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~ Deep water. [PV P.]

 
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 ~ Deep water. [PV P.]

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Ruby Standiford-Wayland
Apprentie à Sainte Mangouste



Féminin
Nombre de messages : 2176
Localisation : Cachée.
Date d'inscription : 03/09/2011

Feuille de personnage
Particularités: « and from the rain comes a river running wild that will create an empire for you. »
Ami(e)s: Lizlor; « Maybe home is nothing but two arms holding you tight when you’re at your worst. »
Âme soeur: « Lover, when you don't lay with me I'm a huntress for a husband lost at sea. »

MessageSujet: ~ Deep water. [PV P.]   Lun 21 Jan - 23:19



"You wake up to realize your only friend
Has never been yourself or anybody who cared in the end
That's when suddenly everything fades or falls away
'Cause the chains which once held us are only the chains which we've made
When you're standing in deep water
And you're bailing yourself out with a straw
And when you're drowning in deep water

[...]

We've compromised our pride
And sacrificed out health
We have to demand more
Not of each other
But more from ourselves."



La douleur était devenue banale. Elle n’était jamais physique, et c’était sûrement le plus dur à supporter. J’étais enfermée, à l’intérieur, dans un corps qui me paraissait trop étriqué et serré pour tenir autant de choses qui grondaient. Ces choses-là, insondables, ineffables, qui flottaient un peu partout dès que je me concentrais trop longtemps sur la tempête à l’intérieur. Elles n’étaient qu’à l’intérieur je le savais, même si parfois j’avais l’impression qu’elles explosaient et se projetaient un peu partout autour –c’était impossible, ce n’était que moi le problème. Pourtant, je devais bien avouer que la douleur suintait de moi, qu’il m’était désormais impossible de la retenir devant quiconque. Pourquoi s’accroissait-elle de jour en jour ? Pourquoi est-ce que je n’arrivais pas à mettre un doigt dessus ? C’était d’une telle étrangeté. J’avais l’impression d’étouffée. Mais surtout, de me laisser étouffer. J’étais sous la vague, je me laissais transportée, je n’avais aucune force pour me relever. Je ne trouvais de force nulle part, malgré de vains essais. J’avais de quoi me réjouir… J’avais… Je ne sentais que le vide putain, j’avais beau tenter de positiver, je n’y arrivais pas. J’étais tellement lasse, de tout ce que j’avais accumulé depuis tant d’années. Tout ce que j’avais gardé depuis trop longtemps, que je laissais s’échapper, comme si j’avais ouvert la boite de Pandore. Tous les maux se répandaient, ils étaient partout, je n’arrivais pas à m’en défaire et je me demandais même comment j’avais pu tenir tout ce temps. Et surtout, comment est-ce que j’allais m’en sortir ?

Nous étions en janvier, les cours avaient repris depuis deux bonnes semaines et surtout, j’étais rentrée d’Italie il y a quelques jours. Comme pour les dernières vacances, toute échappatoire de Poudlard me redonnait une bouffée d’air mais dès que je revenais, c’était l’effet boomerang, et c’était encore pire. J’étais extrêmement reconnaissante envers Annalisa qui m’avait aidé et m’avait redonné sa confiance après que je l’ai lamentablement trahi durant le bal en hurlant qu’elle était ma sœur –rumeur qui faisait désormais le tour de Poudlard. Mais encore une fois, le retour m’était insupportable, je commençais à réellement me sentir mal entre les murs austères du château. J’avais quelques échappatoires à Pré-au-Lard, mais je n’arrivais pas à m’accrocher à quoi que ce soit. Je laissais les cours me passer par-dessus la tête, je prenais et accumulais du retard sans pour autant réussir à me débattre. C’était comme si me noyer sous cette masse de choses m’était agréable ou plutôt, comme si j’y étais résignée. Je n’avais plus aucune force, voilà mon problème. J’avais laissé les pensées me gagner, gagner sur mon corps, et je les laissais m’atteindre. Me brouiller l’esprit. Me faire pleurer. Je m’abandonnais toute entière à mon abandon, voilà ce que je faisais. Pourquoi est-ce que j’étais dans cet état ? J’avais tellement peur de me poser cette question, car les réponses étaient bien plus nombreuses et terrifiantes que je voulais bien l’admettre.

Je fermai la porte des toilettes, m’asseyant sur la cuvette repliée. J’entendais Liz qui discutait avec des filles, et je remerciais le ciel qu’elle soit donc occupée –et qu’il y ait du bruit. Le plus discrètement possible, je posai mon sac sur mes genoux et en ouvrit la poche intérieur. Je retins ma respiration, vérifiant que Lizlor riait toujours, et sortis rapidement la petite flasque argentée. Dès que je l’ouvris, une douce odeur attrapa mon attention et j’eus un petit sourire pour moi-même. Ça allait être bon, j’allais tenir la journée. Je portais le liquide à mes lèvres et le laissai les franchir pour se glisser dans ma gorge et bientôt dans mon sang. Derrière la porte, j’entendis ma Gryffondor se plaindre du temps que je mettais, et je refermais très vite la flasque, et tirai la chasse avant de ressortir comme si de rien n’était en la taquinant en retour. Ma montre m’indiquait presque 14h, et je poussai un soupir, déjà usée par notre prochain cours de botanique. Je n’avais jamais vraiment aimé cette matière, parce que les serres étaient trop sales à mon goût, mais mon amour des potions avaient contrebalancés la chose –la plupart des ingrédients touchait aux plantes. Mais en ce moment, aucun cours, ni même les potions, ne me donnait envie de manière générale. Je me contentais de me réjouir du fait qu’aujourd’hui nos cours finissaient à 16h exceptionnellement car les profs avaient une réunion –du coup, pas de SACM ! Fallait bien fêter ça et ce que je faisais depuis ce matin à chaque intercours avec mon petit Whisky.

J’avais bu assez. J’adorais cette constatation. J’adorais quand j’étais assise là, et que petit à petit, je me sentais sourire sur mon tabouret. Mes mouvements se faisaient plus flous et à vrai dire, je ne touchais plus vraiment à notre lotus du Tibet, c’était Liz qui s’occupait de tout ça. Je commençais à avoir la vision qui se brouillait aussi, et ça me faisait presque rire. Je voyais ma Gryffondor me lancer quelques regards intrigués, et me contentais de lui sourire pour toute réponse avant de m’affaler un peu plus sur la table. J’entendais la voix de Sawyer au loin, puis des bruits de pas, comme s’il s’approchait, et je me redressai sur ma chaise avant de me pencher sur notre plante comme si de rien n’était –mais ça flottait, waouh. La sonnerie finit par retentir, j’avais perdu toute notion du temps, mais les cours étaient finis et j’étais libre ! Ouuui ! Je me relevais brusquement, sautant de mon tabouret, manquai de tomber et éclatai de rire. J’attrapai joyeusement mon sac et fit un énorme bisou sur la joue de Lizlor avant de partir en sautillant jusqu’à ma salle commune, oubliant même de l’attendre –oh elle devait voir Stephen, non ? Oh, tant mieux pour elle ! Elle était heureuse ! Moi aussi ! Oh, super ! J’allais retrouver mon lit tout chaud ! Youpi !

Je marchais avec toujours autant d’entrain jusqu’à ma tour, manquant de tomber plusieurs fois dans les escaliers, bousculant quelques personnes tout en chantonnant. J’étais euphorique, et c’était parfaitement ce qu’il me fallait. Je m’arrêtais même un instant aux toilettes une nouvelle fois pour boire une petite gorgée, ou deux, ou trois, avant de ressortir, mon esprit embrumé qui guidait mes pas de plus en plus hasardeux. Je réussis cependant à monter les escaliers et la chance fût avec moi lorsque je croisais un grand groupe de Serdaigles qui répondirent à la question de l’aigle –je n’étais pas en état de réfléchir ! Toujours aussi euphorique, je montai jusqu’à mon dortoir dont je poussai la porte avant de trébucher et de me rattraper à la poigné dans un petit cri amusé. Waouuuuh, perte d’équilibre ! Je relevai la tête, réalisait soudain que je n’étais pas seule. Assise sur son lit, je reconnus le visage, même dans le vague de mon regard, de Prudence. Ma petite Prudence !


- Pruuuuudence ! Lançai-je joyeusement.

Je m’avançais jusqu’à mon lit avant de m’écrouler littéralement dessus, ma tête bourdonnant sous les effluves de l’alcool. Je me repliai en boule, continuant à sourire stupidement à Prudence sans vraiment la voir. Je ne lui avais pas vraiment parlé depuis ma rupture avec Hadrian d’ailleurs. C’est sûr qu’elle ne l’avait pas trop comprise, car je ne lui avais jamais vraiment parlé de mes problèmes avec lui –ou en général même. Et depuis ma descente aux… Bon, peut-être pas enfer, mais étrange lieu où tout était sombre, je l’avais plus ou moins évitée. Comme j’avais évitée tout le monde. Sauf mon whisky. Oh, et Lizlor aussi ! Bien sûr, comment pouvais-je l’éviter hein ! Oh, je l’aimais très fort, j’avais envie de la prendre dans mes bras tout à coup. Mais elle était dans les bras de quelqu’un d’autre et moi, j’étais toute seule. Oh, j’avais bien la chaleur de ma couverture. Mais, ce n’était pas ma faute ! Je ne voulais embêter personne ! Ou personne ne méritait que je l’embête. Je ne savais plus trop… Je n’arrivais plus à réfléchir, ça tournait trop…

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Even Closer | Forever Young | So Cold | If Stars



« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Prudence C. Hodgkin
Élève de 5ème année



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Localisation : Là où ca brille !
Date d'inscription : 04/07/2011

Feuille de personnage
Particularités: Précisément celles que je ne dirais pas.
Ami(e)s: Tout ce qui brille et qui coûte cher ! Il faut savoir se montrer sensible aux belles choses... ! Mais Elleira et Brook aussi ! :)
Âme soeur: Je suis une Princesse Charmante qui attend désespérément son Prince Charmant... (avec un bon porte-monnaie si possible !)

MessageSujet: Re: ~ Deep water. [PV P.]   Dim 27 Jan - 17:04

Ce qui semble périr se change seulement.



    Je ressentais toujours une certaine fierté lorsque j’apposais le point final sur ma feuille de parchemin lorsque j’arrivais au bout d’un devoir soigneusement organisé. Un geste net de la plume et sans bavure parce que le papier choisi était d’assez bonne qualité pour que l’encore ne s’étale pas à cause d’un vilain tissage qu’on pouvait parfois trouver dans les boutiques bon marché. Pourtant la qualité d’un travail s’organisait autour de nombreux points essentiels que beaucoup négligeaient au profit du contenue. Evidemment celui-ci était le plus important, mais une présentation agréable à lire, avec une écriture souple et sans faute, c’était le détail qui vous donnait un petit point en plus, petit remerciement du professeur pour l’effort fourni. J’aimais les lettres rondes ainsi qu’une mise en page aérée, et pour en arriver à un résultat convenable, il fallait également passer par l’emploi des bons outils et je faisais en sorte de n’avoir que le meilleur : c’était souvent le résultat d’un combat acharné contre maman qui était-elle, incapable de faire la différence entre les différentes plume parce qu’au-delà de l’élégance, les plus chers étaient plus légères donc plus maniables ; en résultait une écriture plus fine. Lorsqu’elle ne cédait pas, j’avais toujours ma porte de sortie, Brooke, qui m’emmenait alors sur le Chemin de Traverse pour que nous puissions faire l’achat de mes fournitures scolaires ensemble. Peut-être que le papier de riz, tout droit importé des pays asiatique coûtait le triple que le parchemin qu’on trouvait dans chaque magasin, mais l’encre glissait dessus avec une facilité déconcertante ! Je prenais soin de mes affaires, et si le prix y était, la solidité et la valeur aussi, donc les gallions se trouvaient rapidement amortis de toute façon puisque depuis la première année, certaines de mes affaires n’avait pas pris une égratignure !

    « Alimentation et mode de vie des Dragons dans leur habitat naturel ». Bien sûr tout ceci n’était que purement théorique parce que nous n’avions pas été confrontés à de vrais dragons durant le cours s de Soins aux créatures magiques ! Je préférais quand cette matière prenait cette tournure parce qu’à part Nawal, qui elle était trop mignonne, les animaux tels que les Scroutts à Pétards n’étaient pas mon pêché mignon. Cela ne nous avaient pas empêché, Brook et moi d’évoquer le sujet ensemble et il m’avait raconté plein d’histoires sur les dragons ; et j’avais cru comprendre que lui rêvait d’en rencontrer un au moins une fois dans sa vie, mais je n’avais pas insisté. J’étais contente de mon devoir que je trouvais complet mais concis car une taille maximum nous avait été imposée. Après une relecture attentive où de la baguette, j’effaçai quelques fautes d’inattention indésirables, je rangeai tout ce dont j’avais eu besoin pour travailler, en me demandant si j’allais plutôt lire quelques pages de Milles herbes et champignons magiques parce qu’il y avait un chapitre qui m’intéressait tout particulièrement, ou alors me plonger dans le roman moldu que Brooke (avec un –e oui, je parlais de ma sœur !) m’avait offert…

    Il y eu un grand bruit dehors, qui me fit sursauter et comme je tenais un gros manoir dans les mains à ce moment-là en vue de le déplacer pour attraper ce que je désirais, sa trajectoire choisie de retomber précisément à l’emplacement où se trouvait le gros orteil de mon pied, et je lâchai une exclamation mécontente et douloureuse. Pour ne rien arranger à ma mauvaise humeur déjà montante, un rire s’éleva de l’extérieur, devenant tout à coup plus fort parce que sa propriétaire venait de pénétrer dans la pièce. J’eus un soupir fort et agacée pour bien marquer mon mécontentement, sans prendre la peine de me retourner parce que je savais très bien qu’il s’agissait de Ruby avec qui mes rapports se dégradaient progressivement… Mais apparemment, j’étais la seule à m’en être rendue compte. Le livre, comme le fait que Ruby soit la cause de sa chute sur mon pied n’arrangea rien et je me contentais de marmonner pendant que je m’installai sur mon lit, bien décidée à l’ignorer parce que je détestais lorsqu’elle avait ce comportement extravagant qui… ne lui ressemblait pas.

    Ce n’était pas qu’elle soit pleine de vie qui me dérangeait ; j’avais toujours aimé rentrer dans des discussions endiablées avec elle, mais je n’avais même pas besoin de lever un œil de mon roman pour remarquer à l’aide de ma vision périphérique qu’elle était toujours accrochée à la poignée de la porte du dortoir comme si le sol allait se dérober sous ses pieds à tout instant et même si nous ne passions pas toutes nos journées ensemble, encore plus maintenant parce que par la forces des choses, nous nous étions éloignées, ce n’était pas la première que je la voyais avec cette démarche peu sûre et ce sourire béat, en apparence heureux mais qui différait tant de celui que j’avais connu lorsqu’elle éclatait de rire parce qu’elle avait entendu quelque chose de drôle. Mes doutes n’avaient pas tardé à être confirmés lorsqu’un soir j’avais dû descendre dans la salle commune pour aller chercher Nawal qui s’était échappée une fois de plus et que je l’avais croisé, le parfum qui la caractérisait tant marqué par celui d’une odeur que je ne connaissais pas très bien, mais qui sortait de sa bouche et comme j’avais identifié comme n’étant pas de l’eau. Cette nuit-là, elle n’avait pas fait attention à moi et si au départ, j’avais été vexée, en y réfléchissant plus ça allait, plus je me disais que ce n’était pas qu’elle avait fait semblant de ne pas me voir… Mais qu’elle ne m’avait pas vue.

    Malgré tout cela, et malgré nos rapports de plus en plus distants sans qu’elle ne cherche le contact et moi non plus, s’en tenant à des bonjours le matin et quelques sourires polis, j’avais tenue à laisser la place au bénéfice du doute parce que Ruby était mon amie et même s’il y avait eu un éloignement, ce n’était pas une barrière à ce statut : j’avais dû mal voir, mal sentir, ou alors me faire des idées parce que j’étais un peu énervée contre elle et que toutes ces hypothèses ne tenaient pas debout. Sauf qu’avec cette entrée
    fracassante, c’était ces mêmes suppositions qui se solidifiaient, tandis que Ruby, elle, s’écroulait…

    - Pruuuuudence !

    Les yeux obstinément rivés sur le livre dont je parcourais les lignes sans vraiment les voir parce que je lisais sans comprendre, je pinçai les lèvres un peu plus qu’à l’accoutumé, tout en essayant de me raisonner, de faire comme si je n’avais rien remarqué et poursuivre l’activité dans laquelle je m’étais lancée. Ça ne me regardait pas. Ça ne me regardait pas puisqu’elle ne voulait pas m’en parler, ça voulait bien dire que je ne comptais pas tant que ça pour elle. Donc je ne voyais pas pourquoi j’aurais dû me comporter différemment que de celui que j’étais en train d’adopter. Nos lits étaient côte à côte, et lorsqu’elle avait parlé en passant devant moi pour se laisser tomber sur son lit, les retours des senteurs fortes de l’alcool (c’était bien de l’alcool ? vu son état, ça ne pouvait être que cela), en plus de sa voix enjouée peut être, mais pâteuse, ce fut le coup de grâce. Je claquai mon livre pour le fermer d’un coup sec avant de le placer bien dans l’angle de ma table de chevet, veillant à ce qu’il ne dépasse pas.

    - Ruby, lâchai-je, d’un ton posé, mais beaucoup plus froid et fermé, pour montrer que je n’allais pas rentrer dans ce petit jeu cette fois ci et d’annoncer tout de suite la couleur.

    Le seul fait de prononcer son prénom ne fit que raviver l’irritation déjà présente et si la patience était l’une des vertus de Serdaigle, j’avais toujours eu beaucoup de mal à accepter une situation lorsqu’elle ne se passait pas comme je le désirais, or, c’était le cas et… je devais rétablir le cap, avant qu’il ne bascule complètement et vu comme il était lourd, je savais que je ne serais pas capable de le relever. Je daignais lui accorder mon attention en me tournant vers elle en m’essayant sur le rebord de mon lit, les deux pieds bien droits, collés côte à côte au sol, observant le spectacle peu glorieux que la préfète me montrait : l’antithèse de ce qu’elle aurait dû représenter normalement.

    Ne dis rien. Tu sais bien que lui dire ce que tu penses ne vas pas lui plaire. Tu ne veux pas te disputer avec Ruby parce que c’est ton amie et que tu tiens à elle. Ce n’est pas ton rôle. Oui, mais celui de qui alors ? - Tu ne voudrais pas me donner le nom de ton nouveau parfum ? Il a une odeur si entêtante ! Qu’est-ce que c’est ? Bièreaubeurre, relevée d’une pointe de Whisky Pur Feu ? Je pris les deux noms de boissons qui me venaient à l’esprit sans même savoir si c’était ce qu’elle consommait ou pas. Mais qu’elle avait l’air de tanguer, même sur son matelas, peut être qu’elle carburait aux deux… Tout le monde va avoir envie de se mettre à côté de toi en classe maintenant, ironisai-je parce que c’était surtout l’effet inverse qui allait se produire parce que c’était détestable. Et les professeurs vont apprécier eux aussi, c’est sûr.

    Depuis quand est-ce que Ruby tenait à avoir des ennuis ?? Je ne pouvais pas la laisser faire ! Toutefois, les mots prononcés, au lieu de me soulager eurent l’effet du petit couteau que j’utilisais dans la confection des potions : tranchants et précis, parce qu’à présent, je ne pouvais plus revenir en arrière pour les ravaler…

    - Par contre, moi, il me dérange. Alors tu vas devoir opter pour un autre, exigeai-je et s’il s’apparentait plutôt à un ordre parce qu’elle n’avait pas m’imposer à moi comme aux autres filles du dortoir les senteurs aigres de l’alcool et que nous avions notre mot à dire comme nous vivions en communauté, au fond, c’était surtout pour elle parce que la voir comme ça remplissait mon cœur et d’amertume, et de tristesse.


_________________


On a tous besoin de croire que quelque chose existe au delà de la banalité du quotidien.
Être capable de se transformer en quelque chose de mieux, même si personne ne croit en vous.




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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ Deep water. [PV P.]   Sam 2 Fév - 23:49

Il me semblait que les baldaquins de mon lit s’étaient lancés dans un ballet artistique ; tout était si flou, argenté et bleu se mélangeant joyeusement au milieu de paillettes de lumière qui s’accumulaient dans mes yeux papillonnant de l’ivresse qui se diffusait dans mes veines. J’avais l’impression que mon lit n’en était plus un, c’était une bateau qui tanguait au rythme de mes propres battements de cœur. Désordonnés, suivant une mélodie qui émanait de ma propre personne, comme un orchestre lointain que je ne dirigeais plus vraiment –surtout après quelques gorgées de whisky. Un bateau, ou peut-être un nuage car je flottais littéralement avec mon sourire béat. C’était dans ces moments-là qu’il me semblait automatique, il n’impliquait plus rien. Ce n’était pas un mensonge, un masque, il venait tout seul et s’accrochait à mes lèvres sans que je le contrôle. Ça me donnait la douce illusion qu’au fond peut-être j’étais encore heureuse, car je pouvais sourire de moi-même ce qui me prouvait, pensais-je, qu’il y avait quelque chose en moi qui le voulait et que je devais écouter cette part de moi. Elle n’était dans la lumière que lorsque je buvais, et je voulais tant croire qu’elle était cette Ruby que je n’osais afficher, mais je savais que réellement ce n’était pas ça le problème. J’étais triste mais la part de moi qui avait été joyeuse existait toujours, et les deux cohabitaient sans savoir comment vivre ensemble. Je nageais entre les extrêmes, incapable de savoir concilier les deux. Je n’arrivais pas à trouver du bon lorsque je me sentais mal, alors je me forçais à être bien en buvant beaucoup et par conséquence, ne pas penser à ce que n’allait mal. Est-ce qu’un jour j’allais réussir à sourire tout en sachant pertinemment qu’une part de moi était triste, et le serait peut-être toujours, sans que ce sourire soit faux ? Je n’en savais rien.

Et j’avais tellement honte de moi, constamment. Honte de ne pas pouvoir m’occuper de mes problèmes comme le ferait une personne normale. Honte de voir de l’inquiétude dans les yeux de ma meilleure amie qui faisait pourtant tout pour que j’aille mieux. Elle m’apportait tant, j’aurais voulu lui dire à Lizlor que son aide me sauvait d’une attitude bien pire, mais comment lui montrer ? Comment lui expliquer que malgré tout, je me détruisais car je n’étais bonne qu’à ça et que je ne voulais pas qu’elle se sente impuissante face à ça ? Je voulais réellement, réellement que son amour et son soutien soit suffisant. Mais j’avais fini par comprendre que ce n’était pas de l’amour extérieur dont j’avais besoin, mais un qui viendrait de moi car finalement ce qui m’avait détruit le plus depuis le début, mon pire ennemi, ce n’était que moi. Cette vision que j’avais de ma propre personne, ce dégoût, je ne l’avais pas construite seule mais je l’avais alimenté constamment. Toutes les bonnes choses désormais, non seulement se faisaient plus rares, mais elles roulaient aussi sur moi et j’en devenais complétement hermétique. Peu importe ce qui venait de l’extérieure, bien que cela n’aide en rien, la plus grande bataille se déroulait définitivement en moi. J’aurais tellement voulu que tout ce que me donnait Lizlor suffise à panser les plaies, qu’elle réussisse à me faire aller mieux, ce qu’elle faisait d’une certaine manière et plus qu’elle ne le croyait, mais qu’elle ne souffre pas de me voir ainsi. Ça ne me faisait que me détester un peu plus.


- Ruby.

Wow, pourquoi était-elle si sévère tout à coup ? Hum, ça ressemblait bien à Prudence après tout. C’était aussi pour ça que je l’aimais tellement, je l’avais toujours adoré et plus qu’elle ne le croyait. Maintenant que je me sentais ivre, j’avais envie de lui dire qu’elle m’avait toujours fais rire avec ses petits tics qui me rappelaient les miens, ses conseils infinis sur la mode et les garçons, et sa manière si gracieuse de toujours agir. Pourquoi alors ce ton si sec ? On était amies pas vrai ? Si seulement elle pouvait un peu penser à cet été qu’on avait eu ensemble ! Je l’avais traîné dans tout Londres, et cette semaine en sa compagnie m’avait paru un peu hors du temps, tout comme celle que je passais hors de Poudlard avec des personnes qui m’étaient chères comme Lizlor ou Hadrian même si désormais ce n’était plus possible avec lui. Prudence était une petite sœur pour moi finalement, et même si dernièrement je n’avais pas été là pour elle comme je l’aurais dû, ça n’empêchait pas que je l’appréciais. Je savais qu’en me mettant en retrait, en lui taisant mes problèmes, je n’allais pas aider notre relation mais que pouvais-je lui dire ? Je ne pouvais rien dire à personne, voilà le problème. Je n’osais même pas dire à Liz que je buvais trop… Parce que, je l’avais compris depuis l’Italie, c’était le cas non ? Mais… Ce n’était pas grave après tout.

- Tu ne voudrais pas me donner le nom de ton nouveau parfum ? Il a une odeur si entêtante ! Qu’est-ce que c’est ? Bièreaubeurre, relevée d’une pointe de Whisky Pur Feu ? Tout le monde va avoir envie de se mettre à côté de toi en classe maintenant. Et les professeurs vont apprécier eux aussi, c’est sûr.



Je m’étais relevée en fixant Prudence, avec de grands yeux étonnés en tentant d’analyser ce qu’elle venait de dire. Pardon ? PARDON ?

Elle avait senti l’alcool déjà. Oh, je ne pouvais pas vraiment nier qu’elle était plus perspicace que toutes les Serdaigles de son niveau malgré son innocence dans certains domaines. Mais je connaissais Prudence, oh je la connaissais très bien, et ce n’était pas son genre de critiquer ses amies sans raison –maintenant je me demandais si je l’étais, son amie, parce qu’elle ne m’avait jamais parlé ainsi. Il était vrai qu’elle faisait souvent la morale, mais j’étais dans le même genre aussi et ça nous avait toujours aidé toutes les deux de pouvoir avoir des conseils francs de la part de chacune de nous. Mais jamais elle s’était adressée à moi avec un tel ton, provocateur presque mais surtout méchant. Je lui connaissais certes, mais elle ne me l’avait jamais réservé et surtout je n’avais jamais pensé le mériter. Et pourquoi parlait-elle de l’alcool hein ? Je… Elle devinait donc que je buvais ? Pas question de l’admettre et surtout devant elle. Elle ne savait rien, rien du tout, et ses mots me blessaient réellement car si je ne cherchais pas auprès d’elle un soutient que j’aurais sûrement rejeté par peur, je ne m’attendais pas à ce genre de réaction.


- Par contre, moi, il me dérange. Alors tu vas devoir opter pour un autre.

Il me semblait que tout l’alcool que j’avais bu redescendait brutalement en moi. Je ne comprenais simplement pas ce qui était en train de se passer, je me sentais soudainement prise au piège par la voix froide de Prudence qui me jugeait. Comment… Comment pouvait-elle me faire ça elle aussi ? Je savais que je n’avais pas été la meilleure des amies qui soit dernièrement, mais ne pouvait-elle pas comprendre ? Oui, voilà ce qui me blessait en cet instant, ce regard que posait mon amie sur moi, comme si je n’étais qu’une… Qu’une fille qui buvait trop. Comme ma mère. Je sentais un goût acre, amer monter dans ma gorge, je ne savais pas si c’était les larmes ou le whisky –probablement les deux. Mais je ne laissais aucun pleur s’échapper, à vrai dire je me contentais de fixer Prudence en clignant des yeux avec incompréhension. Elle me donnait un ordre. Elle m’ordonnait d’aller mieux, de me reprendre, d’arrêter de boire. Comme si c’était facile, comme si j’avais choisi cette solution et que je pouvais l’abandonner comme ça. Comme si je n’avais pas déjà penser à arrêter aussi, comme si je n’étais pas prisonnière encore une fois de mauvais choix que j’avais fais –non, ce n’était pas mauvais, non !

- Sérieusement, c’est l’odeur qui te dérange ? J’eus un rire un peu froid. Je ne sais pas de quoi tu parles, mais vérifie ton propre parfum. Mentis-je avec le plus de conviction possible. Je ne voulais pas l’attaquer, pas comme je l’avais fait avec Ana. Il fallait que le dialogue cesse, et vite. Me laissant retomber sur mon lit, je me glissais sous ma couette et, me mettant de dos à la jeune fille, j’ajoutai : Laisse tomber Prudence, tu ne sais rien.

Et elle ne voulait vraiment, vraiment pas savoir.


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MessageSujet: Re: ~ Deep water. [PV P.]   Jeu 7 Fév - 17:02



    L’attention portée au détail faisait de moi une grande observatrice : le hasard ne pouvait lutter dans un monde – le mien – où c’était le destin qui régissait chacun de nos faits et gestes comme si nous n’étions que des Pinocchio, petits garçons et petites filles en bois auxquels on donnait vie tout d’abord à travers les fils suspendus au dessus de nos têtes, avant qu’on ne leur donne un peu plus de vies et de libertés par le biais d’une bienveillante fée. Et au bout de multiples péripéties, devenir de vraies petits enfants faits de sangs, de muscles, de chairs et d’os, mais le fondement de toutes choses restaient le même. Un univers sans règles et complètement anarchique comme mélanger un top à froufrous avec une jupe bouffante ne pouvait pas exister ; chaque chose était à sa place et devait le rester et ne bougeait que si une force surnaturelle encore plus puissante que la magie ne lui ordonne, mais ça on ne pouvait pas le savoir, on ne le savait jamais, ou alors pas sur le coup – ce n’était qu’après, en revenant sur le fil inconstant de nos événements de la vie qu’on comprend que tout était prévu depuis le départ et que si nous ne faisions qu’avancer la démarche bien peu assurée, nous avancions quand même, sans jamais tomber. Parce que tel était notre objectif. Maman, ce qu’elle pensait de mes explications exposées longuement comme ici avec des arguments à l’appui ?

    Que j’étais maniaque.

    Comment est-ce qu’on me résumer en un seul mot et aussi… péjorativement ? Si l’on en revenait là aussi à son sens premier, il n’y avait aucune raison pourtant, parce que depuis quand l’organisation était-elle jugée telle un défaut ? Mais dans sa bouche, elle prenait des accents de maladie incurable qui m’assombrissait plus le cerveau qu’il ne rendait mes idées claires par le biais d’un rangement où pas le moindre grain de poussière ne dépasse. J’en venais donc là où je venais en venir : notre maison avait beau être réputée comme étant la plus sage, il n’en allait pas moins qu’il y avait quelques tête brûlées parmi les bleus et bronze, leur sagesse se trouvant autre pas que dans celle d’enfreindre le règlement sans le moindre scrupule (j’avais eu si peu le jour où nous étions sorties chercher avec Ruby Nawal en pleine nuit que depuis, je n’avais plus jamais fait en sorte de renouveler l’expérience !) et des filles plus âgées que moi remontaient dans les étages supérieures de la tour pour rejoindre la chambre qui leur était réservée, en riant trop fort à chaque fois qu’elles se tordaient la cheville dans les escaliers, ce qui arrivait une marche sur deux réveillant la moitié de celles qui n’étaient pas endormie encore, et combien de fois n’avait-on pas entendu une camarade entendre dire à son amie qu’elle avait trop bu et que c’était à cause de ça qu’elle ne marchait plus trop et qu’elle avait la vision totalement déformée où l’apesanteur n’existait plus vraiment. Je ne connaissais la sensation que par le discours des autres, alors, j’imaginais, même si je ne pouvais le ressentir, que par le biais de la pensée. Mais lorsque une d’entre elle, l’année dernière, avait vomi parce qu’elle avait consommé trop d’alcool, je n’avais définitivement pas compris quel plaisir on pouvait bien entrevoir dans une pareille activité.

    Mais c’était pourtant comme ces filles là qu’agissait Ruby en ce moment, ne me donnant nullement l’envie de partager ce moment d’éclats de rire avec elle qui était juste faussée par les artifices qui s’étaient dilués pour mieux se mélanger dans son sang…

    Ca n’avait pas toujours été comme ça pourtant. Ruby faisait partie des amitiés qui se forge dans le métal dès la première rencontre, un peu à l’image qu’avait été la nôtre, et je m’en souvenais avec le sentiment que c’était il n’y avait pas si longtemps que ça, lorsqu’elle chantait cette chanson, en pinçant les cordes de sa guitare, chanson qui contenait mon prénom. Je ne la voyais plus en jouer à présent. Ça avait toujours été simple, parce que c’était cette copine qui même si elle n’avait pas peu de me dire ce qu’elle pensait manie qui parfois m’agaçait lorsque je n’étais pas d’accord avec elle, écoutait toujours mon point de vue sans non plus le négliger, ce qui faisait que ça avait toujours bien marché, à qui je pouvais parler de rien, mais c’était tous ces petits riens qui formaient le tout, et je m’étais toujours dit qu’à partir de ce principe là, ça ne changerait jamais. Ça ne changerait jamais parce que je ne voulais pas que ça change, et j’avais cru pendant très longtemps que de son côté il en allait de même ; pourtant, c’était là que la mutation avait commencé, se mouvant doucement, comme une ombre entre nous deux, rendant toujours le dialogue un peu plus difficile, mais toujours à cause de petites choses, des petites choses sans importance, pourquoi s’arrêter dessus ? Ces petites choses que, sans le savoir, j’avais accumulé dans un coin spécialement réservé pour elles dans un coin de ma tête, que j’avais oublié, mais qui soudain, alors qu’elle était affalée sur son lit, ressortaient, plus flagrantes que jamais, parce qu’elles avaient attendu leur heure pour crier leur vérité au grand jour. Les bonjours de moins en moins enjoué, de moins en moins fréquents et je ne m’en étais pas rendue compte tout de suite, mais c’était comme un accord silencieux et entre nous qui avait été passé entre nous et c’est vrai que de plus en plus souvent, je passais à côté d’elle dans les couloirs, avec mes autres amies, la tête volontairement tournée vers l’une d’entre en faisant exprès de l’ignorer pendant qu’elle faisait de même en parlant avec franchise avec Lizlor Wayland, la fille de la directrice. Que j’avais de plus en plus de réserve à lui livrer mes petits secrets parce qu’elle n’en avait aucun à échanger avec moi – ses sorties, tardives ou non (nous dormions dans le même dortoir, bien sûr que j’avais fini par le voir) auxquelles elle ne me conviait pas – son regard absent lorsque je lui parlais, devant me répéter de plus en plus souvent et en ayant de moins en moins envie – tous ces éléments parmi tant d’autres avaient fini par déclencher une hostilité invisible mais marquée par cette fausse politesse, parce que parfois, il arrivait que la lumière qui avait un jour composé Ruby et l’avait sculpté brillait au soleil, avant de réaliser que qu’elle miroitait seulement, parce que c’était les rayons qui se renvoyaient sur elle et qu’elle n’en était plus l’origine.

    - Sérieusement, c’est l’odeur qui te dérange ?

    Cette civilité qui n’était rien d’autre que façade, une surface en verre impeccablement lisse et sans accrocs.

    Sauf qu’il y avait une petite fissure, une infime fissure ; avec ma première remarque s’était formé un impact. Là, c’était Ruby qui appuyait dessus à l’aide d’un petit clou et d’un marteau, qu’elle enfonçait, qu’elle enfonçait…

    - Je ne sais pas de quoi tu parles, mais vérifie ton propre parfum.

    Elle s’était redressée comme si elle s’apprêtait à bondir, mais non pas pour attaquer mais prendre la fuite au moindre bruit suspect.

    - Laisse tomber Prudence, tu ne sais rien.


    Ce n’était qu’une image mais ses paroles eurent l’effet similaire de la vitre dont il ne restait que les bris sur le sol, mais le craquèlement, la pression des morceaux entre eux et l’explosion qui en résultait était la même et durant tout l’échange je l’avais fixé sans scier une seule fois, probablement trop abasourdie par la mauvaise foi qu’elle pouvait faire preuve, la mauvaise foi de trop, liée au doute que j’avais depuis le début. Je ne voulais pas faire plus de vagues qu’il n’y en avait déjà sur notre radeau de fortune qui le ferait se renverser à la moindre secousse. Elle s’était déjà tournée pour se cacher dans ses couvertures et après son entrée fracassante, je pris cette provocation comme un affront, parce que oui toutes ces apparences n’étaient bonnes qu’à laisser en dessous tout ce que nous nous reprochons depuis plusieurs semaines.

    - Ce n’est pas très difficile de ne rien savoir quand ton interlocutrice te tourne délibérément le dos pour trouver meilleure compagnie parmi les draps, répliquai-je, toujours avec cette sècheresse, parce qu’en vérité ma gorge l’était tout autant.

    Laisser tomber.
    Laisser tomber ?? Mon cœur serait tombé jusqu’à mes pieds et on l’aurait remis en place sans plus de douceur aurait eu même effet. En fait, j’étais plus triste que je ne lui montrais, parce que c’était la colère qui était allée en grandissant lorsqu’elle parlait, chaque mot devenant plus abrutissant, et me rendant surtout impuissante parce que j’étais au cœur de l’incompréhension même et l’incompréhension… C’était plus que tout, c’était comme d’être dans le noir et d’avoir le danger de tomber dans un trou qui n’avait rien à voir avec le terrier d’Alice aux pays des Merveilles, comme si on me pointait du doigt en riant de mon ignorance, et même si elle ne rigolait pas, à sa façon, c’était ce que Ruby était en train de faire. Comment pouvais-je savoir lorsque c’était elle-même qui construisait une cloison entre nous pour rendre nos deux vies bien distinctes où chacun se mêlait de ses affaires ? Elle avait raison, je ne savais rien, et visiblement, elle n’était pas plus encline que ça à me mettre sur la bonne route, comme si elle n’en avait rien à faire finalement. De moi, d’elle, de notre amitié, simplement.

    Alors la seule chose que je pouvais faire – qu’elle me donnait à faire – c’était des critiques à son encontre, parce que la déception de ne pas être dans sa part d’existence, de me laisser de côté, j’en exigeais au moins l’explication puisque toutes les pièces manquantes, il n’y avait qu’elle pour me les donner pour mieux comprendre, et comme elle était bornée à les garder pour elle…

    - Tu mens, lui dis-je alors sans détour, laissant tomber la sentence qui planait au dessus d’elle depuis tout à l’heure. Déjà parce qu’elle l’avait avoué que pas intentionnellement en m’enjoignant à ne pas insister : ce qu’elle aurait dû retenir, c’était que j’avais cette technique similaire lorsque je me disputais avec maman et comme ça arrivait souvent, elle ne pouvait quand même pas espérer croire me berner à ce sujet ! Tu as raison, tu n’as pas besoin de te justifier, je ne suis pas assez grande pour comprendre pas vrai ? Ironisai-je, et ce ne fut qu’en lançant cette remarque cinglante que je vis à quel point elle l’était, avec beaucoup d’amertume aussi. C’était ce que maman me répétait souvent, que je n’étais pas assez grande pour toutes ces histoires de grandes personnes et que sous ce simple prétexte, j’étais une idiote qui le resterait jusqu’à ce qu’elle soit en âge d’obtenir ce droit. C’était une excuse bidon ! Assimiler Ruby à ma mère ne fit qu’amplifier tout ce que je ressentais déjà ; j’avais le bout des doigts tremblants à cause de l’émotion et les avais donc refermés sur le bout de ma jupe, toujours assise, les genoux un peu plus serrés. Tu ne veux sûrement pas non plus t’embarrasser d’une amie comme moi ni perdre ton temps avec elle parce qu’elle n’a pas les mêmes passions ? Qu’elle comprenne ce qu’elle voulait dans passion, mais je parlais toujours de la « délicate » odeur qui embaumait notre mètre carré. Tu pouvais le dire franchement si tu me trouvais ennuyeuse au lieu de faire exprès de ne pas te lever aux mêmes heures pour qu’on ne se croise pas !

    Parce que si je faisais fausse route, ce n’était en tout cas pas l’image qu’elle me renvoyait .Parce que le reflet de ce miroir là n’avait rien d’enchanteur.


_________________


On a tous besoin de croire que quelque chose existe au delà de la banalité du quotidien.
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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ Deep water. [PV P.]   Sam 23 Fév - 13:14

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saying things against one behind one's back that are absolutely and entirely true.”

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Je détestais quand l’alcool faisait soudainement l’effet inverse que je recherchais, lorsqu’il me semblait que lui aussi m’abandonnait alors qu’il était l’une de mes dernières sécurités. Oui, je ne voulais pas que ça redescende et parte dans le mauvais sens et que ça soit la tristesse et l’incompréhension qui remplace l’euphorie. D’une certaine manière pourtant, je ne comprenais jamais grand-chose quand j’avais bu, mais c’était une douce sensation que de se laisser porter par le monde sans réagir ni chercher à diriger. Je haïssais tant ce besoin en moi de toujours tout contrôler, alors qu’au fond je ne buvais que pour lâcher prise –je ne savais pas ce que je voulais, au fond. Peut-être justement, ne plus avoir peur de ne pas savoir ce qu’il me fallait. Je préférais airer dans la masse, cette immense masse qui m’oppressait tous les jours un peu plus. Je ne savais même plus où me situer au milieu des élèves, je me sentais couler et c’était eux qui me regardaient et m’aidaient à coup de rumeurs et de murmures, et pourtant c’était aussi eux qui m’avaient mis en avant en premier lieu –et moi qui m’était laissée faire. Maintenant, qui étais-je pour eux, pour moi ? Parfois j’avais cette horrible impression, qui m’étranglait et m’angoissait, qu’ils me regardaient tous et me jugeaient. Et n’était-ce pas tout ce que j’avais fui depuis le début ? Je ne voulais pas de leur pitié, je ne voulais pas de leur jugement, je ne voulais rien d’eux. Tout ce qu’il me fallait, ce qu’on m’oublie mais pourtant je savais que mes actes ne pouvaient pas être conséquences et surtout pas en ce moment. Je ne pouvais pas attendre qu’ils ferment tous les yeux devant qui je me laissais devenir, mais je ne savais toujours pas ce que j’attendais d’eux…

Peut-être que je n’attendais rien d’eux, mais tout de moi, et que c’était le principal problème. Je ne refusais pas l’aide qu’on me tendait, je ne savais juste pas la prendre car je ne pouvais m’expliquer. Qu’est-ce qui ne va pas ? J’étais tentée de répondre tout, et je m’en voulais d’être aussi fragile. Parfois, je tentais de mettre un doigt sur mon mal-être mais il m’apparaissait si immense, embaumant chaque aspect de ma vie que je reculais, je prenais peur. Voilà, j’avais peur. Peur de ce que je ressentai. Pourtant, je m’étais remise de l’incident, de ce qui avait suivi, en rentrant à Poudlard. Les années plus sombres, celles où j’étais dans toutes ces familles d’accueils, elles avaient été réellement horribles ; pourquoi flancher maintenant que la tempête était passée ? Je me sentais, lorsque j’y pensais, comme condamnée par mon enfance. Comme si, pour le reste de ma vie, je ne serais pas capable d’accepter une difficulté aussi banale mais non moins douloureuse d’une rupture amoureuse, ou d’un quelconque échec, sans retomber dans cet état de tristesse, d’incompréhension, de peur… J’étais enfermée dans ma faiblesse, et dans cette crainte de me battre aussi parce c’était prendre un risque, et prendre le risque c’était échouer parfois…


- Ce n’est pas très difficile de ne rien savoir quand ton interlocutrice te tourne délibérément le dos pour trouver meilleure compagnie parmi les draps.

Eux ne posent pas de question, pensai-je sans cependant ouvrir la bouche, parce que je savais que j’avais trop bu. Je ne voulais pas me disputer avec elle, surtout pas… J’avais l’impression que la conversation déviait, juste comme elle avait dévié avec Ana et que soudain j’avais tout brisé en un éclat de voix. Je pouvais aller loin quand j’étais en colère, mais je ne savais pas jusqu’où la peine pouvait me mener –surtout si elle se combinait à l’alcool. Prudence ne comprenait pas que je… Je faisais ça pour son bien ! Ce n’était pas une justification, simplement la vérité. Je ne pouvais simplement pas lui dire tout ce que je ressentais, je ne le pouvais pas et avec personne ! Même Lizlor parfois, je me sentais me retenir de peur de lui faire de la peine, surtout dernièrement. Et la Serdaigle elle, était si innocente ! Elle avait pourtant cette étrange maturité sur certains points qui faisait que je l’avais toujours adoré, mais sa vision de l’amour –et donc des ruptures – était trop naïve pour que je puisse lui exposer la mienne. Je n’en avais même pas, je refusais les généralités mais jusqu’ici, j’avais la très nette impression que je n’étais que blessée par les garçons. L’unique en qui j’aurais dû avoir confiance toute ma vie, parce que c’était ainsi que ça fonctionnait habituellement, c’était celui qui m’avait détruit irrémédiablement. C’était mon propre père. Qu’est-ce que Prudence voulait que je lui dise, hein ? Je ne pouvais rien dire.

- Il n’y a rien à savoir. Répliquai-je froidement en fermant les yeux fort, très fort, espérant qu’en les ouvrant à nouveau, cela ne serait qu’un mauvais rêve.

Je sentais déjà la culpabilité poindre bien que je me répétais éviter des complications pour la jeune fille, je savais que j’allais lui faire de la peine… Surtout si elle se mettait à croire que tout ça ne comptait pas pour moi. C’était parce que j’avais de l’affection pour elle que je ne disais rien. Parce que c’était un peu notre relation depuis le début, j’étais comme sa grande sœur. Pourtant, me semblait-il, je ne l’avais jamais prise de haut bien au contraire ! Il avait bien des traits de caractères chez elle qui ne plaisaient moins, mais j’avais toujours pensé qu’elle était bien plus profonde qu’elle ne le pensait. Parce qu’au premier abord, c’était la mode, l’apparence, les garçons, pourtant derrière ses rêves de princesses et son organisation minutieuse, il y avait une infinie douceur et une compréhension, une fraîcheur qui était si simple à vivre ! Et je m’en voulais de ne plus savoir en profiter, mais je n’y arrivais plus, je n’y avais plus goût comme je n’avais plus goût à rien. Je préférais me noyer…


- Tu mens. Tu as raison, tu n’as pas besoin de te justifier, je ne suis pas assez grande pour comprendre pas vrai ?

J’eus une contraction violente au cœur, car cette phrase était exactement celle que parfois, j’avais envie de sortir à Ewan. Parce que malgré la douceur des dernières soirées avec lui, il se retenait toujours de parler de lui et j’avais de plus en plus de mal à ne pas y penser, j’avais envie de lui dire, mais je me sentais proche d’un énervement qui pouvait être fatal si je lançais la discussion. Mais entendre Prudence ressentir ce que je sentais… Et je songeais aussi que je ne lui avais pas parlé d’Ewan non plus alors que d’habitude elle était l’une des premières au courant surtout lorsqu’il s’agissait de garçon –bien qu’il n’y ait rien, strictement rien, de ce côté avec le barman. Mais elle comprenait mal mes attentions, je ne la jugeais pas immature, bien au contraire !...

- Tu ne veux sûrement pas non plus t’embarrasser d’une amie comme moi ni perdre ton temps avec elle parce qu’elle n’a pas les mêmes passions ? Tu pouvais le dire franchement si tu me trouvais ennuyeuse au lieu de faire exprès de ne pas te lever aux mêmes heures pour qu’on ne se croise pas !

Je restais un instant sous la couette sans rien répondre, mais je sentais que tout était plus lourd, les draps me pesaient et m’étouffaient. Tout m’étouffait.

Je fis un mouvement, finalement, et me relevai pour me tourner vers elle. J’avais le corps qui tremblait un peu, et mon regard perdu par l’alcool, qui finit par se poser sur la jeune fille qui me fixait. Maitresse d’elle-même, elle semblait intouchable, comme si elle se fichait de la tournure des évènements –était-ce le cas ? Je ne comprenais pas pourquoi elle s’énervait ainsi, alors que j’avais exactement besoin du contraire, je voulais qu’elle me comprenne et à la fois… Je ne lui donnais aucune clef pour le faire. Mais c’était mieux ainsi, le moins je l’impliquais le mieux elle se porterait, et moi aussi. Elle ne comprendrait pas de toute manière, parce que personne ne le pouvait, pas même moi. Si Lizlor était la seule qui me semblait capable de me venir en aide, c’était parce qu’elle connaissait tout –et c’était la seule. Et même elle, je construisais des ultimes barrières pour qu’elle ne voit pas ce qui se passait. Parce que c’était une solution temporaire de boire, d’être triste, j’allais m’en sortir et ça ne serait qu’un mauvais souvenir. Je n’allais pas l’inquiéter pour rien, alors que je voulais me relever !

… Mais comment se relever, quand on ne sait plus pourquoi on est tombé ?


- Tu confonds tout. Commençai-je à voix basse. Je ne m’énervais pas, non, elle était plus lasse qu’en colère. Il n’y a simplement rien à expliquer. Ou ce n’est pas important. Mentis-je, avec un air neutre. Je suis triste de ma rupture, point final. J’avais éludé, enjolivé, certes, mais c’était l’idée globale non ? C’était de là que tout était parti, n’est-ce pas ? Pour Prudence ça le serait. Je ne lui parlerais pas de mon père. Ni de mon enfance. Ni de Chuck. Ni du whisky –et il n’y avait rien à dire dessus. Je ne fais pas exprès de t’éviter, je ne te crois pas immature, ça n’a rien à voir. J’ai simplement rien à dire et crois-moi, c’est mieux pour toi. Et je ne sais pas pourquoi tu parles d’alcool, mais c’est hors contexte. Affirmai-je un peu plus froidement, pour lui faire bien comprendre qu’elle n’avait pas intérêt à s’avancer là-dedans. Alors si t’es pas capable d’accepter que je suis comme ça en ce moment, c’est ton problème. Moi, je ne peux rien y faire.

Je ne peux rien y faire, si je suis triste.

Enfin, ça, c’était réconfortant de me le dire.


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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Prudence C. Hodgkin
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MessageSujet: Re: ~ Deep water. [PV P.]   Mar 26 Fév - 22:14


    Bien sûr que j'admirais Ruby. Même maintenant ? Même maintenant oui, de cette manière qu'on a de voir nos modèles ceux que l'on érige en terme d'idéal. Et un idéal, est-ce que ça ale droit de chuter ? Non. Ruby ne pouvait pas faire ça, je ne lui avais pas donné l'autorisation de bousculer les codes qui faisaient de ma vie celle qui était classé et bien ordonnée dans ses tiroirs, parce que si la personne que l'on appréciait le plus à Poudlard tombe... ça voulait dire que tout pouvait s'écrouler. Le château tout entier. Les autres élèves. Moi.

    Bien que nos différences faisaient de nous deux entités à part entière, j'avais su aimer ses qualités et son goût pour la réussite dès le départ : son sourire chaleureux lorsqu'elle voyait que quelque chose n'allait pas et qui réveillait même les soleils les plus pâles, sa douceur lorsqu'elle comprenait que ce n'était pas la vérité vraie qu'on voulait entendre parce qu'elle était trop difficile, mais seulement une partie, pas forcément la plus jolie, mais celle qui donnait le plus d'espoir et de courage. La preuve de son investissement au sein de notre maison puisqu'elle avait été choisie pour représenter Serdaigle en étant nommé préfète, le symbole même de l'autorité mais surtout du respect. Mais là, se tenait en face de moi (si de face on pouvait appeler quelqu'un qui vous tourne le dos) une épave que les mouvements aléatoires de la mer avaient déposé là. Une structure présente mais amochée part bien des façons, par le sel qui a rongé le bois à cause de trop longues journées passés à désespérer sur l'océan.

    Son refus de coopérer me laissait pantoise et au lieu, de mettre les choses au clair par le biais de la parole, comme j'en avais décidé que ce serait le meilleur moyen de mettre des mots clairs nets et précis sur ce que nous ressentions, c'était tout l'inverse qui se produisait comme si soudain, nous ne parlions plus la même langue et si je voulais bien essayer d'apprendre quel était son langage si elle ne me donnait pas plus d'indications pour le comprendre ce n'était pas les murs de la pièce circulaire de notre dortoir qui allaient plus facilement me donner les réponses. Or c'était là le fondement même des principes des bleus et bronze : la connaissance. Elle ne prenait pas ici la forme à laquelle on s'attendait le plus, mais c'était, et j'en étais sûre, grâce à ce savoir qu'il me manquait que j'aurais pu avoir le pouvoir de tout réparer. Pourquoi ? Parce que je le voulais, et en amitié, la volonté dépassait toutes les autres forces, ce fluide magique qui avaient tissé les liens forts de notre amitié.

    Mais Ruby, de tout ça, est-ce qu'elle en avait envie aussi ?

    Non. Et c'était cette incompréhension, comme si j'étais en train de lire un livre de signes runiques tellement compliqué que je n'arrivais pas à le déchiffrer que je perdais patience, mélangé à l'absence de collaboration de mon amie qui entretenait cette frustration qui très souvent, pour ne pas dire tout le temps, était la sœur jumelle de l'exaspération. Alors qu'elle n'arrêtait pas de sous entendre qu'elle voulait mettre fin à cette conversation qui n'avait jamais commencé puisqu'elle ne voulait pas y participer, mais tant pis, je ne voulais que l'attirer de l'autre côté, en la poussant, la forçant, la contraignant, car la contradiction de deux êtres étaient aussi celles qui les faisaient avancer, mais peut être pas dans le sens premier dans lequel on pouvait l'entendre : je faisais les pas vers elle, et Ruby reculait, inlassablement, et quand je tendais les mains dans le but de la saisir, elle s'évanouissait dans les airs, se souhaitant impalpable alors qu'elle ne l'était pas. Et moi ça m'énervait parce que nous savions toutes les deux qu'elle ne l'était pas mais m'empêchait de le lui montrer quand je pointais les doigts vers elle !

    Durant tout notre échange, je n'avais pas bougé ma position ; un peu raide, mais fière, parce qu'il n'était pas assez répété que le corps est le reflet de l'âme, et je ne voulais pas qu'elle voit comme j'étais prise dans les liens du doute derrière mes lèvres plus plissés qu'à l'ordinaire. Je détestais quand maman plissait ses lèvres et je trouvais que ses traits se modifiaient en quelque chose de ne pas très avantageux. J'avais commencé à l'imiter à cause de cela, et à présent, c'était devenue une vilaine habitude que j'avais acquise moi aussi mais dont je ne parvenais plus à me défaire. Même redressée à présent, les épaules de Ruby me semblaient être portée par l'avant comme s'il y avait trop de souillures sur elle et en elle et qu'elle était obligée de courber l'échine. Mais évidemment, je pouvais inventer tout un n'importe quoi, même les pires rumeurs et insultes à son encontre puisqu'elle demeurait muette ! C'était ça qu'elle attendait de ses amis ? Elle avait une bien piètre estime d'eux !


    - Tu confonds tout.


    - On se demande pourquoi
    , dis-je sans laisser le silence s'emparer de nous à nouveau. Comme c'était facile de proclamer ce genre d'excuses lorsqu'on a aucune explication à fournir !

    Il n'y avait plus vraiment de nuance dans ma voix, crispée comme je l'étais jusqu'au bout des ongles lesquels j'occupais comme je pouvais pour ne pas montrer, au repos, à quel point il tremblait.


    - Il n’y a simplement rien à expliquer. Ou ce n’est pas important. Je suis triste de ma rupture, point final.


    Oh, je savais, je savais que ce n'était pas ça puisque c'était certes l'élément déclencheur qui avait été le début de tout (ce tout, cet infini retenu prisonnier dans sa poitrine). Il y avait les signes extérieurs qui m'avaient mise sur la voie, mais ajouté à cela, il y avait ce pressentiment, celui dont on ne sait jamais tout il vient et pourquoi, mais qui se déclenche tout à coup pour devenir une évidence tellement évidente qu'on se demande comment est-ce qu'on a pu passer à côté jusqu'à maintenant. Même si, cette évidence, il n'y a aucun nom qu'on peut mettre dessus.

    J'eus un profond soupir. Sauf que ça ne servit à rien parce que je m'emportais quand même. C'était triste de se dire que Ruby savait assez de choses sur moi pour les pousser à bout...

    - Mais ce n'est pas ce que je te demande ! Regarde-toi ! On dirait que tu n'as pas dormi depuis une semaine ! Elle croyait m'avoir à mon propre jeu alors que c'était moi qui lui répétais inlassablement comme ne pas avoir de cernes au réveil ?! En tout cas, elle les suivait bien mal ! Donc si je t'écoute, si tu ressembles à un zombie en mal d'affection, c'est parce qu'il n'y a « rien » ?! Ça te fait plaisir de me prendre pour une imbécile par dessus le marché ?!

    Parce qu'il ne fallait pas croire, ça me faisait de la peine de la voir comme ça, sa non réaction qui ne faisait qu'emporter la mienne dans un surplus d'émotions dont j'arrivais de moins en moins à garder le contrôle, parce qu'il n'y avait rien que je pouvais faire, rien qu'elle ne me laissait faire, il n'y avait que ce vide, ce vide monstrueux qui nous prenait à la gorge pour nous étrangler avec le propre fil que nous avions créé et cela dès la première rencontre ! J'étais en colère de la voir ainsi. J'étais en colère de me mettre en colère alors que ce n'était pas ce qu'elle recherchait. Mais elle cherchait quoi ? J'étais en colère de cette impuissance qui me riait au nez parce que j'étais libre de tous mes mouvements, mais qu'ils étaient inutiles parce que je ne pouvais rien en faire ! Plus ça allait, plus je me perdais dans mes convictions, ces mêmes convictions qui allaient se briser avec fracas contre les rochers tranchants, comme des lames, de ses yeux aux reflets bleutés...


    - Je ne fais pas exprès de t’éviter, je ne te crois pas immature, ça n’a rien à voir. J’ai simplement rien à dire et crois-moi, c’est mieux pour toi. Et je ne sais pas pourquoi tu parles d’alcool, mais c’est hors contexte.

    C'était ça l'image que je lui renvoyais ? Elle venait de se contredire toute seule en argumentant, en prétendant me juger comme son égale malgré nos différents, et pourtant elle affirmait « que c'était mieux pour moi » comme si cette seule vérité, c'était la réponse à tout, alors qu'une fois de plus elle me ramenait au rang de la petite fille qui est bien trop fragile pour ne pas comprendre, les apparents problèmes qui naissaient lorsqu'on grandissait. Un peu comme maman quand elle disait qu'elle ne voulait pas parler de ses parents en estimant que j'étais trop jeune pour ces histoires que de toute façon j'analyserais de travers.

    Mais qu'étaient-ils pour savoir ce que j'allais faire de travers ou pas, alors qu'on ne me laissait même pas ma chance d'essayer ??

    Puisqu'elle ne me donnait aucune preuve, c'était moi qui allais les lui montrer.

    Je m'étais levée assez vivement de son lit comme si on venait de me piquer les fesses avec une aiguille, et en trois pas, j'étais près du sien, ne lui laissant pas le loisir de s'éloigner ou de me fuir. Je lui attrapai alors le poignet, sans être brusque parce que je ne voulais pas non plus déclencher de bagarre même si à l'intérieur de mon estomac c'était tout feu tout flamme, mais assez fermement pour bien lui montrer que je n'avais pas envie de reculer devant les faits, qui apparemment étaient si dur à avouer et à entendre. En me penchant, les odeurs âcres et amères qui venaient de sa respiration, étaient, pas besoin d'être un génie, bien autres que le fond velouté que l'on reconnaissait si bien du jus de citrouille.

    - Donc s'il n'y a rien à dire, pourquoi ce serait mieux pour moi ? Tu viens encore de te trahir toute seule
    , je voulais lui montrer mon soutien, mais la seule chose que j'arrivais à faire pour l'instant c'était de lui montrer par a b qu'elle ne pouvait pas me duper et pas vraiment en utilisant la manière douce. J'avais ce ton que j'employais, hautain, lorsque j'étais ravie de contester un autre élève en classe qui s'était trompé alors que moi j'avais la solution, mais en même temps j'avais ramené sa main dans la mienne. Je ne savais plus quoi faire, et même si je ne m'en rendais pas compte, cela commençait à se voir dans mes attitudes et dans mes mots, à la fois sûrs, mais aussi tout à l'opposé hésitants, coupants, mais parce que je naviguais sur mon pauvre radeau qui avait bien du mal à résister à l'assaut des vagues et du vent... Essaye les pastilles à la menthe, la prochaine fois !

    - Alors si t’es pas capable d’accepter que je suis comme ça en ce moment, c’est ton problème. Moi, je ne peux rien y faire.

    Si prochaine fois il y avait...

    Et comment que je n'étais pas capable ! Parce qu'elle pensait sincèrement que ça me faisait plaisir de la voir déprimer dans son coin, alors que ça coïncidait pile avec le moment où sa relation avec Hadrian avait été mise à terme ? Je ne pouvais pas m'en empêcher : il devait y avoir autre chose. Et puis, ce n'était pas ce que faisait les proches qui vous sont chers, même si comme là, on en était obligées d'aboutir à des disputes ? Quoi que... J'avais plus l'impression de me disputer toute seule depuis ces dernières interminables minutes... Je n'étais plus sûre de rien oui, mais maintenant, ce fut encore pire parce qu'un nouvel élément venait s'ajouter à cela : c'était que dans l'autre sens, je ne devais pas être assez importante pour Ruby si elle ne me laissait pas pénétrer dans sa sphère.

    Ses paroles avaient fait glisser ses doigts des miens, parce que j'avais cessé la pression que j'avais dessus comme si sa simple affirmation avait tout à coup retiré chez moi tout désir remédier à ce tout et à ce rien à la fois, ce rien que j'avais envie de lui refaire rentrer de force dans sa gorge et qu'elle y réfléchisse à deux fois avant de parler. Je me sentais toute molle, comme si je n'étais qu'une gelée flasque qui tenait debout mais qui menaçait de s'effondrer d'un instant à l'autre et si je surplombais Ruby, je me sentais si petite, j'étais si petite que j'étais en train de me liquéfier sur le sol, sous l'influence de cette évidence (encore une) qui était petit à petit en train de me happer vers ces desseins qui n'avaient rien de glorieux... Je craignais de bouger, de faire un pas vers l'arrière alors que le souhait de lui tourner le dos se faisait de plus en plus fort ; j'avais mal derrière mes yeux, au niveau de la rétine, parce qu'il y avait les larmes qui poussaient pour s'extirper de l'habitacle mais que je leur refusais l'accès à la sortie.

    Un peu dépassée, un peu malgré moi, je changeais de stratégie. C'était la dernière. Qu'est-ce qui allait se passer maintenant que je les avais toutes passées en revue ?

    - Je sais que tu es triste. Je sais que ça ne s'est pas passé comme tu voulais avec Hadrian, et moi aussi, j'étais sûre que c'était ton prince charmant, tu sais bien ! Je sais que tu es triste à cause de tout ça, mais ce n'est même pas parce que tu en as parlé, mais parce que tous les autres le font à ta place, mais je m'en fiche de tous les autres, parce que c'est toi mon amie, c'est de toi que j'ai envie d'entendre les secrets. J'étais de moins en moins assurée et plus ça allait, plus mon timbre était en train de flancher. Parce que ce n'est pas ce que font les amies ? Elles se disent leurs secrets en promettant de ne pas les répéter ? Tu crois que je n'entends pas ce qu'on dit sur toi ? Je n'aime pas ce qu'ils disent. Et tu penses que je ne lis pas ton nom qui revient toujours dans le journal de l'école ? C'était ironique quand on savait que je rêvais de voir le mien publié un jour. Alors non je ne suis pas capable de d'accepter comme tu es en ce moment, parce qu'on dirait... que tu n'es plus triste, mais que tu fais exprès d'être triste, mais et ça, est-ce que tu te rends compte que moi, ça me rend aussi malheureuse ?

    Je n'avais pas imaginé la situation si critique. Mais je parlais, je parlais... et je voyais bien à quel point elle l'était.

    - Je ne te demande pas d'être heureuse du jour au lendemain, mais là le creux de la vague, je trouve que tu l'as assez exploré et j'ai pas envie de te laisser faire encore, parce que tu n'as pas le droit. Parce que je me dis que si tu en parles pour expliquer ce qui ne va pas, et bah peut être que je ne sais pas, pourquoi est-ce que je n'aurais pas les solutions hein ? Pourquoi tu veux pas que j'ai les solutions ?? Insistai-je pendant que je montais de plus en plus dans les aiguës. C'est pas juste ce que tu fais, de me demander des choses impossibles à faire, parce que les copines ça fait pas ça entre elles, ça laisse pas l'autre à terre pendant qu'il y en a une qui reste debout, mais alors, c'est parce que tu t'en fous ?

    J'avais ce besoin perpétuel de bien faire. Sauf qu'en voulant faire bien, c'était comme si je faisais les choses mal. Est-ce que c'était normal ?

    - Si tu veux absolument que je ne m'en mêle pas, d'accord. Mais alors ça veut dire aussi qu'on ne peut pas être amies. L'ultimatum était lancé. Parce que ce ne sont pas mes définitions de l'amitié ce que tu me demandes, désolée.

    Rester spectatrice, culpabiliser de rester spectatrice... moi aussi je n'en pouvais plus de voir son état de dégrader même si ce n'était que progressif (on vivait dans le même dortoir bon sang ! Qui ne l'aurait pas remarqué?) mais de faire comme si j'étais aveugle et ne jamais agir. Je voulais juste... je voulais juste que les choses soient toutes bien comme elles l'étaient avant, mais Ruby avait fermé la porte. Et l'avait verrouillé.

    Est-ce que c'était vraiment ce qu'elle désirait ?


_________________


On a tous besoin de croire que quelque chose existe au delà de la banalité du quotidien.
Être capable de se transformer en quelque chose de mieux, même si personne ne croit en vous.




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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ Deep water. [PV P.]   Mar 26 Mar - 21:44

Spoiler:
 

De tout ce que j’avais imaginé pour ma journée, je n’avais sûrement pas prévu une dispute et encore moins avec Prudence. Parce que nous ne nous disputions… Jamais. Depuis que je la connaissais, je ne me souvenais jamais d’avoir élevé la voix contre elle, ou peut-être pour des broutilles, car nous vivions ensemble après tout. Il me paraissait normal que parfois ça ne soit pas le bon jour, la bonne réponse ou la bonne attitude mais pourtant, je m’étais étonnée moi-même de si bien m’entendre avec quelqu’un avec qui je vivais au quotidien. J’avais accroché avec elle, comme si elle avait finalement toujours été dans ma vie et que sa présence m’était habituelle –d’ailleurs je n’avais jamais une seule seconde la perdre. Et pourtant maintenant je voyais les choses sous un nouvel angle, et je le devais bien, car notre relation semblait battre de l’aile… Par ma faute, bien entendu. C’était toujours de ma faute de toute manière. Mais je ne pouvais nier que je ne m’y attendais pas. Je m’étais lentement coupée des autres, certes, mais dans un espace de silence que j’avais cru accepté de tous et je me confortais dans l’idée que si personne ne faisait un pas vers moi, c’était bien que je n’en avais pas besoin. Je n’étais pas aveugle pourtant, et j’avais simplement choisi de détourner les yeux de ceux qui s’étaient approchés et de leurs tentatives, prétendant ne rien voir. C’était tellement plus facile de fuir au fond ! De tout fuir, d’oublier, de ne pas y réfléchir, de boire…

Et je comprenais pourquoi Prudence ne le supportait pas. Parce que ça bousculait nos habitudes, le joli ordre que nous aimions tant. Si nous nous entendions aussi, c’était parce qu’il y avait ces points communs qui rendaient la vie plus facile, nous étions ordonnées, méthodiques… Nous connaissions les attentes de l’autre et nous les respections, et c’était d’ailleurs pour cela que je considérais également Prudence comme une bonne amie, car elle avait toujours su supporter certains de mes comportements qu’une autre aurait pu trouver exagéré –la panique devant la poussière, le lit défait, des détails en somme- alors que la jeune fille avait su les gérer et ne rien dire, ou m’aider. Mais j’haïssais aussi ceux qui osaient s’arrêter à cette image de la Serdaigle, celle d’une fille un peu hautaine et maniaque. Parce qu’elle était plus que ça, elle l’avait toujours été, c’était quelqu’un sur qui j’avais toujours pu compter, nous avions eu des discussions plus profondes, nous avions ris, et s’il y avait quelqu’un que j’avais toujours considéré comme une petite sœur, c’était elle. Alors pourquoi, alors que je tenais tant à elle, j’envoyais tout valser ? J’avais toujours trouvé ridicule ceux qui prenaient cette excuse, cette fameuse formule « je t’aime, je ne veux pas te blesser et c’est pour ça que je m’éloigne » mais je comprenais désormais, et douloureusement, qu’elle pouvait être vraie. Je ne voulais mêler personne à mes problèmes, pas même moi. Il fallait que Prudence cesse de parler, de gratter la surface abîmée pour dénicher ce qui s’y cacher car si elle arrivait à un point de non-retour… Si elle s’enfonçait trop loin, j’allais devoir la repousser plus violemment et je ne le voulais pas. Je voulais simplement qu’elle comprenne que ce n’était pas le moment, qu’il fallait qu’elle me laisse le temps –c’est ce que je me répétais continuellement, que ça allait passer, tout en sachant parfaitement que l’inaction ne me mènerait nulle part.


- On se demande pourquoi.

Parce que je ne veux pas que tu saches, c’est tout, répliquai-je en silence. J’aurais voulu moi aussi que les choses soient faciles à expliquer, que moi-même je comprenne ce qui se passait… Mais ça m’était impossible. Tout était confus, et il n’y avait qu’un moyen d’absorber la peine pour qu’elle disparaisse temporellement… Et c’était boire.

- Mais ce n'est pas ce que je te demande ! Regarde-toi ! On dirait que tu n'as pas dormi depuis une semaine ! Donc si je t'écoute, si tu ressembles à un zombie en mal d'affection, c'est parce qu'il n'y a « rien » ?! Ça te fait plaisir de me prendre pour une imbécile par-dessus le marché ?!

Je ne répondis pas –que pouvais-je dire, de toute manière ? Je ne dormais pas, elle avait raison, ou seulement lorsque j’avais trop bu. Mais comment expliquer à Prudence mes cauchemars ? Comment expliquer que la nuit était pour moi ce moment horriblement lent, où tout revenait se glisser sous mes draps, et j’entendais des murmures qui s’amusaient de moi, qui me rappelaient tout, et le craquement des feuilles… C’était comme un vieux disque qui tournait en boucle et maintenait mes yeux ouverts qui fixaient le plafond, et ça n’avait fait que s’accentuer depuis ma rupture avec Hadrian. L’année dernière, j’avais commencé à vraiment… Aller mieux, à pouvoir dormir plus facilement, tout m’avait paru plus simple sous la lumière douce de l’amour que le Gryffondor me portait et maintenant, c’était comme si on avait brisé l’ampoule contre le mur, qu’on avait éteint le feu crépitant, et il faisait noir, noir –mais ce n’était jamais silencieux, malheureusement.

- Arrête… Murmurai-je vainement.

Mais je savais qu’elle était lancée et lorsqu’elle se leva vivement, je me figeais. Je n’eus pas le temps de la repousser lorsqu’elle m’attrapa le poignet et qu’elle se pencha vers moi, et j’eus beau détourner le visage je savais que c’était trop tard, à en juger par la lourdeur de ma tête lorsque je la bougeais, et les lumières qui clignotaient, j’avais assez bu pour que cela se sente. Et Prudence faisait attention au moindre de détail.


- Donc s'il n'y a rien à dire, pourquoi ce serait mieux pour moi ? Tu viens encore de te trahir toute seule. Essaye les pastilles à la menthe, la prochaine fois !
- Ne me prends pas de haut !
Répliquai-je soudain beaucoup plus vivement, les larmes me montant aux yeux.

Parce que je détestais lorsqu’on me jugeait, et je sentais qu’elle le faisait à cet instant même et je comprenais aussi pourquoi je n’avais pas envie de lui parler de tout ça. Pourquoi je n’avais envie de parler à personne. Parce que personne n’aurait voulu me comprendre, ou tout le monde m’aurait regardé avec leurs yeux inquisiteurs, et leurs faux sourires… Tout le monde m’aurait trouvé tellement faible et tellement lâche… Ils auraient tous vus au travers de la carapace.


- Je sais que tu es triste. Sa voix s’était soudain radoucie, elle m’avait lâché la main et je sentis mon estomac se contracter. Je ne voulais surtout pas que soudain elle soit comme elle l’était souvent, douce, compréhensive, et qu’elle s’inquiétait pour moi… Parce que si elle le faisait, je serais un monstre de la repousser –mais ne l’étais-je pas déjà, au fond ? Je sais que ça ne s'est pas passé comme tu voulais avec Hadrian, et moi aussi, j'étais sûre que c'était ton prince charmant, tu sais bien ! Je sais que tu es triste à cause de tout ça, mais ce n'est même pas parce que tu en as parlé, mais parce que tous les autres le font à ta place, mais je m'en fiche de tous les autres, parce que c'est toi mon amie, c'est de toi que j'ai envie d'entendre les secrets. Parce que ce n'est pas ce que font les amies ? Elles se disent leurs secrets en promettant de ne pas les répéter ? J’avais la vue qui commençait à se brouiller, mais je me contenais surtout. J’avais un énorme poids dans la poitrine aussi, comme si tout l’alcool redescendait subitement pour cogner entre mes côtes, et j’avais honte d’être ivre, honte d’être une aussi mauvaise amie… Tu crois que je n'entends pas ce qu'on dit sur toi ? Je n'aime pas ce qu'ils disent. Et tu penses que je ne lis pas ton nom qui revient toujours dans le journal de l'école ? Alors non je ne suis pas capable de d'accepter comme tu es en ce moment, parce qu'on dirait... que tu n'es plus triste, mais que tu fais exprès d'être triste, mais et ça, est-ce que tu te rends compte que moi, ça me rend aussi malheureuse ?

Elle avait dépassé ce point de non-retour et je me sentis prendre peur, car je savais que si Prudence rattachait ses émotions aux miennes, elle n’allait qu’en souffrir. Je ne voulais pas de son aide, je voulais simplement qu’elle le comprenne, que ce n’était pas une bonne idée de s’aventurer de ce côté-là… Que j’allais lui faire du mal, je le faisais déjà, et qu’il fallait attendre que j’aille mieux. Je ne voulais pas l’abandonner, mais j’étais incapable de m’occuper correctement d’elle. Pourquoi ne pouvait-elle pas juste… Attendre ?

- Je ne te demande pas d'être heureuse du jour au lendemain, mais là le creux de la vague, je trouve que tu l'as assez exploré et j'ai pas envie de te laisser faire encore, parce que tu n'as pas le droit. Parce que je me dis que si tu en parles pour expliquer ce qui ne va pas, et bah peut être que je ne sais pas, pourquoi est-ce que je n'aurais pas les solutions hein ? Pourquoi tu veux pas que j'ai les solutions ? C'est pas juste ce que tu fais, de me demander des choses impossibles à faire, parce que les copines ça fait pas ça entre elles, ça laisse pas l'autre à terre pendant qu'il y en a une qui reste debout, mais alors, c'est parce que tu t'en fous ?

Les solutions ? Mais comment pouvait-elle trouver des solutions à un problème supposé être révolu ? Le passé était le passé, l’incident, les complications, je ne pouvais pas me repencher dessus ni en parler à Prudence, elle était bien trop… Innocente pour ça, et je refusais de lui imposer l’horreur de tout ça. Et le reste ?... Hadrian, Chuck, l’alcool, les rumeurs, les mensonges… Tout était si brumeux, si honteux…

- Si tu veux absolument que je ne m'en mêle pas, d'accord. Mais alors ça veut dire aussi qu'on ne peut pas être amies. Parce que ce ne sont pas mes définitions de l'amitié ce que tu me demandes, désolée.

Pendant quelques secondes, j’hésitais réellement. Soudain, tout se formait comme une vague qui montait et il ne tenait qu’à moi de la libérer, de tout libérer. J’avais la gorge serrée, envie de pleurer, et j’aurais pu tout lâcher en une seconde. J’aurais pu accepter de me battre pour quelqu’un à qui je tenais réellement.

- Excuse-moi. M’entendis-je dire d’une voix lointaine, alors que je me levais en chancelant légèrement. Pendant quelques secondes, je croisais son regard mais bien vite, il devint flou et pour cause, j’avais quelques larmes qui s’accrochaient à mes cils et je m’en voulais une nouvelle fois, d’être aussi faible, et de savoir que j’allais être une fois de plus une mauvaise amie. Tu serais malheureuse si tu t’en mêlais.

Ce fût la seule chose que je réussis à répondre. Et, baissant les yeux honteuse et aveuglée par l’énorme boule dans ma poitrine qui se matérialisait en petites perles sur mes joues, je sortis du dortoir sans rien ajouter, tentant simplement de ne pas réfléchir à ce qui venait de se passer, à ne penser qu’au whisky dans les cuisines, et surtout pas au fait que je venais lâchement d’écraser une de mes amitiés les plus précieuses –et pourquoi, au final ?

THE END


_________________
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« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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~ Deep water. [PV P.]
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