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So what if you can see the darkest side of me? [H.] ~Terminé

 

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 So what if you can see the darkest side of me? [H.] ~Terminé

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Cahyl Steadworthy
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Particularités: Je ne peux te le dire.
Ami(e)s: Padma et ...Hannah!
Âme soeur: Ais-je seulement le droit d'espérer? Ces sensations qui fleurissent en moi semblent m'indiquer que oui, j'en ai le droit.

MessageSujet: So what if you can see the darkest side of me? [H.] ~Terminé   Sam 2 Fév - 22:41

~ Septembre, cinquième année.


Les rayons du soleil, déjà rougeoyants, s’infiltrèrent dans la pièce, à travers les rideaux bleutés. Je me cramponnai brusquement au bord de mon lit, en proie à un violent élancement. Serrant les dents de toutes mes forces pour juguler cette souffrance subite, je me concentrai sur les motifs que dessinait la lumière sur le sol. Cela faisait un long moment que je n’avais pas ressentis pareille douleur. Cependant, j’aurais dû m’y attendre, puisque je n’avais pas pris les bonnes quantités de potion, ces derniers temps. J’avais mal évalué les portions du breuvage salvateur qui me restait, et à présent, j’en payais le prix fort. Une nouvelle onde terrible s’abattit sur mon corps, tandis que je me crispai, déjà tremblant, alors que le soleil n’était pas encore couché. J’aurais dû prendre les bonnes quantités, seulement, fort de ma maîtrise nouvelle de la Chose, je ne m’en n’étais pas préoccupé suffisamment. Et à présent, je ne pouvais plus aller quémander le moindre échantillon à la directrice, il était bien trop tard pour cela. Déjà, elle s’installait. Déjà, elle brisait peu à peu me défense. Déjà, elle jubilait face au peu de résistance que je lui opposais. Ces derniers mois, en effet, je ne m’étais que peu questionné quant à la Chose. La potion résolvait tous mes problèmes. Je savais que je devais pourtant rester attentif aux moindres signes, et être vigilant, cependant, la vie m’avait appelée avec bien plus de force, et je n’avais pu résister. Je n’avais pas fait attention. Les Nuits pendant les vacances s’étaient déroulées sans heurt, et ma méfiance s’était peu à peu endormie. Cela avait été ma première erreur. Ma deuxième, je l’avais commise en omettant de vérifier ma réserve de dose de Tue-loup, et désormais, j’en pâtissai.

Serrant les dents, je tentai de me lever, et chancelai un moment lorsque j’y parvins. Toutes mes forces étaient plongées dans la bataille qui faisait déjà rage en moi. Mon esprit, ma conscience, tout ce qui faisait que j’étais un être humain affrontait l’ennemi qui tentait rageusement de s’emparer de mon corps. Je me précipitai, titubant, vers ma valise, fouillai rapidement entre mes habits, et tombai sur plusieurs fioles vides. Dans l’une d’elle se trouvait encore quelques gouttes du breuvage qu’elle avait abrité. Je l’attrapai et la portai à mes lèvres, le bras tremblant. Je fis tomber les quelques restes de la potion sur ma langue et avalai difficilement. Peut-être que cela m’aiderait à résister, rien qu’un peu… cependant je ne me faisais pas trop d’illusion, car je savais que pour la première fois depuis plusieurs mois déjà, la Chose serait maîtresse, et que la douleur serait dévastatrice. Il me semblait que je n’avais plus la force pour la contrer, je m’étais tant habitué à la facilité, aux nuits sans trop de douleurs, que tout cela me semblait insurmontable. J’avais pourtant vécu près de cinq ans ainsi. J’avais survécu, cinq ans. Alors, j’allais résister, il le fallait. Seulement… la Chose arrivait vite, je le sentais. Le Soleil basculait à peine derrière les monts déchiquetés, au loin, qu’elle forçait le passage, revigorée par la pleine lune, qui montait inexorablement dans le ciel. Je ne la voyais pas, pourtant, je sentais au plus profond de mon être qu’elle arriverait bientôt, majestueuse. Je n’aurais probablement pas le temps de prévenir Padma. Mais je lui faisais confiance, cela faisait déjà deux ans que nous nous transformions tous les mois dans la forêt interdite, elle saurait y aller seule, et contrôler la Chose. Je savais que je la retrouverais là-bas. Mais, une peur sourde se propageait en moi. Une peur connue, ressentie des milliers de fois, et que je parvins à contrôler. Après tout, ce n’était pas la première fois qu’une Nuit sans potion arrivait.

Je me forçai à respirer lentement, essayant –vainement- de me détendre. Les derniers rayons du soleil me chatouillèrent agréablement le visage. Je portai alors mon attention sur eux, tentant d’oublier qui j’étais, et surtout, ce qui grondait en moi. Je me décrispai légèrement, savourant ce court instant de repos. Puis, la lumière disparu, et le soleil bascula derrière l’horizon, comme happé par la Terre. J’ouvris les yeux. Un élancement insupportable se propagea dans mes membres, et je me retins de m’écrouler à terre. Je jetai un coup d’œil furtif dans le dortoir, afin de vérifier qu’il n’y avait personne. Non, ils étaient tous descendus manger. Depuis que je prenais la potion, j’avais des rapports un peu plus amicaux avec mes camarades de chambre. Cependant, ils étaient toujours dubitatifs : je les avais tout de même exclus de ma vie sociale pendant près de quatre ans, alors je comprenais leur méfiance à mon égard. Mais, il nous arrivait d’avoir des conversations, qui me laissait plus heureux que jamais. Enfin, j’apprenais à parler aux autres, et je partageais. Cela ne m’était pas arrivé depuis bien longtemps, et chaque sourire complice, chaque blague lancée à mon encontre me ravissait secrètement. Toutefois, j’avais refusé de les rejoindre, ce soir. Ils ne m’avaient posé aucune question, habitué à mes sauts d’humeurs, et surtout, à me voir disparaître fréquemment du dortoir où de la grande salle. Cela me soulageait énormément, car ainsi, ils ne pouvaient se douter de rien.

Décidant qu’il était temps, et que d’attendre ainsi dans mon dortoir ne servirait à rien, je me mis doucement à marcher. La descente de la tour, dont le point culminant était la salle commune des Serdaigle, fut la partie la plus dur de mon voyage. Car déjà, les douleurs s’accentuaient, et soulever mes jambes afin de les reposer quelques centimètres plus bas était une torture. Je tentai cependant de me dépêcher, peu confiant quant à l’heure de l’apparition de l’astre de la nuit. J’arrivai relativement rapidement au premier étage, et m’arrêtai lorsque je vis que quelques élèves sortaient déjà de la salle à manger. Je ne devais pas être vu, je ne pouvais pas être vu. Je compressai violemment ma poitrine dans l’espoir que la Chose ne se révèlerait pas au grand jour. Cependant, je devais sortir, obligatoirement, sinon, les choses allaient mal tourner. Je sentais déjà que certains instincts horribles, qui avaient été enfouis au plus profond de moi durant les derniers mois, remontaient à la surface, dévastateur. Une faim intarissable me saisissait, m’attirait dans les ténèbres profondes. Et ces élèves, qui approchaient, innocents et si faibles, attisaient ces horribles pensées. Je reculai de quelques pas, incapable de gagner la sortie par le chemin habituel. Je fis alors demi-tour, et longeai les murs, à la recherche d’une quelconque issue. Presque fiévreusement, je palpai les vieilles pierres qui constituaient les murs solides de Poudlard. Je savais qu’un passage secret était dissimulé non loin de là, je l’avais déjà emprunté, une fois, alors que la Chose se pressait si fort à la lisière de ma conscience, que j’avais faillis me transformer dans le château. C’était l’air, plus pur, frais, qui s’infiltrait dans les interstices de l’ouverture, qui m’avait interpellé. J’avais alors découvert le passage, camouflé derrière une fine statue représentant une femme au visage triste, drapée dans un long voile qui semblait onduler autour d’elle.

Pressé par des douleurs insupportables, j’avais poussé le bloc de pierre, qui avait coulissé avec facilité. Puis, je m’étais précipité dans le passage, prenant soin de refermer la porte derrière moi. Guidé par mes souvenirs, je tentai de retrouver cette statue, fuyant les regards des autres, fuyant ces êtres humains, si faibles, et à qui je pouvais causer le plus grand mal. Je ne regardai même plus où j’allais, plongé dans la souffrance, qui emprisonnait chaque membre de mon corps. Je longeai le mur, tentant de sentir quand est-ce qu’il laisserait place à une porte, qui me conduirait vers l’endroit le plus sûr, pour que la Chose sorte, me déchire, et chasse. Loin de Poudlard, loin de tout. Je la sentais, qui se battait au fond de moi, tentant de se délivrer, gagnant chaque minute en puissance, tandis que les premiers rayons de la lune devaient déjà frôler les plus hautes tours de Poudlard. Je devais me presser ! J’accélérai mon allure, retenant de toutes mes forces les gémissements de douleurs qui souhaitaient se frayer un chemin à travers mon corps, pour venir se propager dans les airs. Serrant les dents, je continuai à avancer, claudiquant à moitié, espérant que personne ne me verrait dans cet état. Et alors que je commençais à paniquer, une légère odeur de terre humide me parvint aux narines. Devenu fou, je me précipitai dans cette direction, prometteuse. Alors, j’aperçu la statue, dans un angle du couloir. Soulagé, remerciant la Terre entière, je me ruai dans sa direction, sentant que quelques barrières cédaient dans mon esprit et que la Chose gagnait du terrain, avide.

Je repoussai l’ouverture de pierre, avec le peu de force qu’il me restait, et m’y engouffrait. Je n’eus pas le temps de la refermer complètement, que déjà, des craquements horribles réduisaient mes bras en deux sources de douleur insupportable. Mes yeux roulèrent dans leurs orbites, tandis que je perdais brutalement la notion de la réalité. La Lune se levait, indomptable, je le sentais. Je décidai d’avancer, tant pis pour la porte, préserver les personnes de ce château était bien plus important que tout autre chose sur Terre. Des points noirs devant les yeux, mon corps chancelant et l’esprit en morceau, j’avançai vaillamment dans le tunnel humide qui me mènerait droit à la forêt interdite. Plusieurs fois, submergé par des vagues de douleurs incontrôlables, je tombai, dans les flaques crasseuses qui tapissaient le passage sombre et étroit. Cependant, puisant dans les forces qui me restaient, j’avançai, toujours et encore, avec pour seul but, celui d’atteindre la forêt. Je tremblai de toute part, repoussant inlassablement les assauts bestiaux de la Chose, qui croissait inexorablement en moi. Il me semblait que le passage ne se finirait jamais. Toujours, les mêmes pierres sombres qui se succédaient, toujours, les mêmes larges flaques vaseuses emplies d’eau croupissante, toujours les mêmes murs suintant d’humidité. Je n’en pouvais plus, la Chose était trop forte, bientôt, elle gagnerait. Mais je ne pouvais pas. Malgré la douleur, malgré la peur qui me gagnait, je devais rester fort, jusqu’à la forêt. Oui, la forêt. La forêt. Le FORÊT !

Loin, devant moi, le tunnel s’ouvrait enfin, me laissant apercevoir, peu après, les arbres immobiles de la forêt Interdite. Soulagé, mais remplis d’une souffrance que je tentais de contenir, je gémis légèrement, en reprenant ma marche forcée. Haletant, mon tee-shirt gris trempé de sueur, je me dirigeai vers la sortie, avec l’énergie du désespoir. Le bras droit barrant mon torse, l’autre tenant fermement le mur de pierre, je posais un pied devant l’autre, retenant des cris de douleurs tandis que certains de mes os se brisaient avec d'épouvantables bruits sec. Des spasmes me secouaient tandis qu’enfin, j’arrivais à la sortie. Je m’engouffrai à travers les herbes et les arbustes qui avaient cru bon de pousser à cet endroit, et qui camouflaient donc l’entrée du tunnel. Arrivé à l’air libre, je sentis que la Chose s’emparait d’une partie de mon être. Ma colonne vertébrale craqua brusquement en un bruit qui me donna des frissons de dégoût, et je m’écroulai à terre, secoué par de violentes convulsions. Tout d’un coup, je basculai brutalement dans une sorte de torpeur étrange, et subitement, je vis dans le noir. Tout m’apparut clairement, alors que quelques secondes plus tôt, tout n’était que noirceur. Mes sens furent décuplés, et chaque bruissement fut comme une explosion à mes tympans. Une douleur affreuse se propagea dans mon abdomen, et je repris subitement conscience. Cependant, durant cet instant, j’avais eu le temps de percevoir quelque chose d’inhabituel, comme une présence non loin de moi. Affolé par cette idée, je regardai partout autour de moi, mais ne perçu absolument rien. Un cri de douleur absolu se bloqua dans ma gorge tandis que mon corps se déformait. Et soudain, je la vis, la Lune, s’élever au-dessus de la cime des arbres.

Tremblant de toute part, je me relevai, conscient que c’était les derniers pas, en tant qu’humain, que je ferais ce soir. Je jetai mes dernières forces dans cette marche. Tout mon être se tendait vers la lisière de la forêt. C’était mon but ultime, c’était là que j’abandonnerais, trop faible, pour laisser la place à la Chose. Une fois complètement debout, je chancelai, mes membres pris de secousses incontrôlables. Déjà, mon bras gauche ne répondait plus, complètement brisé. Chaque pas était une souffrance intolérable, et il m’arrivait de gémir lorsque mon poids passait d’une jambe à l’autre, tant cela était insupportable. J’eus l’impression de marcher ainsi pendant des heures. Au-devant de moi, la forêt étaient illuminée par la Lune, d’une clarté éblouissante, qui m’appelait doucement. C’était là où je devais être. La Chose grondait en moi, impatiente, me fracassant de l’intérieur. Plusieurs côtés de brisèrent sous les coups qu’elle m’infligeait, et une nausée terrible m’envahis tandis que je me courbais en deux, sous le choc, incapable d’hurler. Des gouttes de sueur coulèrent devant mes yeux, et d’un geste maladroit, je passai ma main sur mon front afin de l’essuyer. Étonné de ne pas rencontrer mes mèches de cheveux habituelles, je dû faire un effort surhumain pour me rappeler que je les avais coupées durant l’été. Ce souvenir brutal me permis de revenir légèrement dans la réalité, et de fixer toutes mes pensées sur mon but : la forêt. Oui je devais y parvenir. Je ne savais plus pourquoi, mais je devais, à tout prix. Je repris ma marche douloureuse, et lorsque je parvins à l’orée de la forêt, avant que toutes mes forces ne me quittent, d’un geste machinal, je retirais mon Tee-shirt, le jetai dans un buisson, proche, puis, j’avançai à travers les arbres colossaux, et me dévêtit totalement.

Puis, ce fut comme si tout ce qui me retenait à mon humanité m'était enlevé. J’hurlais de toute mes forces alors que mon corps explosait, se déchirait, brûlait de l’intérieur. Je me transformai, et ne fut plus conscient. La Chose était là, à ma place.


~~~

La bête, heureuse d’être libre, s’ébroua. Puis, dans un geste habituel, elle planta doucement ses griffes dans la terre humide du sol. Elle connaissait cet endroit, car elle y venait à chaque fois qu’elle était libérée de ce corps trop étroit. Ces arbres étaient devenus familiers, si bien qu’elle sut quelle direction elle devait prendre. Déjà, elle sentit qu’un autre être, semblable à elle, était venu par ici. Elle se mit sur ses quatre pattes, et alors qu’elle allait s’élancer dans la forêt, un fumet presque imperceptible la retint. Un humain. Cependant, avant qu’elle ne fasse demi-tour pour donner la chasse à cette créature, un hurlement lointain l’appela. Elle grogna, prise de court, hésita quelques instants, puis se tourna vers les profondeurs de la forêt. Elle savait qu’elle aurait de quoi rassasier sa faim dans cette direction. Elle huma l’air, après quoi, satisfaite, elle bondit à travers les arbres.

A son tour, elle hurla à la Lune, sa libératrice.

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Dernière édition par Cahyl Steadworthy le Sam 9 Fév - 19:18, édité 1 fois
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Hannah Blueberry
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MessageSujet: Re: So what if you can see the darkest side of me? [H.] ~Terminé   Dim 3 Fév - 15:27



    Et les examens avaient passé, et l'été passait, et la vie passait. Le temps coulait entre mes doigts sans que je ne puisse rien faire pour le retenir, comme l'eau que j'amassais vainement dans le creux de mes paumes pour construire des petits lacs artificiels de dix centimètres de diamètre sur les bords de la Clyde. Comme lors des petites vacances, nous nous étions retrouvés dans la demeure familiale à Glasgow, toujours hantée par la présence inexistante de Mamie Moira. Bientôt un an, et le trou qu'avait creusé sa disparition dans mon cœur s'était à peine rebouché, et je craignais qu'il ne le soit jamais et que je ne puisse jamais apprécier l’Écosse comme autrefois, animée de joie par la perspective des après-midi à pâtisser avec elle. J'avais hérité de la commande des fourneaux sur un accord unanime de la part de ma famille, et je réveillais mes cousines avant tout le monde pour qu'elles m'aident à la préparation des scones, des brioches, des shortbreads et des muffins pour le petit-déjeuner. Elles étaient volontaires et le schéma semblait se répéter ; moi qui menait les opérations à la baguette et elles qui exécutaient les indications et les conseils avec une joie inouïe, comme je l'avais fait des dizaines de fois avec Mamie. Mes oncles, mes tantes, mes parents et mes cousins me félicitaient à chaque fois et m'assuraient que Moira aurait été fière de moi et qu'elle l'était, d'ailleurs, de son poste d'observation, bienveillante, parmi les nuages en guimauve. Je connaissais chacun des placards de la cuisine, les caprices du four et des machines – Mamie avait toute sa vie cuisiné avec ses mains abîmées sans utiliser la magie. Oncle Keith, passionné par les choses moldues avaient été fasciné par les explications que je lui avais donné sur le fonctionnement des différents appareils, notamment de la machine à pain. « mais alors, tu mets la farine et tout le touin-touin là-dedans, et quelques minutes plus tard ça gonfle de dix centimètres ? Mais si c'est pas de la magie ça, ah ces moldus ! ». J'avais été tant amusée par son enthousiasme qui illuminait un peu cette maison hantée que je ne lui avais pas dit que le processus de pétrissage, de levage et de cuisson prenait en tout trois heures et quart. Maintenant que Matthew avait dix-huit-ans et était de plus en plus absent les soirs d'été, puisqu'il avait ses amis d'enfance à Glasgow et qu'il passait la plus grande partie de son temps avec eux je-ne-savais-où, et que Coleen, la vingtaine passée, avait sa petite vie et ses petites affaires, je passais beaucoup de temps avec Oncle Keith, que j'avais si peu vu au début de ma vie, car il partait visiter le monde dans sa belle voiture moldue. Avec son problème à la jambe, il avait du se calmer sur les voyages et prendre du repos. Nous faisions souvent des petites ballades à Alexandra Park et poussions même plus loin dans les tréfonds des frontières de Glasgow. Si nous nous connaissions, nous avions appris à encore plus nous apprécier et il m'avait parlé d'une voiture qu'il pensait m'acheter un jour, si je souhaitais passer le permis de voiture moldu. J'allais rétorquer que je préférais de loin voyager sur un balai quand il me montra la photo de la dite voiture : elle avait des formes arrondies, une « New Beetle », c'était son nom, et était peinte de différentes couleurs qui formaient un tableau joyeux et plein de vie, « comme toi », m'avait-il dit ; je lui avais lancé un sourire un peu triste parce qu'à part Matthew, il était le seul à comprendre que quelque chose n'allait pas mais était persuadé que ma nature d'origine allait un jour prochain chasser les petits nuages gris qui planaient au-dessus de ma tête. Mais cette voiture devait sans aucun doute coûter cher ; Oncle Keith avait balayé cette remarque de la main avec son « t'occupes ! » habituel. Personne ne savait véritablement comment Keith avait pu amasser la petite fortune qu'il s'était constitué alors que l'enquête qu'avait mené mon père sur son frère avait conclu qu'il n'avait reçu aucun héritage et qu'il avait travaillé dans un bar sorcier au début de sa vie de jeune adulte, sans rien faire de plus avant de partir parcourir le monde. Les activités de Oncle Keith m'importait ; même si elles étaient mauvaises, j'aimais mon oncle et il était gentil avec tout le monde – il ne pouvait pas faire de mal à d'autres gens, parce que les gens gentils ne peuvent être méchants, pas vrai ? J'avais quitté Oncle Keith et l'Ecosse avec regret, sachant que la grisaille londonienne m'attendait, et nous nous étions chaleureusement salués et chacun était retourné à ses affaires pour le dernier mois des vacances.

    Et le mois d'Août avait passé, à la fois lent et rapide. Je passais beaucoup de mon temps à repenser aux cours de conduite que m'avait donné Oncle Keith en secret – mon père serait devenu fou si il avait su que son frère risquait ma vie et m'engageait sur « la voie de la délinquance ». Il se faisait de plus en plus aigri et étroit d'esprit avec les années, tandis que ma mère était de plus en plus dans les nuages. Ils s'équilibraient, comme toujours, mais ils allaient chacun vers l'extrême de leur nature et j'avais l'impression de les perdre un peu. Je me demandais si ils s'aimaient toujours. Je me demandais comment c'était d'aimer. Parce que je venais d'avoir quinze ans, en Mai, ma famille commençait à m'interroger sur ces choses là : alors, un petit-ami ?, avec un sourire malicieux. Non, pas de petit-ami. Ils m'avaient rassuré en me disant que « c'est sûr que ça viendra, une jeune fille comme toi, pétillante, drôle, belle, et pleine d'esprit, tu vas les faire tomber comme des mouches » ! J'avais souri en secouant la tête, n'osant leur dire ce que j'avais à l'esprit : ça m'était égal, je n'étais pas pressée, je ne voyais pas en quoi c'était important. Je n'avais pas besoin de ça, pour l'instant, mais Matthew m'avait dit que c'était parce que les petits nuages gris au-dessus de ma tête ne s'étaient pas totalement effacés du paysage de mon esprit, mais que quand j'allais retrouver mon humeur habituelle, sans aucune ombre ne planant au-dessus de ma tête, j'allais y être intéressée, parce qu'on a tous besoin d'affection et que « tu vis, quand ton cœur palpite, et que l'amour, ça peut être bien, et puis tu vas voir, ça va venir, quand ça ira mieux, et que tu tomberas sur le bon ». Et attention, messieurs, mesdames, c'est l'expert en amour qui parle, celui qui changeait plus souvent de petite-amie que de chaussettes – parce qu'il fût un temps où il gardait la même paire pendant trois jours, et ça avait longtemps consisté un moyen de pression ; « si tu me mets la tête dans les toilettes je dis à ta copine que t'es un gros crado ! ».

    Mais il devenait un peu plus sage, en ce moment, car il était actuellement en train de battre son record de longévité, six mois au compteur, avec une dénommée « Teresa » dont le surnom, « Tez », s'était imposé à nous tous. Elle était gentille, et jolie, et je n'avais rien contre elle, si ce n'est qu'elle tirait souvent la tête. Je voulais quelqu'un qui illuminait la vie de mon frère et y mette un peu d'ordre parce que c'était un vrai souillon parfois, mais si il était heureux, alors, tant mieux. J'avais aussi assisté à leur première scène de ménage car Matthew allait partir, à la rentrée, à la conquête des dragons, déjà repoussée de plusieurs mois, et Tez voulait qu'il reste, mais Matthew voulait aussi un peu son indépendance et faire ce qu'il lui plaît, mais Tez disait que si il l'aimait vraiment il ne le ferait pas, et Matthew disait que ça ne voulait rien dire et qu'il pouvait et l'aimer et partir, mais Tez disait que c'était un abandon, et Matthew disait que non et qu'il l'aimait mais qu'il rêvait de voir les dragons, mais Tez disait que ce n'était pas juste car elle allait souffrir de son absence alors que lui serait heureux, et Matthew disait qu'il allait lui écrire tous les jours et que leurs retrouvailles seraient plus intenses et leur amour encore plus construit, alors Tez avait dit que ce n'était pas ça l'amour, qu'il ne l'aimait pas vraiment, et elle était partie pleurer dans les toilettes. J'avais assisté à tout ça car ils avaient sans doute oublié que j'étais aussi dans le salon, recroquevillée dans le fauteuil beige près de la porte-fenêtre, un énorme coussin pressée contre mon cœur et que j'entourais de mes bras. C'était une habitude que j'avais prise quand les petits nuages gris se transformaient en grosse tempête dans ma tête ou que j'avais peur ; je prenais un coussin ou un doudou ou un oreiller, je le serrais fort entre mes bras en remontant mes genoux contre ma poitrine, comme si je me mettais un boule. Et je me sentais dans une petite bulle, hors du monde ; et souvent, je m'endormais. Mes journées étaient illuminées par les lettres que je recevais d'Aure, parfois même avec des petites boîtes de Patacitrouilles, et si je ne lui envoyais pas de petite boîte, de mon côté, c'était parce que je lui préparais une grosse surprise pour la rentrée : sur ma demande, Oncle Keith m'avait ramené une collection de BDs qu'il avait acheté en France la dernière fois qu'il y était allé, notamment des Astérix & Obélix, la préférée de ma meilleure amie.

    C'était la personne que j'attendais le plus de revoir, le 1er Septembre. Nous nous étions retrouvées dans le train, et avions eu de nouveau un compartiment pour nous seules, en nous rappelant notre premier vrai contact lors de la rentrée de l'an dernier, quand je m'étais presque étalée devant son compartiment. Je lui avais offert son paquet et la joie qui l'avait illuminée avait commencé cette cinquième année dans la bonne humeur – avant que es professeurs nous rappellent que nous entrions dans une grande année, une année avec beaucoup d'enjeux : l'année des BUSE. Ce qui nous fût rappelé à chaque cours de la première semaine de Septembre, avec de nombreuses piqûres de rappel les jours qui suivirent. La barre était placée haute dès de le début ; mais j'avais pris de bonnes résolutions, comme à chaque nouvelle année : apprendre mes cours au fur et à mesure, jour par jour, et faire mes devoirs en avance. Et cette année, pour la première année, ça allait marcher. J'allais m'y tenir. Vraiment. Oh, et bien ranger mes cours de manière propre et organisée.

    Au bout de trois semaines, je me retrouvais déjà avec Aure dans la salle commune à finir des devoirs jusqu'à des heures tardives dans la nuit, penchée sur mes parchemins écornés. Bon, l'an prochain, vraiment, je m'y tiens dès le début ! J'avais été si heureuse de retrouver ma seconde maison, qui me semblait désormais plus accueillante que celle de ma grand-mère parce qu'elle n'était justement plus la sienne, pour penser à travailler dès les premiers jours. Je n'étais ni des gens qui ont de bons résultats dans travailler, ni de ceux qui ne font rien et récoltent ce qu'ils ont semé, juste... des gens qui travaillent normalement et qui sont dans une moyenne convenable. Sauf en soins aux créatures magiques, matière qui me passionnait et dans laquelle je m'appliquais beaucoup, même si je griffonnais toujours un peu sur le coin de mes croquis ou de mes cours. J'avais pris cette habitude depuis la première année, mais les vaguelettes et les tourbillons abstraits et les forêts sombres avaient remplacé les cupcakes et les petites fées. Il y avait quelque chose de plus mystérieux et inaccessible dans ce que je gribouillais et que je ne comprenais pas toujours. Quand il s'agissait de mouvements et de dessins abstraits, j'étais perplexe, mais quand je voyais que mon esprit me portait vers des silhouettes solitaires au milieu d'arbres denses, des montagnes inquiétantes et des créatures imaginaires étranges, je n'étais pas plus rassurée. Je ne voulais pas croire que ces esquisses aient un sens, ni que quelqu'un s'y penche pour essayer de les interpréter comme certaines aimaient à le faire, parce que je ne voulais pas savoir que mon inconscient ressente la peur, la solitude, ou ces autres sentiments auxquels j'avais toujours échappé. Est-ce que c'était parce que j'avais bientôt quinze ans et demi ? J'avais toujours eu la crainte de grandir, de peur que ce que j'aime faire m'échappe.

    Mais je continuais à rendre visite aux citrouilles, inlassablement, dès que j'en avais l'occasion et que je n'étais pas avec Aure ou avec d'autres camarades, parce que c'était un lieu qui m'appartenait, même si tout le monde pouvait en dire de même. J'avais mis des bouts de mon âme dans ces gros cucurbitacées orangées, et si je ne leur parlais plus avec la même animosité comme je l'avais fait jusqu'au milieu de l'an dernier, leur présence m'apaisait. Je m’asseyais souvent sur l'une d'entre elles, et parfois, la vision d'un jeune Cahyl en colère me revenait. Je le voyais se plier en deux dans l'herbe qui s'étendait devant moi, me crier de dégager, et je me voyais lui donner le petit ballotin que j'avais constitué avec mon mouchoir. Ce n'était plus que des souvenirs, et j'avais une mémoire parfois défaillante, mais cette scène était accrochée au potager que j'adorais et je n'arrivais pas à la faire disparaître. La douleur liée aux souvenirs de ma grand-mère et de Cahyl était la plus difficile à estomper parce que ces souvenirs là avaient justement été les plus forts. Je n'avais pas reparlé à Cahyl depuis qu'il m'avait adressé la parole à Pré-au-Lard, en Mars dernier ; il n'avait pas essayé et j'avais tenté au mieux de ne pas le croiser, lui et ses yeux qui exprimaient rarement autre chose qu'une sorte de tristesse renfermée. Je m'inquiétais pour lui, toujours, mais me consolais en me rappelant qu'il avait sa petite amie indienne. Petite amie, ou petite-amie ? Peu m'importait, tant qu'il allait mieux – il avait beau le cacher, quelque chose n'allait pas, et je n'avais jamais su si c'était lié à une maladie, à sa condition d'orphelin, ou à autre chose. Il n'avait jamais voulu me le dire. Peut-être que l'indienne avait trouvé, qu'elle avait deviné, et qu'elle avait par ce moyen réussi à atteindre l'intimité de Cahyl. Tant mieux pour elle. Tant mieux pour eux. Je n'avais pas revu Cahyl depuis la rentrée, mais je n'avais pas non cherché à le trouver – dans la foule, je le reconnaissais d'habitude par ses fins cheveux châtains un peu longs dont quelques mèches lui tombaient devant les yeux. Les conseils de Matthew et Aure s'étaient rejoints : le mieux pour oublier était de ne plus chercher. Ce n'était qu'une amitié, contrairement à ce qu'insinuait Matthew – il n'avait jamais du avoir de véritables amis comme Cahyl l'avait été, il était habitué à ses petites amourettes et c'était tout ; mais je l'avais menacé de mettre une araignée dans son assiette de scones si il continuait à m'embêter sur le sujet – mais je m'étonnais encore de l'importance qu'elle avait prise et à quel point elle m'avait affecté. J'avais longtemps ressassé ma dernière rencontre avec Cahyl, parce que j'étais celle qui avait rejeté l'autre pour la première fois en deux ans, et je m'en étais énormément voulu, parce qu'il n'avait peut-être pas voulu me blesser, me faire de mal, mais il était plus facile d'accepter la fin de notre amitié si je prenais en compte la version inverse.

    Ce soir était un soir comme tous les autres : Aure et moi allions nous retrouver après manger dans la salle commune pour travailler le devoir de sortilèges de Woodley qui nous donnait du fil à retordre – évidemment, maintenant que l'enjeu des BUSE était là, la professeur se montrait plus dure qu'un caramel qui aurait trop cuit que jamais. Comme Matthew l'avait prédit, les petits nuages qui planaient au-dessus de ma tête avaient disparu avec le jours qui passaient au château : nous terminions la troisième semaine de Septembre et je sentais l'insouciance d'être à Poudlard reprendre possession de mon esprit embrumé. Tout était allé mal, mais tout allait être mieux. La fin des dîners était toujours une sorte de jungle : la plupart d'entre nous finissaient de manger en même temps et même si la porte de la Grande Salle était large, tout le monde se précipitait pour monter les escaliers ou au rez-de-chaussée pour rejoindre sa salle commune ; mais au lieu de bifurquer vers la droite pour rejoindre ma salle, je suivis une masse d'élèves au premier étage pour me rendre à la bibliothèque ; elle fermait à 20h30 et nous avions absolument besoin d'un livre pour le devoir de Woodley. J'avais convenu avec Aure que j'allais l'emprunter pendant qu'elle réservait les meilleurs fauteuils de la salle commune près du feu. J'essayais de me dépêcher pour ne pas la faire attendre et pour arriver avant la fermeture de la bibliothèque qui approchait, gravissant les marches deux à deux parmi la foule dense jusqu'au long couloir du premier étage. Mes pensées étaient dirigées vers ce saperlipopette de devoir qui allait encore nous tenir éveillées jusqu'à minuit parce que j'avais encore brisé mes bonnes résolutions pour la cinquième année consécutive lorsqu'une silhouette courbée en deux passa à ma droite, longeant les murs dans le sens inverse de ma marche. Mon cœur fit un bon violent dans ma poitrine et je me retournais ; la silhouette était désormais de dos, continuant à marcher vite mais de manière traînante. Je secouais la tête en maudissant ma débilité lorsque je constatais que je ne connaissais pas ce garçon aux cheveux presque courts – c'était malin, si je commençais à avoir des visions de Cahyl alors que... Mais je connaissais cette manière là de se tenir les côtes, je connaissais cette manière de s'habiller, je... Je commençais à marcher d'un pas vif, m'éloignant de mon but, appelée par la douleur de la silhouette qui marchait à plusieurs mètres devant moi. Les élèves se faisaient plus rare vers la fin du couloir et j'eus soudainement peur qu'il ne m'aperçoive – encore plus si ce n'était pas Cahyl mais un élève lambda qui me allait me considérer comme une psychopathe bonne à enfermer à l'asile. Alors que je continuais à le suivre, je n'arrivais pas à me débarrasser du doute de m'être trompée, parce qu'à moins Cahyl ne se soit coupé les cheveux... ce qui n'avait rien d'extraordinaire, mais qui brisait quelque chose dans mon esprit, parce que j'avais toujours vu Cahyl avec ses cheveux un peu longs et que je pensais à lui comme ça et que... Et que sa nouvelle coupe de cheveux m'apparaissait comme une rupture nette ; comme si il n'y avait plus rien à quoi se raccrocher de notre ancienne amitié. Cette pensée m'encouragea à poursuivre ma marche rythmée par les battements de mon cœur ; bientôt, il n'y eut presque plus personne, je croisais un dernier couple d'élève qui marchait en sens inverse et qui entrava mon champ de vision et...

    Et le couloir était vide. Ce n'était plus la curiosité qui tapait dans ma poitrine, mais la panique. Il avait disparu. Je levais bêtement les yeux au plafond, regardais derrière moi, avant de commencer à courir jusqu'au bout du couloir où il marchait encore quelques instants auparavant. Seul le bruit de mes pas claquant sur le sol et celui lointain de la conversation des élèves qui étaient à des dizaines de mètres dans mon dos m'accompagnait. Et une grande statue qui semblait être en deuil, en proie à la tristesse, à laquelle je n'avais jamais prêté attention. Mon regard tiqua sur ce qui semblait être une ouverture juste derrière ; je m'en approchais, m'accroupissais, et constatais bouche-bée qu'un passage s'ouvrait derrière la statue, mais que l'ouverture était trop petite pour que quelqu'un puisse s'y glisser. Je posais mes deux mains sur le mur et la statue, tâtant la pierre pour chercher à comprendre si c'était un défaut dans le mur ou le début d'un passage secret – je n'en avais jamais emprunté, mais je savais qu'ils existaient et qu'ils se cachaient généralement derrière les statues. Mes regards et mes gestes étaient frénétiques, poussés par l'adrénaline et la disparition du garçon ; je mis quelques instants avant de m'apercevoir que la pierre de la statue était un peu plus enfoncée derrière son coude. Je posais ma main dessus et poussais une expression surprise lorsqu'elle s'enfonça sous la pression que j'avais exercée dessus et que l'ouverture dans le mur se fit plus grande au même moment. Je jetais des regards derrière moi ; mais la statue imposante me camouflait d'éventuels regards. Sans réfléchir, je m'engouffrais dans l'ouverture qui ouvrait sur un tunnel sombre mais haut d'un peu plus de ma taille et assez large. Je fis quelques pas puis me retournais ; l'ouverture ne se refermait pas, et c'était... Mes yeux accrochèrent une pierre qui sortait du mur ; je la poussais et la porte se referma – c'était simple, si simple, et si impossible, je rêvais, je rêvais sûrement.

    La porte termina de coulisser dans un bruit étonnamment discret. Et la lumière ne fût plus. Le bruit fort de ma respiration haletante résonnait dans le tunnel, qui me paraissait soudain plus étroit, et surtout terrifiant. J'entendais mon cœur battre à une puissance inouïe, et le manque de lumière m'oppressant, je commençais à marcher en titubant dans l'atmosphère humide du tunnel – je n'avais pas le choix, maintenant que je m'y étais engagée. Pour éviter de ne pas tomber ni de maladresse ni de terreur, je posais chacune de mes mains sur un côté du mur, et avançais en m'y appuyant et en veillant de mettre un pieds devant l'autre. Un «plouic » résonna dans la petitesse du passage qui amplifiait le moindre de mes soupirs quand je mis un pieds dans une flaque d'eau. Je m'arrêtais lorsque je sentis l'eau gelée traverser ma chaussure et ma chaussette et engourdir mon pied droit – mais je continuais ensuite à marcher, et la musique de mes pas dans les flaques m'accompagnait comme une amie. Sous ma robe de sorcière noire, je ne portais qu'un jean et un pull blanc à rayure rose ; mes petites tennis blanche étaient parfaitement perméables à l'eau qui s'y infiltrait, et j'avais froid, tellement froid, et j'ignorais ce que j'étais en train de faire exactement et ce qui m'avait poussé à suivre ce passage alors que j'allais sans doute tomber sur un élève qui s'adonnait à des activités peu nettes et que c'était pour ça qu'il avait du prendre un passage ; et j'avais été idiote de me fier à l'hallucination que j'avais eu de Cahyl. Et si c'était lui, de l'avoir suivi. Le tunnel était constamment en pente douce et tournait violemment à divers endroits ; je tâtais toujours les parois mais plus je marchais et plus je paniquais : combien de temps avant d'arriver au bout, combien de temps avant qu'Aure s'inquiète, combien de temps avant qu'une créature ne me saute dessus et me dévore, combien de temps avant que mes parents ne reçoivent l'annonce de ma disparition, seule dans un tunnel attaquée par des bêtes ou morte de faim parce qu'il n'y avait pas de sortie et que j'étais bêtement tombée dans un piège – les hypothèses se multipliaient dans mon esprit paralysé par la peur et j'entendis des soupirs et des gémissements de terreur s'échapper de ma bouche à divers reprises. Je n'étais pas une Gryffondor, je n'avais pas de courage, ni de baguette et... et je me forçais à adopter une respiration mesurée pour ne pas sombrer dans l'angoisse.

    Je ne distinguais pas tout de suite la sortie du tunnel car la nuit était tombée et qu'un énorme buisson se trouvait devant ; marchant aveuglément, guidée par le peur, j'entrais en plein dans l'arbuste dont les branches me griffèrent légèrement le visage et les mains ; je reculais et toussais, ayant avalé quelques petites feuilles, avant d'agiter mes bras devant mon visage pour me protéger tandis que je me collais à la paroi droite du tunnel, là où le feuillage se faisait moins épais. Je poussais les branches et enfin, j'émergeais dans l'obscurité de la nuit, dans le parc de Poudlard.

    Le vent s'engouffra immédiatement dans mes cheveux et maintenant que je l'expérimentais, je n'allais désormais plus jamais dire à Matthew que Septembre ne faisait pas partie de l'automne mais de l'été parce que les feuilles sont encore sur les arbres ; la température extérieure était bien trop fraîche pour la manière dont je m'étais habillée ; je resserrais ma robe de sorcière autour de mon cou et commençais à avancer, tremblante de froid – mes pieds étaient encore mouillés – et d'appréhension. Mes yeux cherchaient désespérément une présence humaine tandis que je m'avançais dans la pénombre du parc, éclairé par la luminosité de la lune qui était pleine. Je progressais un instant en gardais la tête levée vers elle ; sa présence et sa lumière me rassuraient. Si elle était l'astre le plus opposé à ma nature, parce qu'on m'avait souvent définie comme un « petit soleil », elle m'attirait pourtant inexorablement, parce qu'elle avait une douceur et une puissance mystérieuse qui me fascinait. Et alors que je réalisais que j'étais hors-la-loi car sortie du château à une heure tardive, que je n'avais eu qu'une hallucination, que j'étais la plus bête des bêtes et que j'allais faire perdre mille points à ma maison, ce fût la lune qui m'indiqua que je ne m'étais pas trompée, car sa force lumineuse éclairant un peu les environs me fit distinguer une forme noire dans un des arbustes qui se trouvaient plusieurs mètres en face de moi, à la lisière de la forêt interdite. Parce que la forêt était interdite, je ne m'y étais jamais aventurée, sauf lors de quelques cours de soins aux créatures magiques. Je m'approchais le cœur dans la gorge de la masse noire qui semblait dormir paisiblement dans l'arbre ; c'était quelqu'un, un animal, un monstre ? Je m'arrêtais à quelques mètres d'elle, terrassée par la peur.

    Hannah, ne fais pas ton bébé. Tu as quinze ans et demi. Tu as vu quelqu'un qui est sans doute passé par là, il est peut-être en danger, tu dois le sauver. Tu dois voir ce qu'il y a dans ce buisson. Tu le dois. Maintenant. Fais-le maintenant, et après ce sera fini. Tu es grande. Vas-y. Maintenant !

    Je lève mes yeux vers la lune que je distingue près de la cime des arbres, majestueuse dans le ciel, prend une grande inspiration et coure jusqu'au buisson avant de m'emparer de la bête des deux mains dans un geste impulsif et brutal.

    Mais la bête est faîte de tissu. C'est un vêtement. Je le lève vers le ciel pour mieux le voir et constate qu'il s'agit d'un tee-shirt. Une partie de ma peur s'envole comme une plume : je n'aurais pas à affronter une bête.

    A ce moment là, un son horrible surgit de la forêt.

    Je me retourne vivement vers la masse dense des arbres, le cri bestial que j'ai entendu résonnant encore dans mes oreilles. Je recule, prise de panique, le cerveau paralysé. Le tee-shirt tremble dans mes mains. C'est forcément une hallucination, comme la vision que j'ai eu de Cahyl, parce que je suis fatiguée, et je vais courir retourner dans mon...

    Et un nouveau hurlement surgit dans les profondeurs de la végétation.

    J'enfouis mon visage dans le tee-shirt pour faire disparaître ce monde fait de monstres et de nuit gelée. C'est un cauchemar qui ressemble à ceux que j'ai déjà fait – un cauchemar, c'est un cauchemar, c'est un cauchemar. Mais le vent qui souffle dans mes cheveux et qui s'infiltre sous ma robe de sorcière est si réel, et l'humidité de mes pieds engourdis de froid est si réelle, et la peur qui noue mon ventre et qui me donne la nausée est si réelle, et mon envie de pleurer est si réelle, et les cris sont sont si réels, et l'odeur du tee-shirt est si réelle...

    Et elle... J'enfouis mon nez dans le tee-shirt et prend une grande inspiration. Je connais cette odeur. Les gens ont tous des odeurs à eux dont s'imprègnent leurs vêtements, je le savais, et j'ai beaucoup trop côtoyé Cahyl pour ne pas reconnaître la sienne, même mêlée de sueur. C'est son tee-shirt. Tout devient clair : il est dans cette forêt, seul, sans tee-shirt. Mais pourquoi l'avoir laissé ici ? Pourquoi aller dans la forêt interdite par cette nuit de... de...

    …de pleine lune ?



    De nombreuses légendes entourent la forêt interdite, et elle serait remplie de monstres dont je ne connaissais pas les noms, et des centaures, aussi, et des loup-garous, aussi ; mais ce sont des légendes, pas vrai ? Les professeurs ont toujours maintenu qu'il ne s'agissait que de fables sans fondements, mais plusieurs élèves avaient affirmé en secret avoir assisté à des scènes étranges et terrorisantes. J'avais toujours cru les professeurs, parce qu'ils étaient plus sages que des septième années cherchant à se vanter, et j'étais sûre que personne n'aurait pris le risque de mettre des bêtes si dangereuses à côté du château.

    Mes yeux n'arrivent pas à se détacher de la lune, ronde et belle au-dessus des arbres. Les hurlements bestiaux que j'ai entendu se font échos dans mon esprit. J'essaie de douter de ce que j'ai entendu, mais les cris étaient si réels, si inhumains, la peur qui s'est propagée dans mon cœur avait existé, elle aussi ; et il y avait trop d’éléments sous mes yeux pour que des hypothèses farfelues ne naissent pas dans mon imaginaire. Pour la première fois, je maudis mon imagination : peut-être que sans elle, j'aurais fait demi-tour, serais retournée au château, et aurais rejoint la salle commune, convaincue que la fatigue me donnait des hallucinations et qu'elle m'emportait dans une folie débile. Parce que j'ai quinze ans et demi, que je dois être responsable, et que les histoires comme ça ne doivent plus exister dans ma tête. Mais les hypothèses crées par mon imagination sont trop réelles, trop possibles, et si terrifiantes que mes pieds ne bougent pas. La nausée au bord des lèvres, les larmes aux bords des yeux, je me laisse glisser au pieds d'un arbre et m’assoie parmi les feuilles qui tapissent l'herbe à la limite entre le parc et la forêt. J'ignore quelle heure il est, ni à quelle heure la lune va s'effacer pour laisser sa place au soleil, ni ce que je compte faire exactement. Je suis certaine de deux choses.

    Si Cahyl est victime de l'attaque d'un loup-garou, je reste.

    Si Cahyl est un loup-garou, je reste
    .

    Je reste au pieds de cet arbre, à la lisière de la forêt interdite, parce que je n'ai ni la force ni le courage de vérifier mes hypothèses, et que je me sens vidée de tout. Je ne suis plus responsable, je n'ai plus de devoirs à faire, je ne suis même plus une élève, je n'ai plus d'amis, plus de famille, je n'ai plus faim, plus soif. Je n'ai que la peur, la fatigue et ce mot de « loup-garou » qui tourne en boucle dans ma tête. Et plus que tout, je n'ai plus que l'obsession Cahylienne. Il a toujours été une obsession, de toute manière. Pas vrai ? J'entends la voix de Matthew me murmurer que oui.

    Je reste et je l'attends, comme je l'ai toujours fait. Les disputes, les colères, les rejets ; plus rien n'existe, puisqu'il n'y a plus rien dans mon monde qui ne compte autant que de savoir si il est là. Sain et sauf.

    Je sens les larmes couler sur mes joues, et je les essuie à l'aide de mes mains avant de me rendre compte qu'elles sont noircies et couvertes de terre, sans doute par les parois du tunnel. Quand je passe ma main dans mes cheveux, je sens des feuilles me picoter les paumes, et je sens que je les salis, eux aussi, et je sens que tout est sale, l'arbre, le sol, la forêt, moi.

    Je me recroqueville contre l'arbre et serre le tee-shirt dans mes bras avant d'y plonger mon visage. Le tissu s'imprègne des larmes qui coulent silencieusement de mes yeux endoloris par la fatigue. J'y frotte mes joues, mon nez, mon front ; je vis de son odeur et me retiens à lui alors que je suis engourdie de froid, de terreur, et que mon corps n'aspire qu'à dormir. J'ignore combien de minutes ou d'heures je reste éveillée, emmitouflée dans ma robe de sorcière, le visage enfoui dans son tee-shirt, les jambes et le dos endoloris, l'esprit en feu. Le bruit du vent qui souffle dans les arbres me berce et je me sens partir tandis que mes dernières pensées tournoient dans mon esprit : je reste et j'attends. Je reste et je l'attends.

_________________



» SSSHH «
...And right now, the sun is trying to hug the moon.


Spoiler:
 
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Cahyl Steadworthy
Élève de 6ème année



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Particularités: Je ne peux te le dire.
Ami(e)s: Padma et ...Hannah!
Âme soeur: Ais-je seulement le droit d'espérer? Ces sensations qui fleurissent en moi semblent m'indiquer que oui, j'en ai le droit.

MessageSujet: Re: So what if you can see the darkest side of me? [H.] ~Terminé   Dim 3 Fév - 19:30

Les arbres se balancèrent doucement au rythme de la brise glaciale, qui s’engouffrait, indomptable, parmi leurs longues branches biscornues. Peu à peu, la Lune, qui avait atteint son apogée dans le ciel automnal plongea vers l’horizon, comme l’avait fait l’astre du jour, quelques heures plus tôt. Les étoiles pâlirent lentement, réalisant que leur reine les quittait, et quelques oiseaux entamèrent leurs doux chants, qui ricochèrent entre les troncs colossaux de la forêt, puis s’éparpillèrent à travers les feuillages jaunissant des végétaux. Le ciel, qui avait été d’un bleu profondément sombre, commença à retrouver quelques lueurs claires. Doucement, la Lune décrût, et commença à disparaître derrières les montagnes escarpées qui tentaient de la retenir. Ses rayons serpentèrent encore quelques instants sur la Terre qui s’éveillait, puis, elle bascula lentement, et lorsque son sommet rond et lumineux glissa derrières les monts, et que ses derniers rayons effleurèrent les plus hautes tours du château, elle ne fut plus. Les premières lueurs du jour, déjà, faisaient rougir les nuages isolés qui traversaient docilement les cieux pâlissants. La bête leva son museau humide vers l’horizon, les oreilles parfaitement dressées au-dessus de son crâne. Ses larges pupilles noires s’attardèrent un moment sur les rayons lunaire, qu’elle percevait encore, derrière les montagnes. Elle grogna doucement, mécontente que son tour soit déjà terminé. Elle profita de ses derniers instants pour bondir entres quelques troncs, puis enfoncer ses longues griffes ensanglantée dans l’humus meuble du sol. Elle respira profondément, tandis que les transformations s’opéraient déjà dans son corps monstrueux. Elle eut une dernière pensée pour son compagnon de chasse, qu’elle avait abandonné quelques minutes plus tôt. Il devait être loin, elle ne le retrouverait pas à temps. Alors, gagnée par la magie qui s’exerçait tout autour d’elle, elle s’écroula en quelques craquements sourds et effroyables. Sa fourrure disparut peu à peu, ses muscles saillants diminuèrent, sa mâchoire puissante fut considérablement réduite, et alors que quelques instants auparavant se tenait une créature gigantesque et monstrueuse, une humain était à sa place, prostré dans une position fœtale.

~

Je ne pus ouvrir immédiatement mes paupières, trop épuisé pour esquisser le moindre geste. Je sentais un air frais et bienvenu envelopper mon corps complètement nu, moite et vulnérable. J’étais pris de tremblements incontrôlables qui attestaient de la violence de la transformation que mon être avait subit quelques minutes plus tôt. Mon corps ne semblait plus m’appartenir tant il semblait être un concentré de douleur insupportable. Chacune des fibres de mon être me faisaient terriblement souffrir, et je m’évertuais à bouger le moins possible, allant même jusqu’à m’empêcher de respirer convenablement car cela me donnait l’impression que des aiguilles chauffées à blanc, étaient sauvagement plantées entre mes côtes. Je restais un long moment ainsi, sans bouger, essayant de rassembler mes forces, perdant parfois la raison et m’enfonçant dans des dédales de pensées plus obscures les unes que les autres. Fort heureusement, mon corps était conçu pour récupérer bien plus vite qu’un être humain normalement constitué, et j’avais déjà l’impression que la douleur refluait lentement de mes doigts. Je parvins à bouger ceux-ci quelques minutes plus tard, au prix d’un couteux effort. Je détestais rester ainsi, aussi fragile, au milieu de cette forêt menaçante. Je savais pourtant pertinemment que le danger ne devait m’effrayer, et qu’au contraire, ce devait être lui qui se sentait intimidé par la Chose qui se mouvait en moi. La Chose, bête monstrueuse et terrible qui prenait possession de mon être à chaque pleine lune. Pour ce mois-ci, c’était fait, et je me sentais soulagé que cela soit passé. Cependant, j’étais si épuisé, bien plus que d’habitude, et je me demandais réellement comment j’allais faire pour retourner dans le château sans que personne ne m’aperçoive. Le passage secret me serait alors d’une grande aide, mais les sept étages à monter me semblait être quelque chose d’insurmontable. J’avais trop mal, j’étais trop faible pour faire une chose pareille.

Je dus mettre une bonne heure pour pouvoir me mettre assis, et observer avec attention les dégâts sur mon corps, et tout autour de moi. Comme habituellement, la terre était sauvagement retournée autour de moi, preuve que la Chose avait enfoncé ses griffes monstrueux dans l’humus. Peut-être avait-elle autant souffert que moi, en réintégrant mon corps, probablement trop étroit pour elle. Je pris une douce inspiration, mais me crispai lorsque mes muscles endoloris me rappelèrent à l’ordre. La tête tournait légèrement et je me retins de tomber en arrière, serrant les dents sous l’effort que cela me demandait. Je levais lentement une main vers mon visage, et recommençai à trembler tandis que j’observais les traces de sang séché sous mes ongles, ainsi que sur mes doigts. Je déglutis avec peine, sentant mon ventre se contracter sous le dégoût que cela m’inspirait. Haletant, je décidai de m’arracher à cette vue qui soulevait de nombreuses questions dans mon esprit. Avais-je tué quelqu’un ? N’était-ce qu’un animal ? Un monstre ? Ou bien un pauvre être humain qui s’était retrouvé sur la route de la Chose ? Ma conscience en prenait un nouveau coup, et mon cœur s’affola. Une culpabilité froide se répandit en moi, et c’est avec un immense effort de volonté que je me retins d’hurler de désespoir. Ne pas savoir me rongeait. Et pourtant, je n’avais aucune envie de voir ce qu’elle avait fait. De nouveau, je tremblais de toute part. J’étais si répugné par les sales besognes de la Chose, que je commençai à frotter mes doigts, de toutes mes forces, contre l’herbe rase qui était prêt de moi, comme si cela pouvait me laver de toutes ces horreurs. Je n’arrêtai cela que lorsque mes doigts furent couverts de mon propre sang, et que la douleur devint trop grande pour que je continue. Les yeux fous, je contemplai alors mes mains, meurtrières, rouges. Une affreuse nausée m’envahie, et je me courbais en deux tandis que de la bile, amer, s’échappait de mon corps. Des larmes perlèrent au bord de mes cils, tandis que je me redressais, pris de frisson de dégoût.

Durant quelques instants, j’eus l’irrémédiable envie de me recoucher, et d’attendre ici, que la mort vienne simplement me cueillir. Je n’étais qu’un horrible assassin, un monstre qui ne méritait tout simplement pas de vivre. Comment la directrice avait-elle pu m’accueillir en ces lieux alors que je risquais à tout moment de commettre un meurtre ? Pourquoi tant d’innocent mourraient, alors que moi, moi, un ignoble meurtrier, je vivais toujours ? Mon âme semblait se déchirait en milliers de morceaux brûlant. Pourquoi étais-je né ? Pourquoi la Chose s’était-elle installée en moi ? Qui étais-je pour mériter une telle chose ? Qui étais-je pour continuer de vivre alors que je causais tant de malheur, alors que je n’étais qu’un concentré de malheur ? Visiblement, tout se jouait de moi. La vie jouait, me laissait pantelant, brisé, détruit, sans pour autant me laisser partir. Je détestais cette vie, je détestais ces remords terrifiants qui me clouaient d’effroi dans mon lit, la nuit, je détestais ces souffrances innommables qui me prenaient et me réduisaient en l’état d’un pauvre amas de chair douloureuse. Je détestais cette Chose, qui un jour m’avais été transmise. Je détestais les chercheurs pour ne pas se pencher avec plus de sérieux sur notre cas. Je détestais la terre entière. Je fus réellement tenté d’abandonner et de rester prostré ainsi jusqu’à ce que mort s’en suive. Cependant, une pensée, minuscule, lumineuse, traversa mon esprit, et les nuages noirs qui s’étaient amoncelés dans mon esprit détruit furent écartés. Padma. Où était-elle ? Avait-elle réussis à rentrer au château ? J’étais sûr qu’elle y parviendrait. Elle était plus forte que moi, et surtout, elle avait un mental d’acier qui me surprenait constamment. Mais si elle voyait que je ne revenais pas, elle s’inquièterait, et reviendrait me chercher. Mon cœur se gonfla d’une douce chaleur. Non, il y avait encore quelqu’un qui avais besoin de moi dans ce monde, tout comme j’avais besoin d’elle. Ma petite sœur. De nouvelles forces insoupçonnées se réveillèrent en moi. Mon cœur et mon âme étaient toujours profondément meurtris, mais à présent, j’avais une raison de rentrer au château.

Doucement, je pliais l’une de mes jambes, puis, l’autre, et parvins à me mettre accroupis. Ma tête tourna à nouveau, et des vertiges dus à la fatigue me terrassèrent brutalement. J’enfonçai mes ongles ensanglanté dans la terre, tentant de stabiliser ma position, attendant que mon cerveau se calmer, et que je retrouve un semblant d’équilibre. Je respirais fort, essayant de reprendre totalement mes esprits, et de me gorger d’air nouveau, bénéfique. Peu à peu, je parvins à ma redresser, mais lorsque je fus totalement debout, je chancelai, mes jambes se dérobant subitement sous mon poids. Je me rattrapai maladroitement à un tronc, et m’écorchai l’avant-bras. Je serrai brutalement les dents pour ne pas hurler de frustration sous cet échec manifeste. Je m’appuyais lourdement sur l’arbre, qui me soutint vaillamment, moi, misérable être humain. Épuisé par ce simple effort, je pris quelques minutes pour réguler ma respiration. Mes membres inférieurs tremblaient lamentablement, et à chaque fois que j’amorçais le moindre mouvement, je sentais des tiraillements douloureux parcourir le moindre centimètre de mon être. Je laissai tomber ma tête en arrière, contre le tronc rugueux de l’arbre, et contemplai un court instant le ciel, qui se colorait doucement d’un beau bleu pâle. Bien que les rayons du soleil n’effleurent pas encore la surface terrestre, cette journée promettait d’être magnifique. Dans la pénombre des arbres, toutefois, je souffrais atrocement. Rassemblant tout mon courage, je tournai mon visage vers l’arbre le plus proche, fis quelques pas en sa direction, et m’y accrochait durement, sentant qu’à nouveau, le sol m’attirait dangereusement.

Instinctivement, je savais quelle direction prendre. Après tout, cela faisait cinq ans que je parcourais chaque mois cette immense forêt, elle commençait à devenir particulièrement familière. Les bruits ne m’effrayaient plus, et j’avais même appris à les reconnaître. Je ne savais exactement quels monstres rodaient dans ces bois, mais je pensais cependant être le pire de tout ceux-là. Je n’avais donc pas à avoir peur de cette sombre et antique forêt. Quelques trilles joyeuses s’élevèrent au-dessus de ma tête, et je tournai mon visage de cette direction. Des petits volatiles se battaient tranquillement entre les feuillages dorés d’un arbre particulièrement touffu. Mon esprit fut absorbé dans la contemplation de cette scène simple et joviale qui se déroulait à quelques centimètres de moi seulement. Un léger sourire se dessina sur mes lèvres tandis que je regardai les oiseaux s’envoler brusquement dans les cieux, libres d’être, se laissant porter par leurs envies seulement. Je soupirais, et revins sur terre. Le trajet que j’avais à parcourir était encore long et éprouvant, et je ne pouvais me permettre de me faire ralentir au moindre son divertissant. A nouveau, je me concentrai intensément sur ma prochaine étape : l’arbre suivant, plus frêle, qui serait mon nouveau point d’ancrage. Je m’avançais à nouveau, vacillant, et crochetai de mes doigts les plus infimes prises sur l’écorce qui tapissait le tronc du végétal. Pantelant, en sueur, tremblant de toute part, des douleurs insupportables irradiant de chacun de mes muscles, je continuai inlassablement. J’avançais, doucement, mètre par mètre, me rattrapant aux végétaux à chaque fois que je perdais l’équilibre.

Je ne sais exactement combien de temps je mis pour parvenir à l’endroit où les arbres s’espaçaient, annonçant la fin prochaine de la forêt, et le début du parc de poudlard. Je soupirais, complètement épuisé par l’effort que j’avais fournis. Je n’avais pas le souvenir d’avoir fait tant de trajet, les dernières fois, pour parvenir jusqu’à la lisière de la forêt. Mes forces me quittaient lentement, tandis que j’approchais de l’endroit où j’avais laissé mon sous-vêtement ainsi que mon pantalon. Mon tee-shirt, je ne m’en souvenais pas vraiment, mais il semblait que je l’avais enlevé un peu plus tôt. Quelques minutes plus tard, je dénichais le buisson où j’avais lancé mes affaires, et avec les derniers soupçons de force qu’il me restait, je les enfilai. Lorsque cela fut fait, je pus faire encore quelques pas, puis m’écroulai, complètement vidé. J’haletais, et chaque respiration me semblait être la source d’une douleur extraordinaire, qui me faisait tourner la tête. Je fermais les paupières, et les plissais, essayant de retrouver mes repères, et de m’empêcher de partir dans les limbes de l’inconscience. Je restai un moment comme cela, assez pour sentir l’atmosphère se réchauffer, tandis que les premiers rayons du soleil touchaient la cime des arbres. Caché par ceux-ci, je restais cependant dans la fraicheur de l’ombre. Mais mon corps, bouillant, transpirant, ne ressentait même pas le froid typique du mois de septembre. Je n’étais qu’un concentré de douleur pur. Il est possible que par la suite je m’évanouis, je ne savais exactement par quels états je passais. Mais je repris conscience quelques temps plus tard. Le soleil ne semblait pas avoir bougé, j’en conclus donc que je n’étais pas resté très longtemps dans les limbes de l’inconscience.

Je me retournais doucement, afin de trouver sur l’arbre le plus proche, une prise nouvelle à laquelle m’accrocher efficacement. J’attrapai une branche basse, plutôt fragile, mais qui tint bon lorsque je m’appuyai sur elle. Lentement, je me mis debout, ignorant les cris de souffrance que me lançaient mes jambes, affolées par cet effort soudain et imprévu. Je posai mon pied droit devant, puis, mon gauche, et m’effondrai lamentablement sur l’arbre suivant. Je m’accrochai à une autre branche, et tractai mon corps devenu trop lourd, me redressai, puis recommençait encore. La seule chose qui m’encourageait suffisamment pour recommencer, était de voir que la forêt commençait à devenir beaucoup moins dense. Le seul problème, était que les arbres s’espaçaient, et que je devais ainsi parcourir de plus longues distances pour atteindre les végétaux suivants. Et cela m’épuisait plus que de raison. Je tremblais toujours, ce qui rendait mes gestes imprécis et détestablement faibles. Je détestais être dans un tel état de faiblesse. Je n’aspirais qu’à une unique chose : m’endormir profondément, dans mon lit. Profiter de l’ignorance, d’un sommeil sans rêve, et d’un endroit où la douleur n’était plus. Je n’en pouvais plus et souhaitais ardemment que ce cauchemar s’arrête. C’était pour cela que je refusais catégoriquement de penser à la montée des marches qui m’attendait, car il était certain que je n’en aurais jamais la force, et que je m’écroulerai, mort de fatigue, bien avant. A vrai dire, je n’étais même pas sûr de pouvoir atteindre le château.

Je m’appuyai à nouveau lourdement contre l’un des derniers arbres qui restait, quand un parfum que je connaissais passa sous mes narines. La tête vide, les membres remplis d’une lassitude extrême, je tournai cependant le visage vers la source de cette odeur, et mon cœur fit un bon dans ma poitrine lorsque j’aperçu, à quelques mètres de moi seulement, Hannah, recroquevillée, au pied d’un arbre. Croyant à une hallucination, je portais une main tremblante à mon visage et passai mes doigts sur mes paupières. La fatigue que contenait mon corps devait être particulièrement forte pour que je rêve d’Hannah à un moment pareille. Ce ne pouvait pas être possible. Elle ne devait pas être là. Surtout… surtout que cela pouvait dire que j’aurais pu lui faire du mal ! Était-elle restée ici toute la nuit ? Mon cœur s’emballa tandis que je mesurais combien ce comportement avait été dangereux : la Chose aurait pu la retrouver, et la tuer. Dans quel état aurais-je donc été, le matin ? Je me serais tué. Simplement. Du moins, j’aurais tenté de tout mon être. Car tuer Hannah, n’était simplement pas concevable. Je lui avais déjà fait un mal, une fois, et cela me torturait tellement, à présent, que j’en faisais parfois des cauchemars. Alors, s’il advenait qu’un jour, la Chose lui fasse du mal… que je lui fasse du mal, ou pire, qu’elle meure sous mes griffes… je crois que… Azkaban ne serait même pas une punition à la hauteur de ma faute. A nouveau, je respirais, tentant de savoir si l’hallucination allait jusqu’à l’olfaction. Son parfum se propagea de nouveau dans mes poumons, et je dû raffermir ma prise sur l’écorce de l’arbre. Était-ce réel ?


-Hannah… l’appelais-je, de ma voix rauque et brisée, tout comme mon âme et mon corps.

Je restai quelques instants debout, attendant quelque chose, attendant de la voir se volatiliser sous mes yeux. Et alors qu’elle semblait doucement relever la tête, je lâchai prise et basculai, épuisé. Je ne pus que repousser le sol de ma main droite pour me mettre sur le côté, mais les tremblements qui parcouraient mon corps m’empêchèrent de mener mon action à bien, et je serrai les poings afin de contrôler ces convulsions malvenues. Je n’en pouvais plus. Je n’en pouvais plus. Tout n’était que souffrance, douleurs. Pourquoi vivais-je encore ? Hannah était-elle réelle ? Ou était-ce mon esprit qui me jouait des tours ? Je sentais que je faiblissais, encore. Mais là, je savais que je ne pourrais plus me relever. Je n’arriverais pas au château. Padma… Elle s’inquièterait surement. Mais, elle aussi devait être épuisée, elle ne pourrait venir me chercher. Mes yeux se voilèrent lentement et ma respiration devint plus erratique qu’auparavant. Des doigts, je m’accrochai convulsivement aux brins d’herbes qui jonchaient le sol, dans un espoir de rester éveillé et de retenir mon esprit dans mon corps
.

-Hannah, dis-je une nouvelle fois, dans un souffle.

Pourquoi l’appelais-je ? Elle n’était pas là ! Pourtant, je sentais qu’un espoir –vain- se gonflait dans mon cœur. Elle n’était pas là. Pourquoi serait-elle là ? Elle devait probablement être au chaud, dans son lit, à rêver de quelqu’un de bien plus attentionné que moi. Qu’étais-je pour elle, de toute façon ? Elle devait depuis longtemps avoir fait une croix sur moi. Moi, je ne le pouvais pas, et je continuais de penser à elle, malgré les mois qui s’étaient écoulés, malgré le fait qu’elle m’ait rejeté comme je l’avais fait avant elle. Car elle était entrée dans ma tête, dans mon corps, dans mon cœur, et désormais, elle ne voulait plus en sortir. Penser à Hannah ainsi, même dans la douleur, m’apportait un certain réconfort. Je n’aurais peut-être pas dû, car même si cela me permettait de ne pas m’évanouir de fatigue, mon cœur saignait de nouveau. J’avais été terriblement mauvais avec elle, et après tout, je récoltais la monnaie de la pièce. Mais, je ne pouvais me résigner à la laisser partir de mes pensées. Elle était devenue bien trop précieuse pour cela. Mon odorat capta de nouveau son parfum subtil, bien plus fortement qu’auparavant. Je fermai les yeux, tentant de dissiper cette hallucination qui me tourmentait. Hannah…


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Dernière édition par Cahyl Steadworthy le Ven 17 Mai - 22:21, édité 1 fois
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Hannah Blueberry
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MessageSujet: Re: So what if you can see the darkest side of me? [H.] ~Terminé   Dim 3 Fév - 23:27


    Le monde réel n'existe pas, il n'existe plus : seul ce qui se tourbillonne dans ma tête, au milieu de la nuit, au milieu de ma peur, est vrai. Il n'y a que mes angoisses et mes suppositions enfantines qui font sens, parce que le reste est un mensonge : l'impression tenace de tenir la vérité entre mes doigts se fait persistante. Et elle tient dans mes paumes, cette impression, pas comme l'eau de la Clyde et au temps qui était passé et qui avait filé entre mes doigts. Contrairement ce que j'avais voulu croire, ce temps avait été douloureux, parce qu'il n'était pas celui que je souhaitais. Est-ce que j'étais capricieuse, comme une enfant à qui l'on refuse un jouet ? Ou dont l'éclair au chocolat ardemment désiré n'est plus disponible dans la boutique du pâtissier ? Est-ce que c'était stupide, est-ce que c'était puéril, de vouloir que tout soit bien?

    Le monde réel n'existe pas, parce qu'il n'y a plus que celui des rêves et des cauchemars. Ce n'était pas le cauchemar où j'arrivais en cours en chaussons, parce que j'avais oublié de les enlever et de mettre mes chaussures ; pas le cauchemar où je me réveillais à dix-huit heures au lieu de huit heures et que j'avais loupé une journée entière de cours ; pas le cauchemar où je ratais les croissants du petit-déjeuner et empoisonnait toute ma famille ; pas le cauchemar où ma maison était noyée par le niveau de la Manche qui l'avait engloutit. C'était le cauchemar où tout est fait de rouge et de noir, de nuit et de sang, de cris et de hurlements, d'arbres qui parlent, de monstres qui tuent. C'était le cauchemar de petite fille qui surgissait quand je dormais après avoir entendu le conte du petit chaperon rouge que me lisait ma maman et qui m'obligeait à regarder sous mon lit et dans mes placards avant de me coucher, pour vérifier qu'aucun loup ne s'y cachait. J'avais développé la peur débile d'être dévorée, et quand Matthew venait se glisser dans mon lit quand il y avait de l'orage parce que mon frère n'était pas le dur à cuire qu'il prétendait être et qu'il en avait peur comme des araignées, je craignais que ce ne soit le loup qui soit venu pour me manger. Les contes étaient souvent illustrés d'images qui me hantaient la nuit parce qu'elles matérialisaient les peurs crées par mon imagination. Et ce cauchemar revenait, parce que j'étais dans le conte, dans cette forêt, que j'avais entendu les cris, et le craquement des branches, et le bruissement des feuilles ; mais les contes ne disaient pas comme le vent froid de Septembre glaçait le sang et paralysait les membres, ni comme le sol tapi d'herbe et de feuilles était inconfortable, ni comme l'écorce de l'arbre sur lequel était appuyé mon dos était douloureuse.

    Le monde réel n'existe pas, parce que Cahyl n'est pas là. J'ai des cours moments de lucidité, quand le choc que mon corps fait en tombant sur le sol me réveille ; et je me sens me redresser contre le tronc que j'ai adopté, et je resserre mon doudou contre ma poitrine, protégé de mes bras, de peur qu'il ne lui arrive du mal ou que je le perde en glissant de mes mains. Mon visage s'y enfouit, et je le respire comme si il était mon oxygène au milieu de cet endroit dans lequel je suis perdu et de ce froid qui me fait si mal – l'odeur de Cahyl passe de mes narines à mon coeur. Comment le froid pouvait-il être douloureux ? Ces moments où je me réveille font violemment battre mon cœur dans ma poitrine, car je réalise ma bêtise et ma folie dès que je m'aperçois que je ne me trouve pas dans la chaleur réconfortante de mon lit à baldaquin. Et mon esprit se perd, et je sombre de nouveau, les doigts noircis de terre serrés autour de son tee-shirt. Je sens que mon cerveau lâche, épuisé par l'émotion et la fatigue, et se fait de nouveau posséder par ces cauchemars qui le hantent. Parfois y surgit Cahyl que je m'empresse de rejoindre, mais je cours sur place, dans le vide, et je ne peux l'atteindre ; parfois je vois une bête monstrueuse qui le dévore avant de s'attaquer à moi ; puis les bruits de la nuit me réveillent, ou une araignée me chatouille la main et je panique avant de la chasser. Je n'ai plus ni la notion du temps, ni du lieu : je sais qu'il y a des arbres qui grincent, les insectes et les feuilles et les arbustes, et la lune haute dans la ciel – la pleine lune, la pleine lune qui transforme les hommes en loups.

    Il y avait la lune, et les hurlements de bête, il y avait la douleur de Cahyl qui se pliait en deux, dans le potager aux citrouilles, il y avait ces impressions qui me saisissaient quand il plaçait ses bras sur son ventre comme pour empêcher quelque chose sortir de lui, il y avait ses sautes d'humeur que je ne comprenais jamais, il y avait ses cernes immenses et son teint pâle comme l'astre de la nuit, il y avait son dos fin et sa force qui m'avait transporté d'une rive à l'autre du lac. Il y avait ce semblant de vérité qui se distillait dans mes cauchemars, cette hypothèse impossible qui était née à l'instant où j'avais vu son tee-shirt abandonné, la lune dans le ciel, et le hurlement bestial. Et il y avait l'autre hypothèse, celui où il était attaqué, en danger, et des lambeaux de chair et du sang se matérialisaient devant le rideau de mes yeux, et j'avais peur comme jamais, et je voulais mourir en pensant qu'il pouvait lui arriver quelque chose et que j'étais impuissante, gelée mais fiévreuse, écroulée devant un tronc, sans aucun moyen d'attaque ni de défense, perdue dans un monde où les cours et les professeurs et Aure n'existaient pas.

    J'ignorais combien de fois je tombais, me redressais, me réveillais, paniquais, et sombrais de nouveau – la nuit était partout, quand je dormais et quand je ne dormais plus, parce que tout n'était plus qu'obscurité. La seule lumière que je percevais obstinément, parce que j'étais bête et que l'espoir ne me quittait jamais entièrement, était de voir Cahyl émerger de ces arbres qui s'étendaient à perte de vue. Vivant. Je ne pensais pas à ce qui se passerait alors : rien ne comptait plus que de le savoir en bonne santé, si il se trouvait véritablement dans cette forêt. Des moments étranges se passaient où je songeais que tout n'était qu'une illusion, que j'allais devoir remonter au château honteuse, sale, les yeux rougis et les joues où s'étalaient les vestiges de mes larmes, et folle. Coleen n'allait plus avoir besoin de prendre des pincettes pour me traiter ouvertement d'aliénée ; quand la direction allait apprendre à ma famille que j'avais passé la nuit près de la forêt interdite parce que j'avais été convaincue qu'une des personnes à laquelle je tenais le plus dans tout l'univers de toutes les galaxies était en danger, et que je n'avais pas rendu mon devoir de sortilèges pour cette raison, chaque personne de l'école et de la ville et de la famille allait pouvoir appuyer la volonté de ma sœur qui souhaitait que je me fasse soigner pour mon état mental plus retardé que la moyenne de la population.

    Les oiseaux mêmes semblaient approuver, car leurs chants parvenaient à mes oreilles ; ils paillaient parfois doucement, parfois plus frénétiquement, et le vent dans les feuilles murmurait mon prénom alors qu'un rideau orangé tombait devant mes yeux.

    - Hannah...


    Cependant le vent était en petite forme, car sa voix me semblait basse, rauque, et douloureuse ; le vent souffrait comme le monde, comme les gens, il s'imprégnait de leur douleur en caressant leurs visages et leurs cheveux. Mais le vent était bruyant, car un bruit sourd se fit à ma droite, et ça n'allait pas, ce n'était pas bien, on ne dérange pas les gens comme ça, ce vent méritait d'être grondé, et cette lumière qui se faisait plus forte à travers la sombre barrière de mes paupières aussi, car elle me faisait mal aux yeux, tant même que je les plissais pour m'en protéger et sans que je comprenne comment, stimulé par ce mouvement nerveux – ils s'ouvrirent au monde. Et le monde, lui aussi, soufflait mon prénom.

    - Hannah...

    Mais ce n'était pas la voix du monde, ni celle du vent, et la lumière m'éblouissait ; je ne distinguais qu'une masse de tissu grise enserrée dans le creux que formait mes genoux pliés contre ma poitrine, tout près de mon cœur, il était mouillé et couvert de terre par endroit. Plus loin, il y avait de l'herbe, plus loin encore, des arbustes, des arbres, et là-bas, un peu plus loin... quelqu'un.

    Il y avait quelqu'un, allongé dans l'herbe. Comme si un courant électrique parcourait mon corps, je me redressais brutalement ; mais mon corps était engourdi et le sang s'était bloqué dans mes jambes, flageolantes. Je me retenais au tronc d'ombre, tremblante, engourdie par le froid et les courbatures, le tee-shirt gris serré dans ma main droite. Même si je ne parvenais pas à avancer sans trébucher, j'avais une meilleure vision de cette hauteur. Si je ne criais pas, c'était parce qu'aucun son n'arrivait à se frayer un chemin au travers de ma gorge. Un garçon, simplement vêtu d'un pantalon et de chaussures, bougeait faiblement au milieu des herbes et des feuilles, à quelques mètres de là où je me trouvais. Ce n'était pas le vent qui m'avait appelé, c'était Cahyl.

    Mes genoux faillirent faiblir sous mon poids tandis que j'effectuais mes premiers pas en laissant échapper un sanglot étranglé. Je connaissais ce dos et ces mains qui s'agrippaient vainement à l'herbe ; et ces cheveux de couleur châtain, même si ils étaient courts ; et je serrais la mâchoire de douleur et d'angoisse car j'avançais trop lentement, je voulais marcher aussi vite que les larmes qui dévalaient la pente de mes joues salies de terre. Je pleurais en silence, un trou à la place du cœur, mais mon esprit était bruyant car je l'entendais inlassablement crier « Cahyl Cahyl Cahyl Cahyl Cahyl Cahyl », et le voir ainsi étalé dans l'herbe, si faible, me révoltait ; je voulais tuer le monde entier de ce qui lui avait été infligé. Ce ne fût que quand j'arrivais enfin à quelques centimètres de lui que je laissais mon corps s'écrouler, mes genoux cognant le sol humide et recouvert d'herbes et de feuilles. Et qu'enfin, son prénom franchissais mes lèvres.

    - Cahyl ! Cahyl, Cahyl, Cahyl, soufflais-je la respiration incontrôlable et coupée, possédée par la panique, mais je pleurais trop pour continuer à scander son prénom comme si c'était une manière de le maintenir en vie. Accroupie près de lui, je posais mes mains contre ses épaules nues et poussais de tout mon poids pour le retourner sur le côté, car il était à plat ventre et je voulais voir son visage, je voulais l'entendre respirer, je voulais le voir sauf, je voulais entendre son cœur battre comme le mien qui était plus frénétique que jamais, et j'avais entendu que si on laissait un blessé sur le ventre il pouvait mourir et s'étouffer, et si Cahyl s'étouffait et mourrait j'allais m'étouffer et mourir aussi. Je ne m'étais jamais connue aussi forte ; mais je me sentais capable d'une force surhumaine, mon corps était contracté par l'angoisse et la tension que me procurait cette situation insupportable, et je réussis à le faire basculer sur le côté de mes ridicules petites mains sales. Mais il était toujours allongé et ça n'allait pas, non, ça n'allait pas, il semblait lutter pour ne pas fermer les yeux et si il les fermait c'était fini et ça ne pouvait pas finir ; alors je serrais les dents et poussais son dos pour le redresser en position assise ; il était fin et même si musclé, assez léger pour qu'une nouvelle fois, je puisse réussir.

    Je n'eus pas le temps de chercher un arbre contre lequel reposer son dos car, accroupie à sa gauche, je passais mes bras autour de son cou et le serrais contre moi, les larmes continuant de couler sur ses joues. J'étais l'arbre qui le retenait de tomber. Ma tête qui reposait sur son épaule, dans le creux de son cou, descendit sur son torse jusqu'à ce que mon oreille soit au niveau de son cœur. Il battait. Son cœur battait. Et le mien se remit à vivre, à vivre vraiment. Je détachais mon oreille de son torse et plaçais mon visage au niveau du sien pour le regarder.

    - Cahyl, dis-je dans un sanglot mais en souriant. Tremblante, je resserrais de nouveau mon étreinte, mes mains autour de son cou et au contact de son dos couvert de terre. Je m'aperçus que j'effectuais de très légers mouvements de gauche à droite, comme pour le bercer ; et je ne sais combien de temps dura cette étreinte et combien de larmes rencontrèrent la peau nue de ses épaules, mais le choc et l'émotion passa, je me reculais une nouvelle fois alors que l'envie de parler se faisait forte. Dis-moi que ça va, s'il te plaît, le suppliai-je en observant son visage, les sourcils froncés d'angoisse et de l'effort de ne plus pleurer, j'ai eu peur pour toi, et... et... et tu es vivant, et ce fût un rire léger qui s'échappa de mes lèvres qui vinrent se presser longuement sur sa joue. Je suis là maintenant, dis-moi juste que ça va, et si j'avais su, je ne serais pas partie, jamais, jamais, jamais, jamais, tu m'entends, ja-mais, lui disais-je, un air des plus sérieux sur le visage. Et si j'en avais la force, je te taperais de ne m'avoir rien dit, parce que je te l'ai laissé comme ça, et maintenant je reste, tu m'entends, je reste, et je ne te laisse plus partir, et tu pourras me dire tous les « dégage » du monde, je resterais toujours, d'accord ? Et même si tu n'es pas d'accord, c'est la même chose, et attends, tu dois avoir mal au dos, et froid aussi, bouge-pas, si tu retombes je te tue, d'accord ?

    Je parlais seule, mais je lisais dans son regard qu'il m'entendait, qu'il était là, avec moi, et c'était tout ce qui m'importait. En m'assurant qu'il arrivait à se maintenir à peu près seul, je passais ma robe de sorcière par-dessus mes épaules afin de l'enlever ; et si mon pull blanc à rayures roses n'allait pas me protéger beaucoup de la fraîcheur matinale, je m'en fichais comme d'une patate trop cuite. Le tee-shirt était tombé non loin de moi et je le récupérais en me contorsionnant un peu ; je l'agitais dans les airs pour y enlever un peu les feuilles et la terre qui s'y était accroché avant de le passer au cou de Cahyl. Je soulevais ses bras et les tordais doucement pour les faire passer dans les manches ; il était si faible qu'il n'opposait aucune résistance et se laissait faire comme un pantin. Je fis de même avec ma robe de sorcière ; il avait pris de la carrure avec l'âge mais il était encore assez fin pour y entrer sans problèmes. Parce qu'il était assis, le bas de la robe flottait autour de lui, sur le sol.

    - Maintenant, dis-moi quelque chose, même juste « Patacitrouille », mais parle-moi. De toute manière, maintenant : je reste. Toujours.

    Mes mains maintenaient ses épaules en place, l'empêchant de retomber en arrière si il y était tenté ; je souhaitais le déplacer contre un tronc d'arbre mais j'avais peur de l'affaiblir encore plus si il bougeait trop. Alors, je me contentais de le regarder en attendant qu'il prononce quelques mots, sans pouvoir empêcher un sourire de s'installer sur mes lèvres. Le monde réel existait de nouveau.

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» SSSHH «
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Cahyl Steadworthy
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Âme soeur: Ais-je seulement le droit d'espérer? Ces sensations qui fleurissent en moi semblent m'indiquer que oui, j'en ai le droit.

MessageSujet: Re: So what if you can see the darkest side of me? [H.] ~Terminé   Lun 4 Fév - 22:56

Mon corps n’était que douleur, mon âme et ma pensée n’étaient que douleurs. Je n’étais que douleurs. Des ondes malsaines parcouraient mon corps meurtris, répandant une souffrance hors du commun qui me tenait immobile. Là, couché dans l’herbe, près d’un arbre, je pensais mourir. La Chose s’était déchaînée, véritablement. Elle avait senti que j’avais lamentablement perdu le contrôle, que je n’avais pas pris les doses de potion habituelles et recommandées. J’avais vu trop haut, j’avais trop cru en ma force pitoyable, et je n’avais pas pensé aux conséquences. Voilà, à présent, ce qu’il en résultait, je n’étais qu’un corps vidé de toute énergie, irradiant de douleur et de sueur. Qu’étais-je ? Qui étais-je ? C’était à se demander si je ressemblais encore à un être humain. Je n’osais ouvrir les paupières, trop apeuré de voir mes membres complètement difformes et violacés. Ce n’était certes jamais arrivé, mais j’avais toutefois rarement eu aussi mal durant une transformation. La Chose avait aimé, assurément. Sa liberté retrouvée avait dû avoir un goût exquis, et elle s’était précipitée hors de moi à une vitesse hallucinante. Lorsque la Lune avait disparu, j’imaginais bien le désarroi qu’elle avait dû ressentir, plonger à nouveau dans ce corps étroit n’était probablement pas très alléchant. Mais, je n’arrivais pas à avoir pitié d’elle, c’était plus fort que moi. C’était elle, qui était venu, elle qui me faisait souffrir, elle qui était la cause de tous mes maux, et pour cela, je la détestais. Parfois, lors de mes heures les plus sombres, il m’arrivait cependant de penser que cela avait été elle, la première dans ce corps, et que je l’avais emprisonnée par mégarde, et que c’était pour cela qu’elle me faisait autant souffrir. Mais, lorsque mon esprit redevenait plus clair, et que les douleurs passaient doucement, je me reprenais rapidement, réalisant avec horreurs les pensées choquantes qui m’avaient traversées l’âme.

Doucement, je tentais de bouger, mes doigts s’agrippant fermement aux douces herbes vertes autour de moi. Je m’y tenais comme si ma vie en dépendait. J’avais l’impression, parfois, de basculer dans l’inconscience, puis de revenir aussitôt, retenu par ces frêles petites vies chlorophyllienne. Mon cœur battait vite, de lourd battement irrégulier. Mon sang, bouillant se déversait par flots continu dans toutes les veines de mon corps, approvisionnant mes muscles meurtris. Et j’avais mal, toujours. Il me semblait que chacun de mes nerfs étaient à vif, et que chaque respiration ravivait la douleur sadique qui stagnait dans mes membres, en attente d’oxygène. Toutefois, je sentais l’air froid, et la terre humide, qui tentaient vainement de me refroidir, et le soleil, qui semblait m’éviter, afin que je ne brûle pas d’avantage. Mais, heureusement, mon corps, après cette marche forcée dans la forêt, tentait de se reprendre. Je sentais que la douleur refluait par endroit, et que fourmillait en moi la vie, la guérison. Chacun de mes os devait être brisé en plusieurs morceaux, et parfois, j’éprouvais des ondes de bien-être qui émanait de certaines zones. C’est dans des instants pareils que je remerciai la Chose, car même si elle me brisait complètement, certains effets de ma transformation étaient plus que bénéfique. La guérison rapide faisait partis de ces effets-là. D’un autre côté, s’il n’y avait pas eu cela, je me demandai comment mon corps, humain, aurait pu survivre à toute cette sauvagerie bestiale. C’était comme si la Chose, après avoir eu son temps de liberté, voulait me garder en vie, et qu’ainsi, elle me guérissait pour mieux recommencer dans un mois. C’était inhumain, mais je ne pouvais me plaindre au moment où des frissons bienveillants parcouraient mon corps de fond en comble, tentant de réparer tout ce qui avait été brisé.

Déjà, ma température corporelle semblait légèrement chuter, et j’arrivais à mouvoir doucement mes doigts. Je les laissais cependant fermement accrochés aux fragiles brins d’herbes, comme à une bouée de secours. Je devais, me tenir, car sinon, je sentais que mon esprit allait partir. J’étais encore bien trop faible, et malgré la guérison qui se propageait avec une douceur bienfaisante dans chaque membre de mon corps meurtris, j’étais complètement épuisé. Chaque geste me coûtait toute mon énergie, et si je n’avais pas été encore à la lisière de la forêt Interdite, loin du château et de mon dortoir, où j’aurais dû me trouver, je me serais immédiatement endormi. Sauf que je ne pouvais pas. Il fallait que je rentre avant que quelqu’un ne s’aperçoive de mon absence ! Personne ne devait se douter de rien ! Il fallait que je reste éveillé, et surtout, que je récupère rapidement, pour continuer mon périple, jusqu’à la tour de serdaigle. Je ne devais pas abandonner, et surtout, essayer. Mais, rien que d’ouvrir mes paupières, était pour moi un effort bien trop grand, et j’avais encore des difficultés pour respirer normalement. J’étais affreusement mal. Je déglutis péniblement, et ma salive eu un goût amer qui me fit frissonner. Les tremblements qui m’avaient parcouru quelques temps plus tôt se calmaient peu à peu, et je recommençais à goûter à un calme relatif. J’étais toujours centré sur moi-même, ma douleur, mon corps flamboyant et le fait que je devais absolument rentrer. Et, doucement, je commençai à perdre espoir d’arriver à me lever avant que les réveils ne sonnent dans les dortoirs. J’avais peur. Peur qu’on me découvre ainsi à la lisière, peur de me faire renvoyer, peur que les gens découvrent le monstre ignoble que j’étais, peur que… peur de tout.

Et puis, une pensée me traversa l’esprit. Une pensée que j’avais oubliée, alors que je me perdais de nouveau dans m souffrance sans fin. Hannah. Etait-ce vraiment elle que j’avais vu, recroquevillée près d’un arbre ? Non, cela avait dû être le fruit de mon imagination, simplement. Lorsque j’avais atteints l’arbre, j’étais si mal que cela ne m’étonnais pas. La douleur intense que mon corps supportait avait dû détraquer quelques instants mon cerveau, qui avait peut-être voulu me réconforter, par une image douce et rassurante. Mais elle ne devait pas être là. Non, ce n’était pas possible. Et puis, je ne le voulais pas. Je ne voulais pas qu’elle me voit dans un tel, je ne voulais pas qu’elle voit que j’étais un monstre horrible. Je tentai de tourner le visage vers l’arbre où je l’avais entraperçue, mais la tête me tourna, et j’abandonnais cette idée tandis que des vertiges dus à la fatigue s’emparaient de moi. Je gardai cependant les yeux entre-ouvert, sachant que si je les fermais complètement, je partirais. Et je ne voulais pas partir. Il fallait que je reste conscient, absolument, sinon, les limbes m’accueilleraient, et qui sais quand je me réveillerais ? Je resserrais ma prise sur les brins d’herbes, qui finiraient probablement par être arraché, si je continuais ainsi. J’avais moins chaud, mieux encore, je sentais le vent qui picotait ma peau et la terre humide mouiller lentement mon pantalon. Ma respiration devint un peu plus paisible, tandis que la douleur refluait lentement. Je souffrais toujours, bien sûr, et je savais que cela ne partirais pas de sitôt, et puis, j’étais toujours autant épuisé. Le moindre mouvement m’affaiblissait à un tel point, que cela me faisait peur. Enfin, je me ré-ouvrais doucement au monde, et ce fut comme si je le découvrais. Mes yeux, qui avaient été englués par la souffrance jusqu’à présent, virent enfin les couleurs automnales qui tentaient les arbres, mon ouïe perçu les cris des différents oiseaux qui voletaient entre les branches. Et puis, il y avait quelque chose. Des bruits sourds, qui semblaient se propager dans le sol, et qui s’approchaient.

Mon cœur se mit à battre un peu plus vite, tandis que je tentais sans grand succès de tourner mon visage vers la source du bruit. J’aperçu deux tennis blanches, et quelque secondes plus tard, tombaient près de ma tête deux genoux, sales. Ma respiration s’accéléra sans que je fasse pourtant le moindre geste, trop faible. Qui étais-là ? Venait-on me tuer ? M’avait-on vu ? Qu’est-ce que la personne allait penser ? Je me mis à trembler de peur : mon secret était découvert ! Comment ! Pourquoi ? Comment cette personne avait-elle pu me voir ? Il était pourtant tôt ! Qui sortirait à cette heure-là du château ? Les portes ne devaient même pas être ouvertes ! Je paniquais intérieurement, complètement épuisé et choqué que quelqu’un soit ici à cet instant. Mais, malgré toute ma volonté, je ne puis sortir le moindre mot. Mes lèvres restèrent close, et je laissais mes yeux à demi-fermé, comme en attendant le verdict. J’étais mort. J’étais découvert. Dans la journée, tout le monde saurait. Et je me ferais renvoyer, car désormais, plus personne ne voudrait s’approcher de moi, ne voudrait de moi. Un désespoir sans nom m’envahi, et je faillis me mettre à pleurer. Tout ce semblant de vie que j’avais réussis à me construire ici, tout s’écroulait lamentablement autour de moi. Je n’avais plus qu’à m’en aller, dès que mes forces seraient revenues. Oh Padma… qu’elle me pardonne, qu’elle pardonne ma faiblesse et mon manque de réflexion. C’était à cause de moi, qu’elle se retrouverait de nouveau seule, orpheline, à cause de moi qu’elle serait peut-être obligé de partir. La tristesse gonfla mon cœur, et je serrais mes doux brins d’herbes, qui m’avaient soutenus jusqu’à maintenant, encore plus fort. Qu’avais-je fais pour mériter une pareille punition ? Pourquoi la vie était-elle tant injuste ? Je pris une grande inspiration, et tentai de me calmer, puis, alors que je fermais les yeux en signe d’abandon total, une voix me parvint, à quelques centimètres au-dessus de moi.


- Cahyl ! Cahyl, Cahyl, Cahyl. Souffla-t-elle doucement, tandis que mon cœur éclatait dans ma poitrine, car j’avais reconnu le parfum et la voix d’Hannah.

Etait-ce de nouveau une hallucination ? J’en doutais sincèrement, d’autant plus lorsque ses mains froides se posèrent sur mon épaule, et poussèrent. Alors que jusqu’à présent j’avais toujours été face contre terre, incapable de me redresser par moi-même, je sentis le sol quitter mon visage. J’ouvris péniblement les yeux, frissonnant sous le contact de ses petites mains fragiles sur ma peau, encore chaude. A présent qu’elle était là, à mes côtés, lumière illuminant de sa clarté les ténèbres dans lesquels j’étais plongé, je ne pensais plus à rien, je n’étais plus rien. Je ne parvenais même plus à penser de façon cohérente tant sa présence ici me semblait inconcevable. Et pourtant, c’était elle, j’en étais persuadé. Son parfum, subtile, mélangé à l’odeur de la boue, et de la forêt, ses longs cheveux blonds dont je voyais le bout s’agiter dans la légère brise matinale, sa voix, douce et entrecoupée de sanglot. Elle pleurait. Je voyais les larmes qui avaient dû être sur son visage tomber sur le sol en un bruit mou. Je déglutis difficilement, tandis qu’impuissant, je la laissais me retourner. Alors, je fus sur la côté, et ainsi posé, je pu regarder son visage. Elle était très pâle, et quelques feuilles avaient été emprisonnées dans ses longues mèches dorées. Des larmes dévalaient son visage, et à l’état dans lequel elle se trouvait, je compris qu’elle était restée un moment, dans la forêt. M’avait-elle vu ? M’avait-elle suivit ? M’avait-elle attendu toute la nuit ? C’était tout bonnement inconcevable. Et pourtant, cette peur que je voyais dans ses yeux. Elle devait avoir compris, c’était évident. Pourtant, elle ne partait pas. Elle savait que j’étais un monstre, alors pourquoi ne fuyait-elle pas loin de moi ? Alors, je réalisais entièrement ce que cela voulait dire. Le secret, que j’avais toujours voulu préserver, dont j’avais toujours voulu la préserver, elle l’avait percé à jour. Elle savait. Mon cœur se serra si fort dans ma poitrine que j’eux l’impression de suffoquer.

Mais alors que je pensais qu’elle partirait vraiment, qu’elle me laisserait, elle me poussa de nouveau, dans le dos cette fois-ci, et parvint après quelques secondes d’efforts, à me mettre assis. Ma tête tourna légèrement, et je mis quelque secondes à m’habituer à ce changement de position. Après quoi, elle passa doucement ses bras autour de mon cou, et m’attira contre elle. Légèrement sur le côté, appuyé contre elle, mon cœur battait fort, tandis que je sentais une immense tristesse s’abattre sur moi. Pourquoi restait-elle ? Je ne comprenais plus. Puis, sa tête reposa su mon épaule, et ses cheveux me chatouillèrent l’épaule. Je frissonnai étrangement sous ce contact. Alors, elle descendit son visage jusqu’à mon torse, et colla son oreille contre ma poitrine. Incapable de faire le moindre bruit, le moindre commentaire, je la regardai simplement faire. Elle resta ainsi quelques temps, comme pour se convaincre que je vivais bien, que mon cœur battait bien entre mes côtes. A dire vrai, il battait bien plus fort qu’à l’ordinaire, et cela, je savais à présent que c’était parce qu’elle était là. Juste là, à côté. Et je ne comprenais pas pourquoi elle ne partait pas. Pourquoi elle tenait un monstre dans ces bras. Son visage remonta doucement et s’arrêta au niveau du miens. Je ne savais pas dans quel état je me trouvais, mais cela ne devait probablement pas être beau à voir. Cependant, elle restait. Je ne comprenais pas
.

- Cahyl, dit-elle à nouveau, dans un sanglot, tout en souriant. Je tentais vainement de lui répondre, mais j’étais trop faible, épuisé pour tenter une chose pareille. Mais, elle n’attendit heureusement pas que je le fasse, elle resserra ses bras autour de moi, et une douce chaleur se diffusa dans mon être entier tandis qu’elle semblait me bercer, pleurant sur mon épaule. Chacune de ses larmes roulait doucement de mon dos, me faisant frissonner plus que de raison. Je ne savais pas pourquoi elle restait. Je me dégoûtais moi-même, j’étais un monstre, horrible, répugnant, qui prenait des vies, qui l’avait blessé, et elle restait. Je voulais, lui demander pourquoi, lui dire de partir, loin de moi car elle ne méritait pas de rester à mes côtés dans un tel moment. Mais je ne pouvais pas. Ma voix se brisait, et il me restait encore trop peu de force pour me mouvoir correctement. Je commençai même à avoir froid. Heureusement, la douleur avait presque entièrement disparue, et elle me laissant ainsi, haletant, si faible que je ne pouvais même pas me tenir debout. Une boule se forma dans ma gorge. Hannah ne devait pas rester. Elle ne pouvait pas. J’avais cru être fort, et puis, en cette nuit, toutes mes certitudes c’étaient lamentablement effondrée. Je ne serais jamais fort, je ne gagnerais jamais. Et plus que tout, cela me confortait dans mon idée qu’elle devait s’en aller, vite, j’étais trop dangereux. A mes côtés, elle serait toujours en danger, et je ne pouvais supporter l’idée de la blesser dans mes pertes de contrôle. Non, Jamais. Je la sentis bouger, et sa voix se fit à nouveau entendre, à quelques centimètres de moi, rassurante, revigorante.

-Dis-moi que ça va, s'il te plaît. J'ai eu peur pour toi, et... et... et tu es vivant. Dit-elle ensuite, pleurant autant qu’elle riait, et soudain, ses lèvres se posèrent sur ma joue. Je ne me rendis pas tout de suite compte. Puis, je réalisais que ses lèvres touchaient ma joue en un doux baiser qui déclencha l'envol d’une nuée de papillon dans mon être. Je frissonnai de toute part, autant de froid que de surprise. Je suis là maintenant, dis-moi juste que ça va, et si j'avais su, je ne serais pas partie, jamais, jamais, jamais, jamais, tu m'entends, ja-mais. Et si j'en avais la force, je te taperais de ne m'avoir rien dit, parce que je te l'ai laissé comme ça, et maintenant je reste, tu m'entends, je reste, et je ne te laisse plus partir, et tu pourras me dire tous les « dégage » du monde, je resterais toujours, d'accord ? Et même si tu n'es pas d'accord, c'est la même chose, et attends, tu dois avoir mal au dos, et froid aussi, bouge-pas, si tu retombes je te tue, d'accord ?

Mon souffle en resta coupé. Elle savait, et elle restait. Simplement, elle restait, elle voulait rester. Avais-je bien entendu ? Je n’en étais pas sûr. Mais elle ne faisait pas mine de vouloir partir. Pire encore, elle attrapa le tee-shirt que j’avais laissé la veille, me l’enfila doucement et en quelques contorsions, elle fit passer sa cape au-dessus d’elle, s’exposant au froid matinal, et me couvrit ensuite du mieux qu’elle put. Je ne m’étais pas rendu compte que j’avais si froid, jusqu’à présent. Ma température corporelle était toujours très élevée à cause de la Chose, mais ma transformation récente et ma faiblesse extrême devait puiser dans mes réserves, et ma chaleur n’était plus aussi forte qu’habituellement. Je ne savais que penser. J’étais un monstre et elle devait partir, elle devait comprendre cela. Et pourtant, elle souhaitait visiblement rester à mes côtés. Etait-ce possible ? J’avais l’impression d’être dans un rêve. Allait-il se transformer en cauchemar d’un moment à l’autre ? Je ne comprenais plus rien. Mes pensées s’emmêlaient et mon cœur battait trop fort. A présent, je sentais une chaleur se diffuser, à la fois sur mon corps, et dans mon âme, tandis que je l’observais attentivement, détaillant chaque trait de son visage avec une admiration que je n’avais que peu ressentie jusqu’à présent. Elle était magnifique. Même fatiguée, sale, elle était belle. Mais je ne devais pas penser ainsi. Elle partirait, c’était certain, je lui dirais que c’est une erreur qu’elle reste, que j’étais dangereux. Cependant, je capturais chacune de ses expressions, pour m’en souvenir plus tard, et parce qu’elle était une vraie source de réconfort, pour moi, à cet instant. Toutefois, j’avais peur, et je me sentais irrémédiablement triste, car elle allait devoir me laisser, me quitter, je ne pouvais supporter qu’elle soit à mes côtés, car j’étais mauvais pour elle.

- Maintenant, dis-moi quelque chose, même juste « Patacitrouille », mais parle-moi. De toute manière, maintenant : je reste. Toujours.

Je pris une longue inspiration. Mais ne dis rien. Que pouvais-je dire ? Que devais-je dire ? La raison devait-elle parler ? Le cœur ? Les deux avaient échoué lorsque je leur avais fait appel, bien des mois plus tôt. Je plongeai mon regard dans le sien, essayant de puiser la force nécessaire pour prononcer seulement quelques mots, ou plus, si cela était possible. Je ne savais pas si j’en étais capable, mais la chaleur qui se diffusait en moi depuis quelques instants me revigorait doucement. Assez pour que je puisse mouvoir ma main, que je la dégage pour frôler sa joue de mes doigts. Les phrases qu’elle avait prononcées plus tôt me revinrent en mémoire. Jamais, de toute ma vie entière, on ne m’avait fait plus belle déclaration. Jamais des mots n’avaient été aussi touchants. Jamais on ne m’avait autant transpercé le cœur avec quelques phrases. Jamais je ne m’étais sentis si ému et aimé. Mes yeux toujours dans les siens, je sentis que des légères larmes s’échappaient de mes prunelles, pour couler sur mes tempes, puis disparaître dans mes cheveux. Je n’étais pas seul. Ma lumière était là, juste là, à côté. Et ses mots étaient tellement beaux que je parvenais presque à y croire complètement. Mais, je savais pourtant qu’elle ne serait pas toujours à côté de moi, et qu’elle me quitterait. Qui voulait d’un monstre ? Réellement ? Même Hannah, douce et remplie de bonté ne serait pas capable de vivre à mes côtés, même un temps court. Et puis, elle ne me méritait pas. Je méritais de vivre seul, et c’était tout. Elle était trop éblouissante pour être à mes côtés, moi, le sombre Cahyl. Je souris doucement, me gorgeant des lueurs bleutées qui pétillaient dans son regard, et entrouvris la bouche, sentant qu’enfin, je pouvais parler, car la boule qui s’étaient formée dans ma gorge se dilatait doucement.

-Hannah… commençai-je, la voix toujours aussi rauque. Je… Je ne trouvais pas les mots. Tu as tout vu, j’imagine. Tu… tu comprends pourquoi je t’ai fait du mal, ce soir, où je t’ai crié dessus. La Chose, la Chose venait, et j’ai trop peur… j’ai trop peur que si tu restes à côté de moi, je te fasse mal. Parce que moi, j’ai tellement mal, Hannah, quand je te fais mal. Et je ne veux pas, je ne veux pas te faire mal. Je repris doucement mon souffle, la voix fêlée, alors que je me remémorais ces durs moments de ma vie. Il faut que tu partes, tu comprends ? Tu ne peux pas rester avec moi ! Tu ne peux pas c’est… je suis un monstre Hannah ! Un monstre qui ne se contrôle pas. Je suis dangereux ! Je déteste ça du plus profond de mon âme, mais je suis un monstre, et je ne pourrais pas le changer… personne ne le pourra. Soufflais-je en glissant mes doigts contre sa joue, et en laissant ma main retomber à terre. Je tremblais, encore, j’haletais. Elle devait partir.

-Alors, tu dois t’en aller, Hannah… Murmurais-je alors que ma voix se brisait sur le dernier mot.

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Spoiler:
 


Dernière édition par Cahyl Steadworthy le Ven 17 Mai - 22:49, édité 2 fois
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Hannah Blueberry
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MessageSujet: Re: So what if you can see the darkest side of me? [H.] ~Terminé   Mar 5 Fév - 17:21


    Il avait fallu ça pour que mon souhait s'exauce, pour que la pudeur disparaisse, pour que je puisse lui dire à quel point il comptait. Pris entre mes mains fébriles et sales, ses yeux s'accrochaient aux miens, et je ne déviais pas le regard. Il semblait réellement s'y attraper comme à une bouée pour rester émergé, pour ne pas sombrer, pour reprendre peu à peu ses esprits et retrouver de la force. Je l'avais là, entre mes mains, et je ressentais au bout de mes doigts la puissance que je possédais désormais : maintenant, je pouvais le protéger. Je le sentais si faible mais enfin, enfin, j'étais là pour lui, j'avais une utilité, je le tenais assis sur le sol terreux de la lisière de la forêt, éveillé, le couvant de mes regards et des mes sourires. La sensation de pouvoir faire quelque chose m'était enivrante ; alors je riais un peu et ne cherchais pas à camoufler ma joie même si la situation était délicate. Le seul choc qui m'avait réellement tenaillé le ventre et le cœur était celui de le voir, entier et vivant, après ces vagues d'angoisse et de peur qui m'avaient toute la nuit noyée. Mon corps tout entier avait fourmillé, j'avais senti chacune d'une mes cellules bouillonner et répandre le désir dans tout mon corps d'aller vers lui, de le chercher, de le sauver, de le prendre dans mes bras, de le rassurer, parce que c'était ce que j'avais toujours voulu faire, depuis le début. Depuis ce tout début où j'avais compris que quelque chose n'allait pas, où ses mains s'étaient tordues sur son ventre et qu'une voix étrangère à la sienne m'avait ordonné de partir. Je ne l'avais pas écouté, oh non, et j'en éprouvais maintenant la satisfaction : j'avais eu raison d'être têtue, de persister, jusqu'à ce cette soirée où il avait été plus violent et où je l'avais perdu. J'avais baissé les bras, parce que je ne voulais pas m'imposer, c'était quelque chose que je détestais mais que je faisais parfois inconsciemment, car j'étais trop bête pour voir que je dérangeais les autres. Et il avait été si rude, si insensible, qu'il avait réussi, profitant du fait que j'avais déjà été écrabouillée par la peine causée par la disparition de ma grand-mère. Cette rancœur avait longtemps tourné dans mon cœur et dans mon esprit ; je l'avais ressassé des mois durant, à la fois blessée et frustrée de voir qu'il me fuyait, après tous ces moments passés ensemble. Et puis, quand il était venu me voir à Pré-au-Lard pour m'offrir cette Patacitrouille que j'avais sauvagement écrasée dans ma main – et je me sentais maintenant tellement débile, tellement honteuse d'avoir fait ce geste dicté par la colère et la tristesse –, j'avais cru qu'il se moquait, qu'il se forçait, qu'il revenait plus près pour s'éloigner ensuite encore plus loin. Cette fois-là, j'étais celle qui avait fuit de peur d'avoir encore mal ; parce qu'il avait été la source d'autant de plaisirs que de peines, et que c'était quelque chose d'étrange auquel je n'avais encore pas été confrontée avant lui. Soit les gens sont les gentils, soit ils sont méchants : c'était ce que j'avais toujours cru. Alors je n'avais jamais compris les sautes d'humeur de Cahyl, pourquoi il était si agréable, et l'instant d'après si fuyant ; j'en avais serré les dents, et les poings, et mon cœur s'était contracté sous l'incompréhension qui me dévorait. C'était un casse-tête que je n'avais jamais résolu, et qui m'avait même obsédée, alors que j'arrivais toujours à ranger les choses dans ma tête. Je retenais celles qui étaient importantes et cachaient celles qui me faisaient souffrir ; mais la perte de ma grand-mère et de Cahyl, les deux à la fois, avait paralysé ce système de défense qui m'avait toujours réussi. J'avais été démunie, à la merci de ma tristesse qui s'était matérialisée en torrents de larmes alors que je détestais, je détestais pleurer ; et je n'avais eu que l'épaule de Matthew pour me consoler.

    Mais maintenant, c'était fini. J'avais si peu dormi que le monde me paraissait encore un rêve, comme si je ne m'étais jamais réveillée. Les informations remontaient lentement jusqu'à mon cerveau qui ne s'attardait que sur les plus essentielles, laissant les détails de côté : Cahyl était là. Et je le tenais dans mes bras, et je le berçais, et je noyais son épaule de larmes qui coulaient silencieusement – et elles me semblaient presque froides à côté de son corps brûlant. Sa présence réchauffait mon cœur mais son corps réchauffait le mien, parce qu'il dégageait je-ne-savais-comment une chaleur impressionnante, et c'était si agréable parce que j'avais si froid, avec mon simple pull et le manque de sommeil qui me rendait vulnérable à la fraîcheur matinale. J'ignorais quelle heure il était, si Cahyl était venu jusqu'à la lisière dès le lever de l'aube, auquel cas tout le monde devait encore dormir, au château, qui me paraissait un monde si lointain ; ou si il avait mis du temps à atteindre cet endroit et que la matinée était déjà entamée. Il faisait frais et le soleil ne semblait pas trop haut dans le ciel, car l'ombre des arbres était encore bien allongée sur l'herbe du parc. J'étais de toute manière hors du monde, et je sentais que mon existence n'avait plus qu'un but : Cahyl. J'aurais sans doute du penser aux détails pratiques, théoriques, raisonnables, mais je n'avais eu que le réflexe de le couvrir du tee-shirt qui avait passé la nuit tout contre moi et mon visage, et de ma cape de sorcière, parce que tant pis si j'avais froid ; tout ce qui m'importait était que lui ait plus chaud. Et puis plutôt que de penser à notre saleté, notre fatigue, notre faim, nos cours, je ne pensais plus. Les émotions étaient trop fortes, et elles surgissaient de mes lèvres qui s'étaient brûlées au contact de la joue de Cahyl, d'un flot ininterrompu de paroles.

    Je sentais son regard se faire plus vif et plus ému au fur et à mesure que je déblatérais mon discours sans fin, et je vis même quelques larmes couler de ses yeux. Et là, et là, et là, et là – je ne sais pas, je ne savais plus, Cahyl pleurait, et c'était tout, et ça me rongeait le cœur de le voir pleurer, moi qui l'avait cru si insensible et sans cœur, et je voulais essuyer ses larmes et même les boire pour qu'elles disparaissent parce que le trou dans ma poitrine s'élargissait, et lui était si faible et si bouleversé, comment je faisais, maintenant, parce que mon cœur s'affolait et battait si fort et je voulais essuyer ses larmes mais je n'y arrivais pas, son regard m'emprisonnait – et puis je ne sais comment, ni quand, ni où, mais sa main se posa sur ma joue. Et là, et là, et là – je savais encore moins, il y avait juste mon coeur qui fondait comme de la glace et mon cerveau qui se liquéfiait. Son geste m'avait court-circuitée – c'était la première fois qu'il faisait ça, qu'il nouait un contact comme celui-ci. Je fermais un court instant les yeux pour profiter de la chaleur de sa main qui se diffusait sur ma joue froide et salie par les larmes et la terre. Quand j'ouvrais les yeux, j'étais encore prise dans ses yeux marrons. Il y avait de la lumière à l'intérieur.

    - Hannah…

    Sa voix était rauque, un peu cassée, et faible, comme lui, mais j'eus un frisson de l'entendre parler, parce que ça faisait si longtemps. Il parlait, et le sourire que je retenais depuis tout à l'heure s'étala sur mes lèvres ; et je voulais lui dire que c'était bien, que c'était même mieux que « Patacitrouille », que maintenant, j'allais prendre soin de lui, mais il continua.

    - Je... Tu as tout vu, j’imagine. Tu… tu comprends pourquoi je t’ai fait du mal, ce soir, où je t’ai crié dessus. La Chose, la Chose venait, et j’ai trop peur… j’ai trop peur que si tu restes à côté de moi, je te fasse mal. Parce que moi, j’ai tellement mal, Hannah, quand je te fais mal. Et je ne veux pas, je ne veux pas te faire mal.

    … Et donc, là, ce fût le moment où mes neurones quittèrent mon cerveau pour s'envoler dans une galaxie très lointaine. Il parlait, mais il parlait beaucoup, et il disait... il disait... Mais comment avais-je pu lui en vouloir, nom d'un petit-pois à rayures, comment j'avais fait pour presque arriver à le détester, comment avais-je pu le laisser, et écraser la patacitrouille qu'il m'avait offert, et je m'en voulais d'avoir pensé toutes ces choses, qu'il voulait volontairement me blesser, et de ne pas avoir réussi à comprendre – La Chose, c'était comme ça qu'il appelait... son petit problème de poils ? Son évocation me rappela le pourquoi du comment : pourquoi il avait couru dans cette forêt, par une nuit de pleine lune, pourquoi il y avait passé la nuit, et pourquoi il était maintenant si faible. J'avais oublié ce détail, parce qu'il m'importait si peu, et me semblait si improbable, à l'instant même : la présence réelle et physique de Cahyl possédait toutes mes capacités cérébrales pour que je puisse songer à ce qu'il devenait, lors des nuits de pleine lune, parce que c'était bien ça, alors. Il était un loup-garou. Il était le loup des légendes, des fables et des histoires, celui qui plante ses crocs dans les enfants innocents – et peut-être parce que cette idée de loup m'avait suivie toute ma vie, je n'arrivais pas à en être surprise. Et Cahyl ne plantait pas ses crocs dans les enfants innocents. Et peut-être que ça m'était égal, aussi, un peu, parce que tout ce qui comptait était qu'il soit là. Sa pilosité augmentait une nuit par mois, oui, et alors ? Ça ne changeait rien. Ou si, maintenant, ça changeait tout, car je le savais. Je savais pourquoi ses humeurs étaient si changeantes, pourquoi il m'avait fuit ; et la conclusion m'apparaissait rayonnante : ce n'était pas parce qu'il me détestait. Mais parce qu'il avait peur de me blesser. Si il n'avait pas été aussi affaibli, je pense très sérieusement que je lui aurais sauté dessus jusqu'à l'étouffer de câlins. Il fit une pause et reprit son souffle, et je penchais légèrement ma tête vers la gauche pour que ma joue ne quitte pas le contact de sa main fine et chaude, mais ses doigts glissèrent alors qu'il continua à parler.

    - Il faut que tu partes, tu comprends ? Tu ne peux pas rester avec moi ! Tu ne peux pas c’est… je suis un monstre Hannah ! Un monstre qui ne se contrôle pas. Je suis dangereux ! Je déteste ça du plus profond de mon âme, mais je suis un monstre, et je ne pourrais pas le changer… personne ne le pourra.

    Les tremblements le prirent de nouveau, et il était haletant d'avoir parlé.

    - Alors, tu dois t’en aller, Hannah…

    Il semblait si résigné et dévasté par ce qu'il venait de me dire que j'eus un sourire tellement ce qu'il me disait m'était risible. Il avait cru que c'était la fête du slip ? Que j'allais le laisser tomber comme une vieille chaussette ?

    - T'es vraiment la personne la plus têtue de la terre, soufflais-je avec un sourire amusé sur les lèvres en le regardant – et il me semblait que l'affection que je lui portais pouvait le toucher jusque dans son être, jusqu'à l'intérieur de son corps, jusqu'à ses os qui devaient lui être si douloureux lors de ces nuits de pleine lune – et en pensant ça, je réalisais combien il devait souffrir et détester son corps et cette chose qui vivait en lui. Et j'étais de nouveau révoltée contre ce qu'il subissait, contre cette vie qu'il menait seul et qui devait lui être si difficile. Je te jure que si tu n'étais pas aussi faible, je te ferais manger les feuilles de cet arbre par les narines et je te chatouillerais jusqu'à ce que tu t'étouffes de rire, dis-je avec un grand sourire. C'était tellement évident que j'allais rester, tellement drôle et à la fois attendrissant qu'il essaie de m'envoyer bouler jusqu'au bout, alors même que je savais, que je lui avais mille fois dit que j'allais rester, que ses dernières paroles étaient rentrées par mon oreille droite et ressorties par la gauche.

    Je posais chacune de mes mains de chaque côté de son visage et le regardais dans les yeux.

    - Cahyl, écoute-moi. Économise tes forces pour manger les dizaines de gâteaux que je vais te préparer quand tu seras remis plutôt que d'essayer de me faire partir, c'est aussi efficace qu'un escargot qui veut jouer au Quidditch. Je reste, je t'ai dis. Si je dois encore le répéter mille fois, je le ferais : je reste, je reste, je reste, je reste, je reste, je reste, je reste, je reste – et mon sourire s'élargissait de plus en plus. Je m'en fiche que tu aies un petit problème de poils les nuits de pleine lune, ça ne change rien. Tu n'es pas un monstre. Et au contraire, maintenant que je le sais, que je sais pourquoi tu es comme ça, pourquoi tu avais crié et dis... toutes ces choses, ça ne me fera plus mal. Je te pardonne, ce n'est pas de ta faute. Je peux t'aider. Je crois qu'il y a une potion pour ça, et puis... Et puis je veux être là, et voilà. Je suis ton amie et tu es obligé de me supporter jusqu'à la fin de tes jours, compris ?

    Et je resserrais un peu l'emprise de mes mains sur ses joues, me penchais au-dessus de son visage et collais mes lèvres sur son front, avant de froncer les sourcils.

    - Tu es brûlant, constatai-je. Est-ce que c'était de la fièvre ? Je regardais son corps qui tremblait encore, et son visage légèrement recouvert de sueur, et ses mains... ses mains écorchées et ses doigts blessés. Mon cœur se souleva. Est-ce que tu veux aller à l'infirmerie ? J'étais hésitante, car la vague d'émotion s'étant déversée, les problèmes m'apparaissaient plus clairement. Comment allais-je faire si il n'arrivait pas à tenir marcher même avec mon aide ? Il fallait que quelqu'un l'examine et le soigne, et ses mains, et qu'il soit au chaud, et qu'il mange et qu'il boive et je n'avais pas ma baguette et je me sentais si stupide de ne pas l'avoir prise. Si je pouvais, je te ferais voler jusqu'à la fenêtre de Mme Pomfresh, rigolais-je un peu pour chasser l'angoisse qui commençait à me prendre d'assaut – je me sentais si désemparée et soudainement incapable de rien, si ce n'était de le soutenir et de lui parler et de lui dire que je serais là pour lui, toujours, et c'était la seule chose dont j'étais absolument certaine, comme jamais je n'avais été aussi sûre de quelque chose dans ma vie.

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Cahyl Steadworthy
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MessageSujet: Re: So what if you can see the darkest side of me? [H.] ~Terminé   Mer 6 Fév - 15:19

- T'es vraiment la personne la plus têtue de la terre.

Je fronçai les sourcils et plongeai mon regard dans le sien. Ce n’était certainement pas une phrase que l’on disait lorsqu’on se disait au revoir. Pourquoi disait-elle cela, d’ailleurs ? N’avait-elle pas compris ce que je venais de lui dire ? Ne comprenait-elle pas que j’étais véritablement un monstre, et que chaque mois, la pire partie de moi s’emparait de mon corps enfiévré et se révoltait sauvagement. Puis, j’éclatais monstrueusement, et la Chose était délivrée, hurlant à la lune, chassant avec obsession la moindre goutte de sang. Non, elle ne semblait pas saisir le taux de dangerosité élevé qu’il y avait de rester à mes côtés, car un sourire soulevait doucement ses lèvres bleuies par le froid. Je retins légèrement ma respiration, ne comprenant pas ce qu’elle voulait dire par là. J’étais quelqu’un d’assez têtu, certes, mais qu’elle le dise ainsi me dérangeait, car je pensais ne comprendre que trop bien ce qu’elle insinuait par ces quelques mots, et j’avais peur. Ne voyait-elle pas que je souffrais tant j’étais effrayer de lui faire mal, et tant j’avais également envie qu’elle soit à mes côtés. Mais les envies n’étaient que futile, après tout, seule la sécurité des êtres auxquels ont tenait était véritable. Et… je tenais à Hannah, je devais l’avouer. Et la sécurité, elle la trouverait, mais loin de moi, uniquement. Près de moi, jamais elle ne serait sauve, car en tout temps, la Chose menaçait. Il suffisait qu’un jour, un jour seulement, j’oublie de prendre cette potion, que je me laisse emporter par les instincts qui me traversaient l’esprit, et que je devienne violent, et tout basculait. Là, elle était en danger, un danger mortel qui me faisait d’autant plus réaliser combien je devais me tenir à l’écart de tous les autres. Au moindre coup, je pouvais briser, disloquer, au moindre mouvement brusque, je pouvais détruire. Il n’y avait qu’à voir la force surhumaine que la Chose avait, les arbres couchés, les rochers défoncés… toutes ces preuves qui me montraient que ce que contenait mon âme était mauvaise et particulièrement nocive. Pour moi, bien que ce ne soit rien, mais surtout pour tous les êtres humains. Mais je n’avais que trop peur de comprendre la sens de sa phrase : elle ne comptait visiblement pas partir, et mes craintes furent confirmés lorsqu’elle entrouvrit de nouveau les lèvres pour me parler.

- Je te jure que si tu n'étais pas aussi faible, je te ferais manger les feuilles de cet arbre par les narines et je te chatouillerais jusqu'à ce que tu t'étouffes de rire.

Cette fois-ci, malgré la gravité grandissante de la situation et mon désespoir croissant face à sa réaction, je ne pus m’empêcher de rire très légèrement. Et elle, elle souriait, comme si elle était en sécurité, heureuse comme ça, à côté de moi alors que chacun de mes mouvements était une véritable menace pour sa santé. Mais, à mon tour, je souris doucement, parce qu’elle était simplement incroyable. C’était sa façon à elle de parler, dire des bêtises pareilles. Et même si parfois je trouvais que ça ne se prêtait pas vraiment aux situations que l’on traversait, cela déridait plus que toute autre chose l’atmosphère. Je me demandais souvent comment elle allait chercher de telles paroles et de telles idées, car c’était tout le contraire de ce que moi, j’avais en tête. D’ailleurs, je n’aimais pas particulièrement parler, et il faut dire que les paroles qu’elle déversait comblaient tous les trous et les flottements qui s’installaient parfois entre nous. Et puis, elle me complétait, sur ce point-là. Elle parlait, et j’écoutais, simplement, et cela me convenait. Cependant, pour une fois, je voulais qu’elle m’écoute attentivement, que mes paroles rentrent dans son cœur et qu’elle comprenne qu’elle était en danger, qu’elle devait partir. Loin, très loin de moi, ou du moins, autant qu’il serait possible. Mais elle ne semblait pas prêter attention aux mots qui sortaient d’entre mes lèvres, à mon plus grand désarroi. J’allais de nouveau parler, pour lui montrer, pour la convaincre, non, la persuader qu’elle devait me laisser, quand elle plaça ses deux mains de chaque côté de mon visage, bloquant dans ma gorge tous les mots qui auraient voulu en sortir. Je gardai les lèvres closes tandis qu’elle s’approchait et plongea ses yeux bleutés dans les miens. Je frémis, et me retins de rompre cet échange de regard, trop mal à l’aise.

- Cahyl, écoute-moi. Économise tes forces pour manger les dizaines de gâteaux que je vais te préparer quand tu seras remis plutôt que d'essayer de me faire partir, c'est aussi efficace qu'un escargot qui veut jouer au Quidditch. Je reste, je t'ai dis. Si je dois encore le répéter mille fois, je le ferais : je reste, je reste, je reste, je reste, je reste, je reste, je reste, je reste. Et plus ces mots s’écoulaient de sa bouche, plus son sourire grandissait, et plus mon cœur battait vite. Je m'en fiche que tu aies un petit problème de poils les nuits de pleine lune, ça ne change rien. Tu n'es pas un monstre. Et au contraire, maintenant que je le sais, que je sais pourquoi tu es comme ça, pourquoi tu avais crié et dis... toutes ces choses, ça ne me fera plus mal. Je te pardonne, ce n'est pas de ta faute. Je peux t'aider. Je crois qu'il y a une potion pour ça, et puis... Et puis je veux être là, et voilà. Je suis ton amie et tu es obligé de me supporter jusqu'à la fin de tes jours, compris ?

Puis avant que ne puisse esquisser le moindre geste ou prononcer la moindre parole – de toute façon, je n’aurais pas été capable de prononcer quelque chose de cohérent- elle resserra légèrement sa prise sur mon visage, et se pencha en avant. Presque effrayé par ce geste inattendu, je retins mon souffle et lorsque ses lèvres touchèrent mon front en un baiser fugace, je cru perdre pied. Je lui avais dit de partir, je lui avais hurlé de mauvaises choses au visage, je n’avais toujours été qu’un piètre ami pour elle, je l’avais sauvagement rejeté, et aujourd’hui, alors qu’elle m’avait vu dans le pire était qu’il soit, affaiblis, sale, alors que je sortais tout juste de l’emprise de la Chose, maintenant qu’elle savait que j’étais un monstre, elle me couvrait d’attention. Pire encore, elle m’avait offert deux choses précieuses, deux baisers, et j’avais l’impression que ma peau picotait encore aux endroits où ses lèvres s’étaient posées. Mon cœur battait si vite que j’aurais réellement eu du mal à en compter les pulsations, tout ce qu’elle m’avait dit tournait dans mon esprit. Elle savait, que j’avais un problème, que j’étais maudits, que j’étais un monstre, elle me l’avait dit, elle le savait pertinemment, et pourtant, elle voulait rester. Je ne comprenais pas. J’étais mauvais, je lui avais fait mal, et elle restait.

-Tu es sûre ? Lui demandais-je tout de même, une grande incompréhension dans les yeux.

Visiblement, tous ses doutes, toutes les choses qui l’avaient autrefois retenue, comme le jour où à son tour elle m’avait rejeté, s’était envolée, bien loin d’elle. Elle ne partait pas. Non, c’était pire… ou mieux, je n’arrivais pas encore à démêler mes pensées, elle restait à mes côtés. Moi qui avait toujours cru que les gens me fuiraient, lorsqu’ils découvriraient que la Chose était en moi, elle réagissait au-delà de mes espérances… elle restait. Un poids énorme disparut subitement de ma poitrine, tandis qu’un nouveau, tout de même un peu plus léger, s’y installait. Elle m’acceptait, tel que j’étais. Moi. Avec la Chose, avec mes sauts d’humeur. Moi, Cahyl, le sombre, le torturé. Moi. Et je ne réalisais pas, et je ne comprenais pas. Je nageais dans un monde parallèle, c’était sûr, ou alors je rêvais. Après les douleurs, je m’était de nouveau endormi, et tout ceci n’était qu’une chimère passagère. Je fus tenté de me pincer pour voir si c’était réel, mais les lèvres d’Hannah qui frôlaient encore mon front m’en dissuadèrent : tout était vrai. Les frissons qui parcouraient mon corps, les battements ininterrompus de mon cœur. Je ne comprenais plus. Mais une chose était là, j’étais, pour la première fois depuis de long mois, heureux
.

- Tu es brûlant. Dit-elle, alors que ses lèvres s’étaient éloignées de mon visage, et je pu percevoir une légère inquiétude grandir dans ses yeux, alors que je les fixais à nouveau. Après quoi, elle passa rapidement son regard sur mon corps, et s’arrêta sur mes doigts, écorchés, couvert de mon sang séché, alors que j’avais essayé d’enlever celui qui s’était déposé sur mes mains pendant cette horrible nuit. Cependant, tandis que je les bougeai légèrement, je sentis que les plaies s’étaient refermées, et que je n’avais plus mal. La douleur dans mon corps s’était calmée, et tous mes os semblaient s’être remis en place. Plus aucune souffrance n’irradiait de nulle part, mais j’étais si fatigué que le moindre mouvement me semblait un trop grand effort. Je ne m’étais toutefois pas rendu compte que ma température corporelle était aussi élevée. Je me sentais pourtant bien, et je ne compris pas sa remarque inquiète. Puis, je me rappelai que c’était l’une des particularités que la Chose me conférait : je supportais le froid et les bises glaciales, car j’étais plus chaud que tous les autres êtres humains. Hannah devait avoir ressentis cette chaleur et semblait croire que j’étais malade, et encore mal en point. Mais ma forme revenait peu à peu, et je me sentais doucement revivre, d’autant plus qu’elle était près de moi, et qu’elle restait.

-C’est normal, ne t’inquiète pas, ma température corporelle est… légèrement plus élevé que la moyenne. Dis-je alors, tentant de la rassurer, mais visiblement cela ne fonctionna pas, car elle me proposa autre chose :

-Est-ce que tu veux aller à l'infirmerie ? Si je pouvais, je te ferais voler jusqu'à la fenêtre de Mme Pomfresh.

Durant un léger instant, une certaine frayeur s’empara de moi. Je respirai calmement, et tentai de contenir ce soudain accès de peur. Une lueur suppliante dû se frayer un chemin jusqu’à mes yeux, tandis que je secouai doucement la tête de gauche à droite, tel un enfant effrayé. Je ne voulais pas aller chez l’infirmière, ni chez aucun médecin. Cela avait toujours été l’une de mes peurs. Que l’on m’enferme, que l’on me mette dans une prison, un asile, que les moldus me dissèquent et me torture pour savoir ce qui se tramait dans mon corps. Quand la Chose était venue en moi, j’avais d’abord été effrayé par l’inconnu, évidemment, puis, lorsqu’enfin, j’avais commencé à comprendre, une peur s’était ajoutée à toutes les autres. J’avais déjà vu quelques films, et lu quelques livres où les héros, incompris, aux pouvoirs surnaturels, étaient attrapés par les scientifiques, puis sauvagement enfermés. Comme des animaux, ils étaient ensuite observé sous toutes les coutures, des tests révoltants leur était appliqué, et, insensibles, les chercheurs ne les considéraient plus que comme des expériences, et non des êtres humains. La première fois que j’avais lue de telles choses, mon cœur avait fait d’énorme bon entre mes côtés, et depuis, je fuyais ardemment tous les médecins. Si bien que lorsque les visites médicales s’effectuaient à l’orphelinat, je m’arrangeais toujours pour les éviter, par tous les moyens possibles. J’avais eu peur, tellement peur, qu’ils touchent ma peau, qu’ils prennent ma température, si élevé qu’un être humain normal serait mort. J’avais peur qu’ils voient ma force extrême et mes sens ultradéveloppés. Voilà pourquoi, suppliant Hannah du regard, je refusais d’aller à l’infirmerie. Je savais bien que l’infirmière était une sorcière, et qu’elle connaissait probablement les symptômes de la lycanthropie, mais je n’osais simplement pas. Je voulais garder ce secret, car trop de personnes, déjà, y étaient mêlées.

-Non, c’est bon. Mais je pense que je peux arriver à me relever, maintenant.

Je me dégageai doucement de ses bras, lui adressant un petit sourire fatigué, et sortis mes mains prisonnières sous la cape qu’elle m’avait prêtée. Je m’assis avec précaution, mais cela n’était plus nécessaire, car mes muscles avaient retrouvés un semblant de forme, et aucune douleur ne s’annonça. J’en fus soulagé, et avisant l’arbre contre lequel je m’étais effondré quelques minutes plus tôt, je m’y accrochai fermement, et par la force de mes bras, m’arrachait à la gravité. Je fus debout en quelques secondes, et tentai d’ancrer mes pieds convenablement dans le sol. Mes jambes m’ayant abandonnée quelques heures plus tôt, je n’avais pas totalement confiance en elle, et malheureusement, j’étais encore épuisé, je sentais donc que j’aurais besoin d’aide pour traverser tout le parc. Doucement, je posais mon pied droit devant, et lâchai avec précaution l’écorce qui me soutenait. Je tanguai légèrement, mais restai debout. Fier de mon léger progrès, je tentai un deuxième pas. A ma plus grande surprise, mon corps tint bon, et je tournai ma tête vers Hannah, comme un enfant qui serait fier de ses prouesses. Sauf que cela me fit perdre l’équilibre, et le peu de force qui m’étaient restées s’envolèrent brutalement. Je vacillai, et m’apprêtai à tomber, quand une présence chaude se glissa sous mon bras gauche, et me soutins vaillamment. Je m’appuyai sur Hannah, reconnaissant, afin de reprendre pied et me remettre debout. Je passai ensuite ma main autour de son cou, afin que notre marche à deux soit plus facile, et m’efforçai de mettre un pied devant l’autre sans trop l’écraser de mon poids, qui devait tout de même être conséquent. Je souris légèrement, gêné d’être dans une telle position, normalement, c’était aux garçons de protéger les filles, mais nous semblions échapper à cette règle. Je lui soufflais tout de même courageusement le mot qui trottait dans mon esprit depuis quelques minutes.

-Merci.

Merci de rester, merci de me soutenir, merci d’être à mes côtés alors que je suis un monstre, merci d’être toi, simplement. Merci.

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Hannah Blueberry
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MessageSujet: Re: So what if you can see the darkest side of me? [H.] ~Terminé   Sam 9 Fév - 18:38


    Il ne semblait pas comprendre totalement la portée de mes paroles. Il ne semblait pas comprendre que quand je disais « je reste », j'allais rester, quitte à poireauter dans la forêt toute la journée, à me faire manger par des insectes, à mourir de froid, et que j'étais capable de tout ce qui m'effrayait quelques minutes auparavant. Parce que j'étais capable de tout pour Cahyl. Il me donnait la force qu'il n'avait pas, en cet instant ; et même quand il en avait, je sentais qu'elle influait positivement sur moi. Il n'y avait qu'en sa présence que je parvenais à contrôler mon énergie excessive, ma folie et mon imagination débordante ; il n'y avait qu'avec lui que j'arrivais à parler calmement parce qu'il m'apaisait dès qu'il ouvrait la bouche ; il n'y avait qu'avec lui que je me sentais dotée d'une force surhumaine. Plus il était faible et plus j'étais forte, parce qu'il fallait que je compense sa faiblesse. J'ignorais comment ce processus s'était créé, pourquoi les choses étaient comme ça, mais c'était ainsi que je les ressentais, depuis le début. Je n'avais pas le droit d'avoir peur, ni de paniquer, ni de fuir : j'affrontais, pour lui. Il n'y avait aussi qu'avec lui que j'avais parfois conscience de ma débilité, parce que lui était plus... intelligent. Si il y avait quelque chose de sombre en lui qui me déplaisait, parce que je voulais changer son obscurité en lumière, il avait aussi une profondeur qui transparaissait dans son regard quand il m'autorisait à y entrer et qui me fascinait. Je me sentais son contraire, en ces moments de lucidité, et je me demandais pourquoi il était accepter de rester à mes côtés, parce que nous étions si différents, et que si je m'étais accrochée à lui et que j'avais besoin de sa présence, lui n'avait pas besoin de moi. Il n'avait jamais eu besoin de personne. Est-ce que c'était égoïste, est-ce que c'était mal, d'avoir souhaité pendant si longtemps qu'il regrette mon absence et qu'il ait besoin de la pauvre folle assumée que j'étais ? Je voulais qu'il aille bien, et j'avais lu que la meilleure manière d'aimer une personne était d'accepter de s'en éloigner si cela la rendait plus heureuse. Mais je ne voulais pas m'éloigner de Cahyl. Je voulais qu'il m'accepte. Peut-être que je l'aimais mal. Je n'avais jusqu'alors jamais pensé à la possibilité qu'il y ait de bonnes ou de mauvaises manières d'aimer ; je savais juste quand j'aimais et quand je tenais à quelqu'un, et je ne me tarabiscotais pas l'esprit en me demandait quelle sorte d'amour c'était, est-ce qu'il était bien, ou est-ce qu'il était mal. L'unique chose qui m'avait toujours importée était celle-ci : ne pas m'imposer et ne pas déranger. Je détestais causer des problèmes, et je détestais encore plus en être moi-même la cause. Si j'avais si longtemps insisté avec Cahyl, c'est parce que j'avais pressenti que je n'étais pas directement la cause du problème ; mais j'avais fini par me résigner à cette explication car même après des mois, aucune autre possibilité ne m'était venue à l'esprit.

    Mais ce n'était pas moi. Ça n'avait jamais été moi. Et cette pensée me rendait heureuse, démesurément et étrangement heureuse ; je pouvais rester, je pouvais l'aider, et si il s'évertuait encore à refuser, c'était simplement parce qu'il souhaitait me protéger. De lui. Et si il croyait que j'allais gober ça, que j'allais dire oui et partir gentiment, il se fourrait le doigt dans l'oeil ! Il connaissait mon entêtement mais je connaissais aussi le sien, et parce qu'en ce moment il était faible j'étais forte, forte pour nous deux, et quand il me lança un « Tu es sûre? », je le gratifiais d'un sourire contenu et d'un regard qui lui disait « si tu protestes encore une fois de plus je te fais manger la mousse de chacun des arbres de la forêt interdite », et je continuais, espérant parvenir à le convaincre. Même si aujourd'hui, il n'avait plus le choix. Je me promettais que c'était le seul moment où je m'imposais plus que jamais, parce qu'il était trop fatigué à cause de la nuit passée qui l'avait vidé et de sa force physique et de sa force mentale. Je savais que ce que je faisais était la bonne chose à faire ; j'en étais plus convaincue que jamais et ma force augmentait au fur et à mesure que mon regard s'accrochait encore lui, ne réalisant pas encore qu'il soit là, à la portée de mes mains, alors que j'avais cauchemardé pendant des heures froides et obscures que je le perdais pour toujours. Matthew avait eu tort de me pousser à l'oublier : je ne pouvais pas. Et j'étais contente de ne pas l'avoir fait, d'avoir eu la folie de le suivre dans ce couloir, hier soir (mais j'avais l'impression que ça faisait une semaine), parce que la vérité était enfin entre mes mains. Et mon envie d'être pour là s'était multipliée par des milliards de millions de centaines de milliers.

    Alors quand je disais que je restais, je restais pour de bon. Et je ne lui disais pas, pas encore, que je resterais toutes les fois où le mot « Dégage » franchirait encore le seuil de ses lèvres, où ses traits et ses poings se crisperaient sous l'effet de la colère, où il s'enfuirait précipitamment, l'accord était tout fait dans ma tête. C'était Cahyl que j'aimais – de quelle manière et à quel point, je ne pouvais pas juger, et je ne cherchais pas à m'emmêler les neurones avec ces questions de prout-prout parce que je me fichais de tout et qu'être simplement là pour lui était la seule chose que je recherchais – et pas son penchant poilu ; ce n'était pas lui qui criait sur moi, c'était sa partie animale, et parce qu'elle cohabitait avec Cahyl, j'allais moi aussi cohabiter avec elle. Et voilà. C'était comme ça, et c'était tout.

    Il n'était pas encore en état de protester, même si cela advenait dans les jours prochains, j'étais prête à riposter. J'étais trop entrée en lui et lui s'était trop imprégné en moi pour que j'abandonne : je le connaissais maintenant, et la petite chandelle de la fierté s'alluma dans mon esprit que je réalisais que j'étais peut-être la personne qui le connaissait le plus – et puis le visage de l'indienne se matérialisa devant mes yeux et je songeais que... Peut-être que j'étais la deuxième. Mais il me regardait et pour la première fois il me regardait comme ça, comme il le faisait là, et quand il me regardait comme ça, assis sur le sol en tanguant un peu, drapé de ma robe noire de sorcière, l'indienne fût relégué dans mon esprit au même niveau que les produits ménagers magiques qui nettoient les cuvettes de toilettes en trois secondes. Un éclair de panique passa dans son regard quand je lui proposais d'aller à l'infirmerie, comme si je lui avais ordonné de révéler à la terre entier sa face cachée ; je regrettais immédiatement d'avoir émis une idée aussi idiote, mais je ne savais pas le soigner, et il en avait besoin, ses mains, le sang, et...

    - Non, c’est bon. Mais je pense que je peux arriver à me relever, maintenant.

    - Hummm, marmonnais-je, peu convaincue, alors qu'il se dégageait de mon emprise. Mais je ne voulais pas m'imposer, même si je considérais son idée comme la pire du millénaire, parce que je le voyais encore un peu trembler, et je voyais son teint encore trop pâle, et son équilibre encore trop fragile. Mais je me reculais, respectant son choix, et me mis la première sur mes deux jambes qui commencèrent à fourmiller dès que je fus debout. D'être restée accroupie m'avait donné des courbatures ; mais mon attention entière était portée sur Cahyl qui tâtait le terrain et s'élançait comme lors de ses premiers pas. Je voulais dire quelque chose d'aussi débile que « Je te parie dix patacitrouilles que tu as besoin de mon aide pour te relever », mais il avait réussi à se mettre debout et la douce chaleur qui se diffusa dans mon cœur à cette vision rassurante m'empêcha de parler. Et puis, il fallait mieux que je me taise, car peut-être qu'il avait sa fierté aussi, il voulait se débrouiller tout seul, un peu comme Matthew – ah les garçons, les garçons, mais les garçons ! Il tourna sa tête vers moi pour afficher un sourire timide mais triomphant, et mes lèvres commencèrent à se soulever aussi quand ce mouvement le fit vaciller – je me sentis filer comme une fusée, quittant ma place pour me précipiter à sa gauche et le supporter avant qu'il ne tombe par terre. Il plaça de lui-même une main autour de mon cou, et j'attrapais ses doigts de ma main pour la maintenir en position, tandis que mon bras droit vint entourer son dos pour le soutenir.

    Et c'est ainsi que le couple de petits vieux défraîchis, sales et cassés que nous étions alors entama sa lente marche pour traverser le parc et rejoindre le château. Je le sentais un peu plus distant que tout à l'heure, un peu plus gêné de notre proximité et sans doute aussi de la situation. Cahyl avait donc la même fierté que tous les autres : dès qu'une fille prend la place de sauveuse, le monde s'écroule. Je maintenais fortement son maintien pour lui prouver qu'il n'y avait pas de hiérarchie. Oui, j'étais sa sauveuse. Et alors ?

    - Merci, l'entendis-je dire.

    Un grand sourire se forma sur mes lèvres tandis que nous progressions, lentement mais sûrement. Je pressais les doigts de sa main placée autour de mon cou avant de nouer les miens aux siens pour toute réponse – il n'avait pas le droit de m'émouvoir comme ça par surprise et c'était la deuxième fois, comment j'allais faire pour continuer à le noyer sous mes bavardages si il me privait de ma voix ?

    - En route Simone, on a un petit-déjeuner qui nous attend ! Et une douche, aussi. Oh, et au fait, c'est jour de congé aujourd'hui, pas le choix, dis-je énergiquement pour lui donner un peu de ma force – le chemin allait être difficile, même si je sentais qu'il était un peu plus stable que tout à l'heure. La force qui avait quitté son corps meurtri avait trouvé son refuge dans le mien : je me sentais prête à escalader des montagnes, à braver des tempêtes enneigées, des sombres nuits d'hiver ; je me sentais capable de tout, tant que Cahyl était là.


    - TERMINE-

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» SSSHH «
...And right now, the sun is trying to hug the moon.


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