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Beautiful Scar [Pv]

 

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 Beautiful Scar [Pv]

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Daniel Kelsey
Élève de 6ème année



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MessageSujet: Beautiful Scar [Pv]   Jeu 6 Juin - 23:58

Le train perdait petit à petit de la vitesse, on pouvait entendre un léger crissement dû aux vieux rails de la ligne Edimbourg-Londres. Après la traditionnelle galère pour sortir du wagon, les gamins qui pleurent, les vieux qui mettent trois heures pour sortir leurs valoches, les mecs qui oublient leurs manteaux, chapeaux melons et autres conneries possibles… Bref, une heure plus tard je me retrouvais sur un des nombreux quais de King Cross. C’était ironique, je me retrouvais là ou quasiment tout avait commencé. Je me revoyais gamin, une valise aussi lourde que moi, la petite appréhension avant de passer à travers le mur, l’émerveillement en voyant la vieille locomotive rempli de jeunes sorciers et sorcières. Tous mes souvenirs de première année remontaient à la surface, mon côté naïf, voir même con, les premières rencontre, les premières conneries entre potes, le petit étonnement quand on voyait des étincelles sortir de sa baguette, la première fois que j’ai vu Holly. Mais tout ça, c’était le passé, je n’appartenais plus à ce monde. Malgré tout, j’ai ressenti un ptit pincement au cœur en passant entre les voies 9 et 10.

M’enfin bon, je n’étais pas à Londres pour du shopping, ou pour visiter cette ville dont j’avais vu une partie des ses pires côtés. L’établissement qui me donnait la chance de m’en sortir m’avait autorisé une nuit hors de leur enceinte, question de tester mes résistances au monde sauvage. Mais ça m’allait, je me sentais prêt, j’arrivais au bout des douze étapes, il ne me restait plus beaucoup de temps à tirer à Happy Endings, j’avais clairement fait le plus dur.

Pendant le trajet qui m’amenait au point de rendez-vous convenu, je repensais au moment où je lui avais envoyée la première de nos lettres. Elle était la première personne à qui j’avais écrit entre deux tremblements et séances de partages. On s’était vraiment rencontré avant que tout bascule, mais cette soirée restait gravée dans ma mémoire. Paradoxalement même si on se connaissait peu, j’avais pu me rendre compte qu’elle était sûrement la seule à pouvoir comprendre l’enfer que j’avais traversé et les cicatrices qui me restaient. Elle n’allait pas me juger, et je lui avais assurée que c’était réciproque. Après un peu de métro, je me retrouvais dans le café qui était convenu. J’ai fini par apercevoir sa chevelure blonde dans un endroit un peu isolé où nous allions être tranquilles.


- Salut.

Un café long de commandé, une clope allumée (mon dernier vice), on est resté un petit moment les yeux dans les yeux, un sourire un peu timide par moment. Faut dire aussi que la dernière fois qu’on s’était vu, on était bourré, le cocktail avait été plus explosif. J’ai décidé de rompre la glace.

- Bon, par où commencer…

Je venais de quitter Holly, on s’était balancé nos quatre vérités, et tout le courage qui m’avait habité, m’a abandonné juste après être rentré dans mon taudis d’appartement. Les jambes presque flageolantes, les mains tremblantes je m’étais grillé une clope, puis une deuxième, et finalement tout le paquet. Je me suis servi un bon verre d’un vieux whiskey dégueulasse qui trainait, et alors que je cherchais mon portable je suis tombé sur un morceau de papier avec un numéro griffonné et un bref message. C’était la fille qui m’avait fait mon premier fixe quelques heures avant que je retrouve Holly. Je ne sais pas ce qui m’a poussé à lui envoyer un message pour lui dire de venir chez moi pour recommencer. Elle arrive quasiment instantanément, met une musique bien douce, bien calme, m’installe sur mon lit, me cale dans les coussins. Elle me tend un shilom, et je fume un peu pendant qu’elle prépare le shoot, elle revient, serre le garrot autour de mes veines, je la vois chercher une veine, et lentement presser le piston. Le flash. Les picotements, la chaleur, le décollage. Chaque goutte qu’elle m’injecte apporte une goutte de ce bonheur que seuls l’amour et la drogue peuvent t'apporter.


C’est la descente aux enfers. En quelques mois j’apprends les meilleures adresses pour me fournir. J’en essaye des différentes, méthédrine, morphine, poppers. J’expérimente les bars à opium, et leurs nattes posées à même le sol, la fumée âcre et mielleuse, la petite odeur de caramel, l’envol, l’alliage entre la lucidité et les rêves qui se dirigent et se stoppent à volonté. On m’indique les pharmaciens véreux qui te garantissent la sécurité des seringues et la qualité de leurs produits, qui peuvent te piquer eux même, te fournir. Je pousse sans cesse sur les doses, je m’écroule parfois au beau milieu d’une injection. Je reviens à moi deux trois heures après, par terre, l’aiguille dans le bras, la seringue au bout. Alors s’il reste encore de la came dedans, j’appuie sur le piston sans même me relever.

Je plonge dans l’excès, je veux essayer quatre c.c de morphine, pour ce genre de dose il vaut mieux aller chez un pro de la piquouze. J’arrive donc chez un mec, je fais ma commande. Je me retrouve assis dans un vieux fauteuil défoncé de dentiste. Des gouttes de sueurs tombent de mon front, l’avant bras posé sur le rebord synthétique. Je le regarde préparer le flacon et la seringue. Mon sang bout d’impatience. Le garrot étrangle mon biceps, je vois l’aiguille s’avancer, piquer ma veine. Cette douleur en presque douce, le mec presse le piston lentement. Une bouffée de chaleur m’envahit, j’ai l’impression que je vais exploser. Un spasme m’électrifie. Je suis dans un état second, je sens mon corps se tendre, se crisper. Un éclair blanc, et puis le noir.


Je m’interrompais de temps à autres dans mon récit en buvant une gorgée de café, ou en tirant sur ma cigarette, repensant au déchet que j’étais devenu pendant ce laps de temps. Je devais tout faire pour ne plus revivre une aventure comme celle là.


- C’était mon dernier fixe.


Je lui avais raconté ma vie, chose que je n’aimais pas trop faire d’habitude. J’avais l’impression d’être nu devant elle.

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: Beautiful Scar [Pv]   Lun 10 Juin - 16:02

Le tintement des cuillères contre les tasses et l’écho des conversations autour de moi étaient les seuls bruits qui parasitaient ma lecture. Assise à une table dans l’angle un peu isolé de la terrasse du café, je tournais les pages de mon livre, l’esprit un peu ailleurs. Un soleil frais brillait à travers les nuages translucides qui jonchaient le ciel blanchâtre de la fin du mois d’avril, et je serrai un peu plus contre mon cou l’écharpe d’Ewan. J’avais pris en fin de matinée le train qui me menait à Londres, quittant l’espace d’un après-midi la maison des Wayland qui se situait dans le Kent, là où je passais ma première semaine des vacances. Lizlor et moi étions allé à la gare en vélo, mais elle ne m’avait pas accompagné jusqu’à la capitale. J’avais passé le trajet à regarder par la fenêtre, ou à relire la dernière lettre de Daniel que j’avais reçu, cherchant à reconstituer le puzzle qu’il m’avait livré par pièce au détour des mots et des phrases. J’avais été surprise, je l’avouais, lorsque j’avais reçu il y a peu de temps sa première missive. Je ne le connaissais que très superficiellement, nous n’avions passé réellement qu’une soirée ensemble et pourtant, celle-ci m’avait un peu marqué. Peut-être parce qu’il s’était occupé de moi alors que le mélange alcool-joint ne m’avait pas réussi, mais aussi parce que je me souvenais clairement de notre discussion où il avait dit qu’il m’avait longtemps pris pour le genre petite Miss Parfaite sans histoires – en fait, il avait vu en moi ce que j’avais exactement monté comme une image, celle que j’avais souhaité que l’on ait de moi. Aujourd’hui, les choses étaient différentes, mais Daniel n’avait pas assisté à ma chute et le hasard, mauvais hasard peut-être, voulait que nous ayons bien plus en commun que nous pensions. Pourquoi m’avait-il écrit ? Je ne savais pas. Il cherchait peut-être à reprendre contact avec quelqu’un qui ne le connaissait pas, qui ne le jugerait pas… Et il avait fait bon choix. Restant évasive, je lui avais confié que je n’étais plus avec Hadrian avant de finalement admettre que j’avais aussi souffert d’un problème d’addiction, dont je souffrais encore pour être complétement honnête.

Je ne l’avais pas vu s’approcher, et lorsqu’il arriva à ma hauteur, je fermai mon livre et tournai un peu nerveusement ma cuillère dans ma tasse de chocolat chaud, avec un sourire calme. Je ne savais pas trop comment allait se dérouler cet après-midi, mais je me doutais que la conversation serait bien plus profonde que des simples retrouvailles ponctuées de « Et toi, tu deviens quoi ? ». Je savais que lui comme moi, nous étions devenus des personnes un peu plus froissées, abîmées, et que si nous étions l’un en face de l’autre aujourd’hui, ce n’était plus pour nous cacher.


- Salut.

Je lui fis un signe de tête avec un sourire un peu plus prononcée. Il s’assit, commanda un café, et j’allumai une cigarette en même temps que lui. Aucun de nous n’osa parler pendant un instant, je me contentai d’observer son visage derrière la fumée de sa cigarette qui se mêlait à la mienne. Il avait les joues un peu plus creusées, des cernes, et c’était comme s’il avait pris des années en l’espace de quelques mois. Mais j’étais consciente qu’il en était de même pour moi, et que nos expériences avaient laissé des marques durables, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.

- Bon, par où commencer…

Je me redressai un peu sur ma chaise, et plongeai mes yeux dans les siens. Je savais que la suite ne risquait pas d’être facile, et je me décidai à rester silencieuse tout du long. Parfois, je sentais mon corps se crisper un peu, parce qu’à travers les mots de Daniel, je revoyais ma propre histoire. Elle n’était pas comparable à la sienne, mais combien me retrouvai-je dans sa description des expériences, les frissons, l’oubli, la sensation de bonheur factice qui envahit le corps… Les raisons qui nous poussaient à toujours vouloir plus, parce que ce n’était pas assez… Je réalisai, au fur et à mesure, que Daniel avait été bien loin que moi, mais que nous avions eu exactement le même désir pour nous guider et que si personne ne m’avait arrêté, j’aurais peut-être été là où il avait été. Ce n’était pas une question de meilleur ou de pire ; nos histoires n’étaient pas similaires, je le répétais, mais j’étais touchée par la solitude dans laquelle il s’était enfoncé tandis que je pouvais au moins me gratifier d’avoir eu Lizlor pour m’aider. Il s’était fait renvoyer de Poudlard, je doutais que sa famille l’ait bien pris, il avait plaqué Holly… Au fond, j’avais l’étrange impression qu’il avait simplement peur, qu’il pensait être un échec total, bloqué dans cette place d’erreur, de mauvaise personne. Et pourtant, c’était faux. S’il était ici cet après-midi, c’est bien qu’il se relevait, qu’il voulait le faire, et j’eus un certain pincement au cœur en pensant que je le comprenais dans bien des aspects, et que visiblement, j’étais la seule à le faire.


- C’était mon dernier fixe.

J’hochai silencieusement la tête, comme je l’avais fait tout le long de son récit. Les choses étaient de plus en plus clair, et j’avais le visage grave – ce n’était pas le genre d’histoire qui s’écoutait facilement. J’avais fini ma cigarette, et prenant une gorgée de mon chocolat chaud, comme pour me donner de la force, je finis enfin par parler. Ma voix était lointaine, basse, mais surtout toute douce, comme si j’avais peur de le brusquer. Il n’avait rien à craindre de ma part, je lui avais déjà dit, j’étais bien la dernière à pouvoir lui reprocher ce qui s’était passé. Et puis, dans ce genre de situations, il ne s’agissait pas de reproche. On ne pouvait reprocher à personne son addiction… Je pris une grande inspiration. Je savais que venait mon tour, et j’eus une seconde d’hésitation. Ce n’était pas facile, soudain, de se laisser aller et de parler de tout…

- C’est étrange, notai-je d’une voix douce, comme c’est différent et à la fois semblable…

Les choses ne commencent pas avec un verre. Un verre de trop, peut-être. Mais c’est une accumulation. Dès les premières soirées, l’alcool était amusant, quelques gorgées de trop et je flottai, soudain bien loin de toutes mes préoccupations et mes tourmentes. Je savais pertinemment qu’associer l’alcool à une échappatoire était mauvais, mais je contrôlais, ce n’était qu’occasionnel… Comme tout le monde. Je ne me rappelle même pas du premier verre de trop, de la descente. Les choses s’accumulaient, petit à petit. Ma rupture avec Hadrian, les rumeurs du Daily Poudlard que je ne pouvais supporter… Je voulais simplement qu’on me laisse, et je me débattais comme je pouvais. Mais les évènements se succédaient, c’était cette soirée où j’avais vu Hadrian avec une autre, où je m’étais consolé dans le whisky et les bras d’un quasi-inconnu – ma voix se fit plus basse, mais je me décidais à être complétement franche – Chuck, et le besoin de plus en plus grandissant de m’échapper des autres, de moi-même. Peut-être que le tournant fût cette soirée dans les cuisines où Woodley me surprit à boire. Ses yeux qui lançaient des éclairs, qui me jugeaient, et lorsqu’elle était pénétré dans mon esprit pour y trouver les souvenirs les plus douloureux, ceux enfouis que je m’étais toujours interdit de revoir. Le passé qui revenait, tout à coup, s’échouer violemment contre moi. Et sa manière de m’accuser de tout, de tout faire s’écrouler. Et puis l’arrivée de Sara Wayland qui m’avait littéralement sauvé, après m’être fait traînée sur le sol froid des cuisines contre les rebords des placards qui avaient marqué mes côtes de bleu violacés. Je l’avais supplié de ne rien dire à Lizlor, de ne pas l’inquiéter…

Le cercle des mensonges est comme une spirale infernale dans laquelle je me suis enfoncée. Je voulais oublier les problèmes, et je ne voyais que l’alcool pour me rendre assez euphorique pour ne pas penser à l’absence d’Hadrian qui m’ignorait, les souvenirs qui remontaient depuis que Woodley les avait explorés, le regard inquiet de Lizlor… Cette période était floue ; je revois les mots que je griffonnais dans mes carnets pour ne pas oublier les choses à faire, ou que j’avais faits. Les pertes de mémoire étaient de plus en plus fréquentes, je me réveillais parfois encore ivre et j’avais toujours une flasque dans mon sac. Les quelques éclairs de sobriété, c’était quand j’étais avec Lizlor que je devinais de plus en plus suspicieuse. J’allais régulièrement à la Tête de Sanglier, parce qu’il n’y avait personne de Poudlard, et je me noyais dans le mauvais whisky, toujours pour oublier le reste, pour être heureuse. Petit à petit, c’est devenu un besoin, je tremblais quand j’étais sobre pendant trop longtemps, tout mon corps appelait à l’ivresse… Je me suis même liée avec le barman du bar, et plus il me plaisait, plus je m’enfonçai dans l’alcool. Peut-être parce que j’étais amoureuse de lui, et que j’avais trop peur de le réaliser, alors que je continuai à boire pour rire, rire encore, et surtout ne pas penser aux complications…


- Jusqu’à que Sara Wayland parle de l’épisode avec Woodley à Lizlor, et qu’elle prenne conscience que je lui avais menti, et par la même occasion, que j’avais un problème… Je marquai une pause. J’avais rallumé une cigarette au milieu de mon récit, et elle se consumait paresseusement entre mes lèvres. Je n’avais pas baissé les yeux, et maintenant, nous étions comme sur un pied d’égalité. Je savais comment il avait plongé, il savait comment j’avais plongé. Mais nos histoires étaient loin d’être achevée. Et toi, alors… Commençai-je, doucement. Pendant toute cette période, tu n’étais en contact avec personne ?... Il s’est passé quoi, ensuite ? Demandai-je, tandis que je tapotai ma cigarette pour faire tomber la cendre.

J’avais le cœur qui battait un peu trop fort, parce que je savais que la suite risquait d’être plus douloureuse. Me souvenir de ses moments d’ivresse ravivait mon addiction, et je m’étais mis à trembler –nerveusement, je crispai mes mains sur ma tasse. Parce que le plus facile, ce n’était pas de tomber. Quand on chute, on se laisse faire, on plonge doucement dans la tristesse et les rires alcoolisés. Non, le plus difficile, c’était bien de se relever.


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Even Closer | Forever Young | So Cold | If Stars



« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Daniel Kelsey
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MessageSujet: Re: Beautiful Scar [Pv]   Mer 19 Juin - 23:15

La tentation était partout, où que l’on aille on pouvait la croiser et retomber fatalement dans les ténèbres. Rien ne m’empêchait de partir de ce café, emprunter quelques lignes de métro, retrouver quelques anciens compagnons d’infortunes et replonger dans ce qui avait été mon quotidien. Je pouvais également appeler la serveuse et commander rien qu’un irish coffee. Ça pouvait paraître rien du tout, et pourtant j’étais certain que ça allait m’amener de nouveau sur une pente dangereuse. J’avais déjà essayé d’arrêter gentiment, faisant des compromis avec moi-même, favorisant l’alcool et les drogues douces par rapport au reste, je tenais quelques temps avant de retomber dans mes anciens travers. Je savais donc qu’un seul shot de vodka allait fatalement en amener un deuxième et ainsi de suite, pour retomber à zéro. Retomber à zéro, c’était ce qu’il y avait de pire pour un ancien toxico, plus tes jours de sevrage, de sobriété, augmentaient plus il te faisait peur, plus tu craignais de voir tous tes efforts anéantis pour une nouvelle connerie. On m’avait dit qu’il y avait un cap à passer, apparemment je n’y étais pas.

En attendant j’étais devant miss Ruby Standiford, presque la première fois que nous nous voyions sobres. Avant notre vraie rencontre j’avais toujours cru que c’était la miss parfaite, blonde, yeux bleus, gentille avec les plus jeunes, préfète (c’était surtout ça qui jouait beaucoup), et sortant avec ce diable d’Easter mâle. Je me suis vite rendu compte à quel point j’avais tort, une nouvelle fois. Après notre soirée je l’avais vue totalement sous un autre jour, et notre brève correspondance me l’avait confirmée. Je n’avais donc aucun mal à me confier, pour la première fois depuis longtemps j’étais entier avec quelqu’un. Plusieurs fois je l’ai vue frémir, mais à aucun moment je n’ai senti ses yeux me juger.


- C’est étrange, comme c’est différent et à la fois semblable…

Je n’avais jamais écouté quelqu’un avec autant d’attention, et je n’avais jamais autant déprimé par la même occasion. Je comprenais ce qu’elle ressentait à ses débuts, les soirées vraiment arrosées, les premiers verres de trop, l’euphorie due à l’alcool. Lorsqu’elle a mentionné le Daily Poudlard, un petit sourire s’est dessiné sur mes lèvres, je me souvenais quand j’y avais travaillé (un bien grand mot !) mais c’était dans un autre monde, une autre époque. Quand elle m’a raconté à propos de Woodley j’ai juste eu envie d’exploser la table, je n’étais pas certain de vouloir savoir ce dont son passé était fait. J’ai serré le poing pour empêcher mes doigts de trembler. Ce qui était le pire c’était qu’elle l’avait dissimulé à toute l’école, elle était plus forte qu’elle le croyait.

- Jusqu’à que Sara Wayland parle de l’épisode avec Woodley à Lizlor, et qu’elle prenne conscience que je lui avais menti, et par la même occasion, que j’avais un problème…

La voyant crispée, tendue, je me suis permis de lui caresser l’avant bras. Je savais par quoi elle était passée. Le plus dur avait été fait. Un nouveau silence s’installait, un nouveau café de commandé, une nouvelle cigarette d’allumée.

- Et toi, alors… Pendant toute cette période, tu n’étais en contact avec personne ?... Il s’est passé quoi, ensuite ?

- Non… Je suis plongé là dedans seul, et je cherchais pas à m’en sortir.

J’ai émergé, affalé dans un canap’ pourrie, entouré de parfaits inconnus. Le plus vieux me donna quelques baffes, histoire de me faire revenir définitivement. J’étais trempé de sueur, je puais le vomis, charmant n’est ce pas. Le mec m’a vite fait expliqué que le pharma m’avait déposé là, complètement inconscient, à deux doigts de l’overdose et qu’il m’avait sorti de là. Je me suis cassé la gueule en voulant me relever, mes jambes ne me répondaient pas. Quand je me suis redressé, ma tête tournait, on m’a tendu un sceau et j’ai gerbé une bonne fois et c’était pas un vomi tactique. Le vieux me rallongea, m’ordonna de pas bouger, qu’il me fallait du temps pour me remettre. J’ai alors alterné sommeil profond et de brèves périodes de conscience ou je le voyais se shooter avec une copine totalement camée. J’avais perdu toute notion du temps.

Quand je me suis réveillé pour de bon, au milieu de la nuit, la vieille maison dégueulasse dans laquelle je me trouvais était vide. J’ai commencé à ressentir la pire sensation au monde, le manque. Je tremblais, des frissons de me parcouraient, des démangeaisons, tout mon sang réclamait de la drogue. N’importe laquelle. Je me suis mis a fouiller tout l’appart’, et j’ai fini par trouver un sachet de petites pilules multicouleurs allant du blanc au noir en passant par le rose, l’orange, le marron. Pas de doute c’était de l’acide, du LSD.

Le danger avec le LSD c’est pas la mort, mais c’est de flipper. Flipper c’est devenir fou, ça arrive quand la dose a été trop forte, ou à cause d’un mauvais voyage. C’est facile de faire un mauvais voyage, il suffit de prendre la pilule dans un mauvais environnement, trop nerveux, trop inquiet. Et pourtant ça ne m’a pas empêché d’en prendre.

Tout de suite, un éclatement de lumières de toutes les couleurs devant moi, un éblouissement, un feu d’artifice. Ensuite impressions classiques du trip, légèreté, insouciance, illuminations. J’ai du rester une bonne heure posé sur le parquet, quand une irrésistible envie me prend. Impossible de me contrôler, c’est la caractéristique de l’acide, il vous emmène où il veut, il faut le suivre, pas le choix. Je me souviens que dans Hyde Park la vue du soleil levant sur Londres est magnifique. Je me mets alors à courir, pas de fatigue, c’est quelque chose de merveilleux. J’arrive un peu avant l’aurore, je m’allonge sur l’herbe fraîche et je contemple la voie lactée. Je peux voir les étoiles danser entre elles. Le ciel m’attire, la gravité disparaît, il m’arrache petit à petit de la terre, je ne peux pas m’empêcher de crier, crier, crier à en devenir fou. J’avais l’impression qu’on me déchirait, qu’une partie de moi montait vers le ciel pendant que l’autre était collé à la terre.


- Et j’ai perdu connaissance.

Je me sentais con en racontant ce qui était arrivé. Dès le début j’aurais du me rendre compte de mes conneries, y mettre fin, par n’importe quel moyen. Mais une nouvelle fois j’avais été faible, j’avais pris le chemin de la facilité en allant de plus en plus loin dans ma chute.

- Enfin bon... Le beau barman et cette Lizlor t’ont aidée ?

Nerveusement j’ai gratté le creux de mon coude, faisant rejaillir des vieilles sensations. On était jamais complètement guéri de ce qu’on avait vécu, on allait toujours avoir des cicatrices.

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MessageSujet: Re: Beautiful Scar [Pv]   Lun 24 Juin - 21:27

Je me sentais... Étrange. J'avais le sentiment de tout étaler devant Daniel, alors que je le connaissais à peine et pourtant, quelque chose semblait nous lier. Sûrement était-ce le fait qu'il comprenait, lorsque je lui parlais de tout ces moments, cette descente, de rire euphorique et de la peur du manque qui rongeait dès qu'on était trop sobre pendant un moment, cette peur de sentir nos veines qui pulsaient et le coeur qui s'agitait... Je ne voulais jamais associer des histoires, les comparer, mais oh combien me retrouvai-je dans les descriptions qu'il faisait de ses expériences, et je sentais qu'il y avait de lui dans les miennes. Au fond, nous avions tous les deux cherchés à nous échapper à notre manière, en fuyant ce qui s'accrochait à nous. De quoi Daniel avait-il peur? Parce que c'était ça, finalement... Nous noyons la peur d'affronter le reste dans de la poudre d'étoile, de la poudre de rêve, ce n'était toujours qu'un réconfort passager. Parfois, je me demandais si tous les moments d'ivresses rattrapaient vraiment tout ceux où la culpabilité me rongeait, et la haine contre moi-même au fur et à mesure que je réalisais ma bêtise de me croire plus forte qu'une addiction. Pourtant au fond, je l'avais toujours su... J'étais quelqu'un de faible, et la moindre chose qui m'aidait à combattre le reste, je m'y accrochai plus que de raison. Je m'accrochai à l'ordre, à la propreté, à la course, je m'étais accrochée à Hadrian, je m'accrochai à Lizlor, maintenant à Ewan, toujours plus que de raisons car c'était à travers ces choses que je me sentais enfin bien – cette notion qui m'avait toujours échappé avant Poudlard. Alors autant que mon désir de contrôle s'infiltrait jusqu'à ma manière de trier mes cours et plier mes vêtements, le besoin de lâcher prise et d'oublier s'était frayé un chemin à travers l'alcool jusqu'à moi, comme une évidence. Et le problème, c'est qu'il était parfois plus évident de se dire que c'était bon pour moi, que mauvais. Pour qui combattais-je tout ça? Pour me sauver moi, ou pour éviter de la peine à Lizlor, à Ewan, à ceux que j'aimais? Je savais très bien, mais refusais de l'admettre, car ça me rendait plus faible lorsque j'admettais qu'en moi, quelque chose réclamait encore de boire, et ce quelque chose ne savait pas encore ce qui le limitait, si ce n'était l'extérieur. A l'intérieur, il s'amusait bien à tout ressasser et chambouler. Mais la caresse sur mon bras que fit Daniel réussit cependant à extirper un petit sourire. Une nouvelle fois, le soutien extérieur était là pour combler le désordre intérieur.

- Non… Je suis plongé là dedans seul, et je cherchais pas à m’en sortir.

C'était le soutien, me semblait-il, qui manquait à Daniel, et je sentais un étrange sentiment de tristesse pour lui. Ce n'était pas de la pitié, j'essayais simplement de comprendre pourquoi il avait voulu fuir les autres – peut-être se jugeait-il trop mauvais pour eux? J'aurais voulu pouvoir expliquer pourquoi lui et Holly allaient toujours dans le mur, sans cesse depuis le début de leur relation, sans pouvoir visiblement se lâcher. Est-ce qu'il l'aimait, est-ce qu'elle lui manquait? Je n'en avais aucune idée, et ce n'était pas le sujet actuel. Je me sentais simplement réceptive à la solitude, car je l'avais connu trop longtemps et trop jeune, et depuis que Daniel avait quitté Poudlard, il avait coupé les ponts avec le reste. Il s'était lui-même enfermé là-dedans, comme il le disait, et je craignais qu'il en soit désormais honteux. Les addictions étaient des sujets tellement tabous, il suffisait de voir combien Lizlor avait eu du mal à réaliser que j'étais... Alcoolique. C'étaient des mots, des concepts, des notions floues, nous n'y étions jamais exposés. Ça faisait parti des choses qui n'arrivaient qu'aux autres, qu'aux adultes et pourtant... Une nouvelle fois, j'étais confrontée à cela, à travers l'histoire de Daniel. Combien d'autres personnes autour de nous en souffraient, en avaient souffert, ou allaient en souffrir? Combien se voilaient la face comme je l'avais fais, comme je le faisais encore parfois? C'était si simple de se dire qu'au fond, on aimait juste un peu trop l'ivresse et que ce n'était pas un problème, plutôt que de regarder la réalité en face et accepter que la sobriété pour quelques heures de trop était devenu insupportable.

J'écoutais patiemment Daniel, achevant mon chocolat chaud tandis que je jouais avec le mégot de ma cigarette que j'écrasais à répétition, comme pour cacher ma nervosité. Ce n'était pas évident de l'entendre parler de sa chute prolongé, du manque, car je comprenais certaines de ses sensations et j'étais à la fois troublée d'entendre ce genre d'expériences qui n'avait pas l'air plaisante. Quelques images surgissaient dans mon esprit, j'imaginais Daniel dans les vapes, seul, qui marchait jusqu'à Hyde Park avec des étoiles dans les yeux, j'imaginais la douleur, les cris, l'incompréhension, tous les picotements sous l'épiderme qui rappelaient des électrochocs, les vagues de manque, de délire... Je les ressentais presque, assise-là sur cette chaise, si bien que je sortis une cigarette de mon paquet, les doigts légèrement tremblants.


- Et j’ai perdu connaissance.

Je fermai les yeux un instant, l'image de mon corps affalé dans le passage secret surgissant un moment, avant de les rouvrir pour les plonger dans ceux du Gryffondor. Je lisais tellement de peine, et à la fois de honte, comme s'il avait du mal à soutenir mon regard, ou celui de quiconque. A la fois, il ne pouvait pas se blâmer, de l'autre, nous étions forcément coupables d'une certaine manière. De quoi? De choisir ce qui était facile, d'avoir peur de combattre, de se combattre? Pouvions-nous réellement nous en vouloir d'avoir peur de nous? De ne pas savoir résister à l'absolution? Ou simplement au manque qui battait en nous, au rythme de notre cœur, et qui assommait nos sens jusqu'à nous pousser à craquer?

- Enfin bon... Le beau barman et cette Lizlor t’ont aidée ?

J'eus un sursaut lorsqu'il dévia la conversation, et je pinçais les lèvres, un peu nerveuse, lorsqu'il passa ses doigts dans son coude, comme dans un vieux réflexe. Je n'avais pas osé regarder ni détourner des yeux, je ne pouvais pas nier ce qu'il ressentait et qui s'extériorisait. Je fis tourner ma cigarette toujours éteinte entre les doigts, et finis par baisser les yeux avec un petit sourire. Ewan et Lizlor... Simplement penser à eux, et j'avais une petite flamme qui crépitait en moi et me réchauffait. Pouvait-ce être suffisant? Je l'espérais tant.

Je me souviens clairement des sanglots de Lizlor, du bruit de verre explosé lorsqu'elle a envoyé ma flasque contre le mur en pierre de notre coin secret qui avait l'habitude d'abriter tant de rires et si peu de larmes. Son inquiétude m'a percé et me perce toujours le cœur, tout comme la culpabilité de lui infliger ça aussi. Et puis je m'étais disputée avec Ewan – le barman, précisai-je avec un sourire timide – pour diverses raisons, j'avais l'impression que tout s'écroulait autour de moi. Je devais arrêter, mais je me sentais si faible devant cette montagne, prise par le manque et les souvenirs. Combien de fois me suis-je détestée, pourtant, d'être tombée là-dedans comme l'avait fait ma mère quand j'étais petite – ma voix se fit plus basse, et je me mordis la lèvre avant d'y porter ma cigarette que j'allumais finalement – ce sentiment d'impuissante parce que peut-être qu'au fond, je ne peux pas lutter contre les origines de mon mal-être, et pourtant... Pourtant je me rappelle de ce soir où Lizlor a paniqué, où je l'ai consolé jusqu'à qu'elle s'endorme d'épuisement, mes pas feutrés jusqu'à chez Ewan, la manière dont je me suis mise pleurer dans ses bras alors que nous étions en froid, comment soudain je lui ai tout raconté alors qu'il me tenait encore dans ses bras, comme pour me prouver que ça ne changerait rien. C'est peut-être simplement de là que je tire ma force, de ceux que j'aime et qui m'aime. Peut-être aussi que c'est mauvais, car ce n'est pas vraiment pour moi que je me bats...

Les choses se sont enchaînées étrangement par la suite. Le manque était toujours là, il l'est toujours, mais le début fût sûrement le plus douloureux. J'essayais de me raisonner mais mon corps réclamait tant une infime goutte qu'il m'était impossible d'ignorer ses cris et ses tremblements. Puis il y a eut cette soirée avec Ewan, cette soirée où tout le monde riait et buvait, et je n'en pouvais plus de sentir le manque qui me tannait, et les filles autour d'Ewan, les garçons autour de moi, tout tournait et m'appelait. Les choses se sont accélérées mais... Autant que le début de soirée a été horrible, la suite reste pour moi un souvenir cotonneux et doux : c'est durant cette nuit-là que j'ai embrassé Ewan pour la première fois – là encore, je me sentis sourire malgré moi, mes joues rougissant un peu – et une nouvelle fois j'ai senti ce soutien qui me manquait pour lutter. Bien sûr, mon corps ne se suffit pas des battements de mon cœur, et quand je suis seule dans mon dortoir, durant une de mes longues nuits d'insomnies habituelles, je sens mon corps se lever comme un automate. Chaque fois, je m'approche un peu plus près des cuisines, du placard où se cachent les bouteilles, avant de faire demi-tour. J'ai envie d'atteindre ce placard, ce salut, tout autant que je crains le jour où ma volonté n'arrivera pas à me stopper d'y aller. Je ne veux pas boire, mais j'en ai besoin, du moins c'est ainsi que je le sens, et combattre ce manque physique est parfois si éprouvant que je ne peux pas... J'ai besoin de craquer. Et qui y a-t-il de pire? Craquer, l'avouer à Lizlor? Ou le manque qui par la suite se révèle encore plus fort, car chaque gorgée réveille les pulsions? Ou cette sensation qu'au fond, ce n'est peut-être pas grave de boire, et que peut-être que maintenant j'ai vaincu ça et je peux boire normalement, à des soirées par exemple ?


- Ou savoir que tout ceci n'est qu'un ramassis de jolis mots et mensonges, et admettre que j'ai un problème qui va rester coller à moi, et dont je suis responsable?... Achevai-je d'une voix basse et lasse, en soufflant un panache de fumée qui s'éleva dans l'air sec. C'est sûrement ça, le pire.

Mes mains tremblaient de plus en plus, et je me mordis l'intérieur de la joue pour me calmer, fixant mes doigts engourdis jusqu'à que petit à petit, ils cessent de s'agiter. Je poussai un soupir avant de passer ma main sur mon visage, tirant la peau fatiguée d'un telle récit, avant de finalement regarder à nouveau Daniel et lui sourire malgré tout. Je voulais continuer, être forte. Je le voulais vraiment.


- Et la cure?... Murmurai-je alors doucement à l'intention du jeune homme.

Car si j'avais raconté ma difficile remontée encore bien inachevée, je savais que lui aussi avait souffert, au point d'avoir besoin d'aide médical... Et j'avais le sang qui glaçait d'avance en imaginant le manque qui avait du le prendre, mais je me redressai sur ma chaise pour lui faire toujours face. Peu importe jusqu'à où il était tombé, j'étais persuadée qu'il avait pu remonter. J'espérais qu'il remonterait toujours, d'ailleurs.

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Daniel Kelsey
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MessageSujet: Re: Beautiful Scar [Pv]   Lun 1 Juil - 0:10

Plus je racontais ce qui m’était arrivé, plus je me sentais con. Je n’arrêtais pas de me demander comment j’avais pu tomber là dedans, ce qui m’avait poussé à aller si loin. Ce qui pouvait apparaître comme le point déclencheur était la séparation avec Holly. Clairement c’était à partir de là que tout s’était enchaîné. Quand pour la première fois je me suis mis à l’opium, ou quand l’amie a poussé sur le piston de la seringue pour mon premier fixe. Mais on pouvait également remonter plus loin, quand je me suis mis à dealer, au premier joint, à la première cuite, voir même mon premier verre. Petit à petit j’en étais à me demander si j’étais tombé dedans tout seul comme un con, juste par manque de courage, de force, parce qu’il fallait de la force pour dire non à un fixe quand tous tes globules rouges le veulent, ou bien nos ruptures multiples avec Holly m’avaient poussé de plus en plus près du précipice. Dans mes rares moments de lucidité pendant mon délabrement total, j’accusais tout le monde d’en être responsable, Holly, Poudlard, mes parents de m’avoir mis au monde, la terre entière. Comme après avoir triché au BUSE, je n’assumais pas mes conséquences de mes actes. Je n’assumais pas le fait d’avoir été le seul à avoir plongé dans ce tourbillon infernal.

Entre deux caresses amicales sur le bras de la Serdaigle, je tirais nerveusement sur ma clope, me demandant si en ayant du soutien, en gardant contact avec quelqu’un qui avait la tête hors de l’eau, les choses auraient été différentes… Pas sûr, connaissant ma connerie je l’aurais envoyé bouler, en me comportant comme un connard, en l’ignorant, en lui demandant de me laisser tranquille, que j’allais me sortir de ma merde tout seul tout en ayant une petite partie de moi qui savait pertinemment que c’était faux. Finalement la cure m’avait permis de m’en sortir, surtout par le biais de médocs de substitutions, par la parole mais je savais pas si ça avait vraiment été le plus efficace, le parcours avait vraiment été chaotique.

C’est la tristesse dans le regard de Ruby qui m’a fait émerger. Je comprenais qu’au centre ou pas, je n’étais pas seul, je pouvais toujours compter sur quelqu’un pour m’aider, quoiqu’il arrive, quelque soit la violence de la pulsion, elle me comprendrait. Mais même si je le savais, une part de moi avait toujours du mal à se confier. La cure n’avait pas guéri ça, la peur du jugement.

Un jugement que la préfète avait dû affronter. C’était ce qu’il y avait de pire, le regard des autres, surtout de ceux qu’on aime, peu importe le degré de proximité, le regard allait forcément changer. En mal, et pour des personnes exceptionnelles, en bien. C’était une des raisons pour lesquelles Ruby était plus forte qu’elle le croyait. Je comprenais totalement les pulsions dont elle parlait, une sorte de dark passenger, qui nous forçait à ne pas résister à nos vices. Je ne pus m’empêcher de sourire en voyant son embarras quand elle parla de son flirt avec le barman. Mais à part ce rare moment joyeux, son histoire était d’une tristesse absolue. Pour autant je savais qu’elle pouvait s’en sortir, qu’elle allait s’en sortir.


- Ou savoir que tout ceci n'est qu'un ramassis de jolis mots et mensonges, et admettre que j'ai un problème qui va rester coller à moi, et dont je suis responsable? C'est sûrement ça, le pire.

Je voyais ses tremblements, les légers tics de nervosité qui traduisaient le manque. Une sorte d’ombre qui nous coller à la peau, ne jamais nous quitter. J’ai serré sa main, les yeux dans les yeux, essayant de lui faire comprendre qu’elle n’était pas seule, qu’on allait s’en tirer.

- Et la cure?

Et paf… Mes yeux sont immédiatement descendus pour contempler mon café, le mélange de sa fumée avec celle de ma cigarette, sur laquelle j’ai fini par tirer un long moment.

- On y arrive.

La première chose que j’ai vu quand j’ai rouvert les yeux, c’était mes parents. Ma mère folle d’inquiétudes et mon père avec sa traditionnelle stone face. A part quelques rides pour elle, et quelques kilos en plus pour lui, ils n’avaient pas changé. J’étais intubé, et je sentais juste rien, j’étais bourré de médocs. Ma mère n’arrêtait pas de poser des questions à l’infirmière de garde, mon padre ne faisait rien, assis, les yeux dans le vide. Les docs ont vérifié mes constantes vitales, un test neurologique, puis ils m’ont extubé. J’avais pas de casier, j’étais pas fiché comme un toxico dangereux pour la santé publique, ils se sont contenté de conseiller à mes parent un centre de désintoxication régional qui serait conforme à mes besoins. Un ptit transfert en ambulance et j’y étais.

C’était juste glauque. Chambre individualisé, lit à moitié d’hôpital, visite une fois par semaine. On devait être cent cinquante dans cette bâtisse grisâtre. Il manquait plus que les barreaux aux fenêtres pour ressembler à une prison… Enfin bref, quand je suis arrivé j’étais encore sous traitement plutôt violent. Buprénorphine, méthadone, citalopram, je dormais quasiment tout le temps, j’étais une vraie larve. Je sentais pas encore le manque. Ils ont commencé à réduire les doses, assez brutalement, et là ça a commencé.

Je transpirais comme un malade, j’avais envie de vomir continuellement. Mon corps tremblait, mon sang criait, et je criais aussi à péter un câble. La nuit j’entendais les hurlements de mes voisins. Impossible de fermer l’œil, j’allais devenir fou. Des migraines qui m’électrisaient, j’avais envie d’exploser ma tête contre un mur pour ne plus avoir mal. Il m’arrivait de m’effondrer et de convulser. J’avais l’impression que mon cœur allait exploser dans ma poitrine. J’en pouvais plus, j’ai décidé de me faire du mal.


J’ai regardé mon bras gauche. Je me suis souvenu de la lumière jaunâtre de la salle de bain, les mots d’un mec qui disait qu’il fallait mieux se couper le long de la veine, et pas en large, l’éclat de la lame de rasoir, sa douceur sur ma peau, avant la douleur qui paraissait moindre par rapport au feu qui me brûlait, le sang qui coulait avant que je m’effondre habité par des spasmes.

J’ai levé la manche de ma chemise, exposant une cicatrice irrégulière qui naissait du milieu de mon avant bras et remontait vers le creux de mon coude, dans lequel on pouvait voir les stigmates des fixes, des traces de piqures encore boursoufflées, violacées. Après avoir tiré de nouveau sur ma cigarette, une quinte de toux m’échappa.


- T’es plus forte que tu le crois.

Mes doigts tremblants caressèrent la marque qu’avait laissée la lame de rasoir dans ma chair. On allait tous garder des cicatrices de nos addictions, psychologiques et physiques.  

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: Beautiful Scar [Pv]   Dim 14 Juil - 19:09

Est-ce qu’un jour, il me sera facile d’en parler ? Je n’avais aucune idée d’où je serais dans cinq ans, dix ans, et je n’aimais pas me projeter. Je me questionnais toujours ; qui serait encore à mes côtés à ce moment-là ? Me serais-je complétement relevée ? Je ne voulais pas que cette addiction reste, c’était la seule chose que je savais. Mais non seulement je ne voulais pas la laisser prendre le dessus, mais je voulais aussi la vaincre complétement. Pouvoir être face à une bouteille, refuser poliment un verre en soirée, et pouvoir parler ouvertement de ce qui m’était arrivé. Mais je savais que ce n’était pas moi, j’avais été incapable de parler de mon enfance brutale à beaucoup de gens que j’aimais, de mes difficultés à évoluer sous le regard des autres, alors comment accepter de dévoiler à ses yeux curieux, ceux de la foule avide, mes propres erreurs ? Je me sentais trop faible pour oser. Parler de ça avec Lizlor, avec Ewan, c’était déjà bien compliqué pour moi, alors que jamais je n’avais eu l’impression qu’ils me jugeaient. Bien entendu, ils avaient une opinion, une trop bonne opinion d’ailleurs, qui n’était pas très objective. Oh, je connaissais leur rengaine à tous les deux, comme quoi je ne voyais pas mes qualités… Ce qui était faux, puisque j’étais capable d’en admettre quelques-unes… Bien qu’elles se retrouvaient souvent contrebalancer par ce que je n’aimais pas chez moi. Oui, j’étais sérieuse et ordonnée, mais je l’étais trop. J’étais capable de réfléchir et d’analyser une situation, mais j’y passais tant de temps que la peur avait déjà envahi mes veines pour m’immobiliser. Je savais écouter les autres, les conseiller, mais j’étais incapable de me confier en retour ou d’appliquer ce que j’enseignais à moi-même. J’étais si réaliste que je m’interdisais de rêver, et d’oser approcher ce que je désirais.

Bien que… Je désirais réellement cesser de boire. Et j’oser y croire, mais pouvais-je m’en croire capable ? Parfois, je songeai que plus tard, si j’avais la chance de travailler dans les potions comme je le désirais, j’aurais aimé pouvoir faire des recherches sur la manière de vaincre des addictions. J’avais peur des potions censées combattre le problème, car je craignais d’y prendre goût trop vite. De troquer un mal pour un autre, comme je l’avais toujours fais. Quels étaient les effets, réellement ? Je n’avais pas vraiment osé de me documenter sur le sujet. Pourtant, j’aurais pu demander à Ewan de l’aide, facilement, mais je ne voulais pas qu’il constate que je n’arrivais pas à me battre seul. Je refusais d’admettre une nouvelle fois une telle faiblesse, une de plus, ni à lui, ni à personne d’ailleurs. Pas même à moi. Je voulais me prouver que la volonté suffisait, et elle était présente, bien sûr… Mais mon corps lui, semblait chanter une mélodie différente. Ma relation avec ce dernier était déjà assez compliqué, et ce nouvel élément ne faisait que rajouter une bataille à la guerre incessante où je rêvais d’abandonner, de le laisser gagner… Et je ne pouvais pas. Les dégâts étaient trop gros – amèrement, je pensais à cette soirée avec Chuck où c’était mes sensations qui avaient pris le dessus.

Je laissai donc Daniel raconter encore sa chute, après qu’il ait serré ma main, et que mes doigts crispés aient répondu aux siens. Je le voyais une nouvelle fois gêné, et je craignais ce qui allait arriver, parce que je me doutais que ça ne serait pas de tout repos… A quoi cela ressemblait, ce genre d’établissement ? Je ne pouvais pas imaginer un instant la sensation d’étouffement, les réunions où il fallait se confier, et combien tout le monde savait ce qui se passait, chacun avait la peine de l’autre, chacun la connaissait, tous dans le même bateau, sans jamais pouvoir prétendre ne pas en être. Comment supporter cette étiquette, cette considération permanente : tu as une addiction. Ce que je craignais, peut-être bien plus que d’être esclave des pulsions, c’était de devenir mon addiction. Je me demandais comment les parents de Daniel pouvaient réagir, voir leur fils désormais – de ce côté-là, au moins, je n’avais pas de problèmes songeai-je tristement. Je me sentis frissonner lorsque petit à petit, je découvrais la réalité d’un tel centre, ce que le Gryffondor y avait vécu… Les crises de manque me figèrent sur ma chaise, je ne voulais pas afficher ce qui me traversait mais j’avais bien du mal à me contenir. Non seulement je sentais l’horreur de ce que Dan avait vécu, mais j’y voyais des échos à mon propre mal-être, et le tout grinçait dans une symphonie dérangeante. Plus il avançait, plus je sentais que la vague qui roulait allait s’éclater sur la plage. Se faire du mal… Je sentis une décharge dans ma poitrine, puis une autre, et lorsque Daniel remonta la manche de sa chemise, il me fallut un immense effort pour ne pas simplement pleurer. C’était stupide, me répétai-je, ne pleure pas, ne pleure pas. Je ne pouvais pas m’empêcher de sentir mon cœur se tordre, et je fixai la cicatrice qui courrait sur sa peau, et les traces de piqûres.


- T’es plus forte que tu le crois.

Sa voix me parut si lointaine que je réalisai à peine qu’il me parlait. Ce n’est que lorsque je vis ses doigts longer la marque que j’eus un mouvement moi aussi. Je n’avais pas hésité, comme si j’étais inconsciente de ce que je m’apprêtais à faire, et je posai moi aussi la main sur son avant-bras, timidement. Je ne regardais pas le jeune homme, pas encore, mes doigts suivant la courbe de la cicatrice, en sentant le relief, et pourtant ils ne tremblèrent pas. J’étais silencieuse, et finalement, alors que je me forçai à reprendre mes esprits, je levai les yeux vers lui.

- Daniel… Murmurai-je alors. Je ne trouvais rien à dire, j’étais bouleversée et je refusais de l’avouer. Je ne voulais pas qu’il se sente jugé, je ne remettais pas en question son acte, pire, je le comprenais. Moi aussi, petite, bien que la mort soit un concept trop étrange à saisir, j’avais songé à disparaître pour de bon. La douleur ne me faisait même pas peur, et si je n’avais pas craqué, c’était peut-être qu’au fond, un mince espoir avait voulu s’accrocher à moi. Ne… Ne recommence pas, voulus-je dire, mais je n’avais pas à le faire. Soudain, je comprenais l’horrible impuissant que devait ressentir Ewan devant mes cicatrices. Je ne veux pas que tu meurs, laissai-je soudain échapper stupidement. J’eus envie de me frapper, mais ma main restait sur l’avant-bras de Dan, et je frissonnai malgré moi. Excuse-moi, je n’ai pas mon mot à dire mais… Mais ce n’est pas la solution, tu le sais, toi aussi tu peux t’en sortir…

Doucement, j’ôtai ma main de son avant-bras, et comme j’avais fini ma cigarette, je nouais nerveusement mes doigts et baissai le regard. Je m’en voulais d’avoir laissé mes émotions s’égarer, et je pris une grande inspiration. Je me sentais d’autant plus mal, parce que moi aussi j’avais mes propres cicatrices… Je levai les yeux vers Daniel et lui fit un sourire triste.

- C’est ironique, n’est-ce pas, que la douleur soit réconfortante… Murmurai-je timidement.

Moi aussi, je me suis faite du mal, mais pas… Je ne voulais mourir. Je voulais simplement avoir mal, comprendre la douleur, qu’elle soit physique pour qu’elle soit contrôlable. Ce n’est pas la première fois que j’ai agis ainsi, de toute manière – je désignai mon poignet où de petites cicatrices le griffaient, traces des morsures que je m’infligeai petite. Je le faisais déjà quand j’étais plus petite. Mais cette fois-ci, c’était plus contrôlé, comme tout ce que je fais. Même les cicatrices sont droites, de tailles égales, horriblement belles. Moi, je les trouve presque réconfortantes, et à la fois j’en ai horriblement honte, il n’y a aucune logique à mon raisonnement. Mais j’ai envie d’arrêter, aussi, et puis… Comment pouvoir accepter de montrer son corps à quelqu’un que l’on aime lorsque nos hanches sont striées de marques ? Je suis fatiguée des dégâts, de toujours être faible et de ne pas savoir contrôler… Ce besoin de contrôle. Je me fais du mal pour contrôler, et je bois pour lâcher prise, comme si j’étais incapable de trouver moi-même le juste milieu. Et pourtant, je le veux, je veux m’en sortir…


- Et toi aussi ?... Questionnai-je timidement, en levant les yeux vers Daniel.

Puisque nous étions tous les deux ici, et en vie, je voulais conclure que oui, nous allions nous en sortir… Nous le désirions, n’est-ce pas ?

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