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Dreams don't turn to dust | Taylord

 

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 Dreams don't turn to dust | Taylord

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Scarlett Dawbson
Élève de 6ème année



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Localisation : Probablement en train de dessiner quelque part dans le parc, ou sur le pont
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Particularités: Mes cheveux rouges, c'est ce que les gens remarquent en premier. Pour le reste... Cela ne regarde que moi.
Ami(e)s: Haruhi, Ophelia, Rose
Âme soeur: Into the stormy sea, will you remember me ?

MessageSujet: Dreams don't turn to dust | Taylord   Mer 27 Fév - 17:51



When tiger eyes begin making you blush
And when diamonds boast that they can't be crushed
Let them go, 'cause dreams don't turn to dust




Dans la clarté de cette belle journée, il y avait tant de souvenirs qui brillaient dans ma mémoire comme autant de petits flocons qui brillaient délicatement, éclairés par le soleil hivernal. Le parc de Poudlard était encore recouvert d'une jolie couche de neige qui, selon la lumière, selon la force de vent, se métamorphosait encore et encore, comme si le paysage avait été un vaste tableau qu'un peintre invisible s'amusait à changer selon son humeur. J'avais eu tout le loisir de l'observer, car même si j'avais passé mes vacances en dehors de Poudlard, Pré-au-Lard était tout prêt et on y voyait le château et ses alentours. Comme c'était étrange de me dire que Poudlard, que j'avais tant haï, devenait petit à petit ma maison... Et la magie devenait petit à petit ma vie, quoi que j'en pense. Je détestais me dire qu'elle avait fini par m'avoir, par m'habituer, petit à petit, et que ne je sursautais plus à chaque fois qu'un tableau parlait, ou bien qu'un objet bougeait ou parlait. Une part de moi avait toujours envie de se rebeller contre tout ce contre-nature, mais je ne pouvais plus décemment plus me détourner de ce qui avait construit mon existence... Renier la magie serait aujourd'hui revenu à renier Haruhi, Maman, à renier Taylord, Ophelia, et Kelsy même, alors que pourtant je l'oubliais petit à petit - seuls me restaient les meilleurs souvenirs, flous, évanescents, mais agréables. Et cela je ne le pouvais pas. Quand je repensais à Haruhi qui m'avait dit, au début, alors que nous apprenions à nous connaître, que j'allais m'habituer à tout cela, et que je ne l'avais pas crue, je comprenais maintenant ce qu'elle avait essayé de me dire. Même dans un univers hostile il y a toujours quelque chose de positif - il suffit de le trouver, et une fois qu'on s'y est accroché, tout est tellement plus beau...

Pendant les vacances, que j'avais passées dans l'appartement de ma mère, Margaret Winter, je m'étais essentiellement reposée et j'avais partagé du temps avec elle. Car c'était cela qui nous faisait défaut : le temps, à jamais perdu il me semblait, puisque ces treize années d'absence ne seraient jamais rattrapées... Cette idée planait dans mon esprit, et dans le sien peut-être, et c'était sans doute cela qui nous poussait à faire le plus d'efforts possibles. Les débuts avaient été chaotiques mais il me semblait maintenant que nous avions trouvé notre équilibre, une véritable harmonie : un peu comme son appartement, joliment décoré mais sobre, et comme les couleurs de ma chambre, dans les tons pastels. Il régnait une infinie douceur dans cette atmosphère, et jour après jour je me sentais chez moi. Et c'était tout ce qui importait, n'est-ce pas? Que je trouve auprès de ma mère cette sensation de plénitude, que je n'ai plus rien à craindre à ses côtés. J'avais constamment peur de ne pas être la fille qu'elle avait espérée - après tout, il en fallait des années pour bien se connaître, et même si elle faisait tout pour me mettre à l'aise, que se cachait-il dans les méandres de ses pensées? C'était sans doute pour laquelle j'avais été si méfiante au départ, et que je lui avais parlé sans trop de détours, que je lui avais avoué mes préférences pour les filles, par exemple. Comme si j'avais voulu la tester. Et si aujourd'hui encore j'avais peur, il me suffisait de repenser à tout cela : pas une fois, pour l'instant, elle n'avait montré de la déception à mon égard. Et mon cœur s'emplissait de soleil rien que d'y penser.

Nous avions partagé des moments à la fois parfaits et simples, mais c'était tout ce qui m'importait. J'adorais tout particulièrement quand elle me faisait la lecture, au coin du feu, et que j'étais installée dans le canapé à dessiner, Nelly couchée entre nous ; ou bien quand nous nous promenions à Pré-au-Lard, que nous faisions les boutiques, et que les commerçants faisaient des remarques toutes simples en apparence mais tellement importantes pour moi : "Madame, votre fille désire peut-être essayer ce modèle-là?". Dans ces moments-là, j'avais tellement l'impression d'obtenir enfin ce qui m'avait tant manqué, que rien n'aurait pu me rendre plus heureuse. Et puis j'aimais nos conversations, à la fois toutes en retenue parce que l'une comme l'autre nous y allions délicatement, ce qui ne nous empêchait pas d'aborder des sujets très sérieux. Par exemple, je lui avais beaucoup parlé d'Ophelia, et du fait que je ne comprenais pas pourquoi je m'acharnais tant à penser à elle, car elle semblait me considérer uniquement comme mon amie, mais il y avait quelque chose d'indéfinissable dans la grâce de ses gestes, dans le gris de ses yeux, que j'aimais tellement, qui m'emplissait tellement d'espoir! Je lui avais raconté aussi mon inquiétude pour Taylord, à qui j'avais envoyé une lettre pour lui souhaiter de bonnes fêtes, d'ailleurs. Comme j'avais connu le vide désespéré de ce qu'on appelle un chagrin d'amour, je me figurais bien ce que mon amie traversait, et je savais aussi qu'elle s'en relèverait un jour parce qu'on ne meurt pas d'avoir le cœur brisé, aussi douloureux que ce soit. Mais j'étais tout simplement inquiète pour elle, et j'avais besoin de parler de mes doutes, et Maman m'avait prêté une oreille attentive. Je lui avais aussi raconté tous nos projets d'avenir, d'études, avec Haruhi, et même si rien n'était certain, cela me plaisait qu'elle me donne son avis, me lance sur des pistes, émette quelques objections. Malgré le fait qu'elle soit ma mère elle me considérait, et je m'en rendais compte lorsque nous parlions, pas comme une simple enfant mais comme quelqu'un avec qui elle pouvait vraiment échanger des idées, et cela me flattait autant que cela me faisait plaisir.

J'avais noirci des pages et des pages de mon nouveau cahier de dessin, offert par Maman à Noël ; pour la plupart c'était des paysages, Pré-au-Lard et Poudlard sous la neige, mais j'avais aussi dessiné Maman, des anecdotes de nos vacances, Nelly, Ophelia évidemment car j'en avais besoin tant je pensais à elle, et j'avais aussi dessiné Taylord sur un cheval dans un décor que j'imaginais américain, que je lui avais d'ailleurs envoyé avec ma lettre.

Le jour de la rentrée m'avait paru venir à la fois trop vite et à la fois, il me semblait que j'étais chez Maman depuis des mois, tant nous avions fait de choses et partagé de bons moments - heureusement, elle habitait près et je savais que j'allais la revoir sans plus tarder. Mais tout de même, quitter ma chambre aux teintes vert d'eau et violet pâle me faisait un petit quelque chose - sans doute que le fait qu'on m'ait arrachée une fois à ma mère restait là, tapi en moi, et que je craignais à tout moment qu'elle me soit prise à nouveau... Mais je retrouvais Haruhi, mes amis, et Ophelia, et cette pensée me rassurait.

Le premier jour, les filles de Gryffondor décidèrent de se retrouver toutes au bord du lac après le déjeuner, comme une sorte de rendez-vous d'après les vacances pour se retrouver toutes ensembles et se raconter nos vacances. J'y allai avec Haruhi évidemment, et nous étions tellement heureuses de nous retrouver qu'il me semblait qu'il ne faisait même pas froid. Emmitouflée que j'étais sous ma grosse écharpe et avec mon bonnet blanc et rose, l'air qui nous fouettait le visage et les petits flocons qui flottaient un peu partout ne me gelaient même pas le visage. Je riais et je parlais, et la neige fraîche qui crissait sous nos pas ponctuait nos rires et nos cris de petits bruits sourds. Nous nous étions installées près du lac, gelé en son bord mais pas au milieu, et certaines s'étaient déjà mises à lancer des cailloux dans l'espoir de briser la glace. Je finis par m'éloigner un peu du noyau et me mettre un peu à l'écart, parce que je l'avais repérée : Taylord était là, et comme j'avais fait exprès de prendre quelque chose que je comptais lui offrir, le moment était parfait.

Je m'installai à côté d'elle, dans la neige, sortant un paquet de mon sac, tout en lui souriant d'un air mystérieux, puis je le posai sur ses genoux.


- Tiens, joyeux Noël en retard ! En réajustant mon écharpe autour de mon cou pour qu'elle me tienne bien chaud, je jetai un regard aux autres qui s'affairaient toujours autour du lac, et j'hésitai quant à la manière de lui poser la question, la bonne question... Comment se sont passées tes vacances?

Sans doute que je n'avais aucune envie de savoir qu'elle avait broyé du noir tout au long des deux semaines, mais je voulais qu'elle me raconte et tant pis pour mon inquiétude, surtout que je n'avais pas eu de détails du bal et pourtant il ne m'avait pas échappé qu'elle avait dansé avec lui...

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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: Dreams don't turn to dust | Taylord   Jeu 28 Fév - 15:22


♪ True Believer ♫

Never true were my wishes
until one fine day my fortunes changed
I was standing at the station
waiting for some kind of sign
Closed my eyes in meditation
saw our love stretch onward for all time
and now I’m a true believer, true believer



Dès qu’on s’était installés dans l’avion, les vacances à Comanche avaient pris la même saveur qu’un bonbon acidulé – acide sur les papilles dès l’instant où on le posait en bouche, et devenait ensuite plus doux et sucré une fois cette première pellicule retirée. Puis venait le moment de le croquer et tout le parfum revenait contre le palet, pétillant et craquant dans ce que j’imaginais comme être un arc en ciel de couleurs qui se succédaient comme les pierres cristallisées transparentes que l’on met dans les rayons du soleil et faire refléter toutes les différentes nuances de teintes qui les composaient. C’était piquant, mais agréable à la fois – ce même agréable qui donnait l’envie d’en reprendre un juste ensuite, sans se demander si c’était bien ou pas, pour retrouver les mêmes sensations, jusqu’à la prochaine gourmandise.

Sauf que ben en attendant, on était plus à Comanche, et que tout ce qui n’était même pas secondaire là-bas parce qu’ils n’avaient même pas lieu d’être… Ici prenaient d’aitre proportions, parce que c’était notre tronc commun à Chuck et à moi et qu’on ne pouvait pas nier qu’il y avait des racines qui avaient pourris, et que même en les coupant net, ce n’était pas si facile que ça de s’en débarrasser. C’était trop con en plus et je ne voyais pas pourquoi est-ce que je n’y avais pas pensé avant parce que Poudlard et la maison, c’était deux mondes tellement différents… C’était aussi parce que c’était deux mondes tellement différents que j’avais fait une séparation bien distincte entre les deux, et que maintenant aussi, je courrais après toutes ces questions, dès l’instant où on avait franchi la barrière pour rejoindre le Poudlard Express parce que voilà, je n’allais pas les lui poser, donc j’avais plus qu’à m’étouffer avec pour voir si comme ça, j’avais plus de chances de trouver les réponses comme ça ou pas. Parce que Chuck l’avait dit, d’accord, malgré l’intensité de nos retrouvailles, il y avait une petite partie de mon cerveau qui s’était chargé de la garder bien au chaud pour la ressortir le moment opportun, comme là par exemple, et qu’il l’avait retenu, et pourtant… Et pourtant… Il y avait Chuck et Taylord du Texas qui prenait comme point de départ son arrivée au ranch et ce qui s’en était suivi ensuite, tellement simple finalement que ça avait coulé comme un ruisseau se déversant lentement dans la mer – mais il y avait aussi Chuck et Taylord de Poudlard, et tout de suite, ça devenait beaucoup plus compliqué parce qu’il y avait tout un passé derrière, toute une relation aussi, et c’était cette relation précisément sur laquelle, bien malgré moi, je me calquais, alors qu’en tous points, je voulais qu’elle soit différente…

J’étais un peu sur la retenue et même si pas une seule fois il ne l’avait évoqué, je ne pris pas sa main pour monter dans le train à la recherche d’un compartiment vite pour nous deux parce que Coop avait retrouvé ses amis, repoussant délibérément le problème à plus tard. C’était pas évident aussi, de pas savoir comment se comporter, quand on sortait d’une histoire cachée avec quelqu’un, qui était devenue publique à la fin seulement – sympa l’ironie – pour rentrer ensuite dans une histoire publique, avec la même personne, et si pas une seule fois il avait été soulever que ça allait se passer comme avant… bah je préférais le laisser décider quand même, même si moi j’avais envie de le prendre dans mes bras et de me reposer contre lui, mais que ce lourd rideau qui était tombé à notre arrivée en Angleterre avait sournoisement réussi à casser les vacances des USA, comme si ce qui se passait à Comanche restait à Comanche à défaut d’habiter à Las Vegas. Ici, le moindre recoin était chargé du passé et je voulais m’en défaire autant qu’il me poursuivait, mais non, c’était en train de prendre des apparences d’une pièce rejouée, on avait les mêmes rôles, il se passait la même chose et évidemment que ça ne me plaisait pas. C’était con en plus, ça par contre je le savais, parce j’avais qu’à lui dire ce que je ressentais à propos de ça pour qu’il me rassure comme il l’avait déjà fait, mais je voulais pas faire celle qui était relou et chiante dès le début, alors que c’était lui qui avait fait le plus d’efforts en venant et tout ça, et il allait penser que je le prenais pas au sérieux, alors que c’était pas vrai. Au moins, on trouva des places tout au fond, donc on fut tranquille tout le voyage allégeant un peu tout ça, et aussi pour garder encore un peu d’intimité, parce que ce n’était pas dans la salle commune qu’on allait vraiment en avoir…

Je me rendis compte que j’avais été trop bête quand ce fut Chuck qui se chargea de mettre fin au suspens le premier lorsqu’on s’embrassa en arrivant dans le hall, qu’il n’y avait aucune raison de s’en faire et que ça change, enlevant partiellement mes doutes… pour le moment. Parce que c’était un peu comme si il m’avait donné l’autorisation pour faire pareil moi aussi, de laisser tomber les liens au sol, en revoyant dans ses yeux, parce qu’ils devaient se répondre, les images de nos autres baisers des jours d’avant. Il à moi, pour moi, et j’éprouvais une certaine satisfaction de pouvoir le montrer aux yeux de tous, et si ça impliquait de nouveaux fonctionnements parce que c’était tout nouveau et qu’on avait pas l‘habitude, je devais dire que ça faisait partie du genre d’apprentissage auquel ça me dérangeait pas de me mettre le plus vite possible… J’avais eu cette petite appréhension à chaque bisou toute la soirée, mais en même temps, je n’avais qu’à sentir ses lèvres contre les miennes pour qu’elle s’enlève, et c’était aussi un peu excitant, donc quelque part, je faisais exprès, et lui aussi de recommencer…

C’était pour ça que c’était étrange aussi, le lendemain, de faire des activités séparées, alors qu’on ne s’était pas lâchés depuis des jours et des jours – j’avais l’impression d’avoir un peu les bras ballants en discutant avec les filles au bord du lac, et même si ça me faisait plaisir d’en retrouver certaines, il y avait une partie de moi qui était pressée de retourner au château pour retrouver Chuck, et je n’écoutais un peu que d’une oreille ce qui se passait, en observant, les yeux dans le vague les autres filles qui s’étaient rapprochées un peu plus près de la rive du lac, parce que mon esprit était resté là-bas, bien au chaud dans la salle commune…

Mais lorsque Scarlett vint se mettre à mes côtés, sur la neige qui humidifiait nos vêtements bien chauds, je me forçais à décrocher ma tête de mes observations et de tourner la tête vers elle, le petit sourire, dû à mes pensées, toujours sur les lèvres, d’autant qu’elle venait de me tendre un paquet que je tournais aussitôt entre mes mains, en même temps qu’elle m’annonça :


- Tiens, joyeux Noël en retard !


Je commençais à l’ouvrir en me retenant de ne pas froisser le papier pour en finir plus vite. Il y a toujours cette petite curiosité qui vous tient lorsqu’on reçoit un cadeau…

- C’est quoi ? demandai-je machinalement, même si je savais qu’elle n’allait rien m’en dire, et que j’allais le découvrir… Oh, je crois que Zephyr va faire des jaloux maintenant ! C’était un panier pour qu’il puisse s’y lover, bleu marine et moelleux à ceci près qu’il n’avait pas la même banalité que tous les autres puisque son nom y avait été brodé dans le tissu.

Je la remerciais pas un geste amical en l’embrassant sur la joue – j’avais bien reçu sa lettre au Texas et avait affiché le dessin qu’il y avait avec la lettre dans ma chambre lorsqu’elle était arrivée, flattée de voir comment elle avait réussi à transparaître à l’aide de son crayon seulement, autant de détails à la fois sur le paysage, mais de mes propres traits, qu’elle avait reproduit, de tête.


- Comment se sont passées tes vacances?


Je ramenai mes jambes vers moi pour en récupérer un maximum de leur chaleur – mais à dire vrai, sa seule question, c’était comme si j’avais pris l’un de ces bonbons acidulés, et là encore, je ne pus retenir le sourire, qui déjà, prenait toute une partie de mon visage.

- J’ai été gâté à Noël…
J’avais envie de lui raconter, même si je ne savais pas trop comment l’aborder, parce qu’on avait parlé de Chuck ces derniers mois, mais pas de la façon dont j’allais le faire là, et que quand on s’était quittées, rien ne présageait, une suite comme celle qui avait eu lieu. Au début c’était pas super, à cause de ce qui s’est passé à la fin du bal, ça aussi, je ne lui avais pas expliqué, je voulais lui dire tout, sans savoir par où commencer, et comme tout me venait en tête en même temps, difficile de ne pas en venir directement au plus important. Il est venu. Chuck. A la maison.

J’espérais être le plus neutre possible en disant ça, parce que déjà, les pintades surexcitée, ça me soulait, et j’étais pas une pintade surexcitée. Mais aussi parce que rien que d’y repenser, ça pétillait en moi comme des éclaboussures d’eau qui viennent vous rafraichir les trop chaudes journées d’été, et c’était ou comme ce que je ressentais quand ça c’était passé là-bas, avait la même force ici. Mon corps me fit retenir un frisson, partant de la pointe des pieds, jusque dans la paume de mes mains.

- Pour nous. Et puis bah ensuite il est resté… du coup, je lui résumais un peu vite parce que c’était le fil des vacances qui se repassaient dans ma tête à la vitesse grand V et si j’avais envie de me confier… Je me retrouvais soudain à court de mots, parce que j’avais encore du mal à croire que c’était vraiment arrivé, et qu’en proclamant, il devenait encore plus réel qu’il ne l’était déjà. Je suis désolée d’ailleurs, je voulais te répondre, mais quand il était là après j’ai plus eu le temps, mais j’ai adoré ton dessin. Ça m’a fait penser qu’il faudrait que tu viennes à Comanche toi aussi un jour, parce que les paysages ont rien à voir avec ici et que tu pourrais en faire d’autres, je pense qu’ils te plairaient… Je t’invite !

Plus réel. Plus beau aussi.

_________________
"Elle lui a appris à vivre.


Mend Your Heart ♪♫♪ The American Girl ♪♫♪ Two Hungry Black Birds

Il lui a appris à aimer."

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Scarlett Dawbson
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MessageSujet: Re: Dreams don't turn to dust | Taylord   Dim 3 Mar - 14:19

Avec le recul, cependant, il y avait un petit quelque chose de changé... Mais quoi ? Taylord semblait différente, encore une fois, mais pas comme ces derniers temps, plutôt comme si elle détenait un secret qui lui suffisait à elle toute seule. Pelotonnée contre elle, et l'épaisseur de mon manteau me séparait de la couche moelleuse de neige sur laquelle nous étions assises, je me demandai bien ce que cela pouvait signifier. Il m'était impossible d'oublier ce qu'elle avait traversé, et même si je n'étais pas son amie la plus proche je vivais suffisamment près d'elle, tous les jours dans son dortoir, pour voir son mal-être et les répercussions qu'il avait eu sur son physique. Et puis, Haruhi m'avait aussi raconté leurs altercations et les échanges qu'elles avaient eues, et j'étais persuadée que ce n'était pas anodin. Je ne me rappelais que trop bien de cet état de néant dans lequel on était plongé quand il nous arrivait ce genre de chose.... L'air et le temps n'avaient plus aucune saveur, et tout ce qui autrefois faisait partie des petits plaisirs de la vie avait la fadeur des tristes jours d'automne. On n'avait plus goût à rien, et surtout, plus envie de rien, parce que la seule et unique chose, la seule et unique personne qui pourrait combler tous ces gouffres et ce manque, elle ne voulait plus de nous, et il n'y avait rien qui pouvait le changer. Combien de fois avais-je pensé désespérément à Kelsy, tandis qu'autour de moi la vie continuait et que je souffrais le martyr de n'être qu'une pauvre enveloppe creuse et froissée, de laquelle on avait tout enlevé, sans exception ! Et Taylord, au tempérament tellement flamboyant, qui n'était pas vraiment le genre de personnes que l'on ne remarque pas dans une pièce car elle avait de la présence, de la personnalité, de l'assurance, avait tout d'un coup pris la consistance de la flamme fragile d'une bougie, qui vacillait dès qu'on ouvrait la porte et qu'un peu d'air venait perturber l'équilibrer, et qui semblait supplier silencieusement "s'il te plaît, ne dis rien, ne fais rien, ou je vais m'éteindre..". Sauf qu'aujourd'hui, c'était résolument une nouvelle flamme qui brillait au fond de ses yeux - le parc saupoudré de neige, le froid hivernal et le vent peu violent mais frais tout de même qui nous picotait agréablement la peau ne suffisaient pas à masquer la lueur de ses yeux bruns.

Mais à quoi me fier ? J'en ignorais trop pour me sentir soulagée et me dire : ça y'est, c'est fini. Elle a trouvé le remède à son cœur brisé. Elle ira mieux, à présent.

Sans compter que je plaçais bien peu d'espoirs en Carlton - après tout qui savait ce qui lui passait dans le crâne, j'avais aimé oser espérer qu'il se rattraperait parce qu'on ne peut décemment pas être aussi je-m'en-foutiste qu'il ne le paraissait, mais j'y avais vite renoncé. Taylord périssait petit à petit sous nos yeux, et il n'avait quand même pas loin à aller pour s'en rendre compte mais non, il n'avait rien changé, rien amorcé. Lors de notre dernière discussions à ce sujet avec Taylord, quand j'avais laissé la porte ouverte à l'éventualité qu'il regrette et revienne sur ses pas, je le pensais vraiment, car les sentiments étaient tellement complexes et tellement délicats à manipuler que je savais pertinemment que tout n'était pas si simple que cela le paraissait. Évidemment, je pensais à Ophelia, entre autres, je pensais à la manière dont mon cœur battait plus fort quand je pensais à elle, je pensais à nos après-midi ensemble, nos confidences, notre "amitié". J'aurais été de bien mauvaise foi si j'avais affirmé que les sentiments étaient soit tout blanc, soit tout noir, moi qui étais au prise d'un entremêlement d'états et de circonstances. Alors... Aussi agaçant que m'était Carlton, oui, je pouvais bien lui laisser sa chance, surtout si il était le seul moyen pour ramener son joli sourire à Taylord. Mais ensuite j'y avais renoncé. Et ensuite, il y avait eu le bal... Le bal durant lequel ils ne s'étaient visiblement pas quittés, et j'avais failli venir chercher Taylord de force, ou tien, je l'aurais embrassée sous le nez de cet idiot si je n'avais pas risqué qu'Ophelia le voit, rien que pour le faire cogiter un peu. Ça m'avait fait mal de la voir si jolie dans sa robe rose et apparemment si heureuse, au bras d'un garçon qui ne lui accorderait qu'une soirée - pourquoi plus puisqu'il n'avait rien fait en ce sens ? Je m'en étais beaucoup voulu de ne pas être allée la chercher et de ne pas avoir mis un terme à cette soirée qui n'était que de la poudre aux yeux, et c'était d'ailleurs la raison majeure pour laquelle j'en avais discuté avec Maman. Car il était toujours délicat de s'immiscer ainsi dans la vie des gens, même quand on cherchait à faire le bien, et j'avais aussi trop de pudeur à ce sujet. Finalement, le bal s'était terminé et je ne pouvais que me souvenir de l'air heureux de Taylord, qui me partageait en deux : j'étais contente qu'elle s'amuse et se sente bien, mais j'étais très inquiète qu'elle replonge d'autant plus, une fois que Carlton s'était bien amusé avec sa souris le temps d'une soirée.

Comme elle n'avait pas répondu à ma lettre - je ne lui en voulais pas car je me doutais qu'elle était occupée chez elle, mais tout de même, elle n'avait pas apaisé mes craintes - je ne savais absolument pas comment elle se souvenait de cette soirée. Mais une chose était certaine : j'allais en savoir plus aujourd'hui, je le devinais au fond de ses yeux. Bien installée, je me contentai de lui sourire doucement et d'attendre la suite, n'étant pas du genre à la pousser aux aveux. Quand elle eut défait mon cadeau avec une hâte qui me fit plaisir, le petit panier apparut, et j'en étais très fière car nous l'avions fait, avec Maman, ainsi qu'un autre, identique mais rose pâle, pour Nelly. Maman m'avait montré pour la mousse, puis nous avions cousu ensemble le tissu et je me débrouillais déjà bien car j'adorais ça, mais elle m'avait appris de nouvelles techniques, et le résultat était plus que satisfaisant. Et pour finir, j'avais joliment brodé le nom de nos deux chats sur leurs paniers respectifs.

- ... Oh, je crois que Zephyr va faire des jaloux maintenant !

J'eus un grand sourire en constatant que mon cadeau lui plaisait et je répondis à son baiser de remerciement - un autre de nos baisers, plus intime, me revint alors en mémoire, mais il passa sans s'arrêter - avant de lui expliquer les grandes lignes :

- Nelly a le même, en rose, on les a fait avec Maman pendant les vacances. Elle m'a appris plein de nouvelles façons de faire en broderie et en couture !

En plus du dessins, coudre et broder étaient parmi mes activités favorites, et j'étais heureuse de partager ça avec Maman, même si elle avait bien d'autres dons artistiques dont j'étais dépourvue, et d'ailleurs je l'admirais car elle écrivait admirablement bien. Mais j'aimais le fait qu'elle sache tant de choses, comme un puits de connaissance, et qu'elle me les apprenne, à moi et rien qu'à moi.

Comme je voyais que Taylord changeait légèrement de position et ramenait ses jambes contre elle comme si elle avait cherché à protéger son secret un peu plus longtemps, je la laissai me raconter, la curiosité piquée, et agréablement, car ce n'était pas des larmes dans ses yeux mais bien comme des petits diamants, et du sourire dans sa voix, ce qui changeait de d'habitude - autour de nous, le parc était d'une blancheur éclatante et le lac reflétait tout cela, même si sa surface était perturbée des jets de pierre de nos camarades qui riaient un peu plus loin. L'hiver rude m'apparaissait doux soudain - sans doute était-ce que derrière cette odeur de glace et de neige pure apparaissait déjà le renouveau de la nature, annonceur de l'arrivée du printemps.


- J’ai été gâté à Noël… Au début c’était pas super, à cause de ce qui s’est passé à la fin du bal. Je sentis ma bouche se crisper tristement : j'avais eu raison. Il est venu. Chuck. A la maison. Pour nous. ... Mais elle s'entrouvrit alors légèrement de stupeur. Et puis bah ensuite il est resté… Et quand elle se lança dans le récit plus ou moins détaillé de son arrivée, de ce qu'il avait dit, puis de leurs vacances ensemble, je l'écoutais sans mot dire, enregistrant les informations, mais peinant à y mettre de l'ordre et à tirer le vrai du faux. Je suis désolée d’ailleurs, je voulais te répondre, mais quand il était là après j’ai plus eu le temps, mais j’ai adoré ton dessin. Ça m’a fait penser qu’il faudrait que tu viennes à Comanche toi aussi un jour, parce que les paysages ont rien à voir avec ici et que tu pourrais en faire d’autres, je pense qu’ils te plairaient… Je t’invite !

Ma première réaction fut de sourire, évidemment, flattée de son invitation - j'aurais adoré - mais j'étais à des lieues d'imaginer nos prochains vacances ensemble, trop obnubilée par ses récents aveux. Était-ce pour de bon ? Je n'arrivais pas à y croire totalement et pourtant... Il avait fait tout ce chemin pour elle et pour lui dire ce qu'elle voulait entendre, il avait parcouru des milliers de kilomètres, et ce ne pouvait pas être pour tenter de la récupérer l'histoire d'une soirée. Je compris alors que le renouveau était réellement arrivé et que Taylord était déjà au printemps, elle, et un immense poids s'envola de mon cœur pour aller disparaître dans le ciel blanc. Toutes les histoires d'amour n'ont pas la chance de bien se terminer ainsi, mais j'étais tellement, tellement heureuse pour elle, qu'il me semblait n'y avoir plus aucune ombre au tableau - juste quelque léger flou.

- Mais alors, au bal, tu le savais déjà?... Il y avait toujours petit détail qui me dérangeait, cette pièce qui manquait au puzzle. En tout cas si il a fait tout ce chemin... C'est bien la preuve qu'il t'a aimée et qu'il t'aime encore, dis-je avec un petit sourire complice, en repensant à ce que je lui avais dit justement. Et maintenant, ça se passe comment? Ça doit être un peu différent en revenant à Poudlard j'imagine...

J'avais envie de rajouter qu'il pouvait tout de suite oublier de se comporter comme avant, car maintenant qu'il avait fait ce grand pas en avant, c'était très bien d'accord, mais je n'allais pas le laisser re-jouer avec Taylord comme il avait pu le faire. Je connaissais bien son goût pour les filles puisque je le partageais - il avait intérêt à se tenir à carreau.

- C'est une belle prise de conscience en tout cas, conclus-je sur un ton plus léger. J'aimerais tellement que ça arrive à Ophelia... ajoutai-je un peu trop vite, sans vouloir le laisser s'échapper à haute voix. Surtout que cela me rendait triste d'y penser, et que je ne voulais pas gâcher cet instant qui était celui de Taylord - elle l'avait bien mérité. Pour me rattraper, je rebondis sur ce qu'elle m'avait proposé : J'adorerais venir chez toi ! Et puis, c'est tellement loin comme pays, je n'arrive même pas à me l'imaginer !

Je nous imaginais déjà et l'idée me plaisait - encore plus quand j'imaginais Haruhi avec nous car cela me manquait que nous traînions ensemble, et j'espérais qu'elles allaient se réconcilier pour de bon et oublier tout ce qui avait pu un jour les séparer.

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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: Dreams don't turn to dust | Taylord   Mar 5 Mar - 19:12

Il y avait Chuck, Chuck, Chuck qui chantonnait dans ma tête comme une petite clochette annonciatrice de bonnes choses à venir. Je le voyais partout, même là où il n’était pas, encore plus quand il ne l’était pas, pour pallier au manque, de plus en plus flagrant à chaque fois – ce que j’aurais dû faire, si j’avais été raisonnable, c’était de me méfier de cet état d’esprit, de ne pas y succomber aussi vite que la dernière fois, parce que le sevrage était la pire des douleurs, bien plus que celle physique, et il fallait que je m’habitue à ne pas trop en dépendre, à dire stop quand il le fallait, à tenir les rênes et à choisir quand je le décidais et à quelle allure, les obstacles que je voulais franchir, dans quel sens et à quel moment. Ça aurait été bien oui, sauf que raisonnable, je ne l’étais pas et que je montais à cru sans utiliser aucune aide sur mon cheval lancé au triple galop qui grimpait les collines comme si c’était cet effort, qui, contradictoirement, lui donnait toute cette énergie. Alors tant pis, je me laissais emporter, tout en me demandant bien vers quel chemin ça allait me porter, mais l’horizon s’étendait à perte de vue. J’espérais juste ne jamais, plus jamais entrevoir la barrière qu’il y avait en son bout…

Evoquer mes vacances à Scarlett m’en faisait voir un aperçu nouveau, comme si un filtre avait été retiré de mes yeux, pour voir d’une nouvelle manière les angles – je ne disais pas que c’était défavorable, c’était même tout le contraire parce que revivre ces moments, encore, et encore, et encore, ne les ternissaient pas comme on aurait d’abord pu le penser, mais les rendaient encore plus éclatants que la poussière d’étoiles qui brille de mille façon, même dans la soirée la plus obscure. Il ne m’était aussi pas interdit d’en parler cette fois, et même s’il y avait des détails, qui, je le savais n’étaient réservés qu’à Chuck et moi, et là-dessus nous n’avions pas besoin de nous consulter pour savoir lesquels – même si je ne disais pas tout, même si j’en disais plus que je n’aurais peut-être dû le dire, rien que de savoir que j’avais l’appui de mes amis qui m’avait tant fait défaut avant me retirait ce cadenas, cloué sur mes lèvres, qui me forçait à trahir un quand ou un autre dans tous les cas, selon lequel je choisissais…


- Mais alors, au bal, tu le savais déjà?.... En tout cas si il a fait tout ce chemin... C'est bien la preuve qu'il t'a aimée et qu'il t'aime encore. Et maintenant, ça se passe comment? Ça doit être un peu différent en revenant à Poudlard j'imagine...

Je m’arrêtais à ces remarques immédiatement. De l’appui, puisqu’on en parlait, oui, il y en avait, mais tout dépendait de sous quel perspective on l’envisageait – par respect, et aussi parce qu’elle était une véritable amie, et qu’une grande part d’elle-même y croyait, Scarlett, plus qu’entre tous, avait souhaité me pousser dans cette direction tout en essayant tant bien que mal à m’aider à maintenir le cap, même quand celui-ci n’était pas au beau fixe. Mais il y avait cette autre part, qui, si elle ne l’avait jamais dit directement, mais sans le cacher non plus, n’aspirait pas cette méfiance qui continuait de flotter telles des nappes vaporeuses et de mauvaise augure. Je sentais ses mots savamment calculés, entre la joie de pouvoir partager ces instants avec moi, assaisonnée d’une légère pointe d’appréhension qui se communiqua jusqu’à moi, même si j’imaginais bien que ce n’était pas ce qui était voulu et que jamais Scarlett n’avait eu de mauvaises pensées ou intentions. Mais que sans le savoir, elle maintenait à hauteur d’yeux toutes les réflexions que j’avais eu dans le Poudlard Express, et après…

- C’est lui qui m’a invité au bal, mais ça avait pas de rapport avec tout ça, en tout cas je crois pas, pas pour lui quoi. C’était un peu bizarre, parce que soit il se comportait comme si on était juste des amis, puis ensuite, quand on dansait ensemble, il y avait tout autre chose… des remous se soulevèrent quand me revinrent les émotions tellement diverses et variées qui m’avaient habitée le soir du bal. Et il me semble que c’était réciproque pour tous les deux, parce que quand on est rentrés dans la salle commune, à la fin, on s’est embrassé. Il a pas dit non, et j’étais d’accord aussi, mais quand je lui ai posé la question, je sais pas, ça s’est mal passé, il est retourné en arrière, et moi ensuite, je comprenais plus non plus… Alors j’ai vraiment voulu que ça s’arrête tu sais, parce que ça devenait trop pesant à supporter, mais là il a commencé à se fermer, et même maintenant, parfois, j’ai l’impression qu’il se ferme, et j’ose pas trop lui demander parce qu’il le fait encore plus… Mais du coup y’a des trucs que je voudrais bien lui dire moi aussi, mais j’y arrive pas, parce qu’ensuite je me dis que ça vaut pas le coup, que ça va passer et que ça sert à rien qu’on se prenne la tête avec ça, parce qu’il y a pas de raison, s’il le fait pas, même si pour ça, je devais laisser entreposées dans un coin mes inquiétudes, parce que je savais qu’elles étaient non fondées et que ça allait nous faire du mal plus qu’autre chose, mais n’empêche que j’y pensais… Mais voilà, ça aurait dû être fini, mais il arrivé quand même alors que je m’y attendais pas, pour me dire toute ces choses ensuite…

Je me perdis moi-même dans mes paroles, vacillant pour la énième fois dans cet ailleurs qui était le mien, tout sourire. Parce que dans la tempête, il y avait ce papillon coloré qui complètement indifférent à ce qui se passait, et se posait quelque part, comme un appel au calme, et à l’apaisement.

- Tu as raison, rien que dans le train et à la gare, c’était pas pareil, je sais pas trop comment ça va se passer… Le problème, c’est que dès qu’il se passe quelque chose, je peux pas m’empêcher de comparer à avant. Mais je veux pas que Chuck le sache, parce que je sais qu’il fait plein d’efforts et après il pourrait croire que je les vois pas alors que c’est pas vrai, mais c’est plus fort que tout… Parce que pour ça aussi, cette fois, j’ai pas envie qu’il fasse demi-tour…
Autant parler de mes craintes à quelqu’un, si ce n’était pas lui. Je ne voulais pas lui cacher des choses – pas déjà – mais c’était des choses que je voulais régler pour que ce soit mieux pour nous deux, donc puisque bientôt, ils ne seraient plus là, ce n’était pas vraiment un secret…

Malgré tout ce que je venais de lui raconter, je tiquais encore ce que Scarlett avait fait remarquer en posant ses questions, en faisant plusieurs petites boules de neige entre mes mains. Parce que je ne savais pas si avant justement, il m’avait aimé, quand est-ce que ça c’était produit, ni pourquoi. Je connaissais l’élément déclencheur qui l’avait fait revenir jusqu’à moi, ma figurine qui avait formé ce fil invisible entre nous, tout frêle mais qui n’avait pas cédé, et ça avait été le lancement de tout, vraiment, mais, et avant ? Est-ce que c’était de l’amour, est-ce que c’était de l’affection, est-ce que c’était quelque chose qui y ressemblait, ou qui n’avait rien à voir ? Et de mon côté, tous ces mois et ces semaines passées à attendre, tout en ayant conscience de ce que je ressentais, mais qui n’était pas réciproque… En fait, ce qui me rendait vraiment triste, c’était de penser que pendant longtemps, je l’avais regardé d’une façon bien particulière, mais lui d’une autre qui n’était pas celle que j’attendais, et même si maintenant, c’était fini, je n’allais plus à m’en soucier, tout à allait bien et puis ce n’était pas une compétition, et ben, c’était aussi un peu ce manque d’équilibre qui me faisait peur, on disait bien que dans un couple, il y en avait un qui était amoureux plus que l’autre, et je ne voulais pas que ce soit moi, je ne voulais pas trop l’aimer, ni plus l’aimer, et je ne voulais pas que ce soit lui non plus, y’avait pas de dosage, c’était pas comme si on allait au marché aux légumes pour peser ses courgettes !!

Mais à partir de quand est-ce qu’il l’avait été ? Ça ne pouvait qu’être tout récent, puisqu’il avait tant espéré pour notre amitié jusqu’à avant les vacances… J’écrasai un boule de neige du plat de la main pour m’interdire d’aller plus loin de vagabondage, parce que c’était stupide de créer des nouveaux problèmes, alors qu’on en avait pas besoin, et que j’avais tout ce que je voulais ! Pourquoi est-ce qu’il fallait TOUJOURS que tout ce qui gravitait autour ait de l’importance ?


- C'est une belle prise de conscience en tout cas. J'aimerais tellement que ça arrive à Ophelia...


Alors que rien que tout près de moi, Scarlett tirait inlassablement le levier de la machine à sous jusqu’à avoir la chance de voir s’aligner les trois images, identiques, qui était la combinaison du jackpot ?

D’autant que la complexité n’était pas la même dans son cas de figure. C’était déjà bien assez difficile d’avouer ses sentiments à quelqu’un qui avait le sexe opposé, donc lorsque c’était du même… Enfin ça n’avait pas vraiment de grande différence en soit, parce que les sentiments ne faisaient pas de différence entre les grands, les petits, les gros, les maigres, les filles et les garçons, c’était pas là que je voulais en venir, mais Scarlett – c’était ce que je présumais et de ce que m’en disait mon amie – pour Ophelia, ses sourires n’étaient rien d’autre que des sourires que l’on fait à une amie qui vous mais assez en confiance pour avoir assez envie de partager des choses avec elle, et c’était normal, même si ça me rendait un peu morose pour Scarlett, parce qu’elle n’avait pas les mêmes attirances, et que contre ça, même les potions et formules ne pouvaient rien. Ou bien si, certaines le pouvait, mais ne remplaçait pas la puissance de celui qui était véritable. J’aurais aimé moi aussi pouvoir lui assurer que ça allait arriver – mais contre ça, tout ce que je pourrais ou pouvais dire, il me semblait, ne changerait rien, ni ne ferait évoluer les choses…

- … Tu ne le lui diras pas ? Je crois que je pouvais déjà entendre sa réponse avant qu’elle ne la formule, mais c’était un peu pour tâter le terrain – mais je savais trop ce que c’était de ne pas vouloir prendre le risque de perdre une personne qui vous est cher en dévoilant ses véritables pensées. Même si pour ça il fallait vivre dans le mensonge et l’enfermement. Qu’est-ce qu’il y avait de pire ? L’amour non partagé, mais en compagnie de la personne qu’on aime en silence, ou alors l’amour non partagé où c’est la solitude qui lacère chaque jour un peu plus de l’intérieur parce que tout espoir a salement été mélangé à la poussière en le révélant ? Pour ce qui concernait Scarlett, j’avais l’impression d’être confrontée à une impasse, parce qu’Ophelia était libre et qu’il aurait été bien malheureux de la forcer. Il n’y a qu’elle qui puisse décider, mais…

Mais comment on fait réaliser une fille qui aime les garçons, qu’elle pourrait aussi aimer les filles, et qu’il y en a une qui l’attend déjà ? Même moi ça me paraissait absurde parce que c’était foncer droit dans le décors, et quelque part, ça m’énervait de ne pas trouver, et qu’une fois de plus, deux éléments s’attiraient, mais sans jamais se rencontrer … Et puis je ne voulais pas donner de fausses espérances à mon amie, en lui disant d’attendre, de patienter, et que peut être un jour… quand on voyait bien que pour l’instant, ce peut être un jour, il n’y était pas.


- J'adorerais venir chez toi ! Et puis, c'est tellement loin comme pays, je n'arrive même pas à me l'imaginer !


Comme elle s’était reprise, je n’insistais pas –libre à elle de prolonger le sujet ou pas, et comme il était sensible, c’était à elle d’en décider lorsqu’il débutait, et comment il se concluait. J’allais donc sans attendre dans son sens :

- L’été on a même l’habitude de faire des ballades de plusieurs jours, et je connais des coins ou le coucher de soleil est encore plus beau
, il l’était n’importe où, c’est vrai, mais le paysage, toujours différent d’où on se trouvait, le rendait toujours plus unique, et je n’avais encore jamais connu d’exception. Les couleurs sont souvent différentes et ça me fait penser à toi et à celles que tu pourrais mettre sur tes croquis. Je la regardais soudain en ouvrant la bouche de surprise et en me redressant parce que même si le panier de Zephyr aurait dû me le rappeler, comme on avait enchaîné tout de suite avec mon histoire, j’avais complètement zappé. Ça me fait penser, moi aussi, j’ai ton cadeau ! Je fouillai dans mon sac pour en sortir mon paquet, en le lui tendant. J’avais eu l’idée bien avant déjà et ça faisait un petit moment que j’y pensais, mais je n’avais pu l’acheter qu’au tout début des vacances, parce que ce qu’il contenait, même si ça n’avait rien à voir, d’une certaine manière, me faisait songer à ses dessins.

Parce que les surfaces chaleureuses et chatoyantes qui composaient ses esquisses, c’était celles-là mêmes que j’espérais bien voir peindre son cœur, comme Chuck avait signé le mien.

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Scarlett Dawbson
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MessageSujet: Re: Dreams don't turn to dust | Taylord   Mer 20 Mar - 17:44

Quand je soufflais, la vapeur d'eau qui s'échappait de ma bouche et se dissipait dans l'air dessinait de jolies arabesques, et si le parc n'avait pas été couvert de poudreuse il n'aurait pas eu, je crois, autant de charme en cet instant : quelque chose dans les rires qui provenaient du groupe des Gryffondor un peu plus loin, dans les sons ouatés par la neige autour de nous, par l'équilibre parfait des flocons sur les branches qui redessinaient le paysage d'une manière différente, et enfin dans la présence de Taylord à mes côtés apportait une sérénité toute particulière en cet instant. Je n'étais ni foncièrement malheureuse ni particulièrement heureuse ces derniers temps, même si mes vacances avec Maman avaient été paradisiaques, car dès que je repensais à Poudlard, ou bien dès que je me glissais sous mes draps et que je fermais les paupières pour rêver, ce n'était plus le visage de Kelsy qui apparaissait pour me rappeler ce que j'avais perdu, mais celui d'Ophelia, qui brillait, entouré d'un halo - et il me rappelait seulement ce que je n'avais pas. Alors il y avait toujours des instants où j'avais mal au cœur au sens figuré du terme, comme je l'avais bien souvent expérimenté, et je me sentais un peu triste. Nostalgique, aussi - comme c'était plus simple avant, quand je ne croyais pas encore à l'amour et que je le lisais seulement dans mes romans préférés en m'imaginait combien il était merveilleux, mais fictif ! Aujourd'hui, tout me paraissait à la fois simple et compliqué : simple en ce qui concernait mes choix concernant Ophelia, compliqué en leur réalisation, leur réussite. Et ce paradoxe me maintenait dans un état d'éternel incertitude, bercé d'espoir et de désillusion. Pourtant, en cet instant - je laissais ma main caresser la couche de neige, heureusement que j'avais mis des dents, en observant, plutôt ravie, Taylord déballer son cadeau et constater qu'il lui plaisait - quelque chose dans l'atmosphère, quelque chose dans les paroles un peu bancales de Taylord mais sans son sourire enfin revenu, me remplissait d'un nouvel espoir, bien plus serein que d'habitude. Il avait l'air de savoir, de détenir les clés de ce que j'ignorais - il me paraissait infini comme l'océan mais doux et chaleureux comme la lumière d'un soir d'été. Et j'aimais ces moments. Non seulement ils m'enveloppaient d'une quiétude rassurante, mais ils m'ouvraient de nouveaux horizons également. D'ailleurs, c'était dans ces dispositions que j'étais le plus inspirée pour dessiner.

Alors je me méfiais toujours un peu, mais j'étais déjà plus encline à comprendre et à pardonner. Il était bien trop orgueilleux d'affirmer pouvoir pénétrer dans l'esprit de quelqu'un et comprendre et juger ses actes comme si nous avions toutes les cartes en moment pour le comprendre. Je n'étais pas franchement très disposée à l'égard de Carlton, après tout ce qu'il avait fait, mais si il faisait preuve de bonnes volontés et tentait de rattraper ses erreurs auprès de Taylord, comment refuser ? Après tout, il n'y avait que lui pour pouvoir la rendre heureuse à nouveau... Et quelque part j'étais persuadée qu'elle le savait pertinemment, mais qu'en était-il de son côté à lui ?


- C’est lui qui m’a invité au bal, mais ça avait pas de rapport avec tout ça, en tout cas je crois pas, pas pour lui quoi. C’était un peu bizarre, parce que soit il se comportait comme si on était juste des amis, puis ensuite, quand on dansait ensemble, il y avait tout autre chose… Et il me semble que c’était réciproque pour tous les deux, parce que quand on est rentrés dans la salle commune, à la fin, on s’est embrassé. Il a pas dit non, et j’étais d’accord aussi, mais quand je lui ai posé la question, je sais pas, ça s’est mal passé, il est retourné en arrière, et moi ensuite, je comprenais plus non plus… Alors j’ai vraiment voulu que ça s’arrête tu sais, parce que ça devenait trop pesant à supporter, mais là il a commencé à se fermer, et même maintenant, parfois, j’ai l’impression qu’il se ferme, et j’ose pas trop lui demander parce qu’il le fait encore plus… Mais du coup y’a des trucs que je voudrais bien lui dire moi aussi, mais j’y arrive pas, parce qu’ensuite je me dis que ça vaut pas le coup, que ça va passer et que ça sert à rien qu’on se prenne la tête avec ça, parce qu’il y a pas de raison, s’il le fait pas. Mais voilà, ça aurait dû être fini, mais il arrivé quand même alors que je m’y attendais pas, pour me dire toute ces choses ensuite…

Soit je me trompais fortement, soit Carlton lui-même était un peu dépassé par la situation. J'entrevoyais de plus en plus qu'en réalité il n'était peut-être pas aussi stupide qu'il y paraissait mais qu'il y avait plusieurs ficelles derrière toute son histoire avec Taylord et que... J'eus un léger sourire - ne pouvais-je pas comprendre ces histoires-là, la difficulté d'accepter ses sentiments, la difficulté de s'adapter à quelqu'un qui est tout pour vous et de ne pas céder à la panique, de ne pas craindre tellement pour soi-même qu'on en vient à se protéger?... Le son de cloche m'était bien familier...

- Tu as raison, rien que dans le train et à la gare, c’était pas pareil, je sais pas trop comment ça va se passer… Le problème, c’est que dès qu’il se passe quelque chose, je peux pas m’empêcher de comparer à avant. Mais je veux pas que Chuck le sache, parce que je sais qu’il fait plein d’efforts et après il pourrait croire que je les vois pas alors que c’est pas vrai, mais c’est plus fort que tout… Parce que pour ça aussi, cette fois, j’ai pas envie qu’il fasse demi-tour…

Par réflexe, je posai une main rassurante sur le bras de Taylord, qu'elle avait enroulé autour de ses genoux. Il n'y avait plus rien de cette panique un peu attisée par l'incompréhension de tout à l'heure ; il me semblait que tout d'un coup, j'avais compris. Peut-être pouvais-je montrer, mais je croyais pouvoir affirmer que ce qui se passait en ce moment n'avait rien d'effrayant pour eux, que c'était le moment où ils devaient s'accepter l'un et l'autre et que tout compte fait, ce n'était pas si facile - n'avaient-ils pas quelques mauvais souvenirs derrière eux, auxquels ils devaient s'habituer ? Je me demandais si ils étaient pardonnés, aussi. Après un silence que je laissais se prolonger jusqu'à trouver les bons mots, je détachai mon regard du lac non en face de nous et cherchai le regard de mon amie.

- Tu sais, tu ne devrais pas t'inquiéter. Quand j'ai retrouvé Maman, je lui en voulais tellement, et de son côté elle ne savait pas comment faire pour se racheter... Et puis j'ai compris petit à petit que ce n'était pas de sa faute, elle a compris petit à petit que j'avais juste besoin de son amour maintenant, et que le passé, eh bien... Il est derrière nous, fis-je avec un petit geste de la main. C'est normal que vous cherchiez votre équilibre, et ce n'est pas parce que parfois c'est bancal que ce n'est pas vrai, tu comprends ? Je pense qu'il va vous falloir un peu de temps pour régler ce que vous vous reprochez à vous même et l'un à l'autre et puis... Tu devrais lui parler, appuyai-je alors. Tu devrais lui dire ce que tu ressens et ce dont tu as peur, parce que c'est maintenant qu'il faut que ça sorte, et pas après quand il sera trop tard. Tu sais bien que c'est ça qui vous a fait défaut, alors vas-y. Et peut-être que ça le fera parler lui aussi ? Il faut bien que l'un de vous commence... Je respirai doucement, avant de regarder autour de nous, et d'avouer avec un petit sourire : Tu sais, c'est souvent avec les gens qu'on aime le plus qu'on s'y prend le moins bien, et j'ai bien l'impression qu'il fonctionne comme ça, Chuck. C'était peut-être ça son problème... Qu'il t'aimait un peu trop ?

Et que ça lui faisait peur. Plus j'y pensais et plus je me disais que ce devait être la vérité - et plus mon cœur s'emplissait de bonheur pour Taylord qui, elle ne le savait sans doute pas encore, avait une belle histoire devant elle, juste à portée de main... Je me penchai alors vers elle et lui déposai un baiser sur la joue, qui contenais tout ce que je ne disais pas mais que je pensais très fort, avant de lui murmurer :

- Personne ne va faire demi-tour.

Sans doute étais-je un peu ma placée pour donner des conseils en la matière et rassurer Taylord sur le fait qu'elle ne devait pas s'inquiéter pour son histoire d'amour car moi la première je n'arrivais pas à concrétiser la mienne - si tant est qu'elle existait - mais j'avais le recul qui lui faisait défaut, et, surtout nous n'en étions pas au même niveau... Au moins savait-elle qu'il avait des sentiments pour elle et inversement ; moi, la seule chose en ma possession était l'amitié d'Ophelia, qui m'enchantait évidemment car j'aimais penser que nous étions amies et que nous comptions l'une sur l'autre, j'aimais passer du temps en sa compagnie et partager ce que partage les amies, mais ce n'était pas explicitement ça que je désirais, c'était plus ou du moins quelque chose de bien différent... Et moi non plus je ne parlais pas, moi non plus je n'osais pas. Mais comment aurais-je pu? Ophelia, parfois, était tellement... dans son monde qu'elle ne mesurait pas tout ce qui se passait autour d'elle. Ce n'était pas de la simple ignorance ou de la niaiserie c'était autre chose, et bien supérieure, une certaine pureté que peu de personne avait, une innocence à la fois forte et fragile qui brillait en elle comme un soleil - et j'avais tellement peur de la briser en la forçant à m'écouter ! J'avais peur de la perdre, j'avais peur de la brusquer, peur qu'elle se détourne de moi. Je savais que le fait que j'aimais les filles n'était pas un problème, mais comment allait-elle réagir si elle apprenait que je l'aimais, elle? C'était tout de suite plus concret, et bien différent. Et il ne tenait à pas grand chose qu'elle s'enfuit alors... Rien ne tenait à grande chose, en réfléchissant bien. Il suffisait de si peu, dans la vie, pour que tout s'effondre...


- … Tu ne le lui diras pas ? Il n’y a qu’elle qui puisse décider, mais…

Tristement, je hochai négativement la tête. Lui dire ? Mais comment ? J'en avais envie au fond de moi mais... En réalité c'était tout autre chose. Pourtant je savais qu'en lui disant j'en aurais le cœur net - ou brisé - mais combien il était difficile de faire le grand saut, sans savoir ce qu'il y avait en dessous !

- J'ai trop peur de la perdre... Et si après elle ne veut même plus être mon amie ? Peut-être même que je lui ferai peur, ou que je la dégoûterai... confiai-je tout bas, baissant tout d'un coup les yeux vers mes chaussures.

C'était peut-être stupide, j'en étais consciente, mais malgré tout, j'avais parfois un manque de confiance en moi, surtout à ce niveau-là. Ce n'était pas toujours facile d'assumer sa différence... Au moins avec Taylord je savais que je pouvais exposer mes états d'âme sans rien risquer. N'avait-elle pas prouvé de la meilleure des manières que je ne la dégoûtais absolument pas ? ... D'ailleurs, je me demandais bien ce que pouvait penser Carlton à ce sujet, si toutefois elle lui avait dit.


- L’été on a même l’habitude de faire des ballades de plusieurs jours, et je connais des coins ou le coucher de soleil est encore plus beau. Les couleurs sont souvent différentes et ça me fait penser à toi et à celles que tu pourrais mettre sur tes croquis. Ça me fait penser, moi aussi, j’ai ton cadeau !

Subitement ravivée par la petite flamme qui se propageait des yeux bruns de Taylord jusqu'à moi, je saisis le paquet qu'elle me tendit après lui avoir lancé un regard mi-surpris mi-enthousiaste, et entrepris de défaire le petit paquet. Je n'avais aucune idée de ce que ça pouvait être et l'excitation faisait toujours un peu battre le cœur à ces moments-là ; je finis par sortir du papier coloré un attrapeur de rêve aux couleurs à la fois chaleureuses et délicates. Quand je le sortis du papier, les petites plumes voletèrent au bout de leurs ficelles. Je le soulevai et le tins devant mon visage pour bien le voir, en souriant - il était joli et me laissait en même temps imaginer un peu un autre univers, je me plaisais à penser qu'il cachait plein de secrets et de mystères, et qu'il allait maintenant veiller sur mes songes.

- Merci, il est très joli, répondis-je, touchée à mon tour par cette attention. Il vient de chez toi ? Je suis sûre que mes rêves seront bien protégés, maintenant, lui dis-je en lui souriant.

Si seulement ! Mais après tout... Le bonheur de Taylord se propageait jusqu'à moi. Peut-être allait-il me porter chance?... Par habitude, sortis un petit carnet de ma poche - il ne me quittait jamais - après avoir déposé mon cadeau sur mes genoux et me mis à griffonner une esquisse nous représentant nous deux, de dos, assises comme nous l'étions, devant un paysage de conte de Noël. Je savais que c'était en me raccrochant aux moments les plus beaux que j'allais garder la tête hors de l'eau...


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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: Dreams don't turn to dust | Taylord   Ven 22 Mar - 23:40

Il y avait un mot qui revenait très souvent avec Chuck : problème. Le truc, c’était qu’il revenait beaucoup aussi avec moi, et que c’était pour ça que là où tout avait commencé, ça n’avait été que la première lettre qu’on avait inscrite sur le papier. Puis c’en était suivit les mots, les phrases, agrémentées de ponctuation, de feuilles déchirées ou arrachées très souvent, de tâches d’encre dégoulinantes, à cause des larmes vers la fin… mais tout ça, c’était quand même notre roman – récit raconté quand même en plusieurs volumes, il y avait de la lecture. Mais toute histoire à une fin, et jusqu’à il n’y a pas si longtemps, j’avais pensé que Chuck allait continuer de rédiger la sienne de son côté, et que moi, son prénom ne reviendrait plus dans ma rédaction, et il y avait au moins ça que j’avais appris : l’histoire peut se terminer mais uniquement si on décide de reposer la plume. Chuck l’avait mise de côté, mais il l’avait reprise malgré tout ; elle avait même tracé le voyage jusqu’aux Etats Unis.

- Tu sais, tu ne devrais pas t'inquiéter. Quand j'ai retrouvé Maman, je lui en voulais tellement, et de son côté elle ne savait pas comment faire pour se racheter... Et puis j'ai compris petit à petit que ce n'était pas de sa faute, elle a compris petit à petit que j'avais juste besoin de son amour maintenant, et que le passé, eh bien... Il est derrière nous. C'est normal que vous cherchiez votre équilibre, et ce n'est pas parce que parfois c'est bancal que ce n'est pas vrai, tu comprends ? Je pense qu'il va vous falloir un peu de temps pour régler ce que vous vous reprochez à vous même et l'un à l'autre et puis... Tu devrais lui parler. Tu devrais lui dire ce que tu ressens et ce dont tu as peur, parce que c'est maintenant qu'il faut que ça sorte, et pas après quand il sera trop tard. Tu sais bien que c'est ça qui vous a fait défaut, alors vas-y. Et peut-être que ça le fera parler lui aussi ? Il faut bien que l'un de vous commence...

Tout en l’écoutant, je grattais la neige du bout de mon doigt. Je n’avais pas mis de gant alors j’avais le peau toute gelée, mais c’était bien le cadet de mes soucis – au contraire, j’avais toujours trouvé que le corps avait toujours eu des réactions personnelles par rapport à la nature et ce qu’elle lui infligeait parfois, que ça lui fasse du bien ou pas. Et c’était ça aussi qui montrait qu’il était bien un être vivant.

- Mais je l’ai déjà fait, et que justement, parfois je me demande pas si c’est pas l’occasion pour lui de se cacher derrière mes propres préoccupations, tu vois ce que je veux te dire ? Se lancer, j’approuvais que ce n’était pas évident, et je m’étais même remise en question en me demandant si ce n’était peut-être pas moi qui réclamais un peu trop d’un coup et que ça lui faisait perdre ses moyens, mais en même temps ça commençait à faire un bout de temps que je réclamais, donc forcément, ça commençait à faire un joli petit pactole… Je sais pas encore, je suis sûre que c’est parce qu’on vient de rentrer, mais que d’ici un jour ou deux se sera passé… c’était pas que j’avais peur de la confrontation, parce que c’était pas comme si on avait jamais eu, mais justement, on avait peut-être pas besoin de le rajouter sur la liste en plus du reste. Mais on en a déjà un peu parlé à Comanche en plus, et on s’est quand même à moitié disputé, j’ai l’impression que quoi que je fasse, que je l’ouvre ou que je la ferme ça finit par le foutre en rogne, et j’ai aucune idée de quoi faire pour que ça change, et j’ai pas envie que ce soit toujours comme ça. Même si le reste du temps c’était trop bien, parfois je me dis que j’ai pas trop le droit de lui faire partager mes soucis…

J’eus un petit soupir morose, parce que la route risquait d’être encore longue…
Sauf que pour la première fois, je ne la voyais pas insurmontable.


- Tu sais, c'est souvent avec les gens qu'on aime le plus qu'on s'y prend le moins bien, et j'ai bien l'impression qu'il fonctionne comme ça, Chuck. C'était peut-être ça son problème... Qu'il t'aimait un peu trop ?

J’avais porté la main au visage, pour retirer une mèche devant les yeux, qui était venue se loger là à cause du vent, et en même temps croquait un peu ma paume, avec mes lèvres étendue par le sourire. Ce que venait de dire Scarlett avait affolé mon cœur, qui lui, était pas encore trop habitué à recevoir autant d’attention de la part de Chuck, et que mon amie le dise à haute voix était là pour lui rappeler que c’était bien… que ça
existait bien et qu’on ne pouvait pas brûler ce qui était déjà une flamme. Tout à coup, je me sentais beaucoup plus sereine, parce que je crois que jamais personne n’avait soutenu Chuck comme elle l’avait fait… comme je le faisais aussi, seule contre tous, et là, elle me prouvait que j’avais raison de le faire et raison de continuer. Et que je n’avais pas de toute façon pensé à arrêter, mais que tout ça, même si on ne le voyait pas, il y avait cette substance qui était réelle, et ça, je ne voulais pas la lâcher.

- Personne ne va faire demi-tour.

- C’est pas comme si j’allais lui donner l’autorisation de le faire
, acquiesçai-je avec un petit rire. Après qu’elle se soit éloignée parce qu’elle venait de me faire un bisou sur la joue.

Pour Chuck, je ne savais pas trop, même si ça se précisait de plus en plus – mais pas comme j’aurais voulu – mais j’avais toujours été entourée d’amour, et ça au moins, je pouvais dire que je voyais à quoi ça ressemblait. L’exécuter, c’était autre chose, mais il y avait pas de méthode prédéfinie pour ça, donc j’allais y aller à ma façon, et j’allais lui montrer, comment il fallait faire. Comment on allait le faire à deux, et en plus de ce que Scarlett avait suggéré, ça me donnait envie de l’aimer encore plus, je savais pas trop si c’était possible parce que j’avais déjà l’impression d’être au maximum, mais ce maximum en atteignait toujours un nouveau, comme si les seule limites qu’il pouvait y avoir, c’était les miennes, et comme je ne cessais de les lever… comme le reste, les yeux ne suffisaient pas, on ne pouvait que le sentir, et ça dépassait tout, pour rejoindre les dimensions de l’infini. Et l’infini, ce n’était pas ça qui m’inquiétait, ça ne m’avait jamais fait peur. A l’inverse, ça me rendait plus forte, parce que ça voulait dire que plus que jamais, c’était à portée de bras.

Malheureusement… c’était à croire que ça ne pouvait jamais être le cas pour tout le monde et en même temps. Scarlett tendait les mains pourtant, mais on refusait de lui donner ce qu’elle demandait, et j’aurais juste voulu, à défaut de pouvoir lui offrir ce qu’elle attendait vraiment, alléger un peu sa mélancolie comme elle l’avait fait et le faisait encore pour moi.


- J'ai trop peur de la perdre... Et si après elle ne veut même plus être mon amie ? Peut-être même que je lui ferai peur, ou que je la dégoûterai...

Piquée parce ce que je venais d’entendre, je mon dos se dressa, plus raide, en la dévisageant les sourcils froncés. Comment est-ce qu’elle pouvait penser ça ?!

- N’importe quoi !!
En fait, c’était aussi parce que je voyais trop où elle voulait en venir que je ne voulais pas qu’elle pense ça. Passée la surprise, je pris le temps de quelques secondes pour me poser et me radoucir. Scarlett n’avait pas besoin qu’on lui rentre dedans, et ce n’était pas du tout contre elle que je me mettais en colère, mais ces sentiments qui mêmes s’ils paraissaient sincères sur lorsqu’ils étaient dit, ne faisaient rien d’autre que d’altérer la vision. Je comprends, et tu as peut être raison, on ne peut pas trop prévoir la réaction d’Ophelia, et c’est tout à ton honneur de vouloir la garder près de toi. J’avais fait pareil avec Chuck, en me convaincant – en vain – que tant qu’il était auprès de moi, son amitié me suffisait dans un acte désespéré, mais tu ne peux pas te laisser penser ça. Parce que l’amour, ça ne doit pas écœurer, et tu es la mieux placée pour le savoir, tu penses pas ?

D’Ophelia, je ne savais pas grand-chose, à part ce que mon amie me disait d’elle. Mais même en l’observant, ce que je faisais déjà un peu plus depuis que j’avais connaissance de ce que Scarlett ressentait pour elle, je la voyais être une fille… inatteignable. Pas dans le sens ou Scarlett ne pourrait jamais avoir ce qu’elle attendait, mais plutôt qu’Ophelia était parmi nous… mais qu’il y avait une part d’elle qui venait d’ailleurs, qui était ailleurs, et ce n’était pas ce monde-là, et c’était parce qu’elle-même semblait l’ignorer qu’elle était intouchable, comme de la porcelaine qu’on aurait eu peur de prendre dans ses mains, de la faire tomber et de la briser. Elle avait cette fragilité oui… mais n’était-ce peut être pas parce qu’elle avait cette apparence, que derrière, les fondements de la construction qui la composait était solide, justement pour qu’elle ne chavire pas ?

J’espérais que ma surprise allait au moins lui changer un peu les idées, et puis, j’en étais un peu fière, parce que l’idée m’était venue d’un coup, mais surtout elle avait été très évidente. J’avais hâte qu’elle la déballe pour pouvoir lui raconter la suite. Je fus soulagée de voir ses traits changer dans une expression plus chaleureuse quand elle fit la découverte du capteur de rêve. Je l’avais choisi ni trop gros ni trop petit, en expliquant à l’artisan qui l’avait réalisé l’idée que je m’en faisais.


- Merci, il est très joli. Il vient de chez toi ? Je suis sûre que mes rêves seront bien protégés.

Je hochai la tête. Les couleurs du capteur de rêve se reflétaient jusque dans la neige, réveillant un peu l’éclat blanc qui dominait dans tout le parc.

- Oui. Même si aujourd’hui c’est plus trop le cas, Comanche était majoritairement habitée par les indiens avant. Et puis il reste encore beaucoup de population, faut pas croire tout ce qu’on dit sur les Cow-boys et les indiens, y’a pas que du faux, mais y’a beaucoup d’conneries de dites aussi
, lui expliquai-je rapidement. Et tout le monde s’entend très bien là-bas ! Enfin, celui que je suis allée voir en est un aussi, et il l’a fait tout spécialement. Chaque capteur de rêve est différent.

Je pointai le sien du bout de mon menton.

- Personne d’autre que toi a l’droit de le toucher par contre, sinon c’est lui qui en devient détenteur. Il empêche les cauchemars de se mélanger aux rêves et généralement, on dit qu’ils sont retenus par le filet, et que ce sont les rayons du soleil, quand il se lève le matin qui les détruit. Tes rêves vont là, je montrai l’ouverture au centre, sans la toucher, et ensuite, ils restent dans les plumes. Elles sont significatives de tous les bons sentiments. Et après si tu veux, s'il y a quelque chose qui t’es cher, tu peux le mettre dessus aussi si tu veux.

Je repris mon souffle après tout ce que je venais de lui apprendre, pour que Scarlett assimile aussi tout ça, parce qu’il y avait pas mal d’informations.

- Alors si le filet ressemble un peu à une toile d’araignée, parce que c’est souvent à ça qu’on pense, c’est parce que ça vient d’une légende. On dit qu’un homme est parti en chasse pour nourrir le reste de ses frères et sœurs, mais qu’il a fait la rencontre d’un animal affreux dans la grotte dans laquelle il avait trouvé refuge. De retour chez lui, elle n’arrêtait plus ensuite de peupler ses nuits. Et un soir, alors que comme d’habitude, il arrivait pas à dormir, il a décidé d’aller marcher un peu en forêt, sauf qu’il était tellement fatigué qu’il a fini par s’endormir là-bas. Et en se réveillant le matin… déjà il n’avait fait aucun cauchemar, mais au-dessus de lui, il y avait une toile d’araignée. Du coup, il n’y avait que là-bas qu’il pouvait dormir. J’eus un geste vague de la main, c’est à peu près ça, je dois m’emmêler un peu les pinceaux.

J’avais toujours aimé les légende indiennes, parce que même si parfois, quand j’étais petite, elle me faisait un peu peur, il y avait ce fond poétique qui me plaisait, et c’était ça qu’il y avait de réconfortant.

- Peut être que ce capteur de rêve, comme ça, t’aidera un peu à rendre tes rêves réalités. Ou même si c’est pas le cas, qu’au moins, il soit pas gâché par les mauvais.

Scarlett avait tant fait pour moi. A présent, j’avais envie de la rassurer également – parce que même si la pluie reste parfois longtemps, finit toujours après par se lever le beau temps. Cette boule de lumière qui régnait à la place de mon cœur depuis les vacances de Noël.

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Il lui a appris à aimer."

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Scarlett Dawbson
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MessageSujet: Re: Dreams don't turn to dust | Taylord   Ven 12 Avr - 17:07

- Mais je l’ai déjà fait, et que justement, parfois je me demande pas si c’est pas l’occasion pour lui de se cacher derrière mes propres préoccupations, tu vois ce que je veux te dire ? Je sais pas encore, je suis sûre que c’est parce qu’on vient de rentrer, mais que d’ici un jour ou deux ce sera passé… Mais on en a déjà un peu parlé à Comanche en plus, et on s’est quand même à moitié disputé, j’ai l’impression que quoi que je fasse, que je l’ouvre ou que je la ferme ça finit par le foutre en rogne, et j’ai aucune idée de quoi faire pour que ça change, et j’ai pas envie que ce soit toujours comme ça. Même si le reste du temps c’était trop bien, parfois je me dis que j’ai pas trop le droit de lui faire partager mes soucis…

Je la regardai un instant sans rien dire et tournai ensuite légèrement la tête, laissant mon regard se perdre au loin. Malgré le ciel blanc et gris, on voyait la silhouette des hautes montagnes se découper à l'horizon - ces montagnes qui encerclaient Poudlard et le cachaient aux yeux de tous. C'était une fort bonne idée d'ailleurs, et j'avais toujours trouvé cela plutôt dérangeant d'être ainsi coupé du monde. Quand au début j'étais arrivée à Poudlard et que ma seule préoccupation avait été de trouver comment m'en échapper, je ne m'étais pas rendue compte de l'impossibilité de la chose. Non seulement j'avais appris par la suite la quantité de sortilèges repousse-moldus (je détestais ce terme) mis en place, mais en plus, j'avais constaté que la géographie même du lieu le rendait à la fois imprenable et hors de vue. C'était comme si nous n'existions plus au milieu du monde, et quand je m'y arrêtais trop longtemps, je me sentais mal à ce sujet. J'avais fini par accepter ma condition de sorcière, aussi étrange que cela me soit, et par obtempérer à ce passage obligatoire qu'était la scolarité à Poudlard. Haruhi, ma mère et mes amis n'y étaient pas pour rien, évidemment. Mais je détestais ce côté si secret et communautaire des sorciers, et je trouvais cela formidablement égoïste ne pas se préoccuper d'avantage du reste du monde. Quand je rentrais à l'orphelinat l'été et que je retrouvais tous mes amis d'enfance, je sentais comme une scission entre nous, parce que nous étions déconnectés et que nous étions à présent dans deux univers bien distincts. Et j'avais l'impression que les sorciers possédaient les armes pour aider les non-sorciers dans leurs problèmes de sociétés, mais que non seulement ils ne s'en souciaient pas, mais n'y faisaient même pas attention. C'était peut-être sans doute pour cette raison que mes plus proches amis à Poudlard étaient tous enfants de moldus ou au moins sang-mêlé - car on s'attache toujours aux gens qui, quelque part, nous ressemble. C'était le cas avec Taylord, par exemple, et je me sentais réellement plus libre et plus à mon aise de savoir que nous avions grandi de la même façon et que nous avions les mêmes références.

Seulement, maintenant, quelque chose était différent : Taylord avait ce que je n'avais pas, et je me demandais si cela allait changer quelque chose. Elle était plus âgée que moi et tout d'un coup je me rendais compte qu'elle partirait de Poudlard avant moi, qu'elle avait son histoire avec Chuck, aussi difficile qu'elle soit pour l'instant, et que moi je n'avais rien de tout ça, que les années avant la fin de Poudlard commençaient à me sembler longue même si je ne voulais pas quitter les gens qui s'y trouvaient... J'avais à la fois hâte de me lancer dans la suite et de pouvoir faire ce qui me plaisait réellement, mais en même temps, peur de décevoir. Et si ma mère ne le disait pas mais elle était déçue de moi, de mes préférences pour les filles, du fait que je n'aurais pas une vie conventionnelle ? Et si... Je n'arrivais pas à en avoir une comme je l'entendais, justement ? Si j'avais aimé les garçons sans doute que cela aurait été plus facile, ou si j'avais au moins su m'attacher aux filles qui me le rendaient bien, peut-être aussi... Subitement penser à tout cela m'affola un peu. Mais je ne laissais rien paraître, car Taylord avait besoin de soutien et je ne voulais pas qu'elle croit que je pensais à moi avant elle - d'autant plus qu'elle aussi avait su me soutenir quand il fallait.

Je comprenais ce qu'elle voulait dire et combien il n'était pas évident de doser tout cela quand on était proches de quelqu'un. Où s'arrêtaient nos propres problèmes, où commençaient ceux des autres ? Je ne savais trop rien de Chuck et je ne pouvais pas trop m'avancer, et je n'allais pas dire cela à Taylord, mais en un sens, sachant ce qu'elle avait vécu, je comprenais qu'il n'était pas non plus facile de se lamenter auprès d'elle. Elle avait eu une histoire difficile et pourtant elle avait toujours été courageuse, battante et dévouée envers ceux qui n'avaient même pas de quoi se plaindre...


- En même temps, vous avez tous les deux un sale caractère, dis-je avec un petit sourire complice et en laissant échapper un léger rire. Mais tu ne devrais pas te dire ça : montre-lui le chemin, au contraire, sinon vous allez encore vous braquer tous les deux...

J'appuyai mes paroles d'un regard entendu. Il ne fallait pas qu'elle se décourage, et mon devoir d'amie consistait en ça, à l'aider à ne pas baisser les bras. Et je fus plutôt contente de moi de la voir sourire derrière la main qui cachait à moitié son visage, de voir ses yeux pétiller et ses joues rougir un peu plus, en dehors du froid. Je n'avais jamais remarqué avec précision la forme en amande de ses yeux bruns qui ressortaient particulièrement alors que tout autour de nous était blanc et pâle - même pas quand elle m'avait embrassée, tout surprise que j'étais, alors que nos deux visages avaient été un instant si proches. D'ailleurs, j'étais soulagée de voir que rien n'avait changé depuis ce jour et qu'elle n'en avait pas été gênée.

- C’est pas comme si j’allais lui donner l’autorisation de le faire, conclut-elle avec plus d'assurance.

Voilà qui me rassurait ! Y croyait-elle ou pas, c'était une autre histoire, mais j'avais assez d'expérience pour savoir combien il était important de passer ce cap là...

Et quand j'évoquai Ophelia du bout des lèvres en mettant des mots sur mes doutes que je tentais d'éloigner, sa réaction me fit sursauter légèrement parce que je ne m'étais pas attendue à ce qu'elle élève la voix ainsi. Comme si elle me grondait - mais je savais que ce n'était pas le cas... Ou pas volontaire. Car c'était un véritable aveu, un peu honteux, mais que pouvais-je y faire, au fait que je manquais de confiance en moi à ce niveau et que plus les jours passaient plus je doutais de ce que j'allais pouvoir entreprendre avec Ophelia. Peut-être que nous nous rapprochions de plus en plus, mais ce que je voulais réellement s'éloignait éloignement. Je n'osais pas et je ne pensais pas pouvoir oser... Parce que je tendais la main et qu'elle reculait - qu'elle était intouchable, et je le savais.


- N’importe quoi !! Je comprends, et tu as peut être raison, on ne peut pas trop prévoir la réaction d’Ophelia, et c’est tout à ton honneur de vouloir la garder près de toi. mais tu ne peux pas te laisser penser ça. Parce que l’amour, ça ne doit pas écœurer, et tu es la mieux placée pour le savoir, tu penses pas ?

- Hmmmm,
me contentai-je de répondre en haussant les épaules. Je ne savais pas. En vérité, je savais juste que je n'arrivais pas à y croire, parce que j'avais trop peur de la chute.

Justement, l'amour m'avait déjà écœurée. Tout le monde savait plus ou moins que j'étais sortie avec Kelsy et qu'elle m'avait quittée, et que ça s'était donc plutôt mal terminé, mais peu de gens savaient l'exact vérité - Haruhi, Taylord, Ophelia un peu. Et justement Taylord m'avait vue alors que j'étais si mal, et elle avait mesuré quels impacts cette désastreuse rupture avait eu, à l'époque. Quand j'y repensais, je ne me reconnaissais pas : je ne rappelais pas avoir été si profondément enfouie dans un désespoir gluant et étouffant, d'avoir senti la notion de vide aussi intensément, d'avoir autant pleuré, d'avoir eu autant d'idées noires. C'était comme une autre moi, enfermée maintenant dans une petite case sombre de mon cerveau, qui n'avait plus du tout envie d'en sortir, pour rien au monde. C'était trop douloureux et la porte vers des choses bien plus dangereuses - j'avais honte en y repensant à ce qui s'était passé en haut de la tour d'astronomie, car je trouvais aujourd'hui, après avoir rencontré des gens comme ma mère qui malgré tout n'avait jamais baissé les bras, que j'avais été faible et lâche - le Choixpeau avait fait un bien étrange choix en se posant sur ma tête !

Alors, j'enviais un peu mon amie d'avoir potentiellement quelqu'un avec qui vivre une belle histoire, sans être véritablement jalouse, car j'étais trop contente pour elle. Mais une petite voix ne cessait de me murmurer sournoisement : et si toi, cela ne t'arrivait jamais, jamais plus ?... Pour m'occuper, je saisis un peu de neige et la tassait entre mes doigts glacés. Le cadeau de Taylord était posé sur mes genoux, et je l'admirais avec autant de plaisir qu'à la première seconde où je l'avais vu. Surtout, le fait même qu'elle ait eu ce geste, rendait le cadeau encore plus merveilleux.

Les yeux tout brillants, je l'écoutai alors, le sourire aux lèvres, me raconter l'histoire de l'attrapeur de rêves qui me faisait instantanément penser à des grandes étendues désertiques, des plaines, des paysages colorés et écrasés de soleil, des veilles légendes, et tout ce qu'inspirait le folklore américain pour les gens qui, comme moi, avait une vision magique de ce pays, sans jamais n'y avoir été :


- Oui. Même si aujourd’hui c’est plus trop le cas, Comanche était majoritairement habitée par les indiens avant. Et puis il reste encore beaucoup de population, faut pas croire tout ce qu’on dit sur les Cow-boys et les indiens, y’a pas que du faux, mais y’a beaucoup d’conneries de dites aussi. Et tout le monde s’entend très bien là-bas ! Enfin, celui que je suis allée voir en est un aussi, et il l’a fait tout spécialement. Chaque capteur de rêve est différent.

Je ris à la fois de son ton passionné et en l'imaginant habillée comme une cow-boy, ou une indienne - les deux styles lui allaient tout aussi bien, dans mon esprit.

- Personne d’autre que toi a l’droit de le toucher par contre, sinon c’est lui qui en devient détenteur. Il empêche les cauchemars de se mélanger aux rêves et généralement, on dit qu’ils sont retenus par le filet, et que ce sont les rayons du soleil, quand il se lève le matin qui les détruit. Tes rêves vont là, et ensuite, ils restent dans les plumes. Elles sont significatives de tous les bons sentiments. Et après si tu veux, s'il y a quelque chose qui t’es cher, tu peux le mettre dessus aussi si tu veux.

Ignorant tout cela, j'ouvris des yeux écarquillés, reportant mon attention sur l'attrapeur de rêves - il renfermait de bien jolis secrets ! Tant mieux, j'adorais qu'on me raconte des histoires, et je ne voulais pas perdre une miette de celles que me racontait Taylord.

- Alors si le filet ressemble un peu à une toile d’araignée, parce que c’est souvent à ça qu’on pense, c’est parce que ça vient d’une légende. On dit qu’un homme est parti en chasse pour nourrir le reste de ses frères et sœurs, mais qu’il a fait la rencontre d’un animal affreux dans la grotte dans laquelle il avait trouvé refuge. De retour chez lui, elle n’arrêtait plus ensuite de peupler ses nuits. Et un soir, alors que comme d’habitude, il arrivait pas à dormir, il a décidé d’aller marcher un peu en forêt, sauf qu’il était tellement fatigué qu’il a fini par s’endormir là-bas. Et en se réveillant le matin… déjà il n’avait fait aucun cauchemar, mais au-dessus de lui, il y avait une toile d’araignée. Du coup, il n’y avait que là-bas qu’il pouvait dormir. C’est à peu près ça, je dois m’emmêler un peu les pinceaux.

C'était une bien étrange histoire - qui me faisait penser à ces histoires qui faisaient peur qu'on se racontait à l'orphelinat, celle de cet homme dans la montagne qui partait lui aussi à la chasse pour nourrir sa famille et qui rencontrait un animal affreux mais dont il n'arrivait pas à se sauver - mais je l'imprimais dans mon esprit pour ne pas l'oublier. Déjà j'imaginais les paysages et la légende en image, et j'avais envie de la coucher sur le papier, de la dessiner telle que je la voyais.

- Peut être que ce capteur de rêve, comme ça, t’aidera un peu à rendre tes rêves réalités. Ou même si c’est pas le cas, qu’au moins, il soit pas gâché par les mauvais.

Belle conclusion, et je ne pus m'empêcher de lui lancer un sourire entendu. Du bout des doigts, ensuite, je caressai les petites plumes colorées de mon attrapeur de rêves, qui étais à moi et rien qu'à moi à présent puisque personne ne pouvait plus le toucher... Qu'allais-je bien y ajouter comme touche personnelle ? Je voulais quelque chose qui représentent toutes les personnes qui comptaient pour moi, et j'eus une idée en sentant un souffle de vent agiter les flocons autour de nous, et faire bruisser le papier cadeau et les petits rubans qui y étaient accrochés. J'en attrapais un bout et fit un joli petit nœud à une des branches de l'attrapeur de rêve, m'assurant que cela ne se voyait pas trop pour ne pas gâcher trop l'objet en lui-même. Puis, satisfaite, je lui répondis :

- C'est une très belle histoire, je ne la connaissais pas ! Maintenant je comprends mieux pourquoi ça ressemble à ça... Voilà, tu vois, comme ça tu seras avec moi, dis-je en montrant le petit ruban du bout des doigts. Mais le vent se faisait plus pressant et en levant la tête je vis que les autres filles avaient commencé à amorcer le départ, parce qu'il commençait à faire trop frais. Je me levai en prenant bien soin de rassembler mes affaires, avant de prendre le bras de Taylord pour marcher en direction du château. J'eus alors une idée... Bonne ou pas, mais je lui dis alors d'une voix un peu hésitante : Je sais, on fait un pacte, toi tu parles à Chuck et moi... J'essaye de parler à Ophelia.

Le simple fait de le dire me donnait un peu plus de vigueur, et lorsque je levais le nez vers le ciel pour m'assurer qu'il n'allait pas se remettre à neiger, il m'apparut alors que le ciel était plus clair et que, nous ne devions pas l'oublier : le printemps venait toujours après l'hiver, et qu'il ne me fallait pas renoncer à tout espoir.


[centerFin[/center]

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