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"And summer it begs." [S.]

 
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 "And summer it begs." [S.]

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Apple Hunt
Élève de 6ème année



Féminin
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Feuille de personnage
Particularités: Je suis un ninja.. Si, regarde ce que je viens de faire ! ... tu n'as rien vu ?... justement... B-)
Ami(e)s: Hé ! Hé ! Scott ! Scooott ! Reviens, j'ai un truc à te montrer...
Âme soeur: "Even when you're next to me, it's not the way I'm picturing, no, but at least I got you in my head."

MessageSujet: "And summer it begs." [S.]   Dim 26 Mai - 17:04

Liverpool - Fin août, deuxième année.



"I don't wanna move
And summer it begs
It begs us to prove
That we can last
Just one more season
And that there
Gives me a reason

Secrets are for keeping
That's what gives them their meaning."



Summer Begs - Sarah Jaffe




Attachant mes cheveux blonds en un chignon un peu désordonné, je plaquai les dernières mèches qui s’échappaient de l’élastique avec quelques pinces avant de nouer un ruban noir qui passait sur mon front, comme le faisait les ninjas des dessins animés que je regardais quand j’étais petite. Je regardais mon reflet dans le miroir de la salle bain baignée par le soleil de la fin d’été, poussant un petit soupir en remontant mon débardeur qui tombait sur ma poitrine. Je l’avais emprunté à Caroline, elle ne le mettait plus depuis longtemps mais de toute évidence, elle avait toujours été mieux formée que moi, et je flottais dans le vêtement noir qui dévoilait mes épaules et l’arrière de mon dos. Me tournant pour le regarder, je passais mes doigts sur mes omoplates qui, ainsi exposés, m’apparaissaient osseux tout comme ma colonne vertébrale. J’avais pourtant passé l’été à faire des gâteaux avec maman, et j’avais même entamé ce qu’elle appelait la puberté, pourtant mon corps s’obstinait à être tout frêle et je nageais dans le short noir que je venais d’acheter et qui lui aussi soulignait la minceur de mes jambes. Je ne voyais quasiment aucun changement, bien qu’Alexandra ait beaucoup ris du fait que je me sois acheté mon premier soutien-gorge il y a quelques jours, prétextant que je n’avais rien à mettre dedans –et le débardeur le prouvait. Je poussais un soupir, me décidant à faire des nœuds aux bretelles toute fines pour qu’il remonte un peu. Ce n’était pas très esthétique, mais ça évitait de dévoiler le reste. Remontant une dernière fois le short qui tombait sur mes hanches saillantes, je réfléchis un instant. Il manquait quelque chose… La touche finale. J’ouvris alors les tiroirs de la commode pour fouiller dans le maquillage de mes sœurs, pour en sortir du fard à paupières noirs. Je ne maquillais jamais, sauf pour des rares occasions comme le bal, mais j’avais observé à la dérobée comment s’y prenait mes camarades de dortoir qui en mettait. Je passai mon petit doigt sur la poudre obscure avant de l’appliquer sur mes paupières, soulignant mes pupilles bleutés qui brillaient sous les rayons du soleil, avant de m’écarter légèrement pour regarder mon reflet. Bon, qu’est-ce que disait Alexandra déjà ? Ne pas oublier le mascara, pensai-je tout en fouillant dans la masse de rouge à lèvres du tiroir. Je détestais ça, cette petite brosse ressemblait à un instrument de torture et tandis que je me l’appliquais en grimaçant, je me la plantai à moitié dans l’iris et poussai un petit cri surpris. Je battis des paupières très vite pour ne pas pleurer, essuyant d’un revers de main les dégâts.

J’avais toujours aimé les mises en scène, encore plus depuis que j’avais commencé à faire du théâtre. Maman m’avait inscrite dans des cours pour le mois d’août, car je n’avais rien d’autre à faire de mon temps. Il faut dire que nous n’avions pas les moyens de bouger, mes deux parents travaillaient durant tout le mois et nous avions dépensé nos économies pour aller en Suède deux semaines en juillet. J’avais été très excitée de retrouver mon pays natal, les balades en vélo, les glaces et le marché du dimanche sur le port avec le poisson frais et délicieux, qui n’avait rien à voir avec ceux achetés au supermarché d’à côté de la maison. C’était Mamie Freja & Papi Mark qui nous avaient accueilli, probablement très contents de revoir Maman, leur fille, surtout que nous n’étions jamais retourné en Suède depuis que nous avions déménagé à Liverpool. Maman y été retourné deux ou trois fois pour un week-end, mais les billets d’avion coûtaient cher et c’était au-dessus de nos moyens. La maison de mes grands-parents était dans Stockholm même, ce qui était encore plus chouette que notre ancienne habitation un peu en banlieue, et j’avais passé deux semaines à profiter du soleil frais et des joies de ma capitale favorite. Ces jours, trop courts à mon goût, m’avaient rappelé à quel point j’aimais ce pays et combien il était plus mien que ne l’était l’Angleterre. J’en aimais chaque détail, des gens à la nourriture, en passant par les pistes de vélos et les musées.

J’avais profité de mon retour pour revoir mes anciennes amies avec qui je n’avais jamais vraiment gardé contact. J’étais partie lorsque j’avais six ans et si nous avions commencé à écrire quelques lettres, bien vite nous avions laissé le temps faire son travail. Il n’y avait que les filles d’amies d’école à ma mère que j’avais revu cet été, car Maman avait elle, gardé contact avec beaucoup de gens là-bas. J’avais donc retrouvé quelques anciennes copines qui avaient à peu près le même âge que moi, et comme j’avais fait beaucoup d’efforts pour garder mes bases de suédois et qu’elles parlaient bien anglais, je n’avais pas eu trop de problèmes pour communiquer. Nous étions donc un petit groupe de cinq, moi, Kathia, Emily, Prescilla et Amanda. Il y avait certes une barrière étrange, car elles ne connaissaient pas la magie ce qui m’obligeait à cacher une part de mon identité, mais j’avais trouvé le contact étrangement simple avec elles. Nous riions beaucoup, nous jouions à cache-cache dans les parcs, elles m’amenèrent dans leurs musées préférés –heureusement d’ailleurs car je ne pouvais pas compter sur Alex ou Caro dans ce genre de cas. J’avais gravé tout au fond de mon cœur les souvenirs de ces semaines, lorsque nous étions allés à un concert sur le port et que nous avions fait une bataille d’eau, avant que nous allions tous dormir chez Kathia, rentrant à pieds dans les rues animées de Stockholm sous le soleil couchant qui dispersait sa lumière orangée. Nous nous étions promis, toutes les cinq, de nous écrire pour rester en contact et Maman m’avait promis que je pouvais les inviter à la maison quand je le voulais.

J’avais donc été un peu amère en rentrant à Liverpool, à quelques exceptions près. Premièrement, j’avais retrouvé Serghei. C’était une étrange constatation, mais je savais que j’aurais troqué mon pays natal, même un continent, contre mon meilleur ami. Pendant que j’étais en Suède, nous nous étions un peu écrit, mais il m’avait terriblement manqué et j’avais aussi réalisé que je ne voulais pas passer le mois d’août sans pouvoir le voir –Poudlard m’avait habitué à ce délicieux privilège et je ne pouvais pas attendre un long mois pour y avoir à nouveau droit. Nous avions donc mis en place un stratagème pour nous voir un peu malgré tout, dès que ces grands-parents et sa mère allaient à l’église par exemple, ou très tard le soir quand tout le monde dormait, nous mettions nos réveils et nous faufilions par les portes de derrière pour nous retrouver dans nos jardins. J’avais ainsi pu lui offrir son cadeau, un ouvrage sur la sorcellerie nordique que Maman m’avait aidé à trouver dans le quartier sorcier de Stockholm, qui je crois lui avais beaucoup plu. Je lui avais aussi trouvé des petites figurines en bois d’aigle et de blaireau, pour lui rappeler nos maisons respectives –j’aimais bien les livres, mais je n’offrais jamais ça aux gens habituellement et je voulais que Serghei ait quelque chose qui lui ressemble, le livre, et qui me ressemble, les figurines. Et puis, j’avais aussi besoin de l’aide de mon meilleur ami pour qu’il me fasse réciter mes pièces de théâtre !

C’était Maman qui avait eu l’idée, à force de me voir déclamer les passages préférés de mes livres ou de mes films. Il y avait un club de théâtre qu’elle connaissait, car la fille d’une amie à elle y été inscrite, et il me suffisait de prendre le bus pour m’y rendre. Je m’étais donc inscrite, plutôt par curiosité que par réelle envie, car il y avait des cours quasiment tous les après-midi, sauf le week-end et le mercredi, et que ça allait occupé mes longues journées. Nous étions huit, plus la prof, pour la plupart débutant, le but étant de monter une représentation avant la fin de l’été d’une pièce que nous allions écrire. Mais nous avions commencé par des textes plus classiques, parfois simples et parfois plus littéraires, comme Shakespeare. Je ne m’étais pas trop pris la tête au départ et pourtant, au fur et à mesure que je m’entraînais ou que je déclamais devant les autres, je sentais une drôle de satisfaction qui montait et un vrai désir de m’améliorer. J’étais poussée par ma mère qui me trouvait très douée, mais après tout Maman était indulgente avec moi et son avis ne comptait pas trop. Notre prof, Sandy, qui pourtant été habituée à travailler avec des professionnels, avait pourtant vu en moi un potentiel immense et était très impressionnée de mes progrès et de mon travail. J’étais flattée, mais je ne voulais pas trop m’emballer, si bien que je n’avais pas dit à Serghei les compliments que je recevais. Je lui avais expliqué que je faisais du théâtre, et il m’avait vu lire dans mon jardin des pièces, ce qui l’intriguait beaucoup car je n’avais jamais été une grande lectrice. Un après-midi où nous avions pu nous voir, il m’avait demandé de lui montrer ce que je faisais. Je lui avais donc donné mon exemplaire de Romeo et Juliet, qui était l’un de mes pièces préférées, et je lui avais demandé de lire les passages de Romeo pendant que je jouais Juliet avec un partenaire imaginaire. Au début, ça avait étrange car j’avais toujours l’impression de me dévoiler autant que je me cachais quand je jouais, mais je m’étais laissée en essayant d’ignorer mon meilleur ami et le livre. Je crois que si au départ mon meilleur ami avait cru à un passe-temps, il avait été assez… Etonné de me voir réciter et jouer, parce que la mise en scène comptait beaucoup pour moi, et je crois même qu’il m’avait trouvé douée. Plus qu’il ne l’aurait cru.

La pièce que nous montions avançait beaucoup. J’avais eu l’idée d’un scénario qui avait plu aux autres, il s’agissait de mêler des pièces classiques à ce que nous écrivions. C’était donc l’histoire d’une compagnie de théâtre qui, au fur et à mesure des répétitions et des textes, se découvrait et il y avait souvent des parallèles entre les histoires personnelles des personnages et ceux fictifs qu’ils jouaient. C’était, Serghei me l’avait expliqué, une mise en abime du théâtre dans le théâtre, et il trouvait l’idée très intelligente. Mais cet après-midi, j’avais un objectif bien différent, même si je ne pouvais pas m’empêcher d’y ajouter un peu de mise en scène avec ma tenue d’espionne. Si j’avais passé l’été au milieu de mes pièces et de mes vers, j’avais aussi beaucoup parlé avec Serghei et de nombreuses fois, il avait abordé le sujet de son père. Malgré lui, il enquêtait un peu, il devinait des choses dans les attitudes de sa mère sans jamais oser aller plus loin dans son investigation. A la fois, je voulais le pousser car je savais que ça comptait plus qu’il ne l’assurait, mais je ne voulais pas le forcer. J’étais rongée par le désir de savoir aussi, de l’aider, et j’avais fini par faire mon choix lorsqu’il y a quelques jours, mon meilleur ami avait mentionné sa mère en train de ranger une lettre visiblement précieuse dans une boite. Les lettres que l’on garde sont toujours les plus importantes, et j’étais sûre que cette boite devait contenir des lettres du père de Serghei, car d’après lui ses parents avaient dû garder contact. Aujourd’hui, sa famille était à un repas important avec leur rabbin, je crois, et j’avais décidé de sauter sur l’occasion.

Je finis par sortir de la salle de bain, pour me diriger en bas. J’entendais le bruit de la télévision devant laquelle étaient sûrement affalées mes sœurs, Kathleen exceptée parce qu’elle lisait dans sa chambre. Le jardin de Serghei et le mien étaient séparés par un muret facile à escalader si on utilisait une chaise pour s’élever un peu, du reste il ne me fallait que la force de mes bras. Je me hissais, avant de sauter dans le jardin de mon meilleur ami. Maintenant, c’était plus compliqué. J’avais réfléchi longtemps à ma tactique, car la porte arrière allait être fermé, j’avais observé la maison sous tous les angles depuis ma fenêtre. J’avais fini par trouver la faille. A l’arrière de la maison, le toit du rez-de-chaussée donnait sur la façade du premier étage, et il y avait la gouttière qui serpentait le long d’une fenêtre toujours entrouverte, sûrement pour aérer la maison. Si j’atteignais le toit, je pourrais m’aider de la gouttière et atteindre la fenêtre. Bon. Discrètement, je posais mon pied nu sur petit muret qui longeait les fondations de la maison. M’accrochant ensuite à une fenêtre, je m’hissais sur le rebord de celle-ci avant de le poser sur la poignée de la porte arrière. Je pris une grande inspiration et me propulsai, accrochant mes doigts fins sur le rebord du toit. Je m’extirpais alors, poussant sur mes muscles de l’avant-bras, pour réussir à atteindre le toit plat en ardoise, remerciant ma mère d’avoir eu l’idée de m’amener faire de l’escalade tous les dimanches matins cet été –et puis avec mes escapades dans les arbres, j’avais l’habitude. Je serai mon bandeau, prenant une nouvelle fois une grande inspiration. La fenêtre n’était pas très haute mais j’allais devoir monter le long de la gouttière quelques centimètres. J’attrapais le cylindre métallique et sans réfléchir plus longtemps et en ignorant le métal chauffé par le soleil qui me brûlait les paumes, je la remontais le plus vite possible pour ne pas perdre mon élan avant d’attraper le rebord le cadre de la fenêtre et de m’hisser sur le rebord. Je poussais un soupir de soulagement, et l’ouvrant en grand, je sautais à l’intérieur de la maison. Mon cœur battait la chamade, mais je n’avais pas une seconde à perdre. Je me faufilais le long du couloir, Serghei m’avait montré chez lui la semaine dernière, et j’atteignis la porte de la chambre de sa mère que j’ouvris tout doucement, pour m’y glisser.

Serghei ne m’avait pas dit à quelle heure ils comptaient revenir, mais le temps était de toute manière compté. J’étais une fille, et moi aussi j’avais des trésors cachés, j’avais donc une idée précise d’où pouvait se trouver la boite. Je m’accroupis et jetai un coup d’œil sous le lit. Rien. J’ouvris la penderie et, écartant les longues robes et manteau, je tombais sur le repère des boites à chaussures. Ça devait être là, pensai-je, et je soulevais les couvercles des boites d’en dessous, jusqu’à qu’une attire mon attention car elle ne contenait pas de chaussures… Mais des lettres. J’étouffais un cri de victoire, et je sortis la boite, mémorisant au préalable son emplacement. Je la posais sur le sol et je l’ouvris délicatement, regardant comment était classées les lettres pour être sûre de tout remettre en place. C’était chronologique, et je décidais par conséquence de remonter au début. Les lettres étaient des parchemins, ce qui me laissait penser que le père de Serghei était un sorcier – tout s’expliquait ! Tremblante, je pris la première lettre mais en me relevant légèrement, je me cognai la tête au bureau, poussant un cri de surprise et de douleur. Mais c’est alors que j’entendis un bruit, et je me figeais. Il… Il y avait quelqu’un dans la maison ?! Je tendis l’oreille et me concentrai. Quelqu’un… Quelqu’un venait ! Le cœur tambourinant, j’attrapai la boite et me glissai dans l’armoire, le souffle court. J’entendis la porte s’ouvrir et, de ma main qui ne tenait pas la boite, j’écartais les robes derrière lesquelles j’étais pour regarder dans l’entrebâillement de la porte. Je reconnus bien vite la silhouette, et je me sentis soulagée –mais qu’est-ce que faisait Serghei là, il n’était pas allé au déjeuner ?!

Doucement, j’ouvris la porte et je le vis se retourner en même temps que je sortis d’entre les tissus aux couleurs froides, et je posais mon index sur mes lèvres, ne pouvant retenir un petit sourire devant ses yeux écarquillés.

- J'ai le manteau de la nuit pour me soustraire à leur vue. D'ailleurs, si tu ne m'aimes pas, qu'ils me trouvent ici ! J'aime mieux ma vie finie par leur haine que ma mort différée sans ton amour. Récitai-je, me remémorant les vers de Shakespeare issus de Romeo et Juliet, en désignant d’un bout des doigts mes habits sombres.

Puis, parce que j’avais la boite sous le bras, je la posai doucement sur le sol, et je m’assis sur mes genoux, regardant les lettres, puis Serghei.

- Tout est là. Dis-je simplement. Je… Je crois que finalement, je n’ai pas envie de lire, si tu n’as pas envie. Je le réalisai à présent, ce secret, je voulais avant tout que Serghei le connaisse, je n’étais que secondaire. Je mis le parchemin que j’avais pris sur le sol, le premier et donc celui qui recelait surement la clef du mystère, et levant mon regard vers mon meilleur ami, je lui tendis ma main pour l’inviter à me rejoindre –et aussi peut-être, parce qu’il avait besoin de soutien pour la lire. On peut le faire ensemble, si tu veux.

Parce que nous étions meilleurs amis et que nous pouvions tout partager, même les secrets les plus enfouis et douloureux qui englobaient la naissance de Serghei.



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Serghei Vacaresco
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MessageSujet: Re: "And summer it begs." [S.]   Lun 24 Juin - 15:55




Serghei & Apple




Les vacances étaient bientôt finies. Le mois de juillet était le mois qui m'avait paru le plus long. Deux semaines sans elle. Deux semaines sans pouvoir lui écrire à la fenêtre devant me contenter des rares lettres que nous nous sommes écrites. Deux semaines où j'avais compris beaucoup de choses sur moi et sur elle. C'était la première fois qu'elle me manquait autant. Je pensais de plus en plus à elle. Je me demandais si elle s'amusait bien en Suède. Si elle pensait elle aussi à moi. Si elle avait rencontré d'autres garçons qu'elle aimerait plus que moi. Au début je ne voulais pas comprendre ce qu'il se passait en moi, j'avais réfuté l'hypothèse, parce que je ne pouvais pas ressentir ça. Pas comme ça. Apple était ma meilleure amie et si j'avais appris quelque chose à Poudlard, c'était que je n'avais pas le droit d'être jaloux, parce qu'elle m'aimait. Elle m'aimait comme son meilleur ami. Je n'avais pas le droit de l'aimer plus. On devait s'aimer de la même manière, autrement on serait malheureux tous les deux. Et je ne voulais pas qu'elle soit malheureuse, parce que je l'aimais. Tout ça était illogique. Quand elle est revenue, j'avais ressenti une douce chaleur dans ma poitrine. La revoir, elle, son sourire, ses yeux bleus. Apple avait changé, tout comme moi j'avais changé depuis nos premiers pas à Poudlard. Nous étions en pleine puberté, c'était donc tout à fait normal. Nous allions avoir quatorze ans. Mes cheveux avaient encore un peu poussé, Apple était plus féminine. Nos anniversaires n'étaient pas si éloignés. Elle est née le deux mai, le même jour où en 1536, Anne Boleyn fut arrêtée et emprisonnée pour sorcellerie notamment. Moi je suis né le premier avril. Ironique, n'est-ce pas, le premier avril... Comme si toute mon existence n'était qu'une farce. Une farce aux yeux de ma famille, une farce aux yeux de la communauté, une farce aux yeux des voisins et des personnes de mon âge. En grandissant, je n'avais pas reçu énormément de considération, les seules personnes se souciant de moi étant Apple et Alec.

Aujourd'hui était pourtant une journée différente des autres. Le rabbin de notre quartier à Liverpool avait contacté Emilian, Madalina et ma mère pour parler de la célébration mon Bar Mitsvah. Cela faisait déjà un mois qu'il venait à la maison pour essayer de les convaincre. Ma famille - et par là je voulais surtout dire Madalina - refusait que l'on célèbre ce rite de passage, elle me considérait impropre à suivre les commandements de Dieu et à devenir un homme. Pour beaucoup de jeunes garçons juifs, ce rite n'avait plus rien de religieux contrairement à elle. C'était surtout une excuse comme une autre pour faire la fête, avoir de l'argent de poche et des tas de cadeaux. Pour ma part, je n'en avais rien à faire, je m'intéressais à la religion uniquement d'un point de vue philosophique et si je pouvais échapper à cette pseudo-fête organisée en mon honneur, cela m'éviterai une humiliation publique. Je n'avais pas d'amis à inviter et ni Apple ni Alec n'aurait été les bienvenus, ma grand-mère n'aurait jamais accepté que des non-juifs participent à cette célébration. Pour une fois j'étais d'accord avec ma grand-mère : pas de Bar Mitsvah pour moi. Ce n'était pas l'apprentissage de l'hébreu et la mémorisation des passages religieux qui me faisait peur ni même le fait de marquer le fait que je sois majeur aux yeux de la communauté, mais je n'avais tout simplement pas envie d'être le centre d'attention. Je n'avais pas envie de supporter l'hypocrisie de la communauté seulement ce jour-là, alors que l'on m'ignorait le reste du temps. Je ne faisais pas partie de leur groupe. Le problème était le suivant : étant né d'une mère juive, j'étais automatiquement juif. En tant que tel, le rabbin voulait donc que je passe ce rite initiatique obligatoire et il avait sorti les grands moyens en les invitant tous les trois à déjeuner, un déjeuner prévu depuis une semaine. J'en avais bien sûr parlé à Apple, mais sans lui préciser la nature exacte de ce repas auquel je n'assistais pas, mais cela non plus je ne lui avais pas dit. J'étais donc seul dans ma chambre depuis midi et demi et de nombreuses possibilités s'offraient à moi. J'avais le choix entre répondre à la lettre que j'avais reçue de la part d'Alec ce matin ou vérifier par la fenêtre dans le but de savoir si Apple était dans sa chambre pour lui proposer de sortir un peu.

C'était un peu la nouveauté de cet été. Poudlard nous avait permis d'être physiquement proches et Apple m'avait clairement fait comprendre que l'on devait trouver un moyen de se voir comme on se voyait à Poudlard. Pour ma part, ce n'était pas si facile de sortir de chez moi. Je pourrais simplement passer la porte et dire que je serais de retour avant le dîner, mais je ne sortais pratiquement jamais dehors, sauf quand j'avais besoin d'aller à la bibliothèque dans le quartier voisin et je n'y allais pas souvent avant d'aller à Poudlard. Commencer à partir de la maison régulièrement aurait piqué la curiosité de Madalina, elle aurait commencé à enquêter et aurait rapidement découvert que je sortais pour passer du temps avec Apple. De plus, le quartier était habité par beaucoup de personnes appartenant à la communauté. Je devais donc également me méfier des voisins. J'avais alors monté un plan avec l'aide de ma meilleure amie. Le seul moyen de nous voir était quand j'étais seul chez moi ou alors tard le soir, même si c'était un peu plus dangereux à cause des insomnies répétées de ma mère ces derniers temps. Pour le moment notre stratagème fonctionnait parfaitement. Vers la fin du mois de juillet, elle m'avait même offert des cadeaux qu'elle avait achetés en Suède. J'étais gêné au début, n'ayant pas l'habitude de ce genre de marque d'affection, mais j'avais rapidement surmonté ce sentiment. Je l'avais remercié en la serrant longuement dans mes bras, chose que je ne faisais pas généralement, mais avec ce que j'avais compris quand elle est partie additionné au fait qu'elle me manquait beaucoup depuis le début des vacances, ce câlin était parvenu à mon esprit comme une évidence. Le livre, que j'avais déjà lu en entier, traitait de la magie nordique. Apple me connaissait très bien, elle savait que ce genre d'ouvrage répondrait aux questions que je me posais sur les autres formes de magie dans le monde. Les pays nordiques avaient eux aussi leur école de magie, mais elles étaient nettement moins bien que Poudlard qui restait la meilleure d'entre toutes. Elle m'avait également offert deux petites figurines de bois représentant respectivement un aigle et un blaireau. Les symboles de nos deux maisons. Ce cadeau représentait parfaitement tout ce que j'aimais chez Apple, son naturel et sa spontanéité.

L'autre nouveauté de l'été, c'était ces cours de théâtre auxquels Apple était inscrite depuis début aout. Elle voulait lors de nos entrevues secrètes que je lui fasse réviser ses textes. Elle m'avait dit qu'elle faisait du théâtre depuis le jour où je la voyais lire de façon régulière dans son jardin. Non pas que je pensais qu'Apple n'était pas capable de trouver un intérêt à la lecture, c'est juste que ce n'était pas son truc habituellement et puis si elle s'était prise de passion pour la lecture, alors elle m'en aurait parlé. C'est quand je lui avais posé la question qu'elle eut l'idée de m'utiliser comme une voix off. Elle récitait surtout des passages de Romeo and Juliet. L'une des œuvres les plus connues de Shakespeare. Pour elle, il était évident qu'elle joue le rôle de Juliet et que je prête ma voix à son Romeo. Son Romeo qui n'était pas moi, qui avait seulement ma voix toujours aussi imprégnée de cet accent dont je n'arriverai sans doute jamais à me débarrasser. Elle ne voulait pas de moi en entier, elle préférait jouer avec un partenaire imaginaire et même si au début cela m'avait blessé, je me suis vite rendu compte en lisant les didascalies, que ma gêne concernant les contacts physiques et mon cruel manque de lâcher prise aurait empêché Apple de progresser. C'était sa passion, elle avait un don pour ça et je devais savoir m'effacer, comme elle le faisait parfois avec moi, même si c'était difficile par rapport à ce que je ressentais pour elle dorénavant. Au fil de nos entrevues et au fil des scènes, je l'écoutais déclamer son amour à un Romeo imaginaire et je lui répondais, lui déclamant mon amour pour elle sans qu'elle ne puisse s'en rendre compte. Je continuais donc d'agir comme le Serghei qu'elle avait toujours connu, j'avais tout de même fait des recherches supplémentaires sur le théâtre, histoire de ne pas être trop à la traine comme dirait Apple. Je l'aidais donc dans ses mises en scènes et me lançais dans des explications de termes précis en rapport avec le sixième art.

Nos entrevues secrètes ne se limitaient pas à de simples répétions théâtrales, je pouvais lui parler de vive voix de ce qui me tracassait depuis quelques temps. Je lui parlais de ce père que je ne connaissais pas. Je lui parlais du fait que ma mère ne cherchait même plus à nier le fait qu'elle était toujours en contact avec lui. J'avais remarqué qu'elle recevait beaucoup de lettres. L'écriture sur l'enveloppe était toujours la même. Toujours cette même façon de barrer le zéro sur l'adresse. Je l'avais même surprise en train de ranger l'une d'entre elle. Un jour, alors que je marchais dans le couloir, je passais devant sa porte entrouverte et la vis assise sur son lit, une boîte posée à côté d'elle. Je m'étais arrêté pour l'observer discrètement avant de prendre mes jambes à mon cou pour éviter de me faire repérer. Je savais que l'identité de mon père se trouvait dans cette boîte, mais j'étais trop effrayé pour m'introduire dans la chambre et lire ces lettres. J'avais peut-être peur de la punition de Madalina si jamais elle était amenée à être au courant ou alors tout simplement peur de savoir qui était réellement mon géniteur après avoir tant rêvé de lui dans ma jeune enfance. J'avais parlé de tout cela à Apple, elle essayait de me pousser à aller plus loin dans mes recherches parce que c'était mon droit de savoir, mais je ne pouvais pas faire ça. Enfreindre les règles n'étaient pas une chose que je faisais facilement, sauf évidemment quand il s'agissait de voir Apple.

Pour le moment je devais avouer que j'avais plus envie de voir Apple, que de me pencher sur mon bureau pour répondre à Alec, j'aurais tout le temps ce soir, à tête reposée. Je me dirigeais vers ma fenêtre, espérant apercevoir Apple dans son jardin ou dans sa chambre. Je suis resté debout cinq petites minutes, mais aucune trace d'elle. Elle était peut-être partie faire un tour avec sa mère, ou alors elle était en train de promener le chien d'un des voisins du quartier. Je suis retourné m'asseoir sur mon lit, un peu déçu qu'elle ne soit pas là. J'avais toujours envie de la voir depuis que je sais ce que je ressens pour elle. Je me laissais tomber sur le dos, une mèche de cheveux noirs me cacha un tantinet la vue du plafond blanc. Apple m'avait demandé une fois pourquoi je n'allais pas chez le coiffeur pour couper la masse qui me servait de cheveux. Je n'avais pas su quoi lui répondre. Je n'avais jamais vraiment aimé l'image que me renvoyait le miroir, je trouvais toujours mon nez trop écrasé. Peut-être que j'essayais d'attirer l'attention sur mes cheveux plus longs que les autres garçons de mon âge, je ne sais pas, je n'y avais jamais vraiment réfléchis et puis au bout du compte cela ne déplaisait pas tant que ça. Je continuais de fixer le plafond en pensant à Apple, à ce qu'elle pouvait bien faire en ce moment. Pensait-elle à moi ? Avait-elle envie de me voir, de jouer avec moi ? C'était les questions que je me posais sans cesse depuis qu'elle était partie. Un bruit vient déchirer le silence. Je m'étais redressé un peu surpris. Les membres de ma famille n'avaient pas pu rentrer, pas si tôt. Le rabbin n'était pas un homme connu pour lâcher le morceau aussi facilement, tout comme Madalina. Le bruit venait de l'étage. Quelqu'un était rentré dans la maison. Je cherchais ma baguette sous mon lit, mais je n'avais pas le droit d'utiliser la magie en dehors de l'école, ce qui me fit légèrement paniqué. Je ne pouvais pas prendre le risque de me faire priver de mes pouvoirs. Je regardais dans ma chambre à la recherche d'un objet contondant pouvant assommer l'intrus qui avait pénétré dans la maison. Mes yeux se posèrent sur mon atlas que je m'empressais de retirer de l'étagère sur laquelle il reposait sagement depuis le début de l'été. Je suis ensuite sorti de ma chambre. Dans le couloir j'ai senti un petit courant d'air, sachant parfaitement d'où il provenait. Le petit débarras qui était en réalité une quatrième chambre qui n'a jamais servie. Ma mère laissait toujours la fenêtre de cette pièce ouverte et elle n'avait pas pensé à la refermer avant de se rendre au repas avec le rabbin. Il n'y avait personne, mais en longeant le couloir je vis la porte de la chambre de ma mère très légèrement entrouverte alors que j'étais sûr qu'elle l'avait fermé correctement avant de partir. J'ouvris alors la porte de la chambre, il n'y avait personne... la porte de son armoire était entrouverte, mais...


« J'ai le manteau de la nuit pour me soustraire à leur vue. D'ailleurs, si tu ne m'aimes pas, qu'ils me trouvent ici ! J'aime mieux ma vie finie par leur haine que ma mort différée sans ton amour. » Apple se tenait là, dans l'armoire de ma mère et elle récitait une fois de plus Shakespeare. Je déposais l’atlas sur le bureau de Catalina. « Apple ! Mais bon sang comment tu es arrivée là... Tu es passée par la fenêtre du débarras ? Mais tu es folle, tu aurais pu te blesser et si jamais mes grands-parents rentrent à l'improviste et te trouvent là avec moi ! Toi et ta famille allez avoir de gros ennuis ! Et moi aussi d'ailleurs ! Et qu'est-ce que tu fais avec cette boîte ? Ne me dis pas que... »

Je l'observais interloqué, mon muscle cardiaque battait à tout rompre.

« Tout est là. Je... Je crois que finalement, je n'ai pas envie de lire, si tu n'as pas envie. » Elle posa un parchemin sur le sol. « Apple, je t'ai déjà dit que connaître son identité n'était pas… n’était plus importante. » Elle devait savoir que je mentais. C'était important pour moi, pour ma construction en tant qu'être humain. J'avais toujours voulu savoir d'où je venais vraiment. « On peut le faire ensemble, si tu veux. » Ensemble. Le parchemin était là. Il n'y avait qu'à lire, Apple était là pour me soutenir. C'était mon droit, c'est elle-même qui me l'avait répété. Je me suis donc mis à genou face à elle. Elle avait raison. C'était mon droit. « C'est la toute première lettre ? » Elle acquiesça. « La date remonte à plusieurs mois avant ma naissance, tu as vu ? » J'ai pris le parchemin entre mes mains et commençais ma lecture. L'écriture de cet homme était petite et serrée, les lettres étaient droites, même si l'on voyait qu'elles avaient été écrites à la plume. « Tu crois que mon père est un sorcier ? C’est du parchemin comme on utilise pour nos devoirs et regarde la lettre a été écrite à la plume... » Je décidais de ne pas trop m'attarder sur le contenu de la lettre, il lui disait surtout qu'il pensait beaucoup à elle et qui l'espérait la revoir rapidement et je lisais finalement son prénom à la fin de la lettre. « Richard. Il s'appelle Richard. Et il vivait ici, à Liverpool, à l'époque de la lettre. » Je tournais le parchemin, je cherchais un indice sur le lieu de sa résidence... rien. La romance entre mes parents ne m’intéressait pas vraiment. Tout ce que je voulais c’était des indices sur son identité et tout le reste. « Il n'y a rien d'autre d'intéressant sur cette lettre... on continue ? Il y a surement d'autres indices sur l'endroit où il vit, ou alors une photo dans cette boîte ! » Peut-être même qu'il parlait de moi. Je commençais à remplir mon cœur d'espoir, ayant presque envie de sourire à la vue de ces lettres, symbole de mon identité retrouvée et le plus beau, c’était qu’Apple était là pour vivre cet instant avec moi. C’était même grâce à elle que je vivais cet instant et c’est aussi pour cela que je l’aimais, parce qu’avec elle je me dépassais et me surprenais moi-même.





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Dernière édition par Serghei Vacaresco le Mer 21 Aoû - 0:36, édité 1 fois
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Apple Hunt
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MessageSujet: Re: "And summer it begs." [S.]   Mer 17 Juil - 0:13




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And summer it begs
It begs us to prove
That we can last
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And that there
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That's what gives them their meaning."



Summer Begs - Sarah Jaffe




Lorsque le craquement retentit, je tentais de ne pas laisser la panique s’envahir. J’étais trop impulsive pour avoir réfléchis à un scénario catastrophe où les grands-parents de Serghei débarquaient. Honnêtement, je ne voulais même pas les prendre en compte dans ma vie, ils me la pourrissaient déjà assez. Ils me considéraient comme inférieure pour une histoire de religion, mauvaise pour Serghei qu’ils n’aimaient même pas à sa juste valeur, et à cause d’eux, je devais me restreindre de voir ma personne préférée sur terre – à égalité avec Maman, certes. Habillée comme une ninja, j’étais persuadée d’avoir une protection contre eux, même si ce n’était que mon imagination qui m’assurait cette armure ; je m’étais pourtant persuadée que j’étais intouchable. Ils ne me faisaient pas peur, et puis, ils étaient à ce maudit déjeuner avec je-ne-sais-plus-qui, tout comme Serghei et sa mère. Du moins, c’était ce que j’avais prévu. Quand donc les bruits de pas résonnèrent, je ne pris pas non plus le temps de construire un scénario pour m’échapper. Je décidai de me cacher, et songeai d’ailleurs que je n’avais pas réfléchis à un moyen pour sortir de la maison. La porte de derrière, sûrement, et je la laisserais ouverte en espérant que Madalina n’accuse pas Serghei de l’avoir laissé ouverte. Je ne pus penser plus longtemps, puisque je repris enfin une respiration normale en voyant mon meilleur ami pénétrer dans la chambre. Je sortis donc, déclamant mes vers de Shakespeare malicieusement. J’étais amusée de sortir la pièce de son contexte, et de voir les yeux bruns du Serdaigle s’agrandirent, comme s’il venait de voir un fantôme – enfin depuis Poudlard, ça ne l’étonnait plus trop, à ma grande joie !

Apple ! Mais bon sang comment tu es arrivée là... Tu es passée par la fenêtre du débarras ? Mais tu es folle, tu aurais pu te blesser et si jamais mes grands-parents rentrent à l'improviste et te trouvent là avec moi ! Toi et ta famille allez avoir de gros ennuis ! Et moi aussi d'ailleurs ! Et qu'est-ce que tu fais avec cette boîte ? Ne me dis pas que...

Eh ben dis donc, on le changeait pas mon petit Serghei ! De suite, les grands mots, les grands gestes, l’inquiétude… Evidemment, ce n’était pas lui qui aurait pu prévoir ce genre de plans. Ou alors, il y aurait passé plusieurs mois, réfléchissant à chaque option possible, chaque passage, chaque risque. Je voyais d’ici le tableau et les pourcentages. Mais il fallait parfois se décider plus rapidement, et la preuve était sous nos yeux : j’étais là, avec la boite dans les mains, la boite qui détenait toutes les réponses. Ça valait bien un peu d’escalade et des genoux écorchés. J’étais habituée, de toute façon, et il le savait bien. Cependant, lui n’avait pas l’air habitué au danger, et je réalisai alors qu’il avait un énorme atlas dans les mains, qu’il posa sur la table. Sérieusement ? Il comptait se défendre… Avec un atlas ?! Je manquai d’éclater de rire. La science était une arme, certes, mais là, c’était un peu pousser !

- Sérieux, un atlas ? Tu comptais m’attaquer avec un atlas ? Non, vraiment, je ne pouvais pas ; je me mis à rire en enfouissant mon visage dans mes mains. Et les prises de karaté que je t’ai apprise hein ? Yihaaaa ! Dis-je, tentant un accent chinois, et imitant une position où j’étais en équilibre sur un pied, et les bras au-dessus de ma tête. Je perdis l’équilibre un instant, me cognai contre l’armoire et laissai échapper un juron. Aïe !

Je frottai mon coude et lançai un regard désolé à Serghei. J’étais consciente que l’heure n’était pas aux jeux, bien au contraire. Mais je voulais détendre l’atmosphère que je savais lourde… Depuis que je connaissais Serghei, il était cet enfant sans père, un peu étrange, qui n’avait rien de la blondeur de sa mère, et qui avait le cerveau trop productif pour être totalement normal. Il était décalé, et l’absence d’un père ne faisait qu’accentuer ce que les autres enfants ne pouvaient pas comprendre. Moi, je l’avais toujours aimé comme ça, mais depuis aussi longtemps que je puisse me souvenir, je me rappelais de sa voix lorsqu’il parlait de son père, ou de parents en général… Il n’était pas envieux, ni même curieux, c’était simplement comme si un bout de lui réclamait la vérité que le reste n’arrivait pas à accepter de vouloir. Quelque chose bouillonnait en lui, quelque chose qui était assez téméraire pour chercher la réponse. Mais ce trait était plus marqué chez moi, et j’avais donc décidé de m’en servir pour l’aider. Oh bien sûr, j’avais hésité longtemps… Ce n’était pas mes affaires, après tout, n’est-ce pas ? Mais ça, c’était faux. J’étais sa meilleure amie, et je devais l’aider. Il ne m’en voudrait pas, je l’espérais, et je croisais les doigts pour que la découverte le rende assez heureux pour qu’il ne soit pas fâché de mon escalade et des risques que je nous faisais prendre. Qu’allions-nous découvrir ? J’en avais le cœur qui battait, légèrement d’inquiétude. Je craignais et à la fois j’étais impatiente, et j’espère que Serghei voulait voir tout ça avec moi – moi, je n’imaginais aucun de mes secrets sans lui, en tout cas.

Apple, je t'ai déjà dit que connaître son identité n'était pas… n’était plus importante.

Je pinçai les lèvres et fronçai les sourcils. Je savais qu’il mentait, et il savait que je savais. Nous avions dépassé ce stade depuis longtemps, pourtant, et je voulais que pour une fois, il avoue ce dont il avait vraiment envie. Même si c’était mal de lire cette correspondance, même si c’était risqué… On était tous les deux, rien ne pouvait nous arriver. N’est-ce pas ?

C'est la toute première lettre ? La date remonte à plusieurs mois avant ma naissance, tu as vu ? Tu crois que mon père est un sorcier ? C’est du parchemin comme on utilise pour nos devoirs et regarde la lettre a été écrite à la plume...
- Je me suis faite la même réflexion, je pense que oui,
confiai-je à voix basse. Je regardai Serghei lire, le cœur battant ; je n’osai pas moi-même lire une lettre.
Richard. Il s'appelle Richard. Et il vivait ici, à Liverpool, à l'époque de la lettre. Il n'y a rien d'autre d'intéressant sur cette lettre... on continue ? Il y a surement d'autres indices sur l'endroit où il vit, ou alors une photo dans cette boîte !

Je lui fis un sourire. J’étais heureuse de le voir ainsi, parce que je sentais bien que l’excitation le gagnait aussi. Il allait surement être soulagé après cette découverte… Que changerait-elle ? Je ne savais pas encore, après tout, il y avait peu de chance qu’il puisse rencontrer son père, le voulait-il seulement ? Je l’ignorais, la question n’était pas là pour le moment. Je laissai à Serghei le loisir de lire les lettres, ou de les survoler, car je n’osais pas rentrer dans l’intimité d’une telle correspondance. Je sortais les parchemins, constatant qu’ils étaient parfois récents, signe qu’ils se parlaient encore. Je fouillai, c’était un peu en bazar, avant d’étouffer une exclamation de joie et surprise.

- Une photo ! Je retins ma respiration, prenant le papier glacé entre mes doigts. Je levai alors les yeux vers mon meilleur ami, hésitante. Excuse-moi je… Tu aurais peut-être voulu la voir en premier… Murmurai-je, gênée. Mais je n’avais pas pu rater la photo, provenant d’un photomaton, où s’alignait quatre clichés de la mère de Serghei… Et de Richard. Je pris une grande inspiration et la tendis à mon meilleur ami, en lui jetant un regard encourageant. Je comprends mieux d’où vient ta tignasse… En tout cas, il a trop la classe, même plus que Hugh Grant, et en plus il te ressemble… Regarde son nez ! J’eus un petit rire. Ça va, ça fait pas trop bizarre de le voir ?... Demandai-je alors timidement.

Moi, en tout cas, j’espérais qu’il était heureux, soulagé, maintenant qu’une pièce du puzzle était à nouveau en place. Si on ne savait jamais vraiment qui l’on était, on pouvait au moins comprendre d’où l’on venait, pour mieux choisir où aller. Et j’espérais aussi que, peu importe où Serghei voulait aller, je serais avec lui.


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Serghei Vacaresco
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MessageSujet: Re: "And summer it begs." [S.]   Mer 21 Aoû - 1:35




Serghei & Apple




Était-ce inévitable de ressentir cela pour Apple ? Après tout ce temps passé ensemble à communiquer secrètement pour finalement être réuni, y avait-il seulement une autre issue pour mes sentiments que l’amour ? J’avais pu me rendre compte quand elle était partie que quelque chose avait changé en moi. Je n’avais plus faim, je pensais à elle sans arrêt au point de ne plus avoir envie de communiquer avec Alec… Je ne voulais plus d’interactions sociales avec personne sauf elle. Son départ avait remis en question mes sentiments. Des sentiments que j’avais essayé d’analyser parce que c’était plus fort que moi. Si j’en avais eu la possibilité, j’aurais placé des électrodes sur mon front pour voir quelles parties de mon cerveau étaient stimulées quand je pensais à elle, j’aurais fait des analyses sanguines pour voir quelles hormones étaient présentes en moi. J’avais vraiment besoin d’avoir des preuves scientifiques de ce que j’avais avancé, parce que j’avais du mal à concevoir mes nouveaux sentiments envers Apple. J’étais amoureux d’elle et dieu sait que je n’en avais pas l’intention. Cela s’était présenté à moi de manière un peu abrupt, comme une évidence, une fulgurance. Apple était gentille avec moi, elle était tout ce que je n’étais pas, tout ce que j’avais envie de devenir, tout ce que je ne serai jamais. Je m’étais rendu compte qu’en fin de compte elle était tout pour moi. C'était Apple. Je n'arrivais pas à expliquer pourquoi c'était elle, mais les signes ne pouvaient pas mentir. Ils étaient trop évidents, beaucoup trop évidents. Le cœur qui bat plus vite quand elle est là, mon manque d'appétit quand elle est partie en vacances, cette pointe de jalousie amère quand je l'imaginais s'amuser avec d'autres garçons que moi et le poids qui tombait dans ma poitrine quand je la voyais s'adresser à son Roméo imaginaire. J'avais peur parce que c'était la première fois que je ressentais cela et je ne savais pas comment m'y prendre, je ne savais pas comment lui dire ni même si je devais lui dire. Avec Apple on se disait presque tout. Je n'avais pas envie de lui faire du mal en lui avouant mes sentiments, parce que j'avais des sentiments pour elle, je ne pouvais plus le nier. Je ne savais pas ce que je ferais si elle n'était pas là.

« Sérieux, un atlas ? Tu comptais m’attaquer avec un atlas ? Et les prises de karaté que je t’ai apprise hein ? Yihaaaa ! … Aïe ! » Je me contentais de hausser les épaules en levant les yeux au plafond laissant échapper un petit soupir agacé. Elle n’aimait pas quand je prenais ce petit air condescendant, mais Apple était désespérément irrécupérable. J’avais peur qu’un jour son tempérament de gentille aventurière ne lui joue de mauvais tours.

Grâce à elle, je m'étais ouvert un peu plus, elle m'avait fait comprendre que les sentiments ne pouvaient pas tous avoir de signification scientifique et rationnelle. Elle m'avait appris que tout ne pouvait pas s'expliquer dans la vie. Elle essayait de m'apprendre tout cela doucement, pour pas que je ne fasse de blocage, elle savait que cela me perturbait de ne pas avoir d'explication scientifique ou basée sur des ouvrages fiables. Elle savait comment je fonctionnais et elle en prenait compte. Elle faisait attention à moi, elle se souciait de moi. Elle m'aimait. Sauf que je ne voulais plus qu'elle m'aime comme ça, j'avais envie que notre histoire prenne un autre chemin, je ne pouvais pas lutter contre les hormones produites par mon cerveau et cela me faisait mal de voir qu'elle ne me comprenait pas et qu'elle ne voyait pas dans mes yeux l'amour que j'éprouvais. Elle avait toujours su lire dans mes yeux. C'était comme si nous étions désormais sur deux chemins différents et j'avais peur que mes nouveaux sentiments brisent notre duo. J'avais tant besoin d'elle. Sans elle jamais je ne serais entré dans la chambre de ma mère. Je ne serais pas assis en train de faire la connaissance de mon géniteur à travers sa relation épistolaire qu'il entretient avec Catalina depuis toutes ces années. Cela ne me plaisait pas d'entrer comme ça dans l'intimité de ma mère vu la distance qui existait entre nous. Elle n'avait d'ailleurs jamais réellement été une mère pour moi. Elle avait confié mon éducation à Emilian. Elle ne m'avait jamais assumé, elle s'était seulement occupé de moi quand j'étais dépendant d'elle. Dès le moment où je pouvais me débrouiller tout seul, elle s'était empressée d'instaurer des barrières entre nous - et que j'avais toujours eu du mal à comprendre - elle avait immédiatement éprouvé ce désir de s'éloigner de moi et pour un petit garçon ce genre d'attitude est terriblement blessant. Alors, oui ! Oui j'avais éprouvé de la colère, de la rancœur pour ceux qui m'hébergeaient. Ils étaient la seule famille que j'avais et cette famille ne m'avait jamais accepté. C'était normal de leur en vouloir ! Même Apple ne les portait pas dans son cœur, je le savais ! Il n'y avait qu'à entendre le ton de sa voix quand elle parlait de ma grand-mère. Sa voix devenait plus grave, son ton était plus dur et son visage se renfrognait.

Aujourd'hui pourtant, en lisant les lettres de Catalina, je me rendais compte à travers les mots rassurants de Richard que si ma mère était aussi distante, c'était pour se protéger. Parcourant les autres lettres en prenant soin de noter leur place dans la boite, je continuais ma lecture. Dans une lettre datant de mes huit ans il écrivait qu'il était fier de mes compétences intellectuelles, de mes résultats scolaires et du fait que je lui ressemble tant. Une autre missive, datée de l'année de mes dix ans, racontait ce qui allait se passer pour mes onze ans, Poudlard et tout ce qu'il s'en suivait, il demandait à Catalina de ne pas se montrer si dure envers moi et qu'il ne comprenait pas pourquoi elle ne s'opposait pas à ses parents. Cette lettre confirmait le fait que j'étais de sang-mêlé. Dans un autre parchemin, il racontait qu'il avait envie de la revoir, qu'il avait envie de nous retrouver tous les deux. Il voulait vivre avec nous deux. Il voulait me connaître. Ces mots soulevèrent mon cœur. Avais-je envie de le voir ? Je ne savais pas et pourtant il y avait tant de questions qui se bousculaient à l'intérieur de mon crâne. Cette sensation d'avoir retrouvé mon père me fit prendre conscience du fait que je n'avais pas eu de mère. Elle m'avait tout caché volontairement, elle avait laissé ses parents prendre le dessus. Elle ne s'était pas battue pour moi et encore moins pour son couple. Pourquoi n’avais-je pas eu le droit à cette enfance heureuse qu’avait connu Apple ? Je levais les yeux pour la regarder. Elle cherchait quelque chose dans la boite. Elle était si belle avec son costume de ninja improvisé, son petit bandeau sur le front et son petit chignon dévoilant la peau blanche de sa nuque. Apple était très jolie. Sa symétrie faciale était plus qu’agréable et j’aimais parfois me perdre dans le bleu de ses yeux. Ses cheveux tombaient gracieusement dans son dos telle une cascade dorée. Le visage si pur d’Apple était gravé dans ma mémoire. Même en fermant les yeux, je pouvais toujours voir son visage.


« Une photo ! » Son exclamation me tira de ma contemplation et rapidement je reportais mon attention sur la lettre que je tenais entre mes doigts espérant qu'elle n'avait pas remarqué que je la regardais. Je finis par reporter mon attention sur elle, nos regards se confrontant, car je m'étais rendu compte de ce qu'elle venait de trouver dans les souvenirs de ma mère. « Excuse-moi je... Tu aurais peut-être voulu la voir en premier... » « On fait cela ensemble, non ? » La rassurais-je avant qu'elle me tende finalement le photomaton sur lequel mes parents posaient. « Je comprends mieux d'où vient ta tignasse... En tout cas, il a trop la classe, même plus que Hugh Grant, et en plus il te ressemble... Regarde son nez ! » Je touchais automatiquement mon appendice nasale quand elle fit la remarque. Je n'avais jamais aimé mon nez écrasé que je tenais de Richard. « Tais-toi, toi et ton petit nez retroussé d'apprenti ninja ! » Lui dis-je en riant. « Ça va, ça fait pas trop bizarre de le voir ? » J'hésitais un peu avant de répondre, ma ressemblance physique avec lui, toutes les questions que je me posais sur les raisons qui l'avaient poussé à nous abandonner... étrangement je ne me sentais pas aussi soulagé que j'aurais cru l'être. Il y avait un nouveau poids qui s'était ajouté. Le poids de la colère. Ce n'était pas comme s'il ne connaissait pas mon existence. Il savait qui j'étais, où je vivais, ce que je faisais. Il me connaissait par le biais des descriptions de ma mère, mais moi je ne savais rien de lui. Avait-il eu d'autres femmes ? D'autres enfants ? Où vivait-il ? Que faisait-il de sa vie ? Je n'avais que de lui quelques mots adressé à ma mère, un prénom et maintenant une photo. « Je ne sais pas… ce n’est pas comme je l’avais imaginé… je me suis sans doutes trop bercé d’illusions… » Je soupirais avant de reposer mes yeux sur Apple. « Merci. » Je me suis approché d’elle et je l’ai serré dans mes bras. Ce geste que je ne faisais que si rarement. Cette étreinte était spéciale, parce qu’elle m’était venu spontanément à l’esprit. Ce n’était pas seulement pour la remercier, j’avais besoin de la serrer contre moi. Cela m’apaisait. Serré tout contre elle, je pouvais sentir son parfum délicat et frais. Je devais lui dire maintenant, avant qu’il ne soit trop tard. Nous étions seuls. Il n’y avait ni ma famille, ni ses sœurs, ni même son Roméo imaginaire qui avait volé ma voix. Je défis mon étreinte et regardais mon amie dans les yeux.

« Apple… il faut que je te parle... » J’avais les mains qui devenaient moites. Mon palpitant s’emballait. C’était le moment. Le grand moment que j’attendais sans vraiment vouloir le voir arriver. « Apple… tu te souviens quand tu m’as dit qu’on ne pouvait pas expliquer scientifiquement les sentiments ? Et que je t’avais répondu que si, car il se passait tout un tas de réactions chimiques dans le corps ? » Je détachais mon regard du sien et je me mis à fixer mes mains qui tremblaient. J’espérais tellement qu’elle me comprenne sans que j’aie besoin d’aller plus loin. « Tu sais il parait que quand on se sent bien avec quelqu’un et qu’on pense tout le temps à elle, l’hypothalamus dans le cerveau produit de l’ocytocine, de la sérotonine, de la dopamine et tout un tas d’autres hormones… J’ai lu dans plusieurs livres que c’étaient ces substances qui font que l’on s’attache à une personne plus qu’à une autre et… et je crois que quand tu es partie en Suède, tu sais… enfin il y a eu comme un déclencheur neuronal et mon cerveau a produit beaucoup de toutes ces substances et elles sont comme des drogues… » Pourquoi c’était si difficile de lui dire ? Pourquoi c’était si difficile de la regarder dans les yeux ? Pourquoi je pouvais lui dire tout sauf cela ? « Ce que je veux dire de façon très maladroite c’est que tu m’as manqué… plus que je ne l’aurais cru, j’ai pensé à toi tout le temps et mon cerveau a libéré toutes ces hormones et… » Ma main tremblante pris la sienne douce et chaude et je la regardais dans les yeux. « Tu as toujours été là pour moi. Tu me fais avancer, tu me pousses à aller plus loin, tu m’aides à me construire et je serais perdu si tu n’étais pas là. » Je lâchais sa main et me décidais à scruter son regard bleu. « Apple, je suis amoureux de toi. »

La bombe était lâchée. J’avais donné ma voix à son Roméo imaginaire et maintenant je voulais qu’il prenne mon visage. Après tout n’étais-je pas comme lui ? N’était-il pas éperdument amoureux au point de faire de sa déclaration une exagération poétique ? Moi j’étais si amoureux d’elle que j’avais fait de la mienne une revue scientifique, parce que ce n’était pas prévu et que je ressentais comme un besoin de me justifier. Je voulais seulement être son Roméo.





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MessageSujet: Re: "And summer it begs." [S.]   Dim 1 Sep - 22:54




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That's what gives them their meaning."



Summer Begs - Sarah Jaffe




Il y avait toujours cette scène dans les films, où on apprenait l’identité du tueur, de la sœur cachée, et c’était le même scénario : une boite dans le grenier, un indice laissé par mégarde, ou non d’ailleurs, par l’un des concernés… J’avais vu et revu ce genre de moment, et pourtant, ça n’avait rien à voir. Il n’y avait pas de musiques en fond pour accentuer le suspense, aucun cri ou pleur, et à vrai dire, ça rendait la chose presque plus stressante, car elle était plus vraie. Il n’y avait rien de romanesque à la découverte de son père, c’était même plutôt triste, me semblait-il. Parce que Serghei n’avait pas de père, et qu’il n’en aurait jamais vraiment un. Un père, ce n’était pas des lettres dans une boite. Je n’aimais pas beaucoup le mien, pourtant, je trouvais qu’il avait enfermé Maman et l’avait transformé en une fleur fanée, mais il était une présence que je ne pouvais pas nier. C’était des détails stupides, mais parfois, je retrouvais des bouts de lui dans ma physionomie, Serghei m’avait expliqué l’ADN, mais aussi dans mes attitudes – ça, c’était l’éducation. Je considérais que c’était Maman et mon meilleur ami qui avaient fait de moi qui j’étais, mais mon environnement familial jouait, dans le bon comme dans le mauvais. Je savais m’occuper seule, être indépendante, parce que mes sœurs n’avaient jamais pris la peine de s’intéresser à moi. Même Papa, c’était un bon exemple, dans le sens où je tirais des expériences de ses attitudes : je m’étais toujours promise de ne pas être renfermé comme il l’était quand quelque chose n’allait pas. Voilà, c’était un enchaînement de petites choses qui faisaient que j’étais lié à mon père, et ce lien, Serghei ne l’aurait jamais. Et comme si ça ne suffisait pas, sa mère ne savait pas, à l’instar de la mienne, combler ce manque. Au contraire, elle l’accentuait. Je me sentais triste pour mon meilleur ami.

Je me rappelais que de nombreuses fois, j’avais voulu me plaindre de Papa, mais je m’étais retenu de peur de vexer le Serdaigle. Parce qu’il avait pire que moi, et qu’au fond, malgré tout ce qu’il disait, je savais que son père lui manquait. Peut-être pas… Physiquement, mais il voulait comprendre d’où il venait, ce qui était totalement justifié. Il était, en plus, bien trop scientifique pour ne pas sentir ce besoin de pouvoir relier les éléments et les expliquer. Ils se coordonnaient d’ailleurs un à un sous nos yeux, dans chaque lettre et dans chaque détail que nous pouvions trouver. Mentalement, je gravais cet instant en moi. J’avais l’impression de vivre quelque chose d’important, et mon humeur joyeuse était presque intimidée. Mais à la fois… Je me souvins du regard que m’adressaient parfois les autres, et surtout mes sœurs. Cet air de dire que je n’étais qu’Apple, cette petite fille souriante qui grimpait aux arbres et aimaient bien le rose, qui ne comprenait rien à l’art des manucures et qui jouait avec son édition d’Hamlet. Oui, j’étais une enfant, et à la fois, ce que je vivais là, n’était-ce pas une sorte de passage pour Serghei et, par déduction, pour moi ? De plus, j’avais pris les devants, j’avais osé chercher la vérité et pousser mon meilleur ami à la trouver avec moi. Je n’étais prétentieuse, mais pour une fois, je compris ce que ma mère voulait dire par être fière de soi. Je l’étais en cet instant, je sentais que j’avais fait quelque chose de bien, et j’étais contente. Même si, au fond, je doutais un peu de moi, et j’avais peur de faire quelque chose de mal – je me crispai un peu lorsque je pris la photo, avant Serghei.

On fait cela ensemble, non ?

Je repris ma respiration, et eus un immense sourire. Oui, ensemble. J’étais heureuse de le faire avec lui. Je lui tendis la photo, le regardant discrètement l’observer. Que sentait-il ? Est-ce qu’il était déçu, est-ce qu’il sentait un changement brusque en lui ? C’était un mystère qui se résolvait, je le savais… Et Serghei aimait les mystères à résoudre. Qu’en était-il, à présent ? Je tentais de détendre l’atmosphère en parlant de leurs nez, riant un peu.

- Tais-toi, toi et ton petit nez retroussé d'apprenti ninja !

Cette fois-ci, j’éclatai de rire, et enfoui ma bouche dans ma main pour me retenir. Puis, je l’ôtai, et tirai la langue à Serghei, riant toujours.

- Jaloux ! Je suis pas apprenti, je suis maître ! Bazingaaa ! Répliquai-je en imitant un accent chinois.

Je lui souris un peu plus tendrement que je ne l’aurais voulu, avant de retrouver un peu mon sérieux. Alors, que pensait-il de tout ça ? Timidement, je posai ma question, regardant le Serdaigle garder le silence un petit moment. A quoi pensait-il ? Parfois, j’aurais voulu pouvoir être dans son cerveau, pour savoir tout ce qu’il pensait et qu’il n’osait jamais dire. Mais il savait ce que nous étions, meilleurs amis, et ce que cela impliquait. Il pouvait tout me dire, jamais je ne l’aurais jugé, et je savais que c’était pareil pour lui. Avec lui, je n’avais pas peur, et j’espérais avoir la même aura rassurante qu’il me prodiguait.

Je ne sais pas… ce n’est pas comme je l’avais imaginé… je me suis sans doutes trop bercé d’illusions…

Je pinçai les lèvres, embêtée. Quelle théorie son cerveau avait-il pu élaborer, je l’ignorais. Mais j’aurais voulu qu’il ne soit pas déçu, qu’il soit heureux… Mais encore une fois, ce n’était pas comme dans les films. Le monde n’allait pas changer d’un coup sous le poids de la révélation. Les choses se seraient pas forcément plus faciles, moins douloureuses.

- Tu sais, ce n’est pas lui qui t’a construit, au final, ce n’est qu’un lien sanguin, ce n’est pas… Enfin, si, c’est important, si tu le veux. Tu peux choisir d’évoluer sans lui, si tu veux, tu crois pas ? Demandai-je un peu maladroitement.

Je ne savais pas ce qu’il voulait réellement. Il avait beau dire que ça lui était égal, je savais que non, et c’était la raison pour laquelle nous étions tous les deux ici, à fouiller cette boite.

- Merci.

Serghei se pencha vers moi et me pris dans ses bras. Je fus d’abord surprise, avant de lui rendre son étreinte en souriant paisiblement, la tête appuyée sur son épaule. Ce n’était pas habituel, puisqu’en général, j’étais bien plus tactile que lui, et il n’aimait pas trop qu’on le touche et encore moins qu’on le prenne dans les bras. Je savais que j’avais un petit traitement de faveur, mais j’étais toujours celle qui initiait ce genre de rapprochement. Je pris un peu plus conscience de ce que nous venions de faire, et ce que ça représentait pour lui, et je le serrai un peu plus fort contre moi.

Apple… il faut que je te parle… Il s’était écarté, et j’haussai le sourcil. Ah, voilà qu’on passait aux confidences ? Je m’assis un peu plus confortablement, et lui fis signe de continuer avec un sourire. Apple… tu te souviens quand tu m’as dit qu’on ne pouvait pas expliquer scientifiquement les sentiments ? Et que je t’avais répondu que si, car il se passait tout un tas de réactions chimiques dans le corps ? Tu sais il parait que quand on se sent bien avec quelqu’un et qu’on pense tout le temps à elle, l’hypothalamus dans le cerveau produit de l’ocytocine, de la sérotonine, de la dopamine et tout un tas d’autres hormones… Il avait découvert une nouvelle théorie scientifique ou quoi ? Il allait me dire qu’il avait gagné le prix Nobel ? Je souris à cette idée, amusée. J’ai lu dans plusieurs livres que c’étaient ces substances qui font que l’on s’attache à une personne plus qu’à une autre et… et je crois que quand tu es partie en Suède, tu sais… enfin il y a eu comme un déclencheur neuronal et mon cerveau a produit beaucoup de toutes ces substances et elles sont comme des drogues… Je fronçai les sourcils. Est-ce qu’il essayait maladroitement de me dire qu’il tenait à moi ? C’était étrange, parce que les déclarations n’étaient pas trop notre genre… Et surtout pas le sien. Il savait que je savais que nous étions meilleurs amis. Pourquoi voulait-il le dire à nouveau ?... Ce que je veux dire de façon très maladroite c’est que tu m’as manqué… plus que je ne l’aurais cru, j’ai pensé à toi tout le temps et mon cerveau a libéré toutes ces hormones et… Je le laissai prendre ma main, mais au fond, une voix me murmura de la lâcher. Quelque chose, une idée, était née en moi, mais je la niais en bloc. Non, je me faisais des idées. Non. Tu as toujours été là pour moi. Tu me fais avancer, tu me pousses à aller plus loin, tu m’aides à me construire et je serais perdu si tu n’étais pas là. Non, Serghei, ne le dis pas, s’il te plait. Tu te trompes. Apple, je suis amoureux de toi.

Je restai inerte.

Quelque chose s’était brisé, et je le savais.

Mais qu’est-ce que j’étais bête, songeai-je durement. Moi qui avais passé mon temps à dire à Sergheï de se laisser aller, de ne pas chercher à contrôler ses sentiments, voilà qu’il appliquait mes conseils… Et qu’il se croyait amoureux de moi. Mais qu’est-ce qu’il lui prenait ?! Non. Non non non. Et… Il était si scientifique, ce n’était pas possible, il avait forcément du réfléchir à la question, comment pouvait-il conclure que… Non. Nous étions amis, nous l’avions toujours été. Bien sûr que je m’étais demandé ce que ça ferait, parce que mes sœurs se moquaient tout le temps en nous traitant d’amoureux… Mais jamais, en y songeant, je ne m’étais dit que j’aimerais être avec lui. Ce n’était même pas que je ne le trouvais pas attirant, intéressant ou mignon – il était tout ça, et bien plus. Mais… Mais c’était Serghei. J’étais Apple. Nous n’étions pas Romeo et Juliet.

- Mais… J’avais soudain envie de pleurer. J’allais tout briser, je le savais. J’étais au pied du mur. Je ne voulais pas le perdre, mais je ne l’aimais pas comme il m’aimait… Mais c’est pas vrai, tentai-je, mais je ne savais pas quoi dire. J’aurais voulu plaisanter, lui dire qu’il avait trop lu Twilight, ou qu’il avait pris une potion bizarre. Mais le cœur n’y était pas. On est meilleurs amis. On est Apple et Serghei, pas Romeo et Juliet! Pourquoi tu dis ça… Tu confonds, essayai-je – mais au fond, je savais que Serghei n’aurait pas avancé ça à la légère. Tu crois m’aimer d’amour, mais c’est pas ça ! Pourquoi… Pourquoi tout à coup tu serais amoureux ?! Ça n’a pas de sens ! m’exclamai-je.

Mais c’était trop tard. Les dégâts étaient faits.


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Serghei Vacaresco
Élève de 3ème année



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Feuille de personnage
Particularités: Un accent slovaque. Et un esprit brillant.
Ami(e)s: Apple et Alec.
Âme soeur: Cela me freinerait dans l'amélioration de mes capacités cérébrales et je ne veux pas me baser sur des réactions chimiques éphémères de toute façon... et pourtant.

MessageSujet: Re: "And summer it begs." [S.]   Jeu 10 Oct - 14:29




Serghei & Apple




Et si elle ne comprenait pas pourquoi je l'aimais ? Comment réagir si elle reniait mes sentiments pour elle ? Après tout, c'était de ma faute. C'était toujours de ma faute. J'étais toujours l'élément perturbateur de l'équilibre d'une relation entre une autre personne et moi-même. Que cela soit avec ma mère ou mes grands-parents, avec Apple ou avec Alec, le problème venait toujours de moi. Je savais que je n'aurais pas le droit d'être en colère contre elle. Elle ne m'avait rien laissé espérer, elle n'avait rien dit ou fait de spécial qui m'ait fait comprendre que peut-être elle m'aimait plus qu'un meilleur ami. J'étais tombé amoureux d'elle tout seul. C'est venu d'un coup, alors qu'elle n'était même pas en Angleterre. J'en avais pris conscience seulement maintenant. C'était comme si je l'avais toujours aimé plus que je ne voulais l'admettre et que j'acceptais ce fait seulement maintenant. C'était une sensation étrange que je ne ressentais que lorsqu'elle était à côté de moi ou quand je pensais à elle. Et seulement elle. Elle était le point fixe autour duquel je gravitais. Grâce à elle je n’errais plus dans l’immensité de l’espace. J’avais trouvé en elle, ce que j’avais toujours cherché. Une vraie amie, celle que l’on garde jusqu’à notre dernier souffle, mais j’en voulais plus. Je voulais tourner le plus près possible de ce soleil. Je voulais être encore plus proche d’elle que Mercure était proche du Soleil. Comment ne pas vouloir toucher ses cheveux d’or, ne pas vouloir sentir leur doux parfum fruité ? Comment ne pas avoir envie de passer ses doigts sur les traits fins de son visage. Les contacts physiques ne m’avaient jamais mis à l’aise. Je les évitais autant que possible, mais Apple était si belle et si pure que j’avais ce besoin de sentir qu’elle était réelle.

J’écoutais son rire qui berçait mes tympans. Elle était heureuse pour moi, heureuse de me voir renouer avec la partie cachée de mes origines, même si connaître la vérité me rendait plus triste que joyeux. Sauf que maintenant pour moi ce n’était plus une question de connaître enfin l’identité de mon géniteur et de savoir que ma mère entretenait toujours des liens avec lui. Ce sujet était tellement futile à mes yeux comparé à ce que j’attendais de dire à Apple et ce que j’attendais de sa réponse. Bien sûr savoir que mon père était toujours vivant et qu’il pensait à moi provoquait en moi d’intenses émotions. Mais rien ne serait plus intense dans ce monde que de savoir qu’Apple m’aimait de la même manière que moi je l’aimais. C’était comme lui demander l’impossible, j’en avais conscience. Je savais qu’il ne fallait rien dire, mais ne rien lui dire revenait à lui mentir et je ne savais pas lui mentir. Elle arrivait toujours à voir quand je lui dissimulais quelque chose. Si je ne lui en parlais pas maintenant, elle le découvrirait toute seule et elle en souffrirait encore plus. Je ne voulais pas qu’elle ait mal, je n’arrivais pas en supporter la simple idée. Elle ne méritait que d’être heureuse et de rayonner.


« Tu sais, ce n’est pas lui qui t’a construit, au final, ce n’est qu’un lien sanguin, ce n’est pas… Enfin, si, c’est important, si tu le veux. Tu peux choisir d’évoluer sans lui, si tu veux, tu crois pas ? » Elle me ramenait à la réalité de la situation. Elle ne se doutait pas de que j’avais sur le cœur. Elle n’était qu’innocence. C’était important si je le voulais… Je ne savais plus vraiment ce que voulais venant de Richard pour être honnête. Je n’avais pas lu toutes les lettres, je n’avais pas tous les éléments. J’avais déjà évolué sans lui, je m’étais construit grâce aux livres et grâce à Apple et je n’avais pas fini de me construire. Je n’étais qu’un adolescent en proie aux hormones et aux questions existentielles comme tous les autres. Est-ce que j’étais comme tous les autres pour elle ? J’étais peut-être son meilleur ami, mais est-ce que j’étais exceptionnel ? Si exceptionnel qu’elle pourrait partager mes sentiments ? Je l’avais serré dans mes bras. Je me sentais bien. Quand elle rendit mon étreinte, une douce chaleur s’empara de mon cœur et de mon ventre. C’était après cette étreinte que j’avais décidé de me lancer dans une tirade, lui déclarant mon amour. J’étais gauche, je butais sur les mots, je n’arrivais pas à la regarder pour voir comment elle réagissait.

Son visage restait stoïque. Elle ne disait rien, ne bougeait plus. Était-ce si étonnant que ça ? Ne s'était-elle jamais rendu compte de rien depuis qu'elle était rentrée de Suède ? Elle était si occupée à être la parfaite petite Juliet qu'elle n'avait pas vu à quel point j'avais mal de la voir déclarer des mots d'amour à une personne imaginaire.
« Mais... » Dès ce moment j'ai su. « Mais c'est pas vrai. » Ses mots étaient comme une lame caressant l'épiderme sur mon torse. « On est meilleurs amis. On est Apple et Serghei, pas Romeo et Juliet ! Pourquoi tu dis ça... Tu confonds. » La lame commençait à appuyer et à s'enfoncer dans ma chair. J'avais mal. Je ne savais pas que cela ferait tant de mal. « Tu crois m'aimer d'amour, mais c'est pas ça ! Pourquoi... Pourquoi tout à coup tu serais amoureux ?! » Elle ne comprenait pas. Comment pouvait-elle comprendre ? Je sentais la douleur de cette lame qui descendait jusqu'au bas de mes côtes, laissant ma poitrine à l'air libre et la voilà que sa pointe jouait à piquer mon cœur. « Je… » Qu’est-ce que je pouvais rétorquer à cela ? « Ça n'a pas de sens ! » C'est là que la lame se planta dans mon muscle cardiaque. Elle ne m'aimait pas. Je me trompais sur toute la ligne.

Je ne savais pas quoi dire, ni quoi faire. J’avais seulement envie d’être seul. Je ne voulais plus voir son visage. C’était trop douloureux de croiser son regard. Voir tant d’incompréhension dans ses yeux me donner envie de pleurer. Apple était la personne qui me connaissait le mieux au monde. Elle m’avait toujours compris mieux que quiconque et la voilà en train de me dévisager comme tous les autres. Comme si elle ne me connaissait plus. J’étais de nouveau seul. Je l’avais perdue. C’était fini.
« Je… je suis désolé. » Je pris le tas de lettres et le reposais dans la boîte. « Je… c’est toi qui a raison, oubli tout ça. » Je refermais le couvercle. « Je ne suis qu’un idiot… tu… » Je me levais. « Tu ferais mieux de partir… ils ne vont plus tarder à rentrer, je ne veux pas te causer d’ennuis. » Je pris l’atlas que j’avais posé sur le bureau de ma mère. « Cela ne te dérange pas de remettre la boîte où tu l’as trouvé avant de partir ? Ce serait gentil. » Je me dirigeais vers le couloir. Dos à elle, je lui adressais un dernier mot. « Fait attention en descendant, ne vas pas te blesser. » Je tournais à gauche en direction de ma chambre.

Je refermais doucement la porte et tournais la clé. Je rangeais l'ouvrage sur ma bibliothèque et fermais les rideaux de la fenêtre, plongeant la pièce dans la pénombre. J'entendais les pas d'Apple qui s'éloignait. Elle partait. Elle s'éloignait de moi. Je ne devais pas être en colère, mais je ne pouvais pas m'empêcher de la sentir monter en moi. Pas contre elle, mais contre moi. Je posais mon regard sur les petites figurines en bois posé sur ma table de chevet. Je saisis celle en forme d'aigle et l'envoya dans un geste de rage, s'écraser contre le mur face à moi. Elle frappa le mur et ricocha sur le sol. Je me laissais tomber dans mon lit, pressant ma tête contre mon oreiller. J'avais besoin d'extérioriser tout ce qui était en train de se passer à l'intérieur de moi. Je criais de toutes mes forces. Le bruit était étouffé par le coussin. Je voulais rester dans cette chambre, rester seul pour toujours. Je tirais la couverture sur laquelle j'étais allongé pour m'y glisser en dessous. Je voulais me cacher du monde pour le reste de mes jours. Comment je pourrais de nouveau lui parler ou la regarder dans les yeux ? J'avais agi comme un imbécile. Notre lien s'était brisé. J'avais pu le voir dans ses yeux, j'avais pu l'entendre dans sa voix. Plus rien ne sera jamais comme avant. Plus jamais.





THE.END


_________________

So, I guess we are who we are for a lot of reasons. And maybe we'll never know most of them. But event if we don't have the power to choose where we come from, we can still choose where we go from them.

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