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We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.

 

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Scott McBeth
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MessageSujet: We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.   Dim 5 Mai - 17:09




“If you don't hear from me often, remember that you're in my thoughts.”



Dans quelle mesure les entendais-je plus car j'y attachais plus d'importance, ou bien l'inverse, je n'en savais trop rien, mais le fait était qu'il me semblait que ces temps-ci, les prénoms d'Haley, de Stephen et de Taylord résonnaient dans toutes les conversations, pour peu que je ne sois pas loin. Comme si j'avais besoin d'entendre d'avantage ces prénoms - ces mêmes prénoms qui tournaient en boucle dans ma tête. Il suffisait que je m'installe dans la salle commune et tout d'un coup j'entendais parler des couples de Poudlard, de Taylord et Carlton, de Lizlor et Stephen ; il n'en fallait pas plus pour que je fuis l'atmosphère pourtant détendue de notre grande pièce bleue et bronze. En matière de couple, je n'étais pas non plus trop dans mon élément. La simple pensée d'Haley, Haley que je croisais tous les jours et dont l'intensité de ses yeux bleus me perçait un peu plus le cœur à chaque regard, me donnait la nausée. Et pourtant ce n'était pas de ma faute si elle avait choisi de se livrer à d'autres bras, des bras ennemis qui plus est, mais comme j'avais envie de m'arracher le cœur et tout ce qui se rattachait aux sensations quand je me disais que peut-être... C'était terminé. J'étais horriblement, atrocement partagé, et de nouveau, mes nuits étaient devenues douloureuses. Non pas peuplées de cauchemars, mais désertées par le sommeil, ce qui ne me réussissait pas. Les draps étaient trop froids et mon lit trop grands, et la présence de Stephen, si près de moi dans le lit voisin, ne me rassurait même pas. Si nos contacts étaient plus amicaux et moins glacés qu'avant, nous n'avions pas retrouvé notre chemin, et il me manquait. Il me manquait terriblement. Toutes les inquiétudes que j'avais au sujet d'Ophelia - sa transformation, même si elle l'avait réussie, mais je pensais aux répercussions - j'aurais aimé les confier à mon meilleur ami, car il était le seul avec l'esprit assez affuté pour en tirer les bonnes remarques, pour analyser correctement la situation. J'avais lu des livres supplémentaires sur les Animagi, mais je savais, même si j'avais étudié tous les angles possibles, que Stephen aurait trouvé le petit détail auquel je n'aurais pas pensé. Cet esprit pointilleux et supérieur à la majorité des autres, autant qu'il m'horripilait, me manquait. J'avais besoin de me reposer sur lui.

D'un autre côté, la perspective de ne pas arriver à lui cacher toute la tristesse et le désespoir qui coulaient dans mes veines me servait de lot de consolation : déjà que j'étais persuadé qu'il savait tout rien qu'en m'observant de son regard perçant, je n'aurais pas supporté devoir lui faire face, soutenir son regard, et tenter de tenir le coup, alors qu'en réalité, je me sentais effondré.

J'avais naïvement cru que Haley, avec son extraordinaire différence, avec la façon dont elle avait touché mon cœur quand d'autres n'en avait pas pris soin, échapperait, et pour toujours, à cette règle bien amère qui semblait vouloir dicter ma vie. Je ne voulais plus que l'on m'abandonne, je ne voulais plus que l'on me mette de côté même si je savais que je n'étais jamais celui que l'on préférait mais je voulais juste... Je voulais juste qu'on me choisisse, juste une fois. J'ignorais comment faire pour que cela arrive. Car encore une fois, la sentence était tombée et je ne pouvais pas, je ne pouvais pas lui pardonner, je ne pouvais pas faire semblant que l'histoire ne se répétait pas, fermer les yeux sur cette trahison et laisser encore une fois mon ennemi remporter haut la main la victoire. Je commençai à accepter que je n'étais pas digne de choix, d'accord, mais pourtant je faisais des efforts, et j'en pleurais d'impuissance quand je réalisais à quel point j'ignorais ce qu'il me manquait... Sans doute que c'était le poids de toutes ces années où j'étais resté dans ma tête et dans mon coin, bien loin de l'agitation et de l'assurance de mes frères et sœurs. Mais j'avais toujours apprécié être cet observateur un peu discret, qu'on ne remarque pas forcément, qu'on n'embête pas, mais qui ne perd pas son temps pour autant. Je trouvais dans mes livres et dans mes jeux d'enfant bien plus que tout ce que mes parents avaient pu m'apporter - était-ce un crime ? Mon esprit, à présent, ne me laissait plus aucun répit. Le nœud de vipères étaient trop serrés ; pour le défaire, il m'aurait fallu y mettre la main, n'échappant pas à la morsure fatale.

Ma réaction avait été toute autre qu'après la rupture avec Taylord. Je n'arrivais pas à me morfondre ouvertement, je faisais comme si de rien n'était, avec cet étrange courage venu de je ne sais où, ce courage qu'on trouve quand il ne reste plus rien, attisé par le désespoir. Je dormais, j'allais en cours, je mangeais et je me couchais, et j'évitais de penser à autre chose qu'aux cours, aux devoirs, aux examens à préparer. Après tout, n'était-ce pas comme cela que l'on me connaissait ? Le garçon bon élève et appliqué, calé en tout ? Qu'au moins je colle à me réputation, voilà qui était un but, quelque chose auquel m'accrocher.

Mais pas une seconde ne se passait, jour et nuit, pour que le visage d'Haley ne soit pas doucement présent autour de moi, flottant comme un songe et enjolivant la réalité. Ses lettres, soigneusement rangées dans ma table de chevet, ne restaient pas longtemps loin de ma portée. Je les relisais souvent, et rien ne me faisait plus plaisir que de songer à cet été, à l'excitation que j'avais ressenti au moment de la retrouver, à nos souvenirs à Pré-au-Lard sous les fleurs de cerisier, à ses sourires et ses baisers un peu timides, au bal, à l'odeur de ses cheveux, à sa simple présence contre moi. Il ne m'en fallait pas plus, pourtant... J'étais profondément triste de ne pas pouvoir la rendre heureuse, car telle était la conclusion de cette bien douloureuse histoire, si seulement elle avait pu comprendre combien elle me comblait, combien elle faisait battre mon coeur ! Mais déjà, elle disparaissait. L'écrin se faisait plus poussiéreux, et si je savais qu'à l'intérieur, couché sur le velours sombre, le bijou brillait toujours avec cette force délicate qu'ont les joyaux, je n'avais plus le droit de l'admirer. C'était tout.

Depuis ce matin, mon esprit était occupé par le devoir de Potions, Solution de Force & dérivés. C'était un chapitre conséquent du programme, et j'y avais consacré une bonne partie de ma semaine, avec une joie teintée de soulagement. J'avais besoin de travailler et d'activer ma matière grise, rien d'autre ne pouvait m'aider. J'étais donc descendu déjeuner de bonne humeur, car le sommeil m'avait quitté depuis les premiers rayons du soleil ce matin, et je buvais mon thé en grignotant des toasts tièdes, perdu dans la lecture d'un vieux grimoire posé ouvert contre la carafe de jus de citrouille, sur les Solutions à travers les âges et leurs évolutions.


- ... et que je dois prendre les devoirs pour Taylord, elle ne sera pas en cours.
- Elle sèche ?
- Non, elle est malade, elle est à l'infirmerie.


Ma première réaction fut de tourner lentement la tête, abandonnant là mes élucubrations sur la Solution de Force et me concentrant sur ce que je venais d'entendre. Taylord ? A l'infirmerie ?! Avant même de me demander si ma conduite était la bonne, je m'étais levé et avais posé la main sur l'épaule de Scarlett pour qu'elle me donne de plus amples informations.

Voilà pourquoi, la journée terminée, je m'étais rendu dans le parc et plus exactement dans la serre où, de toutes parts, et un peu en vrac, poussaient diverses plantes et fleurs toutes plus magiques les unes que les autres. J'avais demandé au professeur de Botanique si je pouvais abuser de sa gentillesse et cueillir quelques fleurs, il avait accepté, m'indiquant les endroits dans lesquels je pouvais aller. C'était des fleurs sauvages et colorées pour la plupart. Je m'y appliquai avec plaisir, car faire des bouquets était pour moi toujours rattaché à mon enfance, quand avec Ophelia nous allions nous promener dans les champs et revenions avec le plus de fleurs possibles, toutes plus jolies les unes que les autres. Je choisis de rester dans les tons bleu pâle et rose, manquant de peu de me faire avoir par une jolie plante qui mordait dès qu'on l'approchait, puis quittai les serres, mon petit bouquet dans la main, direction l'infirmerie.

La question ne se posait pas, et quelque part, je trouvais là l'occasion parfaite pour renouer avec Taylord tout ce que nous avions laisser se déliter. Qui plus est, j'étais inquiet pour elle, pour sa santé, et apparemment Scarlett n'en savait pas plus son état et à part Carlton, je ne voyais pas trop à qui demander des nouvelles – ce que je me voyais bien évidemment très difficilement faire. Arrivé dans l'infirmerie, la tête peu avenante de Madame Pomfresh m'accueillit froidement, et je lui souris sans faire un bruit. J'attendis poliment qu'elle vienne vers moi et lui expliquai qui je venais voir : non je n'allais pas la fatiguer, oui j'allais faire attention, non je n'allais pas parler trop fort, oui, les malades ont besoin de repos. Le cœur battant, j'approchai du lit de Taylord, passant derrière le voile qui la gardait à l'abri des regards. Elle dormait et je retins ma respiration, mes gestes – je ne voulais pas la réveiller. Mais sitôt que je m'approchai d'elle je la vis battre des paupières et sortir de sa torpeur. Sa pâleur me frappa, ses cernes, aussi, et il me semblait qu'elle avait encore maigri. Seuls ses cheveux, bruns et brillants, semblaient garder toute la vigueur qui l'habitait habituellement. J'attendis qu'elle me voit et, souriant, je lui montrai le bouquet, avant d'attirer un des deux grands verres posés sur la table de nuit, dans lequel j'installai le bouquet.


- Bonjour, Taylord. Je m'avançai un peu plus. J'ai... J'ai appris que tu étais à l'infirmerie, alors, je me suis dit que j'allais te rendre une petite visite.

Tout d'un coup, j'avais bien du mal à garder mon assurance polie. Et si... Elle ne voulait pas me voir, ou bien pas maintenant, car elle était malade et qu'on n'est peu enclin à user des politesses habituelles dans ces moments-là ?

- Je... J'espère que ce n'est pas trop grave. Tu dois rester ici longtemps ? Tu... Je finis par lui tendre une perche, pour qu'elle m'indique clairement si elle voulait de moi ou non. Je peux ? Demandai-je alors en la regardant dans les yeux, montrant du doigt le fauteuil près du lit.

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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.   Mar 7 Mai - 15:24

Mes yeux s’agitaient sous mes paupières, mais il me semblait qu’on les avait cousus à l’aide d’un fil solide pour que je ne puisse les ouvrir un jour de nouveau. Les bruits réguliers de l’infirmerie résonnaient autour de moi, et si tout au fond, je les reconnaissais, je n’arrivais pas à les identifier. J’étais coincée une fois de plus entre ces deux mondes, celui de la réalité qui venait me chercher pour m’indiquer qu’il était temps pour moi de me réveiller, et les pulsations sonores étaient de plus en plus puissantes – mais il y avait celui du sommeil qui me renvoyait les images de mon rêve auquel j’avais les pieds fixés dans le sol, comme si on m’avait bloqué dans un bloc de ciment, et il n’y avait pas que mes jambes qui étaient lourdes, tout était tout, comme si on avait cherché à me charger de bille de plomb, afin de défier les lois de la pesanteur de faire quoi que ce soit de moi, et je n’arrivais pas à m’en détacher. Alors je me trouvais au milieu des deux pôles, dans cet espace où il ne peut rien nous arriver de mal parce que tout autour, il n’y a rien – ça ne m’empêchait pas de lutter contre les lianes invisibles qui s’entouraient autour de mes poignets et de mes chevilles pour me forcer à muter et à ne faire plus qu’un avec le lit que j’occupais, et je devenais lit. Je papillonnais des cils sans les ouvrir vraiment, parce que je ne voulais pas quitter ce pays, où j’avais juste à rester allongée, mes songes me faisaient bouger malgré tout, alors que c’était si fatiguant de devoir faire… toutes ces choses quand on était debout… C’était sûrement Mme Pomfresh qui venait me réveiller comme elle le faisait parfois, et je ne voulais pas la voir, pourquoi est-ce qu’elle ne voulait pas me laisser tranquille ?

J’ouvris les yeux sans identifier qui que ce soit d’abord – il y avait une ombre, mais j’avais encore l’esprit engourdi de ce repos prolongé l’odeur qui planait dans les environs était agréable, parce qu’elle n’avait rien à voir avec l’ambiance aseptisée de l’infirmerie, tellement significative, qu’on ne pouvait jamais oublier où est-ce qu’on se trouvait, et qu’on était malade. Je vis le bouquet de fleurs qu’il tenait dans les mains en même temps que Scott – c’était bien Scott ? Oui, c’était Scott – et entendis plus que je ne le regardais faire, les placer sur la table de nuit. Toujours allongée, je me tournais du côté où il se trouvait, sans me faire la réflexion de pourquoi est-ce qu’il était ici – ça aussi pour le moment, c’était un peu trop me demander, il me fallait quelques minutes encore.


- Bonjour, Taylord. J'ai... J'ai appris que tu étais à l'infirmerie, alors, je me suis dit que j'allais te rendre une petite visite.

Comme depuis que j’étais arrivée, je passais mon temps à dormir, j’avais perdu toute notion du temps et n’avait aucune idée du temps que j’avais passé ici jusqu’à présent – par moments c’était en pleine nuit que j’émergeais, mais c’était la seule différence que je pouvais faire, et même si une partie de moi était curieuse de savoir quand tout ça allait se terminer, c’était… trop contraignant, alors au lieu de héler l’infirmière et lui poser des questions je l’observai simplement s’agiter autour d’élèves à qui il était arrivé quelconque malheur, lorsque mes rideaux n’étaient pas tirés, et puis de toute façon, je n’avais qu’à me tourner de l’autre côté pour m’assoupir aussitôt. J’avais besoin de dormir, c’était tellement nécessaire que je ne pouvais pas me permettre de perdre la moindre minute, sauf qu’au lieu d’être un peu plus reposé en me réveillant, c’était comme si on avait un peu plus aspiré mes dernières énergies vitales, et j’avais le sentiment que jamais je ne partirais d’ici un jour parce que j’étais exténué et je me demandais même comment est-ce que j’avais pu être pleine de vie un jour – mais aussi pourquoi je ne l’étais plus.

Lorsqu’on était arrivés à l’infirmerie avec Chuck et qu’enfin j’avais pu m’asseoir pour que Pomfresh puisse m’examiner, ça avait été comme si on avait sectionné les attaches du pantin que j’étais et qui m’avait maintenu debout jusque-là. Son diagnostic était tombé quelques temps après qu’elle ait fait toutes les vérifications et que je lui avais expliqué que ça faisait quelques semaines que je ne parvenais plus à récupérer – c’était une mononucléose ou quelque chose qui s’y apparentait, le temps de guérison serait long, mais au moins presque divisé par deux grâces aux potions dont elle disposait et qu’elle allait m’administrer, mais qu’il m’était interdit de partir d’ici, parce que sinon je n’allais pas suivre ses recommandations comme il le fallait. J’avais entendu – au loin, comme si sa voix s’était posée sur une mauvaise fréquence radio – sans trop écouter et les yeux perdus dans le vague que j’étais bien trop surmenée depuis des mois comme j’avais déjà eu affaire à elle il n’y avait pas eu si longtemps que ça, et qu’il fallait que cela cesse et elle avait dû s’en prendre à Chuck à mon avis parce que son timbre devenait plus fort par moments, comme celui de Chuck, alors sûrement qu’ils s’étaient énervés l’un contre l’autre, mais rien que d’imaginer ça, c’était fatiguant, alors… C’était bizarre que Chuck ne soit pas là d’ailleurs, parce que la plupart du temps c’était le cas, donc ça voulait dire qu’il devait passer beaucoup de temps ici, autant que Pomfresh lui autorisait, et il me manquait parce qu’à chaque fois, je n’en profitais pas, parce que c’était déjà le moment de dormir de nouveau…


- Je... J'espère que ce n'est pas trop grave. Tu dois rester ici longtemps ? Tu...

Je passai ma main entre l’oreiller et ma joue pour la surélever un peu et ne pas avoir une vue double de Scott, comme il fallait que je lève un peu les yeux vers lui.

- Je peux ?


Je ne lui avais pas parlé et ne l’avais pas vue de près depuis tellement de temps, alors retrouver Scott dans cette configuration était particulier – c’était comme de redécouvrir des détails de l’angle que faisait ses sourcils lorsqu’il était contrarié mais que sa bonne éducation ne permettait pas de laisser exprimer, ou comment la commissure de ses lèvres se relevait un peu, peut-être parce qu’il était content de me voir – moi c’était ce que je ressentais là, donc peut être que c’était pareil ? – mais qu’il tentait de la dissimuler de crainte sans doute de faire passer un message faussé.
Après tout ce temps, j’eus comme l’impression malgré tout qu’on ne s’était jamais quitté et qu’il n’y avait jamais eu de désaccord entre nous.
Parce que nous étions amis.

- Mais oui
, lui murmurai-je à voix basse comme on l’aurait dit à un enfant qui pense avoir fait une grosse bêtise, mais en lui souriant toutefois pour lui montrer qu’il n’y avait rien de grave.

Je le regardais un instant s’asseoir, avant de fermer les yeux, juste quelques secondes de plus, parce qu’il le fallait et que je n’étais pas encore tout à fait opérationnelle. Voilà. Juste quelques secondes. Cela dû durer un peu plus longtemps, parce que je me sentis partir, mais cette fois, me forçais à quitter la torpeur pour de bon – et pour cela, il fallait que je passe de la position allongée à celle assise, et peut être que ça allait me remettre les idées plus au clair. Je me redressai, puis tapotai dans les deux gros oreillers que j’avais à disposition et de les mettre l’un devant l’autre pour me faire un appui plus confortable et je me calais dedans.

- Elles sont belles les fleurs
, le remerciai-je, pouvant mieux les observer cette fois. Ça me fait un peu penser à celles qu’il y a avant l’été, dans les champs, à la maison. Même qu’Hibiscus ne faisait pas trop la différence entre l’herbe et les fleurs et que ça ne la dérangeait pas d’en manger, mais là, elle n’était pas là pour mettre en péril le bouquet. Je dois attendre que ça passe, lui expliquai-je doucement, Mme Pomfresh dit que ça varie selon les personnes et qu’à part patienter et prendre du repos, il n’y a pas grand-chose à faire. Mais c’est surtout de la fatigue le temps que le corps se régule et combatte le virus, enfin un truc comme ça… je fis la grimace, parce que tous ces termes médicaux, ils m’étaient un peu étrangers.

Je haussai un peu les épaules, pour montrer qu’il n’y avait rien à faire, et que même moi qui était contestataire, là, je n’arrivais pas à être plus forte que la maladie. Comme Scott n’avait pas l’air très à l’aise, je voulu faire une blague pour détendre l’atmosphère, mais quelque chose comme « il aura fallu que je sois à l’infirmerie pour qu’on se parle » ce n’était pas très fin, et surtout, ça montrait bien qu’on avait l’un comme l’autre pas été dans le coup, ce que je commençais déjà à regretter et fur et à mesure que je le voyais assis dans ce fauteuil comme si la force des choses et de nos sentiments, pas une seule fois, n’avait essayé de nous séparer.

Je me mis de trois quart pour que l’on soit plus ou moins en face l’un de l’autre, et je tendis la main vers la sienne, comme elle se trouvait à proximité, pour qu’il puisse la prendre.

- Je savais pas que tu venais, dis-je seulement, et même si je n’étais pas réputée pour être la fille la plus diplomate de Poudlard, surtout à cause de mon impulsivité qui me poussait à dire et à faire des choses qu’il aurait mieux valu éviter –enfin ça dépendait avec qui, comme toujours – je savais que cette subtilité que je venais de lancer à Scott ne serait pas vu comme un sous-entendu, mais plutôt une façon directe de dire « Après tout ce temps ? Qu’est-ce qu’on a fait jusque-là ? ». J’espère que c’est pas pour attendre mon copain à la sortie, je te laisserai pas le frapper deux fois tu sais, menaçai-je en plaisantant Comme je n’avais aucune idée de comment aborder la conversation, parce qu’il était évident qu’on nous pouvait pas passer tous ces mois sous silence comme je l’avais cru en m’éveillant parce que j’étais encore trop patraque, autant prendre un tournant, même si pour le coup, je l’avais effectué à cent quatre-vingt degrés. J’aimais la vitesse, je n’y pouvais rien. Je suis au courant, il me l’a dit, achevai-je assez platement, parce que ça n’avait rien d’un reproche. Scott savait, pas dans les détails mais au moins dans les grandes lignes j’en étais certaine, que j’avais retrouvé Chuck, et qu’il m’avait retrouvé aussi, donc…

Je souris de nouveau pour le rassurer parce que je ne voulais pas qu’il se mette en colère et croit que je cherchais à régler mes comptes et à provoquer la baston – vu ma posture, même si ce n’était pas mon genre de partir perdante, Scott l’emporterait sans problème alors – mais que ça ne servait à rien non plus de faire comme si tout ça n’avait jamais existé.
Parce que quelque part, même si j’ignorais où se trouvait ce lieu – et dans le cadre de l’amitié évidemment – il y avait un Scott et Taylord. Sur ça, je ne doutais pas.

_________________
"Elle lui a appris à vivre.


Mend Your Heart ♪♫♪ The American Girl ♪♫♪ Two Hungry Black Birds

Il lui a appris à aimer."

Spoiler:
 


Dernière édition par Taylord Reegan le Sam 11 Mai - 20:55, édité 1 fois
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Scott McBeth
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MessageSujet: Re: We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.   Ven 10 Mai - 13:29

Il m'était bien évidemment venu à l'idée que, puisque Taylord sortait pour de bon avec Carlton, il pouvait être présent, mais non seulement je n'avais rien à me reprocher (moi), mais en plus, j'osais espérer qu'il ait assez de bon sens (ce qui n'était pas gagné, le considérant) pour laisser de côtés nos différends alors que Taylord n'allait pas bien. Fort heureusement, il n'était pas là. C'était un soulagement : je savais que j'aurais su prendre sur moi, mais comme en ce moment je commençais à en avoir assez de prendre sur moi car tout compte fait on ne me le rendait pas, personne ne prenait sur soi autour de moi, cela m'épargnait cette peine supplémentaire. Je n'avais donc pas besoin de tout cela - j'étais tout prêt à me consacrer à Taylord, et aussi à ce qui était caché derrière le but de ma visite... A cette amitié qu'on avait laissé en suspens, qui me manquait, sans que j'arrive à m'en inquiéter d'avantage : pour ma part, Taylord comptait toujours, même si nous n'avions pas été spécialement proches ces derniers temps. De son côté... J'espérais, mais je n'en savais rien. J'étais de moins en moins certain des autres, hélas... Mais une partie de moi ne pouvait pas s'empêcher de lui faire confiance. Elle entre tous avait sans doute été la plus honnête, et cela, je ne pouvais pas l'oublier.

Tandis que je contemplais, un peu gêné, l'endroit où elle avait été installée, je trouvai soudain l'infirmerie froide et hostile. Cette espèce d'ambiance blanche et douce m'apparaissait en réalité grise et brumeuse, et ce silence, ces bruits murmurés et ces chuchotements feutrés avaient quelque chose d'inquiétant. J'essayais de me rassurer en me disant que tout ici était destiné aux malades et à leur bien-être, mais je sentais mon sang se glacer, irrationnellement. Reportant mon regard sur Taylord, cela n'atténua pas mon inquiétude. Elle n'aurait pas pu mentir : l'épuisement se lisait sur son visage, et je la connaissais suffisamment pour voir qu'elle n'était pas sans son état normal, surtout qu'elle n'était pas vraiment du genre à rester alitée et à apprécier cela.


- Mais oui,
me dit-elle tout bas, et je ne savais pas comment interpréter le trouble de son regard : la surprise de me voir ici, ou bien juste sa léthargie ?

Je m'assis, rapprochant un peu le fauteuil, et lui souriant doucement. A vrai dire, je ne savais pas trop par où commencer... J'étais tellement triste au fond de moi, et traversé de tant de sujets que mon cœur se rétractait et devenait dur comme de la pierre. Je haïssais cet état : il était tout ce que je ne voulais pas être, ce que je reprochais aux autres, à mes parents, à mes frères et sœurs aînés, à Carlton, à... Stephen, bien que concernant Stephen, je commençai à revoir un peu ma copie. Je n'oubliais pas le bal, et si lui n'avait pas vraiment semblé relever que j'étais accompagné et de la plus agréable des façons, et que j'étais heureux, je n'avais pas manqué noter qu'il s'était affiché avec Lizlor Wayland et que c'était une avancée qui avait valeur de bond en avant pour lui. J'aurais aimé pouvoir lui en parler, ou simplement discuter avec lui l'air de rien comme nous le faisions souvent, mais nous étions enfermés dans ce silence poli et emprunt de toutes les tensions qui n'avaient pas été apaisées. C'était parfois bien délicat d'avoir mon lit près du sien, surtout quand j'oubliais momentanément que nous étions en froid, et que je m'apprêtais machinalement à lui poser une question sur un devoir, ou à lui faire une confidence, de ses confidences que l'on fait à ses meilleurs amis. Il me manquait, j'avais l'impression qu'on m'avait ôté mon frère - mais je n'étais pas prêt, pas encore. Il y avait tant de choses pour lesquelles je lui en voulais. De manière générale, d'ailleurs, j'en voulais à la terre entière. Elle était brusquement trop lourde pour mes épaules, m'écrasait, m'étouffait. Comme si je n'étais déjà pas assez effacé ! Mais tout cela formait un vaste tourbillon dont j'étais le centre, et c'était une question de logique physique, j'étais soumis à la pression, je ne pouvais pas sortir de ma prison.

J'observai Taylord se remettre d'aplomb, tasser ses oreillers, s'éveiller doucement. Je ne voulais surtout pas la brusquer, ou la déranger si elle était mal, j'espérais qu'elle se sentait assez en confiance pour me dire de la laisser si elle ne s'en sentait pas la force. Je croisai mes mains devant moi, me demandant quelle curieuse malédiction frappait les gens que j'aimais : Ophelia qui avait poussé sa santé pour réussir sa transformation, et dont la famille partait en lambeaux sans qu'elle puisse un instant les retenir ; Taylord qui avait des problèmes de santé, et Haley... Haley qui avait choisi la trahison alors que parmi tous et toutes, elle était en toute logique la plus intouchable celle qui jamais,
jamais ne m'aurait fait du mal ?...


- Elles sont belles les fleurs. Ça me fait un peu penser à celles qu’il y a avant l’été, dans les champs, à la maison. Même qu’Hibiscus ne faisait pas trop la différence entre l’herbe et les fleurs et que ça ne la dérangeait pas d’en manger Je dois attendre que ça passe, Mme Pomfresh dit que ça varie selon les personnes et qu’à part patienter et prendre du repos, il n’y a pas grand-chose à faire. Mais c’est surtout de la fatigue le temps que le corps se régule et combatte le virus, enfin un truc comme ça…


Faisant signe que ce bouquet, ce n'était rien, j'eus un petit sourire, avant de l'écouter attentivement... Attendre que cela passe ? Je trouvais la voix de Taylord lasse, fatiguée, et cela m'inquiéta d'avantage. Mais quelque chose de rassurant régnait, malgré tout, régnait dans cette institution qu'était l'infirmerie et en la personne de Madame Pomfresh, en qui j'avais une confiance inaliénable. Je pinçai les lèvres, me demandant bien ce qui avait pu arriver, si... Si Carlton y était pour quelque chose (je ne lui donnais pas non plus tous les pouvoirs, mais j'étais trop méfiant, bien trop méfiant envers lui, et il avait tellement fait souffrir Taylord que quoi qu'elle en dise, je ne croyais pas au fait qu'il puisse prendre soin d'elle comme elle en avait besoin), si c'était lié à son problème de poids, ou si c'était tout simplement autre chose.

- Ça fait longtemps que tu ne te sens pas bien ? demandai-je poliment, sans trop savoir par quel bout prendre le sujet.

Elle s'était un peu plus tournée vers moi et subitement, dans ce regard tout de même un peu fiévreux, je retrouvai la même bienveillance qu'elle avait toujours eu à mon égard, ce qui me rassura un peu. Taylord n'était pas comme les autres, elle n'était pas à ranger dans le même panier : je savais qu'elle n'avait pas ce total désintérêt des gens, qu'elle était quelqu'un de confiance et digne d'attention, même si ses fréquentations ne le laissaient pas forcément deviner. Je rapprochai encore un peu mon fauteuil pour être plus proche et attrapai la main qu'elle me tendait après une courte hésitation. Ce contact me fit un effet particulier : combien de fois lui avais-je pris la main ? Je ne les comptais plus... Mais ce n'était plus la même chose, ce n'était plus les mêmes sensations, et quelque part, nous n'étions plus les mêmes. Mais c'était agréable - la sensation d'attraper une main amicale en pleine tourmente, qui aurait le pouvoir de vous sortir de là.


- Je savais pas que tu venais. J’espère que c’est pas pour attendre mon copain à la sortie, je te laisserai pas le frapper deux fois tu sais. Je suis au courant, il me l’a dit, lâcha-t-elle, contre toute attente.

Surpris, je baissai les yeux quelques secondes, me demandant bien comment réagir. Elle souriait et je savais que c'était là sa manière un peu maladroite de lancer le sujet, qu'elle ne devait pas tant m'en vouloir, mais cela ne changeait rien. Désolé ? Non, je n'étais pas désolé, je n'étais désolé de l'avoir défendue elle alors qu'il l'avait traitée comme si elle ne comptait pas. Peut-être que j'y étais allé fort, mais c'était entre lui et moi - ou bien, pardon, entre Stephen, lui, et moi. Je sentis un goût amer remonter dans ma bouche. Je n'aimais pas beaucoup ces souvenirs.

- Ah, commençai-je, pris au dépourvu. Non, pas cette fois, reconnus-je simplement. ... Du moment qu'il ne te fait pas de mal, ajoutai-je malgré moi. J'avais relevé les yeux pour la regarder. Ça avait peut-être l'air d'une menace, et alors ? J'en avais assez de ne pas être comme je l'entendais. Si les gens n'étaient pas capables de prendre soin de moi, j'étais bien décidé à prendre soin d'eux. Et que cela déplaise à Taylord ou pas, je n'étais pas prêt à l'abandonner, pour la simple raison qu'elle avait mis fin à notre relation alors que j'en espérais d'avantage. Elle était mon amie, à présent, et cela, je ne l'oubliais pas.

Je me demandais bien ce qu'il lui avait dit. Est-ce qu'il avait enjolivé les choses ? Probablement - il me prenait pour un moins que rien, un pauvre petit garçon à ses parents, et ne s'était certainement pas attendu à ce que je sorte vainqueur d'un duel contre lui. Je le voyais mal vanter mes qualités de duelliste, mais je le savais aussi assez malin pour ne pas mentir sur toute la ligne, il était si facile pour Taylord de vérifier ce qu'il racontait. Il devait avoir dit qu'il avait perdu sans rentrer dans les détails, et ça m'allait tout aussi bien. Je n'étais pas particulièrement fier de la manière dont je m'étais acharné sur lui même si il méritait tout ce qui lui était arrivé. Mais cela, Taylord n'était pas obligée de le savoir.


- Écoute, j'ai fait ce qui me semblait bon de faire, c'est tout... Est-ce qu'elle m'en voulait ? Je n'y pouvais rien, dans ce cas. Je lui souris en priant pour qu'elle ne me demande pas de quitter les lieux et de ne plus jamais lui adresser la parole. Il t'avait fait du mal, et je lui en voulais moi aussi, tu comprends ? Mais maintenant, c'est différent. Je suis content pour vous deux, vraiment. Ça... Ça se passe bien ?

Je pressai un peu plus sa main. Autant faire table rase du passé et se concentrer sur le présent, et l'avenir, n'est-ce pas ? C'était tout ce dont j'avais envie, surtout en ce moment. Et même si c'était Taylord qui était couchée sur un lit d'infirmerie, j'avais au moins autant besoin qu'elle, qu'elle avait besoin de moi.

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Dernière édition par Scott McBeth le Ven 17 Mai - 15:52, édité 1 fois
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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.   Dim 12 Mai - 15:13

Je ne savais pas trop comment c’était arrivé. Comme ça, sans aucun doute. C’est souvent « comme ça », que ce genre de choses arrive. J’étais partie brusquement de Poudlard l’année dernière, et lorsque j’étais revenue ensuite, j’étais tombée suffisamment dans les profondeurs du puits pour ne pas être retrouvée, pour ne pas qu’on vienne me chercher non plus, et quand j’avais finalement de nouveau fait surface, c’était pour suivre les traces qu’on avait au préalablement dessiné pour moi comme l’avait fait Chuck. Et comme dans ce qu’il entreprenait, Scott n’en faisait par partie… J’avais fait preuve de lâcheté en laissant nos chemins devenir parallèles pour ne jamais se croiser, et à présent qu’il était juste à mes côtés, je comprenais que c’était impossible de laisser tout ça continuer, j’avais déjà repris un peu les choses en main, en prenant une direction, même si je ne savais pas où elle menait, dans ce désert de froid, de neige et de silence, pour m’entourer de nouveau de la chaleur de ceux que j’aimais et qui comptaient pour moi, même si ce n’était pas facile parce que je marchais sur cette couche de glace, pas très épaisse, le blizzard et la poudreuse recouvrant le sol ne me permettant pas d’en voir les faiblesses, et tout était tellement fragile, elle pouvait se craqueler à chaque instant sous mon poids et les bras de l’eau glacée m’emporter dans les profondeurs, et quand j’essayais d’en sortir, je n’y arrivais pas, parce que le trou dans lequel j’avais glissé, je ne le retrouvais pas…

Je me demandais comment Scott voyait notre passé à présent. Si c’était encore cette flamme, trop proche de lui qui lui donnait des sueurs, ou bien si c’était autre chose. Pour moi, le temps avait beau être passé, je ne le trouvais pas moins beau, parce qu’elle avait ce que d’autres n’avaient pas : notre amitié. Quelque part, même avec notre éloignement et mes spéculations, il y avait eu la partie pure de mon cœur, même pendant les moments difficiles qui n’en avait jamais douté et ne l’avait jamais remise en cause, parce qu’après tout, c’était là que tout avait commencé. Par de l’amitié, même si par la suite, elle avait évolué vers autre chose que je ne regrettais pas, parce qu’elle avait contribué à notre force d’aujourd’hui sans doute, et à cette confiance que je lui renouvelais sans cesse, bien qu’aujourd’hui, cette autre chose d’alors, c’était transformé lui aussi, ce lien invisible qu’on ne voit pas et parfois qu’on oublie – mais jamais complètement, et même si pendant des semaines, je n’avais pas adressé la parole à Scott, la force de notre relation était comme hier, comme à son apogée, comme demain. Il n’y avait rien pour la rouiller. Mais malheureusement, je ne me souvenais aussi très bien de son amertume du passé, et j’aurais été capable de l’en laver enfin définitivement.


- Ça fait longtemps que tu ne te sens pas bien ?

Le soupir que je poussai à ce moment-là n’était pas du désintérêt, mais encore l’un des signes que l’effort imposait. Faire plusieurs nuits blanches d’affilées aurait eu le même effet en vérité sauf que quelques nuits de sommeil n’arrangeaient rien.

- C’est bizarre, au début, j’ai pas fait attention, depuis la rentrée de janvier je dirais, parce que lj'ai fait pleins d'choses à Noël, ce qu’il s’y était passé aussi, et c’était gênant d’en parler parce que ne pas dire à Scott les détails, c’était un peu comme le trahir j’avais l’impression, mais ce n’était pas bien venu de ramener Chuck tout de suite. Pas maintenant. Mais après ça a fait comme si j’arrivais jamais à récupérer, j’ai cru qu'ça allait bien finir par se tasser, ça me le faisait aussi tout le temps avant… Au début quand j'suis arrivée à Poudlard. J'ai pas trop fait gaffe quoi.

Je ne voulus pas évoquer ma traversée du désert du début de Septième année. Ça aurait été rappeler mes erreurs, et même si je les assumais, m’y raccrocher n’était pas une bonne idée. Sans doute était-ce pour ça aussi que Chuck et Scott s’étaient si bien débrouillés pour cacher leur petite entrevue dont j’avais été l’objet apparemment. Chuck parce qu’il avait des choses à se reprocher, même s’il avait plus ou moins avoué les grandes lignes, je savais que c’était à peu près pour ça, quant à Scott… Même sorti vainqueur, c’était bien le dernier garçon qui gagnait un duel que je connaissais, même contre quelqu’un qu’il détestait, qui serait allé s’en vanter. Ce qui était tout à fait honorable, mais, en dehors de cas particulier, c’était aussi le plus grand défaut de Scott à mon sens, et il ne lui rendait pas justice ni ne le mettait en valeur, parce que c’était comme d’être en conflit avec sa propre ombre – il la laissait définir les limites au lieu d’en créer lui-même les contours et les rôles s’inversaient. Mais surtout, à cause de ça, personne ne voyait Scott comme ce qu’il était vraiment, mais ce qu’il préférait montrer, c’est-à-dire par grand-chose, pas assez par rapport à tout ce qu’il était capable de dire, de faire d’accomplir, pas considéré à sa juste valeur parce que son humilité étant une grande qualité, elle lui causait beaucoup trop de tort, ce qui pour le coup, contrariait un peu trop mon esprit aiguisé de la justice.

- Ah. Non, pas cette fois... Du moment qu'il ne te fait pas de mal.

Je cambrai le dos pour l’étirer, avec cette impression de déjà vu d’encore me retrouver dans une impasse. Scott ne faisait pas confiance à Chuck, et Chuck ne faisait pas confiance à Scott. En revanche, c’était ce même Scott qui me faisait confiance et moi qui faisait confiance à Chuck, donc c’était un peu compliqué. Est-ce que cette dernière affirmation avait pour but de vérifier que tout allait bien ?

- Je sais qu’on retient de Chuck plus les trucs cons qu’il a fait que les moins cons, je l’appelais enfin par son prénom. De toute façon, on allait pas pouvoir garder ça tabou, mais là il en fait des supers, et plein aussi, et même si ça enlève rien aux autres… Ben j’veux plus regretter.

C’est vrai quoi, c’était ça que je voulais retenir maintenant, tout ce qui faisait que ça marchait, même si on avait forcément nos hauts et nos bas, ça marchait quand même, et si Chuck n’avait pas été parfait avant, il l’était pour moi maintenant, et c’était tout ce que je demandais.


- Écoute, j'ai fait ce qui me semblait bon de faire, c'est tout... . Il t'avait fait du mal, et je lui en voulais moi aussi, tu comprends ? Mais maintenant, c'est différent. Je suis content pour vous deux, vraiment. Ça... Ça se passe bien ?


Mes doigts allèrent s’entremêler avec les siens. Qu’est-ce que je pouvais faire de plus ? L’idée de Chuck passé à tabac, c’est sûr que ça avait de quoi me transformer en lion prêt à aller déchiqueter sa proie, et quelques années plus tôt certainement ne me serais-je pas gênée pour dire à Scott que je n’avais pas besoin de lui pour résoudre mes problèmes toute seule et qui ferait mieux de se mêler des siennes – mais entre-temps beaucoup de choses s’étaient produites et avaient changé, et je ne pouvais tout simplement pas faire semblant de ne pas voir ce qu’on avait mis juste sous mes yeux… Est-ce que ce n’était pas honnête envers Chuck de dire que le geste de Scott m’avait touché ? Et puis merde de toute façon, on ne pouvait pas me demander de choisir, j’en avais ras le bol de toujours faire des choix, des choix impossibles à faire qui plus est parce qu’ils n’avaient pas lieu d’être et je savais aussi que Chuck avait assez gagné en maturité pour comprendre et que c’était comme si demain, j’allais lui ordonner de choisir entre moi ou Coop, c’était complètement ridicule, surtout lorsqu’on avait pas besoin d’en arriver là.

- Y’a personne qui aurait fait ça pour moi avant…
je ne le remerciais pas, mais Scott arriverait à saisir le poids des mots j’en étais certaine, parce que je ne plaisantais pas avec ça, et il le savait très bien. C’est vrai que je peux pas faire comme si de rien était, j’aurais voulu peut être aussi que ce soit Chuck à ta place et qu’il aurait aimé me défendre à ce moment-là… Mais pas que tu prennes la sienne hein, de toute façon, j'me d'mande comment ce s'rait arrivé..! on ne pouvait pas tout avoir, le beurre et l’argent du beurre. Il m’a pas parlé des gros détails mais… je laissai ma phrase en suspens, cherchant les réponses dans les yeux de Scott, et au moins sur ça, j’aurais aimé revenir en arrière, me faire toute petite, et voir ce qui s’était vraiment passé, ce qui s’était dit… Ça arrivera plus, il le refera jamais. Donc ouais, c’est pour ça que ça s’passe bien, conclus-je en lui faisant un sourire et montrer que si son statut d’ami m’allait droit au cœur, il ne fallait pas qu’il s’inquiète, parce que Chuck n’allait plus échouer.

Tout ceci me faisait me rendre compte comme le temps qui était passé ne pouvait pas être rattrapé, et que le mieux, c’était d’essayer de le prendre en marche. Encore une fois Scott s’effaçait, mais qu’il ne compte pas sur moi pour me laisser faire, parce que je l’avais remarqué, qu’est-ce qu’il croyait, et j’avais même quelques infos par Chuck, même si ce n’était pas de Scott qu’il parlait évidemment, mais d’Haley.

- Du coup, j’ai raté les dernières saisons, mais j’ai vu que tu passais beaucoup de temps avec Haley, en plus tu es allé au bal avec elle… merci je m’en souvenais puisque ça avait donné un super quiproquo au sein de mon couple à moi. C’est depuis longtemps ? A elle non plus, je ne lui ai pas trop parlé. Elle devait m’assimiler au toboggan géant de la fête foraine, donc comme un oiseau de mauvais augure, et comme en plus elle était proche de Chuck, au lieu qu’on soit amenées à discuter, c’était au contraire comme si l’écart se creusait encore plus. Donc si quelque part, Scott me disait qu’ils vivaient l’idylle parfaite… Tu me racontes ? demandai-je plus simplement.

Comme l’aurait fait deux amis qui prennent soin l’un de l’autre.

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Scott McBeth
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MessageSujet: Re: We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.   Ven 17 Mai - 17:52

Les jours passaient et je me sentais comme une coquille de plus en plus vide, étrangement poussé en avant par l'impulsion de la vie qui passe. Cela dit, je me rendais compte que pour les cours j'étais dans de bien meilleures dispositions : il n'y avait rien qui venait perturber mon esprit puisque je m'appliquais attentivement à mes devoirs et mes leçons, et que je noyais chacune de mes heures libres dans la lecture, des lectures de plus en plus compliquées, au fur et à mesure qu'il m'était difficile de ne pas penser à Haley, à Stephen, et à simplement toute la désastreuse constatation que je pouvais faire de ma vie. Je n'étais pas à plaindre, pourtant. J'avais une famille et un toit et je suivais un chemin tout tracé, non vraiment, de quoi pouvais-je manquer ? Elle était bien amère, cette sensation. J'imaginais le sourire un peu désemparé et surtout plein d'incompréhension de mes parents si je leurs avais avoué combien je me trouvais minable et inintéressant et raté, parce que je n'étais pas capable de garder près de moi et suffisamment attaché à moi les gens que j'aimais, et qu'ils disparaissaient toujours les uns après les autres. Je savais qu'ils n'auraient pas compris : leur carrière, leur réussite professionnelle, les définissaient tellement qu'ils m'auraient probablement parlé de mes bonnes notes et de ma scolarité brillante pour me montrer que je n'étais en rien raté. Mais ce n'était pas de cela dont j'avais besoin, pour l'instant, c'était plus et bien plus ; même si j'étais conscient que cette scolarité était justement ce qui m'empêchait de sombrer. Qui plus est, ce dialogue était purement imaginaire : jamais je n'aurais confié une telle chose à mes parents, car ce n'était pas vraiment dans nos habitudes, loin de là. Et puis j'étais tellement leur petit dernier, un peu silencieux et pas très brillant pour qui personne ne s'inquiétait, qu'il m'était impossible de renverser cet équilibre. C'était à Ophelia que je pensais quand tout ce méli-mélo de pensées plus douloureuses les unes que les autres m'envahissaient l'esprit, car elle était la seule à comprendre les enjeux et comprendre ma famille, puisque nous avions non pas la même mais une sorte de connexion, depuis tout petit. Et cela me rassurait, car je sentais que nous étions deux à lutter dans l'ombre, comme nous le pouvions, un peu faible dans l'intensité du vent, mais nous tentions quand même, ensemble. En ce moment, Ophelia et nos récentes retrouvailles étaient d'ailleurs les seules bouffées d'oxygène de mon existence.

Il y avait probablement de grandes chances que Taylord suive le même chemin, car même si nous nous retrouvions nous aussi, dans la clarté presque éblouissante de l'infirmerie, je savais qu'il y avait quelque chose au-delà de nos mots et de nos regards amicaux. Peut-être que c'était cela que j'avais mal interprété à l'époque ? ... Non, mes sentiments avaient été réels, j'avais eu le cœur qui battait plus fort et une façon particulière de la regarder, ce n'était pas vraiment cela. Mais en tout cas, je me sentais lié à Taylord et même si j'avais peur que ce ne soit pas partagé, j'avais confiance. Il existe des liens auxquels on ne peut pas donner d'explications, mais qui ne se dénouent jamais pour autant.


- C’est bizarre, au début, j’ai pas fait attention, depuis la rentrée de janvier je dirais, parce que j'ai fait pleins d'choses à Noël. Mais après ça a fait comme si j’arrivais jamais à récupérer, j’ai cru qu'ça allait bien finir par se tasser, ça me le faisait aussi tout le temps avant… Au début quand j'suis arrivée à Poudlard. J'ai pas trop fait gaffe quoi.


Je trouvais dans la sensation de sa main dans la mienne la même chaleur un peu joyeuse que j'avais quand Eileen ou Aisling marchait avec moi dans la main, quand nous nous promenions ensemble, ou bien quand la nuit j'avais peur et que je faisais des cauchemars, et que les jumelles étaient les seules vers qui j'allais chercher un peu de réconfort. Je souris de cette comparaison, la serrait un peu plus fort, et écoutais patiemment son récit. Je savais que Taylord avait quelques difficultés avec sa santé - disons qu'elle n'avait jamais accordé assez d'attention à son corps à mon goût, même si avec les années, elle s'était améliorée. Mes yeux observateurs n'avaient pas manqué de noter la transformation qu'elle avait subi, la progression, car elle avait pris du poids pour ne plus être trop maigre, mais il ne m'avait pas échappé qu'au début de cette année, quand je la croisais, de près ou de loin, je la voyais toujours pâle et amaigrie. Ce n'était plus mes affaires alors je n'avais rien fait, mais cela m'avait peiné, car on a toujours un peu mal quand les gens s'infligent à eux-mêmes des souffrances qui nous sont intolérables.

- Je sais qu’on retient de Chuck plus les trucs cons qu’il a fait que les moins cons. Mais là il en fait des supers, et plein aussi, et même si ça enlève rien aux autres… Ben j’veux plus regretter.

Comme elle s'étirait, je me redressai un peu moi aussi, par mimétisme, m'installant plus confortablement dans le fauteuil, les muscles se décontractant peu à peu. J'avais eu tort de m'inquiéter. Même si la conversation était un peu délicate, je voyais, claire comme de l'eau de roche, notre détermination : nous voulions renouer cette amitié, trop longtemps délaissée. Le nom de Carlton restait un peu comme une chauve-souris qui planait dans l'air et nous épiait, mais au moins nous en étions conscients, alors, pourquoi craindre la suite ? J'avais trop besoin de positif, de soutien, pour m'effondrer face à ce que je risquais. Je voulais refouler loin, profond en moi, Haley, Haley et ses yeux comme des saphirs, Haley et ses mains douces et délicates, Haley et ses gestes timides, Haley et ses sourires tellement beaux et forts alors qu'ils étaient toujours presque cachés, comme si elle avait peur de mal faire rien qu'en existant, Haley et la façon qu'elle avait de m'embrasser et de me regarder. Taylord avait été mon premier amour et le resterait pour toujours, mais nous avions grandi, muri et changé - c'était différent. J'aimais Haley d'une façon beaucoup plus réfléchie, avec toute la sincérité de mon cœur et de mes erreurs, avec tout l'espoir de la vie qui m'attendait, les promesses qui se formaient, parce que nous étions moins innocents, moins naïf aussi. Je n'étais pas seulement dans l'excitation de l'inconnu et des premiers émois : je voulais construire quelque chose. Sauf que, visiblement, nous n'étions pas dans les mêmes perspectives... Et tout d'un coup je sentais mon coeur s'écrouler en moi, comme un mur bancal et trop fragile pour tenir sur ses fondations.

Je décidai, m'obligeant à un effort conséquent, de faire confiance à Taylord au sujet de Chuck, et mes lèvres tentèrent un petit sourire d'amusement, pour amener la conversation sur un ton plus plaisant :


- C'est vrai qu'il ne brille pas tout le temps par ses bonnes actions, tu ne peux pas m'enlever ça. Mais je lui... Je te fais confiance, tu sais. Après tout il n'y a que toi qui peux savoir ce qui est bon pour toi, alors je suis content si tu es heureuse de ce que tu as. Je te connais, tu es assez forte pour obtenir ce que tu veux !

Je souris en coin, cherchant son regard, sentant le mien pétiller un peu. Je voulais retrouver ce ton que nous employions parfois, nos sourires et ce qui nous amusait, nos conversations plus sérieuses, mais la façon dont nous avions de veiller l'un sur l'autre. Je crois que c'était cela que j'avais toujours apprécié avec Taylord : sa stature, la façon qu'elle avait de renvoyer en retour ce qu'on lui offrait. Je veillais sur elle et elle veillait tout autant sur moi, créant là une osmose particulièrement rassurante.

- Y’a personne qui aurait fait ça pour moi avant… C’est vrai que je peux pas faire comme si de rien était, j’aurais voulu peut être aussi que ce soit Chuck à ta place et qu’il aurait aimé me défendre à ce moment-là… Mais pas que tu prennes la sienne hein, de toute façon, j'me d'mande comment ce s'rait arrivé..! Il m’a pas parlé des gros détails mais… Ça arrivera plus, il le refera jamais. Donc ouais, c’est pour ça que ça s’passe bien.

Taylord et ses façons un peu détournée de s'exprimer : je les connaissais bien. Baissant une seconde les yeux pour cacher ma satisfaction, je relevai ensuite mon regard vers elle. Elle me remerciait et je savais qu'il lui en coûtait de trahir, en quelque sorte, Carlton et je lui en était reconnaissant : je ne voulais rien de plus que cette reconnaissance, justement, qu'elle m'offrait là. Étrangement, Taylord, la plus impliquée pourtant quand il s'agissait de Carlton, devenait peu à peu la seule qui me faisait sentir sur un même pied d'égalité avec le Gryffondor alors que tous les autres - Stephen le premier, sans oublier Haley - choisissait l'autre côté, me délaissant parce que je n'étais pas assez impressionnant et charismatique.

Je fis mine de ne pas comprendre son regard un peu insistant - non, si Carlton lui-même n'avait rien dit de plus, ce n'était pas à moi de le faire. J'étais bon prince et quelque part, le mauvais bout de ma conscience avait bien envie de raconter à sa petite amie quelle rouste je lui avais mis, c'était fini, passé, et je ne voulais pas m'épancher sur le passé. La victoire suffisait à être savoureuse, inutile de s'arrêter sur les détails - surtout qu'il aurait fallu que je parle de Stephen, et je n'en avais pas envie, pas avec elle.


- Tant mieux, si il a compris le message alors,
conclus-je d'une voix neutre. J'imagine qu'il ne devait pas trop en être fier de toute façon, même si je ne sais pas trop comment il fonctionne, dis-je en balayant d'un geste de la main ce sujet - la personnalité de Carlton ne m'intéressait pas plus que cela, je voulais bien faire des concessions, mais tout de même. Chaque chose en son temps.

- Du coup, j’ai raté les dernières saisons, mais j’ai vu que tu passais beaucoup de temps avec Haley, en plus tu es allé au bal avec elle… C’est depuis longtemps ? A elle non plus, je ne lui ai pas trop parlé. Tu me racontes ?

... Mon cœur marqua tout seul une pause, une parenthèse dans le temps. Je le sentis se contracter douloureusement, tandis que vite, mon regard était allé se poser ailleurs. Haley. Le son de son prénom, légèrement plus nasillard dans la bouche de Taylord, teinté de son accent texan, faisait resurgir des papillons en moi, des papillons par milliers, tourmentés, et battant des ailes dans tous les sens, crispant mes nerfs, affaiblissant mes défenses. Haley... J'aurais voulu pleurer, mais je n'y arrivais pas... Parce que cette décision avait été la mienne. On ne peut pas être victime et bourreau à la fois.

Que dire, que faire ? Oui, je pouvais raconter notre belle histoire - je sentais encore le parfum des fleurs de cerisier, la chaleur de ce jour-là, le bruit de sa robe et de nos pieds sur l'herbe chauffée par le soleil, puis cet été paisible et rythmé de nos lettres qui me rendaient chaque jour plus fort. La rentrée, le bal. Tout avait été tellement parfait ! Là était la faille, sans doute. Il y avait un problème considérable dans le fait de raconter la chute et mon désespoir de ce moment - brusquement il était hors de moi, je le regardais plutôt que de le vivre, comme si je l'autopsiais, que je ne faisais plus partie de moi, puisque justement, il n'y avait plus rien. C'était étrange, d'être tout d'un coup fait de rien - car... Carlton, encore lui. Carlton, responsable (en partie) de ma misère (encore une fois) mais Carlton qui était lié à Taylord, à qui je devais raconter cette histoire.

Mentir ? C'aurait été la solution la plus aimable. Mais je ne voulais plus mentir, ni à Taylord, ni à personne d'autre. Il n'y avait qu'à voir ce que coûtait le mensonge...


- On est ensemble, depuis avant l'été, dis-je en souriant, car j'avais du baume au cœur en me rappelant nos souvenirs. Ça s'est fait tout seul, je suis bien avec elle tu sais... On s'est écrit tout l'été, et depuis, on ne s'est plus quittés, et je... Vraiment, je... Je suis amoureux d'elle, tu vois ce que je veux dire ?

Bien sûr qu'elle voyait - mon sourire exalté ne lui était pas étranger, elle aussi, son cœur battait pour quelqu'un qu'il lui suffisait de voir pour que le monde devienne éblouissant.

- ... Mais, je crois que c'est fini, commentai-je d'une toute petite voix. Encore une fois, la distance avec mes émotions était clinique - comme si je les observais à l'aide d'une loupe, sur mon plan de travail. Taylord, je suis désolé mais... Cet aveu était nécessaire : Mais puisque j'ai appris des mois après, au hasard d'une conversation, qu'Haley avait vu Carlton cet été, qu'ils s'étaient embrassés et qu'elle ne me l'avait même pas dit, je n'ai pas pu le supporter. C'était il n'y a pas longtemps.

Je haussai les épaules. Par quel étrange miracle étais-je si... vide, si tranquille ?

- Voilà, rajoutai-je, parce que brusquement le silence était devenu trop épais. Une boule se formait lentement dans ma gorge et, sans me prévenir, je sentis des larmes inonder mes yeux et me les brûler, mais je les ravalais, serrant les poings.

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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.   Mer 22 Mai - 17:20

C’était la première fois depuis longtemps que je ressentais un immense soulagement dans les paroles et Scott et de son côté tout comme du mien. Les vieilles colères et rancœurs s’étaient enfuies au loin parce qu’elles ne pouvaient pas être éternelles parce qu’à force de fouler le sol dans lequel elles étaient ancrées, elles avaient fini par s’incruster dans la terre et le temps aidant, les couches de poussière les avaient recouverte pour les faire disparaître, parce que ça n’avait pas toujours été le cas. Je savais qu’il les respectait, mais Scott n’avait pas toujours été en accord avec mes choix et encore moins quand ce choix prenait la forme de Chuck Carlton. Le mauvais œil qu’il lui portait s’était d’abord confirmé et même si je ne pouvais pas lui en tenir rigueur j’avais souffert de ce manque de soutien – encore plus lorsqu’ensuite, c’était Scott qui m’était revenu et son jugement qui avait visé juste, quand c’était Chuck m’échappait et lui donnait raison, comme si jamais, il ne serait possible de profiter de l’un ou de l’autre au même moment. Je devais choisir d’aller à droite ou à gauche, mais aucune de ces deux routes ne me conduirait à une clairière où ils s’y trouvaient tous les deux. Les mots de Scott avaient beaucoup de signification lorsqu’il admettait pouvoir concilier les deux. Je n’étais pas naïve au point de croire qu’une cohabitation pouvait être possible – pas après avoir eu vent de ce règlements de comptes, qui je me doutais bien devait encore se poursuivre aujourd’hui, mais dans le silence de l’ignorance et de regard méprisant lorsque l’un ou l’autre avait le dos tourné.

Je ne voulais pas le lui dire, je ne savais pas trop non plus s’il ressentait la même chose à mon égard, mais quelque part, je me sentais un peu responsable de Scott – je ne regrettais pas notre histoire, mais avais toujours éprouvé une pointe d’amertume à cause de cette fin qui ressemblait un peu à une coupure, bien nette, pas forcément très grosse, mais qui reste sensible pendant longtemps, parce que… Personne n’avait été heureux à l’issu : l’amour que me portait Scott – je n’avais compris que bien plus tard ce n’était pas qu’un profond attachement qu’il avait eu, mais des sentiments bien plus profonds que je n’avais pas su saisir – que je ne pouvais pas lui rendre, quand c’était mon cœur qui se troublait pour Chuck qui était sur la vague de la popularité avec Lilian. Des émotions non rendues qui tombaient comme des gouttes de pluie, mais qu’on essayait pas de retenir dans un récipient comme on le ferait avec quelque chose de très précieux, mais aussi éphémère donc amené à disparaître, et les gouttelettes finissaient par sécher sur le bitume, une fois les premiers rayons de soleils revenus. Se pouvait-il qu’Haley fasse partie de ces personnes ne craignant pas le froid, les frissons et les jours pluvieux pour sortir dehors, les bras grands ouverts pour que l’eau vienne ruisseler contre sa peau et la pénètre ?


- On est ensemble, depuis avant l'été.. Ça s'est fait tout seul, je suis bien avec elle tu sais... On s'est écrit tout l'été, et depuis, on ne s'est plus quittés, et je... Vraiment, je... Je suis amoureux d'elle, tu vois ce que je veux dire ?

Ce n’était pas dans notre manière de faire de parler aussi librement de ces choses-là, car Scott avait autant de pudeur que moi en ce qui concernait l’intimité de chacun, et ça, ça en faisait partie. Evidemment que je voyais. C’était d’ailleurs assez fascinant de voir que l’espèce humaine était capable de s’adapter à toutes sortes de milieu, toutes sortes de personne aussi – j’y voyais là l’instinct de survie, moins développé que chez les animaux, mais c’était ça qu’impliquait la vie en communauté sans doute – mais qu’un être, un seul, qui se fondait dans la masse pour le reste, devenait un point de départ et en même temps d’arrivée, pour une autre personne en particulier comme un astre dont on a l’impression qu’il brille le plus pour nous, quand ce sera une autre planète pour un autre.

- On choisit toujours ceux qu’on pense être les meilleurs pour nous
, j’eus un petit haussement d’épaules, qui voulait signifier qu’on ne pouvait pas se battre contre ces puissances invisibles qui nous ballotaient d’un endroit à l’autre. Parce que même quand ça fait mal, on espère toujours par espérer que ça se transforme en bien.

Mes muscles se contractèrent dans un sourire – quand on pense à la personne qui nous est le plus chère, c’est tout le corps qui parle à notre place, comme si de toute façon, une fois de plus, c’était lui qui avait tout compris bien avant l’esprit.


- ... Mais, je crois que c'est fini.

Le coin de mes lèvres retomba comme la petite fleur qui n’a rien demandé à personne, qui se trouve au beau milieu d’un terrain d’herbe mais qu’on écrase quand même parce qu’on est bien trop pressé et impatient pour dévier de sa trajectoire. Je m’appuyai sur mon autre bras pour être un peu plus droite sur mon lit parce que je m’étais tassée.

- Comment ça tu crois ? Tu dois bien savoir si c’est oui ou si c’est…
Mais je vis sa pupille, et plus aucun spectre coloré ne passait à l’intérieur – comme si aucun arc en ciel ne pourrait plus jamais y passer et je m’arrêtai net, alarmée par cette absence que je ne connaissais que trop bien.

Emprunter ces voies où le chemin du retour demeurait introuvable parce qu’il était perdu dans la brume, c’était bien trop risqué et je resserrai plus fort mes doigts sur sa main, parce comme tout à l’heure dans un geste chaleureux et réconfortant, mais comme si Scott était tombé dans un précipice et qu’il n’y avait que ma main qui l’empêchait de sombrer totalement dans l’obscurité,, mais ce n’était pas de cette main dont il avait besoin, ce n’était pas cette main qui était capable de le remonter à la surface, même si je faisais tout mon possible, c’était celle de…


- Taylord, je suis désolé mais...

Les excuses avant la vérité, c’était comme le corbeau qui se pose sur la fenêtre en venant claquer du bec.

- Mais puisque j'ai appris des mois après, au hasard d'une conversation, qu'Haley avait vu Carlton cet été, qu'ils s'étaient embrassés et qu'elle ne me l'avait même pas dit, je n'ai pas pu le supporter. C'était il n'y a pas longtemps.

Cette tirade prononcée dans un souffle, et sans un mot au-dessus de l’autre avait cette même tonalité que les informations dites dans les hauts parleurs, dans les gares – toujours la même voix, toujours le même timbre avec seulement numéro de voie, date et heure changeante. Comme si on avait enlevé toute forme de vie à son détenteur.

Je ne réagis pas. Je ne réagis pas mais de la falaise déboulait une multitude de rochers représentant la tête de Chuck et Haley qui venaient se fracasser avec virulence sur le sol, et j’étais prise au milieu de toute ces pierres – je n’étais pas la seule et même si actuellement, mon cerveau n’arrivait pas à dire autre chose que
Chuck – Haley – Haley – Chuck il fallait que je rattrape Scott parce qu’il n’essayait même plus de trouver une toute petite crevasse dans le mur pour essayer de s’y dissimuler…

- Voilà.

- Non, non, non… rétorquai-je quand je vis les jointures de sa main devenir blanches et remontais lentement mes yeux sur son bras pour découvrir son visage, qui en l’espace de quelques secondes était devenu de plus en plus livide.

J’écartai les draps du lit pour pouvoir m’en extirper, oubliant mes propres maux, même si les symptômes étaient toujours présents, et même quand je n’y pensais plus, ne pouvaient pas totalement disparaître. Je me demandais pourquoi Haley avait fait ça, Haley n’avait pas fait ça, tout à coup je voulus dire à Scott qu’il se trompait parce que ça ne me semblait pas possible –
pourquoi Chuck avait fait ça ? – l’été, ça s’était passé l’été, cet été là précisément, et même si à ce moment-là, Chuck ne me devait plus rien, je ressentis comme une trahison, la même qui était en train d’habiter Scott, la même souffrance d’être spectateur d’une scène qu’on a juste le droit de regarder mais qu’on ne pourra jamais changer, comme la fin d’un livre dont les dernières pages ne nous satisferont jamais. Tout cela était amplifié parce que Chuck avait dit, il n’avait pas parlé d’Haley, j’en étais certaine, il avait parlé de nombreuses filles, mais ils n’avaient pas parlé d’Haley, et quand ils arrivaient ensemble dans la grande salle, et quand ils sortaient en même temps de cours, et… et quand il y a une première fois, rien n’est exclu qu’il n’y en ai pas une seconde, et des milliers d’autres fois, et… et… et est-ce qu’ils étaient tous les deux ensemble, lorsqu’on était tous les deux ici ? J’en savais bien assez sur Chuck pour savoir que s’il n’avait rien dit, c’était bien parce qu’il y avait quelque chose de sérieux derrière – il y avait quelque chose de sérieux derrière.

- Scott, qu’est-ce que Haley a dit ? Qu’est-ce que… tu lui as dit que c’était terminé ? C’est elle qui l’a fait, je…
mais parler, c’était inutile, n’est-ce pas ? Je m’étais assise sur l’accoudoir du fauteuil et je forçai Scott à me regarder, tout en essayant de trouver une explication logique et censée, parce que c’est toujours ça qu’on désire trouver le plus au monde lorsque quelque chose nous échappe, mais je me répétais ses explications et rien ne me venait, je… C’est quoi l’histoire ? finis-je par vouloir savoir et ma gorge se serra parce qu’au qu’elle avait envie de tout connaître des détails, elle avait aussi très peur de cette vérité qu’elle n’avait d’autre choix que d’accepter… Je savais pas, dis-je, la mort dans l’âme et avec tristesse. Je ne savais pas ça, qu’est-ce qu’il y avait d’autre encore que j’ignorais ?

Je tamponnai ses yeux du bout des doigts avant que les larmes ne viennent se briser sur ses jours. Voilà. Il ne fallait pas qu’elles existent.

Plus que d’en vouloir à Haley et à Chuck, je me sentais en faute. En faute de n’avoir rien dit, la première fois, à propos de Chuck. En faute parce que j’étais partie de Poudlard comme l’aurait fait quelqu’un sans attaches, mais sans me soucier de savoir si j’étais une attache pour quelqu’un. En faute d’avoir laissé autant de temps s’écouler. En faute de ne pouvoir que ramasser les lambeaux, mais je pouvais recoudre tout ce que je voulais, plus rien de tout ça ne reprendrait son apparence originale… Mais plus que tout c’était exactement ce même désespoir que j’avais vu en haut de la tour d’Astronomie, et encore une fois il y avait Chuck, cette fois aussi il y avait Chuck… La culpabilité m’envahit, mais je la repoussais aussitôt – il n’était pas question de me lamenter ou même de récupérer tous les tords sur les épaules, ce n’était pas ça qui allait aider Scott et sa peine envoyait une peu mon éreintement au second plan, ce que je voulais bien laisser volontiers à cette place.

- Je sais pas quoi te dire, je sais pas où est l’explication, mais c’est Haley, elle… Elle a bien dû te raconter ce qu’il s’était passé, elle n’aurait pas dû te mentir, mais… je n’étais pas douée pour tout ce qui rentrait dans cet ordre-là et réfléchissais tellement vite qu’ils sortaient un peu hésitants, comme si eux-mêmes n’étaient pas sûrs de ce qu’ils avançaient. N’abandonne pas ce que tu as – ce qu’il reste, ne fais pas ça. J’avais pris ses deux mains dans les miennes et comme j’étais plus proche de lui à présent, j’avais la tête un peu penchée, mais le regard toujours dirigé vers le sien dont la plaque qui voilait ses iris le rendait aveugle. Qu’est-ce que je devais faire pour le diriger ? Si tu crois que c’est fini, c’est que c’est pas sûr alors ? Qu’est-ce qui te fait douter ? C’est peut être là-dessus qu’il faut se concentrer ?

Avec le doute, c’était quitte ou double : soit on fonçait en plein dedans et lorsqu’il devenait une certitude devenait libérateur, parce que c’était ce maigre espoir qui était la solution depuis le début, mais juste qu’on a pas osé y croire, soit c’était prendre le risque de descendre dans l’incertitude : et où toutes les éventualités étaient sources d’échecs.

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Scott McBeth
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MessageSujet: Re: We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.   Dim 23 Juin - 20:18

- Comment ça tu crois ? Tu dois bien savoir si c’est oui ou si c’est…

Ou si c'est fini ? Était-ce qu'elle voulait que je comprenne ? Mais là n'était pas le problème : je pouvais bien croire ce que je voulais, je pouvais bien croire qu'Haley ne m'avait jamais aimé comme je l'aimais moi, je pouvais bien croire que tout allait disparaître dans quelques temps et que ce petit accrochage à cause de Carlton ne serait bientôt plus qu'un mauvais souvenir, que nous allions nous remettre ensemble. Je pouvais tout croire, du plus agréable au plus horrible, j'avais tous les choix possibles. Mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas parce que tout cela ne dépendait plus de moi, à présent, c'était fait et bien fait, et rien ne pourrait l'avancer. Aussi fort que je voulais pardonner Haley et retrouver ce que nous avions, il y avait cette petite voix qui revenait, sans cesse, et qui m'exposait tout simplement : elle t'a fait la même chose, comme ce qu'ils ont tous fait. Pour elle non plus, tu n'as pas été le premier choix... Comment pouvais-je lutter contre ça ? J'en avais assez, je me sentais épuisé de tout cela, extrêmement las, et juste incapable de voir autre chose que cette atroce trahison qui, petit à petit, dictait ma vie. Je voulais simplement être choisi, pour une fois, pas être celui qu'on aime bien mais qu'on délaisse pour un autre, et je ne comprenais pas pourquoi il m'était impossible de réussir, une fois, juste une seule fois... Pourquoi je ne pouvais pas être celui qui ferait la différence, quelles caractéristiques je n'avais pas, quelles qualités me manquaient. Car c'était fonction de cela, fatalement... Même si je savais que l'alchimie jouait également, qu'on ne décidait pas tout lorsqu'il s'agissait de sentiments. Mais le coeur et la raison pouvaient bien trouver un terrain d'entente, parfois, non ? ... Je ne savais plus rien, si ce n'était que mon coeur et ma raison n'avaient plus grand chose à espérer. Pourtant, j'avais toujours eu en moi cette utopie un peu inexplicable, mais qui me laissait tout de même présager que la suite serait forcément meilleurs. Aujourd'hui, non seulement je ne l'avais plus, mais en plus, je ne la voulais même plus. J'en avais assez d'espérer, assez de me relever, assez de subir en silence ce dont les autres ne se préoccupaient absolument pas. J'étais triste et creux, je haïssais Carlton, je haïssais Stephen, Haley, Taylord, de l'avoir choisi, mais je n'y pouvais rien, alors cette colère tombait en poussière, inutile, comme moi, comme tout. Il ne restait que mes beaux souvenirs pour compenser ; et c'était moins tangible qu'après ma rupture avec Taylord, mais il me semblait que ce n'était seulement que maintenant que je me rendais compte de la beauté que nous avions alors - et que nous avions perdu.

Haley me manquait mais c'était une autre Haley qui hantait mes pensées, mes souvenirs. C'était celle qui, pas une seconde, n'avait franchi ce pas, parce qu'elle savait que rien n'aurait pu me faire plus mal ; pas celle que j'avais vue devant moi s'effondrer, sous le poids de sa propre culpabilité, signe on ne ne plus clair que tout cela était réellement arrivé. Et je n'avais même pas trouvé la force de lui pardonner...

Alors, non, je ne savais pas, je ne savais plus, et je fis un signe vague des épaules, le regard un peu absent, regardant Taylord d'un air de dire : c'est fait, c'est fait, on n'y changera rien, et je ne veux pas réfléchir.

Il ne m'échappa une seconde que le visage de Taylord changea en un court laps de temps, et qu'il devint plus pâle, si cela était possible, mettant en avant ses traits tirés et la fatigue qui semblait l'habiter toute entière. J'aurais dû m'excuser... Je ne voulais pas en plus de tout, la faire douter elle aussi. Mais encore une fois - je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas ! Il s'agissait de lui et toujours lui et puisqu'elle était avec lui, comment voulait-elle que je ne la mette pas dans le même panier ?! Sans doute que son cas à elle était le pire, puisqu'elle le connaissait mieux que tous, qu'elle savait tous ses petits écarts, mais que malgré tout elle laissait son coeur se faire dicter par cet abruti de première qui n'était pourtant pas, et il le confirmait jour après jour, un modèle de vertu. Alors quand Taylord eut une réaction un peu affolée et que ses lèvres s'agitèrent, qu'elle se redressa dans son lit et vint plus près de moi, se percher sur l'accoudoir du fauteuil je ressentis comme un vide étrange : pourtant je ne le voulais pas, je ne voulais pas en vouloir à Taylord ou me montrer hostile, mais quelque chose en moi s'était contracté et je n'eus pas un mouvement, pas un seul, alors qu'elle en eut un vers moi. En cet instant je la haïssais tout autant que lui, en cet instant je la rendais responsable de tout ce que je ne m'étais jamais résolu à lui laisser. En cet instant, je voyais Carlton à ses côtés, et me venait la simple et pourtant bien pertinente question : comment pouvais-je imaginer la compter comme une amie alors qu'elle était amoureuse de quelqu'un que jamais, au grand jamais, je ne pouvais considérer ? N'était-ce pas le signe d'une trop grande, bien trop grande différence ? ... J'eus un regard un peu troublé vers elle, incapable de desserrer les dents. Par dessus tout, j'étais en plus triste de lui en vouloir... Mais je nageais dans un brouillard dense, sans savoir comment et où me diriger.


- Scott, qu’est-ce que Haley a dit ? Qu’est-ce que… tu lui as dit que c’était terminé ? C’est elle qui l’a fait, je… C’est quoi l’histoire ? Je savais pas.

Elle ne savait pas. Combien de preuves lui fallait-il encore pour lui prouver que celui qu'elle considérait comme son petit ami n'était en aucun cas digne de confiance ?... Et qu'il pouvait, encore et encore, refaire les mêmes erreurs, jouer avec elle comme il jouait avec tout le monde ?

- C'est elle qui l'a fait ? répétai-je avec une brusquerie qui ne m'était pas coutumière. Mais Taylord, ça se fait à deux ces choses-là.

Les larmes qui avaient voulu couler s'était tout d'un coup asséchées, aussi vite que la colère avait fait une petite pointe de vitesse dans mes veines. Pourtant Taylord s'était penchée vers moi, avait essuyé mes yeux d'un geste protecteur et amical, et s'était emparée de mes mains pour les serrer dans les siennes... Oui, je comprenais bien ce besoin tout naturel que nous avions de nous soutenir, de nous tourner l'un vers l'autre dans cette histoire où nous étions tous les deux des victimes. Sauf que je m'étais élevé contre Haley, moi, que j'avais agi. Qu'allait faire Taylord ? Personne ne s'élevait jamais contre Carlton, personne ne lui faisait la leçon, on le laissait faire ses petits expériences, ses petits coups bas et on le regardait faire en l'applaudissant - et quelque part cela l'excusait, pourquoi, pourquoi aurait-il arrêté alors ? Tout le monde l'aimait pour cela, il n'avait aucune raison de changer ! Et Taylord, même elle, avec son tempérament de feu, n'y était pas parvenue. Elle était tombée à ses pieds, comme tout le monde.

- Je sais pas quoi te dire, je sais pas où est l’explication, mais c’est Haley, elle… Elle a bien dû te raconter ce qu’il s’était passé, elle n’aurait pas dû te mentir, mais… N’abandonne pas ce que tu as. Si tu crois que c’est fini, c’est que c’est pas sûr alors ? Qu’est-ce qui te fait douter ? C’est peut être là-dessus qu’il faut se concentrer ?

Je poussai un soupir, et sentis que les mots, pour une fois, ne demandaient qu'à sortir, se pressant, tous bien rangés, les uns après les autres, entre mes lèvres pincées.

- L'explication, c'est que ton copain a prouvé encore une fois qu'il n'avait aucune parole et aucune valeur. Et Haley qui me jurait du comme fer qu'ils n'étaient qu'amis ! Visiblement, il lui a fait fumer quelque chose, et ensuite ils se sont embrassés. Qu'est-ce que tu veux que je te dise d'autre ? Je relevai les yeux vers elle - elle allait me détester, parce que je parlais de lui comme cela, mais, qu'importe. Il fallait que ça sorte. Je ne veux plus qu'on me mente, ni elle ni personne. Je ne peux plus pardonner, tu comprends ?... J'en ai marre d'être le gentil Scott, qui se tait et dont on se fiche. J'en ai marre qu'on me vole tout ce qui compte pour moi alors que je m'efforce d'en prendre soin. Je marquai une pause et murmurai plus tristement - je dois vraiment mal m'y prendre... Je ne veux pas que ça se finisse, tu sais. C'est la première fois que j'aime quelqu'un comme je l'aime elle.

Je serrai sa main - s'il te plaît, ne l'enlève pas.

- Mais ça ne suffit pas... C'est comme ça, conclus-je dans un souffle. J'ai été horrible, en plus, avouai-je, et je m'en voulais tant - elle doit me détester. J'hésitai. Et toi aussi...

Je ne supportais pas qu'elle émette une critique sur Haley, implicitement dans son discours - je ne pouvais pas prétendre à ce qu'il n'en soit pas de même de son côté. Mais je ne voulais pas la détester, je ne voulais pas m'enfermer là-dedans, et je me forçai à faire abstraction de cela, passant ma paume sur la sienne pour englober sa main dans la mienne.

- Je suis désolé, ce ne sont pas les meilleurs retrouvailles qu'on pouvait imaginer...

J'eus un petit sourire, sincère. J'espérai qu'elle soit, comme moi, suffisamment attachée pour que malgré tout, nous fassions l'effort de ne pas tout briser.

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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.   Dim 30 Juin - 14:29

La tristesse pouvait se lire de bien des manières, mais je n’aimais pas la façon dont elle s’affichait sur les joues de Scott, les relevant légèrement, tout en tirant les traits principaux de son visage vers l’arrière – surtout quand ça signifiait implicitement que dire et faire n’importe quoi n’aurait rien changé.

- C'est elle qui l'a fait ? Mais Taylord, ça se fait à deux ces choses-là.

Comme un miroir, son attitude développa des réactions similaires dans la mienne et je me raidis tout entière. La fatigue ne m’empêchait pas d’être prompte à l’emportement, même si je n’en avais pas envie, encore moins quand cette personne était Scott.

- Désolée, je n’ai pas assisté à la scène
, sans cacher le goût amer qui emplissait ma voix – je ne pouvais pourtant pas dire à Scott qu’il était un imbécile d’avoir un comportement comme celui qu’il avait. Moi aussi j’accusais le choc. Il n’était pas le seul à qui on avait menti.

Et penser que Chuck l’avait fait – encore une fois – après tout ce à quoi nous étions passés me pinça le cœur, comme une pression qu’on exerce pour empêcher quelqu’un de respirer. Plus exactement il ne l’avait pas dit. Mais j’avais insisté, lui avait tendu la perche, ça revenait au même. Mais comme Scott était bien plus bouleversé que je ne l’étais, j’avais du mal à réfléchir à tout ça en même temps et c’était difficile de dire si j’en voulais à Chuck ou pas sur des révélations qui une fois de plus ne venaient pas de sa bouche.


- L'explication, c'est que ton copain a prouvé encore une fois qu'il n'avait aucune parole et aucune valeur. Et Haley qui me jurait du comme fer qu'ils n'étaient qu'amis ! Visiblement, il lui a fait fumer quelque chose, et ensuite ils se sont embrassés. Qu'est-ce que tu veux que je te dise d'autre ? Je ne veux plus qu'on me mente, ni elle ni personne. Je ne peux plus pardonner, tu comprends ?... J'en ai marre d'être le gentil Scott, qui se tait et dont on se fiche. J'en ai marre qu'on me vole tout ce qui compte pour moi alors que je m'efforce d'en prendre soin. Je dois vraiment mal m'y prendre... Je ne veux pas que ça se finisse, tu sais. C'est la première fois que j'aime quelqu'un comme je l'aime elle.

Aucune parole – aucune valeur – il a fait ci – il a fait ça. J’en avais plus qu’assez de cette rengaine, comme une comptine qu’on apprend dans les cours d’écoles et qu’on répète à longueur de journée si bien qu’à la fin elle vous donne envie de vomir tellement elle est devenue insupportable. Tout à fait comme l’éternel combat qui avait lieu entre Scott et Chuck, qui durait depuis… depuis quand ? Depuis des années maintenant laquelle je m’étais toujours retrouvée au milieu – mais si ça se passait comme ça aujourd’hui encore j’allais finir par croire que c’était parce que je l’avais bien voulu moi aussi, parce que c’était ma faute aussi, qu’est-ce que j’en savais. Parce que quoi ? Parce que je ne voulais pas choisir entre l’un ou l’autre ? Parce que j’avais tantôt choisi l’un et tantôt choisi l’autre ? J’en avais marre d’entendre Chuck critiquer Scott parce qu’il avait décrété ne pas l’aimé parce qu’à l’époque il était rentré dans l’équation alors qu’il ne l’avait pas voulu et ses paroles méchantes à propos de lui avaient toujours été comme des blessures d’autant plus qu’elles étaient injustifiées. J’en avais marre de Scott qui avait choisi l’excuse de placer Chuck au-dessus de lui-même si ce n’était pas ce qu’il disait clairement pour pouvoir lui en vouloir indéfiniment, et comme ils se renvoyaient sans arrêt l’ascenseur, forcément, ça n’avait plus de fin et plus ça allait plus je me mettais à penser que ça se passerait toujours comme ça. Je ne voulais pas perdre une nouvelle fois Scott comme ça avait été le cas la première fois, et je ne voulais pas non plus le retrouver parce qu’il était bien content que Chuck m’ait tourné le dos – ni que Chuck me bourre le crâne en disant que des gens comme Scott ou Stephen n’étaient que des parasites qui gravitaient autour de nous et qu’il ne fallait pas faire attention à eux. J’en avais tout simplement marre de cette jalousie qui refusait en bloc de faire cohabiter – je ne leur demandais même pas de s’apprécier – deux personnes que j’aimais mais qui avait choisi de penser que ce n’était pas suffisant.

Scott savait très bien que je n’allais pas accepter des insultes qu’il ne lançait même pas directement à Chuck mais en passant par mon biais. J’étais la passoire en quelque sorte et je ne disais pas de Chuck qu’il était mieux lorsqu’il lançait ses petites piques comme si c’était un supplice pour eux deux de pouvoir s’ignorer.

- Ah et tout à coup le « il faut être deux » se transforme en « il » ? Haley est assez grande pour assumer ses actes, ce n’est pas qu’une petite chose fragile ! Vous faites chier avec vos merdes, on dirait juste que vous le faites exprès pour voir qui va craquer en premier, c’est bon on a compris que vous pouviez pas vous piffrer ! Il ne fallait pas croire, ça ne me faisait pas plus plaisir d’entendre que Chuck qui parlait de toutes ses copines comme des amies, et bien ce ne soit pas tant le cas que ça. Je devais penser quoi d’Haley, hein, alors qu’ils étaient si proches ? Alors bien sûr que j’étais un peu en colère contre Chuck.

Et contre Scott aussi. Parce qu’il avait l’air d’avoir de l’amertume envers… tout ce qu’il y avait de bon en lui, tout ce qui faisait de lui la personne vers laquelle on avait envie de se tourner plutôt qu’une autre. Qui avait menti ? Est-ce qu’il… Est-ce que Scott m’accusait de l’avoir fait avec lui aussi ? Ce n’était pas vrai et surtout ce n’était pas juste, j’avais eu des doutes, j’avais hésité, et c’était bien parce que je tenais trop à lui que ça s’était passé comme ça, mais nous n’avions pas la même vision des choses d’après ce qu’il disait. Un mensonge. Un de plus. Mais non. Scott voulait quitter cette partie de lui qui le rendait exceptionnel pour s’abaisser à un autre niveau, qui peut être enfin lui aurait permis de déculpabiliser un peu. Pourquoi il ne pouvait pas voir cinq secondes comme je voyais moi ?

- Pendant combien d’temps encore tu vas faire une fixette sur Chuck ? C’est toi qui compte pas lui ! Alors arrête de te lamenter, vous me souler avec vos histoires de qui vole le plus de trucs à l’autre, c’est pas comme ça que ça marche, c’est de gens qu’on parle, pas de baguettes magiques ! Comment… Comment tu peux avoir envie de changer ce qui fait que les gens t’aiment ?
Si était incapable de le voir, ce n’était pas mon cas. Qui avait été mon vrai cavalier de bal de Noël qui m’avait donné l’envie d’être un peu plus importante que je ne l’étais en réalité. Qui m’avait sorti du tourbillon de douleur dans lequel je tournoyais pour me montrer qu’il y avait plein de petites jolies choses à côté mais qui ne prenaient vraiment tout leur sens que lorsqu’on s’intéressait à elles, qui avait pris ma main pour me ramener vers tout ça ? On ne te vole rien ou alors si on le fait bats toi !  Mais pas juste par méchanceté mais parce que tu sais que tu le mérites.

Chuck c’était peut-être le genre à enchainer les conneries et les gaffes, mais en attendant on ne pouvait pas dire que c’était moi plus que quiconque qui m’était battu contre lui. Et que c’était précisément ça qui avait fait ressortir ses bons côtés. Mais c’était comme tout le reste. Il fallait le voir.

- Puisque je suis trop conne, je vais rester avec mon copain trop con, ça m’avait échappé comme si ma pensée en était arrivée tout à coup à cette conclusion. Si Chuck était comme Scott le décrivait, c’était que moi aussi non ? Il fallait être comme ça pour aimer des gens comme ça. Je le disais. Scott le disait. J’veux plus t’entendre dire ça. Je… Je sais c’que j’vaux, et c’que je fais, mais puisque vous voulez pas le voir tous les deux, démerdez-vous.

Ils étaient bien trop occupés par leurs petites affaires.


- Mais ça ne suffit pas... C'est comme ça. J'ai été horrible, en plus. Elle doit me détester. Et toi aussi...

Scott voulait savoir quel était son problème ? C’était qu’il était quelqu’un de bien mais qu’il se laissait lui aussi emporter par toutes les bassesses auxquelles il avait toujours refusé de céder. Je ne voulais pas qu’il fasse ça… Je l’observai un instant parce que je venais de comprendre par sa simple affirmation que s’il pensait que moi je le détestais malgré tout… Alors que c’était impossible… C’était que pendant tout ce temps, même quand on ne s’était plus parlé, même avant mon départ, au moment où on s’était séparé en fait, lui m’avait détesté, lui s’était enfermé dans ce cercle et croyait à juste titre que j’avais fait de même, alors que même après cet échauffement, j’en étais incapable… Parce que je ne pouvais pas le détester de ne pas aimer Chuck, et il n’y avait aucune explication à cela. C’est tout. Je m’étais tant haïe, haïe pour deux lorsque j’avais été renvoyée de Poudlard de toutes les bêtises, les peines que j’avais engendré, de tous les reproches que j’avais accepté d’endosser… Mais je m’en étais sortie, j’avais tenu le coup envers et contre tout, peut être que j’avais enchaîné les mauvais choix, je ne savais plus, mais jamais je n’avais souhaité que ça se passe à son détriment. Là aussi, je ne pouvais pas me justifier. Il y avait eu cette succession d’enchaînements et de sentiments qui étaient entrés en jeu et qui en étaient la cause. Je ne pouvais pas m’excuser pour ça.

- Toi par contre, tu me détestes
, soulevai-je froidement. Qu’il l’avoue. Que ce soit clair.

Son regard inquisiteur m’ordonnait de me faire toute petite – d’après lui, je n’avais même pas le droit d’être triste. Pensait-il que j’avais une seule fois oublié qu’il avait eu le même ce jour-là, du haut de la tour d’Astronomie ? Il n’y avait pas de pire sentiment que de décevoir une personne en pensant pourtant faire le meilleur. Celle qui vous fait sentir la fille la plus merdique de la terre, parce que c’était bien le cas pour pouvoir avoir imaginé une utopie pareille… j’étais blessée parce que Si Scott n’était jamais parvenu à aller au-delà, avec ce qu’il venait en plus de m’apprendre, c’était sans doute qu’il n’y parviendrait jamais. Je me battais pour deux quand l’autre avait arrêté de se cramponner à la corde pour revenir par-dessus bord. Il ne voulait pas revenir par-dessus bord avec moi. Les sourires, les belles fleurs… tout ça ne servait qu’à alimenter les rancœurs. Je sentis mes yeux s’alourdirent de peine, sans pouvoir quitter mon regard du sien.


- Je suis désolé, ce ne sont pas les meilleurs retrouvailles qu'on pouvait imaginer...

Bah, ce n’était pas de nous dont il voulait profiter de toute façon, ni de notre amitié. Chuck était un trop gros poisson pour ça… Ce n’était pas des retrouvailles mais plutôt une fois de plus une démonstration flagrante de l’animosité qui régnait entre Chuck et Scott. J’étais restée immobile jusque-là même quand j’avais bien sentis la pression de plus en plus forte que Scott exerçait sur ma main, comme étant le dernier lien qui nous maintenait l’un et l’autre.
Je dégageai la mienne et la retirai.

- Non, ça ne l’est pas
, affirmai-je platement. La lassitude repris rapidement le dessus, avec en tête les paroles de Pomfresh qui expliquait que j’étais trop malmenée par la pression, quelque chose comme ça, et qu’il fallait me laisser un peu respirer.

Je me levai de mon perchoir pour rejoindre mon lit en tournant légèrement le dos à Scott. Ce que j’avais voulu, c’était faire table rase du passé, mais c’était impossible. Scott ne voulait peut être même pas être mon ami et si j’avais mis tant de temps à revenir vers lui, c’était qu’au fond je l’avais toujours su. Quand on est deux, comme il le disait si bien, il fallait faire les choses à deux, sinon ça ne marchait pas. J’étais comprimée dans ce corps qui ne demandait qu’à se recroqueviller de chagrin. Je fermai les paupières en sachant qu’avec ça, j’allais m’écrouler de fatigue dans l’instant et que plongée dans le sommeil, on ne pourrait plus me mêler à ces histoires. Je les rouvris.

- Au lieu de te demander ce que les autres ont de plus que toi, réfléchis à ce que toi tu as qu’ils n’ont pas, chuchotai-je. Ça change déjà la donne. Nous étions tous différents après tout, ça ne voulait pas dire qu’une qualité était meilleure qu’une autre. T’as le droit d’être égoïste et c’est légitime, mais tu t’y prends mal. Tu le transformes en envie. Pendant que t’es envieux des autres, tu oublies de vivre. N’était-ce pas ce que j’avais fait tout l’été ?

Je remontais les draps jusque sur mes épaules comme si j’avais voulu me cacher. Je ne voulais pas perdre mon amitié avec Scott parce qu’elle comptait trop pour ça – elle avait toujours compté.
Mais je ne savais pas comment faire pour la garder non plus.


 

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Scott McBeth
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MessageSujet: Re: We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.   Mer 21 Aoû - 13:36

Cette route, je ne voulais pas l'emprunter. J'avais pertinemment su que j'y risquais d'y déboucher au hasard de mes pas, en venant à l'infirmerie en signe de paix, mais j'avais préféré ranger cette hypothèse dans un coin de mon esprit. Ce n'était pas de lui dont je voulais parler mais Taylord avec qui je voulais renouer les liens que nous avions toujours eu, et c'était indiscutable. Alors, il suffisait de ne pas le laisser rentrer pour que ma voie ne s'en retrouve pas détournée. Mais voilà... Il me suffisait de lire dans le regard de Taylord toute cette lassitude qui faisait écho à la mienne, de voir ses traits teintés de colère : une colère que je n'avais même pas le courage de surmonter, une colère qui s'était déclenchée en moi de la même façon et que je n'avais pas su retenir. C'était drôle, pensai-je avec amertume, mais Carlton m'avait appris beaucoup de choses : la colère, la jalousie, la haine, le mépris. Et il ne le savait même pas.

Toujours était-il que j'étais venu pour récupérer quelque chose que l'on m'avait volé ; je me retrouvais à présent les mains toujours aussi vides et les épaules encore plus lourdes de tout ce qui pesait dessus. Je ne savais plus quelle attitude adopter : oui, Taylord avait tous les "droits" de le défendre, oui d'un côté j'entendais bien qu'elle lui était loyale et je n'avais rien à redire à cela. Mais, non, je lui en voulais de ne pas reconnaître ce qui crevait les yeux. Moi le premier, j'en voulais à Haley ! Et j'avais l'impression que Taylord ne prendrait jamais le temps de prendre le recul nécessaire pour savoir si effectivement elle avait raison de se ranger dans le camp Carlton, et pas dans le mien... Tout comme Stephen d'ailleurs. Dire que nous n'avions jamais reparlé de ce soir-là, en salle de duel, dire que je n'avais su de sa bouche les raisons qui avaient motivées ses choix ! Je détestais cette relation que nous avions à présent, cette fausse politesse, fausse amabilité, parce que nous partagions le même dortoir, que nos lits étaient voisins et que nous avions finalement l'habitude de vivre ensemble ici, mais pas une parole plus haute que l'autre, pas une seule discussion un peu plus personnelle, comme avant, n'avaient repointé le bout de son nez. Nous étions deux étrangers entretenant des relations parfaitement cordiales. Je n'avais aucune idée si c'était pire que la froideur silencieuse du début - mais en revanche, j'aurais aimé qu'il me parle, qu'il me dise pourquoi il s'était conduit ainsi, et qu'il ne me laisse pas dans ce sentiment de trahison tellement douloureux, auquel j'étais tellement habitué qu'il me tuait à petit feu. C'était cela : quand je relevais le regard vers Taylord, les yeux probablement vides de tous cette tristesse contre laquelle je n'avais aucune arme, j'eus envie qu'elle comprenne :
je n'ai plus la force, je ne peux plus.

- Désolée, je n’ai pas assisté à la scène.

J'eus un petit mouvement sec de la tête - ça, c'était certain, moi non plus, sans quoi j'imagine que Stephen aurait du transplaner pour sauver une nouvelle fois Carlton de mes sortilèges.

J'aurais aimé trouver le moyen de ralentir la course, de mettre un frein en travers de la pente glissante sur laquelle nous étions en train de tomber en chute libre. Mais je me sentais impuissant ; entre mes doigts la situation coulait comme de l'eau, et quoi que je fasse, il n'y avait rien d'assez puissant pour me permettre de la retenir entre mes mains. Pire encore, j'en avais assez : trop de rancoeur, trop d'amertume, trop de chagrin aussi. Je ne voulais plus, et je ne pouvais pas redevenir celui que j'aurais sans doute été quelques temps plus tôt, trop gentil, trop conciliant. J'avais besoin d'expier tout cela, afin de m'éviter sans doute de succomber au chaos qui m'habitait.


- Ah et tout à coup le « il faut être deux » se transforme en « il » ? Haley est assez grande pour assumer ses actes, ce n’est pas qu’une petite chose fragile ! Vous faites chier avec vos merdes, on dirait juste que vous le faites exprès pour voir qui va craquer en premier, c’est bon on a compris que vous pouviez pas vous piffrer !

J'accusai le coup (mais il me semblait qu'on m'avait frappé dans le dos avec une hache) sans broncher, seule ma posture, peut-être, se fit plus raide. L'instant si doux et lumineux qui avait été lorsque nous nous étions retrouvés me paraissait à des années-lumière d'ici. Ce que je ne pouvais pas reprocher à Taylord, c'était d'être clairvoyante : sans doute que ma haine viscérale pour Carlton créait tout un tas de perturbations autour de nous, et pour les gens qui nous côtoyaient, mais d'un autre côté, c'était une haine partagée, et une haine qui ne venait pas de nulle part. En revanche, au sujet d'Haley ce fut mon cœur lui-même qui se contracta et qui laissa échapper un petit cri de désespoir : si ! Bien sûr que si, elle était fragile, elle l'était tellement et au fond je l'étais tout autant, sauf avec elle. Il me semblait que nos fragilités combinés nous rendaient si forts ; avec elle, je me sentais tellement plus fort. Mais elle était grande, oui... Elle avait choisi, ça, oui. Et je n'étais plus assez naïf pour espérer que quelqu'un puisse me choisir. J'avais compris.

- Pendant combien d’temps encore tu vas faire une fixette sur Chuck ? C’est toi qui compte pas lui ! Alors arrête de te lamenter, vous me souler avec vos histoires de qui vole le plus de trucs à l’autre, c’est pas comme ça que ça marche, c’est de gens qu’on parle, pas de baguettes magiques ! Comment… Comment tu peux avoir envie de changer ce qui fait que les gens t’aiment ? Je la regardai sans comprendre - elle était énervée, elle parlait un peu plus fort et avec plus de passion, elle avait ce petit froncement de sourcils qui m'avait toujours amusé et qui signifiait qu'elle était contrariée. Sa bouche aussi avait une forme particulière, les coins s'abaissaient un peu plus. Mais je ne comprenais pas : pourquoi disait-elle cela ? Alors que les gens ne m'aimaient justement pas, c'était là tout le problème, ils ne m'aimaient pas assez ? On ne te vole rien ou alors si on le fait bats toi ! Mais pas juste par méchanceté mais parce que tu sais que tu le mérites.

Baissant les yeux vers mes mains, qui me paraissaient désespérément inutiles (elles ne se rattrapaient à rien, elles ne se défendaient contre personne), je cherchai quelques secondes, en silence, quoi dire. En vérité, j'étais touché par ce que disait Taylord, en bien comme un mal. J'avais envie de crier qu'on me volait tout et que je me battais et que cela ne changeait rien. Mais j'avais envie qu'elle continue de me dire que je méritais quelque chose, qu'elle me rappelle ce que nous avions vécu, qu'elle me laisse entrevoir qu'on pouvait bien se foutre de Carlton et que tout n'allait pas éternellement être rattaché à lui...

- Puisque je suis trop conne, je vais rester avec mon copain trop con. Je… Je sais c’que j’vaux, et c’que je fais, mais puisque vous voulez pas le voir tous les deux, démerdez-vous.

Je lâchai un soupir - non, ce n'était pas ça ! Je me sentais tellement las.

- Mais, Taylord... commençai-je, mais les mots moururent dans ma bouche. Ils n'avaient plus de force, eux non plus.

- Toi par contre, tu me détestes, asséna-t-elle froidement.

Je levai les yeux vers elle : elle me dévisageait et moi aussi, comme si nous nous jaugions, comme si nous étions ennemis ! Je sentis les barrières autour de moi s'effondrer un peu plus.


- Non, me défendis-je. J'avais de l'animosité contre elle sur certains sujets, et je me déchargeais comme je pouvais sur des personnes, parce qu'elles étaient matérielles, parce que je ne savais pas quoi faire de tout ce qui me dévorait de l'intérieur, et qui me faisait mal. Mais ce n'était pas elle, pas elle à proprement parler... Au fond, qui étais-je pour juger de ses choix, de ses sentiments ? Je respectais son... amour pour Carlton, je ne le comprenais pas et je ne le partageais pas, mais en aucun cas je lui aurais ordonné de cesser tout cela. J'ai simplement besoin de dire tout ça, mais tu sais bien que non, je ne te déteste pas. Est-ce que je serais venu te voir si je te détestais ? Je me suis inquiété pour toi, et tu le sais... C'est juste que ce n'est pas facile... Ma voix faiblit un peu. Je ne sais pas comment faire.

Comme avec Stephen ; comme avec Haley. A ce moment, Taylord quitta le fauteuil où j'étais assis, lâcha ma main et je me sentis encore plus seul, encore plus écarté du reste du monde.

- Non, ça ne l’est pas. Au lieu de te demander ce que les autres ont de plus que toi, réfléchis à ce que toi tu as qu’ils n’ont pas. Ça change déjà la donne. T’as le droit d’être égoïste et c’est légitime, mais tu t’y prends mal. Tu le transformes en envie. Pendant que t’es envieux des autres, tu oublies de vivre.

Mais qu'avais-je, justement ? Qu'avais-je de plus qu'eux ? Que lui ? Qu'avais-je qu'ils n'avaient pas ? Je n'avais rien de plus que mes frères et sœurs, j'avais toujours été le plus calme, le plus timide, le plus insignifiant. A tel point que mon propre meilleur ami m'avait jugé trop insignifiant, et qu'il s'était détourné de moi. A tel point que les filles dont j'étais amoureux me quittaient ou me trompaient. Je ne faisais pas exprès d'oublier de vivre ; j'avais simplement l'impression qu'on m'en empêchait, ce qui était différent. Et j'étais triste, si triste : je ne voulais pas que l'on me plaigne, mais j'étais incapable de penser à autre chose qu'à mon chagrin, qu'à Haley, dont je rêvais, chaque instant, qui me manquait, plus que personne ne m'avait jamais manqué.

Je me passai la main sur le visage tandis que Taylord disparaissait sous ses couvertures, comme si elle fermait une porte entre nous. Mais ma main ne servit à rien : à ne refouler aucune larmes, car elles n'étaient plus là, si mon cœur était gros, il était sec et lourd. Je me levai, n'osant faire un pas, ni vers Taylord, ni vers la sortie.


- Tu prends soin de toi, d'accord ? Ce fut tout ce que je parvins à dire, agrémenté d'un bien petit sourire.

Je fis un pas, vers la sortie. Il y avait aussi ma conscience qui me dictait de ne pas trop fatiguer Taylord, de ne pas trop provoquer d'émotions en elle, car elle restait convalescente. Arrivé au pied de son lit, je lui fis face, posant ma main sur le bas de sa jambe, par-dessus la couverture.


- Je te promets d'essayer d'agir différemment, murmurai-je, sincère mais pas certain d'arriver jusqu'au bout. Et si il est bien pour toi et que tu es bien avec lui, je te promets de le laisser tranquille. Peu m'importait à présent, de toute façon... Haley me préoccupait d'avantage que lui. D'accord ?

Je cherchai son regard, et mon cœur, mis bien à rude épreuve, se mit à battre fébrilement tout d'un coup. Amis ?...

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MessageSujet: Re: We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.   Mer 4 Sep - 15:03

Encore. C’était ce qu’on appelait en revenir au même point, mais je ne voulais pas de ça. Aucun terrain d’entente n’était possible, j’avais compris et ces problèmes, il n’y avait que Chuck qui puisse les régler, car malgré toute la volonté que j’avais, je ne pouvais pas le faire à sa place et en même temps j’étais persuadée que pour lui, il n’y en avait pas, alors… Qu’il s’agisse de Stephen ou Scott, dès que Chuck se retrouvait au milieu, l’équilibre de la balance se retrouvait basculée, mais finalement… Qui se retrouvait au centre de tout ça ? Plus que Chuck, est-ce que ce n’était pas moi qui me faisais balader entre les deux pôles sans jamais en atteindre un ? La mélancolie qui m’obscurcissait le cœur  commençait à me laisser croire que rien n’allait s’arranger avec Scott parce qu’il campait sur ses positions et que je demeurais sur les miennes. Ce qui me peinait vraiment, c’était qu’il puisse penser que j’avais essayé de m’éloigner loin de lui. Ça avait été le cas cette année, mais les raisons étaient différentes, elles n’avaient rien à voir avec celles de départ… Ce n’était quand même pas moi qui avait eu le désir, égoïste certes, mais quand même de garder son amitié, même si je ne pouvais plus lui offrir ce que lui avait voulu me donner plus que tout et qu’il avait mis si longtemps à accepter cette proposition ? Je l’avais meurtri et je l’avais vraiment réalisé lorsque moi aussi j’avais été écorchée par les souffrances de l’amour, mais entre temps, nous nous étions relevés, nous avions avancé plus loin… Cette histoire avec Haley, et toute l’animosité et la tristesse avec laquelle il la pointait du doigt ne montrait-il pas qu’il avait tourné la page sur notre romance perdu, mais que toutes les pages suivantes narraient une amitié envisageable ? J’avais envie que toute la rancœur qu’il y avait tout autour de nous se transforme à jamais en quelque chose de beau, quelque chose de mieux. Après tout ce que nous avions traversé, est-ce que c’était trop demandé ?  Je ne pouvais pas laisser Scott Partir au loin, pas une nouvelle fois, même si je savais que garder tous ceux que j’aimais auprès de moi était impossible, parce que si nos routes se retrouvaient, elles prenaient des directions différentes lors des croisements.

- Non. J'ai simplement besoin de dire tout ça, mais tu sais bien que non, je ne te déteste pas. Est-ce que je serais venu te voir si je te détestais ? Je me suis inquiété pour toi, et tu le sais... C'est juste que ce n'est pas facile... Je ne sais pas comment faire.

Bien sûr que la présence de Scott m’était indispensable – cela depuis le début de notre rencontre et grâce ou à cause de ce qui s’était produit ensuite (je ne savais pas trop si pour lui, aujourd’hui, il voyait ça encore comme un mal, ou enfin comme un bien) sa discrétion et sa délicatesse avait été ma force. Et là, tandis que je me repliai dans lit comme une huître, c’était bien parce que plus que jamais j’en avais parce que ça blessait et qu’à chaque fois, la blessure était un peu moins supportable.

- Fais-moi confiance, dis-je, brisant le silence qui s’était installé encore nous après quelques instants, sans me retourner. Je sentais sa méfiance vis-à-vis de tout et tout le monde, et pourtant, moi, j’étais sûre de moi et de ma sincérité. Tout ce que je pouvais lui demander, c’était de me faire confiance, même si c’était difficile. Parce que je n’avais aucune intention de la trahir.

Je ne bougeai pas lorsque je reconnus le mouvement qu’eut Scott pour se lever, parce que malgré tout, je ne m’étais pas attendue à ce que ce moment arrive si vite. C’était… C’était comme ça ? On allait encore se séparer sur ce tempo d’inachevé ?


- Tu prends soin de toi, d'accord ?

Je levai ma tête hors des gros coussins pour essayer de suivre Scott du regard en me tordant à moitié le cou, mais ce fut lui qui vint du côté du lit vers lequel je m’étais obstinément tournée plutôt. J’aurais aimé l’entendre dire ce que je pouvais faire pour qu’il aille un peu mieux, quoi que ce soit  qui soit réalisable, même si c’était petit et infime – rien que pour soulager temporairement les peines.

- Je te promets d'essayer d'agir différemment. Et si il est bien pour toi et que tu es bien avec lui, je te promets de le laisser tranquille. D'accord ?

J’expirais un grand coup, comme si c’était un appel à la liberté, mais que j’étais contrainte de rester dans ce lit d’hôpital qui m’enchainait, et si pendant longtemps, j’avais douté, entre le passé, ce qu’il y avait maintenant, et le futur incertain, cette fois j’avais la conviction que je n’allais me séparer ni de l’un ni de l’autre et ça, juste parce que c’était moi qui l’avait décidé, peu importe leurs rancœurs ou leurs ressentiments. Tout n’était pas parfait, mais il était hors de question que je m’autorise à aimer l’un mais laisser l’autre sur le bord de la route quand je savais que je n’avais pas peur d’aimer les deux en même temps. Ce n’était peut-être pas la même forme d’amour, mais en tout cas, j’en avais besoin.

Scott s’était tout juste détournée que j’attrapai son poignet pour le retenir, le temps de m’asseoir entre les draps et les couvertures, pout enfin aller tout au bout de mes gestes – les sentiments, bons ou mauvais, me donnaient l’énergie, et je serrai sa taille en blottissant ma tête contre lui, ses épaules, tout en me rappelant de cette odeur qui emplissait mes narines et qui me rappelait des souvenirs, un peu comme ma petite madeleine de Proust, qui me faisait songe au passé, mais avec toute amertume et aigreur dissipée.

- Tu sais, ses méthodes sont peut-être… un peu radicales parfois, mais c’est pour en faire ressortir le meilleur, alors ne t’inquiète pas. Ça ne se voyait pas toujours, et pas tout de suite aussi mais avec le recul, Chuck m’avait rendu aussi forte, que paradoxalement fragile. Toi par contre, tu n’oublies pas qui tu es, chuchotai-je, heureuse malgré tout, qu’on ne se quitte pas dans l’incertitude de ne peut être plus avoir l’occasion de se parler ensuite. C’est important.

Je lui fis un bisou amical sur la joue avant de le lâcher pour le laisser partir. Ce qu’il y avait de bien, avec les au revoir, c’était que rien que dans le mot, cela impliquait de prochaines retrouvailles.



{Topic terminé}

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MessageSujet: Re: We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.   

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We cannot cure the world of sorrows, but we can choose to live in joy - T. R.
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