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Give me Truth - H.C. (terminé)

 

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 Give me Truth - H.C. (terminé)

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Scott McBeth
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MessageSujet: Give me Truth - H.C. (terminé)   Mer 6 Fév - 0:14




Rather than love, than money, than fame, give me truth.


Ce matin encore, je m'éveillais sans y croire. Sans y croire parce que je ne le voulais pas, non pas parce que je ne le pouvais pas. Quelque chose en moi, qui s'apparentait à la conscience, à la raison pure et simple, et qui rangeait petit à petit les aléas de ma vie dans des classeurs bien ordonnés, savait pertinemment que cela était vrai, que tout était vrai. Qu'il ne me fallait pas un instant douter, et que ce que je craignais le plus s'était matérialisé, mais pire encore : que cette chose immonde était réelle depuis longtemps, bien longtemps, et que le mensonge, sinueux comme un serpent se glissant dans l’empreinte de mes pas, perdurait depuis des mois. Des mois. Et j'avais tant de peine à y croire, moi qui depuis tout ce temps m'était abandonné à elle, moi qui pensais qu'elle, et surtout elle, devant le reste du monde, jamais ne me trahirait! Je ressentais comme un coup de dague en plein coeur, il saignait, douloureusement, et je me demandais combien de fois goûterai-je encore à cette atroce poison qu'était la trahison. Ce n'était ni Taylord, ni Stephen, c'était une autre et bien différente, mais c'était sans doute la pire, car les sentiments que j'avais pour Haley étaient tellement purs que les salir n'en était que plus violent. C'était le joyau inestimable, unique et presque divin qu'on ternissait de boue et de crottin, et si j'essayais de me consoler en me disant amèrement que j'avais encore placé la barre trop haut, rien n'y faisait. J'aimais Haley avec une telle intensité que je ne voyais aucun échappatoire au problème qui m'était donné.

Dimanche soir, alors que nous étions tranquillement installés dans la salle commune tous les deux, nous avions vu rentrer des élèves un peu après le couvre-feu. Au fur et à mesure des années, ils se permettaient de plus en plus de défier les règlements et il n'était pas rare que certains de mes amis - Stephen l'avait fait à un moment, peut-être le faisait-il encore, qu'en savais-je, je le laissais dans son coin et il me laissait dans le mien - empruntent des passages secrets et aillent passer quelques heures à Pré-au-Lard, dans un des bars du coin. Ils étaient particulièrement agités, et je les avais écoutés distraitement, car nous étions en même temps en train de discuter avec Haley, et je ne prêtais pas spécialement une oreille attentive à ce qu'ils racontaient mais leurs voies hautes et enjouées couvraient un peu trop le bruit ambiant de la salle commune. Il était question de course, de cachette dans le parc, de Meryl Kelsey, mais je n'avais que ds bribes, et mon cerveau vagabondait vers des sujets bien plus intéressant comme ce que me racontait Haley à propos de ses talents (elle n'employait pas ce mot mais je le faisais pour elle, et de bon coeur) au piano et des partitions qu'elle préférait, vers ses lèvres qui s'animaient et m'animaient par la même occasion, le léger rose sur ses joues, et la vivacité de son regard lorsqu'il croisait le mien. Au bout d'un certain temps nous avions fini par prendre congé et par aller nous coucher car la semaine qui nous attendait était chargée, et si j'avais trouvé trop bref le moment où nous avions pu nous dire bonne nuit et nous embrasser, j'étais parti dans mon dortoir la tête pleine d'une brume légère et agréable de tous ces moments parfaits qui s'accumulaient et me rendaient heureux, profondément heureux. Surtout depuis le bal : l'osmose qui émanait de cette relation semblait insuffler dans mes veines chaque jour un peu plus de courage et de sérénité. Elle me rendait fort et je voulais l'être pour elle ; dans ses yeux je me voyais utile et admirable et j'aimais à le croire, et surtout, au-delà de ça, nous partagions une complicité que personne ne pouvait nous envier. Elle avait sa timidité et j'avais la mienne mais elles s'apprivoisaient l'une l'autre et plus j'y pensais plus j'aimais que tout n'ait pas été facile, parce que je voulais la mériter, je voulais apprendre à la connaître, ses forces et ses faiblesses, et me dire un beau jour que personne au monde ne savait mieux que moi interpréter les ombres qui passaient dans ses yeux et les légers mouvements dans ses lèvres lorsqu'elle était contente. De jour comme de nuit, quand je pensais, quand je dormais ou quand je travaillais, il y avait le visage d'Haley imprimé sur ma rétine et l'espace infini de ses yeux bleu ne cessaient de m'observer, comme un phare qui guide à travers la tempête.

En remontant, j'étais en train de réfléchir à la journée du lendemain et au fait que je voulais proposer à Haley de -


- Scott!!

C'était la voix d'un de mes camarades, que j'appréciais particulièrement malgré le fait qu'il s'éparpillait un peu dans tous les sens, par la pensée, par ses actions et par ses gestes. Visiblement agité, il n'osait se lancer, et je l'interrogeai du regard. Comme il me confia qu'il avait quelque chose de "très important" à me dire, et qu'il ne pouvait pas attendre, je le suivis près de son lit, à un bout de la pièce, près d'une grande fenêtre par laquelle je laissai glisser mon regard : le parc était englouti dans la nuit noire, que seules éclairaient quelques étoiles d'un blanc particulièrement étincelant. Machinalement, je jetai un regard vers Stephen à l'autre bout de la pièce, allongé de tout son long sur son lit, à côté du mien. Tant mieux, il ne pouvait pas nous entendre. En ce moment, je mettais un point d'honneur à ce qu'il ne sache rien de personnel sur ma vie, même si, de plus en plus, je faisais quelques efforts : je le saluai, je lui parlais cours et devoirs. J'attendais toujours un geste de sa part, mais je ne pouvais pas oublier le pas qu'il avait franchi avec Lizlor, et j'aimais à croire qu'il prenait enfin conscience de ceux qui l'entouraient.

- Eh bien, quoi? demandai-je en souriant. Qu'il me confie donc ce qui avait l'air si incroyablement pressant!, me dis-je, sans me douter de rien.

De rien.

La gravité de son regard ne m'apparut que lorsqu'il prononça les premiers mots. Plus tard, je sus les remettre dans l'ordre. Sur le moment, ils m'arrivèrent comme un brouhaha continu d'informations, toutes plus terribles que les autres. Ce soir, aux Trois Balais... On était avec les autres... Il y avait des Gryffondor aussi, et Carlton... A un moment, je suis allé aux toilettes... Il parlait avec un autre type... Il parlait d'Haley, ils se moquaient, Carlton a pris sa défense... Il a dit que non, elle n'était pas coincée... Il a dit que la preuve était qu'elle l'avait embrassé quand ils s'étaient vus à Londres cet été. Parce qu'il lui avait fait fumer de l'herbe. Sans qu'elle le sache. Elle était droguée! Et elle l'avait embrassé.

Il a dit que la preuve était qu'elle l'avait embrassé quand ils s'étaient vus à Londres cet été.

Il lui avait fait fumer de la drogue. Sans qu'elle le sache.

Cet été.

C'était un coup si inattendu qu'il me laissa sans voix - et je n'entendais rien de ce que lui me disait, qu'il était désolé, qu'il avait hésité, qu'il pensait que je devais le savoir. Oui, oui, j'avais murmuré. Merci. J'étais retourné vers mon lit, j'avais tiré les rideaux et je m'étais couché. Et alors que c'était la chose que je voulais le moins, j'avais croisé le regard de Stephen et j'avais su, oh, à 100%, qu'il avait compris que quelque chose n'allait pas. Et je me détestais de lui laisser l'opportunité de lire en moi comme dans n'importe lequel de ses livres de Potions qu'il feuilletait avec un certain mépris - puisqu'il savait tout.

Haley m'avait menti, Haley m'avait trahi - Haley m'avait trompé. Elle avait fumé - et Carlton paierait pour cet affront, mais plus tard - mais ce n'était pas une excuse. Cet été nous étions ensemble, déjà, je me souvenais de chaque lettre que je lui avais écrite et chaque lettre qu'elle m'avait envoyée. Je me souvenais de ses hésitations sous le cerisier de cet après-midi de juin et ma promesse de la rendre heureuse. Je me souvenais encore plus de la façon dont elle m'avait dit "je t'aime" au bal. Était-ce sa façon d'aimer les gens? Leur mentir?

Cette nuit là j'avais pleuré, pas à gros sanglots mais des larmes avaient coulé sur ma joue, parce que j'étais si intensément blessé et triste que je ne pouvais rien faire d'autre que de laisser une langueur glaciale m'envahir et un désespoir total irriguer le flot de mes pensées.

Le matin et les jours d'après avaient passé comme des nuages, doucement, sans bruit, sans odeur, sans rien. J'étais absent. Elle le sentait, je le savais, et elle aussi. Mais je ne disais rien, je haussai les épaules et je prétextais la fatigue : Merlin que je m'en voulais! Parce que lire la détresse dans son regard me faisait me rappeler combien je l'aimais et combien j'étais sensible à toute sa personne et à son bien-être, et cette fois c'était moi la cause de ses tracas, la cause des vagues obscures dans ses yeux qui l'engloutissaient peu à peu.

Pourtant, ce matin-là, je sus qu'il me fallait agir. C'était une toute autre détermination que quand j'avais provoqué Carlton en duel - pour le coup lui m'importait peu, dans cette histoire. Certes je le haïssais, viscéralement, mais c'était à Haley que revenait la faute, pas à lui, la faute impardonnable de m'avoir menti alors que, les yeux dans les yeux, je m'inquiétai de sa relation avec lui, et qu'elle n'avait rien dit... Carlton était à des lieues de tout ça, il n'était qu'un misérable pantin, et j'en avais fini de me rabaisser à sa hauteur. La faute impardonnable de ne pas m'avoir écouté et de lui avoir fait confiance, alors que visiblement, son seul but était de la droguer pour s'amuser. Peu à peu, alors que la journée commençait, que je me rendis à la Grande Salle pour le petit-déjeuner, que je m'installai une table derrière Haley, que je pris le déjeuner avec elle sans dire grand chose, c'était une colère sourde et venimeuse qui se développait en moi comme une fleur qui déploie ses pétales. Et plus je regardais Haley plus je sentais un mur de glace s'abattre entre elle et moi - et plus je m'en voulais.

Finalement, et l'Histoire semblait se plaire à se répéter, Haley causa elle-même sa propre fin.

A la sortie du cours de Métamorphose, tandis que je discutai avec Katie Bell, ce fut aux côtés de Carlton lui-même qu'Haley franchit la porte, comme elle le faisait parfois, et elle riait. Elle allait m'attendre un peu plus loin dans le couloir, je le savais. Mais son rire résonnait comme celui d'un petit diablotin qui se moquait de moi.

Sans préambule, je lui pris délicatement le bras et l'attirai un peu plus loin, sans la regarder. Alors, et seulement alors, je me tournai vers elle, et plongeai un regard étincelant de toutes ces émotions que je ravalais en moi.


- Ah, il te fait rire, hein? commençai-je la voix douce mais sèche et froide. Est-ce qu'à lui aussi, tu lui mens? Je me souvenais presque des souvenirs qui m'avaient animés quand je m'étais retrouvé face à Carlton, justement. Dans la salle de duel. Ou peut-être que vous riez des petits secrets que vous gardez bien précieusement, tous les deux?

Je ne reconnaissais pas ma propre voix tant elle était méchante - mais quand elle leva les yeux vers moi et qu'ils étaient empreints d'une panique sans bornes, la tristesse transperça le voile de ma colère.


- Pourquoi tu m'as fait ça, Haley? J'aurais juste... J'aurais juste voulu que tu ne me mentes pas... Que tu ne me trahisses pas... Jamais.

Je me sentais engourdi, face à elle. Il y avait de l'espace entre nous, un espace plein de vide dans lequel j'avais peur de tomber. Parce qu'elle savait ce que tout cela signifiait... Elle ne pouvait pas l'ignorer.

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MessageSujet: Re: Give me Truth - H.C. (terminé)   Jeu 21 Fév - 0:46


Je n'avais jamais pensé atteindre l'état auquel j'avais depuis toujours aspiré ; ce flottement enivrant dans un monde où le soleil est agréable, les désagréments de la vie des cailloux insignifiants, où les soucis s'évaporent en une seule étreinte, avec cette présence là, avec ces lèvres là, celles qui font s'envoler mon cœur et que j'avais réussi à apprivoiser – je les connaissais par cœur et ces baisers qui m'avaient d'abord paru si terrifiants me donnaient désormais toujours envie d'en avoir un de plus – et encore un de plus – et un dernier – et encore un dernier – et encore un, le dernier, promis. Et le plus incroyable était que je ne me lassais jamais de la présence de Scott, de sa voix, de sa chair, de tout – parce que Valmont l'avait dit dans le roman de Laclos, « on s'ennuie de tout, mon ange », et je m'attendais à ce qu'il se lasse, malgré les efforts et ma vivacité qui augmentait au fur et à mesure que progressait notre relation. Ma timidité était toujours présente, la maudite, mais moins maladive ; certaines angoisses me tenaillaient toujours l'esprit et le cœur, mais un seul sourire de Scott et elles étaient balayées sur le moment – elles revenaient bien plus tard, la nuit, quand dans mes rêves il apparaissait pour s'enfuir ou me quitter, et les matins qui suivaient ces cauchemars était eux-même de mauvais rêves jusqu'à ce que je retrouve Scott dans la Grande Salle à l'heure du petit-déjeuner, jusqu'à ce que le cauchemar soit chassé par la réalité qui avait toujours les allures d'un songe féérique. Nous ne disputions presque jamais, et je me demandais si c'était un bon ou un mauvais signe ; peut-être qu'il allait se lasser, mais je ne voulais pas que nous nous disputions, je voulais que tout aille bien, je ne voulais pas qu'il se lasse en même temps que tout soit pour le mieux, et je me turlupinais l'esprit avec ces questions insignifiantes mais qui me paraissaient tellement existentielles. Parce que mon existence dépendait de la sienne. Et tant pis si j'étais ridicule, et si les autres me trouvaient ridicules, mais il semblait que les gens se soient habitués, et peut-être que mes camarades réagissaient aussi bêtement et niaisement que moi, ce qui me rassurait un peu – j'étais enfin comme elles, mais j'en venais à me demander si c'était réellement une bonne chose. Oh et puis elles pouvaient bien ne pas exister – tant que Scott était là, le reste m'était égal. Sauf peut-être... et c'était problématique... c'était bien la seule personne qu'il ne fallait pas mais je n'arrivais pas à lutter, je ne pouvais pas m'en empêcher... et pourtant comme je m'en voulais, parce que je savais... mais Chuck était le plus proche de mes amis et le frère que je n'avais jamais eu. Mon monde pouvait se limiter à eux deux qu'il n'aurait pas perdu de la stabilité que j'avais enfin réussi à lui donner. Peut-être parce que je m'étais attendue au pire, la perfection de Scott m'apparaissait chaque jour plus éclatante ; il me semblait réellement être le garçon censé ne pas exister opposé à tous les anti-héros que j'avais pu rencontrer dans mes lectures et qui ressemblaient souvent plus à Chuck ; alors je replongeais dans mes livres qui dataient de siècles plus anciens où tout était parfait et je m'en délectais enfin réellement – il n'y avait plus la frustration de ne pas connaître les choses qui les lisaient qui m'avait suivi toute ma vie durant, désormais je pouvais clamer au monde « je sais comment c'est, je sais quel effet ça fait ».

Je sais ce que c'est d'aimer et d'être aimée. Je sais ce que c'est de se sentir vivante.

Depuis le bal de Noël, tout semblait m'être devenu encore plus beau et la plénitude que j'avais ressentie sur l'instant s'était durablement installée. J'avais rarement aussi bien dormi que la nuit suivant les festivités, ne songeant à rien d'autre qu'à l'enivrement que m'avait procuré la danse, aux bulles du champagne qui pétillaient dans mes veines, et à Scott, Scott, Scott, et son prénom était martelé dans mon esprit comme chaque nuit avant de m'endormir, mais ce soir là mes lèvres avaient brûlées comme jamais – j'étais peut-être partie un peu trop vite, car je lui aurais encore bien volé un baiser, et encore un dernier – et un autre, un dernier. Une fois glissée dans la chaleur de mon lit, il m'avait manqué celle de Scott, et mes draps ne m'inspiraient plus un entier réconfort, parce que les bras de Scott étaient la seule couverture à m'apporter une entière satisfaction. Mis à part sur la tour d'astronomie, alors que nous nous connaissions encore si peu, nous n'avions jamais dormi ensemble, et même si la plupart des gens voient toujours quelques allusions dans cette expression, je n'aspirais juste qu'à reposer dans ses bras, et de pouvoir accéder à ses lèvres et à ses joues et à ses cheveux à n'importe quel moment – mais c'était impossible. J'attendais les prochaines vacances avec impatience, car son invitation à me rendre chez lui allait se concrétiser à ce moment ; si rencontrer sa famille me stressait un peu... un peu beaucoup, que j'avais peur qu'ils ne m'aiment pas, qu'ils disent à Scott de changer de petite-amie parce que l'actuelle est un troll qui ne sait rien faire d'autre que rougir et balbutier, je me raccrochais aux moments délicieux qui nous attendaient : les ballades au milieu du paysage écossais, dans la nature, les repas, les moments ensemble, et je fourmillais d'impatience en attendant ces vacances d'hiver qui n'en finissaient plus de venir. Mon attention en cours faiblissait un peu tant l'optique de ces moments à venir avec lui – rien qu'avec lui –, mais ce désintérêt que j'avais souvent connu était cette fois positif et n'était pas engendré par des choses mauvaises, négatives, venues du néant obscur qui m'avait longtemps habitée. Et je travaillais, quand même, souvent avec Scott, ce qui aidait – ou pas trop... enfin si, évidemment, mais mon envie de travailler s'amenuisait en sa présence, même si nous étions toujours consciencieux et que nous menions nos travaux jusqu'au bout, peut-être avec moins d’approfondissement que j'avais pu en avoir auparavant, avant que tout n'arrive, avant lui, avant Lizlor, avant Stephen, mais nous étions sérieux. J'aimais toujours autant lire et étudier ce qui me poussait à penser que tous mes neurones n'avaient pas fondu sous la chaleur du soleil qu'était Scott dans mon esprit ; je n'avais pas complètement muté en fille abêtie par ses aveugles sentiments. Même si il m'arrivait de relire cinq fois une phrase avant de la comprendre tant mes pensées restaient parfois difficilement en place – plus nous approchions des vacances d'hiver, plus mon cœur battait d'excitation à chaque fois que je pensais à lui, à sa maison, à sa famille, et plus je devenais une bête abrutie amoureuse – mais c'était une sensation trop délicieuse pour que je souhaite y remédier.

La seule ombre au tableau était constamment la même : Chuck. J'avais essayé, de manière parfaitement idiote, de redorer son blason aux yeux de Scott, mais c'était aussi vain qu'irrespectueux envers le garçon que j'aimais et que Chuck avait fait souffrir. Et j'avais essayé de le réconcilier avec – tout compte fait, peut-être que la survie de mes derniers neurones était illusoire et que je les avais définitivement tous perdus. Je n'avais pas fait de nouvelles tentatives, évoquant Chuck seulement quand je le prévenais que j'allais lui parler, l’apercevant à tel ou tel endroit, et toujours le même sentiment de culpabilité m'envahissait à chaque fois, parce que je savais que le prénom de Chuck resterait à jamais gravé dans la mémoire de Scott alliée à la souffrance, à la haine et à la vengeance. Mais il m'acceptait ainsi, il l'avait toujours bien accepté, malgré tout, et je lui en étais toujours reconnaissante, et tout semblait bien aller, malgré cette ombre que j'essayais de faire disparaître dans notre lumière.

Peut-être était-ce à cause de la mauvaise habitude que j'avais de psychoter sur un rien, ou de ma profonde connaissance de Scott, ou d'un pressentiment venu d'une autre galaxie, mais je sentais, avec une désagréable sensation dans l'estomac, que cette lumière se faisait de plus en plus faible. Ses yeux les premiers me donnèrent les indices de la dégradation que je pressentais : ils n'étaient plus le torrent d'eau clair et pure qui scintillait au soleil, mais un lac en voie de congélation. Je cherchais ses yeux, cherchais à y remettre de la lumière avec mes maigres sourires et mes lèvres pincées moues qui voulait lui dire « qu'est-ce-qui ne va pas ? Tu peux me le dire, tu le sais » en me retenant de glisser ma main contre sa joue pour qu'il me regarde et qu'il me dise. Parce qu'il ne disait plus grand chose, à part les banalités, et si je ne cherchais pas ses lèvres il ne trouvait pas les miennes, si je n'allais pas serrer sa main il ne serrait pas la mienne. J'avais d'abord appliqué mon éternelle méthode d'auto-persuasion qui consistait à me répéter mentalement « Ce n'est qu'une mauvaise impression, il t'aime, il t'aime, il t'aime, il t'aime » jusqu'à que je reçoive un signe, un sourire, un geste, un baiser, qui viennent balayer toutes mes stupides hypothèses – il est en colère, il en a marre de toi, il te trouve stupide, tu n'es pas assez présente, tu l'énerves. Mais les heures passaient, éprouvantes, sans un signe, un sourire, un geste, un baiser. Je n'osais pas lui demander à voix haute si quelque chose n'allait pas, car je refusais de trop lui montrer mon aspect paranoïaque qu'il avait déjà remarqué – il avait beaucoup de patience, mais j'avais peur qu'elle finisse par fuir et se transformer en exaspération. Alors je respirais et chaque souffle m'était douloureux, je marchais et chaque pas m'était pénible, je le regardais et chaque rejet m'était intolérable.

Ce matin là était le pire – je sentais la glace froide et dure de son regard me transpercer le cœur alors que je le regardais s'asseoir près de moi au petit-déjeuner. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose n'allait vraiment pas. Ma respiration se fit saccadée et mon estomac noué, si bien que je n'avalais qu'un toast tartiné de beurre et quelques gorgées de jus de citrouille avant de me plonger dans la Gazette du Sorcier – quelque chose n'allait pas et j'en étais terrifiée. Et il ne me disais rien. Et sa froideur me paralysait. Et je voulais pleurer. Et je voulais crier. Et je voulais qu'il ouvre la bouche et qu'il me parle, qu'il me regarde, et alors qu'il était à quelques centimètres de moi, il me semblait que des centaines de kilomètres nous séparaient. Alors que j'allais ouvrir la bouche, il se leva pour se rendre au premier cours de la matinée, Métamorphose. Je n'essayais pas de cacher mon épouvante qui devait se lire sur mon regard désespéré et ma bouche légèrement entre-ouverte, les mots coincés sur le seuil de mes lèvres. Peu m'importait si l'on apercevait mon malaise : seul Scott était mon monde et le reste de la poussière insignifiante.

Je retenais mes larmes et me saisissais de mon sac, tremblante, pour me rendre à mon tour en classe, un trou béant dans la poitrine, incapable de faire fonctionner ma pitoyable méthode d'auto-persuasion : quelque chose n'allait pas et j'aurais été stupide de ne pas m'en apercevoir. Pourquoi n'arrivais-je donc pas à lui parler de moi-même ? Pourquoi ne pouvais-je pas, pour une fois, prendre les initiatives ? Je m'étais toujours trop reposée sur Scott – et peut-être qu'il en avait finalement eu marre. Mais si il ne voulait plus de moi, il me l'aurait dit ? On ne peut pas rompre avec les gens en silence, s'enfuir et puis c'est tout, n'est-ce-pas ?

Le cours me sembla durer des heures, s'étirant douloureusement, chaque minute passant intensifiant mon mal-être et la tension malsaine qui régnait alors que nous ne nous parlions pas.
J'avais oublié ce que c'était, comment ça faisait, de se sentir vide, seule et dévorée – par le chagrin, l'attente, et pour la première fois, l'amour. Je l'aimais et je sentais, contrairement à toujours, que cela m'était douloureux. Je cherchais quelque chose à quoi me raccrocher pour ne pas sombrer et garder la tête haute sans pleurer, je tentais de capter et noter chacun des mots que la professeur disait mais ils s'évanouissaient immédiatement dans la tempête qui faisait rage dans mon esprit et qui détruisait le monde éclatant de bonheur que j'y avais construit. Ma bouée de sauvetage apparut lorsque la fin du cours fût annoncée – il était là, non loin, et je ne l'avais pourtant pas aperçu, dévorée par mes pensées noires. Je rangeais précipitamment mes affaires pour me diriger vers Chuck et le saluer comme à notre habitude ; et sa présence mit un peu de chaleur dans la banquise qu'était devenue mon corps, son sourire me rassura, et son habituelle désinvolture me détendit un peu. Nous sortîmes de la salle ensemble et soit par hasard soit parce qu'il avait compris que quelque chose n'allait pas –
quelque chose n'allait pas – il se mit à me raconter la blague de la goule péteuse qui me fit rire pour la énième fois, même si elle était un peu délicate. L'oxygène que m'avait été Chuck pendant quelques minutes me fût retiré alors que j'aperçus Scott non loin qui terminait de discuter avec Katie Bell – et mon cœur se souleva avec une violence inouïe, animé par une soudaine jalousie. Il ne m'aimait plus parce qu'il l'aimait elle – c'était ça, c'était ça, je le savais, c'était l'explication – Haley, arrête de te faire des films, il...

Alors que je m'éloignais de Chuck, il saisit mon bras en me regardant à peine pour m'entraîner à sa suite, mais son contact n'était pas doux, n'était pas comme les caresses habituelles. Lui-même n'était pas comme d'habitude – oh mais pourquoi donc avais-je attendu trois longues journées avant de lui parler, avant que ce ne soit lui qui se dresse devant moi, raidi, pour le faire. Je plongeais mes yeux dans les siens, une expression d'incompréhension sur le visage, espérant y trouver des réponses, le cœur en train de mourir dans la poitrine. Ses yeux bleus rencontrèrent les miens et ce que j'y lu me donna les larmes aux yeux. Son regard était froid et exprimait comme... comme du dégoût. Je pinçais mes lèvres mais continuais de la fixer, la tête levée vers lui.

Je t'aime. Je t'aime. Dis-moi que tu m'aimes parce que moi je t'aime. Je t'aime. Je ne veux pas te perdre. Je t'aime je t'aime je t'aime dis que tu m'aimes aussi, s'il te plaît, je t'aime je t'ai...

- Ah, il te fait rire, hein?

Ses paroles me percutèrent comme si j'avais violemment heurté un mur. Sa voix n'était pas comme d'habitude – elle n'était pas celle de mon Scott de d'habitude.

- Est-ce qu'à lui aussi, tu lui mens? Ou peut-être que vous riez des petits secrets que vous gardez bien précieusement, tous les deux?

L'incompréhension m'empêcha de parler et de répondre à ses propos véhéments dont la colère s'intensifiait à chaque seconde ; et chaque mot était une épine qui se plantait dans mon cœur et qui le déchirait. Il me fût quelques secondes pour comprendre qu'il parlait vraisemblablement de Chuck que je venais de quitter – mais il m'avait dit qu'il acceptait notre amitié, si j'étais heureuse comme ça, que je comptais et que c'était tout, qu'il ne s'énerverait pas, et il parlait de mensonges et de secrets et mon cœur se réduisait en miettes de douleur et d'incompréhension, et je continuais de m'accrocher à son regard qui se durcissait alors que je fondais, je fondais comme de la cire sous la flamme de sa bougie brûlante, et je retenais mes larmes de couler comme la cire fondue de tomber à terre. Alors je baissais la tête, silencieuse, écrasée par le poids de ses mots plein de reproches que je ne comprenais pas, ces mots qui semblaient avoir mûris des jours durant dans son esprit et qui s'échappaient désormais avec une force dévastatrice – mais je les subissais sans les saisir, et je du prendre une grande bouffée d'air frais pour ne pas m'étouffer car j'en oubliais de respirer et la panique s'infiltrait dans tout mon corps et pour ne pas pleurer je relevais la tête et fit une dernière tentative pour trouver du réconfort dans ses yeux – ils étaient arides comme un désert et froid comme de la glace.

- Pourquoi tu m'as fait ça, Haley? J'aurais juste... J'aurais juste voulu que tu ne me mentes pas... Que tu ne me trahisses pas... Jamais.

Le ton de sa voix était cette fois plus résigné, comme teinté de déception, mais mêlé à sa colère qui rugissait et que je n'avais jamais entrevue. Ma bouche s'ouvrit pour y faire passer l'air et mes sourcils se froncèrent sous le poids de l'incompréhension persistante et mes yeux s'agrandirent de stupeur et mon cœur était contracté de douleur et je me sentais mal, tellement mal, et il était loin de moi, si loin, et je ne comprenais pas et je voulais mourir, simplement mourir.

- Scott, je..., je sentis mes yeux se mouiller de larmes dès que je prononçais ces premiers mots d'une voix étranglée, je ne comprends pas, je ne comprends pas de quoi tu parles, pourquoi je t'aurais menti, et trahi, pourquoi tu dis ça, pourquoi tu es en colère, je ne comprends pas ce qui ne va pas, je... Je serrais les lèvres pour retenir mes larmes mais je sentais la chaleur de cet enfer me brûler le corps et la froideur de Scott me donner des frissons et je voulais juste que tout s'arrête et que je retrouve ses bras et la douceur de ses yeux et de ses lèvres, alors je m'avançais un peu et me saisis doucement de sa main que je serrais entre mes doigts. ...juste, je t'aime, murmurai-je de manière presque inaudible dans un sanglot qui s'échappa – et quelques larmes s'échappèrent de mes yeux mais je retenais les suivantes et déglutissais en humidifiant mes lèvres devenues aussi sèches que le ton de sa voix, et je devais être si pitoyable que je comprenais pourquoi il ne voulait plus de moi, mais je le voulais encore, je le voulais pour toujours, et je compris enfin l'importance de mon amour qui avait mis tant de temps à mûrir – et maintenant il m'était arraché et j'étouffais.
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Scott McBeth
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MessageSujet: Re: Give me Truth - H.C. (terminé)   Mar 5 Mar - 15:33

Qui, entre tous, pouvait comprendre ce que cela m'infligeait ? Elle, et elle seule. Car c'était la raison pour laquelle elle était si près de mon cœur : elle me comprenait, toujours. N'était-ce pas la même raison de son côté, n'y avait-il pas une osmose entre nous, qui expliquait tous les moments que nous avions partagés jusqu'à lors ? Ou bien, là encore, peut-être mentait-elle puisque cela ne lui posait pas de problèmes, peut-être qu'elle avait si longtemps hésité sous le cerisier pas parce qu'elle avait peur et qu'elle ne pensait pas me mériter, mais pas parce qu'elle hésitait : oh, et si je préférais Carlton ? Et si j'en préférais un autre ? Voyons, disons oui, et nous verrons bien. ... Non, c'était impossible, je ne pouvais décemment pas penser cela d'Haley, mais la colère aveuglait peu à peu toute ma clairvoyance. Je ne pouvais distinguer, dans ce brouillard dense et glacé qu'étaient mes émotions, que quelques certitudes : Haley savait que j'avais souffert que Taylord me préfère quelqu'un d'autre. De la même manière, Haley savait que j'étais en froid avec celui qui était à la fois mon meilleur ami et mon frère, et si je ne lui avais pas tout expliqué en détails, elle savait globalement qu'il s'était détourné de moi lui aussi. En un sens j'avais l'habitude : dernier d'une grande fratrie et plutôt discret, je n'étais pas celui que l'on remarquait tout de suite, ou pas celui qu'on préférait. Mais il y avait une grande différence entre cela et le fait de subir ce genre d'abandon - entre le fait d'être mis à l'écart dès le début ou bien d'être délibérément laissé de côté pour quelqu'un d'autre. Ainsi, en connaissance ce cause, Haley décidait de renouveler l'expérience - pour son bon plaisir ? - en m'écartant de nouveau... Et pour celui qu'elle s'acharnait à défendre car je m'acharnais à me méfier... Ah, la belle affaire...

Je sentais un tourbillon prendre possession de moi et m'écraser le cerveau, les tempes, les organes : le cœur, l'estomac, comme si une force invisible cherchait à m'étouffer, à m'écraser, à me réduire à néant. Que faire ! Je lui en voulais tellement, et mon attitude le montrait clairement - jamais je n'avais été si froid et sec avec elle, parce qu'elle était bien trop délicate pour que je me permette ce genre de choses, d'habitude. Je ne parvenais pas à m'empêcher de lui en vouloir - oh, pourquoi mentir... Si seulement, si seulement elle n'avait pas caché la vérité, si seulement elle s'était confiée, au moins, que je n'apprenne pas cela de la bouche de quelqu'un d'autre et plus de six mois après ! Et quand je l'entendais, comme un disque rayé, le défendre encore et encore, m'expliquer qu'il était gentil, et qu'il ne ferait pas de mal, je sentais remonter en puissance ces émotions étranges que j'avais ressenties en salle de duel au moment où j'avais failli aller un peu plus loin que le simple règlement de comptes. Mais le pire, et j'en aurais pleuré, était que je ressentais autant d'animosité pour lui... Que pour elle.

J'en voulais désespérément à celle que j'aimais, et là se trouvait la plus grande tragédie.

Pourtant, j'essayais de me figurer - de comprendre. Qu'avait-il bien pu se passer ? J'aimais à croire que j'allais trouver la clé, que tout allait s'expliquer de manière rationnelle et que j'allais me dire : mais bien sûr, ce n'était pas sa faute, elle a agi ainsi parce que ceci, elle était obligée parce que cela. Il lui avait fait fumer de l'herbe sans qu'elle le sache. ... Mais comment était-ce possible ? Je n'étais pas spécialiste dans la matière, bien loin de là, mais je différenciais nettement et l'odeur et l'aspect des cigarettes, que fumaient les moldus ! C'était impossible : elle l'avait voulu. Mais là encore, ce n'était pas son genre. C'était tout à fait le genre de Carlton, mais son genre à elle, jamais. A moins... que traîner avec lui fasse naître chez elle des envies qu'elle n'osait me dire, et donc elle se rabattait sur lui ?! Oh, Haley... Je n'avais qu'une envie : que tout soit faux et s'efface, d'un coup de baguette. Et qu'il n'y ait aucune raison que nous soyons en train de nous disputer dans le couloir.

Surtout quand je la regardais - il me semblait que quand je relevai le regard après avoir fini ma tirade, je la voyais pour la première fois, et qu'elle était rescapée d'un naufrage : pâle et tremblante et presque transparente comme de l'eau pure - un coup de vent aurait pu l'emmener loin. Je savais qu'elle se retenait de pleurer, je le devinais à la forme de ses lèvres, à l'éclat voilé de ses yeux, aux tressautements indistincts de sa poitrine. Je la connaissais si bien... Oh, Haley, pourquoi m'as-tu fait ça ?... Mais je ne voulais pas céder, pas tout de suite. Car si tout cela était vrai, car si elle n'avait rien de plus à m'apporter que ce que j'avais déjà entendu et qu'elle confirmait tout, que me restait-il ? Rien, sinon la certitude qu'elle ne m'aimait pas comme je l'aimais, puisqu'elle allait voir ailleurs. J'étais peut-être jaloux ou possessif, mais je n'étais pas idiot ou aveugle. Si elle en préférait un autre, l'histoire s'arrêtait ici, et maintenant - n'était-ce pas exactement ce qui s'était passé avec Taylord ? Il ne pouvait y avoir aucune raison pour moi d'insister plus longtemps. On ne peut rien aux préférences du cœur, elles viennent, elles tombent du néant et nous englobent et nous bercent ; il aurait été bien présomptueux de croire que nous pouvions les commander. Mon cœur tout entier était à Haley, et il était animé d'une passion dévorante et grandissante chaque jour, mais cela était mon fardeau, quel pouvoir avais-je sur le sien ? Aussi fort que je chérissais son cœur, il n'était qu'à elle, hélas, alors que j'aurais aimé le posséder entièrement. Et s'il battait pour un autre que moi, alors, je n'avais qu'à m'incliner - je l'avais toujours fait. Mais quand je la regardais ainsi, fragile et craintive, quand malgré tout la puissance éblouissante de son regard m'englobait tout entier, quand malgré tout et d'un simple coup d’œil je relevai tout ce qui me plaisait chez elle, du moindre détail physique à chacune de ses attitudes, je ne pouvais m'empêcher de ressentir un profond remord, et, surtout, de l'espoir mêlé indistinctement au chagrin. Tout me criait qu'elle était en tort ; mais le simple fait de l'aimer autant que je l'aimais me laissait plein d'espoir, comme si elle allait d'un revers de main balayer tous mes doutes en m'exposant calmement tout ce qui n'avait pas lieu d'être. Et j'avais presque confiance...


- Scott, je... je ne comprends pas, je ne comprends pas de quoi tu parles, pourquoi je t'aurais menti, et trahi, pourquoi tu dis ça, pourquoi tu es en colère, je ne comprends pas ce qui ne va pas, je... - Voilà... Elle ne comprenait pas... Car j'avais tout faux, n'est-ce pas ? Qu'il était doux d'y croire, de s'y laisser glisser, bien sûr qu'elle n'avait rien fait de cela, bien sûr que... - juste, je t'aime.

Non. C'était faux : elle ne m'aimait pas, et pourquoi s'acharnait-elle ? Pourquoi ne voyait-elle pas la vérité ? Je cherchais en elle ce quelqu'un qui m'aimerait réellement pour ce que j'étais et pas pour ce qu'elle espérait que je sois, car c'était pour cela qu'ensuite, les gens trouvaient toujours mieux. Mais j'avais cru... J'avais espéré... Mais non, elle aussi, elle en faisait de même. Peut-être ne m'avait-elle jamais aimé - peut-être cherchait-elle seulement à oublier Stephen. Qui pouvait savoir ce qu'elle renfermait au fond d'elle ? Cette déclaration à mi-voix, presque avalée, me révolta quand je l'entendis malgré tout. Elle m'avait déjà menti pendant tout ce temps, tout ce temps, je ne pouvais pas supporter une seconde qu'elle continue. Et au fond, cela me faisait mal...

- Arrête, c'est faux. Si tu m'aimais tu n'aurais pas embrassé quelqu'un d'autre. Si tu m'aimais, tu ne m'aurais pas menti comme tu l'as fait. Et tu le défendais, en plus ! Ah, je comprends mieux à présent... Bien sûr que tu le défends ! Comme tout à l'heure, ma voix était redevenue dure et tranchante comme de la glace, et mon regard se voilait. Pourtant, j'ai fait des efforts pour toi, j'avais commencé à l'accepter, car comme je te l'avais dit, du moment qu'il ne te fait pas de mal, je respecte ton choix et tes amis. Tu as pensé à quoi, à ce moment, hein ?! Parce que tu crois que te faire fumer de la drogue, ce n'est pas considéré comme faire du mal ? Et tu crois que je vais l'accepter ? Et tu crois que je vais accepter le fait que quelqu'un d'autre que toi me l'apprenne ? On m'a aussi appris que tu l'avais embrassé. Toi. Je parlais plutôt lentement, posant l'un après l'autre, implacablement, mes reproches. Pour tout te dire, il vantait même tes capacités. Non, vraiment, je suis ravi que Carlton défende ma petite amie en expliquant qu'elle n'a rien de coincé puisqu'elle lui a sauté dessus et qu'elle l'a embrassé, cet été. C'était à quel moment, exactement ? Juste après m'avoir écrit une lettre, ou avoir reçu une des miennes, peut-être ? Juste pour savoir.

Quelque chose était enclenché, que je ne pouvais plus arrêter. Comme ce jour-là en salle de duel. Plus que tout, je crois, j'avais besoin de savoir - j'avais besoin d'entendre l'atroce de vérité de sa bouche, tout comme j'avais envie de l'entendre nier tout en bloc - oh, si seulement !... - mais je ne pouvais plus faire marche arrière - comment construire quelque chose d'aussi beau que ce que nous avions eu si les bases, les simples bases, n'était que du feu, de la poudre aux yeux ? Ses yeux à elle me hantaient jour après jour tant ils étaient beaux et tant je les aimais mais je voulais qu'ils me hantent pour les bonnes raisons, pas pour ce mensonge atroce qui venait de s'insinuer entre nous et de tout geler, nos corps, nos souffles, nos sentiments.

Au prix d'un immense effort, je fis un léger pas en arrière, et ce geste était l'exact opposé de ce dont j'avais envie et besoin - je m'imaginais déjà la prendre dans mes bras et d'excuser d'avoir été si méchant, d'avoir douté d'elle. Je m'imaginais déjà poser ma joue sur ses cheveux comme je le faisais souvent, lui embrasser le front, lisser ses mèches brunes du plat de la main comme tant de gestes tant répétés et tant aimés...


- Dis moi que ce n'est pas vrai ?
la défiai-je alors.

Haley et Haley seule avait le pouvoir de tout effacer... ou de tout anéantir, et dans mes yeux brillait, encore, une dernière étincelle d'espoir.
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MessageSujet: Re: Give me Truth - H.C. (terminé)   Jeu 9 Mai - 17:13

Le pire était l'incompréhension : j'aurais accepté le fait qu'il plante un regard de glace dans mes yeux, j'aurais accepté tous les reproches que je méritais sans doute si je les comprenais. Il insinuait la trahison et le mensonge, mais quoi, quand ? A lui, en particulier, l'être qui m'était le plus cher au monde ? Je l'aimais – comment avais-je pu un jour penser à lui faire du mal ? Je m'en serais mordue les doigts, j'aurais voulu me rendre les maux que je lui avais causé, si j'en avais eu conscience. Quand avais-je pu lui inspirer ces ressentiments, pourquoi, comment ? Pourquoi me semble t-il que le sol s'écroule sous mes pieds en pente brute chaque seconde que mes yeux se perdent dans la froideur des siens ? Est-ce que c'est ça, la fin ? Des regards perçants le cœur comme l'acier et des mots qui écorchent tout mon corps tremblant ?

Ses yeux étaient les plus beaux de tous, mais ce fait ne m'était pas venu à l'esprit la première fois que je l'avais vu. Nous avions passé cinq années à proximité, parce que du même âge et de la même année, mais je n'avais remarqué la beauté hypnotisante de ses yeux, ses yeux si bleus, sous ce cerisier à Pré-au-Lard, là où tout avait commencé. Sa bouche aussi était particulière : plutôt fine, d'une jolie couleur rosée, mais elle faisait preuve d'une telle force quand elle venait s'appuyer contre la mienne, et elle était si agréable quand elle se posait sur mes joues, et sur mon front, et sur mes mains. Et ses mains à lui, pâles et fines et douces ; je n'en m'étais pas rendue compte jusqu'à alors, mais je m'étais aperçue que j'avais apparemment une inclination particulière pour cette partie du corps. Je m'étais mise à observer les mains des autres garçons, et aucunes ne me plaisaient autant que celles du Scott qui semblaient correspondre à un critère inconscient de beauté que je n'avais jamais soupçonné dans mon esprit – seulement une seule autre personne pouvait rivaliser, mais sa peau était mat ; ce n'était en tout cas pas Chuck, car ses mains étaient un peu plus épaisses et rugueuses et fortes et je sentais que ces mains là ne m'auraient pas plu. Il n'y avait que celles de Scott que je voulais, mais je ne pouvais plus les toucher. Je n'en avais plus le droit, parce que je lisais comme du dégoût dans son regard – ce dégoût était dirigé contre moi, et la douleur que cela causait dans ma poitrine m'étouffait de plus en plus. Je voulais juste prendre ses mains, je voulais serrer mes doigts entre les siens, je voulais parcourir ses phalanges de mon index, comme si il se promenait sur des petites montagnes enneigés. Et je je ne pouvais pas. Le corps de Scott me paraissait être à des kilomètres alors qu'il était en vérité à portée de ma main – mais si je le touchais, là, maintenant, si j'attrapais ses doigts ou son poignet, qu'allait-il se passer ?

Il n'attendait pas que je le touche – il ne voulait pas que ma peau entre en contact avec la sienne –, il désirait simplement des explications. Pourquoi je lui avais menti. Pourquoi je l'avais trahi. Mais je ne comprenais pas, il parlait de quelque chose qui m'échappait ; il semblait pourtant sûr de lui, tellement convaincu que j'avais pu commettre des actes horribles envers lui, et c'était sans doute de là que jaillissait la tristesse que je percevais dans son regard et qui faisait échos à la mienne. Il attendait que je parle – alors je parlai, ou plutôt je bégayai, mais j'avais plutôt l'impression de me noyer dans une mer qui cherchait à m'engloutir au fur et à mesure que des mots d'incompréhension sortaient de ma bouche. Je me débattais vainement contre des forces qui me dépassaient – alors je lâchais ma dernière arme, pour l'assurer que quoiqu'il pense, c'était faux, que je l'aimais. Et je lui disais – je m'attendais à voir paraître cette éclat de joie dans ses yeux comme d'habitude, car nous savions tous deux quelle valeur ces mots avaient pour moi, même si ils arrivaient de plus en plus facilement à s'échapper des mes lèvres. C'était simple, en fin de compte : c'était matérialiser ce lien qui liait son cœur au mien, c'était mettre trois mots pour le rendre concret, palpable. Cela sembla produire l'effet inverse : son regard se durcit. Je retins un sanglot à grand peine – il ne me croyait plus, il ne m'aimait plus, c'était perdu, je le perdais. Plus les secondes s'égrenaient, plus il m'échappait, et mon monde s'écroulait, et le sol tanguait, et ma vision se faisait floue alors que je me débattais contre les larmes qui menaçaient de sortir. J'avais si peu pleuré ces dernières semaines que mes défenses s'étaient affaiblies.


- Arrête, c'est faux.

J'ouvris la bouche pour protester brutalement – comment pouvait-il l'affirmer comme si c'était la vérité la plus pure du monde ? – mais aucun mot ne parvint à s'en échapper. Je la laissais entre-ouverte, incapable de respirer – je ne pouvais rien faire d'autre que de laisser les vagues se fracasser sur mon corps et l'écume m'étouffer.

- Si tu m'aimais tu n'aurais pas embrassé quelqu'un d'autre.

Je sentis mes yeux s'écarquiller et mes sourcils se froncer – comment... quoi ?

- Si tu m'aimais, tu ne m'aurais pas menti comme tu l'as fait. Et tu le défendais, en plus ! Ah, je comprends mieux à présent... Bien sûr que tu le défends !

Qu'est-ce qui était en train de passer ? De qui parlait-il ? J'eus un instant envie de rire nerveusement – j'étais idiote, c'était simplement un cauchemar, un cauchemar dans lequel j'avais « trompé » Scott et il me quittait mais c'était impossible, c'était impossible, impossible. Si j'avais commis un tel acte, je m'en serais souvenue, et Scott ne pouvait pas partir sinon j'allais mourir ; alors ce n'était qu'un cauchemar, forcément un cauchemar. Ce n'était pas la première fois que je faisais de tels rêves – plusieurs mois plus tôt, un rêve récurrent s'était immiscé dans mon esprit, mais je l'avais gardé pour moi – j'avais l'impression d'embrasser des lèvres, mais j'avais la ferme conviction que ce n'était pas celles de Scott – ce qui était stupide, je ne pouvais embrasser quelqu'un d'autre que Scott –, et cette sensation était couplée à une vision de nuages dans un ciel bleu, et d'arbres, et une sensation particulière de chaleur. J'en avais conclu que mon esprit m'avait joué des tours – c'était forcément Scott – mais peut-être... peut-être que Scott avait eu conscience de ce rêve, qu'il était entré dans mon esprit pour vérifier la véracité de l'amour que je lui portais, et il avait aperçu que ce n'était pas lui que j'embrassais, mais... Un tel moyen existait-il ? Scott était-il capable de faire une telle chose ? Cela ne lui ressemblait pas, ce n'était pas Scott. Ce n'était pas mon Scott.

- Pourtant, j'ai fait des efforts pour toi, j'avais commencé à l'accepter, car comme je te l'avais dit, du moment qu'il ne te fait pas de mal, je respecte ton choix et tes amis. Tu as pensé à quoi, à ce moment, hein ?! Parce que tu crois que te faire fumer de la drogue, ce n'est pas considéré comme faire du mal ? Et tu crois que je vais l'accepter ? Et tu crois que je vais accepter le fait que quelqu'un d'autre que toi me l'apprenne ? On m'a aussi appris que tu l'avais embrassé. Toi.

Il ne parlait pas très vite, mais j'avais l'impression qu'une montagne s'écroulait sur la tête et que Scott me lançait lui-même des roches, visant particulièrement mon cœur car je le sentais se désintégrer par coups violents. Au milieu de ce carnage et de ma lutte contre les larmes, je percevais des insinuations insensées : de la drogue ? Et de qui parlait-il ? Je n'avais pas beaucoup d'amis, et surtout, pas beaucoup qu'il détestait – il n'y avait que Chuck. Mais c'était incensé – et mon envie de rire me repris, mes nerfs lâchaient, mon cœur lâchait, je voulais me réveiller, ce n'était qu'un cauchemar, pitié, me réveiller...

Pour tout te dire, il vantait même tes capacités. Non, vraiment, je suis ravi que Carlton défende ma petite amie en expliquant qu'elle n'a rien de coincé puisqu'elle lui a sauté dessus et qu'elle l'a embrassé, cet été. C'était à quel moment, exactement ? Juste après m'avoir écrit une lettre, ou avoir reçu une des miennes, peut-être ? Juste pour savoir.

Il avait lâché le nom : il parlait de Chuck. Ses accusations me poignardaient et mon cœur sanguinolent battait frénétiquement d'effroi – comment pouvait-il... comment... Je me rappelais que nous étions à Poudlard, dans un couloir, quand j'entendis des rires provenant de deux jeunes filles qui passèrent près de nous en parlant de je-ne-sais-quoi – mas je n'étais plus à Poudlard, plus vraiment, j'étais au milieu d'un brasier qui me consumait. Je sentais d'ailleurs ma bouche s'assécher et une douleur surgir au fond de ma gorge – ou peut-être était-ce mon palais, mais j'asphyxiais – je voulais juste m'étendre sur le sol et dormir et ne jamais me réveiller, jamais, tant que Scott me lancerait toujours ces regards insupportables de colère et de dégoût et de tristesse et d'inquiète et que les mots qui sortiraient toujours de sa bouche seraient des entailles de plus qui me faisaient mal, si mal et que je n'arrivais pas à saisir pleinement.

- Dis moi que ce n'est pas vrai ?

Le ton comme de défi qui émanait de sa voix m'acheva comme le coup de grâce d'une guillotine – où était passé mon Scott, comment le monde pouvait-il s'écrouler et ma vie s'arrêter en deux minutes, pourquoi ne me réveillai-je pas, quand ce cauchemar allait-il finir, d'où venait ces accusations, pourquoi croyait-il ça...

Je baissais enfin le regard, incapable de soutenir l'horreur que m'inspirait ses yeux que j'avais tant aimé. Ils n'étaient plus beau, plus comment avant – ils me détestaient. Quand mon corps s'autorisa à prendre une grande inspiration d'oxygène, je me mis à trembler encore plus – j'avais l'impression d'étouffer dans des flammes et de transpirer, mais j'avais en même temps si froid et si peur. Je ne désirais rien de plus au monde, en cet instant, que de me jeter dans ses bras et de sentir la chaleur de son corps et la douceur de ses caresses et qu'il passe sa main dans mes cheveux comme j'aimais tant. Je le regardais, interdite, mais il me semblait que si je continuais à ne rien dire tout serait encore pire – il attendait quelque chose de moi, je l'avais lu dans ses yeux. Je me concentrais pour comprendre l'origine de ses accusations insensées : j'aurais donc pris de la drogue et embrassé Chuck ? Dans quel monde parallèle cela pouvait-il être possible ? Comment pouvait-il croire ça, qui lui avait...


« Non, vraiment, je suis ravi que Carlton défende ma petite amie en expliquant qu'elle n'a rien de coincé puisqu'elle lui a sauté dessus et qu'elle l'a embrassé, cet été. C'était à quel moment, exactement ? Juste après m'avoir écrit une lettre, ou avoir reçu une des miennes, peut-être ? »

N'avais pas écrit dans une de mes lettres que j'allais voir Chuck cet été ? Oui, nous avions prévu de nous voir, et j'avais décidé de le dire à Scott pour ne rien lui cacher. Mais nous n'avions rien fait, nous nous étions juste allés...

Nous avions...

Qu'avions-nous fait ?

Alors que le ciel sans nuage et les arbres et le soleil surgissaient dans mon esprit de nouveau, j'eus un mouvement d'effroi tel que mes mains vinrent se poser de chaque côté de mon crâne, au niveau de mes oreilles, et mes yeux se fermèrent. Très fort.


- Non, m'entendis-je gémir. Non, non, c'est un cauchemar, ce n'est pas... Ce n'est pas... J'appuyais mes mains plus fort sur ma tête, serrant mes doigts autour de poignées de cheveux. Mais cela ne suffisait pas – mon rêve se matérialisait de plus en plus devant le rideau noir de mes paupières closes. Le ciel bleu. Le soleil. L'arbre. Un tee-shirt rouge. Des lèvres. Mais c'était un cauchemar, ce n'était pas la réalité, c'était – Scott ne possède pas de tee-shirt rouge – ce n'était pas vrai – Scott ne s'est pas baladé avec toi dans un parc un jour de chaleur – ça ne s'était pas passé – Scott ne fume pas – moi non plus, je ne fumais pas, mais il y avait de la fumée, et je crachais – Scott n'est pas celui que tu as embrassé – je ne pouvais pas avoir fait ça, c'était des rumeurs, c'était faux.

- Non, non, non, continuais à gémir, et j'essayais de fermer mes yeux un peu plus fort tandis que mes mains quittaient mes cheveux pour glisser sur mon visage – et mes doigts étaient pliés, et mes ongles griffaient la peau de mon front, mes paupières, mes joues, je les sentais s'enfoncer en laissant des traînées douloureuses sur leur passage.

J'avais embrassé Chuck... Ce n'était pas possible... Comment... Pourquoi...

Mes mains tremblantes vinrent se positionner sur ma bouche et l'enserrèrent – mes ongles s'enfonçaient dans ma peau, dans mes lèvres, et ça faisait mal – mais rien n'était plus douloureux que mon cœur qui hurlait que c'était faux alors que mon cerveau me disait le contraire. J'avais l'impression de mieux en mieux me souvenir de cette abomination alors que je luttais pour m'y refuser. Je ne voulais pas ouvrir les yeux. Je ne voulais pas faire face au jugement de Scott. Je ne voulais pas affronter la vérité, si elle l'était vraiment – je voulais encore croire que c'était faux, que c'était une invention de mon esprit perturbé, que je n'avais pas pu faire ça – comment avais-je pu, même si mes sentiments n'étaient pas alors aussi forts qu'aujourd'hui, comment avais-je pu faire... ça... Il fallut pourtant que mes mains lâchent leur emprise sur la peau endolorie de mon visage. J'ouvris lentement les paupières, fixant le sol. J'eus immédiatement envie de vomir – je ne voulais pas affronter la réalité, je voulais dormir et mourir, je voulais effacer cette saleté de mon cerveau – car je me sentais sale, si sale, je voulais continuer à griffer mes cheveux et mon visage pour enlever cette saleté, je voulais disparaître et ne plus vivre. Mon regard remonta lentement vers le visage de Scott et j'eus à peine le temps de distinguer ses traits – ma vue se brouilla et je lâchais d'abominables sanglots tandis que les larmes se déversaient sur mon visage. J'avais replacé mes mains le long de mon visage pour les empêcher de trembler, mais mon corps lui tremblait comme le couloir autour de moi, comme mon cœur écoeuré qui voulait s'échapper de ma gorge sèche.

- Je... Scott, je..., commençai-je au milieu de mes sanglots en inspirant l'air qui me manquait. Je ne sais pas comment... ce qui s'est passé, ça ne peut pas être vrai, je ne l'aime pas, je n'ai jamais eu envie de l'embrasser, je ne comprends pas, ce n'était pas moi, mon débit de parole était précipité et m’essoufflait ; plus je parlais et plus les larmes coulaient, et il fallut que je fasse une pause pour essuyer mes pleurs de mes mains, car je ne le voyais plus au travers de l'eau qui coulait, salée, jusque dans ma bouche. Je n'ai pas voulu, même si mes sentiments... Je ne t'aurais jamais fait ça, ce n'est pas moi, Scott, c'est flou dans ma tête, je ne comprends pas, je... C'est toi... tu sais bien que c'est toi, personne d'autre, je le sais, je n'en étais pas sûre au début mais maintenant je suis tellement sûre, je te le promets... je ne veux pas qu'on se dispute, finissais-je la voix secouée de tremblements alors que les larmes se faisaient moins nombreuses. Je fis au mieux pour essayer de retenir mes canaux lacrymaux de s'épancher plus – ce n'était pas moi, c'était la... la drogue ? - à cause de la curiosité... pourquoi avais-je cédé... – j'aimais Scott, je le savais, je ne l'avais pas fait consciemment, je ne l'avais pas fait vraiment, si je l'avais réellement fait. Je m'avançais lentement, tendant ma main vers lui. Il sait que je l'aime. Il sait que sans lui... sans lui...

Et parce que sans lui il n'y avait plus rien dans mon monde, que je l'aimais plus que ma propre vie qui avait été si détestable avant qu'il n'y entre, j'avançais encore un peu et entourais mes doigts humides de larmes autour de son poignet – sa peau contre la mienne fit s'affoler mon coeur d'amour et
j'eus l'impression qu'il commençait déjà à cicatriser et arrêta mes pleurs. Il n'y avait que Scott. Il n'y aurait jamais personne d'autre que Scott. Je voulais soit prendre sa main et enfouir ma tête dans la creux de son coup, soit cesser d'exister.
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Scott McBeth
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MessageSujet: Re: Give me Truth - H.C. (terminé)   Ven 17 Mai - 19:21

Comme dans la salle de duel, je ressentais les affres de la colère, vibrantes et puissantes, dans tout mon corps. Des ondes, comme des sortilèges, qui ricochaient un peu partout, repartaient de plus belle, prisonnières de mon propre corps. Et comme dans la salle de duel, je ne pouvais pas le nier : je ressentais un certain plaisir, parce qu'il ne me restait que cela. Parce que mon désespoir était trop puissant, parce que je me haïssais comme rarement je m'étais haï de ressentir autant d'animosité pour Haley, parce que je voyais très nettement tout le mal que j'étais en train de causer. C'était comme si mon esprit n'était plus dans mon enveloppe corporel : il flottait au dessus de nous, observant cette scène d'un œil septique, cherchant la vérité sous toute cette froideur et cette inquiétude. Il se disait que je n'étais pas vraiment moi-même, à la jauger ainsi du regard et à appuyer sur mes mots de manière de plus en plus tenace, presque assassine. Il se disait que mon cœur était absent, mais oui, où était-il ? Il ne battait presque plus et je savais pourquoi : parce qu'une nouvelle fois on l'avait malmené, on lui avait asséné la même blessure, encore et encore, la lame de la trahison, aiguë, au même endroit. Il s'étouffait petit à petit - à mon image. On ne me voyait pas, on ne me choisissait pas. Voilà.

En un sens cela me faisait du bien d'être sec, d'attaquer, pour une fois. Cela me faisait du bien parce que je marchais, j'avançais, je m'accrochais à la suite - alors que si j'avais attendu la sentence des lèvres d'Haley, sans rien dire, je me serais ratatiné sur moi-même et j'aurais probablement sauté de mon plein gré dans le gouffre abyssale qui s'était déchiré soudain entre nous deux, en plein milieu de ce couloir. Cette proximité m'était insupportable - cette distance m'était insupportable : la moitié de mon être avait envie de pleurer et de la serrer contre moi en la suppliant de ne jamais refaire cela, l'autre voulait s'enfuir en courant et lui dire : c'est fini, parce que j'avais trop mal. Bien trop mal. Ah, il était bien simple de s'égarer, de faire des erreurs regrettables qui auraient des répercussions sur les autres en espérant que l'amour rattraperait le reste - ce n'était pas faux, au fond. J'avais tellement d'amour pour Haley qu'il débordait de toutes parts, qu'il me réchauffait de l'intérieur comme un brasier éternel. Je l'aimais pour tout, je l'aimais malgré tout. Je me fichais qu'elle soit si renfermée, qu'il faille aller la chercher quand elle avait peur : nous nous apprivoisions l'un l'autre, n'était-ce pas le gage d'une relation durable ? Je me fichais qu'elle ait l'impression de ne pas exister, parce que pour moi elle était le centre de ce nouveau monde, le mien, le notre. Je me fichais qu'elle se croit sotte, inintéressante, qu'en savais-je : il n'y avait rien de vrai dans sa manière de se dénigrer, j'étais l’œil extérieur qui lui permettait de se regarder dans le miroir et de voir combien elle était précieuse, en réalité. Je me fichais de ses incertitudes, de ses peurs, de ses soucis et de ses secrets. Je voulais les bercer, les uns après les autres, les coucher près de moi et y veiller comme s'ils étaient la prunelle de mes yeux. Je lui avais ouvert mon cœur et ce n'était pas juste parce que nous étions jeunes et en quête de l'Amour parfait, de compagnie : je lui avais ouvert mon cœur parce que je l'aimais et que je croyais en elle de toutes les façons possibles, et parce que j'avais une confiance inébranlable pour elle, une passion infinie pour ses yeux purs comme des diamants qui brillaient au-dessus de moi sans jamais faiblir un instant.

Mais cette bulle avait été brisée - lui, elle, je ne les différenciais plus. Je lui en voulais tellement... Et quand je la regardais, tremblante, pâle, de plus en plus incertaine, les contours de sa silhouette devenaient flous et s'évanouissaient peu à peu... Elle m'échappait, parce que je la repoussais... Mais comment, comment aurais-je pu agir autrement ? J'aurais aimé qu'en cet instant elle me dise quoi faire pour nous épargner tout cela, ou qu'elle dise que ce n'était que mensonge, une bien mauvaise farce. D'ailleurs je ne comprenais pas ce temps qu'elle mettait à me répondre, je ne comprenais pas ses yeux agrandis de stupeur qui me lançaient des signaux de détresse. Elle savait bien qui elle avait embrassé, tout de même. Pourquoi ne pas m'épargner tout cela ? Pourquoi ne pas tout avouer, ou tout nier en bloc, maintenant ?

Le geste qu'elle eut alors provoqua un bouleversement inattendu. C'était comme ces dominos qu'on aligne, qu'on s'amuse à faire serpenter, et qu'on fait alors tomber tous, à la queue-leu-leu, en incitant d'une poussée le premier domino à s'effondrer sur le deuxième, puis sur toute la foule. Son geste compressa mes entières. Ce n'était pas sa tête qu'elle enserrait de ses mains mais mon estomac, mon cœur, mon cerveau. Ils ne vivaient plus, écrasés des mains de Haley qui leur assénaient la coup final. Je battis faiblement des paupières, sentant une étrange torpeur m'envahir. Je voulais lutter, je cherchais la force et puis... Et puis, non. La force de quoi ? Haley devant moi avait la consistance d'un souvenir, et si elle semblait lutter contre elle-même, vouloir se briser la tête de ses mains, quelque chose me murmurait à l'oreille qu'elle n'était plus à moi, qu'elle appartenait à tous ces gens qui m'avaient mis de côté, que je ne comptais pas, que mes idées étaient fausses. Mais oui ! Tout était faux. Comme toujours et je le savais - j'en avais l'habitude, n'est-ce pas ? N'est-ce pas, Scott, que tu savais que ça finirait ainsi parce que
ça finit toujours ainsi ? susurra ma conscience. Oui. D'accord. Alors la colère s'envola pour de bon. Oh, Carlton, qu'importe, c'était un idiot, il ne savait faire que des choses idiotes. Le mal était fait, le mensonge permanent. Mon amour pour Haley restait intact, mais il n'était pas réciproque, à quoi bon ? J'eus un soupir - les dernières miettes de cette colère tourbillonnante s'évanouir dans les airs, tandis que Haley s'infligeait... Tandis que ses gestes... Attention, tu vas te faire mal, eus-je simplement envie de dire. Ses mains semblaient attaquer son visage, ses yeux fermés, sa bouche crispée... Elle risquait de se griffer. Je n'arrivais à avoir que de simples constatations de la sorte. J'avais compris : elle n'allait pas nier.

- Non. Non, non, c'est un cauchemar, ce n'est pas... Ce n'est pas... C'était un cauchemar, effectivement. Mais j'avais renoncé. Non, non, non...

Si. Toutes les belles choses ont une fin, n'est-ce pas ce qu'il se dit ?

J'aurais aimé que celle-là entre toutes n'en ait jamais, évidemment. Mais voilà. Elle se mit à pleurer pour de bon, et chacun de ses sanglots m'arrachaient le cœur comme d'habitude et... Non. C'était faux, cela aussi. Ses sanglots ne me faisaient plus rien... Oh... Je retins ma respiration le temps que l'horreur de cette réaction me crispe d'un violent frisson. Ses sanglots, ses larmes, ne me faisaient
rien. Je n'étais plus là.

- Je... Scott, je... Je ne sais pas comment... ce qui s'est passé, ça ne peut pas être vrai, je ne l'aime pas, je n'ai jamais eu envie de l'embrasser, je ne comprends pas, ce n'était pas moi. Je n'ai pas voulu, même si mes sentiments... Je ne t'aurais jamais fait ça, ce n'est pas moi, Scott, c'est flou dans ma tête, je ne comprends pas, je... C'est toi... tu sais bien que c'est toi, personne d'autre, je le sais, je n'en étais pas sûre au début mais maintenant je suis tellement sûre, je te le promets... je ne veux pas qu'on se dispute.

... Qu'on se dispute ? Mais ce n'était pas une dispute, non... C'était une rupture, n'est-ce pas ? Je n'étais pas spécialement familier en la matière et pour la première fois j'étais du côté de celui qui choisit - je me fis la réflexion que ce n'était pas plus plaisant, loin de là, que d'être celui qui subit. Parce que j'avais le choix, la pouvoir de ne pas opter pour la fin, et si fort que je le voulais, il m'apparaissait tristement que je n'en avais pas les moyens.

- C'est un peu tard, commentai-je simplement, et ma voix me semblait me venir de très loin, neutre et plate et un peu éteinte. L'aimer, l'embrasser, lui, moi, elle, tout se mélangeait dans ma tête... Peut-être, mais tu l'as fait ; du reste, je ne sais plus ce qui est vrai. Tu sais, moi j'étais sûr, dès le début. Aujourd'hui, je ne suis plus sûr de rien.

J'eus un vague mouvement d'épaule comme si je disais - c'est dommage. Mais c'était trop pour moi et si je voulais pleurer et hurler et écraser Carlton contre un mur et m'énerver contre Haley et la serrer contre moi et prendre sa main et rentrer au dortoir et lui pardonner et tout oublier, je n'étais plus capable de rien - de rien.

- ... Oh, Haley, pourtant tu le sais... Ce que ça me fait... La trahison, je n'en peux plus, confiai-je la gorge soudain plus serrée parce que le début de ma phrase avait été un cri de détresse, ce cri qui exprimait toute cette impuissance qui me faisait prisonnier et m'éloignait d'elle. Je regardais ses yeux brouillés de larmes et je m'y noyais, leur lumière ne me guidait même plus.

Elle aussi eut un cri de détresse : sa main s'était levée pour attraper mon poignet. J'eus un instant d'hésitation - nos cris se répondaient, nous voulions la même chose. Mais accepter...


- Je suis désolé, mais je ne peux pas, conclus-je tristement.

Ma main retomba mollement le long de mon corps, et après un dernier et bref regard vers elle - j'essayais de dire pardon, j'aurais voulu que cela ne se finisse pas ainsi, je voudrais te pardonner, ou peut-être que je ne sais pas si je le veux, je regrette de t'avoir fait du mal... Enfin, toutes ces choses qu'on aimerait dire dans ces moments-là mais qu'on ne dit pas, car elles ne servent plus à rien. Et je tournai les talons, la laissant là, avec la terrible sensation d'être tombé dans le gouffre et de n'être revenu qu'en apparence, et de marcher comme un robot, lentement, tranquillement, vers où, vers quoi ? Tout droit, simplement tout droit. C'était fini. Elle n'allait pas me courir après et je le savais : elle avait compris.
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MessageSujet: Re: Give me Truth - H.C. (terminé)   Jeu 13 Juin - 2:59

J'étais sale. J'étais allée me traîner dans une mare de boue, et sa terre répugnante et humide s'était infiltrée par toutes les pores de ma peau trop pâle ; mais elle avait atteint Scott, aussi, Scott que je voyais s'écrouler sous les afflux de la colère, Scott dont le regard me fixait avec un mélange de haine et comme de regret – il souhaitait évidemment que ce soit faux, mais moi aussi, je désirais tellement que cette terre dégoûtante s'envole comme la plus futile des poussières au vent, moi aussi,  je voulais que ce soit un mensonge. Peut-être que ça l'était ? Et si j'avais imaginé cette scène au soleil avec l'homme en tee-shirt rouge parce que Scott avait insinué que j'avais embrassé quelqu'un ? Mais si je désirais tellement que cette affirmation soit fausse, pourquoi ces images avaient-elles pris vie dans mon esprit ? Et comment mon Scott avait-il eu vent de ce prétendu baiser ? Rien n'était plus fort que le dégoût que j'éprouvais envers moi-même en cet instant – c'était pourtant un sentiment récurrent, qui m'assaillait souvent comme la mer revient toujours caresser la plage après s'en être écartée – mais il n'avait jamais été aussi fort, violent, et il m'enserrait la gorge, les poumons, le ventre, le cœur. Mon corps était devenu la corde d'un arc tendu ; et la pression qui la relâcha était encore plus douloureuse, quand je réalisais enfin le crime que j'avais commis ; elle envoyait tout valser à l'intérieur ; et à l'extérieur mes mains passaient sur mon visage et mon cœur criait et ma bouche criait et je ne voulais pas me rappeler, je ne voulais pas que ces images que je n'avais jamais pris au sérieux parce qu'elles ne pouvaient pas exister – elles ne pouvaient pas – se matérialisent dans la petite caverne cérébrale qui bouillonnait et qui s'apprêtait à exploser comme tout le reste de mon organisme violenté. Les souvenirs flous et nauséeux de ce rapprochement dans un parc avec Chuck – Chuck ?... – me semblaient comme un viol intérieur ; ils pénétraient dans l'équilibre de mes pensées et de l'amour pour Scott qui y régnait en maître absolu ; ils faisaient chavirer les barques de ma stabilité bien heureuse et insouciante et renversaient tout, gâchaient tout, terminaient tout dans un chaos insupportable.

Je ne voulais que Scott. L'équation était anormale – comment était-il possible qu'une seule et unique personne soit nécessaire à mon monde ? Mais c'était vrai, stupide mais vrai, je n'avais besoin que de Scott. Je n'avais personne d'autre parce que c'était inutile – tant que j'avais Scott, j'avais tout. J'étais entière. Les fissures que notre discussion avait provoquées menaçaient de me faire m'écrouler – je n'attendais plus que mes genoux heurtent le sol dur et froid de ce couloir qui me semblait être une prison, et ses murs semblaient se resserrer autour de nous au fur et à mesure que le regard de Scott me transperçait le cœur, que ses mots insupportables, inacceptables, faisaient leur chemin jusqu'à provoquer les inévitables larmes parce qu'elles étaient tout ce qu'il me restait – je n'avais plus les mots suffisants, plus la force de lutter contre que ce que Scott croyait si fort et qui se reflétait dans ses yeux – je me sentais si petite et impuissante face à la vague de colère qui l'emportait. Alors je me noyais dans mes larmes et ses mots me poussaient plus fort dans les eaux sombres qui m'engloutissaient. Je me débattais avec mes mots à moi, des bégaiements insupportables qui ne parvenaient pas à rendre compte de la tornade qui régnait en moi ; car celle-ci n'arrivait à s'exprimer véritablement et pleinement que par l'eau qui s'écoulait en torrents de mes yeux rouges d'usure sur mes joues rouges de honte. Mes mots ne se battaient pas seulement contre ceux de Scott égaux à des poignards qui s'enfonçaient dans ma chair, ils luttaient contre eux-même, essayant de se frayer un passage vers la vérité. Je me noyais dans les eaux troubles de l'incompréhension : les vagues de celle de Scott venaient s'écraser contre mon rivage, mais il y avait également es miennes. Comment avais-je pu commettre un tel acte, même sous l'emprise de... de drogue, comment avais-je pu accepter que la fumée de cette chose intoxique mes poumons – intoxique Scott, intoxique notre relation – comment avais-je pu faire ça à Chuck et à Scott, comment avais-je pu être l'idiote qui embrassait un autre, le genre d'idiotes qui étaient mon opposé et que j'avais appris à détester. Et comment avais-je pu oublier. Encore même après la révélation de Scott, je parvenais à douter de la véracité des faits – je m'accrochais, comme lui, à l'espoir que tout soit faux, mais il ne semblait pas le comprendre tant ses accusations étaient fortes – car le puzzle qu'était cette histoire se dessinait vaguement dans mon esprit, et j'en voyais un peu plus les contours à chaque minute mais il me manquait quelque chose, il me manquait des pièces. Je voulais crier à Scott, de manière si convaincante et criante de vérité qu'il serait impossible pour lui d'en douter, que si cet acte s'était produit, il n'avait jamais été volontaire ; qu'il avait du se passer quelque chose que je ne contrôlais pas ; que si j'avais bien été soumise à l'effet d'une drogue j'étais dé-responsabilisée de ces actes que je n'avais jamais voulu commettre ; que ce n'était pas ma faute ; que ce n'était pas moi. Que je l'aimais. Qu'il comptait plus que n'importe qui d'autre sur cette planète pour laquelle j'avais développé un désamour grandissant  – je voulais Scott, je ne voulais que lui.


- C'est un peu tard, me répondit-il alors que je me débattais pour lui montrer à quel point je l'aimais véritablement – pas seulement un peu, au début, comme ça avait été le cas l'été dernier, pas seulement de manière peu assurée, mais entièrement, pleinement, sûrement. Peut-être, mais tu l'as fait ; du reste, je ne sais plus ce qui est vrai. Tu sais, moi j'étais sûr, dès le début. Aujourd'hui, je ne suis plus sûr de rien.

Ces nouveaux mots furent de nouveaux poignards, tout aussi tranchants que les précédents – je ne m'y faisais pas, à ces violences incessantes, aucune habitude ne s'était installée, je souffrais tout autant à chacun des mots qui sortaient de cette bouche qui semblait tant me haïr, après m'avoir si fortement aimée pendant huit mois. Il n'était plus sûr de rien.

Plus sûr de rien. Plus sûr de m'aimer ? Il n'était plus sûr de m'aimer ?

Les larmes continuaient de rouler sur mes joues, mais l'horreur que m'inspirait ces mots figea mon expression. Il ne m'aimait plus. C'était fini. Ça allait finir. Ce n'était pas possible – il était là, à deux pas de mois, mon cœur mourrait d'amour pour lui et ce n'était pas possible, pas possible, pas possible que tout finisse, là, maintenant, à cause d'un fait flou commis l'été dernier dont je n'étais pas certaine et qui me semblait si improbable – tellement improbable que la partie de moi qui ne voulait pas mourir avait envie de rire de tant d'improbabilité. Un baiser avec Chuck. Une rupture avec Scott. Les commissures de mes lèvres commencèrent à se soulever légèrement pour former les prémices avortés d'un sourire à travers le voile de mes sanglots – ce n'était pas vrai, j'étais en plein cauchemar quand Scott reprit la parole.


- ... Oh, Haley, pourtant tu le sais... Ce que ça me fait... La trahison, je n'en peux plus, et l'expression de souffrance qui s'installa momentanément sur son visage, le ton las de sa voix, tout en lui alerta mes sens et mes doigts allèrent se poser sur son poignet droit.

- Je le sais et c'est pour ça que je ne pourrais jamais te trahir, soufflai-je, pleine d'espoir – et de désespoir – même si j'en avais envie, et je n'en avais pas envie, je ne l'ai jamais voulu, crois-moi, s'il te plaît, ça ne s'arrête pas, ça ne change rien, tu n'es plus sûr mais moi je le suis vraiment, Scott, je...

Et c'est quand je sentis son poignet glisser de mon emprise, quand j'aperçus que quelque chose quittait son regard comme cela semblait le quitter lui, que je me sentis perdre pied – ça ne pouvait pas arriver, ce n'était pas en train de se passer. J'aimais Scott, il m'aimait, c'était du gâchis, c'était n'importe quoi, c'était impossible, ça ne passait pas, ce n'était pas réel, si il avait existé, ce baiser n'était pas réel, il n'était rien, alors que Scott, lui...

- Je suis désolé, mais je ne peux pas.


Scott était tout et Scott partait.

Son corps pivote dans le sens opposé après que ses yeux se soient une dernière fois accrochés aux miens – mais ce contact lointain est insupportable tant son regard est plein de colère et de tristesse – et il me fait maintenant dos. Mes yeux sont fixés sur sa nuque – il avait l'habitude de frissonner quand j'y passais doucement mes doigts tant il était sensible de cet endroit là – et sur ses cheveux bruns – combien de fois les avais-je parcouru – et sur son dos, que j'avais envie d'enserrer de mes bras comme en Décembre dernier, lors du bal où nous avions tant rayonné – et sur ses bras, que j'adorais entourer des miens parce qu'ils étaient les piliers de mon existence – et sur ses mains, serrées, qui étaient la partie du corps que je préférais chez lui et que je ne me lassais jamais d'aller chercher. Ces mains là venaient de me repousser, tout comme ce corps que j'aimais tant – et il en avait fallu, du temps, mais j'avais également fini par en désirer le toucher, de ces mains là, de ces bras là.

Je restais inerte mais chancelante, plantée au milieu du couloir, saisissant chaque seconde de la vue de ce corps qui m'abandonnais, jusqu'à ce qu'il disparaisse au bout du couloir.

Ce ne fût qu'à cet instant précis que la présence des larmes sur mes joues me frappa car leur flot avait redoublé – l'eau dévalait jusque dans ma bouche étirée dans mes sanglots impuissants, et j'avais à la fois chaud et froid, et le monde basculait, mes mains s'écorchaient sur le mur de pierre brutes du couloir, mon cœur battant à tout rompre remontait dans ma gorge, mes poumons manquaient d'air, et je sentais que j'allais mourir mais plus encore envie de vomir – je devais aller aux toilettes mais j'ignorais où elles étaient. Je titubais sur les traces de Scott, la main collée au mur, aveuglée. Sale. Seule.


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