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A river runs through it | Ruby | terminé

 
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 A river runs through it | Ruby | terminé

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Ewan Campbell
Vendeur chez l'Apothicaire



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Particularités: J'ai un énorme bagage à main (et ma copine a des gros boobs).
Ami(e)s: Phil et Rita et les boobs (mais surtout les boobs) :)
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MessageSujet: A river runs through it | Ruby | terminé   Lun 25 Mar - 21:24




« Eventually, all things merge into one, and a river runs through it »



La journée avait passé à une allure particulièrement lente pour un vendredi, alors qu'en ce jour de la semaine les heures défilaient habituellement à toute allure, puisqu'on fermait plus tôt pour l'inventaire et que les clients se faisaient plutôt rares. Aujourd'hui semblait placé sous un signe spécial puisque dès le matin j'avais eu à faire à des clients particulièrement pointilleux, pour qui j'avais dû sortir des boîtes de la réserve et discuter avec acharnement de la qualité de nos ingrédients dont ils doutaient, et je les soupçonnais d'ailleurs fortement de donner dans le marché noir, ce qui ne m'avait pas mis trop en confiance étant données mes pratiques en dehors de mon travail officiel... Je m'étais senti légèrement menacé, si mon patron apprenait quoi que ce soit à ce sujet, je pouvais dire adieu à mon poste ; or il ne le fallait absolument pas. Après cela, l'un des plus importants fournisseurs de la boutique avait voulu revoir avec nous - et comme nous n'étions que deux dans la boutique, je m'étais chargé de cette mission - la liste des ingrédients et les prix, nous avions planché laborieusement pendant deux heures, mais les secondes semblaient passer bien plus lentement qu'à l'ordinaire. Je voyais l'heure de la fermeture s'approcher seulement très mollement, et je savais encore que l'inventaire de la boutique serait long, pas compliqué mais il demanderait du temps, et j'en étais agacé par avance. Travailler chez l'apothicaire était un bon compromis puisque cette discipline me plaisait et que j'y gagnais un salaire correct, mais il arrivait un moment où j'en avais assez d'être brimé dans mon travail et obligé par un patron avec qui je n'avais pas tout le temps les mêmes avis, et que je ne trouvais pas particulièrement spécialiste en la matière. Enfin ; tout cela n'était que temporaire et je le savais très bien, alors je gardais le regard droit devant sans demander mon reste. D'ailleurs, je crois qu'il avait bien compris que je traçais mon chemin avec une idée en tête mais si plusieurs fois il m'avait questionné sur mon avenir je n'avais rien avoué, trouvant d'ailleurs un certain plaisir à attiser sa curiosité sans la satisfaire. Le patron mis à part, il y avait deux autres vendeur qui travaillaient à la boutique, à mi-temps, et je m'entendais plutôt bien avec l'un d'entre-eux qui avait mon âge, Joseph, et au fil des jours nous étions devenus plus ou moins proches, il m'était arrivé d'aller boire un verre avec lui et nous avions partagé une soirée avec Phil pendant les vacances de Noël. Bizarrement, nous avions pas mal de points communs dans nos origines et notre éducation et j'avais l'impression qu'il réagissait un peu de la même manière que moi à cela - il s'en écartait et la critiquait sans s'en détacher vraiment - ce qui nous avait donné l'occasion de bien discuter. Et comme des parents avaient acheté un nouveau manoir en Écosse très récemment et qu'ils ne l'occupaient pas encore, il en avait profité pour se l'approprier quelques temps, il y avait fêté son anniversaire le mois dernier, et avait proposé une petite soirée entre amis à la fin de la semaine, ce vendredi soir.

Au départ, j'avais pensé refuser. Par flemmardise ou manque de temps, je n'en savais trop rien, même si il m'était sympathique, et ses amis aussi. Et puis... Et puis depuis que nous nous étions vus plusieurs fois avec Ruby, hors de la Tête de Sanglier et que plus ça allait plus j'éprouvais le besoin de la voir, comme si elle me devenait indispensable... Je m'étais dit, que, pourquoi pas. J'allais l'inviter.

Il s'était passé un étrange retournement de situation, que je n'arrivais pas bien à m'expliquer, mais il était là, bien présent, et peu enclin à s'en aller. Depuis que tout avait basculé, quand elle était venue chez moi, ce fameux sentiment protecteur que j'avais ressenti à son égard avait déployé ses ailes - bien malin, il avait touché ma corde sensible et me possédait maintenant tout entier. Et pourtant je le savais : j'allais partir, un jour, à quoi cela rimait ? Nous rapprocher et nous séparer ensuite ? Tant pis. Qui savait de quoi demain serait fait ? Je me sentais bien avec elle et je n'avais pas envie de lui lâcher la main alors que j'avais l'impression qu'elle avait besoin qu'on lui tienne ; qui plus est elle était tout ce que j'aimais chez une fille et que je n'avais jamais véritablement trouvé. Sans doute que nous n'aurions jamais une histoire comme la majorité des gens l'entendaient parce que tous les deux, nous étions un peu bancals, mais ce que nous avions me suffisait et je ne l'aurais effacé pour rien au monde. Même si, je ne le niais pas, elle attisait en moi des sensations plus charnelles qu'il aurait dû être entre deux bons amis, il ne tenait qu'à moi de les réfréner pour que notre relation s'en tienne à cela. Et puis, ne m'avait-elle pas envoyé une gifle le premier soir, quand j'avais essayé de l'embrasser ? A ce souvenir, je me sentais tellement coupable et honteux, surtout après ces aveux, que je regrettais ne pas pouvoir remonter le temps et gommer mon geste. Il y avait quelque chose de si pur qui étincelait chez Ruby que j'étais profondément désolé d'avoir essayé de le tâcher. Et puis elle me faisait rire, et puis nos conversations n'étaient pas basiques et superficielles, et puis nous avions beaucoup d'intérêts en commun - je ne voyais aucune excuse pour arrêter de la voir. De toute façon, je n'en avais pas envie.

Et puis, pourquoi fallait-il que tout soit si carré, si défini ? J'avais agencé ma vie ainsi, pour ne pas faillir sans doute, mais cela commençait à m'étouffer, me submerger. Alors si Ruby devait être la seule et l'unique exception de tout cet arrangement un peu oppressant, je me sentais comme libéré d'un poids immense et bien trop lourd pour moi, malgré ce que j'aimais à penser. Elle était ce petit éclat dans la grisaille monotone de ma vie, la seule petite étoile, que je gardais précieusement et secrètement au creux de mes mais. Ainsi, je l'avais invitée, maintenant que nous nous envoyions des lettres et nous voyions de temps en temps. De là à dire que cela avait été facile, je n'allais pas jusque là - justement, Ruby brillait d'une telle intensité qu'il n'était pas rare que je n'ose pas perturber cette lumière, ou peut-être, l'approcher de trop près et m'y brûler ? Mais elle avait répondu oui, alors, c'était ce soir. Ce soir qui mettait décidément bien longtemps à arriver, mais une fois l'inventaire terminé, je répondis du bout des lèvres à mon patron qui me racontait sa vie que j'écoutais sans grande attention en fermant les volets, puis je le quittai, rejoignant rapidement mon appartement.

Il était 19h passées et je pris une douche pour me laver des souvenirs ennuyeux de cette longue journée - l'eau chaude me plongea dans une torpeur qui me rappela combien j'étais fatigué, mais je n'y pensais pas plus longtemps. Comme c'était une soirée posée, je m'habillai sans trop m'appliquer, un pantalon sombre et une chemise feraient l'affaire, mais au moment où, me passant machinalement la main dans les cheveux pour les recoiffer, j'enfilai ma veste pour sortir et me regardai au passage dans le miroir du couloir, Ruby, jamais bien loin de mes pensées, apparut clairement à mon esprit et je m'arrêtais plus que de coutume devant le miroir, ajustant mon col. Une petite voix moqueuse me faisait remarquer que c'était inutile et ridicule et que je me fourvoyais en agissant ainsi, mais c'était plus fort que moi : j'avais tant envie de bien faire et tant envie de lui plaire et de la rendre heureuse du mieux que je le pouvais, que ces attentions m'étaient toutes naturelles. Je songeai combien Phil se serait moqué de moi devant le miroir alors qu'il me rappelait toujours que j'avais toujours l'air du petit garçon de bonne famille que j'étais, mais les petits coups frappés à la porte coupèrent nettes mes réflexions. Je m'assurai que ma baguette était bien dans ma poche et l'agitai pour éteindre les lumières, avant d'ouvrir la porte : Ruby était arrivée. J'ouvris avec un léger sourire aux lèvres - subitement toute cette journée n'avait plus d'intérêt, tout comme les rendez-vous que j'avais ce week-end ne me préoccupaient plus, car seul ce soir comptait. Une fois n'est pas coutume, ma gorge se serra instantanément quand je croisai son regard, alors que je ne l'avais pas vu depuis quelques temps, comme si j'oubliais, hélas, à chaque fois, l'éclat frappant du bleu de ses yeux. Je fus soulagé que la lumière peu vive du palier nous englobe d'une certaine pénombre, car cette vision me perturba un instant. Elle était plus apprêtée que d'habitude - évidemment, pour une soirée - mais déjà que mes hormones n'étaient pas insensibles à son charme naturel, elles furent mises à bien rude épreuve quand je découvris sa robe nacrée et vaporeuse qui n'appelait qu'à la toucher, ses longues jambes découvertes, ses talons qui, je le devinais, favorisaient sa silhouette, ses cheveux aussi fluides et dorés que d'habitude, et son maquillage léger qui la rendait plus belle encore... Je baissai les yeux un instant me rattrapai aux branches en m'assurant qu'elle n'ait besoin de rien avant de fermer ma porte et de nous conduire en bas, pour transplaner. En lui faisant la bise pour la saluer et en la suivant dans l'escalier, son odeur tournait tout autours de moi et m'enveloppait d'une délicieuse sensation, qui se termina un peu trop tôt à mon goût, une fois dans la rue.


- Tu es prête ? m'assurai-je en la regardant. Le soir commençait à tomber et un groupe de gens passa non loin de nous, se rendant visiblement aux Trois Balais. L'homme le plus proche, malgré ma présence, regarda Ruby avec une telle intensité que je sentis comme une bête féroce grogner en moi ; je le défiais simplement du regard avant de revenir à ma préoccupation principal. On y va, conclus-je avec une certaine férocité dans la voix, en glissant mon bras sous celui de Ruby.

Je n'en étais pas certain mais il me semblait qu'un voile était passé devant ses yeux. J'en ignorais la raison, aussi ne nous fis-je pas plus attendre. Il y eut un crac caractéristique et nous disparûmes de Pré-au-Lard - l'habituelle sensation d'être étendu comme de la guimauve, compacté, m'envahit et je fus, selon les aléas du transplanage, collé contre Ruby. Quand je sentis notre destination proche, dans la banlieue du nord de l'Angleterre, je me concentrai et me focalisai sur l'entrée du manoir, devant le portail. Il y eut un dernier tourbillon et le paysage apparut nettement ; tandis que je sentis le sol ferme sous mes pieds et le temps et l'espace reprendre leur habituelle consistance, je fus déséquilibré une seconde et Ruby aussi, si bien que je levai le bras pour la maintenir fermement mais que je sentis, avec un frisson, que ma main avait touché nettement son ventre puis sa poitrine, et je me sentis particulièrement gêné, mais je jetai un regard alentour pour me donner une contenance, avant de lui sourire à nouveau :


- Tout va bien ? Transplaner était habituel pour moi mais sûrement moins pour elle et je me rappelais combien c'était désagréable au début. Cela dit, la sensation de la peau de son ventre, de sa gorge, et du renflement de celle-ci sous le tissu vaporeux de sa robe me laissait dans un tel état qu'il me semblait que rien, en ce instant, ne pouvait aller mal. Tu... Tu es vraiment magnifique ce soir, glissai-je alors que nous passions le portail. Tu vas faire des jaloux, faillis-je rajouter, pour l'usage. Je me retins à temps en me disant que cette phrase était probablement inappropriée, car je n'étais pas certain de vouloir effectivement qu'elle fasse des jaloux.

La jardin, vaste et plutôt bien entretenu, débouchant sur un parc plus sauvage, était parsemé de petites lanternes magiques, et je suivis le chemin de graviers jusqu'à l'entrée. J'avais envie de commenter quelque chose à propos de la soirée et de discuter simplement avec Ruby quand la musique, de plus en plus forte à mesure que nous nous approchions, attira mon attention : Joseph apparut sur le seuil de la porte, et quand il nous salua d'un air enjoué, mon regard fut attiré à l'intérieur du manoir, visiblement bien plus plein que ce que j'avais imaginé, et les clameurs qui s'en échappaient me laissaient présager le pire...


- Joseph, voilà... Mon, hmm, Ruby, me repris-je rapidement en espérant que mon trouble n'avait pas été trop visible. Subitement, présenter Ruby comme "mon amie" m'avait effrayé, et subitement tous les termes avaient des double-sens qui me sautaient à la figure, si bien que je ne fus pas très brillant sur ce coup-là.

Mais j'étais préoccupé par le reste - Ruby et ses problèmes d'alcool, je ne les oubliais pas, et je ne l'avais pas invité à une énorme fête pour ne pas attiser ses envies ou la mettre mal à l'aise, ce devait être un simple dîner, et... Et non, il y avait déjà une bonne trentaine de personnes, l'ambiance battait son plein, et comme des tentations affreuses, tous avaient des verres à la main. A l'endroit où nous pouvions déposer nos manteaux, je glissai à l'oreille de Ruby, alors qu'une lueur d'inquiétude passait dans mon regard :


- Je suis désolé, j'ignorais qu'il y aurait tant de monde, Joseph a dû inviter des gens à la dernière minute... Si tu préfères qu'on s'en aille ça ne me dérange pas, vraiment.

J'étais persuadé qu'elle n'allait jamais accepter, par politesse - nous avions ça, entre autres, en commun - mais je sentais déjà formidablement coupable de ne pas m'être assuré de la soirée avant, de l'emmener ici et de la mettre mal à l'aise. Alors que nous avancions dans la salle principale où se trouvait tout le monde, et qui donnait sur une véranda ou d'autres gens fumaient, je saluai les gens que je connaissais en leur présentant Ruby et tout le monde était chaleureux et enjoué, j'essayais d'en être de même, et j'étais d'ailleurs content qu'ils intègrent Ruby si naturellement et avec tant de bienveillance, mais cela ne changeait rien au fait que j'étais inquiet. Je refusai un verre de Pur-Feu par solidarité, et ne cessai de jeter des coups d’œil autour de nous, et à Ruby. Elle avait ce charme et cette aisance magnétique qui, visiblement, ne plaisaient pas qu'à moi : déjà les gens s'adressaient à elle et lui parlaient avec un plaisir visible, fille comme garçon. Bientôt je me retrouvai pris dans un groupe d'amis qui me posaient des questions sur mon travail et je leur répondais sans être vraiment concentré - plus loin, Ruby s'étant liée d'amitié avec deux filles dont la sœur de Joseph, une brune énergique et très sympathique, riait avec elles et s'approchait peu à peu de la piste de danse. Mais l'éclairage avait été baissé pour que les gens puissent danser, et je me sentais pris au piège : la talonner, la surveiller comme une enfant ? Ce n'était pas aimable, après tout elle faisait bien ce qu'elle voulait mais... Ne rien faire ? Risquer qu'elle boive, j'allais tant m'en vouloir... Je finis par regrette mon invitation et cette fête stupide. Tout allait à mon encontre : l'ambiance joyeuse, la musique entraînante, les rires autour de moi, les gens plus sympathiques les uns que les autres autour de moi, les sourires de Ruby que j'interceptais parfois, les mots que nous nous échangions quand nous nous retrouvions ensemble. Elle m'amusait, n'est-ce pas ? Du moment qu'elle ne buvait pas... Mais, ah, je voulais rester avec elle, et il me semblait que cette soirée ne s’agençait absolument pas comme je l'avais prévu !

Nous venions de fumer une cigarette ensemble, dans la véranda - ici la musique était un peu moins forte et il était plus simple de parler. Je n'étais pas très coutumier des cigarettes moldues, mais traîner avec Phil m'y avait initié et j'appréciais de temps en temps, surtout en soirée. A vrai dire, quand Ruby m'en proposa une, j'acceptai autant pour le plaisir que pour calmer mes nerfs. Qui furent mis à bien rude épreuve quand la flemme de son briquet moldu - l'objet m'intriguait, d'ailleurs - éclaira son visage d'une lumière vive et chaude et en sublima tous les traits. L'instant, fugace, me laissa dans une légère frustration. Le goût était fort, moins délicat que les herbes sorcières que je fumais, mais la sensation était agréable. L'instant d'après, il me semblait - tout était trop rapide quand elle était là, et je craignais qu'elle s'amuse plus avec les autres qu'avec moi - nous étions à nouveau dans la salle principale et j'avais un verre à la main, cette fois tandis que Ruby... dansait.

Pas comme tout à l'heure : les danseurs semblaient plus... acharnés et je ne sais pas si j'avais une vue plus d'ensemble que tout à l'heure, installé dans un coin de la pièce avec Joseph et des amis, mais il me semblait que, d'une part, je n'avais vu que sur Ruby, et que d'autre part, il en était de même pour le reste des hommes de la salle. Elle dansait et rien ne m'avait jamais paru aussi sensuel que les mouvements souples de son corps et de son bassin ; sa robe trop transparente laissait apparaître selon ses gestes ce que j'avais entraperçus quand elle avait dormi avec moi, et pour le reste... Pour le reste j'étais subjugué, c'était aussi simple que cela. Surtout qu'il n'y avait aucune vulgarité dans ce beau tableau, mais rien qu'une grâce particulière, que Ruby elle-même ne semblait pas remarquer. Je mis d'ailleurs une bonne minute à me rendre compte que le sujet de conversation des garçons autour de moi s'était orienté vers elle, et que si Joseph tentait, sans doute par égards pour moi, de temporiser les commentaires un peu irrespectueux des autres, cela ne m'échappait pas pour autant. Je me sentis farouchement exaspéré, et au moment où j'allais ouvrir la bouche peur leur dire de se taire et de la laisser tranquille - et de regarder ailleurs - un mec s'approcha de Ruby sur la piste de danse et se pencha vers elle pour lui murmurer quelque chose à l'oreille tandis qu'il me sembla passer son bras sur sa taille et... J'étais déjà debout, prêt à intervenir, mais pourquoi les gens ne pouvaient pas la laisser tranquille, et puis il ne la connaissait pas cet idiot, et si en plus il lui offrait un verre !

Mais elle disparut - je traversai la salle sans la voir. J'étais déjà peu rassuré, cela n'arrangea rien. Ni chevelure blonde ni robe nacrée dans la foule, mais l'éclairage était mauvais et je crus la voir... Un verre à la main ?! L'instant d'après, je jouais des coudes entre les gens, avec un seul but en tête : la retrouver et arrêter ce stupide petit jeu. Avant qu'il ne lui arrive quelque chose - je savais que, parce que c'était elle tout particulièrement, je ne pourrais jamais le supporter.

_________________




°•. Lonely water, won't you let us wander, let us hold each other
Hold back the river, let me look in your eyes
Hold back the river, so I can stop for a minute and be by your side
Hold back the river, hold back .•°


Dernière édition par Ewan Campbell le Ven 5 Avr - 18:29, édité 1 fois
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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: A river runs through it | Ruby | terminé   Mer 27 Mar - 1:03



“I’ll be your friend in daylight. I’ll treat you as a comrade in every gas-lit ballroom. But alone, under moonlight, I’ll not pretend that I want you for anything but mine.”


Le bruit du verrou qui saute perça le silence et, tout doucement, je fis glisser la vitre pour saisir le cadre en retenant mon souffle. Je m’étais pourtant jurée de ne pas revenir, mais je n’avais pu m’en empêcher. Je jetais un coup d’œil à ma montre, avant de me reconcentrer sur la photo que je tenais dans les mains et du bout des doigts, j’en effleurai le verre poussiéreux qui la recouvrait. Les membres de l’équipe de Quidditch de la photo apparurent plus clairement, et je restais immobile à fixer les rires silencieux qui éclataient sur leurs visages amusés. Si j’avais voulu observé Monsieur Prescott un moment, je ne pus empêcher mon regard de dévier instinctivement vers deux autres visages, parfaitement identiques, côte à côte. Un à droite, l’autre à gauche, se tenant par les épaules. Celui de droite souriait doucement, ses lèvres se soulevant sensiblement plus à droite, tandis que celui de gauche éclatait de rire, le coin gauche de sa bouche étant celui qui se souleva le plus. Outre cet unique détail, les deux garçons étaient presque identiques, tant par leurs physiques que leurs tenues. Mais à force d’avoir regardé la photo, j’avais commencé à trouver quelques infimes différences dans leurs attitudes. Ce n’était que quelques secondes animées sur du papier glacé, mais celui de gauche avec un regard bien plus franc, presque captivant, il bombait le torse et semblait canaliser toute l’énergie de la photographie tandis que le garçon à droite souriait plus timidement avec un regard bien plus doux. Et le regard était lancé vers l’objectif si bien que j’avais l’impression que c’était moi qu’il regardait, et bien que ce ne soit que du papier, je me sentis frémir comme s’il était face à moi. Mais ce n’était pas la cause première de mes frissons. Malgré tout le temps que j’avais passé à regarder cette photographie, je ne pouvais combler l’immense trou qui se formait dans ma poitrine lorsque je lisais la légende.

« Jamie Campbell (gauche) – Ewan Campbell (droite) »

Jamie Campbell. Je sentis mes yeux piquer, et je battis plusieurs fois des paupières pour chasser les possibles larmes qui auraient pu venir rouler sur mes joues et ruiner par la même occasion mon maquillage. Je tentais de me résonner, comme je l’avais fait depuis que j’avais découverte cette photo, en me répétant qu’Ewan avait ses raisons de me cacher l’existence d’un frère jumeau. Je supposais qu’ils ne s’entendaient plus, que c’était un sujet sensible… Et je le comprenais, vraiment. Le passé, je le savais mieux que n’importe qui, pouvait être douloureux et en parler ne pas être évident. Mais… Mais d’un autre côté, je ne pouvais simplement pas y croire. Croire qu’un pan total de sa vie m’échappait, et qu’il était capable de me cacher une chose aussi importante, aussi immense. Combien de souvenirs avait-il dû changer pour y exclure son frère ? Pour que le tout soit crédible ? Tout, tout pouvait être un mensonge. Et je n’étais pas assez important pour connaître sa vérité. Ce n’était pas tant que j’attendais un retour des choses depuis que je m’étais moi-même confiée, mais surtout que les moments que nous avions ensembles étaient si doux que je tremblais en pensant qu’ils ne pouvait être que des mensonges, de vagues images souriantes sur un papier glacé sans aucune profondeur et pourtant, comment ignorer les frissons qui me parcouraient lorsqu’il me touchait ? Comment ignorer le sourire qu’il avait quand il me regardait ? Tout me paraissait si… Vrai. Alors comment pouvais-je ignorer tout du frère jumeau d’Ewan ?

Je tressautai lorsque je sentis une main dans la mienne, et je fis un sourire d’excuse à Lizlor dont j’avais presque oublié qu’elle était à mes côtés –qu’elle l’était toujours. J’haussais les épaules, comme dépitée, avant de reposer le cadre et de refermer la vitre, comme on ferme une malle emplie de souvenirs d’enfances. C’était la seule part d’adolescence d’Ewan que je possédais, du moins la seule véritable où il apparaissait avec son frère et j’étais amère en pensant qu’elle avait toujours été entre les murs de ce château, dans la salle des trophées, que je l’avais peut-être même croisée avant de le connaître mais qu’il m’avait fallu si longtemps pour la voir maintenant qu’il faisait partie de ma vie –et que je l’avais laissé gagner une place si importante. Je n’ajoutais cependant aucun mot, et je savais que Lizlor demeurerait silencieuse et compréhensive car au fond, peut-être savait-elle mieux que moi-même à quel point cela me faisait de la peine. Je me sentais si inutile, si insignifiante dans la vie d’Ewan, comme un petit point qui brillait faiblement et troublait le reste, comme cette tâche qu’on n’avait pas pu enlever et qu’on avait décidé de garder malgré tout. Une tâche.

Pourtant… Pourtant je ne pouvais pas ignorer les faits. Je ne pouvais pas ignorer que j’avais le cœur qui tambourinait quand il me souriait, et que j’attrapais des brins d’éclats dans ses yeux quand les miens le regardaient. Je refusais de croire que j’étais la seule à sentir ces frissons étranges et lointains, comme indistinctes mais pourtant présents, qui remuaient mon corps en le parcourant. Et si c’était moi qui m’emballais alors, pouvais-je au moins avoir le soulagement de me raccrocher à notre amitié ? Parce que j’étais bien avec lui, que nous nous entendions toujours ensemble et que même les désaccords finissaient en rire, qu’il m’entourait de son halo vaporeux dans lequel le reste me paraissait plus simple, ou plus compréhensible, comme si le voile dont il m’entourait, translucide et tiède, ne dévoilait plus qu’il ne couvrait. Comment pouvais-je alors me considérer comme une vulgaire tâche dans sa vie ? Je me sentais balancer entre les deux options, entre deux peurs, d’un côté celle qu’il m’apprécie et de l’autre celle qu’il me mente, car chacune des directions menait à quelque chose de plus compliqué et de douloureux. Je ne me sentais pas prête à croire à quelque chose de plus avec lui, mais il était trop tard pour ne pas le désirer et souffrir d’une possible non-réciprocité. J’étais, à mes yeux, dans une impasse que je me refusais de quitter tant j’y étais étrangement bien. Parce que ce que nous avions, peu importe ce que c’était… Cela restait quelque chose. Et si je doutais d’une évolution favorable, je continuais d’espérer qu’au moins, il pourrait un jour me parler de lui et me fasse confiance. C’était la seule chose que je demandais, au fond.

M’accrochant à la main de Lizlor, j’écoutais mes talons résonner dans les couloirs tandis que nous descendions aux cachots le plus rapidement possible. Tout le monde mangeait à cette heure-là, et nous ne croisâmes personne qui puisse me suspecter de m’enfuir ce soir. Je le savais, malgré tout, j’avais besoin de voir Ewan, j’en avais envie et si cette photographie continuait de me ronger, je l’acceptais. Je l’avais revu depuis avoir découvert son secret d’ailleurs, mais je n’avais rien dis, rentrant dans un rôle étrange, celui de cette amie polie qui connaissait les choses et prétendait le contraire. Au fond, cela ne me convenait pas car j’avais l’impression de lui mentir, moi qui m’étais tant appliquée à être honnête avec lui, mais je refusais de lui forcer la main. Ma Gryffondor dût sentir mon hésitation car une fois devant le passage secret, elle m’embrassa la joue et me serra dans ses bras en me souhaitant bonne chance. Je répondis par un baiser sur son front, avant de disparaitre dans le couloir humide et silencieux menant jusqu’à Pré-au-Lard. Dans ma poche, mes ongles bordeaux jouaient nerveusement avec le papier plastique de mon paquet de cigarette, la seule chose que j’avais pris ce soir avec ma baguette. Et une fois devant la porte de son appartement, je sentis l’excitation me gagner, mais aussi une certaine nervosité, et je lissai ma robe par réflexe avant de taper quelques coups contre le bois –et mon cœur s’emballa lorsque des bruits me répondirent, et que je sentis Ewan arriver. Dès qu’il m’ouvrit, je sentis instantanément toute pression disparaitre et mes lèvres s’étirèrent, encore plus lorsque mes yeux s’arrêtèrent sur sa chemise et que je ne pus m’empêcher de me remarquer qu’il était beau, simplement beau et qu’il avait une telle prestance malgré lui, dans cette assurance douce… Le reste me parut soudain bien lointain, et je ne pus m’empêcher d’être plus détendue alors que nous descendions les escaliers et que, même si nous ne parlions pas vraiment, l’atmosphère était chargée d’une entente douce –mais légèrement électrique.


- Tu es prête ?

Soudain, la réalité me revint brutalement au visage alors que je réalisais que nous allions transplaner. Je ne lui avais jamais dit, d’ailleurs outre Lizlor tout le monde l’ignorait, mais je n’étais pas vraiment à l’aise avec ce « moyen de transport ». A vrai dire, j’en avais même peur, mais cela me semblait si ridicule que je ne l’exposais jamais ouvertement, même si je sentais que nos séances d’entraînements approchant pour passer le permis, je n’allais pas tarder à me confronter à la réalité. Je ne pouvais pas l’expliquer… C’était simplement cette peur du vide, au final. De disparaitre, de sentir mon corps m’échapper et se torde, comme s’il se modifiait irrémédiablement et j’avais toujours peur qu’il soit différent à l’arrivée, ou que je me sois perdue. Pourtant, j’avais confiance en Ewan et j’étais persuadée qu’il était douée en transplanage, mais ce n’était pas une peur rationnelle et pendant un moment, j’hésitais réellement à lui en parler.

- On y va.

Sa voix fût légèrement brutale, et les mots moururent sur mes lèvres avant même d’y avoir échoué. Je fermais les yeux alors que je m’accrochais à son bras, et je n’eus pas le temps de me concentrer pour me calmer que déjà, je me sentis aspirée, compressée et étirée pendant des secondes qui me parurent durer des heures. Je ne cessais de prier pour arriver entière, me cramponnant au bras d’Ewan et lorsque la terre ferme se matérialisa sous nos pieds, je fus tellement surprise de cette brutalité que j’en perdis l’équilibre –entraînant le jeune homme avec moi. Il y eut un mouvement étrange, rapide, et je ne compris rien sinon la main d’Ewan qui glissa et m’effleura –à des endroits évidemment gênants. Je crus que j’allais fondre sur place, non seulement par gêne, mais aussi parce que mon corps entier s’était contracté avant de répondre par un frisson généralisé que j’aurais voulu évité –d’autant qu’il fut plus prononcé que le malaise.

- Tout va bien ? J’hochais la tête en signe d’approbation, comme si de rien de rien tandis qu’à l’intérieur, mon cœur s’emballait un peu plus et que j’avais simplement envie de répliquer à Ewan qu’il ne pouvait pas décemment ne pas l’avoir entendu cogner contre mes côtes lorsqu’il m’avait touché. Tu... Tu es vraiment magnifique ce soir.

Il ne semblait décidemment pas prêt de me ménager, pensai-je alors que je répliquais un merci gêné accompagné d’un sourire que je ne pus dissimuler –et mentalement, j’envoyais un baiser à Lizlor qui m’avait tant conseillé. C’était peut-être stupide au fond, mais je ne pouvais pas m’empêcher de vouloir qu’il me trouve jolie, ne serait-ce qu’un peu, parce qu’il me semblait que c’était peut-être la seule chose qui me restait. J’avais un peu honte de m’appuyer sur ce dernier ressort, moi qui détestais attirer les regards, mais ce n’était pas les regards que je voulais, c’était le sien. Rien que le sien. Mais ma réflexion se perdit lorsque nous remontions l’allée et que le bruit s’amplifia –peut-être n’avions-nous pas la même conception du dîner pensai-je en essayant de plaisanter en me rappelant Lizlor qui se moquait de cette expression de « vieux ».

Mais sur le seuil de la maison, je n’eus plus envie de rire, et à vrai dire je n’entendis même pas les mots qu’Ewan prononça. Je n’entendais plus rien, si ce n’est le bruit de verres qui s’entrechoquent, de liquide qui se déverse, de glaçons qui frappent les parois d’un verre, et l’odeur de l’alcool me revenait comme une immense vague qui me happa et l’espace d’une seconde, je manquais de trébucher sur mes talons. Il y avait un brouhaha de discussion, de musiques, mais il me semblait si infime comparer à la clameur de la boisson qui j’étais probablement la seule à identifier et qui pourtant, me paraissait hurler et déchirer la nuit.


- Je suis désolé, j'ignorais qu'il y aurait tant de monde, Joseph a dû inviter des gens à la dernière minute... Si tu préfères qu'on s'en aille ça ne me dérange pas, vraiment.
- Non !
Répliquai-je vivement alors que j’accrochais mon manteau à côté de celui d’Ewan. Me tournant vers lui, je me radoucis avec un sourire. Non, vraiment, ne t’en fais pas. Ça va aller. Je n’ai pas envie de… Boire, si c’est ce qui t’inquiète. Achevai-je dans un murmure.

Je ne mentais pas… Pas vraiment. Je n’avais pas envie de boire. Je m’en voulais déjà assez d’avoir craqué la semaine dernière, et d’en avoir encore les marques sur les cuisses –le plus dur était toujours de tenir ma promesse et d’en parler à Lizlor. Mais si je n’avais pas envie, cela ne signifiait pas que je n’en avais pas besoin… Et en cet instant précis, tout mon corps se contractait dans ce raz-de-marée de tentations.

Mais je m’accrochais, et refusai facilement le premier verre que l’on me proposa. Quelques présentations plus tard, j’avais déjà retenu quelques noms et je fus étonnée d’être si rapidement mêlée aux discussions, comme si j’avais toujours été invité aux soirées de ce –pas si – petit groupe. La sœur de Joseph, une certaine Jess, n’avait que deux ans de plus que moi et le courant passa rapidement. Tous les moyens étaient bons pour occuper mon cerveau et je fus surprise de le sentir dévier loin des verres de whisky qui tournaient, préférant s’occuper de la musique qui m’obligeait à battre la mesure. Même lorsque nous n’étions pas ensemble, je ne pouvais m’empêcher d’observer Ewan du coin de l’œil, admirant la manière dont il évoluait au milieu des autres –je n’en avais aucune idée étant donné que je l’avais toujours vu seul à seul. Cependant il me fut impossible de ne pas voir que les filles présentes ne restaient pas insensibles à son charme, bien au contraire, et chaque rire qu’il provoquait chez elle faisait gonfler une bulle d’amertume dans ma gorge. Je me disais qu’au fond, elles avaient son âge, elles étaient plus matures mais surtout plus simples et qu’à côté, je n’avais aucune chance –et j’avais moi-même refusé ma chance le premier soir, ce n’était pas le moment de regretter qu’Ewan m’ait écouté sur ce coup-là.

Mais tout retomba lorsque, dans la véranda, je lui offrais une cigarette et qu’une nouvelle fois j’étais dans une bulle avec lui où il n’y avait rien d’autres. Les filles de la soirée me paraissaient lointaines, et le tabac mêlé au sourire d’Ewan me rendait plus légère, tout comme la manière qu’il avait de tenir la cigarette au bord de ses lèvres avec nonchalance, d’une manière que je ne pouvais m’empêcher de trouver… Séduisante. J’aimais rire avec lui, et me moquer de sa conception d’un « dîner » tout en le rassurant –tout allait bien pour le moment, n’est-ce pas ? Je m’amusais aussi à allumer le briquet devant lui plusieurs fois, riant de son expression presque surprise à chaque fois et la clameur de la soirée semblait s’effacer alors que je lui expliquais le mécanisme ; il suffit d’une étincelle pour que le gaz s’enflamme, une simple étincelle.

Mais bientôt les cigarettes furent finies, et un groupe à l’intérieur appela Ewan –Jess les fusilla du regard, comme si elle avait compris que j’avais envie d’être avec le jeune homme sans même que je lui explique mes sentiments. Je ressentis un poids revenir dans ma poitrine, mais je fis comme si de rien n’était. A quoi bon ? Il y avait une jolie brune avec qui il avait l’air de bien s’entendre, et je n’allais pas les pister toute la soirée. Qui étais-je pour agir ainsi hein ? Jess me fit un signe de la main et m’entraîna au milieu de la piste, cherchant probablement à me faire penser à autre chose. Je n’avais jamais vraiment apprécié danser, du moins pas en soirées, car j’avais toujours l’impression qu’on me regardait un peu trop. Je n’étais peut-être pas comme toutes les filles de ce côté, je me méfiais tant du regard des garçons qu’il m’était impossible de ne pas les sentir sur moi et alors qu’une nouvelle chanson s’éleva et que Jess me fit tourner sur moi-même, je ne pus m’empêcher de sentir cette impression désagréable d’être observée à la loupe. Mais je ne voulais pas gâcher ce moment, d’autant qu’avec les autres filles de l’âge de Jess, nous dansions un peu toutes ensembles et je riais beaucoup, laissant finalement mon corps se mouvoir tout seul sous la mousseline de ma robe.

L’instant fût cependant trop court, et il suffit d’un moindre détail pour tout faire basculer. Je sentis une présence derrière moi et un jeune homme dont j’ignorais le prénom me fit face, tout contre moi. Tout fût rapide, la manière dont il se pencha vers moi, sa main sur ma taille et le murmure dans mon oreille qui m’arracha des frissons de malaise. Je ne voulais pas qu’il me trouve « sexy », je ne voulais pas qu’il me touche, et je m’écartais un peu vivement sans même un mot d’excuse, me noyant dans la masse pour le perdre. L’oppression dans ma gorge était revenue et j’eus une envie stupide de pleurer. Et la solution s’offrit à moi, sur le meuble en bois, comme une évidence. Quelqu’un avait abandonné son verre de whisky et ce fût comme un appel irrépressible qui immergea tout le reste, toutes les résolutions. Dès que le liquide ambrée toucha mes lèvres, je sentis mon cerveau se déconnecta et mon corps criant victoire, tandis que je disparaissais dans la cuisine bondée en quête d’un nouveau verre après avoir achevé le dernier d’une traite.

Rhum vanille. Un shooter. L’alcool glissa dans ma gorge et la brûla délicieusement. Un deuxième. Je clignais des yeux et grimaçais un peu. Un troisième. Je pinçais mes lèvres, satisfaite.

J’avais lancé la machine et il me parut impossible de faire demi-tour –qui le voulait, d’ailleurs ? Il y avait sur la table une bouteille de vin à moitié vide, et je la pris avant de disparaitre dans la salle à nouveau. Cependant, je n’avais pas oublié Ewan et je me figeais soudain en pensant à sa réaction… Mais bien vite, je le repérais de loin au milieu des autres, cherchant visiblement quelqu’un, et la brune de tout à l’heure lui faire un signe de la main. A quoi bon, pensai-je, lasse. Je me faufilais jusqu’à l’entrée pour récupérer ma veste et je disparus par la porte d’entrée, m’enfonçant dans le domaine obscure qui entourait l’immense maison. L’air était lourd, présageant un orage, mais le froid se fit plus doux que je ne l’aurais cru. Je marchais d’un pas vif, m’éloignant encore et encore sans réfléchir. Je n’avais pas mangé et l’alcool se dispersait beaucoup plus vite que prévu dans mon sang et, sentant rapidement la chaleur et l’euphorie m’envahir, je me mis à sourire. Plus loin, beaucoup plus loin, il y avait un bruit d’eau et je m’approchais, cherchant à l’identifier. Une rivière coulait là, sinueuse et claire sous la lumière de la lune. Elle était légèrement en dessous de la berge, et je m’y assis en ôtant mes chaussures, laissant tremper mes pieds dans le courant glacé. Je déposais ma veste et mes affaires à ma droite, et dans un mouvement presque frénétique, portai la bouteille à mes lèvres pour la vider d’une traite en manquant de m’étouffer. C’était quelque de presque boulimique, le goût m’était bien égal, j’avais l’impression de simplement devoir rattraper tous ces jours sobres, et ma tête qui tournait me donnait envie d’éclater de rire. Tout était soudain si… Rapide, si simple.

J’avais craqué.

Soudain, je lâchais la bouteille que j’avais presque terminé et je l’envoyais au loin contre un arbre –elle se brisa dans un bruit qui perça le calme de la nuit. Mon corps, euphorique, bataillait avec mon cerveau qui ne comprenait que trop tard ce que j’avais fait. Tout tournait, tout tournait déjà trop vite et c’était aussi rassurant qu’écœurant, j’entendais ma promesse à Lizlor, les reproches de Prudence, je savais que j’étais une menteuse, une tricheuse, et que… Je n’arrivais plus à penser clairement, il fallait que je reprenne le contrôle, mais je ne le voulais pas et… Et dans un geste totalement spontané et irréfléchi, je me laissais glisser dans la rivière.

L’eau m’étrangla jusqu’à la poitrine et je me relevais brutalement, sentant le tissu vaporeux de ma robe se plaquer contre mon corps désormais tremblant. L’eau était glacée mais cela ne m’empêcha pas de faire quelques pas en frissonnant. Le courant portait des feuilles mortes, et je jouais avec quelques secondes en riant d’un rire lointain et indistinct. L’eau m’arrivait un peu au-dessus des genoux et quand je me penchais au-dessus d’elle, je voyais mon visage à peine éclairé par la nuit. Je tapotai la surface afin de le brouiller, songeant qu’il était facile que mon visage reflète mon cerveau embrumé, un simple mouvement et les ronds d’échos se répercutaient sur la supposée jolie Ruby qui…

J’eus un sursaut et me tournais vers la berge. Quelqu’un venait d’appeler mon nom. Est-ce… L’alcool me provoquait ça? Je clignais des yeux. Non, je n’avais pas rêvé, car mon prénom rejaillit et j’en reconnus même la voix.


- Ewan ! M’entendis-je crier, le son s’échappant de mes lèvres dont les dents claquaient. Je vis sa silhouette, et comme à chaque fois je me mis à sourire, et lui fis un signe de la main en riant. Ne t’inquiète pas ! Lui lançai-je en riant encore, tapotant toujours le reflet de mon visage que j’observais dans la rivière.

Mais visiblement, il ne l’entendait pas de la même manière. Lorsque je croisais finalement son regard, j’y saisis soudain une telle panique qu’elle me claqua le visage et le cœur, sentant toute l’euphorie retomber violemment. La réalité me revint petit à petit et le froid m’envahit plus vivement tandis que je m’approchais de la berge, réalisant que j’étais, alors que le printemps arrivait à peine, en train de me baigner dans une rivière après avoir bu, et que je faisais n’importe quoi et… Et l’alcool sembla s’envoler pour laisser place à la honte, à l’amertume, et je sentis deux énormes larmes monter à chaque paupière que je chassai d’un revers de main.


- Excuse-moi… Murmurai-je alors assez fort pour qu’il entende. Je…

Mais je n’achevais pas ma phrase, ou plutôt fût-elle coupée par un cri de surprise. En l’espace d’une seule seconde, j’avais glissé sur un galet et ma main se rattrapa maladroitement à rocher, la griffant assez pour que je sente le sang perler, et, dans un équilibre précaire, je réalisais que si je n’avais rien auquel me rattraper…

J’allais tout bonnement chuter, et pas seulement dans la rivière.


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Ewan Campbell
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MessageSujet: Re: A river runs through it | Ruby | terminé   Jeu 28 Mar - 16:05

C'était déroutant comme en une seconde, la situation pouvait se renverser, changer du tout au tout. Cette fête m'apparaissait horrible tout d'un coup, la musique insupportable, les rires trop stridents, les bribes de conversation qui parvenaient jusqu'à mes oreilles, désespérément futiles, la pénombre sournoise, les flash de lumière trop violents. Il faisait chaud, l'air qui venait du dehors était chargé d'une électricité qui n'arrangeait rien à mon état d'esprit. Je regrettais tout, de A à Z : d'avoir accepté, d'avoir invité Ruby, de ne pas m'être plus renseigné auprès de Joseph, de ne pas avoir fait demi-tour plus tôt, de ne pas être resté plus près d'elle. Sur le coup je n'avais écouté que mes propres sensations mais en me remémorant les images particulièrement perturbantes - dans le bon sens - de Ruby qui dansait sur la piste, puis de l'homme qui l'avait approchée, sa main sur sa taille me paraissait une insulte, tout comme les mots qui lui avaient murmuré à l'oreille. Je m'en voulais tant ! Qu'avait-elle ressenti ?! Je tremblais de l'imaginer trembler sous cette caresse perverse qui devait lui rappeler bien des mauvais souvenirs, et je tremblais encore plus de l'imaginer se réfugier tout naturellement dans l'alcool. Et c'était moi qui l'avais amenée à cette fête où toutes les tentations se donnaient la réplique... Après avoir fait trois fois le tour de la salle sans la trouver, ni dans les groupes de gens qui dansaient, ni sur les canapés à côté, j'allai dans la véranda : personne. Dans la cuisine, alors que je commençais réellement à m'inquiéter - était-elle partie, carrément ? - je tombais sur Jess qui apportait de nouveaux amuse-gueules dans la salle principale. Elle riait avec une autre fille, une brune que j'avais déjà croisée il me semblait, et qui me lança un regard appuyé ponctué d'un joli sourire. Cela me parut si déplacé que j'en restais interdit quelques secondes, avant de questionner Jess, puisque je l'avais vue danser avec Ruby. Elle me répondit par la négative : quand elle avait quitté la piste de danse, Ruby n'y était déjà plus... Elle était partie chercher à boire, lui semblait-il. A boire. Je me passais la main dans les cheveux, réfléchissant à toute vitesse. Je me voyais déjà ramasser Ruby dans une chambre à l'étage, ivre, et mal en point, et devoir la ramener à Poudlard en devant rendre des comptes à Sara Wayland. J'envisageais le pire : et si elle était dehors, blessée ? Jess comprit instantanément mon effarement, surtout qu'elle pensait que Ruby m'avait rejoint. Sa main pressa mon bras d'un geste qui se voulait rassurant : elle m'expliqua qu'elle allait regarder en haut dans les chambres, et que je ferais tout aussi bien d'aller faire un tour dans le parc. Je ne me fis pas prier et attrapai ma veste au passage. Instinctivement, j'avais sorti ma baguette, et la porte de la véranda s'ouvrit toute seule. D'un pas décidé, je fils le tour de la maison, avec pour seule compagnie la lueur de la lune et les bruits étouffés de la fête qui battait encore son plein, à l'intérieur du manoir. L'air, dense, trop chaud, laissait présager un orage qui allait exploser d'une minute à l'autre. Je n'aimais pas ces atmosphères électriques - elles étaient, jusqu'au plus profond de mon esprit, associées à de bien pénibles souvenirs. Je sentis d'ailleurs quelques gouttes sur mon visage, mais elles étaient légères et retenues, pour l'instant. Il fallait que je retrouve Ruby avant que le ciel éclate : c'était à peu près tout ce qui s'exprimait clairement dans mes pensées.

Je m'engageai dans le parc, dont l'herbe grasse brillait, illuminée de la clarté blanchâtre qui tombait de la lune et des étoiles. Ces moments, ces paysages, étaient toujours fantomatiques, coupés du monde. Je pensai instantanément à ces soirs sur la lande écossaise, dans la demeure de mon oncle, et combien j'aimais contempler la lande et la falaise qui se découpait dans la côte les soirs de pleine lune. L'eau en devenait argentée et la terre, les arbres, les buissons, dans les tons gris, faisaient croire que tout était faux. Comme le grain d'une photo.

Le silence de la nuit contrastait fortement avec le bruit de la fête - plus je m'éloignais du manoir, plus les seuls bruits autour de moi étaient ceux de la nature, de mes pas foulant les herbes. Il me sembla entendre un grondement de tonnerre au loin, et je pressai le pas. Dans l'étendue du parc, pas une silhouette humaine ne se découpait, et si j'appelais Ruby ou une ou deux fois, éclairant autour de moi avec ma baguette, je compris qu'elle n'était pas là, et mon cœur s'emballa. Après réflexion, je décidai de descendre jusqu'au petit bois, où serpentait une rivière... Orage et rivière ne faisant pas bon ménage, je m'efforçai de garder la tête froide. L'heure n'était pas à mes cauchemars mais à celui que je vivais en ce moment, à savoir la disparition de Ruby - et je savais qu'elle ne serait jamais partie sans au moins me prévenir, si bien que j'avais toutes les raisons de m'inquiéter. Qui plus est, ma réflexion ne cessait de s'accroître à ce sujet. C'était plus que l'instinct de protection, c'était plus qu'une profonde affection, et bien plus que son physique resplendissant. Je n'aimais pas que ses beaux yeux, ses pommettes hautes, son doux sourire et ses cheveux dorés ; pas que sa silhouette galbée et ses formes qui mettaient mes émotions à bien rude épreuve. Il y avait tout autre chose qui m'attirait irrésistiblement, et sans doute que ce n'était pas anodin que j'ai essayé de l'embrasser la première fois... Mais je n'avais pas compris ! Je n'avais rien compris. Je n'étais pas sûr de tout comprendre à présent, mais une chose était certaine, je n'étais pas prêt d'abandonner Ruby, pas maintenant qu'elle avait déployé ses ailes dans ma vie et qu'elle avait touché mon cœur. Petit à petit, en la côtoyant et en partageant des moments avec elle, il m'apparaissait plus clairement combien elle était différente des autres, et sans doute était-ce la raison pour laquelle elle me plaisait. Elle était comme un petit oiseau échappé de la masse, un peu à part mais tellement plus haut dans le ciel, et sûrement tout ce qu'elle avait vécu l'avait fait mûrir d'avantage, mais elle me semblait bien loin des considérations des jeunes de son âge... Ou peut-être était-ce moi qui n'était plus en mesure de les comprendre. Depuis mes 18 ans, j'avais entamé une nouvelle vie de manière si brusque qu'il me restait peu de fragments de l'ancienne. Mais je sentais, qu'au fond, Ruby ne cherchait pas le bonheur, l'argent ou quelque chose de plus grand de manière désespérée comme tous les adolescents un peu mal dans leur peau, elle se battait simplement pour la vie dans toute sa simplicité parce qu'on lui avait ôté un peu trop tôt, et c'était cela qui la rendait admirable, et intouchable aussi, un peu.

Pareil aux murmures effrayants qu'on s'imagine le soir quand la nuit tombe, j'entendis le bruissement de l'eau se faire plus net dans mes oreilles. Je me sentis frissonner. J'appelais Ruby une nouvelle fois, et presque au même moment, un bruit bien distinct de verre qui se brise - et qui contrastait fortement avec les bruits de la nature autour de moi - m'indiqua la direction à suivre. Je fonçai tête baissée, courant à moitié en prenant garde de ne pas glisser, dans la pénombre, me guidant de ma baguette, bien que la lumière de la lune éclairait suffisamment.


Ce soir-là, j'avais couru de la même manière. Nous étions tous un peu inquiets parce que nous avions entendu le bruit de la barque qui se retourne, mais ce n'était pas la première fois, nous avions l'habitude. Tom était d'ailleurs le champion à ce petit jeu, car il était si petit et léger que la barque ne résistait pas longtemps et se laissait emporter par les remous, et lui avec. Mais c'était un bon nageur, le meilleur d'entre nous probablement. Il n'avait jamais peur. Alors quand il avait ri, j'avais ri aussi - mais j'avais eu peur en même temps, tout d'un coup, brutalement. C'était le rituel : nous courions le long de la berge, et j'avais suivi Tom, pour retrouver Jamie et Sam qui devaient avoir échoué plus bas. Mais tout en courant avec cette panique confuse qui enflait en moi, j'avais réalisé une chose, aussi infime soit-elle : que l'orage d'hier avait été bien trop violent, et que le bruit endiablé de la rivière et du courant étaient bien plus forts qu'à la normale.

Je crus rêver au premier abord : je m'arrêtai net sur la berge de la petite rivière qui serpentait sous la lune et qui ne dérogeait pas à la règle de cette lumière étrange, sa surface était argentée comme du sang de licorne. Mais non, c'était bien Ruby, dont le bras joliment courbé jouait avec la surface de l'eau. Elle était entièrement trempée et je frissonnais, l'appelant une nouvelle fois. Les rouages de mon cerveau s'étaient brusquement givrés et je craignais non pas qu'ils s'arrêtent, mais le moment où ils allaient se réenclencher...


- Ewan ! Ne t’inquiète pas !

Je m'étais inquiété dès que j'avais entendu le bruit sourd du bois qui tape contre un rocher, je l'avais réalisé ensuite... Bien après. Parce qu'au départ mes souvenirs étaient trop flous, et même ma course avec Tom était entrecoupée. Seule l'image de la barque cassée en deux et de Sam qui se remettait sur pied péniblement quand nous fûmes arrivés était là, incrustée dans ma rétine. Ce n'était pas parce que j'avais vu que cette image m'avait choqué, mais c'était parce qu'il n'était pas là.

- Viens !!
ordonnai-je seulement, les dents serrées. Je luttai contre mes souvenirs, contre les tourbillons à l'intérieur de ma tête qui me donnaient le vertige - mes tempes tambourinaient avec une telle force que ma vision en était moins nette.

Je voulus faire un pas en avant - impossible. Un mur semblait s'être érigé devant moi, renforçant la panique qui m'attisait - et Ruby dans la rivière !! Mon cerveau se remit en marche au moment où le tonnerre explosa au-dessus de nos têtes et qu'un éclair zébra la nuit. Il m’apparut distinctement, malgré les quelques arbres autour de nous. Mais l'eau ne se déversa pas en torrents, pas encore, et je compris que c'était le premier éclair et le premier coup de tonnerre annonciateurs d'une suite plus importante encore.


- Sors de là, Ruby ! C'est dangereux... Sors ! Mais qu'est-ce qu tu fais, qu'est-ce qui t'as pris... SORS !

Les mots s'étranglaient dans ma bouche et je finis par crier plus fort. Le problème majeur était que j'étais prostré sur le bord de la rivière et qu'il m'était impossible de bouger, comme si une force invisible m'avait gelé. Tout en moi tremblait, et de toutes mes forces j'essayais de revenir les images de mes souvenirs qui revenaient en foule, parfois même des images que j'avais oubliées, mais un torrent gonflé et rapide les charriait avec violence contre les parois de mon cerveau. Je ne voulais pas me souvenir, je ne voulais pas... Mais je voulais réussir à me débloquer de là, à aller chercher Ruby, la sortir de cette maudite rivière et quitter cet endroit que j'avais en horreur. Fallait-il pour cela que je laisse les déferlantes de mes souvenirs prendre possession de moi ? Je ne voulais pas, non, et je fermais les yeux un instant, m'agrippant d'une main à un arbrisseau tout au bord de la rivière, rangeant ma baguette dans ma poche. J'étais comme hypnotisé par l'eau, et plus je la regardais, plus elle me faisait peur, plus elle me paraissait profonde et plus je craignais qu'elle m'engloutisse... Mais le reflet scintillant de Ruby apparut, et comme elle bougeait, mon cœur s'affola d'avantage. Les eaux m'avaient déjà volé quelqu'un de cher, je ne pouvais pas supporter l'idée qu'elles en emportent un second. Au prix d'un immense effort je me courbais alors et, sans lâcher l’arbrisseau qui ploya, je mis les pieds dans l'eau. J'en avais seulement au genou, mais je sentais que le sol vaseux s'enfonçait et devenait plus profond au milieu de la rivière. Au-dessus de nous, le ciel craqua une seconde fois. Je frissonnai et vis que mon corps tout entier tremblait, mais me concentrai sur elle - sa main :

- Excuse-moi… Je…

- Attrape ma main !!
la coupai-je, et avec force. Je ne contrôlais plus rien. Les jointures de mes doigts blanchissaient tant je serrais fort le petit arbrisseau qui ployait, mais pas assez pour être près d'elle...

Quand Sam s'était relevé, sur la berge, il avait glissé sur le sol, et son geste désespéré pour s'accrocher au rocher et ne pas retomber dans le courant m'avait fait tressaillir : il avait exprimé toute sa fatigue, toute la tragédie de la situation.

Ruby fit le même geste, lorsqu'elle glissa, elle aussi. Mes organes se crispèrent avec une telle force, et j'eus si peur, que je criai son prénom et qu'en même temps des larmes roulèrent sur mes joues. L'arbrisseau ne se courbait pas assez, Ruby était trop loin, si je lâchais je n'allais plus avoir de support, j'allais être dans la rivière moi aussi, en proie aux eaux déchaînées, mais elle risquait bien plus et vu son sourire qui m'avait accueilli elle devait être ivre et, et, et... Malgré la panique démente qui me brouillait la vue et me faisait trembler comme si j'étais en train de sentir réellement la mort autour de nous, prête à nous dévorer, je lâchai l'arbrisseau, qui se redressa avec un bruit de feuilles froissées. Le ciel grondait et des gouttes tombaient, peu à peu. Je ne voyais plus rien, sinon qu'il nous fallait sortir de là. Je fis quelques pas dans l'eau, j'en avais presque à la taille et je m’éclaboussais dans ma hâte, mais qu'importe ; les larmes me brouillaient la vue et je respirais difficilement, mais j'arrivais jusqu'à elle, enfin. Je pris sa main sans grande délicatesse et fis demi-tour, la tirant derrière moi sentant le poids de nos habits nous gêner dans nos mouvements. Mon cœur tambourinait si fort que j'en avais des hoquets, accentués par mes tremblements. Je happai l'air comme je le pouvais, la bouche entrouverte laissant échapper un râle de temps à autre. Finalement - le temps n'avait plus de consistance, il me sembla mettre des siècles à avancer dans l'eau - ma main vint s'agripper à l'arbrisseau et je fis passer Ruby devant moi en la poussant, de gestes puissants mais que je sentais mal assurés, et je la suivis, me hissant à sa suite.

Alors, contrairement aux gouttes d'eau qui tombaient en grand nombre à présent, je sentis un immense poids me quitter, mais ce ne fut pas un soulagement. Pire encore : cette fois l'air semblait me manquer totalement et je chancelai une seconde, me rattrapant à Ruby. Je la saisis par les épaules, braquant mes yeux dans les siens. Ils brillaient d'une lueur étrange, et je compris que la panique avait eu raison de moi car elle se lisait sur mon visage.


- Ça va ? Tout va bien ? Tout va bien ?

Je me rendis compte que je secouai sans doute trop fort ses épaules, mais mes mains ne voulaient plus la lâcher. J'avais besoin qu'elle me dise que tout allait bien... Parce que je n'allais pas bien, que mon cœur me faisait mal tellement il battait et que mon souffle irrégulier me faisait mal à la gorge, aux poumons ; je sentais que les larmes ne pouvaient pas s'arrêter de dévaler mes joues et si je la lâchais, oh, si je la lâchais ! Je me voyais déjà couler, et elle avec moi. Il m'était impossible de lutter contre cette panique dévastatrice, et bientôt des sanglots montèrent dans ma gorge, que je retins, nerveusement. Les images qui affluaient avec eux risquaient de me faire perdre pied, pour de bon.

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: A river runs through it | Ruby | terminé   Mar 2 Avr - 1:29

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"Poured myself a warm glass, and laid awake
I prayed the lord my soul to take
I thought about you all day, how we have the same face
I fell asleep so confused, parts of me remind me of you
How could I ever wish away?

Only ever in dreams I wrap my arms around you.
And standing in the water with me,
I can tell you what I wanna tell you.
And I hope it's not just a bad dream,
Hope it's not just a sad dream."


L’eau était probablement glacée, mais l’alcool qui s’était répandu dans mes veines brouillait mes sens et si j’entendais mes dents qui s’entrechoquaient, je ne ressentais pas pleinement les frissons qui parcouraient les parcelles de ma peau désormais humide. Je ne cherchais à réfléchir à ça d’ailleurs, car je savais que si je prenais conscience de la fraicheur de la rivière, sûrement allait-elle m’atteindre plus brutalement et je ne voulais pas avoir froid –j’étais si bien dans cette torpeur tiède qui m’envahissait. Je sentais une nouvelle fois toutes ces sensations que je connaissais par cœur tant que je les avais expérimentées, cette manière qu’avait l’alcool de rendre tout plus flou et vaporeux, doré aussi, tout comme ma robe qui maintenant mouillée se collait contre les courbes de mon corps qui jouait dans l’eau. J’avais le cerveau qui peu à peu, se détachait complétement et c’était comme si je me regardais jouer dans cette rivière, mon esprit loin de ma personne, tout était divisé et je ne cherchais en rien à réunir les morceaux. Je les laissais flotter, porter par le courant même, et je riais amusée de ce que je voyais. Après tout, où était le problème ? J’étais si bien dans cet état, quand tout était facile, simple et qu’il n’y avait que le clapotis de l’eau pour me bercer. J’avais l’impression de retrouver ce que je connaissais, ce que je contrôlais, oui je contrôlais cette absence de contrôle, elle m’était familière et reposante –je me laissais aller.

Pourtant, il y avait quelque chose d’autre, quelque chose qui me tirait vers le fond. C’était un sentiment que pourtant, je n’avais pas avec l’alcool d’habitude mais qui depuis mes bonnes résolutions, faisait partie du jeu : la culpabilité. J’avais promis à Lizlor d’arrêter, d’essayer, et il n’y avait pas qu’elle pour qui je me battais. Je voyais au loin, comme un reflet brouillé par le courant, d’autres visages qui me regardaient… Prudence et son regard accusateur, elle qui avait essayé de m’aider et que j’avais repoussé, tout ceux dont je m’écartais, Sara dont j’écrasais tout ce qu’elle avait fait pour moi… Je ne méritais aucune de leurs attentions, pire je les trahissais en perdant si faiblement mes moyens devant une simple tentation –j’étais faible. Je voulais simplement que les choses soient plus simples, je voulais arrêter de penser aux mots que ce mec m’avait glissé à l’oreille car dès que sa voix revenait dans ma mémoire, j’avais des frissons et la nausée. Je regrettais tant d’avoir voulu me faire belle, et pour quoi au fond ? Ou plutôt, pour qui ? C’était ridicule, j’étais ridicule de chercher à plaire à Ewan alors que je savais qu’il n’y avait aucune chance, il suffisait que je regarde la manière dont toutes les filles lui avaient tourné autour ce soir –elles étaient jolies, simples, plus âgées, elles étaient tout ce que je n’étais pas. J’avais l’impression pourtant qu’il y avait quelques signes, mais je n’allais que me faire de la peine en m’y attachant car ils ne pourraient mener à rien. Je ne menais nulle part, si ce n’était aux ennuis, alors pourquoi Ewan se serait-il attacher à moi ? L’alcool qui battait dans mes veines noircissait le tableau et si, quelques secondes plus tôt j’avais été euphorique, tout pouvait éclater en une simple seconde, j’oscillais entre mes souhaits et la réalité, cette réalité que je n’étais même plus capable de juger, je m’accrochais à mes désirs en me convaincant qu’ils n’étaient pas vrais, pas plausibles, pas tangibles. Je ne pouvais pas plaire à Ewan. J’étais trop… J’étais ivre, j’étais nulle, je ne valais rien, j’avais craqué.

Je contemplais ce reflet de mon visage dans l’eau, et il m’était à la fois si distinct et si lointain, comme une pâle copie. Cette copie parfaite, sans sentiments, sans profondeur. Juste une image, jolie. Un joli visage. Je n’étais que ça au fond, n’est-ce pas ? Ce n’était que ça qu’ils cherchaient tous à voir, et ce soir me l’avait une nouvelle fois prouvé. Alors, tandis que mes doigts brouillaient ce reflet, je sentais une drôle de satisfaction à voir soudain mes traits déformés. Ils étaient à présent la représentation de ce que j’étais à l’intérieur, cette masse complexe qui n’était pas lisse. J’étais… J’étais en bordel, et je ne savais pas comment retrouver cette perfection qu’il m’avait semblé atteindre durant toutes ces années, ces années de mensonges. Que choisir, la vérité ? La vérité qui me faisait mal ? Que me disait-elle ce soir, la vérité ? Elle me montrait cette Ruby faible, qui craquait si facilement devant un verre d’alcool. Il y avait ma mère qui flottait dans l’atmosphère, je voyais que je devenais exactement ce que j’avais voulu fuir. J’étais elle, j’étais son reflet. J’étais horrible.

Mais c’était comme un grand huit : la seconde d’après, je me repris en me maudissant de me plaindre, et j’entendis un éclat de rire percer la nuit –mon rire. Mais il fut bien vite estompé lorsque mon prénom résonna dans la nuit. Qui était venu me chercher, mais surtout, pourquoi ?


- Viens !!

La surprise de voir Ewan me fit étrangement éclater de rire, et je tournais dans l’eau mouvante en riant, sans lui répondre, sauf par un grand sourire. Pourquoi venir ? Qui avait-il sur la berge pour moi ? Je ne voulais pas retrouver la réalité, ici j’étais bien, j’étais ivre et les choses tournaient et dansaient au rythme de mes doigts qui fendaient l’eau. Mais peu à peu cependant, je réalisais qu’il était venu, qu’il avait remarqué mon absence et que savoir où j’étais lui importait… Je clignais plusieurs fois des yeux en sa direction, cherchant à capter son visage, tandis que son corps me semblait figé sur la berge. Je lui fis un signe de la main, toujours amusée, cherchant surtout à rester dans un espace un peu flou où la réalité ne m’atteignait pas. Peut-être même étais-je en train de rêver, c’était plus probable, rêver qu’Ewan se souciait de moi et venait de me repêcher dans cette rivière dont le courant calme portait mes rires. Mais la réalité n’était pourtant pas loin, et elle me frappa violemment lorsqu’un éclair zébra le ciel, et sous mes yeux brillants se dessina le visage d’Ewan dont les traits si posés étaient désormais déformés par une peur vive qui me tordit la poitrine.

- Sors de là, Ruby ! C'est dangereux... Sors ! Mais qu'est-ce que tu fais, qu'est-ce qui t'as pris... SORS !

Une nouvelle fois, la réalité me claqua au visage et j’en perdis presque l’équilibre : Ewan s’inquiétait pour moi.

Soudain, les choses prirent un angle totalement différent. L’alcool retomba en un instant et je sentis les sanglots monter pour venir m’étrangler, comme si les larmes avaient été tapies tout ce temps, attendant de finalement m’attaquer. J’aurais voulu être heureuse qu’il tienne à moi au point de venir me récupérer ivre dans une rivière, mais il n’en était rien car les remords se faisaient déjà trop pressant : j’étais la cause de sa panique. Une fois encore, j’avais mal agi et ce n’était pas moi qui le payait, mais une personne à qui je tenais, une personne que j’aimais. Alors, tandis que je fixais la main qu’Ewan me tendait, je sentais tout mon corps se tordre d’une douleur aiguë qui n’était pas physique, mais qui était bien plus puissante car elle me prenait du cœur jusqu’au cerveau en passant par les poumons, et elle déréglait tout, soudain tout m’échappait et cette panique qui prenait Ewan fût aussi la mienne. Mais c’était une peur différente. Ce que je craignais, c’était sa peur à lui, sa peur qui m’échappait car au fond je n’étais que dans une rivière, certes glacée, mais rien de plus…


- Attrape ma main !

La suite devint alors plus vive et confuse, et la seule chose que je distinguais clairement fut le cri qu’Ewan poussa lorsque je glissais, un cri littéralement qui me sembla provenir du fin fond de sa poitrine et il lâcha l’arbre qu’il tenait pour s’enfoncer dans l’onde glacée, cherchant à m’atteindre. J’étais figée, me tenant maladroitement à un rocher, les yeux toujours brouillés par des larmes dont je ne comprenais pas vraiment la cause. Maintenant, j’avais froid, réellement froid et j’avais presque peur de ce que j’avais car s’il s’inquiétait autant, peut-être était-ce moi qui avait trop bu et avait perdu le sens de la réalité mais pourtant maintenant que l’alcool me semblait être redescendu violemment, j’étais pleinement consciente de ce qui m’entourait. J’étais consciente d’Ewan qui s’approchait, le visage inquiet, consciente de sa main qu’il tendait vers moi, consciente de mon cœur qui faillit exploser lorsqu’il l’attrapa violemment. Il avait commencé à pleuvoir, et je sentis les premières gouttes se mêler à mes larmes mais aussi à celle d’Ewan que j’avais aperçu avant qu’il se tourne, m’attirant vers la berge avec force, comme s’il fuyait quelque chose dans cette rivière, quelque chose d’enfoui qui l’aurait aspiré au fond de l’eau si nous y restions plus longtemps. J’avais le cœur qui battait dans tous les sens, cherchant à reprendre son rythme en vain et j’étais incapable de dire quoi que ce soit, les mots se perdaient dans ma gorge alors que je ne désirais qu’une chose, rassurer Ewan qui me trainait toujours dans cette rivière dont le courant me paraissait soudain plus violent, comme s’il nous retenait sur place. Mes doigts s’accrochaient à la paume d’Ewan, la serraient avec force comme si j’avais peur que cette unique lien se brise, qu’ils glissent avec la pluie qui s’ajoutait à l’eau qui s’envolait en milliers de petites gouttes à chacun de nos mouvements.

Nous finîmes par atteindre la berge me hissa, sans aucune délicatesse, mais plutôt comme si quelque chose l’agitait au point de lui faire perdre la notion de ses actes, comme si quelque chose rugissait en lui et l’obligeait à agir vite, pour fuir quelque chose que nous aurions laissé dans la rivière. Mais cette chose nous avait suivi, je le compris instantanément lorsque, chancelant, Ewan attrapa mes épaules pour planter ses yeux dans les miens, ses pupilles agitées de quelque chose qui brulait à l’intérieur –et je ne savais pas quoi et cette ignorance me brulait aussi. Je voulais l’aider, je voulais qu’il se calme mais alors qui secouait mes épaules, c’était mon cœur qui était brusqué aussi et j’avais mal, presque physiquement, comme si ses doigts crispés sur ma peau fraiche s’enfonçaient dans la chair. Chaque larme qui dévalait sur ses joues m’arrachait un battement irrégulier à mon cœur, et j’avais envie d’éclater en sanglot aussi, j’étais comme sous pression et il me secouait, secouait, et j’allais finir par exploser avec lui si je ne reprenais pas conscience.


- Ça va ? Tout va bien ? Tout va bien ?

Non, ça n’allait pas bien. Parce qu’il n’allait pas bien.

Je ne comprenais pas totalement ce qui se passait, et cela m’effrayait un peu plus. Mais je n’avais pas le droit d’avoir peur, plus maintenant. Il était venu me chercher, et cette constatation gonflait mon cœur autant qu’elle l’agitait. Je devais reprendre le contrôle, ignorer les frissons qui paralysaient tout mon corps engourdi par le froid, ignorer l’orage qui se préparait au-dessus de nous. Ce qui nous entourait m’importait peu, ce qui comptait désormais c’était Ewan, Ewan et sa panique que je refusais. Il fallait que je l’aide, mais comment ? Je ne comprenais même pas pourquoi, en premier lieu, les sanglots le prenaient, et ses pleurs me déchiraient littéralement. Je réalisais soudain que je n’avais jamais vu d’homme pleurer, pas une fois en face de moi. Ni mon père, ni Hadrian, ni personne. Je réalisais soudain, encore une fois cela me claqua au visage, que je ne m’étais jamais préparée à cette vision, et qu’elle me retournait l’estomac, le contractait. Cela me bouleversait littéralement, non pas de le voir faible, car il ne l’était pas, mais fragile. Si j’avais déjà pleuré dans ses bras, l’inverse ne s’était jamais produit et à vrai dire, je n’avais jamais cru qu’il pourrait se produire. Pourtant je savais qu’il avait des faiblesses, je les avais devinées sans jamais vraiment les connaitre, mais maintenant qu’elles m’apparaissaient aussi violemment, j’en perdais presque mes moyens. Je voulais simplement revenir en arrière, n’être jamais allée dans cette rivière, je voulais simplement comprendre, comprendre ce qui habitait le regard terrorisé d’Ewan.


- Ewan… J’avais murmuré son prénom et pourtant, ce fût comme un cri qui rugit dans la nuit, au travers des gouttes de pluie qui nous inondaient et ricochaient sur la surface de la rivière en un tambourinement affolant. Mes deux paumes vinrent se poser ses joues, tout doucement, et mes pouces suivirent le tracée des larmes qui roulaient indéfiniment là, sur sa peau pâle à la lumière de la lune. Il fallait que je me reprenne, que je me contienne, c’était à moi d’agir. Je ravalais mes larmes avec difficulté, continuant d’essuyer prudemment les siennes en le regardant tendrement, comme pour le rassurer. Qu’est-ce qui se passe ? Soufflai-je alors.

J’avais simplement envie de lui demander… Mais pourquoi avoir paniqué de la sorte ? Mais je ne voulais pas qu’il pense que je le jugeais, bien au contraire, ça m’était égal si sa peur était irrationnelle. Je voulais simplement la comprendre. Mais j’avais l’impression que mes paroles étaient creuses, que je n’allais pas réussir à saisir ce qui se passait. Je sentais entre mes mains son visage tremblant, et j’essayais de capter son regard pour le rassurer du mien, mais tout m’échappait, et Ewan ne se calmait pas comme je l’aurais voulu. Je ne savais pas quoi faire, comment le rattraper et je ne pouvais pas supporter cette impuissance qui m’envahissait. Je voulais qu’il s’accroche à moi, qu’il se libère de ce poids qui semblait le trainer au fond de ses peurs –d’où venaient-elles ? Et soudain, alors que je formulais ce désir mentalement, je compris qu’il ne tenait qu’à moi de le réaliser physiquement.


- Viens là. Murmurai-je alors, et mes mains lâchèrent ses joues pour se glisser derrière sa nuque, et mes bras l’entourèrent pour l’attirer contre moi. Son visage vint se nicher au creux de mon cou, là où la peau palpitait sous le froid, et mes doigts passèrent sur ses cheveux –malgré moi je songeais à toutes ces fois où j’avais rêvé de le faire, mais les circonstances actuelles me laissaient un goût amer à ce toucher que je voulais tout doux, simplement rassurant. Je suis désolée, je ne voulais pas te paniquer. Continuai-je d’une voix qui se voulait calme. Ma joue s’appuyait contre sa tempe et, tout doucement, je tournais le visage pour y déposer un unique baiser, ma main continuant à caresser ses cheveux dont la pluie séparait les mèches. Calme toi, je suis là, d’accord ? Mais ma constatation fût vaine, surtout lorsqu’un nouveau coup de tonnerre gronda et que je sentis Ewan sursauter au milieu de mon étreinte que je resserrais instinctivement, comme si j’avais voulu le protéger. Qu’est-ce qui passe ? Demandai-je une nouvelle fois, d’une voix plus pressante. Qu’est-ce qui… Qu’est-ce qui s’est passé ? Laissai-je soudain échapper.

Car je savais bien que ce n’était plus simplement moi, et la peur de me voir jouer dans la rivière. C’était quelque chose de plus profond, de plus lointain, quelque chose qui l’entraînait dans un courant et la seule solution que j’avais pour qu’il ne le perde pas pieds, c’était de le tenir là, tout près, dans le creux de mes bras.

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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ewan Campbell
Vendeur chez l'Apothicaire



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MessageSujet: Re: A river runs through it | Ruby | terminé   Ven 5 Avr - 18:20




« Autant de pavés par le monde
De grands et de petits pavés
Que de chagrins encavés
Dans ma pauvre âme vagabonde
Je meurs, je meurs de tout cela
Et ma chanson s'arrête là »


J'aurais aimé maîtriser le flot terrible de mes émotions, me reprendre, maintenant que nous étions hors de l'eau. Mais tout était brouillé, mes pensées comme mes sensations, et le monde autour de nous n'arrangeait rien : l'orage, plus proche, avait déchiré le ciel qui déversait sur nous ses gouttes d'eau en nombre. Comme si nous n'étions pas assez mouillés. Et le visage de Ruby, en face du mien, brillait au milieu de cette cacophonie d'une étrange lueur - alors que je la secouai brutalement j'entrevoyais que cette lueur était là pour que je m'y accroche, pour que je ne m'y perde pas ; qu'il fallait que je l'accepte. Ses cheveux plaqués et plus foncés qu'à l'habitude faisaient ressortir ses yeux plein d'inquiétude, sa bouche courbée, entrouverte parce qu'elle respirait plus fort - j'entendais très nettement le bruit de sa respiration, malgré le vent dans les arbres, les gouttes qui tombaient, le tonnerre qui grondait. Et j'aurais aimé lui dire ce qui me brûlait les lèvres. Là, tout d'un coup. Enfin. Mais il m'apparut bien vite, et contre toutes attentes, que je ne pouvais pas : moi qui avais si longtemps enfoui précieusement mon secret et les souvenirs qui s'y raccrochaient, je n'étais plus maître d'eux ! Closes, mes lèvres refusaient d'obéir. Je ne pouvais pas, je ne pouvais plus : Jamie était au fond d'un immense puits au-dessus duquel j'avais, jour après jour, posé des branches, des feuilles mortes, pour le condamner, pour lui demander de rester bien sagement enfoui sous la terre, là où il reposerait à jamais. Dans mon esprit aussi je l'avais enterré, mais pourtant quelque chose sonnait faux dans toute cette équation, et plus cela m’apparaissait nettement, plus je sentais les eaux autour de moi, m'engloutir, rentrer dans ma gorge, mes poumons - j'allais étouffer moi aussi. Parce qu'à refuser de dire et de me souvenir - c'était par flash, dans mes rêves ou mes cauchemars, mais jamais en entier - il m'apparaissait alors que c'était un bien plus ample refus qui s'était installé là. Et le souvenir, affleurant, qui menaçait de jaillir de la surface avait alors une toute autre dimension : plus que pleine de chagrin, elle était destructrice, et ces murs que j'avais pensé construire pour me protéger n'était somme faite que des murs en carton qui n'y résisteraient pas.

Ma panique ne se calmait pas, au contraire, et voilà que le chagrin s'y ajoutait. Parce que devant mes yeux dansaient des flashs - étaient-ce les éclairs qui zébraient le ciel de la nuit ? Je n'arrivais même pas à le distinguer - et que je comprenais avec une désolation profonde qu'en reniant mes souvenirs, en reniant cet horrible soir, j'avais renié mon frère et j'avais renié sa mort, et moi qui en voulais avec mes parents de se taire à ce sujet, je ne faisais pas mieux de mon côté. Parler comme je le faisais n'était pas faire son deuil puisque je refusais de voir ces images - je n'avais pas fait mon deuil et quelque part ces longues années s'expliquaient alors bien plus facilement. Je le cherchais, dans chacun de mes gestes, chacune de mes actions. Les choix que je faisais n'étaient pas les miens : quelque chose de plus grand, de plus fort, se chargeait de décider pour moi.

Si j'avais peur de laisser enfin s'ouvrir des vannes trop longtemps maintenant en position fermée, je ne voyais plus d'autre solution. Et je m'en voulais énormément : encore plus face à Ruby, alors que face à toute son histoire qu'elle m'avait livrée - elle - je lui avais conseillé, si elle y parvenait, d' « oublier un jour si elle le pouvait, car le passé était derrière nous ». Derrière nous ! Le passé n'était rien d'autre que devant moi, en travers de mon chemin, en cet instant précis. Et ma panique l'avait bien compris et s'immisçait dans toutes les fentes de mes faiblesses : elle y avait trouvé de la colère, maintenant que nous étions saufs, maintenant que Ruby n'avait plus aucune raison de se noyer sous mes yeux sans que je puisse faire quoi que ce soit. Je n'arrivais pas à décrocher mes mains de ses bras, comme si mes doigts se crispaient de toutes leurs forces parce qu'ils avaient compris que j'étais en danger de mort. Oui, j'étais en colère, férocement en colère, contre moi, parce que j'étais stupide, contre mes parents parce non seulement sourds à mes appels ils n'avaient pas vu que moi aussi je m'enfonçais sous leurs yeux, parce que je les rendais tellement responsable de toute cette tragédie. Je l'étais moi aussi, mais ils ne l'étaient pas moins : pourquoi nous avoir élevés ainsi ? A trop vouloir bien paraître je me demandais même ce qui était juste dans l'amour qu'ils prétendaient nous porter. Est-ce que ce n'était pas simplement de façade, ça aussi ? Parce que ne pas aimer ses enfants serait mal vu, parce qu'une bonne famille se doit d'être heureuse, belle, joyeuse, pleine de réussite ? Mais qu'est-ce qui était
vrai, dans tout cela ? Si ils n'avaient pas été si étroits d'esprit, peut-être que nous aurions eu le droit de jouer avec Tom et Sam, ces « garçons de mauvaise famille » parce que leur père était au chômage et que leur mère travaillait dans une boutique miteuse de vêtements pour sorciers. Peut-être que nos escapades en barque se seraient faites en plein jour et non pas en cachette, peut-être que nous aurions été plus précautionneux, peut-être que nous n'y serions pas allés ce soir là. Alors, peut-être qu'il ne serait pas mort.

Je refusais ce souvenir pour ne pas me poser ces questions. Je refusai ce souvenir parce que la perte de mon jumeau était trop douloureuse pour que j'espère m'en relever et je le savais - ne l'avais-je pas dit à mon père, effondré dans ma chambre, mais il n'avait pas voulu l'entendre ? Mes souvenirs étaient diffus, parce que j'avais essayé de faire une croix dessus. Je revoyais quelques bribes, ma course jusqu'à la rivière, comment j'avais crié, je ne me rappelais plus comment j'étais rentré chez moi, je me revoyais dans notre chambre, je pleurais, ma mère était en bas avec je ne sais qui, mon père tentait de me calmer et j'avais dit :
mais papa, je suis mort avec lui. Il n'avait même pas réagi. Je refusai sûrement ce souvenir parce que la mort était irrémédiable et qu'il n'arrangerait rien à rien, partant de cette hypothèse.


- Ewan… La voix de Ruby apparut comme un chant dans la brume, pour me guider. Heureusement qu'elle était là, car en cette pleine prise de conscience, je me sentais si fragile. Et malgré mon agitation, je savais que je n'aurais voulu personne d'autre qu'elle. Sa main sur ma joue me fit sursauter alors que retenais sans grande réussite les sanglots dans ma gorge - un contact humain alors que j'étais plongé dans la tourmente de toutes ces choses impalpables... Mais la chaleur de sa peau embrasa la mienne, et je sentis que la vie était là, encore et toujours. Je fixai son regard accroché au mien. Une étrange sensation s'anima en moi. Qu’est-ce qui se passe ?

Ce qu'il se passait...

Le corps de Jamie gisait juste un peu plus bas, là où la rivière coulait avec moins de force car le sol n'était plus pentu. Il y avait une petite barrière de rochers qui retenaient à chaque fois les bateaux que nous laissions flotter, quand nous faisions des courses. Il était là, sur le ventre, le visage dans l'eau, bloqué par les pierres, les bras bougeant au gré du courant de façon si fluide qu'on aurait presque dit qu'il nageait. Après quelques secondes d'effroi, parce que nous comprenions et que la vérité était terrifiante, je crois avoir couru et l'avoir pris dans mes bras et avoir secoué ses bras inertes pour qu'il bouge, ses traits étaient d'une telle sérénité que je m'étais dit, mais il dort ! Et Tom était arrivé en courant mal aisément dans l'eau, jusqu'à nous, pour prendre le pouls de Jamie et je l'avais repoussé - je ne voulais pas entendre les mots de sa bouche, car je savais, je
savais qu'il était mort, l'intense déchirure à l'intérieure de moi ne venait pas de nulle part, il était moi et j'étais lui, bien sûr que j'avais senti qu'il n'était plus là... Et j'avais crié, crié, crié, je l'avais appelé pour qu'il revienne, et ensuite je ne savais plus, Sam et Tom nous avait ramenés à la maison et je voyais, il me semble, mes deux parents alertés par le bruit sur le pas de la porte, le geste qu'avait eu ma mère en portant la main à sa bouche, l'horrible calme de mon père qui avait entrepris toutes les démarches, et cela je le voyais de côté et d'en bas, car je m'étais effondré sur le parquet dans l'entrée et que mon corps m'échappait, je pleurais sans pouvoir mourir moi aussi, et c'était sans doute cela le plus atroce. Après, c'était le trou noir.

Et au-dessus de nous, l'orage qui ne faiblissait pas... J'avais l'impression que mon corps allait lâcher, comme ce soir-là. J'avais froid, j'avais besoin de chaleur - je voulais juste que Ruby me prenne dans ses bras.


- Viens là. Je me laissais faire avec un intense soulagement, et j'enfouis ma tête dans son épaule, j'entourai sa taille de mes bras raides et douloureux, et la serrai comme si elle avait été une bouée dans la tempête. Je n'arrivais même pas à respirer son odeur comme je l'aurais voulu, mon souffle était court, les gouttes pleuvaient sur nous et je tremblais, et les sanglots sortaient, de plus en plus fort. Je suis désolée, je ne voulais pas te paniquer. Calme toi, je suis là, d’accord ? J'aurais voulu lui dire qu'elle n'y était pour rien, et qu'au contraire quelque part elle m'avait aidé à ouvrir les yeux, mais un fracas déchira le ciel de nouveau et tous ces souvenirs furent attisés de nouveau, je sursautai, gémis, la serrai un peu plus tandis qu'elle me caressait les cheveux - pourquoi elle, elle entre tous ? Elle était la première à me prodiguer ces caresses que j'avais espérées depuis sept années. Je laissai mes larmes s'échapper - maintenant, à quoi bon retenir ? Je laissai tout s'engouffrer en moi, m'anéantir, et je pleurai avec soulagement, formidablement rassuré entre les bras de Ruby. Pour la première fois, j'avais l'impression que j'avais le droit de me laisser aller. Qu’est-ce qui passe ? Qu’est-ce qui… Qu’est-ce qui s’est passé ?

Quelque part je savais qu'il me faudrait parler, mais allais-je réussir ? J'attendis que les sanglots se calment un peu et me laissent la possibilité de parler, car pour l'instant la panique s'échappait peu à peu de mon corps en me faisant trembler de nouveau et en me serrant la gorge, et chacun de mes muscles m'étaient douloureux, durci par la colère, tétanisé par la tristesse. Quand je me redressai, péniblement, ma joue frotta la sienne et je percutai qu'elle m'avait embrassé la temps, mais j'étais dans une autre dimension, et soudain, le temps pressait. Peut-être que c'était maintenant, ou jamais... Sur mon visage les gouttes de pluie noyaient mes larmes et nous étions trempés jusqu'à l'os, elle comme moi. Elle était si près de moi, trop, mais je ne parvenais pas à m'écarter - j'avais peur.

- Je suis désolé, je t'ai menti, dis-je après avoir tenté de reprendre mon souffle. Ma voix était un peu étranglée, j'essayai de la rendre plus forte. Ce n'était pas moi sur la photo. C'était mon frère Jamie... Il est mort l'été de la fin de Poudlard.

Je fermai les yeux une seconde. Est-ce que quelque chose avait changé ? Qu'avais-je bouleversé en prononçant ces mots ? L'orage continuait à faire trembler la nature, la pluie à se déverser, la rivière à couler. Rien. Le monde ne s'en portait pas plus mal, voilà, je l'avais dit. Et je le savais. Irrémédiable. Je rouvris les yeux, sentant une douleur terrible me déchirer le cœur. Je me sentais si seul dans cette tourmente, si coupable, mais le monde ne s'en formalisait pas et bien que cette pensée fut égoïste, elle était simplement douloureuse : Jamie n'existait plus, voilà tout.

- On jouait avec deux amis, sur la rivière. On avait une vieille barque, nos parents nous avaient interdits d'en faire, mais cela faisait quoi - au moins dix ans qu'on s'amusait avec ! Souvent elle se renversait mais c'était ça le plus drôle, nager jusqu'en bas, se laisser porter, tenir le plus longtemps dans la barque. De toute façon en bas elle débouchait sur un lac, on ne risquait rien. Mais on aurait dû savoir qu'à cause de l'orage de la veille la rivière serait trop agitée... Sauf que c'était les vacances, l'été, on avait envie de s'amuser... La barque s'est retournée et il s'est cogné contre un rocher sûrement. Ils sont tombés dans l'eau avec un de nos amis, et moi quand je suis arrivé en bas il était trop tard, Jamie était mort. Il s'est noyé et je n'ai rien pu faire...

Un sanglot me coupa la parole, mais je ne me laissai pas faire : je refusai que les larmes reprennent possession de moi. Je pleurais encore, oui, mais sans sangloter, je voulais finir, arriver au bout, me débarrasser de ce fardeau.

- En deux secondes, c'était fini... Il n'y a pas un jour qui passe sans que je me demande pourquoi ce n'était pas moi, pourquoi il devait mourir, sans que je me dise que c'est de ma faute, qu'on a été stupides. Et mes parents ont toujours refusé d'en parler, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment ils font, mais à les écouter ils n'ont eu qu'un fils, et moi je crève de voir ça tous les jours, c'est pour ça que je ne veux plus les voir. Je leur en veux tellement, je sais qu'ils m'en veulent, c'est tout. Je ne les ai jamais vus pleurer.

Rien n'avait changé, non plus. Soudain je me sentis las, et je poussai un soupir.


- Ce soir-là, moi aussi je suis mort, mais ça, ils s'en foutent.

Je m'étais redressé légèrement, desserrant un peu mais pas trop mes bras autour d'elle. Je sentis que mon regard changea et la défia : cet aveu, c'était un cri de détresse, qu'on avait toujours soigneusement ignoré. Et Ruby ? J'avais espoir qu'elle comprenne, et en un sens je lui faisais confiance. Avec ce qu'elle avait vécu elle comprendrait... Je me tus enfin, la gorge serrée. J'étais essoufflé, et tout d'un coup le sol s'effondrait gentiment sous mes pieds. C'était fini et voilà où j'en étais - et ensuite ? Les larmes me brouillèrent la vue, de nouveau. Ma main, dans son dos, agrippa plus fort le tissu mouillé de sa robe.

_________________




°•. Lonely water, won't you let us wander, let us hold each other
Hold back the river, let me look in your eyes
Hold back the river, so I can stop for a minute and be by your side
Hold back the river, hold back .•°
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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: A river runs through it | Ruby | terminé   Sam 6 Avr - 23:07



"Turn to me with frozen lips
Your hands are icy cold
Your eyes burn bright against the frost-bit sky
You never seemed more lovely than you do right tonight
Pale on the horizon
Like leaves frozen in the snow
Our two shadows merge inseparably
Will time stand still if it's pierced with cold."



Je sentais que la rivière charriait bien plus que de l’eau et des feuilles mortes, et que son lointain clapotis n’était pas seulement celui de l’eau qui frappait rochers et berges, il y avait quelque chose de plus qui s’insinuait lentement en Ewan et qui le paralysait, quelque chose qui criait et l’empêcher de se calmer. Je savais que mes mots ne pouvaient l’apaiser, pas assez du moins et j’étais comme impuissante devant ce qui le prenait et l’étouffait. Je n’étais pas sûre non plus que mes bras soient suffisants, mais je refusais de les desserrer, espérant naïvement peut-être pouvoir lui offrir le refuge qu’il cherchait –refuge que j’avais trouvé avant lui, dans ses bras, ce soir où j’avais laissé s’échapper le poison du passé d’entre mes lèvres. Le passé. Voilà ce qui semblait le faire trembler malgré mon étreinte qui se voulait rassurante. Il me paraissait soudain si frêle sous mes doigts, si insaisissable et j’avais peur qu’il disparaisse comme de l’eau qui glisse entre deux paumes jointes, emporté par ce qui faisait couler ses larmes roulant de ses joues jusqu’à ma nuque déjà couverte d’une multitude de gouttes de pluie. Je ne sus pas combien de temps il resta là, dans mes bras, mais j’avais fini par fermer les yeux en me concentrant seulement sur sa respiration saccadée, attendant qu’elle se calme avec une sensation amère dans la poitrine car je savais que la suite ne sera pas moins douloureuse –pourtant, je ne savais pas à quoi m’atteindre, je n’osais rien imaginer de peur de faire grandir mon inquiétude. Alors, lorsqu’il se redressa, sa joue frôlant la mienne au passage pour provoquer une série de frissons ajoutés à ceux provoqués par le froid qui m’avait engourdi, je posais silencieusement mes yeux dans les siens, mes cils parés de perles liquides qui s’échappaient à chaque battement de mes paupières.

- Je suis désolé, je t'ai menti. Ce n'était pas moi sur la photo. C'était mon frère Jamie... Je sais, voulus-je dire, je sais et je m’en fiche. Mais avant même que je ne puisse faire quoi que ce soit, Ewan continua d’une voix serrée par l’émotion qui contractait mon propre cœur. Il est mort l'été de la fin de Poudlard.

Jamais un orage ne m’avait paru si violent, et pendant un instant, je fus incapable de distinguer sur le tonnerre qui venait de retentir provenait du ciel ou de ma poitrine.

Son frère était mort. Son frère jumeau était mort. Mort. La réalité m’avait brusquement saisi à la gorge, et j’eus du mal à respirer pendant quelques secondes, battant des paupières pour lutter contre les larmes qui roulaient déjà sur mes joues –et pourtant, ce n’était pas à moi de pleurer ! J’étais si stupide, pensai-je soudain violemment, stupide d’avoir ne serait-ce que pendant une seconde ressenti de l’amertume en voyant la photographie dans la salle des trophées et d’avoir pensé qu’Ewan ne m’en avait pas parlé parce que je n’étais pas importante. Il ne m’en avait pas parlé parce que son frère jumeau, sa moitié était morte. Et que durant toutes ses longues années, il avait dû vivre en sentant un manque, un manque qui ne pourrait jamais être comblé. Tout devenait horriblement plus clair. Je comprenais, trop tard, pourquoi est-ce qu’il était si évasif sur sa vie, sur sa famille… Et dire que je lui avais reproché ! Mais j’étais si stupide ! Je comprenais pourquoi, à chaque fois qu’il croisait son reflet je le voyais froncer les sourcils sans comprendre la cause de ce regard si dur et si triste, je comprenais pourquoi il m’avait regardé avec une telle intensité quand j’avais vu la photo chez lui, je comprenais pourquoi ses yeux me paraissaient parfois si vides, comme s’il lui manquait une partie de lui…

Il lui manquait une partie de lui, et elle lui manquerait toujours.


- On jouait avec deux amis, sur la rivière. La rivière… Encore une fois, les choses prirent leur sens. Voilà pourquoi il avait paniqué en me voyant jouer dans l’eau, ivre en plus. Je me mordis l’intérieur de la joue, et sans même le réaliser, mes bras qui entouraient toujours sa nuque se firent plus pressants, mes doigts effleurant son dos. On avait une vieille barque, nos parents nous avaient interdits d'en faire, mais cela faisait quoi - au moins dix ans qu'on s'amusait avec ! Souvent elle se renversait mais c'était ça le plus drôle, nager jusqu'en bas, se laisser porter, tenir le plus longtemps dans la barque. De toute façon en bas elle débouchait sur un lac, on ne risquait rien. Mais on aurait dû savoir qu'à cause de l'orage de la veille la rivière serait trop agitée... Sauf que c'était les vacances, l'été, on avait envie de s'amuser... La barque s'est retournée et il s'est cogné contre un rocher sûrement. Je sentis ma poitrine se contracter douloureusement mais je ne lâchais pas prise, luttant contre les larmes. Ils sont tombés dans l'eau avec un de nos amis, et moi quand je suis arrivé en bas il était trop tard, Jamie était mort. Il s'est noyé et je n'ai rien pu faire...

J’écoutais sans un mot l’histoire qu’Ewan me déroulait d’une voix tremblante, ponctuée de sanglots. J’avais l’impression soudaine que le froid était plus pressant, que tout était plus lourd et insupportable, mon cœur battant d’un rythme lent, rendant ma respiration plus difficile et plus longue, comme s’il m’était impossible d’attraper l’air autour de nous, l’air électrique dans laquelle bataillaient toujours l’averse et l’éclair. Je m’en voulais de ressentir autant de peine alors que ce n’était pas moi qui avait perdu un frère, mais je ne pouvais simplement pas, je ne pouvais pas fermer les yeux sur la douleur qui serrait ma poitrine parce que c’était celle d’Ewan, une douleur à laquelle je ne m’étais pas attendue, et qu’elle était si vive et si contagieuse… Je sentais ses mains dans mon dos, ses bras autour de ma taille qui me serraient encore et je réalisais sans même que cela m’importe que nous étions tout proches l’un de l’autre, étreints non pas comme des amis mais des amants, mais cela me parut si naturel et nécessaire aussi, pour qu’Ewan ait le courage de parler, que je ne bougeais pas –je ne le voulais pas.

- En deux secondes, c'était fini... Il n'y a pas un jour qui passe sans que je me demande pourquoi ce n'était pas moi, pourquoi il devait mourir, sans que je me dise que c'est de ma faute, qu'on a été stupides.

J’eus l’impression que quelque chose venait de m’assommer et pendant un très court instant, il me fallut toutes mes forces pour ne pas chanceler –et ce quelque chose, c’était la vérité. Elle m’apparut si clairement, si violemment, que je me demandais comment j’avais pu ne pas la voir pendant tout ce temps car maintenant qu’elle était là, immense et criante, il me paraissait impossible d’un jour la nier. Elle m’écrasa la poitrine, littéralement, et la respiration que je réussis à prendre la seconde suivante reconnecta le tout, tandis que mon cerveau comprenait finalement ce qui m’avait échappé tant d’années.

Ce n’était pas la faute d’Ewan si son frère était mort, pas plus que ce n’était la faute de Lizlor si elle s’était disputée avec sa mère tout ce temps avant la mort de son père, et
ce n’était pas ma faute si mon père avait agi ainsi et que la magie avait fonctionné, ce n’était pas nos fautes et ça ne le serait jamais.

J’eus l’impression que cette unique constatation changeait tout. C’était comme si un immense poids avait disparu et que je ne savais pas comment vivre sans lui, si bien que les tremblements de mon corps s’accentuaient comme s’ils provenaient de ce vide qu’avait entraîné la vérité. Mais ce n’était pas un vide désagréable, il était simplement terrifiant car je me sentais différente. Pourquoi m’avait-il fallu tout ce temps pour le voir ? Maintenant que j’avais entendu cette culpabilité dans la bouche d’Ewan, elle m’était si malsaine et surtout fausse qu’il me paraissait impossible une seule seconde qu’elle puisse être vraie, qu’il puisse être responsable de ce qu’une série de coïncidences avait entraîné. Ils n’avaient pas pu savoir, ce soir-là, que le jeu pouvait basculer, et personne ne l’aurait su. Nous ne pouvions pas toujours savoir, ni contrôler et la vie prenait parfois des chemins qui nous étaient inconnus et le seraient toujours, des chemins que nous ne pouvions pas éviter. Parfois, nous étions impuissants. Je n’étais pas responsable de la mort de mon père, ni de la dépression ou de l’alcoolisme de ma mère. J’étais responsable du mien, de la manière dont j’avais agi par la suite. Mais j’avais cru être enfermé par le passé, par une faute que je n’avais pourtant commise –et pourtant, je m’en étais tant accusée ! Je n’avais pas voulu qu’il me blesse et la magie avait parlé pour moi, je n’étais qu’une enfant, Ewan me l’avait bien dit. Je n’étais qu’une enfant qui avait voulu cesser d’avoir mal. Ce n’était pas ma faute. Et la mort de Jamie n’était pas la faute d’Ewan.


- Et mes parents ont toujours refusé d'en parler, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment ils font, mais à les écouter ils n'ont eu qu'un fils, et moi je crève de voir ça tous les jours, c'est pour ça que je ne veux plus les voir. Je leur en veux tellement, je sais qu'ils m'en veulent, c'est tout. Je ne les ai jamais vus pleurer.

Si la vérité m’avait ôté un poids, les confessions d’Ewan m’en ajoutaient un. Non pas que je le refusais, bien au contraire, mais je ne pouvais pas fermer les yeux sur les tremblements qui prenaient mon corps et qui ne venaient pas seulement de ma robe mouillée plaquée contre ma peau glacée. Je sentais une étrange haine envers ces parents que je ne connaissais même pas, ces parents qui avaient laissé leur fils se noyer aussi, se noyer dans la peine, et qui avaient fermés les yeux.

- Ce soir-là, moi aussi je suis mort, mais ça, ils s'en foutent.

Ce ne fût pas le tonnerre qui gronda cette fois, mais belle et bien mon sanglot. J’avais voulu le retenir mais cette dernière phrase acheva de libérer ce que j’avais voulu retenir, le barrage que j’avais construit contre les larmes. Sûrement était-ce parce que ce qu’il venait de dire me terrifiait et me contracta si fort le cœur que je fus incapable de tenir, et alors que j’avais voulu garder mon calme, être forte, forte pour lui, je sentis mes propres mains agripper son dos violemment et, me jetant contre lui, je le serrais dans mes bras avec une force inouïe, comme je n’avais jamais serré personne dans mes bras. C’était irrationnel, mais j’avais l’impression que si je le lâchais il allait partir, et je comprenais aussi qu’il aurait pu être dans sa barque et l’idée pourtant impossible qu’il pouvait lui aussi disparaitre m’affolait. Je tentais de me raisonner, parce qu’il était là, dans mes bras, mais soudain je n’arrivais pas à me calmer. Je n’arrivais pas à accepter ce que pourtant je connaissais. Je savais oui, ce que c’était que de sentir qu’une partie de soi avait disparu, même si nos histoires n’étaient pas comparables, combien de fois aussi m’étais-je demandé si je n’étais pas morte aussi ? Mais Ewan n’était pas mort, de toute manière je ne le laisserais jamais, jamais, jamais, martelait mon esprit tandis que mes bras l’accrochaient encore et toujours plus fort.

- Je ne te laisserais jamais mourir. Laissai-je échapper, alors que j’avais fini par m’écarter. Mes mains avaient desserré sa nuque. Essuyant d’abord mes larmes honteusement, je les avais finalement appuyées sur son torse, une là où son cœur battait et, volontairement ou non, j’étais restée tout contre lui, les bras plaqués contre sa poitrine. J’avais plongé mes yeux dans les siens, pesant mes mots avec une telle intensité, d’un ton presque autoritaire. Jamais. Insistai-je en fronçant les sourcils.

Si les yeux pouvaient parler, j’espérais qu’Ewan entendait ce que les miens disaient car je le fixais avec une telle force, cherchant surement à transmettre tout ce qui bouillonnait en moi. Je tentais de mettre les choses en ordre dans mon cerveau, mais tout tambourinait et je me contentais de le regarder encore, de peur peut-être qu’il disparaisse.


- Il ne devait pas mourir. Personne ne doit mourir… Finis-je par dire, reprenant son expression qui m’avait frappé. C’est arrivé, et tu ne peux pas t’en tenir responsable Ewan, tu ne peux pas… Murmurai-je en frissonnant dans ses bras, tandis qu’au loin l’orage continuait à rugir. Tu ne pourras jamais revenir en arrière, on ne peut pas, et vivre comme s’il aurait pu y avoir une autre option, c’est te faire du mal. Je parlais d’une voix lente et douce, toujours un peu tremblante, parce que chaque mot était lourd de sens. Je comprends que tu te sens incomplet, et je sais que rien ni personne ne pourra combler ce vide. Mais ça ne change pas que…

Ça ne change pas que je t’aime.

Mes mains s’étaient un peu crispées, toutes proches du col de sa chemise, désormais transparente et collée contre son corps, et sa peau découverte appelait mes doigts. Mais je n’arrivais pas à bouger, parce que j’avais toujours mes yeux rivés dans les siens et ma poitrine se soulevait de plus en plus difficilement au fur et à fur de mes mots.

- Je savais que tu avais un frère… Dis-je soudain, baissant instinctivement les yeux, un peu gênée. Il y a une semaine, j’ai vu une photo de vous deux dans la salle des trophées. Je n’ai rien dis, mais j’ai eu tort, peut-être que ça aurait pu te permettre d’en parler. Je ne voulais pas te brusquer, te mettre devant le fait accompli, je suis désolée, je ne savais pas quoi faire… Chuchotai-je presque, me mordant la lèvre inférieure.

Je me sentais mal à l’aise, parce que je m’en voulais de lui avoir presque menti. Qu’aurait-il voulu que je fasse ? Je n’en savais rien, mais je voyais bien la haine qu’il avait contre ses parents qui fermaient les yeux –et je refusais d’être comme eux.


- Mais si tu veux m’en parler maintenant, je suis là, je veux pas être comme tes parents et faire comme si de rien n’était. Si ça compte pour toi, alors ça compte pour moi. Mes doigts avaient glissé jusqu’à son cou et ils effleurèrent sa peau pour finalement remonter jusqu’à son visage que j’encadrais de mes mains tremblantes, passant mon pouce sur ses joues. Tu comptes pour moi.

Et en cet instant, je n’eus plus aucun doute.

Tout doucement, je sentis mon visage s’approcher du sien, mes doigts se figèrent et en quelques secondes qui me semblèrent durer des heures, je séparais la distance entre ses lèvres et les miennes. Peut-être n’était-ce pas un baiser, mais une caresse, car cela ne dura qu’un bref instant, un instant infime et pourtant ce fût comme si tout autour de nous s’était arrêté. Je n’entendais plus l’orage, je ne sentais plus le froid, je ne sentais rien d’autre que le courant électrique qui court-circuita ma poitrine. Je crois qu’il fût aussi surpris que je le fus, car je m’écartais en baissant les yeux, rougissant soudain de mon imprudence. Je ne voulais pas qu’il pense que je me croyais capable d’atténuer sa douleur par un simple baiser, ou que je ne lui donnais que pour le réconforter. Non, si je l’embrassais, c’est parce que j’en avais envie et j’étais fatiguée de prétendre le contraire. Je voulais le garder dans mes bras, encore, je voulais sentir ses lèvres, encore, et j’ignorais si depuis que nous avions dormi ensemble, ou même depuis que je le connaissais, je n’avais pas eu cette envie chaque seconde passée à ses côtés.


- Je ne te laisserais jamais mourir. Soufflai-je une nouvelle fois.

Et tandis que je relevais finalement mes yeux vers lui, un éclair vint frapper le ciel et je compris que la lumière de celui-ci allait nous éclairer. Ce que j’allais lire dans son visage, je le savais, ferait tout basculer dans un sens ou dans un autre. J’avais tourné la roulette, enclenché l’étincelle et il ne me restait plus qu’à espérer qu’il y ait assez de gaz dans le briquet pour que la flamme prenne –moi, j’étais déjà embrasée.


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Even Closer | Forever Young | So Cold | If Stars



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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ewan Campbell
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MessageSujet: Re: A river runs through it | Ruby | terminé   Lun 8 Avr - 20:02

Spoiler:
 


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Lonely Hands
No lonely hands grab my suitcase full of nothing
I don't know why
You took me in gave me something to believe in
That big old smile is all you wore
Girl you make me want to feel
Things I never felt before
Girl you make me want to feel
Did I say I'm just a boy
You can hold me to that



Quelque part, je n'avais pas eu tort de m'opposer à ce souvenir et à toute la détresse qu'il charriait. Car maintenant ne venaient à moi que des images plus violentes les unes que les autres, et à cela s'ajoutait tout mon chagrin, tout celui que j'avais éprouvé et qui revenait en flèche, trop longtemps étouffé. C'était une bombe à retardement et si le système avait fonctionné jusqu'à lors il n'en était que plus terrible en s'abattant sur moi : même l'orage me semblait bien faible alors qu'il se déchaînait autour de nous, que les arbres s'agitaient avec forces, que le vent sifflait et couvrait mes pleurs et mes soupirs, et que la pluie noyait chacune de mes larmes. Tout n'était qu'eau autour de moi et ce n'était pas une métaphore, mais le signe tangible du prix que je payais. Pourtant, je ne regrettais pas. Je me sentais misérable et tellement plein de souffrance que j'avais l'impression que je me serais effondré si Ruby n'avait pas été là, mais c'était un cap, une étape obligatoire, et je le savais. Jamie ne pourrait pas rester dans mes souvenirs plus longtemps. En faisant semblant que rien n'était arrivé je vivais en le voyant partout, je vivais dans l'attente - qui sait si ce n'était pas lui qui me regardait quand j'étais face à un miroir ? Je vivais en espérant que tout cela n'était pas arrivé, que peut-être si je me rendais à Oxford il serait là, dans notre chambre aux lits jumeaux, avachi sur son lit à me sourire avec ce petit air qu'il avait toujours et qui signifiait qu'il avait une idée derrière la tête. Paradoxalement, j'attendais sa résurrection sans accepter sa disparition, et c'était bien la preuve de l'erreur monumentale que j'avais laissé faire. Mais non : il était mort, ce soir-là, il était mort et disparu et son âme n'était plus là, et il ne reviendrait jamais. Nous étions nés à deux et nous partagions le même corps et le même esprit, mais maintenant j'étais seul, mon double n'était plus là, et aussi douloureuse que soit cette absence, il n'y avait plus qu'elle. Le poids qui s'était envolé tout à l'heure revenait à la charge et m'écrasait la nuque, les épaules - le poids de ma soudaine solitude. Mais, d'accord, j'acceptai. J'acceptai et mes larmes coulaient à flots pour illustrer cette toute récente nouvelle, je pleurais à mon frère, je pleurais à notre erreur de jeunesse, à tout ce qui était et ce qui ne serait plus, à notre enfance, à nos parents, à notre famille, aux jours heureux que nous avions connus, à l'impossibilité pour chacun d'entre nous de se relever de la mort de Jamie, au silence de ma mère, à l'absence de mon père, à ces années que j'avais perdues à nier tout cela, à la rancœur qui me rongeait, à la colère et à l'injustice, et tout se déversait en s'ajoutant aux grondements du tonnerre et aux gouttes de pluie glacées et dures qui ne faiblissaient pas.

Petit à petit, en parlant et en extériorisant tout ce qui m'écrasait de l'intérieur, je me raccrochai à Ruby, au sens propre comme au figuré. Soudain son corps était le seul rempart contre tout, et maintenant qu'elle ne risquait plus rien, la serrer dans mes bras commençait à avoir une toute autre signification. Mes yeux ne se décrochaient pas de son regard, qui me fixait avec un intense magnétisme, et je me sentais observé pour ce que j'étais, enfin, et plus comme celui qu'elle avait connu et qui prenait bien soin à lui cacher ce qu'il voulait taire. Je songeai à tout ce qu'elle avait enduré elle aussi, tout en repensant à la réflexion que je m'étais faite lors d'une de nos premières rencontres : n'avais-je pas senti que quelque chose d'indicible nous liait ? Différentes histoires et différentes malédictions, mais je savais qu'elle comprenait ma culpabilité, pourtant injustifiée, comme la sienne, ma difficulté à me relever et à accepter. Et rien que cela me donnait des forces, à nouveau.

Je la serrai plus fort moi aussi, si c'était possible après qu'elle se soit jetée d'avantage dans mes bras pour étouffer mes pleurs et les siens. Je fermai les yeux un instant et repris une respiration - il me semblait que je n'avais pas respiré correctement depuis de longues minutes - tout en me disant que c'était maintenant que le plus dur restait à faire.


- Je ne te laisserais jamais mourir. Jamais.

Encore incapable de parler, je la remerciai silencieusement et d'un maigre sourire d'avoir écouté ce que j'avais dit, de n'avoir pas ignoré mon aveu, et de croire pour moi en quelque chose que pour l'instant j'avais du mal à discerner.

Jamais ? Je décrochai l'une de mes mains de son dos, en un geste saccadé car tous mes muscles étaient douloureux, et je me rendis compte que j'étais glacé, qu'elle aussi, et que nous tremblions au plein milieu de la tempête. Sur ses mains plaquées contre moi, je posai alors ma main, recouvrant la sienne et y mélangeant mes doigts. Je compris, en cet instant précis, ce que je désirai réellement.


- Il ne devait pas mourir. Personne ne doit mourir… C’est arrivé, et tu ne peux pas t’en tenir responsable Ewan, tu ne peux pas… Tu ne pourras jamais revenir en arrière, on ne peut pas, et vivre comme s’il aurait pu y avoir une autre option, c’est te faire du mal. Je comprends que tu te sens incomplet, et je sais que rien ni personne ne pourra combler ce vide. Mais ça ne change pas que…


Je baissai les yeux - oui, sans doute. C'était ce à quoi il fallait que je me raccroche, mais ce n'était pas si facile. Une autre option... Il y aurait eu tellement de possibilités, oui. Que je monte dans la barque, que nous ayons rebroussé chemin, que... C'était stérile.

- Je savais que tu avais un frère… Il y a une semaine, j’ai vu une photo de vous deux dans la salle des trophées. Je n’ai rien dis, mais j’ai eu tort, peut-être que ça aurait pu te permettre d’en parler. Je ne voulais pas te brusquer, te mettre devant le fait accompli, je suis désolée, je ne savais pas quoi faire…

Je relevai la tête avec stupeur et sentis les sanglots se calmer - la nouvelle avouée par Ruby me prit de cours. A son tour, elle avait baissé le regard, visiblement gênée, et j'eus envie de lui dire qu'elle ne devait surtout pas être gênée, au contraire : sans le savoir, elle venait de faire battre mon cœur un peu plus vite, et je sentis mon visage s'animer.

- Oh ! Ah, oui, la photo de l'équipe de Quidditch. Je ne m'en souvenais pas ! Oui, on était batteurs... Cette équipe, c'était notre bande à Poudlard, nos meilleurs amis. C'est là que je me suis rapproché de Phil, il était aussi sur la photo ? D'ailleurs, ils ne s'entendaient pas aussi bien avec Jamie.

Ma langue se trouvait déliée de ce souvenir et au contraire, j'en étais reconnaissant à Ruby de l'avoir évoqué. Je me rendis compte que c'était ainsi que j'allais pouvoir faire mon deuil : en acceptant qu'il ne soit plus là, il fallait aussi accepter tous nos souvenirs, il fallait en parler en se rattachant au bonheur qu'ils avaient été. Et, réellement, je me sentais parcouru d'une ténue mais bien présente chaleur en évoquant tout cela. J'avais envie de voir la photo, tout comme je me sentais prêt à parle de Jamie à Ruby, de tout ce qui le constituait jusqu'aux détails les plus inutiles, les plus inintéressants. Est-ce qu'elle m'écouterait ? Sans doute, et je serrai plus fort sa main.

N'avait-elle pas toujours prouvé qu'elle le ferait, même quand je n'étais pas prêt ? Mon souffle se fit plus court, mais ce n'était plus parce que les sanglots m'étouffaient la gorge. Ruby entre mes bras n'était plus seulement une bouée dans la tempête, elle était pleine et entière, et je n'avais pas juste envie de la serrer contre moi parce que j'étais triste mais parce que... Je ne voulais qu'elle.


- Mais si tu veux m’en parler maintenant, je suis là, je veux pas être comme tes parents et faire comme si de rien n’était. Si ça compte pour toi, alors ça compte pour moi. Tu comptes pour moi.

Oui, elle comptait pour moi aussi... Quel idiot. Je ne l'avais pas invitée pour rien à cette soirée, je ne passais pas mon temps libre avec elle pour rien. Parce que j'avais envie de la protéger, de garder son amitié à défaut du reste ? Ce que je pouvais être aveugle ! Bien sûr que je voulais qu'elle soit mon amie, tout comme je voulais veiller sur elle, parce que j'avais l'impression qu'elle cachait sa fragilité pour ne pas s'exposer, mais qu'ainsi elle allait se froisser les ailes. Mais l'un n'empêchait pas l'autre. Et si la suite était bouchée, je ne voulais même pas y penser - j'en avais assez de m'empêcher de vivre pour des fantômes et des choses qui n'existaient pas, j'en avais assez de m'échiner à sauver mon père alors que lui n'avait même pas levé le petit doigt. Je voulais vivre moi aussi, et Ruby me donnait envie de vivre. Mais comment faire ? J'avais subi un échec cuisant lors de notre première rencontre, et avec tout ce que je savais à présent, il m'était impossible de faire le premier pas, parce que j'avais tellement peur de la mettre mal à l'aise ou de réveiller ses vieux démons, et je préférais souffrir en silence que d'être la cause de son désespoir.

A peine quelques instants plus tard, je crus avoir rêvé. Je ne compris pas sur le coup, si ce n'est que la façon dont elle s'était écartée et avait rougi, je le voyais, malgré la pénombre et la pluie qui ruisselait partout sur nous. Et je la regardai sans comprendre ou plutôt sans oser comprendre - seule ma main s'agrippait plus fort à la sienne.

- Je ne te laisserais jamais mourir.

Elle m'avait embrassé. Ou plutôt, ses lèvres avaient effleuré les miennes l'espace d'un instant et de ma bouche était partie une onde puissante et brûlante, réveillant mon corps tout entier de la torpeur sourde dans laquelle il avait été plongé. Jamais une caresse, aussi infime soit-elle, ne m'avait fait un tel effet.

- Mais... Je croyais que tu ne voulais pas...

Oh - plus rien ne comptait.

C'était là, partout, m'oppressant tout entier d'une envie ardente - mon cœur mes poumons ma gorge mon ventre mon cerveau - et je lâchai la main de Ruby pour me saisir de sa nuque que j'enfermai entre mes mains, mêlant mes doigts dans ses cheveux trempés qui se collaient sur la peau nue de sa gorge et de ses épaules. Nos corps déjà collés l'un contre l'autre se pressèrent d'avantage et je n'hésitai pas une seule seconde, sentant que le salut était là, et que je ne pourrais retrouver une respiration normale qu'après l'avoir, moi, aussi, embrassée. Le contact de ses lèvres me fit trembler des pieds à la tête. Je déposai seulement un baiser sur ses lèvres, par crainte de ne pas y survivre tant mes sens s'agitaient et la tête me tournait - mais c'était délicieux et soudain l'éclair qui déchirait le ciel, la pluie, l'odeur forte de la terre mouillée, la nuit agitée et l'électricité dangereuse dans l'air, tout cela était si beau ! Mon cœur revivait à nouveau. Et j'espérais tant que Ruby ressente la même chose... Malgré tout nous étions vivants, n'était-ce pas ce qu'elle venait de m'apprendre ? Je lui souris, avant de l'embrasser de nouveau. Une, deux, trois fois : à chaque fois j'attaquai en osant d'avantage et mes lèvres se faisaient plus empressées, plus fiévreuses. Les siennes me répondaient tout autant et j'avais du mal à savoir quoi faire car j'avais envie de l'embrasser encore et encore mais j'avais envie de la regarder, de lui sourire, de la voir me sourire encore et encore ; nos lèvres qui jouaient à se chercher et à s'attraper me redonnaient, à chaque contact, l'air qui m'avait manqué. Le sang me montait aux tempes comme si j'allais m'évanouir mais je savais que c'était une bien autre sensation qu'un malaise, et quand je sentis la pluie redoubler d'intensité, elle sembla attiser encore plus la mienne, et l'une de mes mains se glissa dans le dos trempé de Ruby, le long du tissu normalement vaporeux de sa robe mais qui la se collait contre sa peau d'une telle façon qui n'arrangeait rien à mon état, et ma main se posa dans sa chute de reins, là où son dos se cambrait, l'attirant encore plus contre moi. Et cette fois je l'embrassai réellement, comme si c'était la dernière chose que j'allais faire de ma vie, laissant sa tendresse m'envelopper tout entier, et le reste s'effacer. Comment se pouvait-il que je ressente autant de sensations à la fois ? Jamais je n'avais connu cela, et pourtant Ruby n'était pas la première fille que j'embrassais ou qui m'embrassait, mais c'était tout comme, le feu se propageait d'elle en passant par mon épiderme jusqu'à mon cœur, ses mains sur moi m'ouvraient de nouveaux horizons, et plus je l'embrassai plus je voulais l'embrasser. Parfois nous nous arrêtions parce que tout simplement nous n'avions plus de souffle, parfois j'avais juste envie de la regarder et de capter son regard brûlant d'intensité, mais je recommençai encore et encore - je ne voulais jamais plus m'arrêter. Se mêlant à la pluie sur mes joues, quelques larmes avaient coulé, parce que j'étais trop plein d'émotions, mais elles n'étaient plus de douleur... Il y avait juste trop de choses en moi. Ma main crispée dans son cou la caressait et mes doigts se mélangeaient à ses cheveux comme pour l'empêcher de partir. Parce que la tête me tournait trop et que même si je m'en fichais, il me fallait retrouver de l'air, j'enfouis un instant ma tête dans son cou pour sentir son odeur et embrasser sa peau - alors seulement je me rendis compte combien elle tremblait, et moi aussi, et que l'orage ne semblait pas vouloir se calmer. Le vent était glacé et nous étions trempés : je ne voulais pas partir d'ici mais c'était la mort que nous allions attraper, à coup sûr, et vu ce qu'il venait de se passer je n'en avais vraiment pas envie.

Je lançai un regard rapide à Ruby et la prit par la main, avant de sortir ma baguette magique : il valait mieux prévenir Jess et Joseph, me dis-je dans un sursaut de conscience. De la pointe de ma baguette jaillit un cygne argenté qui, parfaitement silencieux, déploya ses ailes et s'envola vers le manoir. Nous nous mîmes alors à courir à travers le jardin - comme si nous voulions échapper aux gouttes alors que nous étions déjà complètement trempés - et arrivés près du portail, essoufflé, je pris quand même le temps de saisir le visage de Ruby entre mes mains et de la regarder sans mot dire, avant de l'embrasser une dernière fois. Le goût, le parfum de ses lèvres m'étaient devenus indispensables. J'avais l'impression qu'en l'embrassant, lorsque nos souffles et nos bouches se mêlaient, il n'y avait plus que nous. Puis, d'un coup de baguette magique, je nous fis disparaître, et nous transplanâmes juste en bas de mon immeuble. Il pleuvait autant à Pré-au-Lard mais en revanche le ciel était simplement sombre, et sans orage : je levai instinctivement le regard et ne remarquai aucune étoiles, avant de regarder Ruby à nouveau. Je cachai un sourire qui sembla émaner du plus profond de mon cœur, et poussai la porte en bois, nous engouffrant dans les escaliers. Je n'avais pas lâché sa main, et à plusieurs reprises je la sentis me tirer en arrière alors que nous montions les marches rapidement, et à chaque fois, nous nous arrêtions l'un contre l'autre, appuyé sur le mur, pour nous embrasser encore. Nos rires étouffés se répondaient et j'étais certain que nous n'étions pas si silencieux que nous le voulions, mais c'était bien le cadet de mes soucis. Finalement, arrivés sur le palier sombre, nous entrâmes, et je refermai la porte derrière nous.

Il faisait d'avantage chaud chez moi, heureusement ; d'un coup de baguette je ravivai le feu dans la cheminée, tandis que, abandonnant ma veste trempée sur un fauteuil, je contemplai le désastre : nous avions réellement l'air de sortir de l'eau, et mon sourire se figea quand la lumière des flammes éclaira la silhouette de Ruby. La nuit m'avait caché ce petit détail qui me fit rater un battement de cœur : le joli tissu de la robe, si vaporeux et léger au demeurant, s'avérait parfaitement transparent une fois mouillé. Ses jambes, ses hanches, sa taille, et sa poitrine, je distinguais tout cela clairement, et je m'efforçai de ne pas m'attarder sur cette dernière et sur le soutien-gorge qui apparaissait clairement sous le tissu. Plus par désir de me contrôler que par gêne, je détournai le regard bien vite. Quelque chose palpitait tellement fort dans ma gorge que j'étais incapable de parler.

C'était dans ma chambre qu'il faisait le plus chaud - le dos de la cheminée donnait sur le mur de ma chambre, qui était ainsi toujours chauffée - et j'invitai Ruby à me suivre pour... eh bien, nous coucher. Mais premièrement, il nous fallait nous débarrasser de nos vêtements trempés. Je me tournai et - plus rapide que moi, Ruby avait eu la même idée et s'attaquait aux boutons de ma chemise alors que j'avais dans l'idée de sécher nos vêtements à l'aide d'un sortilège, maintenant que nous étions à l'abri, mais... Immobile, les yeux rivés sur son visage, je subis ses gestes en silence, retenant mon souffle, presque tremblant des battements de mon cœur jusque dans mes tempes. Ses mains sur ma peau, ses gestes si sensuels et son souffle dans mon cou, tout cela déchaînait en moi de telles vagues passionnées que je me demandais si elle avait un instant idée de ce qu'elle était en train de déclencher. Je me penchai pour l'embrasser doucement mais c'était encore pire, et je m'écartai alors, maintenant que j'étais torse nu, comme si son contact me brûlait. Levant ma baguette, je nous séchais à tous deux les cheveux. Les siens redevinrent dorés et brillant dans l'obscurité, et semblait briller d'eux-mêmes.


- Tiens, tu peux prendre un t-shirt dans l'armoire, dis-je en désignant celle-ci derrière elle, après m'être discrètement raclé la gorge.

Patiemment, je m'étais préparé à ce qu'elle sorte pour se changer mais... Elle ne l'entendit pas de cette oreille. Dans le coin, plus sombre encore car nous n'avions pas allumé la lumière et seule filtrait par la petite fenêtre dans le toit celle de la lune, je la vis se tourner et, de dos, ôter sa robe pour se changer. La bienséance aurait voulu que je tourne le regard, mais je ne le fis pas, malgré moi. Un instant plus tard elle était déjà recouverte, mais j'avais eu nettement le temps de voir Ruby en sous-vêtements.


- ... Ce n'est pas très sympa, ça, lui notifiai-je en souriant à moitié. Mais déjà je n'osais plus la regarder : entre l'image de toute à l'heure, le tissu mouillé de sa robe, et maintenant, je n'allais plus jamais pouvoir faire autre chose que poser mes mains sur elle et l'embrasser, encore et encore.

J'allais rapidement me changer dans la salle de bain et fermer la porte d'entrée à clé au passage. Sur l'étagère du salon, Jamie, sur la photo, semblait me regarder, et pour la première fois je ne détournai pas le regard en pensant à autre chose. Je revins dans la chambre et puisque Ruby était déjà couchée je la rejoignis, mais avant toute chose, je sortis du tiroir de la table de nuit, là où reposait le carnet de Jamie, un petit paquet de vieilles photos. Je le tendis à Ruby en m'installant contre elle et en entourant ses épaules de mon bras - et le geste m'était si familier, comme si il était normal que nous nous tenions comme ça - alors que mon cœur battait doucement et qu'une chaleur douce me gagnait peu à peu. Les photos nous montraient, Jamie et moi, au cours des âges et des années, soit en train de poser, soit en train de faire telle ou telle activités. Celles où nous sourions le plus étaient toutes prises chez Matthew, pendant les vacances. La dernière nous montrait juste au retour de Poudlard, l'été de la mort de Jamie. Pour une quelconque raison, je ne souriais pas, et ce détail m'avait toujours empli de tristesse. Mais la première photo, à la tête du paquet, nous montrait sur la terrasse de notre maison, à faire nos devoirs de vacances ; nous devions avoir 16 ans, tout au plus, et nous étions en train de sourire poliment à notre mère qui prenait la photo.


- Je parie un bisou que tu ne me reconnais pas, la défiai-je avec un petit sourire, même si ses curieuses remarques sur la photo de Jamie, la dernière fois, ne m'avaient pas échappées. Et pendant un instant, l'image de son profil, de ses yeux tournés vers les photos, et de sa tête tout contre moi, m'emplit d'une telle lumière que je fermai les yeux, ébloui, et l'esprit bien loin de tout ce qui se passait autour de nous.

_________________




°•. Lonely water, won't you let us wander, let us hold each other
Hold back the river, let me look in your eyes
Hold back the river, so I can stop for a minute and be by your side
Hold back the river, hold back .•°
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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: A river runs through it | Ruby | terminé   Mer 10 Avr - 13:28




"Yeah I've been feeling everything
From hate to love
From love to lust
From lust to truth
I guess that's how I know you

So hold you close
To help you give it up

So kiss me like you wanna be loved."


Il était incomplet et quelque part, je ne pouvais que je le comprendre. Je connaissais ce sentiment, par cœur, celui d’avoir un morceau de soi-même qui avait disparu, qui nous aurait été arraché sans pitié. Parfois, j’avais l’impression qu’il n’y avait pas de Ruby avant Poudlard. J’avais fait une croix sur toute mon enfance, comme si elle n’avait jamais existée, surtout avant l’incident car chaque souvenir était une pique, un doute, une peur. Je ne pouvais jamais imaginer mon père sans penser à la suite, ni voir ma mère sans me sentir amère de me rappeler de ses sourires et de sa joie. Comment étaient-ils, avant tout ça ? J’étais si jeune, si petite, tout était flou. Et après… Après tout ça, j’avais été l’ombre de moi-même, quelque chose d’immatériel, une âme dissociée de son corps, ce corps trop étroit et trop sale à mon goût. Parfois, en y pensant, j’avais cet horrible sentiment d’être condamnée à n’être d’une moitié, une personne sans identité ; car après tout, qui étions nous sans enfance ? Alors, quand je voyais Ewan et son infini tristesse, cette perte qui l’avait frappée… Je comprenais ce qu’il ressentait, d’une manière différente car la connexion entre deux frères, jumeaux, m’était inconnue –même si je me sentais infiniment liée avec Lizlor, d’un lien plus forte qu’une simple amitié. Il lui manquait, et lui manquerait toujours, la présence de quelqu’un que la naissance et la vie avait lié à jamais, et si je l’avais embrassé, c’était peut-être pour lui montrer qu’au fond ça m’était égal, que ça ne changeait rien. J’étais autant en pièces qu’il l’était et peut-être qu’ensemble, nous pourrions être complet ? C’était ce que je ressentais avec lui, en tout cas. J’avais franchi ce cap, j’avais osé faire ce pas en avant et je savais que nous étions désormais à un point de non-retour. Mais n’y étais-je pas, depuis le début, à ce point ? Sa présence était comme une finalité pour moi, une évidence que j’avais voulue niée mais il fallait bien m’y résoudre : j’avais besoin de lui, différemment de ce que j’aurais pu croire. Ce que j’avais osé faire changerait tout mais au fond… Depuis que je le connaissais, tout était déjà changé. Et ma main dont les doigts étaient enroulés dans les siens, posée sur sa poitrine, sentait son coeur battre sous ma paume, signe que peut-être, j’avais eu raison d’oser –mais j’étais bien incapable d’affronter son regard, de peur d’y trouver le rejet.

- Mais... Je croyais que tu ne voulais pas...

Moi aussi, je croyais, manquai-je de répliquer. Mais j’avais la gorge serrée, serrée d’angoisse de cette phrase qui ne me donnait aucune réponse claire. Soudain, j’eus peur de m’être trompée, d’avoir mal agi et de ne pas avoir été ce dont il avait besoin ce soir, d’être prétentieuse au point de croire que lui le voulait aussi, ou qu’un baiser pourrait faire gonfler son cœur comme il faisait gonfler le mien, et effacer les peines. Pendant quelques secondes, je sentis tout mon corps se contracter douloureusement sous la pression de l’attente et du doute.

Je crus cependant que j’allais réellement m’évanouir lorsque je sentis sa main attraper ma nuque, et que mon cœur accéléra sous ce touché délicat et pourtant bien présent, et mes doigts se crispèrent sur sa poitrine, empoignant sa chemise comme pour m’y rattraper, conscients que la chute arrivait –une chute libératrice. Dans un mouvement doux, nos corps se rapprochèrent et je baissais les yeux vers ses lèvres avant de clore mes paupières, presque apeurée par ce qui allait se produire, et je savais que cela arrivait, mon cœur s’affolait dans ma poitrine et, lorsque les lèvres d’Ewan rencontrèrent les miennes, il s’arrêta net pendant une seconde. Il n’y avait simplement pas de mots pour décrire ce qui se produisait et à vrai dire, je fus incapable de réfléchir à quoi que ce soit pendant les secondes où nous nous embrassâmes. Il n’y avait plus rien autour de nous, plus rien d’autres que nos corps tremblants et nos lèvres perdues qui se raccrochaient l’une à l’autre. Et lorsqu’il me sourit avant de m’embrasser de plus belle, j’eus l’impression que j’allais éclater de rire, mais aussi en sanglots, parce que c’était simplement trop pour moi, trop d’un seul coup. Chaque nouvelle attaque de ses lèvres faisait flancher mes défenses, et je me sentais disparaitre dans ses bras, cherchant simplement à rattraper l’air qui me manquait en l’embrassant car s’il m’ôtait le souffle, il me redonnait de l’air, quelque chose à respirer, quelque chose qui alimentait mon cœur tambourinant qui assourdissait mes sens. Quand nous nous écartions, et que je rencontrais ses yeux, j’y voyais des étincelles et j’étais sûre que mes pupilles aussi en étaient remplies.

C’était comme un étrange parallèle, cette pluie qui m’envahissait, car c’était Ewan, ma pluie. Ne l’avais-je pas toujours senti ? Il était ces gouttes qui s’infiltraient sous les habits, sous la peau, qui m’envahissaient toute entière et qui apaisaient. C’était le doux bruit régulier de la pluie sur les pavés, cadencé comme les battements de cœur, que j’écoutais dans mon lit le soir pour me bercer. Cet orage qui brisait la tension électrique les soirs d’été, la fraicheur reposante qui ruisselait sur le visage. Il était ma pluie, mon repos.

Lorsque sa main descendit se nicher dans ma chute de reins, mes bras s’enroulèrent autour de sa nuque pour l’attirer encore plus proche de moi si c’était possible, et pour m’accrocher à quelque chose car son étreinte me faisait trembler, trembler de joie, et j’avais l’impression que le sol allait se dérober sous mes pieds. Alors que ses lèvres saisirent les miennes avec une intensité inouïe, j’eus soudain l’impression d’avoir été trompée toute mon adolescente. Ces garçons que j’avais embrassé, ils m’avaient menti, on m’avait menti –je n’avais jamais été embrassé ! J’avais cru sûrement, innocemment, mais je comprenais maintenant la vérité qui m’avait échappé car je la découvrais à chaque nouveau baiser. C’était ça, d’embrasser, c’était le milliard de frissons qui parcourait chaque parcelle de mon corps et m’électrisait, c’était la pression dans ma poitrine et mon cœur qui manquait d’exploser, c’était le sourire qui naissait et tremblait, c’était la tête qui me tournait, la respiration courte et les sens animés par chaque sensation, c’était l’intensité dans les regards qui échangeaient autant de choses que le faisaient les baisers, c’était ça, oui, c’était ça d’embrasser. Et personne, avant ce soir, avant ces baisers, ne m’avaient réellement embrassé. C’était comme une évidence, une évidence assourdissante qui m’enveloppait et renforçait mon étreinte autour de la nuque d’Ewan. Lorsqu’il posa son visage dans mon cou et l’embrassa, je me sentis soupirer de soulagement, et j’eus un immense sourire qu’il ne put voir. Là, durant ces quelques secondes hors du temps,
j’étais simplement heureuse.

Ewan et moi eurent visiblement la même idée, lorsqu’il attrapa ma main, signe que nous partions. J’en avais presque oublié, au milieu de nos baisers, l’orage qui grondait et nous inondait. Silencieuse, j’observais le cygne argenté qui jaillit de la baguette d’Ewan et j’eus un sourire –ça aussi, c’était évident. Je repensais au soir de mon anniversaire, des plumes de cygnes dans la potion, et ces détails semblaient se rejoindre pour former un tout. L’animal lui correspondait parfaitement, songeai-je en regardant la forme déployer ses ailes avec grâce pour s’envelopper silencieusement vers le manoir que j’avais aussi presque oublié –tout autour de nous me semblait étranger tant il n’y avait plus qu’Ewan en cet instant qui comptait. Je gardais sa main serrée dans la sienne, et n’eus aucune peur lorsque nous transplanâmes, sûrement car il m’avait embrassé avant que nous disparaissions, et que tout était comme un rêve, un rêve où rien n’était effrayant. Je n’eus même pas l’impression de toucher la terre ferme à nouveau lorsque nous arrivâmes, je flottais littéralement dans une bulle gonflée par toutes les sensations qui m’animaient. Je m’entendais rire, incapable de me retenir, alors que ma main attirait Ewan contre moi lorsque nous montions les escaliers. Maintenant que j’avais goûté à ses lèvres, j’avais peur dans être privée trop longtemps et chaque seconde, chaque baiser était une nouvelle explosion dans ma poitrine –une délicieuse explosion. Ces minutes étaient hors du temps, hors de tout, dans un espace qui n’appartenait qu’à nous, un espace infini qui aurait son emprise sur moi, j’en étais persuadée, pour toujours. Ces moments volés n’étaient qu’à nous et le seraient toujours.

Lorsque nous rentrâmes chez lui, le feu de la cheminée nous dévoila sous ses flammes calmes qui nous éclairaient. Légèrement gênée, je ne fus pas mécontente de trouver la chambre plus sombre car nous étions trempés, et ma robe que j’avais sentie collée à mon corps en épousait les formes tout en les dévoilant par la transparence du tissu mouillé. Mais je n’étais pas seule : la chemise d’Ewan aussi laissait apparaître la blancheur de sa peau et tout doucement, sans réfléchir, je sentis mes doigts s’accrocher aux boutons pour les défaire. Je retenais presque mon souffle, passant mes mains le long de ses épaules pour ôter sa chemise et je ne pouvais pas m’empêcher de regarder son torse finement dessiné, et de passer mes mains dessus délicatement, comme pour explorer ce que désormais je voulais posséder. Mon cœur grésilla lorsqu’il m’embrassa à nouveau tout doucement et que cette sensation mêlée à celle de sa peau sous mes doigts étourdirent mes sens. J’eus un sursaut de surprise lorsque, d’un coup de baguette, il sécha mes cheveux qui retombèrent en boucle soyeuse sur mes épaules et les siens dont la mèche habituellement si bien coiffée tombait désormais devant ses yeux pâles que je fixais malgré moi.


- Tiens, tu peux prendre un t-shirt dans l'armoire.

J’hochais silencieusement la tête, réalisant soudain que c’était les premiers mots que nous nous adressions depuis nos baisers, comme si nous n’avions pas eu besoin de parler –les lèvres pouvaient se comprendre lorsqu’elles se rencontraient ? J’en étais sûre. Doucement, j’attrapais un tee-shirt un peu grand dans l’armoire, m’étonnant d’ailleurs un instant de la taille de celui-ci qui me parut particulièrement grande pour la silhouette fine d’Ewan et, me glissant dans un coin obscure de la pièce, j’ôtais ma robe trempée pour l’enfiler.

- ... Ce n'est pas très sympa, ça.

J’eus un petit sursaut en me retournant, comprenant en retard ce qu’il voulait dire –ah, je n’y avais pas pensé ! Je n’oubliais pas cependant qu’il n’était qu’un homme et je lui fis un sourire d’excuse, rougissant tout de même, légèrement troublée. Lentement, je m’approchais de lui, je n’étais même pas sûre de marcher il me semblait plutôt que je flottais, et tout doucement, j’enroulais mes bras autour de sa nuque en le défiant du regard avec un petit sourire innocent.

- Ce n’est pas très poli, ça, Monsieur Campbell. Dis-je amusée, avant de l’embrasser lentement, comme si je voulais mémoriser chaque picotement que me déclenchait ses lèvres.

Je l’attendis ensuite patiemment dans le lit, respirant son odeur imprimée sur les oreillers, le corps encore tremblant non plus de froid mais du trop-plein de sensations qui m’animait. Lorsqu’il revint et qu’il se glissa sous la couverture, je me collais instantanément contre lui, frissonnant de ses mains autour de mes épaules –et j’eus un sourire timide. Il m’avait tendu un paquet de photographies que je pris précautionneusement avant de les observer et de réaliser qu’elles montraient toute Ewan et son frère. J’étais toujours un peu surprise de le voir en double, même si sur chaque cliché, je les différenciais rapidement –et j’étais sûre de moi, bien qu’Ewan semblait en douter !


- Je parie un bisou que tu ne me reconnais pas.

J’eus un petit sourire. La photo les montrait assis sur une terrasse, en train de travailler visiblement, un sourire paisible sur les lèvres. Outre l’inclinaison de leurs lèvres qui désormais était un infime détail qui les différenciait à mes yeux, il y avait d’autres détails qui me paraissaient évidemment. Jamie, à gauche, était encore une fois plus en avant sur la photo dans la manière dont il se tenait, et son regard qui pétillait avec plus de force, d’assurance. Ewan était bien plus doux, plus calme, et le sourire qui éclairait son visage le rendait simplement lumineux.

- Tu es là. Dis-je en le désignant du bout des doigts, sans même chercher à avoir l’approbation d’Ewan, tant j’étais sûre. Je levais mon regard vers lui, timidement, avec un sourire satisfait. Tu es étonné que je vous différencie ? Je trouve que ça se voit pourtant, il suffit d’un peu observer… Certes, j’avais peut-être beaucoup observé… ! Il se tient différemment, comme s’il était plus… En avant, tu vois ? Dis-je un peu maladroitement en observant la photographie. Et puis, il a des détails. Vos sourcils par exemple. Expliquai-je simplement avant de me tourner vers le visage d’Ewan et de déposer un baiser sur sa paupière. La machoire. Un baiser sur celle-ci, là où la peau se tendait pour rejoindre le cou. Le sourire. Achevai-je, en l’embrassant tendrement avant de m’écarter avec un petit sourire. Alors, j’ai gagné quoi ?

Mais je n’avais pas besoin de lui demander mon prix, j’allais le réclamer moi-même. Mes mains jouaient sur son torse, incapable de ne pas le toucher et le caresser, tandis que je m’appuyais plus franchement contre lui pour l’embrasser à nouveau non sans une intensité qui me faisait vibrer de la tête au pied. Mon corps était appuyé contre le sien, nos jambes se mêlant et mes cheveux effleurant son torse, et dans le silence ambiant j’avais l’impression que mon cœur qui frôlait l’explosion était le seul bruit que l’on pouvait percevoir. Mon corps entier était tendu sous l’attaque de ses lèvres et l’intensité qui nous parcourait tout deux, éveillés d’un désir qui m’effrayait presque tant il était pressant et grandissant sous l’effet des mains d’Ewan sur ma peau, et ses lèvres contre les miens. Je n’arrivais pas à les détacher, de peur de les perdre peut-être, mais je commençais à avoir une telle pression dans la poitrine que j’en tremblais, l’air me manquant.

- Ewan… Tentai-je de dire, mais nous nous embrassions trop pour que je puisse parler. Ewan… Essayai-je une nouvelle fois. Ses lèvres captivaient les miennes, comme deux aimants qui refusaient de se séparer. Ewan ! Dis-je plus violemment soudain, m’écartant brusquement en éclatant de rire. Attends, je vais imploser si tu continues, je n’arrive plus à respirer correctement ! M’excusai en riant.

Mais c’était plus fort que moi, car dès que nos regards se croisèrent, j’en eus encore envie. Alors, tout doucement, je l’embrassais, avec une infinie délicatesse comme si je cherchais à traduire tout ce que je ressentais à travers ce simple baiser qui dura un long moment durant lequel mes mains qui avaient encadré son visage laissaient mes doigts glisser sur sa peau tiède. Je finis par me détacher de lui, mon visage toujours aussi proche du sien.


- T’es beau… Soufflais-je simplement, en lui souriant timidement. Et, pendant un instant je ne dis rien, me contentant de l’admirer et de laisser mon regard dire tout ce que les mots me semblaient trop faibles pour exprimer.


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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ewan Campbell
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MessageSujet: Re: A river runs through it | Ruby | terminé   Dim 14 Avr - 1:45

Je ne pouvais plus détacher mes yeux de Ruby, et même dans la pénombre de la chambre, il me suffisait d'une ombre, d'un mouvement, d'un petit éclat de ses yeux et je m'attardais sur chaque détail, son profil qui se découpait, la courbe de ses lèvres, le dessin de ses pommettes hautes, ses mèches blondes s'étalant un peu partout sur moi et les draps, pour la deuxième fois en peu de temps. Les souvenirs de cette soirée où elle était restée dormir me revenaient en mémoire entre deux baisers, entre deux pauses que prenait mon cerveau tant je ne pouvais penser à autre chose lorsque nous nous embrassions. C'était comme un juste retour des choses : elle avait allégé son coeur en me confiant son histoire, j'avais libéré le mien lui racontant la mienne... Est-ce que cela signifiait que nous étions sur un même pied d'égalité, que nous étions libres et que nous pouvions commencer quelque chose ? J'en avais l'impression, mais j'étais en même temps titillé par le revers de la médaille - et alors il aurait fallu que je lui dise qu'un jour il me faudrait partir ? Mais je ne savais même pas quand, je ne voulais pas y penser, et en plus, rien n'indiquait qu'elle voulait s'engager pour de bon. Nous n'étions après tout que deux jeunes gens qui s'étaient trouvés pour un bon nombre de raisons et qui avaient besoin l'un de l'autre - cela je ne le niais pas. Pourquoi fallait-il que je trouve toujours le moyen de me rattraper à la réalité, de me dire que tout ce que j'imaginais parfait ne l'était pas finalement ? Parce que - et je refusais de l'avouer, mais c'était en partie à cause de cela - je me rappelais avec précision nos discussions avec Jamie et cette véhémence qu'il mettait dans ses propos quand il s'agissait du futur et qu'il disait "nous"... C'était toujours source de disputes évidemment. Bien sûr que je ne me voyais pas vivre sans lui, il était la moitié de moi, comment aurais-je pu m'en passer ? Mais cela n'empêchait pas nos vies d'être distinctes, ce qu'il n'entendait pas de la même manière. Un jour, particulièrement énervé parce qu'en plus nous avions été punis donc condamnés à passer l'après-midi dans notre chambre sans pouvoir en sortir, je me rappelai d'une dispute particulièrement violente à laquelle il avait mis un terme en criant "personne ne t'aimera jamais autant que moi". Et j'avais détesté son aplomb plein d'une hargne qui n'avait décidément pas sa place ici - cela ne ressemblait en rien à une preuve d'amour, c'était plus fort que ça, plus vicieux aussi. Mais malgré tout peut-être que Jamie avait réussi à me le faire croire, peut-être que je ne laisserais personne m'aimer autant que lui, qu'en savais-je?...

J'en savais qu'en cet instant précis, Ruby tout contre moi faisait battre mon cœur et frémir mon corps et que jamais de ma vie je n'avais connu une telle intensité de sensations. J'avais besoin de l'embrasser, de la toucher, de respirer son parfum, de capter son regard, et maintenant qu'elle était couchée à mes côtés, je ne voyais même pas comment il me serait un jour possible de me détacher d'elle. Je souriais et elle aussi, nous nous embrassions, nos respiration hachées se répondaient : c'était un rêve et j'y croyais délibérément, car il était le plus délicieux qu'il m'eut été donné de vivre. Après un baiser particulièrement long et tendre qui m'ôta toute pensée rationnelle et me laissa le souffle court, je repris mon souffle en m'éloignant légèrement d'elle et en me sentant trembler fiévreusement sous les caresses de ses mains sur mon torse. Lentement, je laissai mes doigts caresser sa mâchoire, dessiner son visage, et mon regard les suivait, buvant le moindre détail, tandis qu'ils frémissaient au contact de la peau douce sous laquelle je devinais une chaleur intense, brûlante. Elle me transperçait tout entier. Après je ne sais combien de temps - des secondes, des minutes ? - j'arrêtai mon étude à la fois tactile et visuelle et me penchai plus près d'elle, posant méthodiquement mes lèvres sur les siennes, puis sur son menton, sa mâchoire, ses joues, ses tempes, ses paupières, son front et je laissai glisser mon visage contre le sien avant de me cacher dans son cou, là où j'avais trouvé la forcé nécessaire de vaincre l'orage, les eaux déchainés, et mes horribles souvenirs... Je fermai les yeux : l'odeur à la fois fruitée, mentholée, mais plus capiteuse en profondeur m’apaisait tant que cela en était surprenant, était-elle magique jusque dans le parfum qui émanait d'elle ? J'embrassai la peau fine de son cou plusieurs fois, sentant ses veines palpiter sous mes lèvres, mais quand je sentis mes baisers irrésistiblement attirés un peu plus bas, j'estimai qu'il était temps d'arrêter et me redressai, me calant contre elle comme si nos corps avaient compris en une seconde comment fonctionner l'un en connivence avec l'autre. J'étais persuadé qu'elle ne se rendait pas exactement compte de ce qu'elle faisait naître en moi - comme quand précédemment elle m'avait répondu en m'appelant monsieur Campbell, en me souriant et en enroulant ses bras autour de ma nuque. Comment aurait-elle pu mesurer la sensualité de ses gestes de ses regards ? Elle aurait été quelqu'un d'autre peut-être que je l'aurais soupçonnée de faire exprès, mais connaissant Ruby je savais qu'elle ignorait absolument tout du pouvoir magnétique qu'elle exercait sur moi. Et tout d'un coup cette sensualité intense devenait une grâce infinie, et j'avais peur en la touchant de froisser ses ailes, comme lorsqu'on capture un papillon... Mon bras entoura ses épaules et se mit à chatouiller son bras nu, tandis qu'elle observait les photos.

J'avais à la fois mal et à la fois une curieuse sensation d'excitation - comme si je lui avouais un secret longtemps tu mais tant chéri, et qu'il revivait de ce fait... Hélas Jamie ne revivait en rien mais c'était comme lui rendre un petit hommage, et j'étais heureux, pour la première fois depuis longtemps, de pouvoir l'évoquer librement avec quelqu'un.


- Tu es là. Sans hésiter, elle m'avait reconnu. Je plissai la bouche, admiratif. Tu es étonné que je vous différencie ? Je trouve que ça se voit pourtant, il suffit d’un peu observer… Il se tient différemment, comme s’il était plus… En avant, tu vois ? Et puis, il a des détails. Vos sourcils par exemple. La mâchoire. Le sourire. Alors, j’ai gagné quoi ?

Je ne pouvais m'empêcher de sourire à chaque fois qu'elle ponctuait ses paroles d'un baiser, et encore plus de la voir quémander sa récompense, mais... Mais j'eus un petit moment d'absence, incapable de résister aux flots de mauvais souvenirs qui me revenaient - ils étaient là, tout près, éveillés par les remous que l'orage avaient provoqué. Je me souvenais, après la perte de mon frère, avoir passé des heures devant un miroir à regarder intensément ce visage qui n'était plus le sien et dans lequel je ne me reconnaissais pas. Je me souvenais avoir touché et regardé chaque endroit de mon visage pour essayer de trouver ce qui me différenciait de lui - pas grand chose - ce qui était comme lui - beaucoup. Jusqu'à ce que je me rende compte que mes mains elles-mêmes, ces doigts mêmes qui touchaient mon visage n'étaient pas les miens, et je me souvenais avoir observé mes mains avec l'étrange constat qu'elles étaient uniques dorénavant alors qu'elles ne l'avaient jamais été jusqu'à lors et que j'en souffrais - maintenant je souffrais encore plus qu'elles le soient, l'éternelle insatisfaction était un drame, mais elle était bien réelle. Alors, oui, j'étais étonné de cette aisance que Ruby avait pour nous différencier, de la façon dont elle avait repéré les quelques détails qui le permettaient, et surtout de ce qualificatif, "plus en avant", qu'elle associait à Jamie... Jamie était et avait toujours été en avant, il avait une présence qui se remarquait, il savait attirer l'attention des gens sans même qu'ils s'en rendent compte, il intriguait, il brillait. Il était clairement celui que l'on remarquait en premier de nous deux, mais je n'en avais jamais souffert, j'étais habitué, et nous fonctionnons ainsi. Nos propres parents peinaient à nous différencier et d'ailleurs nous en jouions, pour leur faire des farces ou pour les embêter - Matthew au début s'y laissait prendre aussi, mais avait appris à ne plus tomber dans le piège. Ruby, elle, n'en avait pas eu besoin. Elle savait, et d'un côté... Cela ne m'étonnait qu'à moitié.

- Bien sûr que je suis étonné, nos propres parents ne nous différenciaient pas tout le temps, et nos amis non plus. Je ne sais pas comment tu fais... mais en tout cas tu as tout juste. Et puis, Jamie a toujours été en avant... J'eus un petit haussement d'épaules - je ne voulais pas m'étendre là-dessus. Je crois que tu as gagné bien plus qu'un baiser, murmurai-je alors dans son oreille, cachée par ses cheveux d'or.

La tension remonta d'un cran, délicieuse, et j'avais l'impression de n'avoir encore une fois jamais connu cela - le plaisir de sentir un autre corps contre le sien, un souffle lié au sien, la chaleur des caresses et des baisers. Comme un antidote, chaque geste, chaque mouvement de Ruby me lavait de toute la noirceur qui m'avait envahie ce soir, me lavait ces eaux nauséabondes où croupissaient mes souvenirs. Et j'en demandais encore, et encore ; ce n'était pas pour oublier, mais purifier. Son éclat éblouissant, celui d'une étoile blanche et pure sur un ciel d'encre illuminait tout, balayait tout sur son passage, et le rendait pur, calme, tranquille. Je voulais que s'effacent ces horreurs pour ne garder que le bien, pour l'accepter aussi, pour aller de l'avant - et je pensais alors à ces longues heures où j'avais voulu mourir. Après la mort de Jamie, j'avais vécu en pointillés, restant dans mon lit, malade, parce que j'avais eu du mal à supporter le choc, et il m'avait été seulement possible de broyer du noir et de pleurer, encore et encore. Tout était flou là aussi, mais je savais combien j'avais pensé à la mort parce que je n'avais pas le courage sans lui, combien j'avais hésité, et de quelle façon j'avais renoncé - il n'aurait jamais voulu que je disparaisse.

Et en cet instant, alors que mes mains pressaient fiévreusement mais doucement la peau de Ruby, je savais que j'avais fait le bon choix. Pour ces instants-là - hors du temps mais qui suffisaient au reste. Je ne les aurais échangés pour rien au monde.


- Ewan… Ewan… Moi aussi j'étouffais, mais je ne pouvais pas m'arrêter - Ewan ! Elle se releva, et je ris avec elle, tout en m'approchant de nouveau. Je n'arrivais pas à lutter. Attends, je vais imploser si tu continues, je n’arrive plus à respirer correctement !

- Moi non plus, tant pis,
soufflai-je en saisissant ses lèvres à nouveau - elle ne me repoussa pas.

J'avais tellement admiré son corps en secret, je m'étais tellement perdu dans la profondeur de ses yeux, la courbe de ses lèvres, et tout ce qui la constituait, qu'à chaque fois, sentir ma peau contre la sienne me coupait la respiration, comme un électrochoc.

- T’es beau…

Je la regardai sans mot dire. Dans ce regard qui brillait comme deux petits diamants captant la lumière, je me sentais si important, si admirable, qu'une intense chaleur se répandit à l'intérieur de moi. Je voulais qu'elle lise la même chose dans mon regard - était-ce le cas ? Combien elle m'était importante, indispensable même, combien elle comptait, combien je l'admirais, combien j'avais besoin d'elle, de la protéger, et de sa protection aussi ?

Je t'aime - mais les mots s'arrêtèrent net sous mes lèvres closes. C'était trop tôt, et j'en avais peur, elle en aurait sans doute peur aussi.

L'attirant tout contre moi, je nichai sa tête sur mon épaule, gardant son corps à moitié sur le mien, nos jambes collées, mes deux bras autour d'elle, un sur sa taille, un sur sa nuque. J'inclinai légèrement le visage vers elle et mes lèvres frôlaient son front, mon nez ses cheveux, dont le parfum m'enveloppait comme un petit nuage. Quand je fermai les yeux je sentis que la paix immense qui régnait en moi allait sans plus tarder me mener vers le sommeil - à cette idée ma main se fit plus ferme sur la nuque de Ruby, comme pour l'empêcher de s'échapper pendant la nuit.

Mes nuits étaient aléatoires, parfois lourdes et sans rêves quand j'étais épuisé, parfois agitées et tumultueuses et peuplées de cauchemars, parfois simplement hachées et ponctuées de rêves étranges où mes pensées s'en donnaient à cœur joie. Les rêves étaient des fenêtres entre nous et le monde et j'avais pu le constater à la mesure de tous mes cauchemars qui me relataient, encore et encore, ce qui me hantait et que je n'avais plus, mais dans mes rêves le plus souvent je réglais mes comptes avec des personnes qui m'avaient ennuyées, ou bien j'étais dans des territoires inconnus à la recherche de quelque chose que j'ignorais, ou bien j'étais chargé d'une mission, mais il y avait toujours une idée directrice, une sorte de quête que je tentais de comprendre le matin en me réveillant, sans jamais de succès. Cette nuit-là fut particulièrement douce, et les seules fois où je m'éveillais pendant quelques secondes, Ruby endormie contre moi suffit à me rassurer, et je me rendormis sans soucis. Elle était partout - avec moi et dans mes rêves, et je ne savais plus de quelle réalité j'allais me réveiller, si elle allait m'échapper, et dans ce cas-là, je ne voulais surtout pas émerger de ce sommeil merveilleux...

La lumière de jour s'immisça peu à peu dans la pièce et sous mes paupières, me tirant doucement de ma torpeur. Je bougeai légèrement, encore imprégné de la chaleur des couvertures, et resserrai mon étreinte. Je n'osai ouvrir les yeux - j'avais normalement embrassé Ruby et tous les souvenirs de la veille étaient imprégnés en moi, mais un instant je craignais, et si j'avais exagéré la chose, et si dans le feu de l'action je m'étais imaginé des choses qui n'avaient pas lieu d'être ? Je battis faiblement des paupières pour me laisser le temps de m'habituer - pour repousser l'échéance - et Ruby apparut, son visage blotti non loin du mien, les yeux ouverts et tournés vers moi, ses cheveux l'encadrant comme un halo blond. Je souris, cherchai ses lèvres, les frôlai, collai mon front contre le sien et, rassuré de sa présence, me rendormis. Je ne sais combien de temps, mais c'était un de ses sommeils à la fois doux et peu profonds, j'avais conscience d'être avec Ruby et qu'elle avait ses mains dans mon dos, dans mes cheveux, qu'elle les caressait. Je finis par m'éveiller totalement, par m'étirer, et lui lancer un premier vrai regard - en toute honnêteté je n'étais pas gêné mais un peu... intimidé peut-être. Nous avions franchi un cap, qu'en serait-il à présent ?

Je restai quelques minutes sans rien dire, émergeant tant bien que mal - je n'étais pas du matin. Finalement, je me décidais à parler le premier, et à confier en quelques mots ce qui résumait à peu près toutes mes craintes, j'avais besoin de briser la glace.


- J'ai cru que j'avais rêvé, confiai-je avec un sourire. L'instant d'après, je serrai plus fort sa taille, ma main à la limite entre la peau et le t-shirt.

Nous restâmes là assez longtemps, à profiter de la quiétude qui nous était offerte, à reposer tant bien que mal nos coeurs un peu trop malmenés, et à ne pas une seconde s'écarter l'un de l'autre. Je finis tout de même par aller nous chercher du thé bien chaud que je ramenai dans la chambre, car nous avions tout de même pris un coup de froid la veille et je ne voulais pas qu'elle en revienne malade - ou que cette soirée soit entachée de mauvais souvenirs, car pour moi elle ne l'était pas, et ne le serait jamais.

M'expliquant qu'elle devait prévenir Lizlor, Ruby attrapa sa baguette et lança, comme moi hier, le sortilège pour faire apparaître son Patronus. Curieux, je regardai le bout de la baguette attentivement : il en jaillit une nuée argentée qui prit la forme d'une biche qui, après avoir fait quelques bonds dans les airs, disparut par la fenêtre en direction de Poudlard. Une biche, songeai-je en souriant. Sa pureté et sa légèreté m'apparaissaient comme une évidence.

Je proposai ensuite d'aller faire le déjeuner - une fois n'est pas coutume - quand nous eûmes notre quota de baisers - si toutefois cela était possible. Dès que je me séparais de ses lèvres, je ressentais un manque terrible, je voulais à nouveau leur tiédeur contre les miennes, leur douceur, leur sensualité. A regrets, je sortis du lit, la laissant aller prendre sa douche. Machinalement je m'occupai du nécessaire, habitué, et surtout encore un peu la tête dans les étoiles - plus rien n'allait être comment je le savais, et je m'interrogeais. Qu'est-ce que cela changeait ? Tout. A quoi allaient ressembler nos soirées, nos après-midi à présent ? Allait-elle accepter les mêmes choses, moins, plus ? J'avais peur de ne pas pouvoir lui offrir le nécessaire - elle avait quelque chose qui m'impressionnait trop, dans ses regards, ses sourires fugaces teintés de mélancolie mais qu'elle déguisait avec un autre petit sourire, charmant et chaleureux. Perturbant le fil de mes pensées, un hibou toqua à la fenêtre du salon, et j'allais lui ouvrir. C'était une petite chouette blanche comme neige, aux yeux dorés, au port de tête royal, qui regardait avec une condescendance exaspérante quiconque osait toucher l'une de ses plumes - la chouette de ma mère. Blasé, j'eus un soupir d'agacement, décrochai la lettre et tendis un biscuit à l'animal qui le prit en hululant et repartit d'où il venait. J'hésitai une seconde - allais-je lire des mots qui, je le savais par avance, allaient me mettre de mauvaise humeur ? Je n'en avais pas envie mais j'avais déjà ouvert l'enveloppe, et lus en diagonale. Mêmes histoires, même anecdotes, mêmes inepties. Ma mère me parlait du dernier concours de cuisine qu'elle avait remporté, de sa photo dans Sorcière Hebdo, de la jalousie du voisinage, de ce que faisait, disait, un tel et une telle. Pas une ligne consistante ni intéressante, pas un mot sur mon père et leurs affaires, pas un mot non plus à mon sujet - je ne comprenais d'ailleurs pas, parfois, pourquoi elle m'écrivait, puisque je lui répondais seulement très rarement. Je laissai tomber la lettre sur le fauteuil, agacé.

Au même moment, Ruby réapparut, alors que j'agitais ma baguette pour que la table soit prête. J'aperçus les quelques gestes qu'elle eut pour se sécher le visage, les cheveux, et détournai le regard par pudeur, mais je sentais mon coeur battre dans tout mon corps. Je me recomposai un air normal quand elle me dévisagea, mais vu son regard interrogatif, je compris que mon geste ne lui avait pas échappé.


- Ce n'est rien, c'est... Je détestais ma mère de venir s'immiscer jusqu'en cet instant. Une lettre de ma mère. Rien d'important, rassure-toi, mais comme toujours d'ailleurs, elle m'écrit pour ne rien dire, plus ça va plus elle est superficielle, je n'exagère pas, c'est... fatiguant.Je saisis la lettre et lui tendis. Tu peux lire, dis-je en haussant les épaules. Je ne sais même pas si elle se rend compte qu'elle s'adresse à moi, ou si elle sait ce que je fais. Enfin, ce n'est pas très grave.

Je haussai les épaules - et c'était la vérité, cela m'importait peu. Surtout maintenant.

- Le déjeuner est servi, mademoiselle Standiford, dis-je avec un petit sourire en coin, pour lui rendre la pareille de la veille. Sans attendre, je l'attirai contre moi et l'embrassai lentement, longuement. Déjà, ces moments parfaits touchaient à leur fin, et je ne voulais pas. Les journées vont paraître longues... sans toi, retins-je, un peu effrayé de constater que j'avais exprimé à voix haute ce que je pensais tout bas. N'est-ce pas ? tentai-je de me rattraper mine de rien.

Cela avait un sens plus précis mais encore une fois je n'osais pas. Je voulais la revoir, vite, et passer du temps avec elle, pour tout ce qu'elle déclenchait en moi, pour tout le tourbillon de sentiments puissants que je sentais en moi à son égard. Et j'espérais juste que ce soit réciproque, vraiment réciproque, que nous ne faisions pas fausse route - c'était cela que je cherchais dans le bleu étoilé de ses yeux, tenant son menton entre mes doigts pour garder son visage tourné vers le mien.

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: A river runs through it | Ruby | terminé   Mer 17 Avr - 0:23

Il avait cette manière de laisser ses doigts glisser sur ma peau, ses lèvres sur les miennes, qui me donnait cette impression de ne pas seulement être désirable physiquement. Ce n’était pas que mon corps qui répondait à ses baisers, c’était tout mon être, du cerveau au corps en passant par les poumons qui cherchaient l’air nouveau que me procuraient nos étreintes. Etait-ce possible de ressentir une telle impression, l’impression d’être liés bien plus que par deux souffles qui se mêlaient ? Chaque frisson, chaque déconnexion m’en donnait la confirmation, et mes doutes s’envolaient un peu plus haut dès que j’osais une fois de plus goûter à ses lèvres. J’osais oui, car à chaque baiser j’avais presque peur de la suite, peur de rêver et j’avais beau me raisonner, parce que je sentais bien les frissons et ses mains dans ma nuque, sur mon visage, je ne pouvais m’empêcher de vouloir être sûre que tout était réel –un baiser, un nouveau battement de cœur, et j’en étais assurée. Ill avait déposé doucement des baisers sur mon visage, et ses regards me donnaient l’impression d’être si précieuse que mon cœur se gonflait de désir, un désir qui me poussait à laisser mes doigts filer sur son torse tandis que mes lèvres cherchaient les siennes qui pourtant m’échappaient maintenant qu’elles étaient nichées dans mon cou, et c’était comme si j’allais implosée –inconsciemment ou non, mes doigts s’étaient légèrement crispés dans son dos parce que c’était trop intense pour que mon corps ne se tende pas sous ses attaques aussi douces qu’une caresse et aussi violentes qu’un séisme dans ma poitrine. J’en avais la tête qui tournait et je voulais simplement que ça s’arrête et que ça continue jusqu’à n’en plus finir, car chaque baiser était une renaissance si brutale qu’elle m’effrayait presque.

Quand nos lèvres se séparèrent, je collais un peu plus mon corps contre le sien, de peur de rompre un contact qui me paraissait désormais si nécessaire pour tenir. Je lançais un regard discret à Ewan en parlant de la photo, légèrement hésitante de sa réaction. D’une certaine manière, il tenait entre ses mains des bribes de mémoires de son frère qui n’était plus maintenant qu’une image sur papier, une image qu’il ne pouvait ni toucher ni sentir sous ses doigts, il n’y avait plus de Jamie mais simplement une surface lisse où il souriait. Je n’imaginais pas à quel point cela devait être difficile à regarder, à accepter, et encore plus pour lui qui ressemblait tant à la personne qu’il avait perdu. Chaque reflet dans le miroir devait lui rappeler son frère et j’eus un sourire triste en y pensant. Comprenait-il qu’il était unique malgré tout ? C’était un lien physique, un lien de sang, moral peut-être qu’en savais-je, mais lui était Ewan, et Jamie avait été Jamie, ils étaient deux personnes distinctes. J’étais sûre que jusque dans leurs caractères ils avaient leurs particularités, et ce que je sentais moi n’était adressé qu’à Ewan –je savais au plus profond de moi que même si j’avais connu Jamie, ce n’était pas lui que j’aurais pris. Ce n’était que des photos, mais son sourire et son air impertinemment me paraissait de plus en plus clairement et c’était le sourire doux d’Ewan qui m’attirait et me contractait le cœur –ce sourire qu’il me lançait en cet instant même.


- Bien sûr que je suis étonné, nos propres parents ne nous différenciaient pas tout le temps, et nos amis non plus. Je ne sais pas comment tu fais... mais en tout cas tu as tout juste. Et puis, Jamie a toujours été en avant… J’étais étonné de ce qu’il me disait, moi pour qui leur différence était aussi frappante que leur ressemblance. J’avais visiblement raison de sentir Jamie un peu plus en avant, plus charismatique face à l’assurance plus calme d’Ewan. Je réalisais aussi que jamais je ne pourrais les voir ensemble, voir leurs attitudes différées et que je n’avais plus que des souvenirs et des photos pour me faire une idée –étrangement, le vide dont le jeune homme était atteint me touchait aussi, car je ne voulais pas qu’une partie de lui m’échappe. Je crois que tu as gagné bien plus qu'un baiser.

Je fus incapable de répondre autrement qu’en l’embrassant, me sentant rougir de plaisir tandis que sa phrase résonnait en moi dans un délicieux écho. Je la laissais m’envahir et me pénétrait, plus elle prenait du sens et plus je me serrais contre Ewan, cherchant à oublier un instant que j’allais fondre s’il continuait de laisser ses mains jouer sur moi –mon cœur battait si fort qu’il étouffait toute pensée rationnelle. Peut-être n’était-ce pas raisonnable de l’embrasser ainsi, mais ça m’était égal car chaque sensation que déclenchaient nos corps étreints contractait mon cœur avant de le gonfler violemment pour qu’il s’envole, c’était des montagnes russes avec le wagon qui monte lentement avant de se lâcher à toute vitesse dans une descende qui provoque une bouffée d’adrénaline qui en cet instant précis m’envahissait lorsque nous nous embrassions. Et quand nos lèvres s’effleuraient, je ne pouvais ignorer que les sienne souriaient, en écho aux étincelles qui brillaient dans ses pupilles quand je captais son regard, et je comprenais à sa manière de me regarder que moi aussi, les paillettes brillaient dans mes iris et que je souriais doucement aussi, comme intimidée par une telle douceur et un tel bonheur. Mais j’allais finir par manquer d’air si je n’osais me détacher de lui, mais chacune de mes tentatives pour m’écarter se soldait d’un échec –malgré moi je riais un peu plus.

- Moi non plus, tant pis.

J’étais incapable de le repousser, et j’étais traversée de tant d’envies que je me demandais si elles pouvaient être comblées en une seule soirée. Je voulais ses lèvres, violemment, et à la fois j’avais envie de les caresser doucement des miennes sans que tout se brusque et m’agite. Je voulais que mes doigts explorent chaque recoin de sa peau, sa douceur, avec une certaine hâte qui m’aveuglait, et pourtant je voulais m’attarder sur chaque détail, l’os de sa clavicule, le dessin de ses hanches –et à nouveau mes mains se crispaient sur lui, apeurées par le désir qui les guidait. Tandis qu’elles se posaient sur son visage, je ne pus empêcher mes yeux d’en admirer les moindres traits avec lesquels la lumière de la lune jouait, et à l’idée que c’était à moi que ce visage souriait, j’en avais le cœur qui se gonflait encore et encore. Il était simplement beau, tellement beau, et je n’avais pas envie de détacher mes yeux des siens –jamais. Lorsque je consentis à fermer les yeux en me blottissant contre lui, trouvant une consolation dans l’odeur de son cou qui m’envahissait et m’enveloppait lentement, tout comme le sommeil. Mon bras entoura ses épaules, et j’eus un sourire en sentant nos respirations s’apaiser ensemble, se répondant presque avant que finalement leur son ne disparaisse en même temps que ma conscience qui sombra dans les bras d’Ewan.

Mais au réveil, je compris bien vite que la nuit n’avait pas été aussi agréable que la fin de soirée. Je me souvenais par bribe d’un cauchemar où je me réveillais chez Ewan et lorsque je me penchais vers lui, il s’écartait, tandis que je réalisais que j’avais imaginé nos baisers de la veille puis je me sentais happer par une rivière, une vague, je me débattais avant de couler… Lorsque finalement j’ouvris les yeux, j’étais encore nichée dans les bras d’Ewan –je sentis mon cœur se décontracter un instant. Dans la nuit, nous avions bougé et étions désormais face à face tandis que nous nous étreignons toujours, mon visage contre son torse. Doucement, je m’écartais un peu pour le regarder et il dormait paisiblement, si paisiblement, avec un petit sourire serein qui éclairait son visage endormi dont les traits étaient détendus –il paraissait si heureux ! Malgré moi, je me mis à me rejouer à la soirée de la veille, et soudain comme dans mon cauchemar, un millier de doutes et de peurs fondirent sur moi. Est-ce que j’avais rêvé ? Est-ce que j’avais trop bu et… Est-ce que j’avais oublié quelque chose de ce que nous avions fait ? Non, je revoyais clairement le moindre de nos baisers, je sentais encore les frissons et la contraction de mon cœur… Mais je me souvenais aussi du rhum vanille qui avait brûlé ma gorge, et je comprenais que j’avais une fois de plus craqué sans pouvoir me contrôler… Ewan bougea tout doucement et mon cerveau se coupa, soudain terrifié. Est-ce que ?...

Mais il approcha son visage du mien et il déposa un baiser sur mes lèvres avant de replonger dans un sommeil léger, son corps tout contre le mien. En un instant, tous les questionnements avaient disparu et je me sentis sourire, le cœur léger. Je fermais les yeux, laissant mes mais jouer avec ses cheveux et son dos dont la courbe se dessinait sous mes doigts qui la suivait lentement, l’explorant presque. Je le tenais tout contre moi, le berçant presque, profitant de ce doux sentiment qui m’envahissait pour le savourer à chaque seconde. Il me paraissait si serein et à la fois si fragile dans son sommeil, comme s’il n’était qu’un enfant que je berçais. Tout doucement, j’avais attiré son visage dans le creux de mon cou et mes lèvres effleuraient doucement son front comme pour l’apaiser. Il me semblait qu’il bougeait un peu plus dans mes bras, et écoutant sa respiration régulière de plus en plus rapide, je compris qu’il émergeait enfin de son sommeil –timidement, mes doigts s’arrêtèrent dans ses cheveux, comme pour y chercher refuge. Lorsque finalement il me regarda, j’eus l’impression pendant les quelques minutes de silence qui s’en suivirent, que c’étaient nos yeux qui se parlaient, nos yeux et nos sourires timides, et que les mots étaient bien peu utiles en cet instant.


- J'ai cru que j'avais rêvé.

J’eus un immense sourire, comprenant alors que nous avions pensé à la même chose –timidement, je me serrai plus fort contre lui, le visage appuyé contre son torse encore tiède. Puis, tout doucement, je m’écartais pour le regarder à nouveau, non sans un petit sourire.

- Peut-être qu’on est bloqué dans un rêve alors… J’haussais les épaules, faussement embêtée. Tant que tu es dedans, ça me va. Rajoutai-je doucement.

Puis, parce que la longue nuit m’en avait privé trop longtemps, je passais mes doigts sur son visage avant de l’attirer vers le mien pour l’embrasser. C’était toujours aussi irréel, aussi incroyable, et il y avait cependant quelque chose de plus délicat maintenant, comme si nos baisers timides étaient l’écho du réveil d’Ewan, lent et doux dans le creux de mes bras. Petit à petit, je me reconnectais, frissonnant sous ses lèvres suaves. Nous étions quelque peu silencieux, mais dans la manière dont ses mains caressaient ma chevelure et mon dos, j’avais l’impression qu’il me parlait, comme si encore une fois nos étreintes étaient plus que deux corps qui se liaient et se frôlaient. Au fur et à mesure, nous échangeâmes quelques mots, puis un thé et bientôt, j’eus l’impression que je connaissais par cœur ces matinées lumineuses ponctuées du rire d’Ewan et de mes sourires. J’en profitais aussi pour envoyer un patronus à Lizlor que je devais voir dans l’après-midi pour la prévenir, riant en imaginant sa surprise si je lui disais que j’avais dormi encore chez Ewan –et encore elle ne savait pas tout ! Je ne pus retenir un petit sourire satisfait lorsque la biche argenté s’envola, et que je vis Ewan la suivre du regard avec un air presque entendu. Je n’avais jamais trop su pourquoi cet animal-là, mais je l’aimais bien, le trouvant discret et gracieux –légèrement trop pour me correspondre, mais je n’avais pas choisi.

J’étais si bien que je refusais qu’Ewan s’échappe, et lorsque nous nous levâmes pour qu’il prépare le déjeuner, j’attrapais sa main pour le tirer vers moi en riant, l’obligeant à m’embrasser encore sur le seuil de sa chambre. Mes mains se nichait contre son torse toujours nu, avant de remonter jusqu’à sa nuque qu’elles entourèrent délicatement, rapprochant toujours un peu plus nos deux visages et nos lèvres qui semblaient ne jamais se lasser l’une de l’autre. Lorsque finalement, je m’écartais, j’avais un immense sourire avant de disparaître dans la salle de bain, le cœur tambourinant toujours et ma tête tournant légèrement sous l’effet d’une telle intensité. Lentement, je profitais de l’eau chaude pour me calmer un peu, mais à chaque fois que je pensais qu’il m’attendait dans sa cuisine, j’avais un nouveau sourire impatient comme si ses baisers me manquaient déjà. J’avais besoin de l’étreindre encore et avec une certaine précipitation, je renfilais ma robe de la veille avant de pénétrer dans le salon, mes lèvres fébriles de l’attente de ses baisers. Je le trouvais cependant préoccupé, jetant sur un fauteuil une lettre qui semblait le mettre de mauvaise humeur. Timidement, je lui lançais un regarde interrogatif, n’osant pas lui demander la cause de son soupir.


- Ce n'est rien, c'est... Une lettre de ma mère. Rien d'important, rassure-toi, mais comme toujours d'ailleurs, elle m'écrit pour ne rien dire, plus ça va plus elle est superficielle, je n'exagère pas, c'est... fatiguant. Je fronçais les sourcils, mais je n’avais pas oublié la discussion d’hier soir sur la berge. Hésitante, je saisis la lettre qu’il me tendait, rougissant de l’idée qu’il m’en parle aussi ouvertement alors que je lui avais longuement reproché de ne pas me parler de lui. Inconsciemment, il faisait un immense pas vers moi et je ne pouvais qu’en être touchée. Tu peux lire. Je ne sais même pas si elle se rend compte qu'elle s'adresse à moi, ou si elle sait ce que je fais. Enfin, ce n'est pas très grave.

Minutieusement, je laissais mon regard s’accrocher aux lettres finement courbées qui s’étendaient sur le parchemin, fronçant les sourcils un peu plus à chaque mot. Il s’agissait de concours, de voisins, d’argents, tout un univers qui m’était inconnu mais qui sonnait horriblement faux. Etrangement, je sentis un écart entre nos deux vies, nos éducations - s’il on pouvait dire que j’en avais eu une complète - et j’eus un regard triste pendant une seconde qui disparut lorsqu’il rencontra à nouveau celui d’Ewan et que j’eus un petit sourire presque intimidée.

- Elle a toujours été comme ça ? Demandai-je finalement, en lui rendant la lettre précautionneusement. Ton père lui ressemble ? Je ne pouvais pas m’empêcher de vouloir en savoir plus, de comprendre qui il était et d’où il venait exactement… Tu parais tellement plus… Merveilleux –les mots butèrent confusément sur mes lèvres. Vrai. Achevai-je presque gênée.

Personne ne choisissait sa famille, j’en étais la première concernée, mais elle nous influençait forcément. J’avais remarqué cette attitude si mesurée qu’Ewan avait, respectueuse et assurée, qui reflétait forcément cette éducation qu’il avait eu. Mais il était tellement plus que ça, que j’avais du mal à croire que sa mère puisse être une femme dont les principales passions étaient les concours de tartes aux citrouilles et les ragots de pelouses d’Oxford, comment pouvait-il venir d’un milieu aussi artificiel alors qu’il en était l’exact opposé dans chacune de ses réflexions ?

Mais je n’eus pas le temps de protester plus longtemps ou de m’interroger : Ewan m’attira contre lui et une nouvelle fois, mon cœur s’emballa.


- Le déjeuner est servi, mademoiselle Standiford. J’eus un sourire amusé qui se perdit bien vite dans le baiser qu’il me donna qui, doux et mesuré, m’apaisa instantanément. Mes bras entourèrent sa nuque et je me serrais un peu plus contre lui, le corps tremblant presque sous les vagues de frissons qui me prenaient. Je voulais que jamais ne s’arrête ces moments-là… Les journées vont paraître longues... N'est-ce pas ?

Je sentis mon sourire s’agrandir alors que mon visage était enfermé entre ses doigts mais aussi son regard qui m’enveloppait, comme si je baignais dans un halo qui me protégeait. Doucement, j’hochais la tête avant de l’embrasser une nouvelle fois, comme pour lui répondre, avant de faire glisser mes mains le long de son torse, posant mes paumes à plat et sentant son cœur battre sous le tissu de son tees-shirt –et sa peau m’appelait encore, j’avais envie de l’effleurer, de l’embrasser.

- On va devoir commencer à vivre la nuit, comme des chauves-souris. Dis-je avec un petit rire en le regardant tendrement. Moi je m’en fiche, je ne dors jamais beaucoup, mais toi… Je vais devoir te tenir éveillé…

Je ne pus retenir la lueur de malice qui brilla dans mes yeux et, comme pour lui prouver ce que j’avais dit, je l’embrassais à nouveau, doucement d’abord, mais bientôt une certaine ardeur se mêla à nos baisers. Mes mains glissèrent dans son dos, sous son tee-shirt, et je frissonnais en sentant à nouveau la douceur de sa peau sous mes doigts. Il me fallut un certain effort pour me détacher de lui, je manquais presque d’air, et je blottis mon visage dans son cou –incapable de résister à la tentation de l’embrasser lentement pour sentir la peau de sa gorge se tendre et le goût de celle-ci se mêler à son odeur si particulière.

- Et puis, je pourrais venir te voir au bar... Dis-je lentement. Mais pas pour boire. Je veux pas... Pas recommencer. Hasardai-je, enfouissant mon visage contre lui, cherchant à me cacher, honteuse. Je suis désolée pour hier. Ajoutai-je d'une voix basse, gênée.

Malgré moi, j'avais employer vouloir, car encore une fois la volonté y était mais le besoin aussi, et ce besoin me dépassait toujours autant. C'était comme si au fond de moi, il y avait toujours cette petite voix qui me murmurait depuis quand je n'avais pas bu, et à quel point c'était facile quand j'étais ivre. Mais d'une certaine manière, la voix se faisait de plus en plus basse dans les bras d'Ewan.


- Je suis bien là… Murmurai-je alors.

Je manquais de lui demander si lui aussi, mais soudain je compris que si je me sentais aussi bien, c’était parce qu’il avait cette façon si particulière de m’étreindre comme s’il gardait quelque chose de fragile qu’il aurait voulu protéger. J’avais la douce et étrange impression d’être quelque chose de précieux, un trésor qu’Ewan gardait caché et en sécurité dans le creux de ses bras –quelque chose qu’il voulait réellement garder.


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Ewan Campbell
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MessageSujet: Re: A river runs through it | Ruby | terminé   Dim 21 Avr - 17:25

- Peut-être qu’on est bloqué dans un rêve alors… Tant que tu es dedans, ça me va.

C'était cela, un rêve : il était délicieux mais je ne pouvais m'empêcher de me demander quelle forme prendrait sa fin... J'avais bien trop d'égards pour Ruby pour imaginer quelque chose de négatif, elle comptait à présent trop pour que je m'autorise ou que j'autorise quiconque à ne pas prendre soin d'elle. Mais j'étais bien placé - et elle aussi - pour savoir que, finalement, nous n'étions pas maîtres de grand-chose. Je trimais dans un seul et unique but, mais qui savait vraiment ce qui allait bien pouvoir arriver d'ici là ? La preuve était là, tout contre moi... Cette brèche de lumière, cette étoile dans la nuit qui était apparue alors que je n'y croyais même pas. Ruby était arrivée dans ma vie avec cette étrange soudaineté qu'ont les étoiles filantes, et si je me rappelais bien son arrivée m'avait quelque peu ébloui, mais je n'étais pas certain aujourd'hui que la trace de ce rayon lumineux allait un jour se désincruster de ma rétine. Le reste, je ne voulais pas y penser. Pour la première fois depuis bien longtemps, je respirais, je ne vivais plus dans l'atmosphère pesante d'Oxford où chacun de nos gestes était épié, surtout depuis que nous étions devenus cette famille pour qui tout avait chaviré. Je m'étais immergé dans le travail pour ne penser à rien, mais maintenant que j'en étais sorti, ou que j'étais ailleurs tout du moins, pour rien au monde je ne voulais retrouver ces moments-là... La seule solution était d'accomplir ce que j'avais prévu de faire, de rééquilibrer l'ordre des choses, et il ne me resterait plus enfin qu'à suivre ma propre route, après toutes ces années. Voilà à quoi je me raccrochai.

Je l'avais embrassée plus doucement, avec une légère retenue, après qu'elle ait dit cela : oui c'était un rêve, et tout d'un coup j'avais peur de le briser, parce il y avait trop de choses non pas en nous mais autour de nous et que, elle et comme moi, nous étions si fragiles. A cette pensée, ma main s'accrocha plus fermement à sa nuque - je ne voulais pas qu'elle parte - et quand elle se releva, parce que le mouvement était lancé, que je devais aller préparer le petit déjeuner et qu'elle allait se doucher, nos regards se lièrent l'un à l'autre avec une certaine intensité. Je souris en me rappelant la première fois que je l'avais vue, la manière dont j'avais admiré ses yeux, son sourire, sa silhouette, car aujourd'hui tout cela était... Pour moi, et je ne me lassai pas de l'admirer.

Dans le salon, la lettre de ma mère et son stupide hibou ramenèrent un instant quelques mauvais souvenirs. Je détestai m’apitoyer, pourtant : il aurait été faux de dire que nous avions été malheureux, que j'avais été malheureux. Je refusais de me laisser tenter par une telle attitude, encore plus quand Ruby à côté de moi avait vécu bien pire, des choses que j'avais même du mal à imaginer, d'une horreur sans nom. Mais c'était sans doute cela aussi, ce sentiment insidieux d'avoir été élevé dans le faux et le superficiel, qui me faisait en regretter chaque instant. Mais nous avions été une famille normale, heureuse à bien des égards, mes parents avaient suffisamment d'argent pour vivre confortablement, nous avions eu une vie de petits garçons comme certainement d'autres n'ont pas, nous avions été aimés, entourés, et tout ce qu'il fallait pour se construire normalement... Jusqu'à un certain point : je n'arrivais pas à me rendre compte quel était exactement le poids qui faisait basculer la machine, mais en tout cas, aujourd'hui tout se mélangeait dans mon esprit pour former une boule de rancœur et d'amertume, et je ne voyais que la chaise vide de Jamie, quand nous étions à table, je ne voyais que les faux-semblants de ma mère et ses efforts à garder tout propret et parfait en apparence en s'éloignant de plus en plus de ce qui constituait l'intérieur, et le silence maussade et l'éloignement de mon père, qui avait choisi la fuite comme solution de facilité. De ces beaux jours passés il ne restait pas grand chose, et c'était sans doute cela le plus douloureux. Tout me poussait à croire que rien n'avait existé. Jamie me manquait, et je ne savais pas si le fait d'en parler hier soir et de remuer tant de souvenirs accentuait ma nostalgie, mais il me semblait qu'il ne m'avait jamais autant manqué qu'à présent.


- Elle a toujours été comme ça ? Ruby avait réapparu, et ses cheveux encore humides cette fois retombaient joliment autour de son visage - ils étaient moins détrempés qu'hier soir - et comme l'eau les rendait plus foncés, ses yeux bleus parsemés de petits éclats de lumière ressortaient avec encore plus de brillance que d'habitude. Cette vision m'arracha tout naturellement un grand sourire, et déjà, je ne voulais qu'une chose : la serrer contre moi. Ton père lui ressemble ? Tu parais tellement plus… Vrai.

Je m'étais levé pour lui tendre la lettre, et à ses mots, je me passai la main dans les cheveux pour dissiper une certaine gêne. Il me paraissait presque que c'était lui faire offense que de me plaindre encore, alors que mes parents étaient non seulement en vie, mais en plus bien loin d'avoir gâché ma vie comme les siens l'avaient fait. Je relevai les yeux timidement vers elle, me sentant une nouvelle fois tenu à distance, comme un peu impressionné.

- Disons que ça ne s'est pas arrangé avec... Je haussai les épaules, las tout d'un coup de devoir mettre des mots sur la mort de Jamie. Mais au fond elle est comme ça, oui, j'imagine qu'on ne pourra pas la changer. Et mon père cache plus son jeu, il travaille trop pour avoir le temps de faire autre chose. Chacun réagit comme il peut, conclus-je en souriant pour ne pas avoir l'air trop amer. Cette discussion me dérangeait, non pas que je ne voulais pas me confier à Ruby, au contraire, mais tout d'un coup j'avais l'impression que le blâme m'en revenait, que je n'étais pas mieux qu'eux dans l'histoire, et que je n'avais pas accompli mon rôle de fils, quelque part. Moi ? Je ne sais pas, répondis-je en cherchant quelque chose à dire de plus pertinent, mais je ne trouvai rien.

Je me sentais vrai quand je sentais son parfum, ses baisers, quand je me perdais dans son regard qui contenait tant - voilà ce que j'avais envie de lui dire, mais mes pensées étaient trop imbriquées les unes dans les autres pour que j'ai pied. Alors encore une fois, je me raccrochai à elle : comme hier soir, dans la rivière, sous l'orage, comme cette nuit et comme ce matin, et instantanément tout s'envolait. Peut-être que nos sentiments d'insécurité s'annulaient l'un l'autre ? Mais je n'oubliais pas que c'était à moi de la protéger, et j'en avais assez d'être au centre des préoccupations. Je ne voulais qu'elle. Nos sourires se répondirent après ce nouveau baiser, et je saisis son visage entre mes mains, à chaque fois un peu ému, intimidé, par cette proximité si récente, par quelque chose qui nous dépassait, je crois, tous les deux. Elle était si belle que les mots me manquaient : et ce n'était pas simplement son beau visage, ses traits harmonieux et ses pommettes hautes, c'était un tout, c'était tout ce qui ne se voyait pas - l'éclat de ses yeux qui rayonnait malgré les ombres, tous les secrets soigneusement cachés dans son sourire éblouissant, toute cette bonté qui émanait d'elle comme si elle en avait trop souffert pour ne pas en répandre partout autour d'elle. Il me semblait que nous n'aurions jamais assez de temps pour nous embrasser, ou pour simplement être ensemble, et je ne voulais pas que cette journée se termine...


- On va devoir commencer à vivre la nuit, comme des chauves-souris. Moi je m’en fiche, je ne dors jamais beaucoup, mais toi… Je vais devoir te tenir éveillé…

Je ris avec elle - soudain cette idée m'allait tout à fait, à vrai dire, je ne voyais pas de meilleure idée que de vivre ainsi...

- Je m'en accommoderais très bien ne t'inquiète pas, répondis-je sur le même ton à la fois doux et amusé, m'inquiétant tout d'un coup que... Qu'elle interprète mes paroles de façon... Son regard malicieux me prit par surprise et elle m'embrassa - je me laissai faire - frissonnant violemment quand ses mains se glissèrent sous mon t-shirt. De toute façon je ne vais plus pouvoir dormir, lui murmurai-je à l'oreille, le souffle un peu court, tandis que nos lèvres se mêlaient de nouveau et que ma main descendit encore une fois dans le bas de son dos pour la plaquer contre moi.

Mon cœur tambourinait, comme sous l'effet d'une drogue puissante, et je me demandais comment il était possible que de simples baisers, de simples caresses entre deux personnes puissent provoquer autant de sensations chez moi, incontrôlables, inégalables. Je n'osai même pas penser à la suite - il était trop tôt - tout en me demandant comment j'allais pouvoir y survivre, étant donné tout ce qui me traversait à présent.


- Et puis, je pourrais venir te voir au bar... Mais pas pour boire. Je veux pas... Pas recommencer. Je suis désolée pour hier. Je plongeai mon regard dans le sien : sa voix était plus fragile, et je ne voulais pas qu'elle ait honte, quoi qu'il arrive. Je suis bien là...

Alors, tout doucement, j'enroulai mon bras autour de ses épaules et l'attirai contre moi. J'avais mal d'imaginer ce qu'elle pouvait se dire, ce qu'elle pouvait ressentir pour hier soir, mais jamais je n'aurais pu lui en vouloir, surtout quand je savais combien elle souffrait de cette dépendance à l'alcool - et combien elle cherchait à s'en séparer. Je me demandais dans quelle mesure elle le faisait - pour elle ou pour les gens qui tenaient à elle ? Sans doute la deuxième option était plus probable, la connaissant, mais jamais j'allais lui faire la leçon pour une rechute alors qu'elle mettait toute son énergie dans cette bataille. Je ne voulais et ne pouvais que l'encourager.

- On se verra où tu veux, tu n'es pas obligée de venir là-bas si tu ne le sens pas. Je ne veux pas te rendre la chose plus difficile... Je veux juste... J'hésitai. T'aider ? Je ne voulais pas qu'elle croit que je la prenne en pitié. Ne t'excuse pas, au contraire, je ne regrette pas vraiment cette soirée, dis-je avec un petit sourire aux lèvres. Je suis bien aussi, confirmai-je en mettant mon visage dans ses cheveux, que je caressai en même temps.

Quelque chose me disait que ça ne pourrait pas être simple, mais en même temps, pourquoi pas ? Je croyais sincèrement qu'il y avait quelque chose de...
semblable, entre Ruby et moi, même si cette idée me déstabilisait un peu. Semblable n'était pas un mot à employer à la légère pour moi, mais il s'était imposé tout seul, comme si il survivait, malgré tout.

Comme annoncé, le déjeuner était servi et nous nous installâmes - je me rendis compte que j'étais plutôt affamé - dans une atmosphère légère, qui me rappela instantanément notre premier déjeuner de ce genre. Après les aveux, quelque chose de nouveau s'était noué entre nous, et plus j'y regardais plus les nœuds étaient serrés, et nombreux. Je me demandais ce que Phil allait penser de cette histoire, et surtout, comment j'allais lui présenter cette histoire, car oui, comment allais-je présenter Ruby ? Je l'observai sans me cacher, alors que nous discutions et mangions de bon appétit. Nous étions ensemble, n'est-ce pas ? Ce qui faisait d'elle ma petite amie ? Je n'étais pas habitué, et tout d'un coup c'était un peu trop, est-ce que j'allais lui apporter ce qu'elle voulait, ce dont elle avait besoin, alors que j'avais peu de temps à consacrer de manière générale, avec mes horaires et mon travail ?... Mais un regard sur elle me réconfortait, et d'ailleurs j'avais toujours l'impression qu'elle comprenait quand je me posais des questions, car il n'était pas rare qu'elle me lance un petit sourire timide et un regard appuyé, comme si elle voulait juste m'encourager sans me poser des questions. La discrétion était très certainement l'une de ses qualités, ce que j'appréciais. Je posai ma main sur la sienne, l'empêchant de se resservir à boire, et je passai mes doigts sur sa joue pour la tourner vers moi et l'embrasser, parce que plus je pensais au moment où l'on allait devoir se séparer, plus mon cœur s'affolait : je ne voulais pas.


- Tu m'écriras, au moins ? murmurai-je, parce que les journées allaient être mornes, et que Poudlard au loin allait, je le savais, me narguer à chaque instant, puisqu'on voyait le château de tout Pré-au-Lard.

Après le déjeuner, le temps passa tellement vite que je ne me rendis même pas compte qu'il était l'heure d'y aller - d'ailleurs j'avais un rendez-vous aussi, un peu plus tard, avec un fournisseur, pour mon patron - mais nous étions trop bien installés sur la canapé, sur lequel se coulait d'ailleurs un rayon de soleil depuis la fenêtre, et nous inondait de lumière. Ruby me faisait rire, ou bien m'embrassait, ou les deux, et je me laissais porter par ces pures instants de bien-être sans me rendre compte vraiment qu'ils existaient, comme si ils étaient trop beaux pour se laisser attraper... Mais il fallut les quitter, et sur le palier, au moment d'ouvrir la porte de chez moi, j'attirai Ruby contre moi, glissant ma main sur le tissu aérien de sa robe, puis déposant un baiser sur son front. Cette image là allait me suivre longtemps : quelque chose dans son regard levé vers moi, tellement resplendissant, quelque chose dans les battements de mon cœur, apaisés et confiants.

Dans la rue, la lumière était éblouissante, et le doré des cheveux de Ruby semblait envahir chaque toit baigné de soleil, chaque pavé brillant sous nos yeux, chaque devanture reluisante des magasins. Après une courte hésitation, je glissai ma main dans son dos et saisis sa taille, doucement, osant à moitié, et lui lançai un petit sourire, tandis que nous avancions côte à côte au milieu de la rue passante, vers le rendez-vous qu'elle avait fixé avec son amie Lizlor. Il n'y avait plus aucun doute.


_________________




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Hold back the river, let me look in your eyes
Hold back the river, so I can stop for a minute and be by your side
Hold back the river, hold back .•°
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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: A river runs through it | Ruby | terminé   Mer 24 Avr - 18:12

Tandis que je lisais la lettre, je sentais le regard d’Ewan sur moi et je n’osais pas lever les yeux, frissonnant en pensant à l’intensité de ses pupilles et comment elles brillaient lorsqu’elles se posaient sur moi. J’avais cependant presque du mal à me concentrer sur ce que je lisais, parce que ses mains jouaient avec mes cheveux dont les gouttes d’eaux accrochées roulaient dans mon cou, se mêlant avec les doigts d’Ewan, et je sentais mon cœur qui battait à chaque fois un peu plus rapidement. Mais je ne pouvais pas ignorer les étranges mots sur ce papier soigneusement plié d’un blanc pur, majestueux tout comme l’écriture. J’étais presque intimidée par cette simple lettre, et j’osais à peine imaginer la femme qui se trouvait derrière ; je la devinais déjà avec un air hautain et pourtant un petit sourire en coin, des manières parfaites qui n’envisageaient aucun faux pas. Parfois, il me semblait qu’en prétendant être parfaite, j’avais fini par ressembler à ce genre de personnes qui souriait toujours et se tenait droite, ces vagues copies humaines qui ressemblaient plus à des marionnettes qu’à des gens dotés de sentiments, d’identités –ah, l’identité, combien de fois ce mot m’avait tracassé. J’avais compris trop tard qu’une façade n’était qu’extérieure et qu’à l’intérieur, les choses ne devenaient pas plus belles parce que la surface était plus brillante. Finalement, peut-être que ma bêtise tenait plus de l’ignorance : je ne savais pas comment être sans passé distinct.

Je ne pouvais pas m’empêcher de me demander ce que ça faisait, exactement, d’avoir une famille. Je le voyais malgré tout, dans cette lettre presque impersonnelle, c’était toujours une mère qui parlait à son fils, qui cherchait un quelconque lien –même s’il semblait superficiel. Et avant tout ça ? Avant la mort de Jamie, à quoi avait ressemblé l’enfance d’Ewan ? Malgré moi, j’étais toujours si intriguée par cette notion de famille banale pour tant de personnes, et si étrangère pour moi –du moins sûrement avant que je rencontre Lizlor. J’avais toujours cherché à comprendre ce que ça faisait de s’asseoir à table, un soir, et de se sentir chez soi. D’avoir quelqu’un, un père, une mère, qui me regarderait en souriant et en me demandant comment c’est passé ma journée en s’intéressant réellement à la réponse. Quelqu’un qui se serait fâché contre moi avant de me prendre dans ses bras pour que je m’endorme, quelqu’un qui m’aurait amené à l’école et qui m’aurait fait mon goûter. Je ne cherchais que ça finalement, ces bribes de vie qui étaient si anodines pour les autres, qui pourtant me fascinaient presque tant elles étaient inconnues. J’avais fini par doucement connaître cette sensation d’avoir une maison, d’abord à Poudlard, puis surtout avec Lizlor et sa mère, même son frère. Chez les Wayland, je n’étais pas une étrangère, j’avais même l’impression d’être plus que la bonne copine de la fille, j’étais une personne à part entière à qui on souriait, parlait, s’intéressait. Je n’avais jamais connu ce sentiment nulle part ailleurs, je n’avais réellement ma place que lorsque je m’asseyais dans la salle à manger et qu’en regardant Sara reprocher à Liz ses cheveux mal coiffés avant de nous raconter une anecdote sur les licornes, je souriais simplement comme si je n’avais plus aucune interrogation, comme si c’était ça ce que j’avais toujours cherché, ce délicieux petit abri où j’étais en sécurité.


- Disons que ça ne s'est pas arrangé avec... J’hochais la tête, comprenant ce qu’il cherchait à dire. Je savais ce que c’était que de refuser d’apposer des mots sur quelque chose, combien de fois l’avais-je fais ? Même moi, silencieusement, je n’arrivais jamais totalement à le dire. Je préférais parler d’incident, de Lui, de disparition, d’Elle, comme si le reste restait bloqué et refusait d’assembler les lettres. Mais au fond elle est comme ça, oui, j'imagine qu'on ne pourra pas la changer. Et mon père cache plus son jeu, il travaille trop pour avoir le temps de faire autre chose. Chacun réagit comme il peut. J’eus un sourire triste, comme pour confirmer ce qu’il disait –j’avais presque peur d’emprunter ce terrain et je ne voulais pas alourdir l’atmosphère avec le passé. Moi ? Je ne sais pas.
- Moi, je sais.
Répliquai-je simplement.

Mon ton avait été plus autoritaire que je ne l’aurais cru –je ne voulais pas qu’il se sente ainsi, faux et creux. Je me sentais trop complète dans ses bras pour qu’il ne le soit pas d’une certaine manière et je me demandais s’il se sentait bien aussi quand je me collais contre lui et que mes lèvres jouaient avec les siennes, explorant des frissons inconnus tandis que mes doigts se faufilaient sous le tissu, jusqu’à la surface lisse et tiède de sa peau. J’étais presque gênée de ma propre attitude et pourtant, je n’arrivais pas à m’empêcher de vouloir toujours plus, simplement pour sentir mon cœur qui tambourinait un peu plus et toute cette euphorie qui se brisait contre moi et m’enveloppait. J’étais dans une bulle et je refusais d’en sortir, préférant au contraire m’y enfoncer plus confortablement, trouvant petit à petit ma place dans les bras d’Ewan comme si chaque angle et chaque courbe de nos corps se complétaient à la manière d’un puzzle.


- Je m'en accommoderais très bien ne t'inquiète pas. De toute façon je ne vais plus pouvoir dormir.

J’étais presque prise d’un vertige et sa main qui descendit le long de mon dos n’arrangea rien. Mon souffle se faisait plus pressant, plus brusqué et lorsque nous nous écartâmes, je pris une plus profonde inspiration comme pour rattraper l’air qui m’avait manqué lors de nos baisers –depuis hier soir peut-être même. J’avais l’étrange impression que depuis que nos lèvres s’étaient frôlées, j’avais basculé dans quelque chose de différent, de nouveau, quelque chose qui chamboulait tous mes repères. Habituellement, j’étais la première à détester cette nouveauté qui m’effrayait et pourtant je n’avais même pas eu le temps d’y songer. Les uniques doutes m’avaient pris lorsqu’il dormait, lorsque je ne sentais pas ses yeux qui me caressaient. Peut-être aurais-je dû être apeurée d’avoir tant besoin de sa présence, comme si c’était trop tôt, mais je n’avais pas le temps d’avoir peur, comme si ses baisers et ses sourires m’occupaient toute entière.

- Moi non plus, tant pis. Répondis-je en riant, répétant simplement ce qu’il m’avait dit hier soir lorsque j’avais tenté en vain d’échapper à ses baisers qui me coupaient la respiration.

Mais doucement, malgré tout, je m’étais écartée et mes mains étaient revenues se nicher sur son torse, tout près de sa nuque que mes doigts frôlaient timidement. Je ne voulais pas penser à après et pourtant, je ne pouvais faire taire la petite voix qui me demandait : et maintenant ? Nous vivions si près et pourtant si loin, séparés par des murs, des règles, des obligations et tout me paraissait si illusoire quand je pensais à la sérénité et à la simplicité d’être simplement ici, dans ses bras. J’avais peur de vouloir le voir trop souvent, qu’il ne veuille pas, qu’il ne puisse pas… Soudain, un milliard de complications me prirent et mes doigts se crispèrent sur la peau d’Ewan, cherchant presque à l’emprisonner pour le garder ne serait-ce qu’une minute de plus –chaque seconde semblait si précieuse.


- On se verra où tu veux, tu n'es pas obligée de venir là-bas si tu ne le sens pas. Je ne veux pas te rendre la chose plus difficile... Je veux juste... Ne t'excuse pas, au contraire, je ne regrette pas vraiment cette soirée. Je suis bien aussi.

Je ne pus réprimer un petit sourire timide et pourtant tellement vrai, comme si ce n’était pas simplement mes lèvres qui souriait, mais moi toute entière, de mon visage à mon cœur qui se contractait, en passant par mes poumons qui attrapaient l’air et mes doigts sa peau, j’avais l’impression que j’étais presque… Lumineuse, il n’y avait pas d’autre mot et je crois que je ne m’étais pas qualifiée aussi d’une manière aussi flatteuse depuis longtemps –depuis quand étais-je capable de penser du bien de moi ? Presque étonnée, je levais les yeux vers Ewan et pendant un long moment, je restais silencieuse, souriant seulement en me demandant s’il réalisait ce que cela signifiait pour moi de me sentir bien avec quelqu’un et à quel point ce sentiment m’était précieux tant il était rare. Je ne comprenais simplement pas pourquoi, après tout ce qu’il savait et qu’il avait vu de moi, mon passé, nos disputes, mes problèmes avec l’alcool, comment pouvait-il toujours désirer me tenir au creux de ses bras ? Je l’ignorais mais alors que nos regards se contemplaient tranquillement, je réalisais que cela m’importait peu, tant que je pouvais rester dans ce cocon.

- Je viendrais si c’est pour te voir, je m’en fiche, je… J’irais n’importe où si c’était pour te voir, pensai-je en me retenant à temps de le formuler tout haut –de telle pensée était trop brusque, trop empressée. Je ferais l’effort, vraiment. Conclu-je simplement.

Serait-ce réellement si difficile ? J’avais peur de me le demander, comme si je savais au fond de moi que oui, rien n’était fait… Douloureusement, je pensais un instant à Lizlor à qui j’allais probablement raconter la soirée. Pouvions-nous réellement nous réjouir de ce qui s’était passé, dans le contexte où cela avait eu lieu ? J’avais bu, je ne pouvais pas retenir mon cerveau de marteler cette information pour que je l’imprime. Durant un moment seulement, je fermais les yeux et fronçais un peu les sourcils, le visage appuyé contre le torse d’Ewan, cherchant à lutter contre les souvenirs qui revenaient –pas ceux de la veille, ceux d’avant, ceux où Elle me regardait avec les yeux dans le vague et le regard dur, mauvais, aussi fortement accroché sur moi que l’étaient ses doigts autour de la bouteille de whisky. Je ne voulais pas être comme ça, je ne voulais pas… Parfois, je me demandais comment Lizlor voyait tout ça, ne pouvant contenir l’horrible parallèle avec mon enfance. J’avais assisté à tout cela depuis des yeux déjà trop usés par les épreuves et qui pourtant réussissaient toujours à contenir des larmes lorsque j’entendais le choc des glaçons contre la paroi de verre. Je haïssais ce son, je le fuyais tant petite que je ne comprenais pas comment j’avais pu vouloir le retrouver. Il résonnait parfois encore, tout comme le bruit de ma flasque qui s’était explosée contre le mur, et tous ensemble ils formaient un mélodie malsaine qui résonnait parfois encore, mesquine et sournoise.

Mais la mélodie s’estompa lorsque je m’assis autour de la table, et petit à petit, la timidité s’envola et je retrouvais une certaine aisance. Il se moqua de moi lorsque j’alignais les carrés de pommes dans mon assiette et, me vengeant, je lui envoyais un dessus –nos rires raisonnaient comme les verres en cristal que l’on fait chanter. Parfois, son regard se faisait plus sérieux, plus doux, et je me contentais de lui sourire timidement. Je me demandais à quoi il pensait, mais je n’osais rien dire, espérant sûrement que les paillettes dans mes iris suffiraient à le rassurer. Est-ce que lui aussi se demandait comment tout cela allait évoluer ? Je savais que j’étais la première à avoir peur de tout, et trop vite, et j’espérais simplement que je ne donnais pas matière à s’inquiéter pour Ewan. J’avais l’impression que, comme moi, sa vie était trop bien réglée et douloureuse pour que je rajoute une épine. Il l’avait dit, il était bien là, et je m’accrochais à ces quelques mots. Je voulais tant que tout cela soit sincère, mais il était presque impossible de m’en douter lorsqu’il glissa sa main sur la mienne et qu’il effleura ma joue en souriant avant de m’embrasser. Ses lèvres avaient l’acidité des agrumes que nous venions de manger, et si notre baiser n’avait pas été aussi doux et posé, je n’aurais probablement pas pu résister à l’envie de mordiller sa lèvre inférieure. A la place, ce fût la mienne que je mordis en m’écartant, presque gênée, et je baissais les yeux avec un petit sourire.


- Tu m'écriras, au moins ?

Je levais mon regard vers le sien, emmêlant nos doigts, serrant les siens un peu plus fort. J’avais l’impression de rêver, comme si tout ce que je désirais, il le voulait aussi, et que tout était aussi simple que cela –vivre, simplement vivre et savoir que l’autre était là.

- Si tu es sage… Murmurai-je en haussant les épaules, prétendant ignorer la réponse. J’eus un rire puis, comme je n’y tenais déjà plus, je me penchais vers lui pour l’embrasser à nouveau tout doucement. Bien sûr. Dis-je doucement en plongeant mon regard dans le sien pendant quelques secondes silencieuses.

Il fallut encore me battre pour qu’il me laisse l’aider à faire la vaisselle et, comme un rituel déjà connu, je bataillais devant l’évier avec lui en riant. Mais cette fois, nos mains ne s’envoyaient pas que l’eau du robinet ou des chatouilles, mais aussi des caresses qui à chaque fois nous écartaient de notre but premier. Bientôt, les assiettes me parurent très loin et alors que nous nous embrassions appuyés contre le plan de travail, je n’avais plus du tout envie de ranger quoi que ce soit, bien trop occupée à frissonner de ses mains dans ma nuque. Lorsque nous finîmes par nous installer sur le canapé je réalisais que je ne voulais jamais oublier ces instants-là, ces simples secondes où nous parlions, où nous riions avant de laisser nos lèvres nous porter, me faisant sombrer dans une douce atmosphère où il n’y avait plus que les rayons du soleil qui jouaient avec les traits détendus de son visage et ses mains qui s’amusaient avec les miennes. J’avais l’impression que tout était flou, comme si tout cela était irréel. Plus le temps défilait, plus je m’accrochais un peu plus à lui de peur qu’une fois séparés, il n’y ait plus que le souvenir de cette soirée et de ce début de journée. Je voulais plus, plus vite et lorsqu’il fallut se lever j’eus l’impression que l’on m’ôtait quelque chose, et trop vite. Sur le pas de la porte, alors qu’il déposa un baiser sur mon front, je levais mes yeux vers lui et pendant une demi-seconde, je le regardais intensément, et un milliard de choses se bouscula sur mes lèvres –mais je restais silencieuse. Il y avait quelque chose qui me dépassait et je ne pouvais simplement pas la formuler.

Lorsque sa main sa main se glissa dans mon dos jusqu’à ma taille qu’il attrapa, mon cœur rata un battement et, soudain toute légère, je ne pus m’empêcher de l’embrasser. Tout ce qui se déroulait autour de nous m’était lointain maintenant, je ne voulais qu’imprimer dans ma mémoire que la pulpe de ses lèvres et la manière dont elles cherchaient les miennes. Je m’entendis alors rire, comme si je n’avais pas pu retenir ce simple bonheur qui se matérialisait jusque dans quelques éclats volés résonnant ans les rues de Pré-au-Lard qui désormais détenait aussi un secret que je ne pouvais percevoir quand dans les frissons que me provoquait le regard d’Ewan.


THE END


_________________
Even Closer | Forever Young | So Cold | If Stars



« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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