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Tightrope walkers [C.C] {Ended}

 

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 Tightrope walkers [C.C] {Ended}

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Taylord Reegan
Élève de 7ème année



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Nombre de messages : 2744
Localisation : Ben regarde, sur ma licorne magique... Ah, tu la vois ? Okay, arrête le jus de citrouille alors, visiblement ça te fait pas que du bien.
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Particularités: J'ai dix doigts. C'est fou hein.
Ami(e)s: C'est comme la poussière d'étoiles. Si t'y prends pas gaffe, elle s'effrite entre tes doigts...
Âme soeur: Il a un petit faible pour les cow-girls.

MessageSujet: Tightrope walkers [C.C] {Ended}   Mer 3 Oct - 20:49


Can't get out of Love - Matthew Barber

J’avais sombré comme une ancre qu’on jette par-dessus bord.
Qu’est-ce qu’il y avait de plus effrayant, entre la rage et la peine ? Si la cohabitation avait été présente jusqu’à lors, bien que totalement inconsciemment, l’un avait donné la place à l’autre pour lui laisser prendre une ampleur d’une tornade, comme celles qu’on voyait à la télé lorsque c’était la saison au Etats-Unis. Comment c’était possible de déverser autant de pleur pour autant de personnes, pour une personne en particulier comme si je n’étais jamais assez vide, alors il fallait que je pleure, jusqu’à qu’il n’y ai plus rien, que mon corps se dessèche et soit laissé à l’abandon parce qu’il n’était plus d’aucune utilité.





‘’Pour l’instant, on le garde pour nous’’
Tour les souvenirs étaient revenus en rafale avec, ramenant les flots de mensonges dans lesquels je m’étais laissé bercer. Il avait tout prévu depuis le début. Est-ce qu’il était pour autant à punir ? J’avais toujours été au courant de sa façon de fonctionner, alors à quel moment j’avais cessé d’y prendre garde ? Est-ce que le temps avait endormi la méfiance ? Je m’étouffai avec ma toux mêlée à mes pleurs parce que Ruth n’arrivait plus à les contrôler. C’était parce que ce que j’avais cru entre apercevoir, et saisir à de rares instants était trop beau pour que je me contente de ce masque.
Mais si justement il n’y en avait pas eu ? Et si justement, ce n’était que des chimères ? C’était quand que c’était vrai, quand que c’était faux ?




‘’Je ne vais pas prendre ce risque’’
Il me l’avait promis. Ça aussi c’était de la comédie ? Son monde à lui était un théâtre, alors le soir de la fuite des mangemorts là aussi ça n’avait été qu’un coup de poker comme tant d’autre ? Je me recroquevillais dans mon lit en me tenant le ventre pour que la douleur me laisse un peu de répit, avec le sentiment qu’elle fasse un peu moi mal alors qu’elle était de plus en plus douloureuse à chaque instant. Il me l’avait promis.




‘T’es quand même la plus belle’
Mais c’était rien que des mensonges. Ce tout petit bout de papier là était resté là où je l’avais glissé, dans le livre d’étude des runes quand par accès d’impulsion je voulais déchirer toutes les pages de mes manuels scolaires mais qu’il y avait toujours Ruth qui agissait un peu comme mon ange gardien dès que j’avais un geste déplacé et qui m’empêchait de faire quelque chose qu’elle jugeait comme malsain. Non il ne me trouvait pas « belle », il ne l’avait jamais trouvé, c’était rien qu’une flatterie comme tant d’autre. On ne peut pas trouver beau quelqu’un de beau une personne qui à l’apparence d’un squelette.



‘’Vu comme t’es épaisse, tu vas t’envoler’’

C’était quand il disait des choses comme ça, blessantes, qu’il était le plus franc.




‘’Tu ressembles à rien’’
Je voulais juste… juste le cacher, le détruire en même temps, ce corps qui m’avait pourri la moitié de mon existence, je le griffais partout où je pouvais, pour avoir mal, encore plus mal que de celui dont je souffrais déjà et qui me rongeait - et ça piquait quand les larmes venaient se mêler aux griffures. Ça n’avait pas duré. Ruth avait coupé mes ongles et veillait toujours à ce qu’il soit assez cours pour que je ne puisse rien en faire. Alors je retournais végétaliser dans un coin de la pièce, assez étroit pour qu’on ne puisse pas venir m’y chercher.

C’était à ça que ça se résumait : je le faisais chier, point. Il en avait toujours eu rien à foutre, et moi aussi, alors au fond, même s’il m’énervait, ça n’avait pas tellement d’importance. Et puis petit à petit, notre relation particulière commune à personne d’autre avait fait que j’en avais eu un peu moins rien à foutre, que ça avait même pris la valeur, que ça s’était fait tellement naturellement en fait que je ne m’en étais même pas rendue compte, et que je m’y étais même laissée aller. Mais en fait je n’étais rien.
Rien.
Rien, rien, rien.

Le seul détail qui l’avait fait venir jusqu’à moi, c’était parce que je venais d’un pays qui le fascinait. Ce simple élément qui dès le tout départ avait fait basculé toute l’histoire. Et sinon.. ? Sinon, je serais restée invisible parce que je pouvais passer entre l’espace de deux marches d’escaliers et qu’aujourd’hui, même après six ans il aurait eu du mal à se souvenir de mon prénom. Juste parce que j’étais américaine. Une fille de surcroit. Il ne m’avait jamais considéré ainsi. Non, j’étais juste
américaine, voilà ce que c’était mon véritable crime.

J’avais été son petit jouet, sa petite expérience, le petit caprice qu’il avait réclamé, et comme le jouet était un peu difficile d’utilisation il touchait un peu tous les boutons pour voir ce qu’il allait se passer, pour tester un peu le fonctionnement. Alors au début, ça ne marchait pas du tout, c’était même la cata, parce qu’on ne lui jamais les notices d’utilisation pour ces choses-là, c’est trop chiant. Et puis à force d’actionner les leviers, et toujours ces mêmes boutons, dans le bon ordre, ça avait activé de nouveaux mécanismes et ça marchait déjà mieux. Parfois quand ça se remettait à déconner, il jetait le jouet par terre par frustration, dès fois que ça lui remettrait les idées en place. Et puis enfin tout allait comme sur des roulettes alors il s’était un peu amusé avec, mais les jouets c’est comme tout, on les use un peu, mais ça finit toujours par se démoder et quand on a compris le système pas tout de suite il perd son intérêt. Le jouet finissait par se casser, et tout à coup on avait plus très envie de le réparer. On le jetait à la poubelle. Chuck avait pris ce qu’il lui revenait de droit puis il m’avait jeté à la poubelle. Parce que c’était un peu ce que j’étais.

J’avais tout raconté à Ruth, parce qu’il fallait bien que ça sorte un jour où l’autre puisque jusqu’à présent j’avais respecté le souhait de Chuck en gardant tout pour moi alors que de son côté il s’était sûrement bien amusé à raconter ses exploits. De comment je m’en étais voulu de mon manque de tact et aussi un peu par peur de l’avoir repoussé ce soir là parce que ça l’avait mis en colère parce que cette fois encore j’avais tout fait de travers parce que je n’étais qu’une idiote.




‘’Je te fais confiance, si tu me fais confiance’

Je m’étais totalement donnée et offerte à lui dans tous les sens du terme, mais pour lui, ça n’avait pas d’importance ni aucune espèce de conséquences puisque c’était normal. Mais pour moi ça avait compté malgré tout, parce qu’il comptait pour moi et même si je voulais montrer que je n’y attachais pas grand intérêt c’est toujours particulier la première fois. Mais non, c’était
normal.




‘’Je fais comme je peux’’
Jamais il ne m’avait fait confiance. Je n’en étais pas assez digne pour ça. J’avais échoué. Jamais il n’avait voulu m’aider non plus, en réalité, mon passé, mon histoire, mon présent, notre histoire, mon futur, mes doutes, mes joies, mes passions, mon chagrin il n’en avait toujours eu que faire, il avait simplement écouté, parce que je ne sais pas il avait peut être compris qu’il n’y avait que comme ça qu’il arriverait à ses fins un jour où l’autre, alors il avait pris son mal en patience, par pur orgueil, parce que j’avais eu le malheur de lui résister, que j’étais trop conne et qu’à cause de ça, je n’avais d’autre choix que de payer. C’était là. Ça avait changé dès l’instant où il avait arrêté de me voir comme une enveloppe corporelle qui n’était pas du même sexe que lui, mais comme moi, une vraie personne, avec des sentiments qui faisaient qu’elle était ce qu’elle était aujourd’hui. J’avais pensé remporter cette bataille sur l’égalité. Même si j’étais toujours restée discrète là-dessus, au fur et à mesure, je m’étais sentie… un petit peu importante. Mais en vérité, il n’avait jamais accepté qui j’étais.

Il voulait me faire payer, quoi d’autre sinon ? Il me détestait et le but c’était de me remettre à ma juste place. Je méritais tout ce qui m’arrivait. Je méritais de perdre mes amis, ma famille, d’être seule, parce que j’étais égoïste et que j’étais une erreur et je ne méritais que son dégoût et son mépris. Je me donnais envie de vomir, j’étais repoussante au possible.




‘’Je veux pas être avec toi’’

On ne peut pas être plus clair.
C’était comme si la fleur que j’avais un instant été s’était épanouie pour atteindre l’apogée de sa beauté. Mais la fleur avait fini par faner, ses pétales étaient tombés sur le sol, avaient séchés, s’étaient rétractés. Tout le reste était pourri. J’étais pourrie de l’intérieur, je me sentais souillée et je voulais me laver de tout ça, m’en débarrasser, le cracher, mais c’était un travail sans fin jamais il ne me semblait pouvoir être lavée de tout ce mal être qui s’était incrustée chaque partie de mon être.

J’étais fatiguée. Je coulais toujours dans le sommeil à force de trop d’épuisements, le visage lui aussi asséché par mes pleurs et le tout maigre soulagement que je pouvais avoir c’était de m’assoupir en tenant fort les mains de Ruth qui tout le temps était restée dormir avec moi et parfois, même si elle les retenait, je percevais les sanglots qu’elle avait elle aussi, et je me détestais de la rendre malheureuse de la séquestrer dans cette chambre alors qu’elle n’en avait pas besoin, qu’elle n’avait pas besoin de tout ça mais que j’étais trop lâche pour lui demander de partir. Je dépendais trop d’elle. J’étais fatiguée de me battre pour une cause qui était définitivement perdue d’avance, des assassins de mes parents qu’on ne retrouverait probablement jamais et je m’étais faite à cette idée. Personne dans mon entourage moldu n’y croyait et pour cause puisque pour eux c’était un accident, et je ne pouvais pas leur faire ça, leur enlever cette vérité qui leur avait permis de faire le deuil alors que je n’avais jamais suivi cette route. A quoi bon tenter de s’élever, d’être heureux ? Parce qu’à être trop heureux, on en revient toujours à ramper. A chaque fois que j’y avais cru, la réalité avait été là pour me rappeler qu’elle était cruelle et sans pitié : l’arrivée des mangemorts qui avait ravivé les doutes, mais j’avais lutté malgré tout pour m’en sortir, parce que c’était ce que j’avais toujours fait, même s’ils avaient laissé des traces qui ne s’effaceraient sans doute jamais. Et puis quand j’avais cru qu’enfin ça allait aller mieux, que moi aussi j’avais droit au même titre que les autres à ce bonheur, on me l’avait coupé, d’un coup net de ciseaux. Ce qu’ils disaient Woodley, les mangemorts… finalement ils avaient totalement raison eux aussi parce que non seulement je n’avais pas le droit de posséder une baguette magique mais en plus j’étais inutile.

Leur monde m’avait tout pris, ma famille, mes amies, mon amour. Comment on peut vouloir vivre dans un monde qui cherche toujours un peu plus à vous faire du mal ? Je ne vivais déjà plus. Physiquement, j’étais bien là, mais mon âme était partie ailleurs. Comme la Taylord gamine qui croyait encore que l’avenir lui tendait les bras. Elle avait laissé place à une autre Taylord plus dure, plus marquée par les événements, mais elle avait tout fait pour se reconstruire.
Elle aussi avait disparu désormais.

Toute cette relation difficile mais qui était devenue de plus en plus belle avec l’âge qu’on avait construite, carte par carte pour former notre petit château à nous, il l’avait détruit comme ça, tout à coup d’un revers de manche comme si ce n’était que superflu. Comme si je n’étais que du superflu. Il m’avait attrapé la main pour m’empêcher de trébucher, mais en fait, c’était pour mieux pouvoir me jeter par terre, me trainer au sol et me marcher dessus puisque c’était tout ce que je lui inspirais. J’avais beau chercher, chercher, je ne savais pas ce que j’avais fait de si terrible pour qu’il n’ait plus qu’envie que de me massacrer, pour ne recevoir que sa haine en retour par rapport à ce que j’avais été prête à lui donner. Je savais que je n’étais pas parfaite que j’avais des réactions parfois un peu mal venues, que je parlais trop vite et sans réfléchir et qui pouvait parfois s’avérer être blessant, que j’étais trop impulsive et impétueuse, mais jusqu’au bout, j’avais été
sincère que ce soit dans les bons ou les mauvais moments.

Mais je n’avais été une tare qu’il avait voulu cacher au reste du monde, au reste de ses potes alors qu’il n’avait jamais fait ça avec personne. Ça ne m’avait pas effleuré l’esprit au début, mais avec tout ce qui s’était passé depuis, ce n’était à présent qu’une évidence. J’étais juste une honte à moi toute seule, mais une honte dont il avait voulu par unique souci de fierté et il n’avait pas pu aller à cette encontre, alors il avait enjambé le problème. Une fois séparés, par contre ce n’était plus pareil et ça prenait une valeur qu’il pouvait tourner à son avantage comme bon lui semblait. Et puis comme ça, pendant que je restais dans l’ombre, il n’y avait aucun obstacle à ce qu’il puisse avoir toute les filles qu’il voulait. Ça aussi je n’y avais pas pensé parce que je lui faisais confiance, mais tout était remis en cause, et ce n’était pas la peine que je me leurre plus longtemps au risque de me faire encore plus de mal : c’était obligé qu’il y en ait eu d’autres alors qu’on était tous les deux encore ensemble, parce que je faisais me chieuse en ne lui donnant pas ce qu’il attendait immédiatement - alors pour ne pas péter un plomb, pour mieux attendre, il était allé se servir ailleurs.

Mais là aussi, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même. Tout aurait pu être différent de bien nombreuses manières. Pourquoi n’avais-je pas cédé, au tout début, pendant qu’on était encore gosses pour en finir et qu’on entende plus parler, ni de l’un, ni de l’autre ? Comme ça, tout aurait pu être tellement plus simple…

Pourtant, je n’avais pas voulu l’enfermer en lui demandant un peu plus. Au contraire, c’était parce que ça m’apparaissait être une façon de respirer un peu plus librement, mais ça nous engageait à quoi de plus si ce n’est ne plus avoir l’angoisse de se faire prendre la main dans le sac au détour d’un couloir ? Il le savait pourtant que je n’allais pas avoir l’audace de nous projeter au-delà, j’étais bien placée pour savoir que tout était tant fragile… Mais non, il avait tout prévu depuis le début et c’était lui et lui seul qui avait tiré les ficelles en me laissant croire que moi aussi je pouvais penser par moi-même. Ça avait commencé quand il l’avait voulu et ça s’était terminé de la même façon. Il n’avait pas eu peur une seule fois.

Il n’avait jamais eu peur de me perdre comme moi je l’avais craint.
Maintenant, il n’était plus là. Il ne reviendrait plus. Nous deux, c’était terminé. Il ne voulait rien venant de moi, pas même mon amitié, sinon, jamais notre fin ce serait produite de la façon qu’il avait choisi. Oser porter trop d’espoir dans notre aventure aurait été de la folie, mais je ne sais pas, je m’étais dit que même si un jour ou l’autre ça devait s’arrêter qu’il m’appréciait ne serait-ce qu’un tout petit peu pour ne pas tirer complètement un trait là-dessus. J’aurais compris. Je n’étais pas bête, je ne pouvais après tout pas le forcer à faire quelque chose dont il ne voulait plus, je le respectais.
Il n’y avait pas eu de nous deux, ça n’avait toujours été que lui.





‘’y’a plein d’autres filles, mais beaucoup mieux que toi’’
Mais oui, pour qui je me prenais ?

Je me montais la tête avec ces idées en me persuadant que c’était vrai. Pourtant il y avait toujours un moment, ou entre deux crises, j’arrivais à me raisonner, à reprendre le peu de logique qui restait en moi, pour dire que non, c’était impossible que c’était trop tordu pour monter un coup pareil, que tout ne pouvait pas être que de la mise en scène, qu’il ne pouvait pas contrôler… Mais même là, comment je faisais pour savoir lorsqu’il avait été honnête et lorsqu’il s’était foutu de ma gueule ? J’étais complètement perdue quant à ses véritables intentions.

Ruth avait voulu voir à quoi il ressemblait et comme j’avais qu’une photo du bal où on était sur la piste avec plusieurs autres personnes ben on y voyait pas grand-chose. Elle était revenue avec son ordinateur dans ma chambre et on s’était installée toutes les deux dans mon lit pendant qu’elle cherchait sur les réseaux sociaux, parce que d’accord je savais me servir d’un ordinateur, mais c’était le minimum syndical il ne fallait pas trop en demander non plus et ça restait encore assez abstrait pour moi puisqu’il n’y avait pas des technologies de ce genre et l’été je préférais largement être dehors que derrière un écran. Elle m’avait parlé de savoir aussi où est-ce qu’il habitait, l’adresse enfin, elle s’était montrée bien curieuse, mais comme elle l’était tout le temps pour tout et n’importe quoi ce n’était pas si étonnant que ça. Et puis elle avait insisté pour changer ma photo de profil à moi alors que pour le nombre de personne qui devait voir ça, ça servait pas à grand-chose en remplaçant la photo d’Hibiscus avec une qui était censée me mettre en valeur pour soit disant bien lui montrer ce qu’il avait perdu alors que c’était inutile ça aussi puisque jamais il aurait la même idée qu’elle d’aller sur internet pour mener sa petite enquête. Mais comme je savais qu’avec mon accord ou non elle allait le faire quand même parce qu’elle allait plus souvent modifier mes informations que moi-même, ça servait à rien de lui dire non. Heureusement qu’elle était là au moins. Elle ne me contredisait pas, n’essayais pas de me faire faire ce que je ne voulais pas et surtout elle ne me forçait jamais à manger même si elle ramenait toujours un plateau en espérant qu’une fois je prenne autre chose que trois miettes de pain et un peu d’eau.

La plus grosse difficulté à Poudlard, c’était d’éviter Chuck le plus possible, car une nouvelle confrontation serait la mal venue, on le savait tous les deux. J’étais harassée par tout ça, j’avais perdu dans les règles et il l’avait bien fait comprendre, alors je ne voulais plus qu’il vienne me parler, plus qu’on se dispute, qu’on se croire et je ne m’attendais pas non plus à des excuses, je ne lui demandais même pas de le faire, j’avais juste jetée l’éponge, j’avais accepté que ce soit comme ça et pas autrement puisque rien de ce que j’avais pu faire ou dire avait changé quoi que ce soit jusqu’à présent.





‘’Dégage’’
Ce qu’il avait dit ne laissait pas de place à des sous-entendus en plus, ma présence était loin d’être la bienvenue.

Et malgré tous ces efforts quand je me trouvais dans le secteur, alors c’était peut-être qu’une impression qui frisait un peu la paranoïa, mais c’était comme si automatiquement il n’était pas loin et tout de suite je redoutais le moment où il allait se pointer sous mon nez avec ses potes pour faire comme il faisait toujours en rigolant, mais il n’y avait rien eu de tout cela. En fait il y avait même eu un moment dans la semaine ou j’avais cru entendre sa voix m’appeler ou me saluer, même si en tout cas, j’avais tout fait pour l’ignorer. J’utilisais donc toujours la même méthode pour sortir de cours, c’est-à-dire sortir la première ou alors bonne dernière pour n’avoir à parler à personne et là en plus, Kelsey voulait me parler à la fin du sien donc ça m’arrangeait. La tranquillité ne fut que de courte durée car ce n’était pas pour m’annoncer qu’elle et Wayland étaient d’accord pour que je rentre chez, mais parce qu’à partir de la semaine suivante, j’étais obligée d’aller dans les cours de Woodley et j’avais senti la panique m’envahir d’un coup, parce que ça ne se pouvait juste pas que je remette un pied dans sa salle de classe un jour, mais la directrice des Gryffondor ne me laissait aucune autre option et je préférais qu’elle garde ses sourires pour elle parce que normalement elle était censée être de mon côté et non pas de celui du boa constrictor de Poudlard.

Et c’est à l’instant de sortir que… comme d’habitude je regardais par terre pour ne croiser aucun regard et en plus j’étais bouleversée parce que ce que venait de dire Kelsey, en plus des répliques cinglantes que m’avait fait Woodley à mon propos dans son bureau au mois de mai que je me repassaient en tête, que je tapai violemment contre quelqu’un et ce quelqu’un qui n’était pas n’importe quel quelqu’un puisque c’était Chuck lui-même, et que c’était quand même fort que la personne dont on fait tout pour ne jamais la rencontrer dans les couloirs soit en plein dans le passage et en plus je ne m’étais pas préparée comme quand je savais qu’il était dans les parages et que j’étais un peu plus crispée qu’à l’ordinaire. J’avais chancelé un faisant un pas ou deux faire l’arrière en laissant échapper un « Aie » plus de surprise que de douleur même si sur le coup ça m’avait un peu étourdie mais je n’avais pas eu besoin de lever les yeux plus haut que sa cravate pour savoir que c’était lui, et à partir de là j’avais bégayé de vagues excuses avant de m’enfuir dans la direction opposée.

Heureusement que c’était vendredi et que l’après-midi on avait plus que le cours de potions, donc pour me remettre de mes émotions, j’étais allée me pelotonner dans les dortoirs pour chercher du réconfort auprès de Zephyr pendant que tout le monde était en train de manger, et puis ensuite j’avais pris la direction des cachots, avec encore moins d’assurance que d’habitude.

J’entrai dans les cachots tout en me disant que je ferais mieux de sécher ce cours même si tant que je restais dans mon coin, Nakamura s’en foutait au contraire ça lui faisait un empoté en moins à surveiller, mais là, je ne me sentais vraiment pas très bien et Stephen allait sûrement essayer de vouloir se mettre avec moi en binôme et oh non surtout pas Stephen, pas après cet été, ce n’était juste pas le bon cours et pas le bon jour alors si je faisais mine d’arriver en retard de Nakamura elle allait sûrement m’envoyer jarter fissa, je pouvais toujours tenter ma chance… la salle de classe n’était ni trop loin, ni trop près, alors je m’appuyai sur le mur pour attendre l’heure du début du cours pour m’y rendre à mon tour.

- Ca ne me dérange pas de t’accompagner à l’infirmerie, tu sais, Katie Jones n’y verra sûrement aucun inconvénient.

On entendait que des voix et des bruits de pas, mais la seconde suivante les ombres de deux personnes apparurent, celle d’une fille qui devait être en deuxième année maximum et une autre silhouette que je reconnus facilement. Croiser deux membres de la même famille dans la même journée, c’était un comble. Je voulus regarder ailleurs, comme ça que peut être que Coop n’allait pas faire attention à moi, mais même à la lueur des torches qui éclairaient son visage, je sus que quelque chose n’allait pas. Il avait exactement ce même air que la première fois que je l’avais rencontré seulement il était en sécurité à ce moment là alors que là, dans les cachots il avait l’air tellement plus chétif qu’on aurait dit que le sol allait se dérober sous ses pieds d’une seconde à l’autre. J’hésitai. Je ne devais pas m’en mêler, je ne devais pas m’en mêler… Son teint était aussi blafard que les fantômes de l’école alors Carlton ou pas Carlton mon instinct pris le dessus.

- Viens, je vais t’y emmener, lui proposai-je d’une voix la plus douce possible et je passai mon bras droit au-dessus de ses épaules, pour lui enlever tout droit de me dire non, mais sans savoir quoi faire exactement encore parce que la seule pensée qui me venait maintenant c’était « On ne va pas arriver jusqu’en haut ». Je me mordis les joues pour me donner un peu de courage. Va chercher son frère en cours de potions, demandai-je à la fille à Poufsouffle également visiblement qui semblait soulagée d’avoir enfin un truc à faire qui était dans ses cordes. Dis-lui qu’on le devance.

Après tout c’était normal qu’il soit au courant et puis il devait savoir comment réagir, n’importe quoi qui ferait sentir son frère un peu mieux. Mais je ne me sentais pas de l’attendre ici alors que Coop frissonnait sous mes doigts, et moi aussi, j’étais un peu tremblante parce que j’étais submergée par tout un tas d’émotions même si je n’en montrais rien et m’efforçais de paraître la plus calme possible comme lorsque Blake venait dormir avec moi quand on était mêmes et qu’il avait peur de l’orage et que je le rassurais, même si moi aussi en vrai je ne faisais pas trop la fière. Je l’entrainais avec douceur jusque dans le hall. Bon. Nous avions fait une partie du chemin. Il ne restait plus que trois étages à franchir. J’essayai de le maintenir comme je pouvais et j’avais même pris son sac pour le porter sur mon épaule en plus du mien, en lui demandant toutes les deux minutes s’il tenait le coup, que Mme Pomfresh avait tout ce qu’il lui fallait, qu’on arrivait bientôt, je n’arrêtais pas de parler pour qu’il se concentre dessus plutôt que le malaise dont il était pris de plus en plus. Plus que deux étages… tout le monde était rentré en salle de classe, s’il s’écroulait tout à coup avec mes bras aussi gros que ses poignets, je serais incapable de le relever. Allez, allez, on était de plus en plus près maintenant… plus qu’un étage… Le troisième. Je fis quelques pas en le poussant. Il respirait vraiment mal. Mais l’infirmerie était tout à l’autre bout…

- Assieds-toi Coop, tu vas tomber. Il tanguait et ce n’était pas la peine qu’il se brise le cou, alors tant pis on allait prendre cinq minutes de plus, je ne voulais prendre aucun risque. Je le fis s’asseoir contre le mur pendant que je faisais de même.

Comme sa peau était toute froide je sortis de mon sac le gilet qui était une variante du pull de l’uniforme pour le lui mettre sur le torse. Je n’étais pas rassurée, mais alors pas du tout, je m’en voulais de ne pas être fichue de l’emmener jusqu’à bon port surtout que moi aussi à cause de mes bleus et tout le reste, je n’avais pas un très bon équilibre, mais je ne quittais pas mon attention sur lui parce que si je lui montrais que je n’étais pas inquiète - c’était comme avec les chevaux lorsqu’il fallait les faire rentrer dans un endroit inconnu et qu’ils avaient peur, il fallait les mettre en confiance - il allait se sentir mieux.

- Ca va aller, ça va aller
, répétai-je comme une berceuse, comme ça on se persuadait l’un l’autre. Cette fois-ci, je le pris dans mes bras tout en veillant à ne pas être trop brusque et à veiller aussi à ne pas faire de faux mouvement avec mon poignet foulé. Ça devait aller de toute façon, c’est tout. Tu n’as pas une potion sur toi, quelque chose ? C’était ce que j’aurai dû faire depuis le début, mais sur le coup je n’y avais pas pensé et je me sentis encore plus stupide.

Je terminai tout juste de l’interroger que Chuck nous dominait de toute sa hauteur.

_________________
"Elle lui a appris à vivre.


Mend Your Heart ♪♫♪ The American Girl ♪♫♪ Two Hungry Black Birds

Il lui a appris à aimer."

Spoiler:
 


Dernière édition par Taylord Reegan le Mar 22 Jan - 22:27, édité 2 fois
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Chuck Carlton
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MessageSujet: Re: Tightrope walkers [C.C] {Ended}   Jeu 4 Oct - 16:19



I'm up in the woods
I'm down on my mind
I'm building a sill
To slow down the time



Eh bien non,
la victoire n'était pas complète. Pour le coup, j'avais été vraiment con. Comme si je ne savais pas que dans ce bas-monde il fallait se démerder tout seul, et que si quelque chose n'allait pas, ça ne serait strictement à rien d'attendre des jours meilleurs! Ben mon vieux, j'aurais pu attendre, et jusqu'au déluge, si j'étais parti de ce postula à l'instant même où j'avais compris que je n'avais pas de famille, puisque mes parents se foutaient comme de leur première chaussette des deux gamins qu'ils avaient faits. Comme si on avait demandé quelque chose, nous. Aussi fort que j'étais attaché à la vie, j'étais quand même certain d'un truc : naître était ce qui nous arrivait de plus violent, parce que voilà, nous, on avait rien demandé à personne, et on nous balançait dans ce vaste bordel qu'était le monde avec pour seules instructions : démerde-toi bien tout seul parce que personne viendra le faire à ta place. Ok, message reçu. C'était ce que j'avais fait. J'avais même fait mieux : j'avais tout envoyé péter et profité allègrement de tout ce que je trouvais autour de moi, parce que techniquement, à part agir comme ça ou bien se tailler les veines à chaque seconde qui passait, j'avais quand même nettement une préférence. Et puis c'était un challenge, et je ne pouvais pas baisser les bras. Chaque fois que je voyais la gueule de ma mère ça me boostait un peu plus : je voulais qu'elle voit combien je m'en foutais de tout ça, que ma vie était trop cool, pour qu'elle s'en morde les doigts et qu'elle comprenne clairement que ses saloperies ne m'avaient empêché en rien de faire ce que je voulais, d'être qui j'étais. Bon, après, dans les faits... Dans les faits c'était quand même compliqué de passer tout le temps au-dessus de tout ça, en particulier quand elle s'attaquait à des trucs qui me touchaient vraiment. La corde sensible, quoi. Qui n'était pas bien cachée, surtout pour elle : elle l'avait sous la main. Utiliser son deuxième fils pour attaquer le premier, voilà qui était glorieux. Et je commençais à en avoir sacrément ma claque.

Parce que cet été avait été, franchement, le feu d'artifices de ses coups bas. En soi, ça ne me faisait pas du mal à proprement parler. Elle n'avait jamais été ma mère et ne le serait jamais. Du coup, elle était juste quelqu'un je détestais mais que je devais me coltiner trois ou quatre mois par an. Tous les jours. Ca n'avait jamais été l'entente cordiale, mais plutôt la guerre froide, même si ça pétait souvent et qu'on se parlait comme des chiens. Cette fois-là, ça avait été le bouquet. Je ne sais pas ce qui se passait dans sa vie pour qu'elle soit si odieuse, ou bien si c'était moi qui la provoquais plus que d'habitude, mais j'avais été plusieurs fois à deux doigts de me laisser aller et de l'encastrer dans un mur. Comme toujours, heureusement que Coop était là, parce que dès qu'il apparaissait, il agissait comme une sorte de tampon entre nous, elle elle n'osait plus m'attaquer de front, et moi je m'obligeais à écouter Coop parce qu'il avait raison : ça ne servait à rien. Pourtant, ses putains de conneries, je crevais d'envie de lui enfoncer dans la gorge. Tout ce qu'elle disait était petit, nul, mesquin, et en plus elle se marrait, la clope au bec, avec ses vieux bigoudis sur la tête, parce qu'elle n'avait rien d'autre à foutre dans sa vie - je me demandais bien à quoi ça ressemblait sa vie quand on était à Poudlard. Mon père n'avait pas assez de couilles pour lui tenir tête comme moi je le faisais. Alors, contre qui elle crachait sa bile? Sa télé? Oh putain, ça devait être tellement pathétique. Le problème c'était que même si ses attaques étaient nulles, même si elle essayait juste de me pourrir la vie en me disant de la merde ou quoi, ce qui me mettait hors de moi c'était son attitude. Et pire encore quand elle avait la bonne idée de mettre Coop dans l'histoire, de me traiter de grand frère ingrat qui préférait se défoncer avec ses potes plutôt que de rester avec son frère malade. Non mais je rêve. Et elle, est-ce qu'elle s'était un jour occupé de son fils malade?
Qui allait tout le temps à Sainte-Mangouste avec lui? Et qui, depuis que ses gosses avaient l'âge de se coucher tout seul, invitaient tous les pecnots du coin pour faire des énormes fêtes dans notre baraque pourrie qui finissaient au petit matin, où les gens étaient tout aussi bourrés et défoncés, et trompait aussi allègrement son mari qui restait planqué dans son garage pour l'occasion? J'en avais strictement rien à foutre qu'il soit cocu, mais elle n'avait absolument pas la position pour me critiquer, encore moins quand rien ne la gênait, et surtout pas de se taper le premier inconnu qui passe sur le canapé du salon sans se préoccuper un instant du reste de la maison.

Bref, ça avait été piques sur piques, à tel point que les derniers jours j'avais failli me barrer. Finalement, Poudlard avait été l'issue de secours. Comme toujours, d'ailleurs : Poudlard était toujours la porte de sortie. Mais pour une fois, j'avais aussi peu envie d'y retourner que de rester chez moi. En fait, rien n'avait changé.

Et pourtant j'avais essayé, de me vider les idées de voir des gens, plein de gens, trop de gens, de sortir, tout le temps, de partir trois quatre jours avec des potes, de faire nos conneries de d'habitude, de rencontrer des meufs, bref de tout envoyer en l'air et de profiter. C'était sans doute l'été où j'étais le plus sorti, quasiment tous les soirs quand j'étais en capacité. Fumer des joints était devenu tellement régulier qu'avec Chris on avait du se démerder pour se faire des thunes, parce que ça ne suivait pas trop. Heureusement qu'on s'était fait potes de débauche avec le videur du club où on allait tout le temps et qu'il nous faisait l'entrée gratos - et le reste à moitié pris. Et par le reste, il n'entendait pas que les consommations. Enfin. Pas comme
on les entend. Je n'en avais jamais vraiment eu besoin, je veux dire, ça arrivait parfois, normal quoi, mais de temps en temps, parce que le reste du temps alcool et weed suffisaient. Mais plus maintenant. Plus maintenant parce que j'avais la tête farcie de trop de trucs et toujours le cœur au bord des lèvres dès que je me mettais à boire, comme un trou, et que rien ne se passait. Chris avait pas été trop chaud, au début. La première fois oui, parce que c'était la fête et tout. Mais la deuxième, la troisième, il commençait à trouver que ça faisait trop et que surtout j'insistais trop. Forcément que j'insistais : je voulais à tout prix me vider la tête. Mais il m'avait laissé faire, comme toujours, parce que c'était mon meilleur pote. Pendant ces deux mois, en plus de Chris, coke et MDMA avaient été mes autres meilleures potes. Et à ceux qui me regardaient d'un sale œil, je leur faisais un joli petit doigt, parce que non seulement ma santé et mes neurones que j'explosais allègrement étaient mon propre problème, et que le reste, je m'en fichais. Je n'obligeais personne, que je sache. Le tout était de la cacher à Coop - c'était ça le plus chaud - parce que même si il ne venait pas à ces soirées, les lendemains étaient bien plus violents, et je mettais plus de temps à récupérer.

Je n'en avais pas besoin au sens physique - je n'étais pas accroc, quand même - mais au sens psychologique. Ces soirs-là, quand je tapais bien à l'abri des regards indiscrets, ces soirs-là devenaient un rêve. Je ne sentais plus rien de précis mais je sentais tout, chaque chose, c'était trop bizarre, c'était à la fois comme si j'étais au centre même d'un feu d'artifices, mais que tout était fait de coton. Tout avait un autre son, un autre goût, je planais, je ne ressentais pas la fatigue, la peur, l'agacement, la peine, rien. Même les contacts physiques étaient différents, et quand j'embrassais des meufs la sensation était dingue, à des lieues de d'habitude, à des lieurs de la réalité. C'était ça. Un rêve, génial, qui durait quelques heures, et qui n'existait plus au matin. La chute par contre, elle était rude. Le retour à la réalité avait l'effet d'un mur de ciment qu'on m'aurait mis d'un coup devant moi alors que je tapais un sprint. Et j'avais beau faire le malin et recommencer quelques jours plus tard, c'était plus dur à chaque fois, et plus honteux aussi. Parce qu'au fond, même si ces heures-là hors du temps me faisaient tellement de bien, plus ça allait moins j'en étais fier, tout au fond de moi, et je crois que je recommençais aussi pour me persuader que ça n'avait rien de honteux. Le problème est que ça se voyait physiquement, et qu'au bout de ses deux mois de vacances, j'avais plutôt l'air d'avoir passé l'été au bagne à monter des cailloux sur la montagne, vu que j'étais bronzé ok mais que j'avais des cernes de bâtard et les yeux plutôt tirés. Bah. Tant pis. Pendant que je vivais la nuit et de substances illicites en plus de ça, d'autres fuyaient la réalité d'une autre manière en choisissant l'exil, par exemple. Chacun ses névroses.

Pour le reste, à part glander et voir des potes je n'avais rien fait de trop mal - à part cette histoire avec Haley qui si en un sens me faisait marrer m'embêtait quand même un peu mais bon, je n'étais pas du genre à regretter ce que j'avais fait. Mes seuls torts avaient été de 1) trop penser à Taylord 2) me laisser abattre et 3) laisser Coop le voir, ce qui me faisait royalement chier, parce que cette faiblesse que j'avais eue ce soir-là, même si en soi elle m'avait fait un peu de bien, n'était pas cool pour lui. Il avait d'autres choses plus graves dans sa vie à gérer que mes problèmes, vu les siens.

Taylord, donc, qui avait disparu de la situation - de la mienne c'était normal, vu notre dernière sympathique petite discussion - mais des autres aussi, apparemment. Et c'était ça qui m'emmerdait le plus. Je veux dire, d'elle, je n'avais plus rien à faire, logiquement, je n'avais plus le droit de lui demander des comptes. Mais les autres... Elle avait disparu, vraiment disparu, et le fait de me dire qu'elle ne reviendrait peut-être jamais et que je n'y étais pas pour rien m'empêchait quand même de dormir. Eh, oui. On peut être un salaud et avoir des éclairs de lucidité, l'un n'empêche pas l'autre. Évidemment que j'étais attaché à elle - elle était mon "amie" depuis le début. Après, le reste, je n'étais pas capable de lui donner, et c'était bien ça le problème, parce qu'elle avait voulu plus, et que moi forcément quand on me coince, j'envoie chier. Mais ça mis à part, elle n'était pas juste une meuf que je m'étais tapée, elle était plus, elle avait toujours été plus. Elle avait toujours été
spéciale. Et ça n'avait pas changé. Son foutu cadeau à la con que je n'étais pas sensé avoir, j'imagine, ne m'avait pas quitté depuis le soir où je l'avais ouvert, parce que je ne savais pas trop quoi en faire. Le jeter? Lui rendre? L'abandonner quelque part? Le temps que je trouve une solution, il ne me quittait pas. Il était souvent dans ma poche de jean, et quand parfois je ne le trouvais plus il était quelque part dans ma chambre, et je le récupérais à chaque fois, alors même que je n'y faisais pas attention. L'ironie du sort.

En fait j'étais surtout en colère contre elle, mais vraiment. Se faire virer par Woodley, non mais, brillant. Se casser chez soi et ne plus revenir! Et 100 balles et un mars, non?! Je voulais juste qu'elle revienne.

Ah oui, tiens, pendant l'été, j'avais reçu une carte postale du Texas. Oui, oui. Elle était stylée d'ailleurs, le timbre était cool, avec la grosse mention "airmail" tamponnée dessus. J'avais un peu halluciné en voyant la carte, les paysages de là-bas avec écrit en gros, Texas. Mais ça m'avait fait plaisir au fond et je m'étais dit, cool, elle me donne quand même des nouvelles, elle me dit juste qu'elle est bien chez elle et qu'elle ne s'est pas faite bouffer par un caïman en chemin.

... Ou pas. S'en était suivi un charmant mot de la cousine Reegan, Ruth, qui si j'en décryptais bien les mots doux me menaçait de la pire torture qui soit jusqu'à ce que mort s'en suive si j'approchais ne serait-ce que dans un rayon de trois kilomètres sa cousine éplorée. Ambiance, ambiance... Au début j'avais cru que c'était une blague, mais non, c'était bien ça, Ruth m'expliquait sans détours que j'étais le roi des connards et espérait que je vomisse autant que sa cousine quand je voyais mon image dans le miroir. Bon. Bien. Très bien. Je ne savais pas quelle idée était la plus alléchante. J'avais balancé la carte dans le bordel de mon armoire, partagé entre une attitude complètement blasée et je m'en foutiste, et de la colère contre cette meuf qui se mêlait de ce qui ne la regardait pas et qui était complètement fracassée de la théière pour s'en prendre à moi même si j'étais à des kilomètres d'elle et qu'une carte postale ne valait pas un bon poing dans la figure, si elle voulait mon avis. Mais d'un côté, c'était tant mieux pour moi. Et puis, comment elle avait eu mon adresse, cette garce?!

Bref, de faits glorieux en faits glorieux la rentrée était arrivée, les valises, le Poudlard Express et tout le tralala, le dortoir, les potes, Tess, et tout ça. Voilà.

Et il y avait toujours un truc qui clochait.

Je l'avais cherchée, les premiers jours, j'avais même demandé vite fait à des filles de son dortoir. Elle n'était pas là. Au moins j'avais ma réponse : elle ne reviendrait pas. Tant pis.

Les cours, les repas, les gens, les soirées. Ça passait, comme d'habitude. Mais j'avais toujours cette désagréable impression d'être le spectateur forcé de cette joie pleine d'amertume, de cette débauche à la pelle. Pour combien de temps, putain?!...


Et puis un jour, alors que je comatais dans un des gros fauteuils de velours de la salle commune, après une partie de Quidditch improvisée dehors - il faisait super beau mais on se les était bien pelées, rien de mieux que le feu ronflant de chez nous après ça - et dans l'attente d'une soirée à venir (j'avais toujours une tête d'insomniaque)... Il s'était passé un truc chelou. Un groupe de filles étaient passé. Et puis là mes potes avaient parlé et j'avais cru entendre Taylord. Bon. Je savais que je m'étais gouré mais pour la forme, j'avais mollement dit : Quoi? et il avait répété : T'as vu, c'était Taylord. Aaaaah non mon petit, j'crois pas, j'avais pensé. Taylord. Et pourquoi pas la Reine Mère? Mais il avait dit si si, blablabla, bref. Et voilà que cinq minutes après, une fille était passée en sens inverse et il m'avait donné un coup de coude, et, bordel de dieu, oui, c'était Taylord. J'avais mis au moins 30 secondes à tilter parce qu'elle était... Blonde. Oui. Blonde. Et puis, elle avait disparu par le portrait de la Grosse Dame.

Depuis ce moment-là, après avoir cru à une hallu, je l'avais entr'aperçue plusieurs fois, et oui c'était bien elle même si ce n'était plus la même Taylord qu'avant, et qu'elle me fuyait comme la peste apparemment, puisque je n'avais pas réussi une seule fois à l'approcher, et les rares fois quand j'avais essayé de la choper dans les couloirs, elle m'avait ignoré royalement, comme si j'étais le plus vulgaire des inconnus. Bon. Message reçu, en même temps, je n'étais pas non plus vraiment dans ses petits papiers, maintenant. Mais quand même... J'avais espéré que l'été apaise un peu les vieilles colères. Non? Je ne lui en voulais plus, moi. Ce qu'elle m'avait dit, j'avais préféré l'oublier. Et pour être exact, j'avais surtout préféré oublier ce que
je lui avais dit.

Alors voilà, c'était devenu une idée fixe, trouver un moyen de lui parler, mais pour lui dire n'importe quoi je m'en foutais, parler de la pluie et du beau temps ou de poneys ou de trucs de filles si elle en avait envie, mais juste lui parler. C'était trop demander que d'être juste son ami?... Je voulais avoir l'opportunité de lui dire que ce n'était pas parce qu'on était plus ensemble qu'on devait s'ignorer totalement, parce qu'elle avait quand même trop compté, pour ma part, pour que je puisse l'effacer de ma vie... Et ce n'était pas faute d'avoir essayé.

A peine je m'étais installé dans la salle de Potions, alors que le cours n'était même pas commencé - c'était le début de l'année, on est toujours à l'heure au début de l'année - qu'une gamine de Poufsouffle - elle me disait quelque chose, une pote de Coop je crois bien, vu qu'il avait toujours des amies filles à la pelle - arriva toute effarée vers moi. Je l'écoutai me dire que Coop s'était senti mal et que quelqu'un l'emmenait à l'infirmerie et qu'il fallait que je les y rejoigne et changeai instantanément d'attitude. Sans attendre une seconde de plus, je récupérai mes affaires et me barrai de la salle en coup de vente avant de marcher très vite en direction de l'infirmerie. En soi, ce n'était pas alarmant. Coop avait toujours ce genre de malaises, c'était par période, certains mois ça arrivait plus que de coutume, après pas, ça dépendait. Là, avec la reprise des cours et tout, je savais qu'il était fatigué, donc plus fragile. Mais bon, la raison mise à part, il y avait toujours un étau glacé qui me serrait le gorge quand j'entendais de tels trucs, et même si je savais que je ne devais pas paniquer et tout, eh bien, oui, j'étais grave flippé. Tout ce qui touchait mon frère, de près ou de loin, comptait globalement plus que ma propre vie, ni plus ni moins. C'était peut-être débile dit comme ça - et d'ailleurs je ne lui avais jamais dit - mais c'était vrai.

Je déboulai d'un couloir et arrivai net devant Coop, assis par terre, en face d'une fille qui visiblement essayait de lui faire garder conscience. Celle qui s'était chargée de lui jusque là probablement.


- Qu'est-ce qui s'est passé?! dis-je brusquement et sans ménagements, pardon hein, mais Coop était tout pâle et visiblement pas du tout dans ses baskets. Je m'accroupis à mon tour près d'eux, lui pris la main, avant de remarquer le gilet de Gryffondor sur lui et de lever la tête et de...

Bon sang!


- ... Taylord?!

Remarque peut-être débile en soi, mais la surprise avait parlé pour moi.

Bon. Concentration. D'un mouvement, je pris Coop dans mes bras et me levai. L'infirmerie était tout près. Je lui parlai doucement pour lui expliquer que ça allait mieux das quelques instants, avec Madame Pomfresh, et tout et tout. Sans rien ajouter je poursuivis mon chemin, sachant que Taylord me suivrait puisqu'elle portait le sac de Coop. Et tout se bousculait dans ma tête. C'était moi ou des deux, de Coop et de Taylord, vu leurs têtes, j'aurais été incapable de dire qui avait l'air le plus en forme? C'était quoi ce teint blafard, ce regard voilé? Et cette couleur de cheveux complètement traître, non mais merci bien!...

J'avais l'habitude de tout ça, et Pomfresh aussi, et quand elle me vit arriver elle ne dit pas grand chose mais pris Coop en charge avec un calme que j'aurais préféré ne pas voir, parce que c'était l'habitude qui la rendait aussi relax. Je le mis dans un lit, et pour le reste comme d'habitude, elle me dit qu'il avait besoin de repos, etc, que je pouvais retourner en cours en rester mais que je ne devais pas le fatiguer, blabla. Le temps de la remercier, je vis Taylord du coin de l’œil poser le sac et... Hop hop hop, un instant. C'était l'occasion rêvée. Et puis quand même, il fallait que je la remercie! Je laissai Pomfresh à ses occupations, jetai un regard à Coop qui recevait ses soins et marchai jusqu'au pas de la porte de l'infirmerie, où je rattrapai Taylord par le poignet, celui où elle n'avait pas de bandage, et l'entraînai plus loin, à l'abri du regard de Pomfresh
.

- Attends, demandai-je doucement. Bon sang. Ce regard. Ce n'était pas elle. Merci, dis-je un peu rapidement, ne sachant pas trop quoi faire. Et pourtant j'étais bien bête, parce que s'il y avait une personne au courant de ce que traversait Coop et ce que ça représentait pour moi, c'était bien elle.

- Tu vas vraiment faire comme si je n'existais pas? lui demandai-je, sans hésitation cette fois. Je me rendis compte que la brusque et agréable chaleur qui m'envahissait tout entier avait une origine : ma main sur sa peau, sur son poignet que je tenais toujours. Je le lâchai alors, même si j'avais peur qu'elle se barre en courant, vu la tournure qu'avaient les évènements, jusque là. En même temps... Elle n'en aurait jamais la force : elle était là, vacillante, elle avait l'air tellement faible, et pas bien, que même si je savais pertinemment que ce n'était pas mon rôle je ne pus m'empêcher de lui dire d'un air passablement énervé : Il se passe quoi, là? Toi aussi tu veux aller à l'infirmerie?

_________________

CHUCK CARLTON
I should have known better, nothing can be changed - the past is still the past, the bridge to nowhere - I should have wrote a letter, explaining what I feel, that empty feeling - Be my rest, be my fantasy

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Taylord Reegan
Élève de 7ème année



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Localisation : Ben regarde, sur ma licorne magique... Ah, tu la vois ? Okay, arrête le jus de citrouille alors, visiblement ça te fait pas que du bien.
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Âme soeur: Il a un petit faible pour les cow-girls.

MessageSujet: Re: Tightrope walkers [C.C] {Ended}   Ven 5 Oct - 19:01

♪ Your Eyes ♫

If I was drowning in the sea
Would you dive right in and save me?
If I was falling like a star
Would you be right there to catch me?
If I was dreaming of your kiss
Would you look right through me?


J’avais toujours été très proche de Ruth. Déjà, parce qu’on avait le même âge, mais surtout parce qu’on se complétait, même si au premier abord, rien n’aurait pu laisser présager qu’on faisait partie de la même famille. Elle était autant blonde que moi j’étais brune – même si on ne pouvait plus trop utiliser cet argument maintenant – et même si elle passait la journée à traîner dans la terre à s’occuper des chevaux, les vêtements qu’elles portaient lorsqu’elle ne nettoyait pas les box où qu’elle ne montait pas à cheval la mettait toujours en valeur et elle était élégante. Elle avait toujours de nombreuses histoires sur les garçons à me raconter même si cette année elle n’en avait rien fait, ça avait même plus ou moins basculé. Je l’avais toujours connu rieuse et pleine d’entrain, elle jouait un peu dans les extrêmes et c’était toujours cette manière un peu extravagante de se comporter qui faisait rire les autres, et quand on était petites on était les premières à amuser la galerie. Tout ça, c’était pour cacher sa timidité, même si elle n’en avait pas l’air comme ça, elle n’osait pas trop se défendre, qu’on l’attaque de front ou pas et c’était là que j’intervenais la plupart des cas, parce que c’est bien connu, on ne touche pas à la famille. Quand je m’étais enfermée dans ma chambre en rentrant en mai parce que je m’étais disputée avec sa mère et que je ne voulais plus voir personne, un soir, elle avait ouvert tout doucement la porte parce qu’elle savait pertinemment que je ne m’enfermais nulle part à cause de l’angoisse de rester bloquée et puis elle m’avait rejointe comme si c’était la chose la plus naturelle du monde et ça avait continué comme ça pendant dans semaines parce que les larmes refusaient de cesser et que très souvent à chaque fois que je m’éveillais lorsque je m’étais assoupie à cause de l’éreintement, ça reprenait de plus belle.

Il y avait pourtant un truc qui m’avait marqué lorsque je lui avais expliqué comment Chuck m’avait demandé de foutre le camp, c’était ses traits qui s’étaient durcis presque instantanément et elle avait répété « une carte ?! » d’une voix empreinte de colère, alors que si elle savait bouder à la perfection, jamais, jamais elle ne s’énervait même si on entendait à sa voix lorsqu’elle était agacée. Je l’avais entendu se disputer une ou deux pendant l’été avec ma tante, et je m’étais sentie encore plus coupable.


- Qu'est-ce qui s'est passé?!

Comme tout de suite et je ne trouvais rien à redire, comme si tout à coup, c’était moi qui avait tout fait pour que ce soit Coop qui se retrouve dans cet état. Je gardais les yeux fixés sur lui, en souhaitant que cela suffirait peut être à ce qu’il se sente soudain mieux qu’il sourit et qu’il se relève comme si de rien était. Mais il ne fit rien de tout cela.

- ... Taylord?!

Je sentis le trouble augmenter en flèche quand je compris que Chuck n’avait pas tout de suite réalisé que c’était moi qui l’avait accompagné jusque ici tant de bien que de mal et force était de penser qu’il avait eu la même réaction que Scarlett et Ruby, comme si j’étais une apparition que personne n’attendait plus ici…

- J’avais peur qu’il tombe, alors je l’ai fait s’asseoir pour qu’il se repose cinq minutes, dis-je en répondant à sa première question pendant que j’ignorais soigneusement son regard car je savais bien qu’il devait pertinemment penser que ma place n’était pas là.

Je déliai mes bras du corps de Coop auquel j’étais toujours reliée et attendis que Chuck me tourne le dos avec son frère qu’il portait à présent dans ses bras pour me relever péniblement, parce qu’à chaque fois ou presque il y avait des tâches colorées qui venaient danser devant mes yeux et quand c’était comme ça, je ne voyais plus rien et me sentais prise de vertiges. Je fus tentée de m’éclipser le plus discrètement possible parce qu’ils n’avaient plus besoin de moi, mais j’avais toujours le sac de Cooper et je ne pouvais pas le laisser comme ça dans le couloir. J’allais juste le poser à l’entrée de l’infirmerie, comme ça il n’était pas perdu, et m’en aller juste ensuite. Je fuyais cet endroit à chaque fois que je passais à proximité, comme si de loin Pomfresh allait pouvoir flairer que je n’étais pas au mieux de ma forme, et elle allait me forcer à rester à l’infirmerie, et je redoutais ce lieu réservé aux malades – je n’étais pas malade. Je ne voulais pas boire ses potions infectes qui auraient pour conséquences de me faire manger ou qu’elle touche à mes blessures avec ses trucs de sorcières qui n’étaient pas pour moi. J’espérais juste qu’elle s’occuperait bien de Coop alors je restais à l’écart et elle ne ferait pas attention à moi puisque de nos deux, c’était lui qui avait le plus besoin d’elle. Je posai bien en vue ses affaires et me détournais pour rejoindre les dortoirs, le seul coin où je me sentais à peu près en sécurité, même si ici, je ne l’étais vraiment nulle part.

Je frémis, comme plus tôt dans la journée lorsque je l’avais bousculé quand sa main se posa sur mon poignet mais n’opposai aucune résistance. Mon cœur avait sauté comme un ressort dans ma poitrine à ce contact mais je ne savais pas si cette sensation me plaisait ou pas, parce qu’elle sonnait un peu comme quelque chose que je ne pourrais jamais avoir, tandis ses doigts me brûlaient la peau. Il y avait comme un millier de fourmis qui me parcouraient le corps, jusqu’au bout des ongles et mes muscles étaient devenus l’espace de quelques secondes aussi solides que du coton.


- Attends. Merci.

Je secouai la tête de gauche à droite, les cils baissés, ne voulant pas accepter ses remerciements. C’était normal. Jamais je n’aurais pu laisser Coop tout seul dans son cachot d’autant plus que sur ça je ne pensais pas trop me tomber en songeant que c’était l’unique personne pour qui il portait véritablement de l’amour et je savais précisément ce que ça faisait que de penser à quelqu’un qu’on aime et qui souffre, même si j’en étais amputée.

- Tu vas vraiment faire comme si je n'existais pas?


La tension se tendit immédiatement et surtout un peu plus après sa question. Une fois n’est pas coutume, je sentis que ça allait tourner au conflit même si pour le moment nous n’en étions aux prémices et que je n’avais pas envie de ça – je ne voulais plus me battre, surtout pas contre lui, il s’était adressé à la mauvaise personne.
Qu’est-ce qu’il attendait de moi exactement ?

Sa phrase sonnait comme un reproche. Inévitablement, j’étais la fautive. Je l’avais toujours été. C’était de ma faute si je ne voulais pas l’embrasser, c’était de ma faute si je ne voulais pas sortir avec lui, c’était de ma faute si j’étais chiante, de ma faute encore si je ne voulais pas qu’on couche ensemble quand lui le voulait, et j’étais également coupable si je ne voulais pas l’aider à faire ses devoir, ou rectification si je ne voulais pas faire ses devoirs lesquels il avait de meilleurs notes que ceux que je rédigeais pour moi. Donc c’était de ma faute si on s’était séparé, si on en arrivait à cette piteuse relation, si on pouvait en appeler ça une, car elle était inexistante, et que si on en parlait plus, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même. C’était pourtant lui qui pendant des semaines avait fait comme si j’étais invisible, alors que j’avais redoublé de stratégie pour attirer son attention d’une manière ou d’une autre. Ça avait donné quoi ? Il m’avait demandé de partir sans aucun aucune pointe de tristesse.
Comme si je n’avais jamais eu de signification pour lui.

Au contraire, comment aurais-je pu faire pour l’ignorer alors qu’il occupait constamment mes pensées ? Que j’avais juste peur de lever les yeux et de le voir en compagnie d’une fille qui avait sûrement tout ce que je n’avais pas, qui était tout ce que je n’étais pas, donc par définition beaucoup mieux ? Une vision pareille était insupportable, et à chaque fois que je l’imaginais avec toutes ses conquêtes, il y avait toujours cette flamme de la jalousie contre laquelle je ne pouvais malheureusement rien faire. Je n’étais pas du genre jalouse pourtant. Je me satisfaisais de ce que j’avais point. Mais alors, quand justement une chose qu’on a eu, qu’on nous retire et qui en plus se pavane dans les bras de quelqu’un d’autre, c’était déjà nettement plus difficile à accepter. Pourtant, c’était idiot parce que Chuck n’appartenait à personne.
Et cela ne changerait jamais.

Je fixai vaguement un point en face de moi qui se trouvait juste au-dessus de son épaule. Je n’arrivais pas à le regarder droit dans les yeux.

- Tu te fous de ma gueule ? Oui, sûrement que oui… Ce n’était même pas méchant ni quoi que ce soit dans ce goût-là, c’était une vraie question, parce que je ne voyais pas où est-ce qu’il voulait en venir, pourquoi est-ce que ça le dérangeait tant que ça alors qu’il m’avait très explicitement dit que si on était devenus potes, c’était pour mieux passer à la suite et que comme il avait eu ce qu’il voulait, je pouvais bien me faire piétiner par les centaures dans la forêt interdite, ça lui était bien égal.

Je m’y étais résolue. J’avais eu beaucoup de mal, mais je m’y étais résolue quand même de ne rien attendre de la part de Chuck, et il n’attendait apparemment rien de ma part non plus, parce que tout l’amour que j’étais capable de lui donner, il le refusait. Que voulait-il que je fasse de plus alors que jusqu’au bout, il avait voulu avoir le dernier comme si c’était un besoin primaire de montrer sa supériorité ? Quand je repensais à ce que je lui avais dit, que je n’avais jamais exprimé à personne à haute voix… Il était clair que je ne l’avais jamais rendu heureux, que ne lui avais pas fait connaître les sensations que j’avais connues grâce à lui.
Que je ne lui avais jamais rien apporté.
Que j’avais échoué.


- Il se passe quoi, là? Toi aussi tu veux aller à l'infirmerie?

Ce qu’il se passait, c’était que je voulais hurler, lui supplier d’arrêter, parce que je n’avais plus la force de supporter ses attaques, que je ne pouvais plus y répondre qu’il fallait qu’il aille trouver quelqu’un d’autre pour ça. Que j’hurle qu’il me prenne dans ses bras, que tout soit enfin fini et qu’il me dise qu’enfin ça allait aller mieux. Rien de tout cela n’allait se passer. Il avait bien vu pourtant qu’on avait essayé, que ça n’avait pas marché qu’on ne pouvait pas, l’un et l’autre aller à l’encontre de notre nature. On avait beau se ressembler sur certains ponts ça n’empêchait pas qu’on soit diamétralement opposés sur d’autres et ce n’était pas des petits détails sur lesquels on pouvait faire des concessions car c’était ce qu’il y avait de plus profondément ancré en nous et que par exemple la passion que je nourrissais pour les chevaux, on ne pourrait pas l’enlever parce que ça faisait intégralement partie de moi alors que lui avait pris tous les animaux en grippe et ne leur portait aucune affection et qu’à partir de là, la barrière entre nous était plus épaisse que jamais.

Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire ? Que j’aille bien ou pas, tant que ça n’altérait pas ses envies, ça ne le chiffonnait pas plus que ça je crois…

- Ça ne te regarde pas, répliquai-je de la manière la plus neutre possible pour désamorcer la bombe et ne lui laisser aucune occasion de s’en prendre à moi.

Pourquoi est-ce qu’il s’énervait ? Le malaise m’envahit de nouveau et j’avais l’impression qu’un trou énorme allait s’ouvrir sous mes pieds pour me happer. Je n’avais pas réagi lorsqu’il avait relâché la pression sur mon bras. Mais je me sentais à la fois soulagée et déçue.

Je lui avais ouvert mon cœur, et ce qu’il contenait il l’avait pris pour en faire des déchets, j’étais saignée à vif maintenant, j’étais cette plaie béante et écorchée qui jamais ne se refermerait totalement. Je voulais me protéger de lui de ce qu’il pouvait faire parce que s’il était capable de panser les blessures, ça voulait dire qu’il pouvait tout autant enfoncer le couteau au plus profond pour rendre la douleur encore plus poignante.

L’image qu’on m’accolait le plus souvent, c’était celle de la force. J’avais été forte, en restant seule. En la partageant avec d’autres, au lieu de me rendre plus faible, cela l’avait décuplé, d’une certaine manière. La seule faille dans ce système, c’était que lorsque ces personnes-là vous laissent tomber, au lieu de retrouver cet état dans lequel vous vous trouviez avant le partage, vous n’en sortiez que plus meurtri.

J’avais eu tellement de mal à lui donner ma confiance… mais j’avais été entière lorsque ça avait été le cas. Il l’avait froissé en une boulette de papier, l’avait jeté au sol et shooté dedans pour l’envoyer au loin.
Jamais il ne la récupérerait.

Et puis de toute façon mes cadeaux, il n’en avait que faire.
En parlant de ça, le paquet que je ne lui avais jamais donné s’était volatilisé, avec ma figurine soigneusement emmitouflée dans son emballage de papier à l’intérieure. Elle avait pas n’importe quelle histoire cette figurine puisque c’était April qui l’avait eu en cadeau parce qu’elle avait bien travaillé à l’école, un truc comme ça je crois et on était encore pas bien grandes à l’époque, genre moi huit et elle onze ans, et puis à cet âge-là hein, c’est bien connu on veut toujours dans la famille celui que l’autre a par pur esprit de contradiction et on est jamais content de ce qu’on a nous. Bref, j’en avais réclamé une à mon tour, parce qu’on pouvait avoir son prénom en dessous ce qui la rendait unique que le cheval qui se cabrait était de la même couleur que son vrai cheval à elle… Blake qui ne comprenait pas tout s’en était mêlé et donc au final on avait eu le droit d’aller en choisir une aussi dans le magasin dans lequel elle avait été achetée et nous aussi on avait voulu que ça corresponde avec nos animaux, alors comme ça la mienne ressemblait plus ou moins, à Sunset parce qu’il avait une robe appaloosa tacheté un peu particulière. Evidemment pour moi ça s’était compliqué parce que y’avait toujours ce même problème avec mon prénom où il manquait toujours la même lettre à la fin et mes parents avaient promis de la graver pour que ce soit vraiment le mien, à moi. Mais voilà on connait tous ça, les promesses qui sont des promesses certes mais où doit attendre six mois pour qu’elles se réalisent, alors impatiente, je n’avais pas pu m’y résoudre et je l’avais rajouté moi-même le –d avec un stylo bic. Quand ma mère l’avait vu elle s’était énervée, c’était prévisible, mais du coup, c’était resté comme ça.

Mais à présent, j’ignorais ce qu’il était advenu d’elle. Au départ, je l’avais récupéré dans des cartons qu’on avait laissé à Comanche chez ma tant parce qu’on pouvait pas tout emmener dans le déménagement, avec celle d’April, parce que Blake je m’en souvenais très bien elle était sur une étagère car il l’avait emmené avec lui en Angleterre et qu’elle avait dû périr dans l’incendie. J’avais voulu la donner à Chuck et à chaque fois que j’y songeais j’avais toujours un peu honte de ça, de ce que j’avais écrit en plus pour l’accompagner, non seulement parce que ça s’était passé le jour où il m’avait plaqué, mais en plus je voyais très bien sa façon de lancer des petites remarques moqueuses si je lui avais donné avant, et puis il l’aurait laissé dans un coin des dortoirs où il l’aurait perdu et ne s’en serait même pas inquiété, sans se soucier de la valeur sentimentale qu’elle avait pour moi, et que même si je ne le disais pas, que ce n’était pas anodin si je la lui donnais. Je n’avais pas osé la sortir de mon sac à cause de ça, et j’avais même voulu la faire disparaître en la jetant dans le lac par colère, mais je ne l’avais jamais fait non plus, sûrement par manque de conviction. Pourtant quand je l’avais cherché pendant les vacances, un jour où j’étais franchement déterminée à la détruire pour de bon parce que ça n’allais vraiment pas bien, je ne l’avais pas retrouvé, comme dans le reste de mes affaires, alors qu’elle ne pouvait pas être autre part. J’avais eu le doute du coup de me dire qu’autant je l’avais enlevé depuis longtemps pour la ranger ailleurs… je ne voyais pas où est-ce qu’elle aurait pu disparaître sinon mais le fait est qu’elle n’était plus là.
Comme Chuck.
Dans un certain sens, mais il ne l’était plus.

- Il faut que je m’en aille
, lui appris-je en fermant les paupières pour effacer ces images et me ressaisir de cet instant d’absence. Il me bouchait le passage. Machinalement, je ramenai ma manche sur mon poignet blessé pour le cacher. Bien heureusement on ne voyait pas le reste à cause de l’uniforme, à part sur la cuisse, mais comme normalement l’été j’étais toujours en train d’aller à droite à gauche, j’avais souvent des bleus et tout ça, alors ça passait inaperçu. Prends soin de Coop.



If my heart was sadder than a song
Would you still listen?
If my tears fell on you, one by one
Would you see them glisten?

On the street I'm waiting
In my heart it's raining

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"Elle lui a appris à vivre.


Mend Your Heart ♪♫♪ The American Girl ♪♫♪ Two Hungry Black Birds

Il lui a appris à aimer."

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Chuck Carlton
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MessageSujet: Re: Tightrope walkers [C.C] {Ended}   Dim 7 Oct - 15:10

Ce n'est qu'après l'avoir regardée de si près, et ça faisait si longtemps, que je fis le lien avec ce matin : quand, alors que j'étais en pleine conversation avec un Poufsouffle sur l'issue du match de Quidditch à venir et qu'une fille m'avait foncé en plein dedans, ce qui n'était pas anormal parce qu'à ces heures-là les couloirs étaient toujours bondés. Elle m'avait percuté de plein fouet, et avant que j'ai eu le temps de glisser une petite remarque amusée, elle avait filé sans plus tarder. J'avais à peine vu son visage, parce qu'elle était petite. Juste ses cheveux, blonds. Je n'avais pas tilté. Pourtant là en cet instant j'avais compris : l'odeur que j'avais ressentie m'avait fait douter une seconde, parce que je connaissais cette odeur, cette silhouette. Encore une fois, les cheveux m'avaient trompé. C'était donc Taylord. Qui, nouvelle preuve à l'appui, me fuyait comme la peste.

La fuite, la fuite... C'était donc tout ce qu'elle savait faire, maintenant?!

Je jetai un coup d’œil derrière moi, par la porte de l'infirmerie restée ouverte. J'avais un peu mauvaise conscience d'avoir abandonné Coop comme ça, parce que c'était mon rôle de rester avec lui quoi qu'il arrive, mais je ne pouvais juste pas sauter cette occasion. Taylord me faisait la gueule, et probablement à vie. La forcer quand je la chopais en plein couloir n'arrangerait rien, à part la braquer encore plus et me faire passer pour un connard puissance mille - si jamais je n'étais pas encore arrivé tout en haut de l'échelle du connard aux yeux de cette chère opinion publique. Pour ce que ça pouvait me foutre, de toute façon. Ça n'empêchait pas les jolies filles de rester ce qu'elles étaient, attirantes et bonnes compagnes de soirées. L'avis des autres restait ce qu'on en faisait. Combien de fois à Bristol j'avais appris des trucs sur moi par la bouche des autres, des filles avec qui j'avais couché ou des trucs que j'avais fait en soirée qui ne s'étaient jamais produits en réalité? Une réputation entraîne vite tout un tas d'actes et de faits qui paraissent aller avec le genre de personne qu'on paraît être. Moi, ça me faisait marrer. Ça me faisait surtout marrer quand je croisais la fameuse fille en soirée, qui elle savait parfaitement qu'il ne s'était rien passé, aussi bien que moi. Ce que les gens font pour se rendre intéressants... Bah, je m'en foutais. Du moment que ça n'empiétait pas sur mon espace vital, qu'est-ce que je pouvais bien en avoir à carrer? On n'a qu'une vie, pas mille, et ce genre de petits détails ne valaient pas la peine d'être relevés.

Je savais que si j'avais tant que ça pensé à Taylord c'était parce que oui, ok, je m'en voulais, je m'en voulais d'avoir été si bâtard et de ne pas avoir fait plus d'efforts, parce qu'elle méritait mieux. Je m'en voulais aussi même si je n'avais aucune preuves, que c'était en partie de ma faute qu'elle avait voulu rentrer chez elle. Et je m'en voulais aussi de la voir revenir avec une tête de fantôme, tellement différente de la vraie Taylord. Qu'est-ce qui avait bien pu se passer pendant cet été?! Je veux dire, moi le premier il n'avait pas été excellent, mais au moins je n'étais pas... métamorphosé. Bon sang, elle ne me regardait même pas dans les yeux! Elle était pâle, mais pas pâle quand on a pas pris le soleil, pâle comme si elle était malade, elle avait l'air de s'excuser de respirer, les yeux éteints, alors que normalement ils brillaient tout le temps, et même qu'ils m'hypnotisaient. Les coins de sa bouche étaient baissés. Elle avait l'air triste, juste triste... C'était quoi le délire?! J'aurais aimé pouvoir lui expliquer en deux temps trois mouvement que si j'avais été méchant c'était parce qu'on était allés trop loin et que j'avais compris qu'elle était trop accrochée à moi, et que j'allais le devenir sûrement, alors qu'il avait fallu tout arrêter. Et qu'arrêter brusquement ne se faisait pas sans mal, parce que c'était douloureux, et incompréhensible sans doute. Mais bon. C'était pour ça aussi que je ne restais jamais bien longtemps en couple. Parce qu'après pour s'en défaire, c'était jamais sans pertes et fracas.

Pendant que moi je m'éclatais la cervelle du mieux que je pouvais et passais le reste du temps sous les combles de notre maison, avec Coop ou des potes, bien à l'abri du rez-de-chaussée où l'ennemi était toujours présent, quand je pensais à Taylord, je l'imaginais toujours habillée comme dans Rintintin, avec sa chemise et son chapeau de cow-boy, sur son mustang, au soleil, à galoper un peu partout dans les vastes plaines du Texas. Je me disais qu'elle devait habiter dans un ranch, avec sa tante là je crois, des gens de sa famille, qu'ils étaient nombreux, que c'était un ranch comme on les voit à la télé, avec des grandes pièces, des couleurs chaudes, et puis tout près l'écurie, et des enclos partout pour les vaches et les chevaux. Mais dans ce scénario là, honnêtement, je ne voyais pas comment elle pouvait réapparaître deux mois plus tard... comme ça... Complètement défaite. Dans ma tête, j'avais l'impression que tout s'emmêlait, que tout se mélangeait, et je n'arrivais plus à tirer quoi que ce soit de logique. On avait merdé. On avait tellement, tellement merdé.

Et pourtant c'était pas faute de lui avoir fait comprendre, putain, elle le savait ça... Depuis le début. Depuis le début, depuis que je l'avais quasi-agressée en salle commune parce qu'elle faisait sa mijaurée - elle savait si bien le faire. Et puis après c'était trop long, il s'était passé tellement de trucs que je crois que j'étais incapable de tout raconter chronologiquement. Mais de tout ce qu'on avait partagé - bon et moins bon - elle savait quand même bien que je n'étais pas fiable, non? Elle avait été la première à comprendre que je n'étais pas ce que je paraissais, ça, d'accord. Je lui en étais reconnaissant. Mais justement, elle m'avait suffisamment connu ensuite... J'avais essayé de lui faire comprendre que ce que je cachais, si je le cachais, ce n'était pas parce que c'était bien justement, mais parce que bah, c'était peut-être pire.


- Tu te fous de ma gueule ?

Hmm. Eh bien, j'étais au moins soulagé de constater qu'il y a des choses qui ne changaient pas. Quand même.

Mais putain, elle ne pouvait pas me regarder dans les yeux!! C'était quoi cette embrouille encore? Mais qu'est-ce qu'elle cachait comme ça? Mais qu'est-ce qui lui passait par la tête, qu'est-ce qui lui était arrivé, bon sang! Ça me rendait dingue de ne pas comprendre, de la voir comme ça, et de ne rien pouvoir faire. Évidemment qu'elle allait me rembarrer, depuis quand Taylord pardonnait le genre d'affront que je lui avais fait?! On était pareil là-dessus, elle et moi. Mais tout ça... Tout ça pour en arriver là?!

J'avais trop conscience de sa fragilité pour m'énerver vraiment, comme je l'aurais fait normalement. Au prix d'un intense effort, donc - effort qu'elle ne verrait jamais - je m'empêchai tout geste d'exaspération, alors que j'avais juste envie de la secouer comme un prunier et de la forcer à dire ce qui n'allait pas. D'accord, j'allais rester tranquille. Je lui devais bien ça.

En revenant à Poudlard, un peu à reculons mais Coop m'y avait aidé, je m'étais dit qu'au moins, toutes ces conneries de drogues dont on avait quand même un peu abusé, ça restait derrière moi, puisqu'à Poudlard, à part pour de la weed, on ne trouvait pas aussi facilement de dealer qu'aux quatre coins de la banlieue où je créchais. Eh bien, ça me manquait déjà. J'avais déjà la tête trop lourde de tout ce merdier. J'avais envie d'avaler un peu de cette substance que je connaissais bien maintenant, qu'on mettait au fond d'un peu d'eau, qui avait l'air d'une innocente petite solution. Et puis après tout était doux, génial, drôle, comme une musique douce. Et le reste ne comptait pas. Je me passai la main sur le visage, avant de mettre mes mains dans mes poches.


- Non, et je haussai les épaules.

Je me demandais ce qu'elle pensait. De moi. Est-ce qu'elle croyait que j'étais juste en train de lui parler parce que ohlàlà, j'étais un gros connard qui ne pense qu'à se taper des meufs et que n'ayant rien à me mettre sous la dent j'étais en train de lui faire des avances? Est-ce qu'elle pensait définitivement ça de moi, en plus de tout ce qu'elle m'avait allègrement balancé la dernière fois qu'on s'était vus? Il y avait tout à parier, parce que vu les mots doux de sa cousine, elle n'avait pas du lui dresser un portrait des plus flatteurs.


- Ça ne te regarde pas.

Ça, j'avais bien cru comprendre.

Si seulement elle avait pu me regarder dans les yeux. Pour que je me dise que c'était vraiment ce qu'elle pensait, à 100%, qu'on avait plus rien à se dire, qu'il n'y avait plus l'espoir d'une ombre d'un grain de poussière qu'on reste amis, tout ça. Mais non. Elle gardait la tête baissée, les épaules aussi un peu, et elle était quelqu'un d'autre.

De ce côté-là, je pense qu'elle me connaissait encore assez pour savoir que j'allais pas la laisser s'en tirer comme ça. En plus de tout, ça faisait deux mois que je rongeais mon frein en me demandant ce qu'elle pouvait foutre de l'autre côté de l'Atlantique et si j'allais la revoir un jour, plus une semaine atroce où je m'étais dit c'est fini, pour toujours, et ensuite, quand elle était réapparu, je rivalisais de ruse pour essayer de capter son attention ou pour lui parler seul à seul. C'était quand même largement trop me demander qu'on se quitte là, maintenant, alors qu'elle venait non seulement de porter secours à mon frère, et que pour la première fois depuis de longs mois, on se retrouvait tous les deux. Je n'avais pas oublié. Je n'avais rien oublié, qu'est-ce qu'elle croyait? Taylord restait la seule et unique personne dont j'avais été si proche - trop, même, parce que dévoiler ce que j'avais pu lui dévoiler était contre mon style de vie, et c'était sans doute ça qui avait fait tout dérailler. Mais n'empêche qu'elle l'avait été. Qu'elle restait la personne à qui je pensais, comme ça, quand je laissais mon esprit vagabonder. La personne qui me manquait en soirée, ou bien en cours, ou bien juste comme ça. Je ne voulais pas qu'on se remette ensemble, surtout pas, puisque le merdier venait de là. Je voulais juste la retrouver comme avant, savoir qu'elle était tout près de moi, à mes côtés, et que je pouvais compter sur elle. Et puis c'était valable dans les deux sens : moi aussi je savais des trucs sur elle, et comment elle fonctionnait. Pourquoi est-ce qu'on ne pouvait pas mettre ça en avant et oublier le reste?

Mais c'était trop dur à expliquer.


- Il faut que je m’en aille. Prends soin de Coop.

Ah, non!

Enfin, oui, j'allais prendre soin de Coop. Mais pour le reste...

Quand je fis un pas en avant, une seconde je me demandai si elle avait peur de moi, tant elle semblait vouloir se recroqueviller sur elle-même, ramenant son poignet blessé - au bas mot, elle avait l'air de s'être battue avec une armée de trolls. Je m'arrêtai, interdit. La tête me tournait. Il y avait trop de trucs qui m'échappaient. Je soupirai.


- Taylord...

Je commençai une phrase sans savoir une seconde comment la terminer. L'avantage, c'était ma taille et ma force, qui l'empêchaient de se tirer comme elle en avait l'intention. Et puis n'y tenant plus, je lui redressai le menton, doucement mais autoritairement, pour l'obliger à me regarder. Droit dans les yeux.

Pourquoi ne pas essayer?... C'était sans doute la première fois que j'étais prêt à la supplier. Mais encore une fois, les mots... Les mots avaient trop de pouvoir pour jaillir de moi comme ça.


- Et toi, qui prends soin de toi? Loin de sa famille, si elle fuyait tout et se fermait à tout le monde, ici... Elle n'allait pas faire long feu. J'étais fatigué. Et ça se voyait, je le savais. J'insistai : Je me suis inquiété pour toi. Pourquoi ne pas dire la vérité, pour une fois, puisqu'elle me l'avait tant reproché et qu'aujourd'hui elle semblait incapable de mener une quelconque bataille... Tu ne veux même plus qu'on soit amis?

C'était dit, et sans détour. L'un dans l'autre cela n'avait pas de sens, mais alors. Je laissai retomber ma main, et lui lançai un petit sourire désolé. Et si elle me disait que non, elle ne le voulait plus? Je savais qu'il me faudrait obéir.

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CHUCK CARLTON
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Taylord Reegan
Élève de 7ème année



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MessageSujet: Re: Tightrope walkers [C.C] {Ended}   Mar 9 Oct - 17:07


♪ Tiny Heart ♫

Tiny heart, stuck inside yourself
When will you open up for me ?
I love you so, wanna meet you again
Before one of us must go.


A quoi ça sert d’aimer si c’est pour rester tout seul ?

‘’C’est toi qui a un problème’’
Tout ce qu’on s’était craché à la figure… entre ce dernier soir et dans la salle commune… C’était marqué au fer rouge contre les parois de mon crâne – je ne me souvenais pas des paroles exactes mais sa voix résonnait toujours avec la même intensité, pleine d’une haine et d’une méchanceté non dissimulée. J’avais un problème. J’étais
le problème. Il ne pouvait qu’avoir raison, puisque c’était vrai que ça s’était toujours passé autrement entre nous deux, qu’avec les autres filles qu’il avait fréquenté. Les autres… Les autres, elles ne l’énervaient pas, elles ne le mettaient pas en colère… alors que c’était plus facile de compter les fois où on ne s’était pas engueulés comme des chiffonniers tellement c’était arrivé souvent. Ça voulait bien dire qu’il y avait un truc qui clochait chez moi qui faisait que ça capotait toujours et avec tout le monde - je restais l’unique personne à devoir se remettre en question.

On avait jamais voulu la même chose au même moment, entrant dans une espèce de ballet où à la fois tous les coups étaient permis, ce qui n’empêchait pas de légères progressions parmi tout ce remue-ménage… En un sens, je me disais, qu’il voulait me faire payer, simplement. De ne pas avoir été docile, de ne pas le comprendre… de me baser sur ce que je voyais vraiment et non pas au-delà de cette surface lisse et sans accrocs et lorsqu’enfin j’avais voulu m’y intéresser, ça avait été trop tard, mon tour était passé. Je n’avais pas la possibilité de revenir en arrière pour réparer mes erreurs du passé, mais… est-ce que j’en avais envie ? Je ne regrettais rien de tout ça, de la façon dont toutes ces années étaient passées parce que c’était ce qui avait forgé notre histoire, parce que j’étais moi-même aveuglée par ma propre hargne, parce que c’était comme ça. J’avais été authentique jusqu’au bout, mais finalement je ne savais même pas qui était Chuck. Je ne savais plus quand il avait menti, ou lorsqu’il avait dit la vérité… j’étais bien incapable de déceler la moindre différence entre les deux, si ce n’est que c’était ce qu’il considérait comme mes fautes passées, avec de la rancœur et que c’était tout à fait légitime que j’en subisse les conséquences. Et je ne pouvais rien contre cela.

Je ne bougeai pas mais eu un mouvement de recul vers l’arrière lorsqu’il s’agita. Je constatais tristement que je ne connaissais que ses habitudes qu’il avait depuis toujours, en supprimant la limite d’espace vital entre deux personnes. C’était comme au tout début : quand je ne supportais pas qu’il provoque le rapprochement physique d’une façon ou d’une autre, comme il venait de le faire, là, juste avant en m’entraînant jusqu’ici. Malgré tout, il était bien là ce grillage invisible qui nous séparait à tout jamais derrière lequel je préférais rester cloisonnée par pur instinct, comme les animaux qui sentent le danger au loin et qui savent qu’il ne faut pas aller dans telle ou telle direction. Là, je savais qu’il ne fallait pas que j’aille dans la sienne, et pourtant, et pourtant… il n’y avait plus qu’une chose qui m’obnubilait depuis tout à l’heure, c’était de le toucher, comme un besoin beaucoup plus que viscéral et qui vous prenait au plus profond des tripes, avec cette sensation d’étouffement dont on a l’impression qu’elle ne cessera seulement lorsque les deux peaux seront l’une contre l’autre. Je voulais le serrer contre moi, fermer les yeux et que tout s’arrête.
Enfin.


- Taylord...

Je frissonnai, en essayant de rester totalement stoïque à cette situation, à cette conversation à laquelle je ne participais qu’à moitié. Elle n’avait même pas lieu d’être, puisqu’on s’était déjà tout dit. Plus précisément, c’était lui qui me l’avait dit, il ne se souvenait pas ? Je ne faisais que répondre à sa demande, je le laissais tranquille, je voulais bien faire n’importe quoi dans ce sens, même si c’était pour me déchirer le cœur pour que lui se sente bien, j’allais même me faire encore plus petite, peut être que sa question précédente, c’était justement parce que je ne remplissais pas encore assez les conditions, mais j’avais juste voulu m’assurer par moi-même que Coop était entre de bonnes mains, je…

J’étais en proie à la crise de panique parce que tout ça m’échappait, je perdais le contrôle, comme s’était souvent arrivé cet été, et la suite n’arrangea rien – Je ne voulais vraiment pas croiser ce regard, ce regard qui me faisait plier à tous les coups et cette fois c’était sûr que je n’allais pas pouvoir cacher le voile désemparé qui m’habitait face à son dédain flagrant qui lui n’avait pas besoin de parler pour le dire explicitement : que je n’avais rien à faire ici. S’il n’y avait plus que ça pour lui faire plaisir, d’accord je voulais bien disparaître. Je ne servais à rien ici. Comme nulle part ailleurs. Et bien ce fut encore pire, parce qu’il n’y avait rien de tout cela, ce qui m’effraya d’autant plus..
Parce que ce n’était pas normal.

J’inspirai un peu plus longuement – je crois que j’avais arrêté pendant une seconde ou deux. On venait terminer le travail en venant vérifier que mon cœur était déjà en bien mauvais état en plongeant à mains nues dans ma poitrine pour venir le broyer entre des ongles fourchus et le percer à de nouveaux endroits. Qu’est-ce qui s’était passé ? Qu’est-ce qu’il avait ? Je décelai une grande lassitude dans le marron de ses iris qui normalement annonçaient toujours la prochaine fois que tout son visage allait se contracter pour rire. Il était contracté mais dans un rictus qui ne me plaisait pas, qui n’avait rien à voir avec Chuck et la question me brûlait les lèvres, sans que je ne la pose. Moi non plus, ça ne me regardait pas. Je n’avais jamais eu ce droit.

Je voulais passer mes mains sur ses traits, son teint terni et sur ses cernes à l’aide de mes pouces et avoir le pouvoir – c’était bien le seul que je désirais plus que tout au monde – d’effacer tout ça, mais à la place, je restais pétrifiée, malgré ma lèvre inférieure que je n’arrivais pas à faire cesser de trembler. J’avais compris, durant ces derniers mois que l’expression « déplacer des montagnes » prenait tout son sens. J’aurais été capable de n’importe quoi de plus extraordinaire que de bouger des montagnes pour Chuck.
Mais il n’attendait pas de moi que je tienne ce rôle-là.





Your lips touched every hand but mine


- Et toi, qui prends soin de toi?

Plus que jamais je voulais m’évader de ce huis-clos dans lequel il nous enfermait et où je perdais tous mes moyens.

- Je suis grande
, murmurai-je à mi-voix sans élever un mot plus haut que l’autre. Je n’ai pas besoin qu’on le fasse à ma place.

C’était un semi mensonge – Lilian et Scarlett m’aidaient à peine à tenir debout et je ne repoussais pas leur aide. A présent que nous avions discuté je n’avais plus à donner d’explications supplémentaires et m’en contentais, même si j’avais bien vu que ce n’était pas forcément leur cas. Je savais qu’elles étaient présentes et c’était le maigre soutient auquel je me rattachais, mais je n’y pouvais rien et préférais à avoir le moins de choses à leur demander pour ne pas les déranger, me cloitrant ainsi un peu plus dans mon isolement et mon confinement. Je savais qu’il était inutile d’en sortir, parce qu’un jour ou l’autre, j’allais devoir y retourner, depuis toujours c’était comme ça et j’en avais fait que trop souvent la désagréable expérience, alors à quoi bon s’attacher ? Je n’étais plus victime de la déception comme ça, et ne prenais plus le risque de décevoir quelqu’un. Je créais dans mon malheur, mon petit univers de solitude avec l’idée d’y rester. J’étais à terre. Je n’arrivais plus à me relever. Je n’en avais plus envie. Quand on est au sol, on écarte l’éventualité de s’écorcher à nouveau. C’était lâche, mais en même temps, je ne prétendais plus être cette personne courageuse.

Ca ne signifiait pas que j’aimais ça, bien au contraire. La plupart des fleurs ont besoin de lumière pour s’ouvrir et au contraire s’affaiblissait dans l’obscurité. Je détestais être dans le noir. Mais dans tous les cas, j’étais la perdante, alors… autant me blottir dans cet exil. Je ne voulais laisser aucune porte ouverte à Chuck. Quand on peut vous faire du mal une fois, c’est bien qu’on peut recommencer, non ? Je ne voulais pas qu’il s’imagine que je lui en voulais. Non… j’avais essuyé ma colère en la remplaçant par de la peine, et en plus, j’éprouvais beaucoup trop d’
amour pour ça. En revanche… je n’étais pas sûre d’y arriver.
A lui pardonner.


- Je me suis inquiété pour toi.

Je m’interdisais de le croire, même si maintenant, c’était moi qui étais inquiète pour lui. Je m’étais dit que même si je n’avais rien obtenu de ce que je désirais qu’au moins, il aille bien, qu’il était en pleine forme, que la vie poursuivait son cours et que je n’avais pas à m’en faire. Que c’était tout ce qui comptait. Que ça pouvait être mon dernier souhait même si cela devait inclure que je n’y trouve pas mon compte. Ça n’avait cependant rien à voir avec ce que je m’étais imaginée et je sentais que ça me tiraillait déjà de toutes parts, de ne pas être au courant alors que j’aurais tout donné pour être aux premières loges, et ainsi, faire quelque chose.

- Tu te trompes. Ce n’était pas un reproche, ni rien, je savais juste que oui, il se trompait, que c’était, je ne sais pas, la culpabilité qui lui faisait dire ça, mais alors il pouvait se rassurer tout de suite, il n’avait pas à en avoir, mais que de toute façon, ça n’avait rien à voir avec ce qu’il pensait ressentir.

On était allé trop loin pour réparer les pots cassés. Il fallait juste laisser couler. Je coulais. Il ne pouvait pas faire pareil ? Pas de couler, non non, surtout pas, j’allais l’en empêcher de toute manière s’il essayait, mais juste de dire, okay d’accord, c’est un gros échec, mais les échecs ça arrive, il faut juste s’en rappeler pour que ça ne se reproduise pas.


- Tu ne veux même plus qu'on soit amis?

Où est-ce qu’il voulait en venir ? Je le dévisageai avec une totale incompréhension alors qu’il me libérait de son emprise – quoique, c’était beaucoup dire. J’avais voulu être son amie, depuis la première fois d’ailleurs si ou poussait le vice au plus loin, j’aurais même voulu après s’il me l’avait calmement demandé, mais au lieu de ça non, il s’était moqué, il avait même trouvé ça drôle que cette idée tellement saugrenue me soit venue à l’esprit tant elle était abracadabrantesque. Il.me.l’avait.dit. Pourquoi est-ce qu’il voulait se convaincre, me convaincre du contraire ? Ça allait, j’avais compris que ce n’était pas ça qu’il recherchait que maintenant qu’il l’avait eu, il n’avait plus aucune raison de jouer le jeu.
Pourquoi tu reviens, alors que tu es partie ?

- Une amitié cachée, c’est ça ? Libre, j’en profitais pour me dérober du regard – encore.

En même temps, quoi d’autre ? Personne n’avait envie d’avoir une folle dingue comme amie, ça aussi il me l’avait très souvent répété, merci, et plus d’une fois. Je n’y avais vraiment prêté attention quand il disait ça avant, parce que j’avais mis ça sur le compte de l’impulsion, mais la donne avait changé depuis, alors est-ce qu’au fond… Ce n’était pas la vérité ? Une tarée avec des réactions pas normales et complètement imprévisibles qui faisait chier tout le monde. Quand il pensait à moi, c’était quoi le terme qui revenait le plus souvent ? Je pouvais parier que ça ressemblait très probablement à « salope » avec tout un éventail de synonymes pour créer des variantes.
J’étais désolée d’être une salope.





You will never know what you have done to me
You will never know losing your love for me
You will never know a single day alone.


En fait au lieu que cela me fasse plaisir, je me sentais encore plus humiliée de sa proposition. Parce que c’était par bonté alors, c’est ça ? Je faisais tellement pitié qu’il voulait bien porter la responsabilité de tout ça ? Il ne devait pas se donner cette peine. Je ne voulais pas lui faire perdre son temps. Il avait honte de moi, c’était bien pour ça qu’il préférait ne pas nous voir ensemble, mais il n’avait pas à s’en faire.
J’avais honte de moi également.

Je réalisais que je m’étais collée contre le mur quand soudain, je m’aperçus de la pierre inégale qui me rentrait dans le dos. Depuis combien de temps ? Je voulais me mettre à pleurer mais n’y arrivais pas – ça non plus, je n’étais pas en mesure de lui offrir.

- Je ne veux pas être ton amie, répondis-je doucement de manière très détachée, sans aucune agressivité. Je refusais, pour nous préserver tous les deux d’abord – me protéger aussi. Et je voulais autre chose que son amitié, quelque chose qu’il n’était pas en mesure de me donner, donc… Et toi non plus, tu ne veux pas, lui assurai-je sur le ton de l’affirmation, pour qu’il le comprenne. Non, il ne voulait pas.

Ce qui le laissait croire ça n’était que suppositions et mystère – comment il avait pu s’en persuader aussi. Tout au fond, il le savait, c’était certain qu’il n’avait pas à s’encombrer de ce superflu, il attendait sûrement juste que je dissipe totalement le doute pour enlever toute trace de remords. Au moins, si je pouvais faire ça…

- Désolée, terminai-je, la voix éteinte.

De quoi ? Peut-être un peu de tout.





When you choose me, I'm waiting for you.
Always waiting.

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"Elle lui a appris à vivre.


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Chuck Carlton
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MessageSujet: Re: Tightrope walkers [C.C] {Ended}   Mer 10 Oct - 12:09

Plus précisément, il m'aurait fallu obéir. Parce que Taylord était dans cette position de force du vaincu, à qui on doit quelque chose, et que si elle me demandait de la laisser tranquille pour toujours, c'était à moi d'obéir, de me plier à ce qu'elle voulait. Dans les faits. Mais voilà. Depuis quand j'obéissais à ces règles pourries? J'avais toujours fait cavalier seul et je ne voyais pas envers qui ou quoi je devais rendre des comptes... Taylord ne voulait pas de moi? De ma, selon ses mots, "sale tronche de p'tit merdeux"? Mais ça ma jolie, il aurait fallu y penser avant, bien bien bien avant. Avant d'accepter de rentre dans le jeu, de me confier trop de trucs, et de devenir, ça elle ne pouvait quand même pas le renier, quelqu'un qui avait compté, et ça valait pour nous deux. Elle voulait quoi, que je me retourne et que je m'en aille, et que plus jamais je ne la remarque sur mon chemin? Je n'étais pas un connard à ce point. Et puis je ne voyais pas trop l'intérêt de faire ça - elle aurait été une de mes ex lambda, que j'aurais juste pécho à quelques soirées et rien d'autre, bien sûr que je l'aurais larguée et ignorée dans les règles. Mais Taylord... Elle était aveugle ou quoi? Notre petite histoire de cul mises à part, ça fait six ans que je me la coltinais, et qu'elle me supportait, alors pourquoi on devait tout effacer? Ah, je savais bien que sortir avec elle n'était pas une bonne idée. Mais bon, à cette époque, mes fantasmes avaient été trop forts pour que je puisse y résister, évidemment. Et maintenant elle mélangeait tout, voilà, et ça me faisait chier, et puis de toute façon on était tous les deux obnubilés par comment ça s'était fini, nos engueulades, notre dispute dans les règles de l'art sur le pont après la petite sauterie avec Woodley, et bonjour chez vous, le spectacle est terminé.

Le tout, maintenant, c'était de se tirer de là. Tout en prenant en compte que l'adversaire était visiblement bien chaud pour freiner des quatre fers et surtout ne pas me faciliter la tâche. Mais, franchement, elle me serait réapparue comme avant, la Taylord que j'avais toujours connue, aussi forte et bien portante, j'aurais peut-être moins insisté. Mais là... Non mais là, on aurait dit qu'elle avait un pied dans la tombe! Et elle espérait vraiment que je crois que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes! Non mais pas du tout. Et si j'ignorais ce qui avait bien pu se passer - enfin, quoi exactement - c'était mort pour que je la laisse tomber aussi facilement. Ça lui aurait fait trop plaisir, tiens.

Non, bon. Il fallait que je sois gentil avec elle, c'était promis.

Qu'est-ce que Coop aurait fait? Ha, mauvaise idée. Si j'essayais juste un instant de me figurer Coop dans le tableau... Il avait direct cet air contrarié de quand je faisais des conneries et que je le décevais, et tout de suite il prenait 5 ans dans la tronche, prêt à me faire la morale du haut de se quelques centimètres. Eh oui, c'était bien ça le problème d'avoir un frère à Poufsouffle, il avait toujours été investi d'un genre de justice divine, et inutile de préciser que ça me faisait royalement chier. J'imaginais parfaitement son petit regard bleu posé sans détours sur moi, et cette expression déçue sur son visage. "Pourquoi tu fais ça?" Eh bien eh bien, j'essaye de réparer les pots cassés, allo, pourquoi personne ne s'en rend compte, c'est si invisible que ça?! "Taylord est triste et tu es la dernière personne à qui elle a envie de parler. Parce que tu lui as dit des choses méchantes." Ah ça! Et elle elle ne m'a rien dit de méchant peut-être? Que j'allais finir seul si je continuais comme ça, que je méprisais les gens, que personne n'avait besoin de moi, que j'étais méchant gratuitement, et blablabla. "Oui, mais toi tu l'as plaquée sans explications - (faux) - après avoir couché avec elle." Oui mais bon... Bon. Ah, il me faisait chier. Penser à Coop n'était pas la bonne idée. De toute façon, c'était débile de se demander ce qu'il aurait pu faire, puisqu'il n'aurait jamais été jusque là, et donc n'aurait pas eu à réparer ce merdier. J'étais tout seul dans cette galère. Taylord devait être contente, tiens.


- Je suis grande. Je n’ai pas besoin qu’on le fasse à ma place.

Ce qui m'énervait doublement, c'est qu'en plus de fermer toutes les portes que j'essayais gentiment d'ouvrir, sa voix, ses gestes trahissaient encore plus sa faiblesse et sa lassitude. Et elle espérait sincèrement que je tourne les talons?! L'énervement montait, mais pour la première fois face à elle, je le maîtrisais totalement. Parce que je comprenais que ça n'aurait servi à rien, et que ça l'aurait braquée encore plus... Et je ne voulais pas. Je ne voulais pas la voir pleurer à la fin, par exemple.

La peau de son visage était douce - je ne l'avais pas vraiment oublié - et retrouver le contact de ses yeux ne me rassura pas autant que je l'avais espéré. C'était bon de la revoir vraiment, mais ses yeux étaient plein d'ombres. Ça n'allait pas. Pourquoi tu mens? Ça ne va pas.


- T'es pas si grande que ça, dis-je doucement avec un petit sourire.

Je la dominai de toute ma hauteur, mais je finis par lâcher son menton, sentant que cette position de force que j'avais ne la mettait pas spécialement en confiance. N'empêche qu'elle restait... qu'elle restait ce qu'elle était, une fille un peu trop fragile qui avait essayé de se protéger en cachant tout ça. Elle m'avait laissé le voir. On pouvait me reprocher beaucoup de choses, mais pas d'oublier... J'y avais pensé tout l'été je le rappelle.

Je me demandais toujours si il fallait que je lui rende sa figurine de cheval, tout en me demandant franchement comment j'allais m'y prendre. Déjà, en toute logique, je n'aurais pas du ouvrir le paquet, puisque même si y'avait mon nom dessus, on était clairement brouillés quand je l'avais eu. Mais bon, voilà, la curiosité, c'est mal. Et puis maintenant? Il avait été tout l'été ou presque dans ma poche de jean et puisque Taylord ne me l'avait jamais réclamé, je me disais qu'elle devait s'en foutre non? Je ne savais même pas ce que c'était que ce truc, elle devait en avoir d'autres de toute façon. Si je m'étais dit que la première fois que je lui reparlerais, je lui rendrais, ben là, la discussion était trop bizarre et trop mal engagée pour que je m'imagine le sortir de ma poche et lui dire "au fait tiens, après que tu te sois fait casser la gueule par Woodley et avant qu'on s'engueule comme des merdes, j'avais ramassé ça par terre, et c'est à toi". Non. Je crois que ça me servait de lien un peu, aussi. Parce qu'au fond... Je n'avais vraiment pas envie de me détourner d'elle, déjà que j'avais balisé de ne jamais la revoir à Poudlard. Putain qu'est-ce qu'elle devait me haïr pour agir comme ça... Je ne voyais que ça.


- Tu te trompes.

Euh... J'eus un mouvement de surprise.

Merci, je sais encore ce que je dis oui! J'avais passé mon été à m'inquiéter, alors son "tu te trompes" elle pouvait se le... Non, bon. On ne s'énerve pas. N'empêche que. Si elle ne croyait aucune de mes paroles, ben putain, on n'était pas rendus.


- J'crois pas, non. Mon ton était peu plus froid. Si j'te le dis c'est que justement...


- Une amitié cachée, c’est ça ? me coupa-t-elle.

Ah ok. Bon.

... Bien envoyé, cela dit.


- Non, pas caché! dis-je plus haut en haussant les épaules. Non mais elle n'y était pas du tout là! Ah putain, plus ça allait plus je sentais la situation me filer entre les doigts et moi je restais là comme un con à essayer de me débattre avec une Taylord qui n'était que l'ombre d'elle-même. Et qui en plus croyait tout le contraire de ce que j'essayais de lui faire comprendre. Merde, elle savait quand même, que je n'étais pas doué pour tout ça!...


- Je ne veux pas être ton amie. Et toi non plus, tu ne veux pas. Désolée.

Alors là... C'était le pompon. Je crois que je restais un instant sans rien dire tellement ce qu'elle me balançait comme ça, la voix basse, les yeux fuyants, me coupait le sifflet. C'était presque pire que si elle m'avait gueulé dessus encore une fois, en fait. Je préférais limite qu'elle m'insulte. J'eus envie de baisser les bras, tant pis - visiblement c'était mort de chez mort, je n'étais qu'un connard, c'est ce que tout le monde pensait non? Et donc basta - mais je ne pouvais vraiment, vraiment pas m'y résoudre au fond, allez savoir pourquoi.

- Mais puisque je te dis que si! Merde, cette fois je m'étais un peu emporté, et j'avais parlé avec trop de virulence. Relax, relax. Je me repris tout de suite, la regardant toujours, essayant de capter son regard à elle qu'elle ne voulait pas me donner. ... Tu me détestes à ce point?...

Remarquez, il y avait de quoi, et je le savais. Je fermais une seconde les paupières. J'étais fatigué. J'avais envie que tout s'envole, je ne savais plus trop ce dont j'avais besoin, réellement, mais je savais que tout dans ma tête était trop dense, et, encore une fois, il n'y avait que des substances artificielles qui pouvaient empêcher tout ça. Mais il ne fallait pas que j'y pense, c'était débile. Autant essayer de régler ça comme un grand, même si ça me faisait chier. Et que ça faisait chier Taylord aussi, apparemment. Je savais qu'il fallait que je lui donne des explications, mais je ne savais pas quoi. Je t'ai larguée parce que c'était trop? Mais trop quoi? Je l'avais largué parce qu'on allait trop loin, mais ça elle ne comprendrait sans doute pas, j'en savais rien. J'avais été méchant pour que la coupure soit plus nette et plus facile. Visiblement je m'étais planté, mais comment expliquer à quelqu'un qu'on lui a fait du mal en pensant qu'on lui ferait du bien au final? En plus d'un connard, elle allait aussi me prendre pour un débile si je m'engageais dans cette voie là.

- J'veux pas t'embêter, moi. Tu comprends?... J'écartai les mains en signe d'impuissance. Non, visiblement, elle ne comprenait pas où je voulais en venir et moi je ne savais pas l'y emmener. Je le pensais pas tout ce que je t'ai dit l'autre fois... Pourquoi on devrait faire comme si on ne se connaissait plus? On a encore une année à se voir tous les jours. Tu crois pas que ça serait mieux qu'on essaye?...

J'insistai. C'était tout ce que je savais faire, même si j'avais la certitude au fond qu'elle ne redeviendrait jamais sans doute l'amie que j'avais eue.

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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: Tightrope walkers [C.C] {Ended}   Ven 12 Oct - 22:17

♪ It's a Heartache ♫

It ain't right with love to share

When you find he doesn't care, for you
It ain't wise to need someone
As much as I depended on, you



Tout avait changé.
Je n’avais jamais été une très grande friande du changement. Les habitudes telles qu’elles étaient, lorsqu’elles me plaisaient, je ne voyais pas pourquoi il aurait fallu les modifier. C’était la routine, et alors ? Il y avait des routines qui étaient très bien, et ça voulait pas dire qu’elles étaient forcément plan-plan, elles pouvaient très bien être agrémentées de temps en temps par des petites surprises, des bonnes, et c’était ça qui donnait un peu de piment. Malheureusement, quand ça marche dans un sens, ça vaut aussi dire que ça marche dans l’autre, et il y a des bouleversements contre lesquels on ne peut rien faire, qui sont tellement plus forts que vous qu’ils vous entrainent dans cette déferlante qui finira bien par prendre fin un jour mais quand ? J’avais échoué sur une plage, mais elle ne ressemblait en rien aux belles îles désertes dans lesquelles on veut bien se perdre jusqu’à la fin des temps. Cette plage-là était caillouteuse et surtout, c’était un endroit angoissant où aucun jour heureux n’était promis.

Et puis, ce qu’il faut bien se garder à l’esprit, c’est que quand quelque chose change, ça l’est pour toujours.
Jamais elle ne redeviendra ce qu’elle a été.


- T'es pas si grande que ça.

C’était de bonne guerre. J’avais la nette et désagréable impression que Chuck essayait de tout faire comme si de rien était, comme si cette simple façon d’agir permettrait de tout effacer, de reprendre là où les choses avaient été laissées avant qu’elles ne dégénèrent. Pourtant il devait bien s’en rendre compte, non que c’était impossible ? Je l’avais accepté – pas très bien, mais accepté quand même – il ne pouvait pas me faciliter la tâche en allant dans mon sens ? Tout ça… je ne pouvais plus. Je n’étais plus cet adversaire contre lequel il aimait bien se confronter parce qu’il avait de l’énergie à revendre et ne s’avouait jamais vaincu. On aurait beau tout faire comme si tout allait bien…
Ça ne l’était pas. Que faire contre cela ?

Quoi qu’il en pense, j’avais grandi cet été – c’était le médecin qui l’avait dit. Pas beaucoup, mais un peu. Sûrement la dernière poussée de croissance, et c’était là qu’il avait entamé le discours sur l’alimentation – à partir de là, j’avais arrêté d’écouter. On ne me laissait le choix de rien.
Alors qu’on me donne au moins celui de contrôler mon corps.

La position dans laquelle je me trouvais, celle qui faisait qu’il pouvait m’écraser d’une seconde à l’autre me troublait, d’autant plus que j’accueillis sa remarque comme une critique. Une de plus. Elle était là, la réalité : je pouvais faire absolument tout ce que je voulais, pour toujours, je restais pour lui, cette fille qui ne serait jamais assez. Comme une esquisse non terminée à laquelle on aurait pas rajouté les couleurs, parce que ce n’était pas un si bon dessin que cela…

- Y’a un truc qui te plaît au moins chez moi, où.. ?
J’avais une telle vision déformée de moi-même, de ce qui m’entourait et des autres, qu’en fait, c’était tout simple : je ne savais même plus qui j’étais.

Ce que m’avait dit Scarlett me revenait en tête, ses paroles… sa vision plus objective, qui ne pouvait que l’être puisque qu’elle était en dehors de toute cette histoire et qu’elle prenait mon récit avec un recul que je n’avais pas. Que l’idée générale, c’était de garder les bons moments, ceux pour lesquels on avait eu peut être, même si ce n’était que l’espace d’une seconde, envie d’être une personne meilleure, et pourtant... à chaque fois que je repensais à ces semaines passées, je n'arrivais pas à fixer ces instants qui à un moment donné m’avaient fait chavirer – il y avait toujours une ombre au tableau, une nuance, même infime parfois qui ne faisait que renforcer ma conviction, que lorsque moi j’étais comblée, Chuck ne l’était jamais totalement, à cause de ce basculement de ma part, ce pas de travers qui faisait que ça n’allait plus. Inévitablement, les visions qui s’imposaient à moi, c’était celles qui me heurtaient, quant à celles qui ne l’étaient pas… Est-ce que lui-même y avait cru en disant des mots destinés à me faire plaisir ? A quoi bon en tenir compte finalement, puisque j’étais toujours dans ce flou total qui m’empêchait de discerner le mensonge de ce qui ne l’était pas ? C’était un laborieux travail de recherche que je n’étais plus en mesure d’accomplir. Et Chuck ne me demandait pas de le faire de toute façon.

Ils n’étaient pas visibles mais les trois murs qui se trouvaient de toutes parts autour de moi se rapprochaient au fur et à mesure de l’insistance de Chuck pour me tenir prisonnière – la première phase était terminée, puisque le dernier côté, était bien réel puisque j’étais appuyée contre, pour ne pas m’écrouler, et comme si j’allais pouvoir ne faire plus qu’un avec lui et disparaître. Etre transparente, je ne demandais que ça…

La façon encore qu’il avait de trouver réponse à tout, que tout le sérieux que je pouvais avoir, mes suppliques qui lui demandait de m’oublier, le faisait rebondir et il aimait ça, parce que ça lui donnait justement de quoi se nourrir et le rendait plus fort encore… moi en revanche, ça me pompait le peu de vitalité qu’il me restait, et ça me blessait encore plus, car s’il ne voulait même pas me laisser en paix, déjà que je n’avais plus beaucoup d’espoir, comme est-ce que j’allais faire pour m’en sortir ?


- Mais puisque je te dis que si!


Et moi ce que je voulais, qui s’en souciait ?
Est-ce qu’il s’était déjà intéressé à mon avis ? Toutes les fois où il s’était imposé, par nos engueulades, son comportement.. ? Avoir mon autorisation ou pas, pour lui ça n’avait pas grande importance, ce qu’il voulait il le prenait et c’est tout, c’était juste selon ses humeurs, ses envies… Est-ce qu’il me l’avait demandé lorsqu’il m’avait forcé à l’embrasser devant tous les Gryffondor en salle commune, est-ce qu’il s’en était soucié, quand il m’avait lâché, précisément au même endroit ? Et maintenant quoi ? Sa petite colère était passée, il s’était calmé et il estimait que cette amitié lui revenait de droit ? J’étais juste la poupée pleine de fils pour la maintenir qu’il faisait fonctionner à sa guise, et la seule liberté qu’il me conférait, c’était celle de me plier à ses injonctions, même celles contre lesquelles je résistais… Il n’éprouvait aucun respect quant à mon désir.
Il ne me respectait pas.

- Je ne veux pas être ton amie, répétai-je. Cette fois nos yeux se croisèrent inévitablement – j’avais un peu relevé les paupières et comme il ne me lâchait pas du regard, c’était devenu un regard contraint et forcé, mais surtout profondément malheureux. Il ne pouvait pas juste avoir la clémence de céder à mon imploration ?

S’il te plaît…


- Tu me détestes à ce point?...

- Non. Ça n’avait rien à voir et je ne voulais pas qu’il croit ça. Quoi qu’il arrive, de son absence ou sa présence, c’était lui ces derniers mois qui me faisait le plus souffrir, mais à quoi ça aurait servi de lui en vouloir ? J’avais assez de chagrin pour ajouter celui du ressentiment, et s’il y avait une personne au final contre qui j’étais vraiment en colère, c’était moi et la crédulité dont j’avais fait preuve.

Celui qui disait que la frontière entre l’amour et la haine n’était qu’infime, essayait juste de se rassurer. Ma colère elle était engloutie et c’était noyée depuis longtemps – je débordais trop d’amour de partout pour qu’elle ait pu survivre à l’assaut des vagues.


- J'veux pas t'embêter, moi. Tu comprends?... Je le pensais pas tout ce que je t'ai dit l'autre fois... Pourquoi on devrait faire comme si on ne se connaissait plus? On a encore une année à se voir tous les jours. Tu crois pas que ça serait mieux qu'on essaye?...

L’autre fois, et la fois d’avant. Et la fois d’avant avant aussi ?

- Tu le pensais pas ? Regarde-moi, regarde-moi un peu et vois comme tu as eu raison, aussi misérable que tu l’as décrit. C’est bon, il avait plus besoin de faire semblant à présent. Maintenant tu peux…

Je fis soudain le lien, la raison de ce qu’il était en train de faire… Il craignait quoi ? Les représailles ? Que je me venge ? Que je lui mette toute l’école sur le dos ? Et qu’en obtenant ma sympathie, non seulement comme ça, ça le faisait un peu déculpabiliser, mais aussi que ça lui évitait bien des désagréments à gérer… Qu’il se rassure, ça ne faisait pas du tout partie de mes projets, alors sérieusement, c’était inutile de s’encombrer avec ça, je ne comptais pas lui tomber dessus au détour d’un couloir en le bombardant de boules puantes…
Je le savais bien que j’étais de trop – qu’il ne voulait pas de moi dans son royaume.

- Y’a plein de personnes que tu vois tous les jours, rien ne t’oblige à rester avec… ben là, c’était pareil, et c’était même encore plus humiliant parce que ça en devenait presque hypocrite, c’était juste de la poudre aux yeux pour voiler les apparences, pourtant elles étaient ce qu’elles étaient, et c’était irrémédiable.

Il me reprochait de l’ignorer et en même temps me demandait l’impossible avec cette amitié – j’avais essayé d’être présente, d’y répondre il ne pouvait pas prétendre le contraire.
Alors qui de nous deux, était le plus en train de fuir l’autre ?

- Ne t’inquiète pas, tout le long, je m’étais efforcée de garder une voix la plus blanche possible pour lui couper la possibilité de l’interpréter comme de l’agressivité ou du cynisme – sinon j’allais me prendre sa nervosité en pleine figure et je n’étais pas de taille à y résister. Je ne te dérangerai plus. Et cependant je restais là avec la nette impression d’encore avoir à me justifier. Je ne voulais pas. C’était trop lui demander que de le concevoir ? Même cette volonté il ne pouvait pas essayer de la l’admettre ? Où est-ce que j’avais si peu de valeur à ses yeux que même ça je ne le valais pas ?

Il pouvait reprendre sa petite vie – pas la peine de s’encombrer de la mienne. Il l’avait suffisamment répété qu’il s’en fichait. Ça aurait été arrogant de ma part de ne pas le croire.

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MessageSujet: Re: Tightrope walkers [C.C] {Ended}   Lun 15 Oct - 18:50

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    You carry the wounded and heal the infected in hopes of healing your own
    It’s so unexpected when we all die alone
    Yeah, well that’s what you get for now
    This is what you get and how it hurts


J'étais dans la position de force parce qu'elle se recroquevillait sur elle-même pour attendre que l'orage passe, parce que j'avais toujours été le plus grand et le plus fort, parce que je n'avais jamais lâché prise, comme elle d'ailleurs, parce que ça avait toujours fonctionné comme ça. Et là, alors qu'elle avait l'air si... misérable même si ça me faisait mal de me le dire, je me sentais encore plus fort face à elle. Je n'avais qu'à lever la main pour la bloquer contre le mur, pour la coincer ici, pour la forcer à me regarder, à m'écouter. Mais plus j'insistai, plus j'essayais de faire du mieux que je pouvais - en essayant de prendre sur moi d'ailleurs, mais ça, madame était à des lieues de sembler vouloir s'en rendre compte un instant - et plus je m'épuisais à revenir d'une manière ou d'une autre sur ce qui s'était passé pour lui faire comprendre que... J'étais allé un peu loin et que oui, je regrettais toutes ces choses qu'on s'était dites, parce qu'encore une fois si je ne voulais pas qu'on soit ensemble, je tenais à elle plus qu'elle semblait le supposer. Mais plus ça allait, plus je me sentais tout seul sur le ring. Taylord n'était qu'une spectatrice. Elle avait renoncé, et en y réfléchissant bien elle n'avait pas tout à fait tort. J'avais été le roi des connards, avec elle. Je n'avais pas mesuré les conséquences de mes actes parce sur le coup je voulais que tout se termine nettement, que la coupure se fasse, et qu'on avance vers autre chose. Mais je n'avais pas imaginé que d'autres éléments la feraient se tirer de Poudlard et potentiellement ne jamais revenir, et encore mois qu'on en serait là, à discuter de trucs qui tout d'un coup me paraissaient insaisissables. Il m'aurait fallu tout justifier, mais comment? Elle le savait bien que ce n'était pas mon genre... Que j'étais comme ça, pourquoi elle ne voulait pas le comprendre?

C'était donc parfaitement inutile que j'expose tout ce qui m'était passé par la tête pendant l'été, à savoir que oui, je m'étais inquiété pour elle, pour son futur, que je me demandais où elle pouvait bien être et ce qu'elle pouvait faire, que sa place était à Poudlard qu'elle le veuille ou non, que Poudlard était sa chance, et qu'elle y avait ses amis que je sache, même si elle me mettait à part. Elle voulait que je fasse venir un témoin peut-être, pour plaider en ma faveur? Coop était un peu hors-service pour le moment, mais bon sang si elle avait pu savoir un dixième de ce qui s'était passé - pas tout non plus, le reste je le gardais pour moi - eh ben elle aurait pu être servie.

Mais c'était inutile. Ok. Message reçu, mais si je n'avais absolument aucune envie de le reconnaître. Je ne pouvais m'en prendre qu'à moi après tout.


- Y’a un truc qui te plaît au moins chez moi, où... ?

Mais qu'est-ce qu'elle pouvait être con, quand elle s'y mettait...

Je la regardais droit dans les yeux - enfin j'essayai, puisqu'une seconde sur deux elle fuyait mon regard. Ça n'était jamais arrivé, d'ailleurs. La fin avait bien ses signes, apparemment. Oh, vraiment, qu'est-ce qui me plaît chez toi? En dehors du fait que tu es une chieuse née, sans doute la seule qui a réussi à me pousser à bout jour après jour, mais en même temps que tu as un truc qui te rend
spéciale pour reprendre les propos de ton si cher ami Fray qui fait que je reviens quand même vers toi? Je ne sais pas, le fait que tu sois le genre de filles qui me plaît inconditionnellement, sur tous les plans? Que je te trouve drôle et attachante et pas chiante comme certaines sont? Que je te trouve intelligente aussi et plus mature que tu le crois, ce qui me donne toujours l'impression que tu me tires vers le haut? Et enfin pour s'arrêter à des considérations bassement matérielles pour éviter qu'on me pense encore plus obsédé que je le suis, que tu es canon et que tu as un putain de charme mais que mieux encore tu ne le sais pas et tu en joues sans faire exprès, ce qui te rend plus attirante? Que tu as été mon meilleur coup mais que tu m'aurais sans doute mis une baffe - parce que as tes petites habitudes, aussi - si je te l'avais dit? Et qui si je te propose qu'on reste amis c'est pas juste pour te garder dans ma jolie petite liste de contacts, mais parce que justement je tiens à tout ça?

Si je lui disais tout ça il y avait à mon avis deux réactions possibles : la première, qui semblait être la nouvelle mode, c'est qu'elle croit encore que je me foute de sa gueule, la deuxième, c'est qu'elle prenne ça pour une déclaration, ce que je ne voulais surtout pas, parce que je ne voulais pas la faire espérer. C'en était une, mais d'amitié. Le reste était un sujet trop délicat et si jamais eh ben... elle n'avait pas tourné la page, je ne voulais pas prendre cette dangereuse pente glissante qu'on avait bien été cons de prendre, d'ailleurs.

Du coup je ne dis rien, haussant les épaules, d'un air qui voulait dire : ça ne sert à rien, puisque tu as déjà tes idées arrêtées. C'était vrai, elle avait toujours eu une tête de bourrique, alors. Je crois qu'il était temps d'arrêter la partie. Partie que j'avais visiblement perdu, ce qui me faisait bien chier.


- Je ne veux pas être ton amie.

- Oui, je crois que j'ai capté, merci bien, en plus d'être un vilain méchant, je n'étais pas con non plus. Vive l'ambiance. Tant pis.

Tant pis pour qui?


Oooh, voilà qui allait me rassurer, au moins, "elle ne me détestait pas". Ben ça me faisait une belle jambe, si ne pas me détester rimait avec je t'évite dans les couloirs et je ne te parle plus, autant me dire franchement qu'elle ne pouvait plus me blairer, autant l'assumer, quoi. Je n'étais plus à ça prêt. Surtout qu'elle pouvait toujours s'assoir sur le fait que je lui courre après, maintenant. Ma petite, tu fais ton choix, ici et maintenant, et tu l'assumes. Il ne sera pas réversible - j'en avais assez de jouer à viens-chercher-Taylord-dans-ses-retranchements-parce-qu'elle-a-peur.


- Tu le pensais pas ? Maintenant tu peux…

- C'est ça, c'est ça,
commentai-je d'une voix agacée.

- Y’a plein de personnes que tu vois tous les jours, rien ne t’oblige à rester avec…

Mais si tu veux jouer aux cons, on peut, tu sais très bien que je suis doué à ça. Je n'avais imaginé que la perspective d'être mon amie était si horrible aux yeux de cette très chère Reegan et de ses petits principes à la con.

- Ne t’inquiète pas. Je ne te dérangerai plus.

... Mais putain.

Maintenant voilà qu'elle rangeait de registre, et qu'elle faisait sa victime, rôle qui ne lui allait clairement pas et qu'elle avait toujours refusé. Eh ben, comme quoi, les gens changent. Même Taylord... C'était un peu à se flinguer, tout ça. J'eus un geste d'incompréhension. Si encore son discours avait collé avec la personne qu'elle était normalement, avec son attitude, mais non, rien! Elle n'était qu'une ombre qui me disait connerie sur connerie. Qu'est-ce que je faisais avec ça, qu'est-ce que je devais comprendre? Il ne me restait qu'à prendre ses mots au pied de la lettre, elle en était consciente au moins?


- D'accord. Moi non plus, puisque c'est ton choix, et j'appuyai bien sur ces derniers mots. Très bien, très bien, l'histoire se terminait là, et pas sur le pont avant les vacances, comme on aurait pu le croire. Il ne me restait plus qu'à ranger Taylord dans un placard et en tirer la conclusion qu'elle n'était pas si spéciale finalement, qu'elle ne voulait pas comprendre, qu'elle ne voulait plus être celle qui avait une place particulière pour moi même si j'avais mis longtemps à le comprendre. Elle avait raison, j'avais mes potes, elle avait les siens, on allait très bien gérer la situation. Qu'elle retourne se taper des Serdaigle, pour ce que ça pouvait me foutre.

- Salut.

Adieu, plutôt. Je lui lançai un dernier regard plein de déception et tournai les talons. Je ne pris pas le chemin de la salle commune, parce que je n'avais aucune envie de faire le chemin avec elle, et qu'en plus je voulais m'assurer que Coop allait mieux. J'avais l'étrange impression qu'elle me rendait la monnaie de la pièce, et que je venais, bizarrement, de me faire larguer à mon tour. 1 partout, la balle au centre.

    It’s what you get
    It’s how you’re measured
    It’s all your pain mixed with so much pleasure
    It’s what you get
    It’s all you’ve ever wanted

    Well this is what you get for now
    This is what you get and how it hurts
    Own it well.

_________________

CHUCK CARLTON
I should have known better, nothing can be changed - the past is still the past, the bridge to nowhere - I should have wrote a letter, explaining what I feel, that empty feeling - Be my rest, be my fantasy

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Taylord Reegan
Élève de 7ème année



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MessageSujet: Re: Tightrope walkers [C.C] {Ended}   Mar 16 Oct - 14:09

J’en avais entendu des ragots sur Chuck, des biens et des moins biens, mais le plus souvent, c’était comme si les personnes qui m’en parlaient évoquait une personne qui n’avait rien à voir avec celle que j’avais fréquenté sous toutes ses coutures. Il avait sa réputation d’accord, ça personne ne pouvait lui enlever, et pourtant tout le monde s’y était fait, et si on en omettait ça, c’était quelqu’un de marrant, un peu trop grande gueule au goût de certains ce qui faisait que ça clashait parfois, mais si ça aussi on en faisait abstraction… Chuck Carlton, c’était pas difficile de bien s’entendre avec lui. Donc dès lors, il y avait clairement quelque chose qui ne tournait pas rond quand elles discutaient avec animation dans les dortoirs, et qu’elles parlaient des garçons, elles en brossaient un portrait plutôt sympathique et à chaque fois je me faisais la réflexion que… bah non. Je ne voulais pas dire qu’on avait pas passé des moments cools ensemble – même si maintenant je me demandais si ça l’avait vraiment été pour lui – mais y’avait eu quand même dans l’ensemble je pense des fois où ça avait été limite, où ça c’était pas très bien passé, surtout pendant les premières années, et même quand on avait commencé à se fréquenter vraiment, et ensuite vraiment vraiment, on s’était quand même pris parfois pas mal le nez, donc ce que j’en concluais, c’était qu’il n’y avait qu’avec moi que ça se passait comme ça, que c’était moi qui lui donnait envie de se comporter comme ça, je ne voyais pas quoi d’autre sinon et que par le même fait je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même si aujourd’hui on se retrouvait là, comme ça, sans avoir rien à se dire.

Pour lui raconter quoi en plus ? Que mes vacances avaient été merdiques que j’avais revisité tous les coins de ma chambre et que je les connaissais par cœur, que je me sentais désespérément seule, que je détestais ça, mais que je faisais paradoxalement tout pour mettre encore plus de distance entre moi et les autres, que tout ce qui m’avait toujours porté, mes chevaux, ne suffisaient plus à me faire garder la tête haute et que ce qu’il avait imaginé pouvoir voir chez moi, ben non seulement c’était pas vrai, mais que même si admettons ça avait été le cas, jamais il ne pourrait remettre la main dessus ? C’était terminé tout ça pourquoi il ne voulait pas juste dire d’accord on en parle plus et on s’arrête là au lieu de jouer avec le poignard qu’il avait dans les mains et d’agrandir les plaies de chaque côté, pour que jamais elles ne disparaissent complètement et ne cicatrisent ?

Bien sûr, quand c’était lui qui posait les questions, il lui fallait des réponses, mais je pouvais toujours attendre dès qu’il s’agissait des miennes, et même si finalement sa réaction ne m’étonna pas plus que ça, parce que ça confirmait juste ce que je pensais, qu’à la limite en cherchant un peu on pouvait trouver des phrases toutes faites, mais qu’en vrai sous n’importe quel angle y’avait rien de bien chez moi sur lequel s’attacher un peu, que ce soit sur le plan physique et moral, et que les seules choses que j’aimais encore bien, j’avais réussi à les massacrer. Des mèches blondes me retombaient devant les yeux, mais je ne les ramenais pas vers l’arrière, déjà parce que je n’osais pas bouger et puis comme ça, ça cachait mes traits et c’était tant mieux parce que je sentais mon menton se contracter et ma mâchoire se serrer pour en contrôler les tremblements nerveux qui refusaient de cesser.

Il y avait des gens, plus on les descendait, et plus ils arrivaient à grimper vers les hauteurs, parce que c’était les coups de pieds au cul qui les faisaient réagir. Au contraire, je me sentais enfoncée encore plus, comme dans des sables mouvants. Ca n’avait pas toujours été comme ça puisque des critiques, j’en avais eu, mais comme je savais ce que je valais, j’en avais toujours rien à faire. Je savais où je mettais les pieds donc ce qu’ils pouvaient bien penser… et puis voilà, j’avais commencé à avancer dans le noir, à la recherche de nouvelles sensations et d’inconnu là où j’étais un peu moins sûre de moi et puis même si au départ je n’avais pas fait attention, ça c’était imprimé lentement mais sûrement dans mon esprit, parce que quand on vous répète plusieurs fois la même chose même si c’est d’une façon différente, c’est forcément qu’il y a une part –une grosse part – de vérité dedans, non ?
J’avais juste besoin d’être un peu rassurée…


- Oui, je crois que j'ai capté.


Mais comment c’était possible si quoi que je dise, quoi que je fasse, il me condamnait d’avance ? Le ton de sa voix s’était durci. On aurait dit qu’il faisait mine de ne pas comprendre pourquoi j’en faisais tout un plat, que ce n’était pas si grave et qu’encore une fois, c’était de ma faute s c’était la merde et qu’on allait y rester si je ne faisais pas d’efforts alors que lui essayait d’en faire. Que je rendais tout compliqué comme d’habitude parce que je ne savais faire rien d’autre et qu’il fallait pas que je m’étonne si j’étais toute seule parce que c’était uniquement à cause de ma bêtise et que si je n’étais pas capable de voir sa charité ben je pouvais aller me faire foutre. Et lui, il ne pouvait juste pas se rentrer dans la tête que je ne voulais pas qu’on m’aide ni rien, qu’on me plaigne, ni quoi que ce soit, que je voulais juste qu’on me laisse dans mon coin, ne rien devoir à personne et que personne ne se sente redevable envers moi et se serait très bien. Et puis parler d’amitié… pour être ami avec quelqu’un, il faut bien lui faire un minimum confiance pour que ça marche, et que ça se passe dans les deux sens.
C’était exactement pareil que d’essayer de ramener à la vie quelqu’un de déjà mort.


- C'est ça, c'est ça.

Voilà. Comment il voulait que je fasse pour prendre pour comptant ses précédentes affirmations alors que la seconde qui suivait dans tout ce qui laissait présager l’inverse. Je devais le prendre au sérieux alors que mes propres mots n’avaient aucun impact sur lui, je ne jouais pas si c’était de ça qu’il doutait, il ne pouvait pas faire de même jusqu’au bout pour une fois, ou alors ça voulait signifier que ce serait comme ça pour toujours et ça montrait bien que même cette conversation n’était qu’une pure perte de temps.

- Mais arrête !! J’avais juste l’impression d’être une enfant qu’on écoute plus parce qu’elle parle tout le temps, qui envoie tous les signaux possibles pour parler d’un danger imminent mais que personne n’entend, et ça se rapprochait et sa se rapprochait et ce n’était pas pour rire… C’était sorti comme ça, dans un réel mouvement d’impuissance dans une plainte à moitié étranglée – il ne pouvait pas juste voir que je ne faisais pas ça pour l’énerver, mais juste parce que je ne savais pas quoi faire d’autre, que j’étais malheureuse, que de le voir comme ça en pas si bonne forme comme je l’avais imaginé n’arrangeait rien et que ce qu’il faisait, c’était exactement comme si appuyait sur ma tête à chaque fois que je voulais sortir de l’eau pour récupérer un peu d’air.
Mais je pouvais crier autant que je le voulais. Il ne m’entendait pas.


- D'accord. Moi non plus, puisque c'est ton choix.


J’obtenais ce que je voulais, alors pourquoi je me sentais coupable encore ? De quoi surtout ? En tout cas, c’était clairement ce qu’indiquait le ton de ses mots, je suis trop bien pour toi, mais comme je suis pas totalement égoïste quand même ça me dérange pas de passer un peu de temps avec toi. Tu veux pas ? Ben c’est juste que t’es conne alors, parce que sinon, je vois pas trop qui d’autre voudrait bien te supporter. Pourquoi il ne voulait pas me pardonner et tourner la page ? En tout cas maintenant c’était bel et bien fait, il n’y avait plus de doutes, mais même ça je n’en étais pas contente – comme toujours, il avait réponse à tout, comme toujours c’était lui qui avait raison, qu’est-ce que je pouvais faire contre cela si ce n’est accepter que c’était lui le plus puissant mais qu’en rien ça lui donnait envie de me protéger, mais plutôt de me garder en vie,
seulement, parce que lui le tolérait ?
- Salut.

J’ouvris la bouche, excuse-moi, juste excuse-moi, mais quand je croisai une seconde ses pupilles pour avoir l’énergie de le faire, j’y lus une telle amertume que cela me coupa instantanément le sifflet. Il ne voulait pas les entendre. J’étais une raté, et même ce droit-là, à des gens comme ça, on ne le leur donne pas. Ce que j’avais craint, et dans lequel je m’étais laissé bercer par le doute parce que c’était plus facile que de faire face à la vérité se confirma : je l’avais déçue, et il n’y avait rien de pire que cela –
décevoir les gens qu’on aime.

Je l’observai s’éloigner et restai un moment, comme ça, sans faire le moindre mouvement. Et quand je bougeai enfin, ce fut pour aller trouver refuge dans un des coins du château dans lequel personne ne se rendait jamais, et ne pourrait pas me trouver, avec la ferme intention d’y périr.




{Terminé}

_________________
"Elle lui a appris à vivre.


Mend Your Heart ♪♫♪ The American Girl ♪♫♪ Two Hungry Black Birds

Il lui a appris à aimer."

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Tightrope walkers [C.C] {Ended}
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