous avions dépassé ce stade, et je ne voulais plus être la fille apeurée que j’avais été. Je ne voulais plus penser que je n’étais pas assez bien… J’inspirai et plongeai mes yeux dans ceux d’Ewan avec un sourire un peu désolé.

- Je ne m’attendais pas à ce qu’elle m’apprécie, je sais que je ne rentre pas dans les bonnes cases… J’haussai les épaules. Je suppose qu’il n’y a rien à faire.

Je m’écartai légèrement, évitant le regard d’Ewan. Je savais ce qu’il pensait. Je savais qu’il détestait lorsque je déviais légèrement la conversation, et que j’évitais le débat sans toutefois admettre qu’il avait raison. Mais en vérité… Je n’étais pas tout à fait d’accord avec lui, et il le savait, n’est-ce pas ? Et il ne pouvait rien y faire. J’attrapai sa main dans la mienne, l’invitant à continuer la balade sans emprunter le chemin d’une discussion que nous savions complexe et glissante. Nous nous mîmes à discuter de souvenir d’enfance que nous avions liés aux bois, et j’écoutais avec plaisir les aventures de lui, Jamie et ses amis, alors qu’ils construisaient des cabanes et se battaient avec des bouts de bois. En même temps, je ne perdais pas une miette des alentours. Les arbres étaient parfois majestueux, et leurs feuilles fraiches, revenues avec le début du printemps, faisaient des jeux d’ombres en filtrant les rayons  du soleil. Il faisait un peu frais, mais l’air était pur, et je distinguais ce parfum de forêt, proche de la verdure, de l’humidité et de la terre, mais aux notes boisées et légères qui me calmaient. Je m’extasiai lorsque nous aperçûmes un écureuil, et Ewan me raconta cette fois où ils avaient essayé d’en capturer un avec Jamie. C’était étrange, car à la fois Ewan riait avec moi et souriait, et à la fois, je sentais l’atmosphère lourde, comme si parler de Jamie amenait des nuages noirs. Je me sentais en équilibre, tenant Ewan, tentant de ne pas le faire basculer… Mais lorsque nous arrivâmes au bord de la rivière, je compris qu’Ewan n’était pas prêt : sa main se crispa dans la mienne et il s’arrêta, silencieux tout à coup, le visage fermé. Pendant quelques secondes, je me sentis prise au piège.

- Viens, on rentre, murmurai-je timidement.

Ewan approuva tandis que ma main serrait un peu plus la sienne, et nous reprîmes la direction de la maison, d’un pas plus vif et pourtant plus lourd. Mon cœur battait désagréablement, sans que je ne sache quoi dire ou faire. Ewan avait l’air dans ses pensées, et je ne savais pas quoi dire. Et, pour couronner le tout, lorsque nous rentrâmes, Ewan chercha sa mère pour lui demander quelque chose… Et nous la trouvâmes dans la cuisine en compagnie d’un homme, dans une situation assez… Etrange ? Dès que nous pénétrâmes dans la pièce, l’homme s’écarta, et il me sembla qu’une certaine tension s’était brisée. La mère d’Ewan se redressa et se racla la gorge, comme si elle se reprenait après avoir été prise la main dans le sac. Le regard d’Ewan lorsque nous quittâmes la pièce en disait long, et je n’osai même pas poser de questions. Nous allâmes dans la chambre nous préparer pour le repas, et je déposai un petit baiser sur la joue d’Ewan comme pour lui donner de la force. J’enfilai ensuite une robe noire à manche longue, moulante mais pas trop courte, qui avait un joli col Claudine blanc et me coiffai d’un chignon élégant qui me donnait l’impression étrange d’être à la fois plus âgée et plus rigide. Comme Ewan se recoiffait devant le miroir, je m’approchai derrière lui, et entourai sa taille de mes bras, me mettant sur la pointe des pieds pour poser mon menton dans le creux de son épaule. Je regardai notre reflet un instant, avant de déposer un baiser sur la joue d’Ewan.


- Tu te sens prêt ? Demandai-je doucement, resserrant légèrement mon étreinte. Je veille sur toi, d’accord ? Ajoutai-je avec un petit sourire maternel qui, je l’espérais, lui donnerait du courage pour la soirée à venir.

_________________
Even Closer | Forever Young | So Cold | If Stars



« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ewan Campbell
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MessageSujet: Re: In its own way | Ruby   Mer 18 Juin - 11:18

C’aurait été idiot de ma part de m’attendre à ce que cela ne me fasse rien. Cela me faisait toujours quelque chose, à n’importe quel époque, à n’importe quel jour de l’année, avec n’importe qui. Si cette forêt abritait toute mon enfance, et si la foule de mes souvenirs y étaient tous plus heureux les uns que les autres, elle était aussi le lieu où tout s’était terminé, envolé. Je me demandais parfois si cela ne me faisait pas plus de mal que de bien d’y revenir : j’étais heureux, mais jamais je ne l’étais complètement, jamais cette pointe de nostalgie, de mélancolie, poignante, ne me quittait. Peut-être était-ce une mauvaise idée, après tout ? Je l’ignorais,  mais je savais une chose : je n’avais pas envie, je n’étais pas prêt en tout cas, pour le moment, à y renoncer. Jamie était encore là, dans chaque recoin de notre maison, dans chaque parcelle du jardin, dans chaque petit détail de ce bois et de ces alentours où nous avions fait les 400 coups. Et si c’était douloureux, décider de ne plus venir serait presque renoncer à tout cela ; or mes parents avaient trop renoncé de leur côté pour que je supporte une autre action de ce genre. Nous marchions et le bruit de nos pas sur le sentier me rappelait des tas de souvenirs ; tout comme le vent léger dans les feuillages, ou les embranchements que nous trouvions sur notre route. J’étais heureux de pouvoir raconter tout ce qui me passait par la tête à Ruby, heureux de l’entendre rire et vraiment s’intéresser pour ce que je n’avais plus le droit de partager avec mes parents. Mais nous n’étions pas dupes : elle comme moi, nous sentions le souvenir de Jamie planer, plus que jamais. Qui plus est j’étais embêté par cette conversation avec ma mère, la réaction de Ruby, la façon dont elle avait gentiment dévié le sujet, comme elle le faisait toujours lorsqu’elle pensait la cause perdue – ou plutôt lorsqu’elle se sentait comme une cause perdue. Et je ne voulais pas qu’elle pense ainsi car ma mère avait tort, tort sur toute la ligne d’être cette petite bourgeoise engoncée dans ses principes et ses à priori, et je voulais qu’elle ouvre les yeux et que Ruby lui montre combien son jugement pouvait être faux. Mais je savais que Ruby ne me croirait pas, pas pour l’instant, alors j’avais protesté sans non plus chercher à m’engager trop loin, et de toute façon Ruby avait déjà embrayé sur autre chose.

Quelque part, j’avais cru me rendre compte de rien, ou bien j’avais cherché à faire exprès, à ne pas remarquer que je m’approchais dangereusement de cet endroit que je connaissais par cœur, de ces souvenirs dont je ne voulais pas me remémorer. Le bruit de la rivière était de plus en plus distinct tandis que nous marchions et j’avais tourné à gauche dans le petit chemin qui descendait un peu vers la berge, plutôt que de tourner à droite pour continuer la rivière. Pourquoi ? Sans doute parce que je voulais essayer, je voulais me convaincre que j’allais y arriver. Je voulais simplement réussir à revenir là où j’avais vu le corps de mon frère pour la dernière fois…

Mais ma gorge se serra avant même que j’aperçoive la rivière distinctement. Nous y étions, à quelques mètres de là où ils étaient montés dans la barque, nous étions sur le chemin où j’avais couru, et nous débouchions à l’endroit un peu plus dégagé où je m’étais arrêté et où le squelette de la barque fracassée s’était coincé, où le corps de Jamie gisait coincé contre des rochers. C’était étrange, et pourtant bien logique : il n’y avait plus aucune trace de tout ça, l’eau coulait tranquillement, la mousse sur les pierres étaient bien vertes, les berges de la rivière recouvertes de petites fleurs violettes, c’était un fort joli endroit, et j’étais le seul à le trouver atroce.


- Viens, on rentre, fit une voix douce qui me sembla venir d’un peu loin. Je serrai instinctivement les doigts de Ruby entre les miens : non, je n’étais pas seul. Elle était là avec moi et elle avait compris, je le savais.

Je voulus m’excuser d’avoir pris ce chemin, m’excuser d’avoir essayé et d’avoir échoué, mais il me semblait que ma tête était pleine de nuages et qu’une boule obscurcissait ma gorge, m’empêchant de parler. Nous rentrâmes en silence, et si je fus peiné de ne pas réussir à me reprendre, je savais aussi que j’avais le droit, avec Ruby, d’être ainsi et de vivre mon chagrin, ce dont je lui étais particulièrement reconnaissant.

Une fois hors de la forêt, nous retournâmes chez moi, et je poussai la porte avec une certaine appréhension. J’étais las de subir la stupidité de ma mère, mais à la fois cette marche et toute cette tristesse accumulée m’avait fait l’effet d’un coup de fouet, et j’étais bien décidé à tout faire en sorte pour que Ruby soit et se sente la bienvenue. Il m’arrivait parfois d’être d’humeur un peu provocatrice auprès de mes parents quand tout d’un coup je ne supportais plus comment ils se comportaient, et je commençais à le sentir à présent, comme si le bout de mes doigts fourmillait un peu. Je passai ma main autour de la taille de Ruby, comme j’en avais l’habitude, et nous entraînai vers la cuisine d’où provenaient des voies. Probablement déjà l’un des invités de ma mère – je lui faisais confiance pour avoir préparé d’avance tout ce qui concernait sa réception, elle devait donc simplement discuter en faisant semblant de s’affairer pour montrer combien elle était une ménagère efficace. Je n’avais même pas pris la peine de lui demander qui était de la partie – sûrement les mêmes que d’habitude, avec quelques nouveaux évidemment car elle entretenait son image et ne cessait de se faire de nouveaux contacts pour pouvoir les inviter et leur montrer combien sa vie était parfaite. Je me demandais d’ailleurs ce qu’elle disait si on la questionnait à propos de son mari, mais cela dit, j’allais bien le voir ce soir, pensai-je amèrement. Bonnie et Matthew n’étaient pas de la partie, malheureusement, mais j’imaginais assez bien que ma mère réfléchissait à deux fois avant de les inviter en d’autre compagnie, car même s’ils ne l’auraient pas contredite devant ses « amis », elle pouvait moins franchement mentir au sujet de mon père. Je fis un petit sourire à Ruby, le premier depuis que nous étions partis de la rivière, et c’était ma manière de lui redonner courage et de lui demander de me faire confiance.

- Nous sommes rentrés, est-ce que…

Mes mots se perdirent tous seuls, alors que je voulais proposer notre aide à ma mère ; même si elle n’en avait pas besoin, je savais qu’elle apprécierait le geste, et que Ruby tenait à l’aider si il y avait besoin. Il s’était passé quelque chose d’étrange ; ma mère était dans la cuisine, un peu appuyée à son plan de travail, discutant avec un homme que je ne connaissais pas, et quand nous étions rentrés ils avaient eu chacun un petit mouvement, s’écartant l’un de l’autre, à peine mais tout de même, et ma mère avait eu sa petite toux un peu sèche qu’elle faisait quand elle était énervée, gênée, ou indignée. Ils ressemblaient autant à deux adolescents pris sur le fait qu’à simplement deux personnes surprises – peut-être ne nous avaient-ils pas entendus. Ma mère se reprit bien vite, évidemment, et nous présenta – j’écoutai à peine et le saluai assez froidement, par je ne sais quel instinct de défense. Nous les laissâmes alors, puisqu’elle n’avait pas besoin d’aide, et nous montâmes nous préparer. Heureusement, quand nous étions que tous les deux, le reste s’éclipsait vite. Je la pris dans mes bras et elle m’embrassa plusieurs fois, et nous finîmes par rire et nous préparer bien plus joyeusement ; évidemment, je ne la quittai pas des yeux et redoublai de câlins après qu’elle ait enfilé sa jolie robe, qui lui allait à merveille. Cette tenue la rendait étrangement un peu plus… dame, ou plus âgée, mais surtout plus classique, et même si je la trouvais toute aussi belle, je ne la préférais pas forcément ainsi.

- Tu te sens prêt ? Je veille sur toi d’accord ? fit-elle en m’entourant de ses bras, et je souris à nos reflets dans la glace. J’acquiesçai, et nous descendîmes.

C’était un repas comme tout ceux que j’avais déjà connu, et je me pliai au jeu de plus ou moins bonne grâce. Coup de chance, il y avait quelques nouvelles personnes, très sympathiques, dont une dame dont la passion était les potions et nous parlâmes beaucoup avec elle, avec Ruby, ce qui fit passer la soirée plus rapidement. Après l’apéritif, ce fut le repas, et je commençai à trouver le temps un peu long, à vrai dire j’avais simplement envie de le passer avec Ruby, mais tout se déroulait plutôt bien. et je sentais que Ruby se sentait un peu plus à l’aise en discutant avec notre interlocutrice qui ne la prenait pas de haut. Pour ma part, je n’écoutai pas vraiment tout ce que racontait ma mère, mais je faisais la conversation un peu distraitement au monsieur en face de moi ; néanmoins, j’entendis une question adressée à ma mère et je prêtai l’oreille de manière assez instinctive. Une de ses voisines venait de lui demander, puisqu’elle venait de se renseigner sur mon activité professionnelle, ce que faisaient ses autres enfants, et si elle en avait eu d’autres. Seuls ceux qui savaient pure noter la demi-seconde d’hésitation de ma mère avant qu’elle réponde le plus tranquillement du monde et en souriant d’un air poli :

- Non, je n’ai eu qu’un seul enfant.

C’était un rêve, ou plutôt un cauchemar, n’est-ce pas ?! Non, elle ne pouvait pas venir d’affirmer ça avec autant d’aplomb… De tout ce que je lui avais connu, de toutes les manières dont elle évitait de mentionner Jamie, celle-là était tant au-dessus, tellement plus violente ; elle reniait en quelques mots l’existence de mon frère, et elle espérait que j’encaisse sans broncher ?! Je lâchai ma fourchette dans mon assiette et le bruit résonna assez fort, au même moment je sentis la main de Ruby faire pression sur ma cuisse et je devinais son regard inquiet, mais le seul regard que je pus lancer fut celui, noir, que j’adressai à ma mère. Sans réfléchir d’avantage, je me levai d’un seul coup et quittai la table.

Pas une seconde je m’inquiétait du fait que ma mère allait en être outrée – non seulement c’était malpoli mais en plus, c’était faire une scène bien étrange devant tous ces gens, c’était se faire remarquer or ma mère, si elle aimait se faire remarquer, voulait que ce soit dans la norme et les règles. J’allais me réfugier dans la cuisine, sentant tous mes nerfs roulés en boule, en pelote, et une chaleur aigue me brûler sous la peau. J’étais en colère, j’étais terriblement en colère ; j’étais triste aussi mais cela ne faisait pas bon ménage et je me sentais au bord de l’explosion. Ruby me rejoint alors, toute inquiète, et j’essayai de dire quelques mots pour la rassurer mais je ne voulais pas mentir non plus : je ne voulais pas rester, je ne voulais pas retourner dîner ou quoi que ce soit d’autre, je pouvais supporter, j’avais supporté, mais pas ça, pas autant, pas comme ça…


- Je ne peux pas, commençai-je les dents serrés, je ne peux pas accepter ça, et ça me fait tant de mal, je…

Malheureusement, la vague de chaleur rassurante que j’avais ressentie dès que Ruby était arrivée dans la cuisine se dissipa tout net lorsque ma mère débarqua à son tour dans la cuisine et ferma la porte. Elle avait le regard noir, elle aussi, et le visage crispé.

- Qu’est-ce que c’est que ces manières, Ewan, est-ce vraiment comme ça que je t’ai élevé ?
- Je n’en ai rien à faire,
dis-je en haussant le ton, tu sais très bien ce qui s’est passé, et je n’ai pas à avoir de manières pour ça, je…
- Ruby, vous devriez nous laisser,
me coupa sèchement ma mère. J’agrippai la main de Ruby.
- Non, elle reste là. Je te signale qu’elle fait partie de ma vie, maintenant. Je n'ai pas l'impression que tu l'aies compris.

Ma mère eut une moue mais ne dit rien – sans doute ne voulait-elle pas m’énerver d’avantage, je voyais qu’elle tiquait quand je parlais très fort, et qu’elle songeait à ses convives, espérant qu’ils n’entendent rien.

- Ca suffit maintenant, revenez à table, et excuse-toi, tu n’es plus un enfant, continua-t-elle. Je me demandais si elle croyait à ce qu’elle disait.
- Ca fait longtemps que je ne suis plus un enfant, et tu sais pourquoi ? Parce que mon frère  mort il y a plus de huit ans et que je suis tout seul à porter son deuil. Je ne sais vraiment pas pourquoi tu fais ça, pourquoi vous faites ça, je ne sais pas si c’est pour vous protéger, pour me punir, mais je suis désolé mais tu as eu un autre enfant et il est MORT et ce n’est PAS DE MA FAUTE – je m’étais mis à crier, en m’approchant d’elle -, ce n’est la faute de personne, tu as perdu un fils et j’ai perdu mon frère jumeau, tu comprends ça ?! J’en ai assez, non je ne retournerai pas à table, débrouille-toi avec tes mensonges, tes mensonges sur tout, sur Jamie, sur Père, moi, je n’en veux pas.

Comme des larmes de colère et de douleur me montaient aux yeux et que je ne voulais pas pleurer devant elle, pas maintenant, pas pour qu’elle me prenne en pitié, je fis signe à Ruby de me suivre, et quittai la cuisine en prenant la direction de notre chambre, sans un regard en arrière.

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: In its own way | Ruby   Jeu 24 Juil - 16:09

Mon dernier diner de ce genre devait remonter à l’Oregon, en compagnie de Sara qui organisait parfois des repas chez elle avec quelques amis. Mais il y avait quelque chose de fondamentalement différent que j’avais du mal à nommer… C’était quelque chose dans l’atmosphère, dans le regard des gens entre eux, les petits gestes et les sourires. Chez les Wayland, l’ambiance était toujours douce et feutrée, les invités paisibles et l’écho de leurs discussions formaient un charmant bruit de fond qui ressemblait presque à une berceuse. J’adorais ces repas où je pouvais toujours rencontrer des adultes – présence qui m’avait cruellement manqué dans mon enfance et adolescence – et je me sentais à l’aise avec eux. C’était drôle mais parfois, j’étais mieux en compagnie d’adultes dont les discussions n’étaient souvent pas aussi personnelles que celles d’adolescents. Mais à la fois, il y avait toujours ce regard que je craignais, car j’avais trop souffert de celui critique de ma mère ou même des médecins, et je savais qu’inconsciemment je recherchais toujours une approbation parentale que je n’avais plus eue en grandissant. Mais dans ces repas chez Sara, accompagné de Lizlor – qui faisait d’ailleurs toujours sensation avec ses remarques discrètes et parfois acerbes mais toujours perspicaces – j’étais toujours bien et confiante. Mais ce soir, l’ambiance était bien différente. Les gens autour de la table n’avaient pas l’air aussi… Chaleureux. Ils souriaient, mais c’était étrange à quel point ils ne semblaient pas heureux. Je connaissais les faux sourires, il était certain que j’en étais moi-même la spécialiste, et je crois que c’était la première fois que je me retrouvais devant tant de projection de certaines de mes attitudes. Avais-je l’air aussi fausse lorsque je souriais et que je repliais ma serviette symétriquement ? Mes gestes étaient-ils tous aussi calculés et dépourvus de chaleur ? Je me sentis instantanément mal à l’aise.

Heureusement, certains étaient plus agréables que d’autres, en particulier une femme passionnée de potions avec qui j’eus la chance de pouvoir discuter. Elle était très gentille, et ne me prenait pas de haut ce qui me fit un bien fou. J’étais presque étonnée lorsqu’elle me demandait très sincèrement mon avis, et m’écoutait, et je me fis un plaisir de lui poser tout un tas de questions. Cependant, je veillais du coin de l’œil sur Ewan, m’assurant qu’il allait bien. C’était drôle mais pour la première fois, je voyais Ewan sous un jour… Faux. C’était sûrement parce que je le connaissais par cœur que je voyais bien que sa politesse était trop maniérée, ou que son sourire était trop crispé pour être vrai. J’avais l’impression qu’il se pliait au jeu de sa mère, et c’était très déstabilisant de le voir ainsi. Mais lorsqu’il me lançait un regard, je retrouvais la douceur et la sincérité de mon Ewan, et je souriais automatiquement, rassurée. C’était simplement stressant de devoir faire attention à tout, à ce que je disais, à ce qu’Ewan racontait, à la manière de tenir mon verre ou mon couteau, tout en m’assurant que la madame Campbell appréciait mes manières.

Je n’ignorais pas l’étrange tension sous-jacente et, inquiète, j’espérais qu’elle retomberait d’elle-même sans éclater. Mais c’était sans compter les quelques mots de la mère d’Ewan que je ne pus m’empêcher de relever, et, j’en étais certaine, Ewan aussi. Oubliant soudain mon interlocutrice, je me tournai un peu brusquement vers Ewan, cherchant son regard qu’il ne m’accorda pas. Je posai ma main sur sa cuisse au même moment où il lâcha sa fourchette, le bruit résonnant comme une explosion. Mon cœur s’emballa, et mentalement, je répétai en direction d’Ewan « calme toi, je suis là, je suis là » mais je savais qu’il ne pouvait pas accepter ces mots, et je le comprenais. Il se leva brusquement de table, faisant tomber un silence gêné sur l’ensemble des invités. La femme avec qui je discutais depuis le début du repas me lançant un regard interrogateur, et avant de pouvoir y répondre, je me levai sans réfléchir, prise au dépourvue et m’excusant d’une petite voix. Le cœur battant, je rejoignis Ewan dans la cuisine, posant une main tremblante sur son avant-bras. Il semblait dans tous ces états, et ma gorge se serra d’avantage.


- Ewan, parle-moi, expiai-je doucement, de la manière la plus rassurante que je pouvais.
- Je ne peux pas, je ne peux pas accepter ça, et ça me fait tant de mal, je…

Je n’eus même pas le temps de répondre : la mère d’Ewan pénétra dans la pièce, le visage affichant une colère froide et je me raidis instantanément. Sa présence venait de jeter à nouveau un froid dans la pièce, mais également de l’huile sur le feu. Je me sentais de trop et à la fois, je ne pouvais pas partir, j’étais bien trop préoccupée et inquiète par la situation. Je jetai un regard à Ewan qui dévisageait sa mère sans dissimulé sa colère, ce qui ne laissait présager rien de bon.

- Qu’est-ce que c’est que ces manières, Ewan, est-ce vraiment comme ça que je t’ai élevé ?
- Je n’en ai rien à faire, tu sais très bien ce qui s’est passé, et je n’ai pas à avoir de manières pour ça, je…
- Ruby, vous devriez nous laisser,
coupa la mère d’Ewan, et instinctivement, je faillis crier un « non » qui avait contracté mon cœur, mais Ewan attrapa ma main, me laissant à la fois perplexe et rassurée. Il voulait que je reste ? Pour moi, il n’était pas question de partir.
- Non, elle reste là. Je te signale qu’elle fait partie de ma vie, maintenant. Je n'ai pas l'impression que tu l'aies compris.

Ma main serra plus fort celle d’Ewan. J’étais trop préoccupée par la situation pour me laisser pleinement envahir par l’amour que je ressentais en cet instant. Cette manière qu’il avait eu de me défendre suffit à m’insuffler une nouvelle confiance, et je sentis que je me redressai légèrement, faisant face avec plus d’aplomb à sa mère, comme pour lui montrer que j’étais bien décidée à rester. J’ignorais même son expression peu convaincue, et le regard qu’elle me jeta. Mais je ne cillai pas.

- Ca suffit maintenant, revenez à table, et excuse-toi, tu n’es plus un enfant.
- Ça fait longtemps que je ne suis plus un enfant, et tu sais pourquoi ? Parce que mon frère est mort il y a plus de huit ans et que je suis tout seul à porter son deuil. Je ne sais vraiment pas pourquoi tu fais ça, pourquoi vous faites ça, je ne sais pas si c’est pour vous protéger, pour me punir, mais je suis désolé mais tu as eu un autre enfant et il est MORT et ce n’est PAS DE MA FAUTE, ce n’est la faute de personne, tu as perdu un fils et j’ai perdu mon frère jumeau, tu comprends ça ?! J’en ai assez, non je ne retournerai pas à table, débrouille-toi avec tes mensonges, tes mensonges sur tout, sur Jamie, sur Père, moi, je n’en veux pas.


Je n’avais jamais entendu Ewan crier, et je m’étais tout de même raidie. Mais la suite se passa vite, il fit volte-face, m’entraînant derrière lui, et je n’adressai même pas de dernier regard à sa mère ; uniquement concentrée sur Ewan, je serrais fort sa main pour qu’il sente ma présence. Nous remontâmes dans la chambre rapidement, sans un mot, et dès que la porte se ferma je sentis l’ambiance lourde et pesante éclater, et je pris Ewan dans mes bras pour qu’il se laisse aller. Il s’agrippait avec force, presque avec rage, et je sentis qu’il pleurait de colère. Le berçant doucement, je passai ma main dans son dos pour le rassurer, attendant qu’il se calme un peu avant de finalement décider à lui parler.

- Calme-toi, respire doucement, je suis là, ça va aller, murmurai-je tout doucement dans son oreille. Il me serra un peu plus fort et j’eus un sourire qu’il ne vit pas. Il finit par s’écarter un peu, et j’essuyai les larmes qui avaient coulé sur ses joues, lui souriant un peu plus. Je suis là, répétai-je, viens, assieds-toi, ajoutai-je en montrant le lit.

Il s’y laissa tomber, et j’ôtai les chaussures, m’essayant en tailleur à côté de lui, prenant doucement l’une de ses mains qu’il avait encore crispé. Sa respiration était toujours nerveuse, et je le couvais du regard, espérant qu’il se sente petit à petit un peu mieux.


- Merci de m’avoir défendue, murmurai-je doucement en déposant un baiser sur sa joue. Tu te sens mieux de lui avoir dit tout ça ? J’hésitai un peu, cherchant mes mots. Tu es en colère contre elle, tu es triste ? Dis-moi, ajoutai-je, je veux t’écouter et t’aider.

Je passai mon pouce sur le dos de sa main, souriant doucement, espérant qu’une bonne discussion réussirait à calmer son cœur et à enfin exprimer tout ce que ses parents avaient toujours voulu qu’il refoule.

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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ewan Campbell
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MessageSujet: Re: In its own way | Ruby   Mar 19 Aoû - 22:46

A peine eus-je franchi la porte de la cuisine qu'une question bourdonna dans mes oreilles et occulta tout le reste - les bruits du repas, la possible réponse de ma mère : pourquoi avais-je attendu tout ce temps pour dire ce que je pensais tout bas ? Pourquoi ne m'étais-je pas libéré de cette rancoeur plus tôt ? A travers ma colère et ma tristesse qui m'étouffaient, dans l'instant présent, je ressentais néanmoins une chose précise : le soulagement d'avoir laissé tout cela sortir, de ne plus jouer à ce jeu qui m'écrasait. J'étais fier de moi, et si pour l'instant je savais que j'étais dans le pétrin, rien ne pouvait m'enlever cette petite satisfaction personnelle. C'était sans doute trop tard, mais d'une certaine manière, justice était faite, et jamais Jamie ne m'avait paru aussi vivant ces dernières années, jamais je n'avais senti sa présence aussi forte que ce soir. J'entendais déjà les remontrances de ma mère, demain, son visage fermé et crispé, j'entrevoyais la honte que je lui avais infligée, et le silence gênant qui devait peser autour de la table du salon. Mais qu'importe ! Je ne regrettais rien, même pas d'avoir levé la voix, rien. Je regrettais seulement que Ruby ait assisté à ça alors qu'elle était ici pour la première fois et qu'elle ressente la tension de cette petite comédie, mais quelque part, je savais aussi que sa présence m'avait apporté le courage qui m'avait toujours manqué.

Je ne voulais pas ployer sous toutes ces émotions mélangées - à vrai dire j'aurais aimé pouvoir garder la face, continuer sur le même chemin, ne pas céder après m'être imposé, enfin - mais lorsque nous fûmes à l'abri dans la chambre, toute la tension se brisa d'un coup et la colère trop importante se fondit dans mon chagrin et ma peine d'avoir entendu cette accusation si cruelle. Je me laissai entraîner dans les bras de Ruby - instantanément leur chaleur me rassura tout entier - et mes émotions s'exprimèrent d'elles-mêmes. Les larmes étaient amères et quelques sanglots me serrèrent la gorge, mais je crispai les dents. C'était fini, fini, je m'en faisais la certitude ; je ne voulais plus accepter tout cela, je ne voulais plus fermer les yeux, subir les mensonges de mes propres parents, renier ce qu'on m'obligeait à taire. Je ne voulais plus de tout cela, et si elle n'était pas d'accord, tant pis. Comme elle pouvait le constater pleinement ce week-end, j'avais ma vie, j'avais mon travail, j'avais quelqu'un avec qui vivre, pourquoi étais-je obligé de me plier encore à ses exigences ?! A bien y réfléchir, cette petite scène à table était sans doute la meilleure chose que j'avais pu faire ces derniers mois lorsqu'il s'agissait de relations familiales, et c'était presque comme si j'entendais le ricanement de Jamie devant la tête figée et outrée de ma mère. Malgré mes larmes, j'eus un petit sourire.


- Calme-toi, respire doucement, je suis là, ça va aller. Je suis là, viens, assieds-toi, murmura doucement Ruby, toute douce comme toujours dans ses mots et ses attitudes. Je finis par me redresser un peu, et passai une main sur mon visage.

Ses yeux bleux argentés me regardaient sereinement, bien que la petite crispation de ses sourcils ne masque pas son inquiétude. Je me laissai porter un instant par son regard - il était le seul dans lequel je trouvais autant de compréhension, de soutien, de bonté, de bienveillance, et d'admiration aussi. Quand je m'y voyais, c'était comme si tout le reste s'effaçait, comme s'il n'y avait plus rien, et je voyais une image de moi que je n'aurais sans doute jamais pu voir, qui me redonnait courage, même lorsque je n'en avais plus. Je souris plus franchement cette fois, et repris une respiration plus tranquille, bien que j'avais encore la gorge un peu chargée d'émotions. Ruby s'installa sur le lit et je la suivis, ôtant mes chaussures à sa suite. Nos doigts s'agrippèrent et je les observai, pensif, l'esprit un peu ailleurs. J'avais peur de mettre tout de suite des mots sur ce qui venait de se passer, ou de parler de ce que je ressentais, sans me remettre à pleurer.


- Merci de m’avoir défendue. Je relevai les yeux et lui souris à mon tour. Tu te sens mieux de lui avoir dit tout ça ? Tu es en colère contre elle, tu es triste ? Dis-moi, je veux t’écouter et t’aider.

C'était ce que je craignais - mais ce dont j'avais besoin, aussi. Sans savoir trop quoi répondre sur le coup, j'eus un petit haussement d'épaules, un peu vague.

Oui, je me sentais mieux, définitivement mieux d'avoir enfin vengé mon frère de tous ces silences ; mais non, je ne me sentais pas mieux car toujours cette même rengaine me revenait à l'oreille lorsqu'il s'agissait de Jamie : rien, absolument rien, ne le ramènerait jamais. Et finalement, à quoi bon se déchirer, à quoi bon tout cela ? Je n'arrivais pas à faire taire cette petite voix, même lorsque j'avais réussi à m'opposer à ma mère. Au fond, j'étais sans doute bien plus prisonnier de cette façon de faire que je n'aurais pu le reconnaître...


- Je ne sais pas trop par où commencer, lâchai d'une petite voix qui me parut venir de bien loin. Je crois que ce qui me rendait le plus triste, au fond, était cet échec monumental qu'était les présentations de Ruby à ma mère, et ce pressentiment que j'avais eu dès le début qui s'avérait vrai. Je suis content d'avoir enfin trouvé comment lui montrer que je ne voulais plus faire semblant. Mais c'est tellement... Elle est tellement... Je butai sur mes mots et me tus, cherchant quelque chose qui ne venait pas. Je ne comprends simplement pas, dis-je à mi-voix, je voudrais comprendre, et ça me fait tellement de mal que ma propre mère ne me soutienne pas là-dessus, alors oui, je suis en colère et je suis triste, je lui en veux et je crois que je lui en voudrais toute ma vie si elle ne change rien...

Cette fois, je baissai les yeux. Ils s'étaient un peu brouillés, mais je parvins à ne pas recommencer à pleurer. Je savais bien que rien ne changerait ; Jamie avait emporté avec lui tout ce qui faisait de nous une famille. Et j'étais fatigué de prétendre le contraire.

- Ce n'est pas grave si ça ne change pas, redis-je en essayant de me convaincre en même temps, mais j'aimerais simplement qu'elle arrête de ternir la mémoire de Jamie. Le reste... Je n'en ai plus besoin, achevai-je avec un petit sourire que j'espérais courageux.

J'avais le reste autre part, n'est-ce pas ? Je serrai la main de Ruby un peu plus fort, avant de la porter à mes lèvres pour l'embrasser. Elle le savait et sans doute mieux que quiconque : c'était elle ma famille à présent, c'était mes amis les plus proches, c'était Bonnie et Matthew, et ils me rendaient heureux, tous, je n'avais besoin de rien d'autre. Peut-être que mes parents ne remplissaient pas leurs rôles, mais et alors ? J'avais toutes les cartes en main pour me débrouiller sans eux. Mes pouces se mirent à tracer des petites courbes sur la peau de Ruby et j'observai ses mains sans rien dire quelques instants - elles étaient grandes et fines, et ses ongles impeccablement vernis brillaient un peu sous la lumière tamisée de la chambre. J'avais toujours trouvé ses mains particulièrement jolies sans pour autant me pencher sur leurs spécificités ; en les étudiant une nouvelle fois ce jour-là il me sembla que la réponse était toute simple, finalement. Elles étaient exactement à l'image de Ruby ; plutôt grandes, fines mais pas frêles, délicates et sensuelles, douces et rassurantes, à la peau blanche et lisse comme celle d'un enfant. Je les pris doucement entre mes mains serrées, à plat, avant de relever le regard vers elle.


- Est-ce que tu en veux à tes parents ? demandai-je alors après un court silence et un échange de regard qui, je le savais, lui avait fait comprendre que les sujets délicats n'étaient pas terminés. J'avais parlé d'une voix douce et pas pressante, pour qu'elle ne se sente pas obligée, mais après avoir bien réfléchi sur mon cas cette question s'était imposée d'elle-même... Sans que j'en ai la réponse.

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MessageSujet: Re: In its own way | Ruby   Lun 25 Aoû - 19:27


Je savais qu’Ewan ne parlait pas facilement de ses sentiments, et en posant mes questions, je m’apprêtais toujours à démêler ses mots confus. Je l’aimais ainsi, même s’il prononçait ses mots à mi-voix, qu’il hésitait. Je connaissais par cœur les intonations de sa voix, ses expressions, et je devinais ce qu’il n’osait dire. Je tenais fermement sa main dans la mienne, pour lui montrer mon soutient, l’encourageant à parler. C’était là aussi la force de notre relation ; nous étions toujours capables de nous parler, de nous confier l’un à l’autre et de nous sentir soutenu. C’était quelque chose, je le savais, qui nous avait fait défaut à tous les deux dans notre vie. L’avoir trouvé à présent était précieux et réconfortant, et nous étions tous les deux conscients de la responsabilité que cela impliquait.

- Je ne sais pas trop par où commencer. Je fis un petit sourire et un signe de tête qui se voulait encourageant. Je suis content d'avoir enfin trouvé comment lui montrer que je ne voulais plus faire semblant. Mais c'est tellement... Elle est tellement... Je ne comprends simplement pas, je voudrais comprendre, et ça me fait tellement de mal que ma propre mère ne me soutienne pas là-dessus, alors oui, je suis en colère et je suis triste, je lui en veux et je crois que je lui en voudrais toute ma vie si elle ne change rien...

J’hochai la tête, silencieuse un instant. Les mots d’Ewan, je les entendais et les comprenais parfaitement. J’avais appris, en l’écoutant parler de sa famille, à comprendre comment elle fonctionnait et comment il la voyait. Les familles brisées, je le savais, ne se réparaient jamais vraiment. Il fallait apprendre à s’en accommoder, malheureusement.

- Je suppose que c’est sa manière de faire son deuil, dis-je d’une voix hésitante. Et je pense qu’elle ne veut pas se mettre à ta place, te comprendre, parce que ça serait trop douloureux.

C’était difficile de parler ainsi, car malgré tout, elle restait sa mère et je devais faire attention à ne rien dire qui pourrait le vexer. Mais pour le moment, j’avais plutôt l’impression que c’était moi qui devait calmer Ewan, et de le résonner sur sa mère. J’essayais de rester objective, mais honnêtement, je ne la portais pas vraiment dans mon cœur, et je savais à présent que c’était réciproque.

- Ce n'est pas grave si ça ne change pas, mais j'aimerais simplement qu'elle arrête de ternir la mémoire de Jamie. Le reste... Je n'en ai plus besoin.
- Tu sais que toi, tu l’honores, tout comme Bonnie, Matthew… Moi,
ajoutai-je un peu hésitante, comme pour lui montrer que je le soutenais sur ça, et que même si je ne l’avais connu, j’aimais Jamie et le considérait comme une part important de la vie d’Ewan. C’est bien que tu lui ais dis, en tout cas, maintenant tu n’auras pas de regrets. Garder les choses pour toi ça aurait été nocif.

Je laissai Ewan porter ma main à ses lèvres pour l’embrasser, et je nouai nos doigts avec un sourire. Pendant un instant, nous restâmes tous les deux muets, réfléchissant probablement à ce que nous venions de dire. C’était étrange de voir à quel point nos foyers étaient brisés à leur manière. C’était triste aussi, mais pourtant, Ewan et moi nous nous étions trouvés et nous avions appris à être heureux ensemble. Et je crois que cette constatation rattrapait les dégâts de nos passés respectifs.

- Est-ce que tu en veux à tes parents ? Demanda alors Ewan, me tirant de ma réflexion.

Je m’écartai légèrement, laissant la question m’envahir. Ce n’était pas la première fois qu’on me la posait, mais cette fois-ci, ce n’était ni un médecin ni un policier. C’était Ewan, quelqu’un en qui j’avais confiance et que j’aime, et à qui, d’une certaine manière, je devais la vérité. Malgré moi, je détournai légèrement le regard. Penser à mes parents et à ce que je ressentais pour eux était à la fois douloureux et confus. Leur en vouloir… Les détester… Je savais ce que je détestais : la saleté, le désordre, avoir la migraine, rater mes examens… Je savais même que je me détestais parfois – souvent. Mais faire rentrer mes parents dans cette liste n’était pas aussi facile que l’on pouvait le croire. Pourtant, j’y avais réfléchis. Ce n’était pas la première fois que je me posais cette question. En soi, n’étaient-ils pas la base même du problème ? De tous mes problèmes ? J’aurais dû être en colère, dans une terrible colère contre ceux qui m’avaient ainsi réduite en si petites pièces que je n’étais même plus sûre d’exister. Je me souvenais avoir détesté le monde entier, cette vie qui m’avait salie injustement. Mais la vie n’y était pour rien, au fond. C’était eux les responsables. Pourquoi était-ce alors si étrange et difficile de leur en vouloir ?

Mon père, c’était… Différent. Ça l’était car je l’avais tué, et ce geste me semblait presque remettre les comptes à zéro. En grandissant, j’avais fini par éprouver une certaine pitié pour cet homme malade qui était trop égoïste pour ressentir l’amour et le bonheur comme j’avais pu par la suite vivre. Mais ma pitié était teintée de dégoût, d’horreur, car c’était ce qu’il m’inspirait avec du recul. Trop petite pour le réaliser, j’avais compris avec du recul que derrière son masque d’home, de mari et de père parfait se cachait bien des choses. Quelqu’un de violent, colérique, cupide, volage, joueur et menteur. Et étrangement, il était plus facile de le haïr pour cet individu qu’il était, plus que pour ce qu’il m’avait fait. Le juger en tant que personne mettait une distance entre lui et moi, tandis que le juger en tant que père me ramenait droit des années en arrière, et m’obligeait à confronter la réalité.

Quant à ma mère… Je surpris des frissons me piquer la peau. Son souvenir me paraissait parfois encore trop frais pour y penser sans douleur. J’aurais voulu la détester, car je savais que le pardon ne passait que par la colère. Mais si mon père était une ombre douloureuse que le traumatisme avait floué, ma mère était une vision bien plus distincte dont j’entendais toujours la voix. Mais autant que je voulais la haïr, j’avais trop souhaité son amour pour qu’il me soit facile de me détacher. Après l’incident, alors que tout se fermait autour de moi et que je plongeais dans une spirale sombre, ma mère avait été mon seul refuge. Chaque blâme qu’elle me faisait porter était effacé par ses éclairs lucides où elle me pressait dans ses bras et m’appelait sa petite fille adorée. Dans ces rares instants où elle injuriait mon père, je me sentais à nouveau innocente, couvée et même pure. Je voulais ces mots réconfortants de ma mère. Je voulais me dire qu’après tout, même dans cet univers où je me sentais terriblement seule, mon unique famille me protégerait. A présent, malgré la récente lettre de ma mère qui m’avait retourné, j’avais atteint un point de non-retour. J’avais fini par comprendre que malgré sa fragilité, ma mère avait choisi de sombrer, de m’accuser et de me laisser seule dans mon malheur. Après tout ce que j’avais vécu, après être tombée de nombreuses fois, j’avais pourtant choisi. J’avais choisi de lutter. Ma mère ne l’avait jamais fait, même pas pour moi.

Alors, avec du recul, je crois que je ne leur en voulais pas. J’avais une sorte de peine pour ces êtres malheureux, morts sans avoir connus ce que c’était que de réellement vivre et d’être heureux. Je ne leur pardonnais pas, pourtant. Mais les haïr ne mènerait nulle part, à part souffrir. L’indifférence et une sorte d’incompréhension valait mieux, car c’était moins acide et, à mes yeux, une bien pire punition pour eux que de leur accorder si peu d’égard à présent.


- Je ne crois pas, non, murmurai-je alors finalement après un long silence. J’en veux peut-être à… Mon père, pour l’homme qu’il était plus que pour le père qu’il était. Ça met une distance entre lui et moi, et je préfère. J’eus une petite moue triste. Parfois j’aimerais les haïr, et leur en vouloir, mais pourquoi faire ? Ils ne s’excuseront jamais. Enfin, ma mère l’a fait dans sa lettre, mais qu’est-ce que je dois penser d’excuses 12 ans plus tard ? C’est un peu facile… Je poussai un soupire, passant mes mains sur mon visage. Je préfère être indifférente, c’est difficile mais moins nocif. Je n’ai pas envie de gâcher du temps et des sentiments pour eux, je l’ai trop fait… A vrai dire, j’ai même de la peine pour eux, je crois qu’ils étaient profondément malheureux et malades. J’ai connu des joies qu’ils n’ont même pas effleuré, murmurai-je en regardant Ewan avec un petit sourire. Lui, et notre amour, en faisaient partis. Mais parfois, je ne comprends juste pas. Pourquoi moi ? Pourquoi ils m’ont fait ça ? J’haussai les épaules, sentant ma voix faiblir. Je ne veux pas être marquée pour le reste de ma vie, concluais-je doucement.

Et pourtant, la rencontre avec la mère d’Ewan confirmait toutes mes craintes. Jamais je ne serais normale. Je sentis ma gorge se serrer, et je fermai les yeux un instant, serrant la main d’Ewan plus fort. J’inspirai, m’évitant toutes larmes inutiles, et je rouvris les yeux, lui adressant un petit sourire triste.


- Je me demande juste si… Si ça va être héréditaire ? Je veux dire, imagine si j’ai des enfants et que j’agis comme ma mère ? En soi, c’était une crainte que je savais ridicule, et je l’avais prononcé d’une petite voix, apeurée de la réponse d’Ewan et craintive qu’il me juge stupide. Mais toutes les peurs n’étaient pas rationnelles, n’est-ce pas ?

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Ewan Campbell
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MessageSujet: Re: In its own way | Ruby   Ven 29 Aoû - 18:32




It always comes as a surprise
When I feel my withered roots begin to grow
Well I never had a place that I could call my very own
That's all right, my love, 'cause you're my home

When you touch my weary head
And you tell me everything will be all right
You say, "Use my body for your bed
And my love will keep you warm throughout the night"
Well I'll never be a stranger and I'll never be alone
Whenever we're together, that's my home




- Je suppose que c’est sa manière de faire son deuil. Et je pense qu’elle ne veut pas se mettre à ta place, te comprendre, parce que ça serait trop douloureux.

C'était effectivement ce que je m'étais dit, longtemps. J'avais excusé le manque de réaction de mes parents de la sorte, les dispensant de ressentir ce que je ressentais moi parce que c'était si violent que je ne le souhaitais à personne. Mais avec le temps j'avais compris combien c'était injuste de me le laisser porter seul et que ce n'était pas une excuse suffisante ; le fait qu'ils se protègent me blessait encore plus, hélas, et combien de fois avais-je douté de leur souffrance, de leur considération pour Jamie ? C'était le pire, je crois. Je demandais simplement à partager la mémoire de mon frère avec mes parents, de prolonger entre nous son existence, et ils me le refusaient. Alors, oui, Ruby avait raison quelque part, et je hochais la tête doucement. Ma mère ne voulait pas se mettre à ma place, mon père non plus. Peut-être même qu'ils ne le pouvaient pas sans plier, d'ailleurs. Mais je n'étais pas plus fort qu'eux, je ne m'étais pas laissé le choix, alors pourquoi eux l'avaient-ils ? Ils m'avaient abandonné, quelque part - c'était ce que je ressentais, et cela, rien ne pourrait le rattraper, pas même mon énervement, les vérités que je pouvais bien leur dire à la figure après de trop nombreuses années.

- Tu sais que toi, tu l’honores, tout comme Bonnie, Matthew… Moi. C’est bien que tu lui ais dis, en tout cas, maintenant tu n’auras pas de regrets. Garder les choses pour toi ça aurait été nocif.

J'eus un petit sourire amer avant de caresser sa main de mes lèvres ; en matière de garder les choses pour moi, hélas, j'étais plutôt doué, et elle savait pertinemment que c'était plus un défaut que je pouvais avoir. Mais au moins m'avait-il permis de tenir jusque là, probablement. J'avais la tête un peu embuée de l'altercation qui venait d'avoir lieu dans la cuisine, au milieu de tous ces gens qui se ressemblaient tous et dont je me fichais bien. J'imaginais sans souci ce que devait penser ma pauvre mère abandonnée à son triste sort d'hôtesse parfaite : quelle honte, quel manque de self-control, quel manque de respect pour les invités, etc, etc. Je n'en avais strictement rien à faire - si je me pliais par habitude à toutes ces petites manies de maîtresse de maison parfaite, je n'étais pas attaché à cela, et puisqu'elle ne jouait jamais mon jeu, je pouvais bien lui faire défaut une fois. C'était, en vérité, le dernier de mes soucis, et j'étais d'ailleurs décidé à ne pas remettre un pied dans la salle à manger, tant pis pour le dîner.

Bien évidemment, la présence de Ruby justement ce soir-là me préoccupait bien d'avantage. Non seulement je ne lui facilitais pas la tâche en ayant une mère si fermée d'esprit et à cheval sur les plus stupides et guindées des traditions, mais en plus je faisais éclater la bulle en sa présence ! Je ne voulais pas qu'elle se croit associée à tout ce désastre, au contraire ; je voulais simplement lui montrer de la meilleure façon dont j'étais capable, comme je l'avais fait chez Bonnie et Matthew, ces endroits et ces souvenirs qui avaient été ma vie, à un moment. Après cela, tout d'un coup, je me demandais bien si j'avais eu raison - finalement, que me restait-il à Oxford ? D'accord, quelques recoins où nous avions été avec Jamie, nos endroits préférés, mais quoi, au fond ? La rivière, tous ces endroits plein de ses souvenirs qui ne reviendraient jamais ? Tous les faux-semblants de mes parents et ce faux foyer qui faisait semblant de subsister ? ... Je n'étais plus ici chez moi, et depuis longtemps, alors, était-ce bien nécessaire ? Un regard vers Ruby me conforta un peu dans mes pensées, encore une fois : oui, je voulais qu'elle voit ce qui avait été mon univers ici. Mais le reste était bien plus important - notre univers était bien plus importante, c'était aussi simple que cela.

Prudemment, j'avais posé ma question sur ses parents ; j'espérais qu'elle aussi elle sente combien nous avions de la chance de nous avoir, à présent, combien nous avions une vraie chance de repartir avec tout ce qui nous avait manqué. Bien sûr nos histoires n'étaient pas comparables et je savais très bien que nous pouvions pas réagir de la même manière. Le traumatisme de Ruby était plus prononcé et bien plus ancré en elle, puisqu'elle avait du grandir avec - je me questionnais à chaque fois, en même temps que je l'admirais, comment elle avait trouvé la force de surmonter tout cela ? Sans compter les épreuves qu'elle avait traversées, qu'elle m'avait racontées petit à petit, les familles d'accueil, etc. Si je souffrais de ne plus avoir de foyer à proprement parler parce qu'il avait éclaté ce soir-là dans la rivière, Ruby c'était bien pire, il lui avait été enlevé si tôt... En vérité, cette question de rancoeur me taraudait depuis pas mal de temps, sans que je la formule. C'était délicat, mais dans tous les cas la réponse était légitime - bien que je penchais, moi, bien plus vers une des deux réponses. J'en voulais énormément aux parents de Ruby, sans leur trouver d'excuses, sans en accepter non plus, mais je n'étais pas elle, je n'étais pas à sa place. Quand je voyais combien cette dispute et cette haine soudaine à l'égard de ma mère me rendait presque malade, je me figurais assez bien combien il aurait été difficile de vivre avec. Elle les détestait sans les détester, c'était forcément plus subtile, n'est-ce pas ? Comment peut-on comprendre ces choses là alors qu'on est encore qu'une enfant ? Il n'y avait pas de violence chez Ruby, j'en étais certain - ou bien si elle existait elle était uniquement dirigée contre elle, me dis-je en ne voulant pas repenser à ce qu'elle s'était infligée quand j'avais failli partir en Australie.

- Je ne crois pas, non, dit-elle doucement. J’en veux peut-être à… Mon père, pour l’homme qu’il était plus que pour le père qu’il était. Ça met une distance entre lui et moi, et je préfère. Parfois j’aimerais les haïr, et leur en vouloir, mais pourquoi faire ? Ils ne s’excuseront jamais. Enfin, ma mère l’a fait dans sa lettre, mais qu’est-ce que je dois penser d’excuses 12 ans plus tard ? C’est un peu facile… Je préfère être indifférente, c’est difficile mais moins nocif. Je n’ai pas envie de gâcher du temps et des sentiments pour eux, je l’ai trop fait… A vrai dire, j’ai même de la peine pour eux, je crois qu’ils étaient profondément malheureux et malades. J’ai connu des joies qu’ils n’ont même pas effleuré. Mais parfois, je ne comprends juste pas. Pourquoi moi ? Pourquoi ils m’ont fait ça ? Je ne veux pas être marquée pour le reste de ma vie, finit-elle tristement.

Je l'avais écouté sans lâcher ses mains, sans lui enlever une seconde mon soutien. Oui, c'était il me semblait la solution la plus sage - la haine n'aurait fait que raviver, encore et encore, toutes les blessures.

- Ca t'es tombé dessus sans raisons, je pense, répondis-je un peu tristement, car c'était triste - les catastrophes n'étaient jamais justes. Mais je trouve que c'est la réaction la plus réfléchie que tu choisis là, ça ne m'étonne pas de toi, dis-je avec un petit sourire avant d'embrasser tendrement son front. Tu n'es pas marquée pour le reste de ta vie ; même les gens qui connaissent ton histoire ne le pensent pas. regarde, pour Lizlor, pour Sara, pour moi, tu es bien plus que cette petite fille, tu ne crois pas ?

« Tu es même tout » faillis-je ajouter, mais j'étais encore un peu trop émotif pour de tels aveux et mon coeur s'affola quelques instants.

- Je me demande juste si… Si ça va être héréditaire ? Je veux dire, imagine si j’ai des enfants et que j’agis comme ma mère ?

A ces mots, mes doigts se crispèrent sur les siens en guise de protestation - non, je ne voulais pas qu'elle croit cela !

- Pas du tout, voyons... Je suis persuadé que tu seras très aimante et attentionnée, comme tu l'es avec les gens que tu aimes. Je n'imagine pas de meilleur mère que toi si je... Si je devais avoir des enfants, finis-je après une très légère hésitation - je ne m'étais pas rendu compte exactement du message que j'étais en train de passer par la même occasion, et cela me prit de court. Bien sûr qu'il ne me dérangeait pas car c'était la vérité, mais nous n'avions jamais parlé de ces choses-là, il était bien trop tôt, et j'eus peur qu'elle prenne peur à son tour. Viens-là, me rattrapai-je, comme si je n'avais rien dit de spécial, et je la pris dans mes bras pour la serrer contre mon coeur et la bercer doucement. Je savais que l'essentiel était là, que nous étions tous les deux. Le reste n'avait pas tant d'importance que cela.

Je l'embrassai de nouveau sur le front, puis sur les lèvres, avant de la regarder quelques secondes sans rien dire - juste par plaisir de l'admirer, de regarder les petits détails de son visage qui rayonnait doucement tout autour de moi. Je remis une petite mèche de ses cheveux en place, avant de lui caresser doucement la joue.

Nous n'avions ni l'un ni l'autre envie de poursuivre cette soirée comme elle avait commencé, cela allait sans dire. Mais je n'avais pas envie de rester ici, dans notre chambre, car je n'avais pas envie de laisser croire à ma mère que j'étais trop affecté, que nous étions comme des enfants punis dans notre chambre. Au contraire : si je l'avais envoyée balader, c'était pour aller jusqu'au bout, n'est-ce pas ? J'eus tout d'un coup un petit sourire énigmatique, et je sentis que quelque chose se ravivait au fond de moi. Après avoir déposé un dernier baiser sur les lèvres de Ruby, je me levais et troquais mes chaussures et ma veste pour des chaussures et une veste plus décontractée, incitant Ruby à en faire de même si elle le voulait.


- Tu viens, on s'en va d'ici ? Je sais où je vais t'emmener !

Je pris quelques pièces de monnaie que je mis dans ma poche, avant de laisser passer Ruby devant moi et de fermer la porte derrière nous. Là où cela devenait amusant, c'est que nous entendions toujours distinctement les bruits de couverts et les discussions polies de la salle à manger - le repas avait tout de même suivi son court. Par conséquent, pour quitter la maison, il nous fallait longer le couloir, qui donnait forcément sur la pièce. Tant pis ! Cela ne me posait aucun problème, et je réprimais un petit rire avant de prendre la main de Ruby et de marcher sans m'arrêter une seconde jusqu'à la porte. Nous nous retrouvâmes dehors et presque instantanément le poids sur mes épaules s'allégea - je ne voulais plus penser à tout ce qui s'était passé. Nous traversâmes le jardin, mais au lieu de bifurquer dans la rue, j'emmenais Ruby dans le champ, à droite.

- Tu vas voir, c'est un raccourci qu'on prenait tout le temps avec Jamie, surtout quand on faisait le mur, racontai-je d'humeur légère.

Il menait à une rue, plus loin, semblable à la nôtre mais plus commerçante, et munie notamment d'un pub tout petit mais très accueillant, très chaleureux, dont les murs en bois vernis sentait bon la cire accumulée toutes ces années. Les couleurs étaient chaudes, de l'orangé au rouge, et quand nous y rentrâmes le serveur nous acceuillit avec un grand sourire - je ne le connaissais pas, mais je n'étais pas venu ici depuis longtemps. En revanche, le propriétaire derrière son comptoir me vit et me reconnut, lui, après quelques secondes d'hésitation il me salua et me fit part de son plaisir de me revoir ici. je lui répondis avec autant d'entrain sans pour autant faire durer la conversation, et nous allâmes nous installer. Le petit pub faisait aussi salon de thé et nous y venions tellement souvent pour ces si réputés et divins gâteaux et cheesecake, avec mon frère, que le patron nous offrait un chocolat chaud de temps à autre - c'était le chocolat chaud le plus doux et onctueux de la terre. Comme nous n'avions pas dîné, ou presque, c'était parfait.


- Choisis ce que tu veux, dis-je à Ruby en lui mettant la carte de tous les gâteaux de rêve sous les yeux. Il faisait bon et un petit feu de cheminée brulait non loin de nous, bien qu'il ne fasse pas si froid. Alors qu'elle se mit à lire les différents choix, je l'observai en me sentant rassuré ; l'éclat qui se ravivait dans ses yeux m'indiquaient que j'avais eu raison de venir nous changer les idées ici.


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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: In its own way | Ruby   Ven 19 Sep - 0:48

Je ne savais pas si les mots étaient suffisants pour exprimer ce que je ressentais. C’était étrange de mettre quelque chose d’aussi entier sur des sentiments qui m’avaient toujours échappé. A la fois, c’était comme une thérapie, un exutoire, d’ainsi définir. Mais c’était à la fois si réducteur et si effrayant. Je n’étais pas sûre de moi, au fond, et devoir en parler c’était tout exposer. Heureusement, je n’avais pas peur de le faire devant Ewan. Je savais qu’il m’écouterait, et ne me jugerait pas. Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander, pourtant. Est-ce qu’il pouvait comprendre ? C’était comme lorsqu’il me parlait de Jamie. Je ne connaissais pas la douleur de perdre un jumeau, je ne la connaîtrais jamais. Lorsqu’Ewan mettait des mots confus sur ses sentiments, je me sentais toujours un peu extérieure et triste. Bien sûr, je ne ramenais jamais les choses vers moi. Sa tristesse, sa perte, c’était ce qui comptait. Pourtant… Il y avait cette amertume de soudain le sentir si loin. Il avait tout cela lorsque je n’étais pas là, je n’avais pas pu l’aider, et je ne vivrais tout ça qu’à travers lui, jamais je ne pourrais tenir sa main à cet instant précis, jamais je ne pourrais ressentir l’exacte même douleur que lui. Il serait toujours flou lorsqu’il me parlerait de Jamie, les mots qu’il mettait sur l’évènement seraient toujours trop faibles. Je le savais, car c’était ce que je vivais aussi avec mon enfance, n’est-ce pas ? Et dans ces instants, je me sentais soudain étrangement abattue, comme si nous étions incapables de nous sauver finalement.

- Ca t'es tombé dessus sans raisons, je pense. Mais je trouve que c'est la réaction la plus réfléchie que tu choisis là, ça ne m'étonne pas de toi. Tu n'es pas marquée pour le reste de ta vie ; même les gens qui connaissent ton histoire ne le pensent pas. Regarde, pour Lizlor, pour Sara, pour moi, tu es bien plus que cette petite fille, tu ne crois pas ?

L’étrange mélancolie que j’avais ressentie quelques secondes plus tôt sembla s’envoler, et j’eus un doux sourire. Le picotement dans mon estomac me rappela pourquoi finalement j’aimais parler avec Ewan de tout cela. Peu importe la tristesse qui pouvait s’installer, il trouvait toujours une manière de la balayer avec beaucoup de justesse. Je voulais bien croire ce qu’il me disait, j’entendais dans le ton de sa voix sa sincérité certaine. Il y avait particulièrement quelque chose dans ce qu’il venait de dire qui me réchauffait le cœur. J’étais plus que cette petite fille. Il ne niait pas qu’une part de moi l’était, et que j’avais grandi sur cette base. C’était déroutant, mais j’aimais qu’il le reconnaisse, qu’il me sache que j’étais aussi cette petite fille aussi. Ce n’était pas seulement moi, mais on pouvait m’aimer tout en la connaissant. Poussée par la confiance qu’Ewan m’inspirait, j’osais continuer sur ma lancée et lui avouer une de mes peurs les plus intimes : celle de reproduire le même schéma sur mes propres enfants, si un jour j’en avais. La réaction d’Ewan ne se fit pas attendre, et je sentis immédiatement ses doigts se crisper autour des miens.

- Pas du tout, voyons... Je suis persuadé que tu seras très aimante et attentionnée, comme tu l'es avec les gens que tu aimes. Je n'imagine pas de meilleur mère que toi si je... Si je devais avoir des enfants. Mon cœur rata quelques battements et je me crispai légèrement. Est-ce qu’il avait… Insinué ce que je pensais ? Je me sentis rougir de plaisir un peu stupidement, et mon cœur sembla soudain être dans un grand-huit. Je le calmais rapidement, tout en gardant un sourire niais sur les lèvres. Rien ne me rendait plus heureuse que de m’imaginer fonder une famille avec Ewan, mais j’avais peur d’être brusque en me l’avouant à moi, mais aussi à lui, et je gardais ce désir enfouit en moi. Viens-là.

Je me laissai câliner sans oser répondre. Je n’avais pas envie de gâcher ce moment, et une telle sérénité avait envahi la pièce que j’étais persuadée qu’elle n’était pas le fruit de mon imagination. Je passai mes mains le long du dos d’Ewan, puis caressai doucement ses cheveux, lui piquant quelques baisers sur ses lèvres en souriant timidement. Pendant un instant, il se contenta de me regarder en silence, et j’avais l’impression de rougir d’une gêne innocente. Puis finalement, nous nous écartâmes et Ewan fût tout à coup en proie à une drôle d’agitation. Il se leva, le visage illuminé d’un sourire, et tandis qu’il se changeait, il m’invita à en faire de même. Curieuse, je troquai ma robe noire un peu guindée pour un pantalon serrée en velours gris, un chemisier clair que je couvris d’un pull près du corps d’une jolie couleur prune que m’avait offert Sara – je craignais qu’il fasse froid dehors et visiblement, nous étions sur le départ.

- Tu viens, on s'en va d'ici ? Je sais où je vais t'emmener !

J’eus un petit rire et attrapai mon sac à main avant de suivre Ewan. J’étais heureuse de sortir, je n’aimais pas l’idée que ce week-end soit gâché surtout quand nous étions dans un endroit aussi spécial. Cependant, une pointe de stress monta en moi : il fallait passer devant la salle à manger pour atteindre l’entrée. Les invités mais surtout la mère d’Ewan allait nous voir ?! Pourtant, cela ne semblait absolument pas déranger Ewan, au contraire, il eut presque un rire, attrapa ma main et passa comme si de rien n’était. Mon cœur s’allégea, et mon sourire s’agrandit lorsque nous sortîmes dehors et que le vent caressa mon visage.

- Tu vas voir, c'est un raccourci qu'on prenait tout le temps avec Jamie, surtout quand on faisait le mur.
- Je ne pensais pas que les garçons respectables faisaient le mur, Monsieur Campbell,
riais-je en suivant Ewan

Nous arrivâmes finalement dans un petit pub dont l’atmosphère rassurante me mit directement en confiance. Le barman semblait connaitre Ewan, et ils discutèrent un instant. Silencieusement, je me demandais ce que l’on pouvait penser en voyant Ewan seul, quand on l’avait connu avec Jamie. Je chassai cette pensée de mon esprit et me glissai dans un canapé moelleux face à une petite table. Je déposai un petit baiser sur la joue d’Ewan tandis qu’il s’asseyait à côté de moi.


- Choisis ce que tu veux.

Mon sourire s’élargit, et je laissai mon regard se perdre dans la liste des incroyables pâtisseries. Je ne savais absolument pas quoi choisir ! Il y avait trop de possibilités et pour être honnête, j’avais vraiment faim. Je regardai la tarte au citron, hésitante. Non, c’était mon dessert avec Lizlor, et sans elle, il n’avait jamais le même goût.

- Je ne sais pas quoi prendre ! J’ai envie d’un cheesecake à la vanille mais à la fois la tarte à la framboise a l’air délicieuse… Tu ne veux pas qu’on partage ? Proposai-je. Ewan me regarda un instant, visiblement un peu perdue, et je levai à moitié les yeux au ciel en riant. De toute évidence, il ne m’écoutait pas. Partager. Toi et moi, on partage le cheesecake et la tarte à la framboise ? Il secoua la tête, se reprenant et approuvant ma proposition. Si tu pouvais m’écouter, parfois, au lieu d’avoir la tête ailleurs, plaisantai-je en le chatouillant.

En réalité, je n’étais pas dérangée car je savais que c’était parce qu’il me regardait et se perdait dans des pensées que je savais amoureuses. Nous commandâmes donc et nos gâteaux arrivèrent avec nos deux chocolats chauds avec des petits marshmallows. Après avoir mis un peu de crème sur le nez d’Ewan pour l’embêter, nous finîmes par diner – seulement du sucré – tout en discutant joyeusement. Les débuts houleux de la soirée s’envolèrent bien vite. Nous eûmes même un terrible fou rire qu’il fût difficile de calmer. Dès que je relevai le regard vers Ewan, je me remettais à rire, et ses éclats de rire étaient tellement amusants qu’ils ne faisaient que multiplier les miens. Finalement, les larmes aux yeux, nous reprîmes notre souffle et décidâmes de rentrer après avoir payé. Sur le chemin, nous riions toujours, et je m’étouffai plusieurs fois entre deux bouffées de ma cigarette.

Malheureusement, nos rires furent stoppés net par la mère d’Ewan qui se tenait dans l’entrée, les bras croisés. Elle nous avait entendus rire, visiblement, ce qui semblait l’énerver encore plus. Je me figeai, jetant un regard presque terrifié à Ewan. Elle lui fit signe de venir dans la cuisine pour discuter, et bien qu’il tenta de m’amener, sa mère insista pour lui parler seul. « Une discussion de famille », me dit-elle avec un grand sourire hypocrite.

Evidemment, la discussion ressemblait plutôt à une bataille. Bien vite, le ton monta, et même depuis l’entrée, j’entendais très bien de quoi il était question. « Tu m’as fait honte » répétait Madame Campbell tandis qu’Ewan répliquait avec colère qu’elle avait menti et salie la mémoire de Jamie. Les reproches fusaient et je me sentais toute petite. Je savais que mon quart d’heure allait arriver. « Ce n’est pas parce que c’est une enfant que tu dois en être un aussi ». Mon cœur se contracta et je sentis les larmes me monter aux cils. Je m’y étais attendue, pourtant. Pendant un instant, le monde s’éteignit autour de moi et je n’entendis même pas la réponse d’Ewan. Lorsque je me reconnectai à la réalité, Ewan criait avec ferveur, mais sa mère elle parlait d’une voix plus basse, beaucoup plus cassante « Ce n’est qu’une gamine perdue et elle s’accroche à toi, elle va te peser » répétait-elle, et finalement, un grand bruit m’indiqua qu’Ewan avait claqué la porte. J’ouvrais brusquement les yeux, au même instant où Ewan attrapa ma main et il monta les escaliers furieusement jusqu’à la chambre. Je le calmai sans grande conviction, et nous nous mîmes en pyjama dans une ambiance lourde et électrique. Heureusement, une fois les lumières éteintes et collés l’un contre l’autre sous la couette, les choses se tassèrent doucement et Ewan redevint plus calme. Mais je me sentais déroutée, les mots résonnant encore dans mon esprit.


- Je suis cette petite fille pour ta mère, murmurai-je. Elle ne me connait même pas, et si elle savait tout, elle me détesterait… Je collai mon visage contre le torse d’Ewan, sentant ma gorge se serrer. Tu me trouves pesante, parfois ? Murmurai-je timidement. Tout au fond de moi subsistait un doute, malgré tout l’amour qu’Ewan me portait et que je sentais, je ne pouvais pas m’empêcher d’avoir peur et de me questionner… Et si sa mère avait raison ?

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« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ewan Campbell
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MessageSujet: Re: In its own way | Ruby   Lun 1 Déc - 0:14

Ce dîner improvisé nous fit du bien à tous les deux : dès que je sentis mon regard se perdre dans ses cheveux, son visage, son sourire, sa gorge et qu’elle le remarqua, nous faisant rire tous les deux, il me sembla qu’une parenthèse enchantée s’ouvrait dans cette soirée si mal partie. Nous avions peut-être nos problèmes, avec Ruby, chacun un peu englué dans notre tristesse et notre passé, mais nous avions cela aussi, notre bulle à nous deux, notre petit monde enchanté où nous nous retrouvions, et qui nous suffisait. C’était encore plus qu’être amoureux, c’était à la fois plus grand et aussi plus simple : sa manière de me rendre heureux et de mettre en paix avec moi-même, en oubliant le reste. Les pâtisseries que nous mangions étaient douces et sucrées et me rappelaient toutes ces après-midi où j’en avais avalées avec Jamie et nos amis de l’époque, nos après-midi d’enfance qui me semblaient si loin à présent qu’elles auraient pu appartenir à un tout autre univers. Mais être ici avec Ruby et me sentir heureux de nouveau les faisaient doucement ressurgir à la surface et cela ne me rendait pas triste, au contraire : j’y goûtais de nouveau avec autant de plaisir que la délicieuse crème qui recouvrait le gâteau que nous étions en train de partager. Nous discutâmes de manière beaucoup plus légère, chacun conscient de ce que nous venions de traverser, mais tous les deux trop heureux d’être dans notre petite bulle pour se laisser sombrer. Je lui racontai plusieurs anecdotes, et elle me fit rire en me racontant des histoires avec Lizlor à son tour, et finalement nous parlâmes de choses plus éloignées et plus légères ; le trajet jusqu’à la maison fut joyeux et nos rires fusaient de temps à autre, même si nous essayons de chuchoter pour ne pas faire trop de bruit pour les maisons alentours.

C’eut été trop beau, évidemment ; dans l’entrée, la lumière était allumée et je ne fus pas surpris de voir l’ombre de ma mère puis sa silhouette surgir de l’encadrure de la porte de la cuisine. Plus raide et guindée que jamais, elle avait cette ride plus marquée entre les sourcils qui signifiait qu’elle était profondément agacée. Je poussai Ruby très légèrement en avant car elle avait ralenti le pas, paniquée, j’en étais certain, à l’idée d’une nouvelle confrontation avec ma mère, mais je ne voulais pas m’arrêter. Tandis que je continuai mon chemin, ma mère me demanda sèchement si nous pouvions avoir une discussion. Je tournai la tête vers elle, le visage fermé. J’étais partagé : l’envoyer paître encore une fois, ou bien accepter mais lui céder, en un sens, même si une discussion était bénéfique, je le savais, car j’avais beaucoup de choses à dire ? Son regard si courroucé et hautain me mit tant en colère de nouveau – elle ne comprenait rien, elle ne pensait qu’à la honte de ce soir ! – si bien que je m’arrêtai et lâchai la main de Ruby, ne voulant cette fois pas la mêler à nos règlements de compte. Je suivis ma mère dans la cuisine, une tension électrique se propageant de mon ventre jusqu’au bout de mes doigts, provoquant d’étranges fourmillements. Evidemment, je lui avais fait honte, évidemment, je ne m’étais pas montré digne de ma bonne éducation, évidemment elle avait été horriblement gêné devant ses invités, Ewan, voyons… Je lui répondis d’abord par un sourire sarcastique, avant de ne pas supporter ses bêtises et de m’emporter, mais elle me reprocha ensuite de « ramener Jamie sur le tapis » ce qui acheva de me mettre hors de moi – je lui criai plus que je ne lui expliquai combien Jamie avait tout à voir dans cette histoire, parce qu’elle refusait sa mémoire et que je ne le supportais plus, et que ce n’était pas une histoire de politesse et de bonnes manières comme elle le prétendait et que j’en avais assez de faire semblant et d’être bien élevé si c’était pour recouvrir la vérité par la même occasion. Piquée au vif plus qu’elle ne le laissait paraître, j’en étais certain, elle profita du fait que je l’attaquai sur l’absence de mon père et leur comportement pour s’attaquer à Ruby – pourquoi ne l’avais-je pas vu venir… Je protestai, serrant les poings. Elle ne connaissait rien de Ruby et ne faisait aucun effort, comment se permettait-elle de la critiquer ?! Mais elle faisait mouche en en parlant ainsi car je sortais de mes gonds, et elle le savait. Je finis par sortir en claquant la porte et en la rassurant : je ne risquai pas de la déranger de nouveau dans ses dîners mondains, et Ruby non plus, de toute façon. Elle ne nous reverrait pas de si tôt. J’attrapai au passage la main de Ruby, un peu tremblante, qui m’attendait là, et nous montâmes jusqu’à notre chambre.

J’étais plein d’une colère froide et d’un dépit prononcé, si bien que je fus un peu absent pendant que Ruby essayait de me calmer, et je me déshabillai et me préparai à me mettre au lit sans dire grand chose. Encore une fois, une tornade grondait au fond de moi, tout se mélangeant, mes regrets, mes reproches, ma déception, ma frustration, ma colère, ma tristesse. J’en voulais tant à ma mère que c’en était douloureux, et j’imagine que mon père bénéficiait de la distance à ce sujet, mais je lui en voulais aussi, de manière plus abstraite. Il avait fui, finalement. C’était plus difficile de le confronter ainsi. Nous nous couchâmes, et ce n’est que quand la pénombre m’enveloppa et que la chaleur du corps de Ruby tourné vers le mien me gagna que je sentis mes tourments se calmer un peu.


- Je suis cette petite fille pour ta mère, fit-elle alors dans l’obscurité. Elle ne me connait même pas, et si elle savait tout, elle me détesterait… Tu me trouves pesante, parfois ?

Je restai quelques secondes silencieux – non pas parce que je réfléchissais à sa question, mais parce que je méditais sa phrase d’avant. Que dirait ma mère ? J’étais certain qu’elle aurait un instant de malaise d’avoir été si peu avenante face à une jeune fille à qui il était arrivé tant d’atrocités. Mais je me fis l’amère réflexion qu’elle en viendrait vite à la conclusion que Ruby devait être trop fragile et perturbée par tout cela pour être quelqu’un de confiance – pour ma mère, tout ce qui avait des aspérités devait être limé, caché, unifié. Une enfance comme celle de Ruby était bien trop chaotique pour rentrer dans ses critères de normalité…

- Pas du tout, tu sais bien que j’ai toujours admiré ton courage et que je ne te vois pas comme ça, murmurai-je en caressant son bras doucement. Et je me fiche bien de ce qu’elle pense, je ne suis pas certain qu’elle me voit comme je suis non plus, alors tu sais… Je haussai les épaules – c’était vrai : c’était difficile à accepter, mais dorénavant, je men fichais. Je ne voulais pas que son avis compte. Il y a quelque chose que je ne t’ai pas montré, tu sais, dis-je alors, car sa question m’avait immédiatement fait penser à un changement significatif dans ma vie dont je ne lui avais encore pas fait part…

Me levant un peu pour saisir ma baguette sur la table de nuit, je fis alors jaillir mon Patronus : une forme argentée sortit du bout de ma baguette et sembla tournoyer sur elle-même avant de prendre une forme particulière… Un cerf. Le cerf argenté déploya ses pattes avant pour partir au galop en direction du plafond, après avoir fièrement remué sa ramure. Ce n’était plus un cygne ; la première fois que j’en avais produit un et que le cerf était apparu, j’étais resté figé, interdit. Je savais que les Patronus pouvaient changer après un choc émotionnel, mais je ne m’y étais pas du tout attendu… Cela avait coïncidé avec mon désir de ne pas partir en Australie, et mon choix de rester avec Ruby, je le savais, mais c’était comme si tout d’un coup je mesurai l’importance de ce choix dans ma vie. J’avais souri, alors, sentant mon cœur chauffer de l’intérieur. Je devinai l’expression surprise et émerveillée à côté de moi, et quand le cerf s’évapora, elle me pressa de le faire réapparaître, faisant apparaître à son tour la biche argentée du bout de sa baguette. Le cerf et la biche se mirent à jouer ensemble quelques secondes avant de s’évaporer en milliers de petites gouttelettes argentées. La pénombre revint de nouveau et je souris à Ruby, sentant son visage tout contre le mien : le baiser qu’elle me donna m’enveloppa tout entier, et je me sentis aspiré vers elle, attiré par chaque petite parcelle de son corps que je connaissais par cœur.

Le bout de mes doigts se mit à parcourir la peau nue de son dos, de ses hanches, tandis que nos baisers se faisaient plus passionnés ; nous nous laissâmes entraîner dans cette passion avec sans doute le désir de se réconforter l’un l’autre, mais aussi la certitude qu’au fond rien ne serait assez fort pour venir à bout de ce que nous possédions, rien que tous les deux.


FIN

_________________




°•. Lonely water, won't you let us wander, let us hold each other
Hold back the river, let me look in your eyes
Hold back the river, so I can stop for a minute and be by your side
Hold back the river, hold back .•°
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