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~ Pleasure and Pain [PV T.]

 
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 ~ Pleasure and Pain [PV T.]

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Ruby Standiford-Wayland
Apprentie à Sainte Mangouste



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Nombre de messages : 2176
Localisation : Cachée.
Date d'inscription : 03/09/2011

Feuille de personnage
Particularités: « and from the rain comes a river running wild that will create an empire for you. »
Ami(e)s: Lizlor; « Maybe home is nothing but two arms holding you tight when you’re at your worst. »
Âme soeur: « Lover, when you don't lay with me I'm a huntress for a husband lost at sea. »

MessageSujet: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Ven 28 Sep - 0:24



"I have felt pleasure
And I have felt pain
And I know now
That I can never be the same

How I wonder why the world can be so cold
And if only good die young
Then left with me cruel here to grow old."



La salle de classe était bruyante mais pourtant, j’avais l’impression de n’entendre qu’un vague sifflement lointain. Les silhouettes sur les chaises se mouvaient dans les rayons du soleil qui passaient par les carreaux des fenêtres, mais je les trouvais floues, illusoires. Il parait qu’il fasait chaud pour une fin d’été, mais je tremblai sous mon uniforme. Une fille à côté de moi se plaignit du soleil qui l’aveuglait, et je réalisai qu’il me léchait aussi le bras et le côté gauche du visage. Je ne l’avais même pas senti, comme si tout autour de moi c’était déjà la nuit fraiche qui m’appelait. Je poussai un soupir, trempant ma plume dans l’encre pour continuer à recopier le cours sagement dicté par Greyson. Sa voix était monotone et mes lettres devenaient de plus en plus longues et lentes, épousant l’intonation du professeur. Etait-ce de l’ennui ? Non, j’avais simplement cette impression étrange d’être ailleurs. Et à la fois, je n’avais aucune envie de bouger. Je jetais un coup d’œil par la fenêtre, lorgnant le parc dans lequel se baladaient quelques élèves. Je les entendrais presque rire, et j’en avais des frissons. Ça fait quelques jours déjà que mes rires se faisaient plus faibles, plus lasses. Le parc ne m’attirait même pas, en fait, je n’avais envie d’être nulle part. J’aimerais disparaitre, être happée par l’immense vide qui m’entourait et m’oppressait.

D’où cela venait-il ? Je n’avais aucune explication, sincèrement. C’était simplement du spleen, pur et dur. J’avais l’impression que tout me peser dessus. Tout le monde convergeait vers moi, cherchait un appui sur épaules qui ne pouvaient supporter une telle pression. J’avais peur que Rita aille mal, de décevoir Lizlor, qu’Hadrian se lasse de moi… Chaque minuscule doute, détail, s’insinuait en moi et me poussait vers le fond, ou simplement vers mon lit dans lequel j’aurais pu rester allongée toute la journée les yeux ouverts, sans rien faire. Je me sentais extrêmement vide. Les aspects de ma vie étaient inégaux. J’avais perdu Ana mais trouvé Annalisa. Cela semblait s’arranger avec Haruhi, mais Taylord avait disparu de la circulation. Rien ne tournait plus rond, rien en semblait plus logique. Je restais là en souriant mais j’avais l’impression de me décomposer de l’intérieur. Et plus je luttais pour cacher cette étrange tristesse plus elle s’ancrait en moi et me laissait hagarde. Cela durait déjà depuis plusieurs et je n’aurais su donner un point de départ, si ce n’était la discussion avec Hadrian sur mon rôle de Miss Parfaite qui l’agaçait. Ce n’était que des remarques, ce n’étais pas méchant je le savais. Mais au fond, cela me touchait bien plus que je ne voulais l’admettre car je ne savais simplement plus sur quel pied danser.

Il y avait eu cet épisode avec Rita dans les toilettes où elle m’avait trouvé par terre, pleurant sur mes affaires salies par la boue dans laquelle j’avais glissé. Ça aussi, c’était pesant. Plus le temps passait, plus ce TOC concernant la saleté s’imprimait en moi et plus je ne cessai de vouloir tout ranger et ordonner. J’avais toujours cru que ce n’était qu’une mauvaise habitude. Enfin, je ne la considérais même pas mauvaise, simplement nécessaire. Légèrement contraignante, mais j’en avais besoin. Je croyais pouvoir contrôler. Mais je ne le pouvais, comme je ne pouvais contrôler la moitié de ce qui m’arrivait. Peut-être que si je me lassais aller, ça irait mieux… ? J’avais honte d’être aussi vulnérable dès qu’une tâche se présentait. Pourtant l’année dernière, j’avais réussi à faire une bataille de nourriture avec Traice et Tirya. Je pouvais supporter d’être tâcher parfois, il me semblait simplement que c’était par période… Visiblement, je traversais plutôt une rechute. Au lieu de me battre, je me laissais dérivée avec lassitude en attendant que ça passe, souriant de temps en temps pour n’alarmer personne. Au fond, je me sentais terriblement vide, inutile et sans force, mais je n’en touchais mot à personne. Légèrement à Lizlor, mais ce n’était que des sous-entendus, je ne voulais pas qu’elle s’inquiète. De toute manière, elle devait deviner…

La cloche retentit enfin et je me levais tel un ectoplasme, me faufilant à travers les rangées pour retrouver l’air libre. Comme un poisson qui remonte à la surface. Sauf que j’étais encore à des kilomètres au fond d’une mer agitée… J’avais quelques heures à tuer avant le repas, mais aussi avant cette fête à laquelle j’avais promis à Tirya et Traice d’assister. Ça allait être chouette, Dray et Hadrian viendraient sûrement, mais aussi les années supérieures. Lizlor n’avait pas trop envie d’y aller, moi j’avais juré. En gros, le thème c’était joyeuses retrouvailles dans les hangars à canots avec de jolies choses à boire, de la bonne musique et une chouette ambiance. Sur le papier ça me changerait les idées ! Je trainais donc à la bibliothèque dans mon coin en attendant le dîner. Mes yeux parcouraient les pages d’un livre sur le quidditch sans vraiment suivre les mots : j’avais la tête ailleurs. Où ? Je poussais de nouveau un soupir en regardant ma montre. Les minutes s’égrenaient tellement lentement… Je finis par fermer le manuel pour remonter me préparer dans ma salle commune. Je restais sous la douche presque une demi-heure, frottant chaque parcelle de ma peau pour être sûre d’être propre. Aucune trace de saleté. Et voilà que ça repartait, les TOC…

J’enfilais une robe légère et noire accompagnée de ma veste en jean, et chaussais une vieille paire de sandale plate pour être à l’aise. Je n’avais pas vraiment envie de faire d’effort, de faire quoi que ce soit. Mes traits d’eye-liner furent tout de même parfaits, sans aucune bavure, aucune trace… Je n’aurais pas supporté. J’étais folle, je crois. J’attrapais simplement mon paquet de cigarettes et ma baguette que je fourrais dans mes poches avant de souhaiter une bonne soirée à Prudence. Je descendis dans le parc silencieusement, avant d’atteindre la petite fête clandestine dans le hangar. Des sortilèges avaient permis d’insonoriser les lieux mais à peine passai-je le champ de sort que je fus abasourdie par la force de la musique. C’était quoi, une boite de nuit ou quoi ? Il me fallut plusieurs minutes avant de trouver Tirya qui avait déjà commencé les shoots. Je me joignais à elle, avant de trainer un peu dans les bras d’Hadrian, puis de danser un peu stupidement avec Traice. J’avais la tête qui doucement s’envoler mais ce n’était pas la douche euphorie habituelle. C’était plus… Noir. J’avais l’impression d’étouffer au milieu de ce bruit, de ces rires. Je finis par attraper une bouteille de Tequila avant de m’enfuir dans la nuit.

Le parc était désert et mes pas me portaient dans des recoins inconnus. J’allumai une cigarette et les cendres enflammées constituèrent un point lumineux, le seul du parc à mesure que je m’éloignais de la fête. Le silence était complet et je m’allongeais un instant dans l’herbe en fixant l’immensité du ciel. Je me sentais toute petite, minuscule. Ma cigarette acheva de se consumer et je l’écrasai négligemment, fermant les yeux un court instant. Le vent sur mon visage me rappelait que malgré tout, je ressentais quelque chose. Mon corps n’était pas encore complétement déconnecté. Et pourtant, je le sentais sans force, ridiculement faible même. Je ne sais pas combien de temps je restais allongée à réfléchir, mais lorsque je finis par me relever, j’avais un peu froid dans ma petite robe. Je pris une gorgée de tequila pour me donner un peu de force, et mis sur mes pieds. Je n’avais qu’à revenir à la fête, prétendre n’être jamais partie et m’amuser comme j’étais censée le faire. Mais je n’avais pas la tête à ça. Sauf qu’en fait, je ne l’avais à rien. Peut-être devrais-je dormir pour cesser de penser ? J’aurais aimé. Mais je ne savais pas dormir, je ne pouvais pas. Même au bord de l’épuisement, le sommeil refusait de m’emporter. Ou lorsqu’il le faisait, il m’happait dans des rêves sombres, des cauchemars où défilaient mon père et désormais Ana.

C’est alors que j’eus cette idée un peu folle, en voyant la cabane hurlante se détacher dans la nuit, au loin. Je n’y avais jamais été. Par peur ? Peut-être. Je crois aussi que c’était vraiment sale comme endroit. Mais là-bas, personne ne me trouverait non ? La tequila eut peut-être raison de moi, et je finis par me diriger vers cette maison qui se révéla être bien plus loin que je ne l’aurais imaginé. Je ne sais combien de temps je marchais dans l’obscurité, accompagnée seulement du bruit des pas sur l’herbe sèche, mais je me figeais finalement en arrivant devant le vieux portail rouillé des lieux. Je regardais cette grande bâtisse vide et délabrée.
Comme moi. J’osais finalement remonté l’allée jusqu’à la porte décrépite devant laquelle je m’immobilisais de nouveau. Prenant une dernière gorgée de tequila qui me brûla la gorge, j’allumai une cigarette pour me donner de la force et je pénétrais dans les lieux prudemment. L’alcool avait commencé à s’accumuler dans mon esprit embrumé, et les quelques rayons de lumières que procurait la lune n’éclairaient que des formes un peu floues. Je trouvais cependant les escaliers, que je montais lentement, chaque marche grinçant sous mes pas. Je manquais de marcher sur l’une qui était cassée, mais me rattrapai de justesse, manquant de faire tomber ma bouteille. Je poussai un juron avant de tirer une nouvelle bouffée de tabac et d’achever mon ascension. C’est vrai que c’était vraiment sale ici.

J’atteignis finalement une grande pièce aux carreaux brisés et aux rideaux déchirés. Il ne faisait pas si sombre que ça, la lune éclairant la pièce, si bien que je distinguais une silhouette assise. Mais qui passait donc sa soirée ici et… Non… ?


- Taylord ?

Blonde certes, mais toujours Taylord. Réalisant que je la revoyais depuis au moins trois bons mois, je chancelais un peu sous la surprise –et l’alcool. Qu’est-ce qu’elle fichait ici ? Je restais immobile un instant, ma cigarette se consumant entre mes doigts. Puis, sans trop réfléchir, je finis par lui demander timidement :

- Je peux rester ?





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« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Taylord Reegan
Élève de 7ème année



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Ami(e)s: C'est comme la poussière d'étoiles. Si t'y prends pas gaffe, elle s'effrite entre tes doigts...
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MessageSujet: Re: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Sam 29 Sep - 23:01

« - A quoi pensez-vous ?
- A l'impossibilité de ne pas penser. »


Quitter l’isolement pour retourner à l’isolement.
Cela avait ce putain de petit goût ironique et amer comme lorsqu’on croque une tranche de citron cru à pleines dents. Ironique parce que j’avais toujours eu cette fascination pour l’extérieur qui n’était jamais grand, assez spacieux pour moi. L’immensité de l’univers ne m’avait jamais effrayé – au contraire je voulais aller toujours plus loin, au-delà des frontières du réel sur le dos de mon cheval où j’épousais ses foulées à la perfection. Dans ces moments-là, nous ne faisions plus qu’un, une seule entité indestructible, et c’était de là que je puisais ma force. Les prairies, les étendues désertes, les canyons… Chez moi était partout et au Texas je me sentais chez moi, de la même manière que l’on naît poussière et que l’on redevient poussière. Ce sentiment, je l’avais perdu.
Je ne savais où il était allé.

A la place je vivais en exil dans les dortoirs de la tour de Gryffondor, m’y contraignant parce que je n’avais d’autres choix. C’était à peu près le seul endroit où je me sentais un peu près bien – et encore. Peut-être aurait-il mieux fallut dire, un peu moins mal. Quand toutes les filles sortaient de la pièce, très souvent je m’empressai d’ouvrir les fenêtres pour respirer l’air libre, comme si grâce à cela j’allais me sentir plus grande, plus solide. Ce n’était que subterfuge et je détestais cette impression de me sentir enfermée dans cette cage dont j’avais moi-même fermée la porte et gardais précieusement la clé. Je n’arrivais pas à me détacher de ce confinement volontaire, à m’en défaire, comme s’il me retenait prisonnière avec d’épais liens que mes bras étaient trop maigres pour détruire. J’avais passé ce stade de l’acceptation depuis bien longtemps, ce n’était pas un secret et même sous les couches de vêtements, c’était difficile à cacher. C’était juste… comme ça, on ne pouvait rien y faire.
Je ne voulais même pas que ça change.

Le cours d’étude des moldus avait été annulé cet après-midi, je n’avais pas trop écouté pourquoi – c’était un groupe de septième année qui l’avait dit en sortant de la salle de classe de défense contre les forces du mal et j’avais saisi l’information rapidement avant de partir en sens inverse pour rejoindre mon espace clos. Il y avait plusieurs heures à tuer, mais sitôt allongée sur mon lit que j’avais en souvenir les jours précédents parce que c’était toujours le même scénario qui se répétait lorsque je venais me terrer ici. Je voulais autre chose, mais surtout un vrai lieu calme parce qu’il y avait toujours du passage dans les dortoirs même si on me laissait tranquille – je restais encore cachée derrière mes rideaux et la seule chose qui pouvait signaler ma présence, c’était Zephyr qui s’amusait avec ces derniers. Je ne voulais pas de Poudlard, ni de ses habitants, alors que j’étais contrainte d’y rester enfermée car c’était un lieu plein de barrière où l’on ne pouvait pas aller au-delà du lourd portail qui me bloquait l’accès à cette sortie tant désirée. Nous étions parqués comme de vulgaires moutons, mais je n’avais de cesse de m’éloigner du troupeau.

Et puis je m’en étais souvenue – cette fête d’anniversaire qu’avait organisé Ulrich dans la cabane hurlante. Je connaissais l’entrée, il fallait appuyer sur un endroit particulier du saule pour qu’il s’apaise et passer par l’ouverture qu’il protégeait. Cette soirée, et tout ce qu’elle comportait paraissait si lointaine mais je savais que je m’y étais amusée.
Des moments comme celui-là, il n’y en avait plus.

J’avais fourré un vêtement dans mon sac et il y avait déjà les magazines sur les chevaux que j’avais glissés quelques jours plus tôt. Je les avais ramené avec moi de Comanche et j’avais demandé à Ruth qu’elle m’en envoie régulièrement parce qu’il n’y avait que des livres sur la magie au château et ça ne m’intéressait pas… Je mettais encore quelques objets personnels dedans, il devint vite lourd et plein à craquer comme le constatait mon épaule droite et attrapait Zephyr dans mes bras qui ne se faisait jamais prier lorsque je le câlinais. Et puis au moins je me sentais – mais ce n’était qu’illusoire là encore – protégée lorsqu’il fallait traverser la salle commune… Mon regard se posa un instant sur la table de nuit dans laquelle était entreposée ma baguette magique depuis des jours… et puis non, même si je l’emmenais, je n’allais pas m’en servir, alors, elle était très bien où elle était.

C’était toujours la même angoisse de se mêler aux autres, même si ce n’était que pour quelques secondes. J’opérais le même manège depuis mon arrivée à Poudlard et ça marchait assez bien car garder les yeux rivés sur le sol en ignorant tout le monde comme si j’avais des œillères s’avérait efficace. Parfois, j’entendais mon prénom, mais je jouais la sourde. Il y avait toujours ce risque conséquent que je ne voulais pas prendre de tomber nez à nez avec lui et puis il y avait eu une fois ou deux où il m’avait semblé qu’il était si
proche, alors dans ces cas-là, j’accélérai sans oser vérifier si mes soupçons se confirmaient ou pas.

Ce ne fut seulement l’air frais du parc qui me caressa le visage qui réussit à m’apaiser, mais ce ne fut que de courte durée, parce que je ne perdais pas de temps et grimpai la petite colline où reposait le saule cogneur. J’ordonnai au chat que je faisais rentrer tant de bien que de mal dans mon sac en lui laissant bien sûr la tête dehors mais pour le dissuader de s’enfuir, de ne pas bouger et je ramassai un longue branche morte à mes pieds avant de m’approcher le plus prudemment possible, me baissant plusieurs fois de justesse et d’être suffisamment près pour accéder au point sensible de l’arbre. Il s’immobilisa, je récupérai vite mes affaires car je savais que ce ne serait de courte durée, et m’enfonçai dans le tunnel où Zephyr, qui voulait à présent se dégourdir les pattes, m’ouvrait la voie et que je suivais assez précipitamment, parce que je ne sentais pas bien tout à coup dans ce tube si restreint, comme si je n’allais jamais en voir le bout et que j’allais me faire engloutir si je ne retrouvais pas la lumière très vite ! Il fallut encore que je regagne le premier étage, la respiration forte et saccadée, à par les miaulements, je n’entendais que ça et d’arriver dans une pièce où un filet de lumière perçait les vitres sales des fenêtres à moitié brisées pour retrouver un semblant de contenance. Ce n’était pas suffisant toutefois, alors j’essayais de dégager une des planches de bois qui au départ avait été clouée ici pour condamner les ouvertures, ce qui ne fut pas difficile puisqu’elle céda presque immédiatement. Nous étions à Pré-au-Lard mais la vue qui m’était offerte de ce côté-là de la pièce ne montrait qu’un paysage vide de toute habitation et présence humaine – je me penchai légèrement en faisant attention au verre coupé pour ne pas me blesser parce que j’étais assez amochée comme ça – ce qui me permit dans une moindre mesure, de me convaincre que j’étais coupée du monde et que personne ne viendrait m’importuner ici.
C’était déjà ça.

Je posai mon sac sur une table basse en bois qui menaçait de s’écrouler à tout moment – elle parvint tout de même à résister – et en sorti des effets personnels, comme une ancienne peluche en poney de Blake qui normalement restait dans ma chambre aux USA, mais que j’avais ramené cette fois ci. Je posais avec précaution également la figurine qui portait le nom d’April sous le socle ainsi que la dernière lettre que Ruth m’avait envoyé et deux photos. Il y en avait une de toute ma famille et puis une autre où je me penchai sur l’encolure d’Hibiscus en souriant où mon chapeau avait glissé.
Une Taylord qui était autre part désormais.

Je m’installai ensuite dans un fauteuil tout usé et lorsque je m’essayais, un nuage de poussière en sortis et je toussai deux ou trois fois sous la surprise. Je me mis dos à l’accoudoir et laissai retomber mes jambes sur celui d’en face, pour adopter la position la plus confortable que mon corps voulait bien supporter car il s’employait toujours à bien me rappeler que les blessures le faisait souffrir. Je n’étais pas trop mal placée là, et je commençais à feuilleter un premier magazine, puis un deuxième… Il y avait un air lourd à cause de l’humidité qui me faisait fermer les paupières, de plus en plus…

Il faisait très sombre lorsque je m’éveillais plusieurs heures plus tard et le magazine était tombé sur le sol, lequel Zephyr n’avait pas manqué de jeter son dévolu dessus parce que pour lui tout était un jeu et je ne manquais pas de le réprimander, la voix pâteuse malgré tout. J’avais dormi beaucoup trop longtemps comme à chaque fois que je m’assoupissais ces temps-ci parce que j’étais sans arrêt fatiguée et ne tenait pas le rythme. Alors je me sentais toute engourdie et prise de nausée, mais… mais ça allait passer. Je me redressai pour fouiller dans mes affaires de nouveau, les doigts tremblants parce que j’étais gelée de ne pas avoir bougé et même s’il faisait assez chaud la journée, ce qui faisait que j’étais venue simplement habillée d’un tee-shirt et d’un short, les nuits étaient beaucoup plus fraîche comme en attestaient les étoiles qui illuminaient le ciel et j’étais complètement frigorifiée, parce que l’Ecosse, ce n’était pas le Texas. Je m’emmitouflais dans le sweat de Chuck, celui qu’il m’avait passé ce soir-là… et chopai au passage le paquet de clopes dans la poche intérieure du sac, en même temps que le briquet et une autre photo que je n’avais pas sortie tout à l’heure, parce que je préférais habituellement la garder cachée…

C’était devenue une sale manie, mais fumer faisait passer le temps, alors il y avait des fois où j’en enchaînais plusieurs à la suite. Cette fois ci, je me posais à même le sol et Zephyr choisit de venir se caler contre moi en ronronnant comme un moteur. J’allumai la cigarette et la portai une fois, deux fois à mes lèvres avant d’observer la photographie, la main un peu plus crispée que d’ordinaire parce qu’elle représentait Chuck. C’était Ruth qui l’avait trouvé en allant fouiner sur internet, curieuse de savoir à quoi il ressemblait – et elle l’avait imprimé pour me la donner sans que je lui demande. C’était rien qu’une image, pourtant j’avais toujours l’impression de rougir à chaque fois que je la regardais comme si même là, ses yeux allaient me transpercer en plein cœur, celui-là même qui battait avec une puissance telle qu’il m’en faisait mal à la cage thoracique. C’était tout pareil comme avant, ces milliers d’aiguilles qui me piquaient les mains jusque sous les ongles et qui me faisait perdre tout mes moyens comme si j’avais été prise en flagrant délit en train de faire le mur. Je tapotai la cigarette pour en faire tomber la cendre car je l’avais laissé se consumer, avant de l’appuyer sur un coin inférieur du papier. Brûler… c’était d’une telle facilité… j’arrêtai mon geste pour ne seulement faire qu’un seul petit trou, avant de terminer ma clope.


- Taylord ?


Je relevai le menton, abasourdie car surprise d’avoir été prise sur le fait, et rangeai machinalement le cliché dans la poche avant du sweat oubliant d’être discrète. Je plissai les paupières, toujours un peu amorphe – je savais à qui appartenait cette voix, mais sur le coup j’avais un doute. Elle bougea légèrement et la lune l’éclaira : il s’agissait de Ruby et cela me fit soudain bizarre de la voir, comme une vieille connaissance perdue de vue – ce qui était le cas – mais qui pourtant semblait avoir le même visage, à l’instar de ma confrontation avec Scarlett dans la salle de bain.
Semblait.


- Je peux rester ?

Non. Va-t’en. S’il te plaît.
Elle venait de percer mon univers, et ça y était – de nouveau il n’y avait plus qu’insécurité autour de moi. Rien avait bougé vers la table, mais le seul fait de porter mon attention dessus allait faire qu’elle allait faire de même. Elle entrait dans mon jardin secret. Je ne bougeai pas. Puis fatalement je haussai les épaules. Je n’avais pas l’énergie de dire si je voulais qu’elle reste ou pas. Je ne savais pas.

Hop, je dégainais une nouvelle cigarette et mon visage s’éclaira le temps que je l’allume. J’aimais bien ce bruit que ça faisait à ce moment-là, le bruit du briquet où s’en suivait immédiatement ensuite la première taffe.

Je clignai des paupières – elle n’avait pas l’air très stable.

- Heu, tu peux t’asseoir ? Tu me donnes un peu le tournis…
demandais-je pour toute introduction. Je savais plus trop faire ça. Converser avec les gens. T’en veux une ? Je fis glisser le paquet jusqu’à Ruby qui m’avait rejoint. T’es en avance, désolée, j’ai pas eu le temps de nettoyer…

...C’était une piètre tentative de plaisanterie qui n’eut tôt pas de franchir la barrière de ma bouche qu’elle tomba à plat parce que moi-même elle ne donnait même pas envie de sourire.

-
T’as la sale tête des mauvais jours, lui appris-je brutalement, comme si j’étais son miroir, sans faire de détours – le tact, c’était pas ma spécialité. On y voyait pas grand-chose, c’était peut-être pour ça qu’en fait, c’était plus limpide que jamais.

Pause.
Tout à coup, je ne savais plus quoi lui raconter, n’avais rien à dire alors qu’on ne s’était pas vue depuis des mois et n’en profitais d’ailleurs pas pour lui fournir quelques explications.
Je m’enfermai dans ce silence qui m’engloutissait un peu plus chaque jour.

_________________
"Elle lui a appris à vivre.


Mend Your Heart ♪♫♪ The American Girl ♪♫♪ Two Hungry Black Birds

Il lui a appris à aimer."

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Dim 30 Sep - 14:54

« Il faut pourtant qu'il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l'eau de toutes parts, c'est plein de crimes, de bêtise, de misère… Et le gouvernail est là qui ballotte. L'équipage ne veut plus rien faire, il ne pense qu'à piller la cale et les officiers sont déjà en train de se construire un petit radeau confortable, rien que pour eux, avec toute la provision d'eau douce, pour tirer au moins leurs os de là. Et le mât craque, et le vent siffle, et les voiles vont se déchirer, et toutes ces brutes vont crever toutes ensemble, parce qu'elles ne pensent qu'à leur peau, à leur précieuse peau et à leurs petites affaires… »

Antigone - Anouilh




J’étais fatiguée. De tout porter à bout de bras, de tout supporter simplement pour que ça aille. Ça voulait dire quoi de toute manière, aller bien ? Quand étions-nous heureux ? Je crois que je l’avais déjà été, et d’une certaine manière je l’étais toujours. Certaines secondes flottaient dans mon esprit embrumé, et je revoyais le sourire de Lizlor. Les bras d’Hadrian. Je revoyais ces quelques instants où tout allait bien. Où j’avais cru que ça irait, que ça irait toujours. Pourquoi est-ce que les choses partaient en couilles ? Je n’avais jamais eu de réponse. Je crois qu’au fond, je le savais. Etre égoïste était tellement plus simple. Se conforter dans son malheur aussi. Au moins, on n’avait qu’à penser à soi. Certes, c’était douloureux de le cacher aux autres si nous le faisions, mais on pouvait se laisser plonger dans cette terrible lassitude qui nous envahissait. Elle était amère, et pourtant… Douce. Nous n’avions plus qu’à penser à cette tristesse. Plus de présent, plus de futur, plus de questions. Simplement cet état léthargique. En sortir, c’était différent. Il fallait se battre pour être heureux, pour être bien. Il fallait trouver des fondations pour se construire, de quoi alimenter nos efforts, de quoi nous donner une raison de rester debout. C’était quand nous n’en avions plus que nous tombions. Alors pourquoi personne ne cherchait à avoir ses raisons ? Un but ? C’était beau d’avoir un but, une motivation pour passer à travers tout ça.

Quel avait été mon but à moi ? Quand est-ce que j’avais commencé à sortir de ma période post-incident comme je l’appelais, pour rentrer dans celle post-entrée à Poudlard ? Ces années où petit à petit j’avais fini par changer, par aller mieux. Je crois que ma motivation c’était simplement ça, devenir normal. M’éloigner des questions et des regards que j’avais subi toute ma vie, juste me fondre dans la masse. C’était un résultat en demi-teinte : j’étais préfète, je sortais avec un garçon que toutes les filles regardaient… J’étais parfois au centre d’une attention que je ne désirais pas. Mais j’avais trouvé une manière de contourner tout ça, de m’échapper. Etre la plus parfaite possible. Au moins, personne ne posait jamais aucune question. J’apparaissais sans faille, sans reproche mais surtout sans peur. Haha. Laissez-moi donc rire. Tout me terrifiait. Me laisser aller une seule seconde me faisait trembler, l’idée d’abaisser mes défenses également. J’avais une peur ridicule de la saleté, peur d’être sale. Ou de l’être encore, peut-être. Peur d’avoir faux, d’être fausse. De ne pas réussir à tout tenir. Mais je me taisais, je restais la tête haute avec ce sourire doux qui ne me quittait jamais, mes mots qui apaisaient. Comment étais-je passé du stade de petite fille colérique, violente, anorexique parfois, à ce modèle propre sur elle, première de la classe et toujours à l’écoute, souriante ? Il n’y avait qu’un point commun entre ces deux. Perdue. J’étais toujours perdue.

Alors pour trouver un sens à tout ça, je m’étais choisie une mission presque divine : que tout fonctionne, que tout tienne. J’avais le gouvernail dans les mains, en quelque sorte. Au début, c’était si agréable de s’oublier au profit des autres. J’avais l’impression de servir à quelque chose et ça, c’était tellement nouveau pour moi ! On avait besoin de moi. J’aimais ça, ce sentiment. Aider les autres pour cesser de penser à ses propres problèmes, j’étais forte à ce jeu-là. Jusqu’à qu’il me dépasse. Cela me rappelait cet étrange rêve que je faisais parfois, quand j’avais trop bu. J’étais allongée sur le sol, dans une pièce blanche à la lumière aveuglante. Je crois que j’étais nue, mais c’était flou, il y avait simplement une foule autour de moi. Leurs visages étaient fantomatiques, leurs traits indistinctes mais ils me pointaient tous du doigt, comme pour l’alerter. Ils criaient, alors je regardais sur moi, cherchant ce qui clochait. Rien à première vue. Puis, une minuscule bestiole qui grossissait au fur et à mesure qu’elle parcourait mon corps. Passant d’une souris, puis à un chat, elle se transformait finalement en une gigantesque panthère qui me mangeait. C’était exactement ça. Les problèmes, on m’avait prévenu mais je ne l’ai avais pas vu jusqu’à qu’ils grossissent, grossissent et finissent par me manger. Ouais, ça me bouffait.

Et j’avais eu tort de croire que l’alcool m’aiderait. Pourtant, d’habitude ça marchait plutôt bien pour oublier, pour m’amuser. Pour éloigner les soucis. C’était mauvais d’associer l’alcool à une telle échappatoire, je le savais mais j’en avais tant besoin. Alors j’avais enchaîné la tequila et elle avait embrumé mon cerveau, et engourdit mes membres. Mais je sentais toujours tout, au-dessus de moi, comme une tempête menaçante. Je revoyais toujours mes erreurs, mes problèmes, ceux des autres. Ce que je ne pouvais pas contrôler. Parfois, j’aurais voulu être responsable de toutes les conneries de ce château. Parce qu’au moins, j’aurais eu le pouvoir de changer les choses. La seule chose que maintenant je pouvais changer, c’était moi. J’aurais dû le faire, je le savais car plus le temps s’étirait, plus je me sentais sonner faux. J’étais fatiguée de ma mascarade, de chercher des issues. Mais j’étais tétanisée par la peur de changer, de rentrer de nouveau dans cette phase où je ne savais plus qui j’étais. Enfin, avais-je déjà su ? Le savais-je ? Ces questions tournaient, tout comme mon équilibre sous l’effet des shoots. J’avais envie d’en prendre plus, d’être euphorique. Mais le seul effet que ça me provoquait, c’était d’accroitre ma mélancolie. Je n’avais pas prévue ça, à la base. J’étais partie pour faire la fête, pour oublier au moins. C’était un échec. Mais visiblement, je n’étais pas la seule qui avait du mal ce soir…


- Heu, tu peux t’asseoir ? Tu me donnes un peu le tournis…

J’eus un petit rire avant de me laisser glisser à ses côtés, comme si mes jambes étaient en guimauve. Je plissais un peu les yeux pour me concentrer sur le visage de Taylord, toujours aussi fatiguée. Elle venait de ranger quelque chose dans sa poche et je sentais mes questions monter. J’avais déjà quelques idées sur la personne sur le cliché, mais était-ce si facile de cataloguer une peine, à une peine de cœur ? Je jetais quelques regards autour de moi. Il y avait d’autre objet sur une table. Une peluche, de cheval me semblait-il, une figurine et deux photos. Dans le noir, je ne voyais que des contours sur celle-ci et je reportais mon attention sur la Gryffondor, gênée d’avoir pénétré dans son petit monde qu’elle s’était installée ici, loin de tout. Elle avait eu une bonne idée.

-T’en veux une ? T’es en avance, désolée, j’ai pas eu le temps de nettoyer…

Elle fit glisser le paquet de cigarette vers moi, après s’en être allumé une. Etrangement, elle utilisait un briquet. C’était typiquement moldu, pourquoi n’avait-elle pas sa baguette ?... Je regardais de nouveau son visage à la lumière de sa flamme qui vacillait et animait des ombres sur ses traits fins mais creusés. Elle avait l’air terriblement lasse, elle aussi. Je sortis mon paquet de cigarette de ma poche et posa la bouteille de tequila entre nous.

-J’ai ce qu’il faut. Machinalement, je m’allumais une autre cigarette d’un coup de baguette. Puis, de mes deux doigts qui retenait prisonnière la clope fumante, je désignais l’alcool. Sers toi, s’tu veux. Il était vrai qu’autour de nous, c’était le bordel. J’étais assise dans de la poussière qui me donnait envie de vomir, alcool ou non. C’était tout sale ici, ça me foutait des frissons de voir des toiles d’araignées et des tâches informes qui auraient pu être n’importe quoi. Du sang, du vomi, une potion ratée. C’était immonde. Je sentais doucement ma phobie, si j’avais pu appeler ça comme ça, revenir. J’aspirais une bouffée de tabac avant d’hausser les épaules, avec une mine un peu dépitée. Tant pis pour la saleté. Je ferais un effort cette fois… Mes derniers mots avaient été prononcés d’une voix plus basse, plus honteuse. Taylord ne comprendrait sûrement pas. Personne ne savait vraiment, à part Rita qui m’avait surprise. Et Lizlor à qui j’avais tout expliqué dans mes lettres. Même Hadrian ignorait le degré de ce TOC, l’emprise qu’il avait sur moi. Je n’étais qu’une menteuse. J’en avais marre. Sans réfléchir, je repris une gorgée de tequila qui me fit grimacer. Aller, aller, fais-moi oublier… C’est à toi ça ?

J’avais désigné d’un coup de tête les objets sur la table. Je m’en doutais un peu, parce qu’un cheval c’était probablement à elle. Elle faisait de l’équitation, elle me l’avait dit. A l’époque où on parlait encore.

-T’as la sale tête des mauvais jours.

Sa remarque me fit relever ma tête, cette sale tête comme elle disait. Je la fixais également un instant. C’était ironique venant de sa part, parce qu’elle n’avait pas une bonne mine non plus, mais je me sentais légèrement gênée d’avoir été repérée si vite. J’eus presque un rire avant de fixer ma cigarette qui se consumait. Elle voulait que je lui dise quoi, la Gryffondor ?

- C’est sûr que toi, tu es resplendissante !... Je lui fis un petit sourire. Enfin, bon. Je croyais que j’arrivais à cacher un minimum. Je pointai soudain la bouteille de tequila en riant. C’est ta faute, maudite Tequila ! Je fis une mine un peu honteuse. Tant pis.

Je reposais mes yeux sur la jeune fille. Elle était dans un sweat bien trop grand pour elle, à vrai dire elle n’avait pas l’air de s’être améliorer en ce qui concernait son alimentation…


- C’était qui, sur la photo ?

Si elle ne me répondait pas, tant pis. A vrai dire je n’allais pas la poursuivre pour l’aider, j’étais fatiguée de faire ça. J’avais pas assez de force pour en donner. Une question me trottait dans la tête également… Je me mordis la lèvre inférieure, cherchant une manière de la formuler. Mais c’était impossible d’être claire, alors finalement, je me lançais.

- Dis Taylord… Comment tu fais ? Pour accepter de… D’être triste. De pas être parfaite et de… L’assumer. Je continuais à voix légèrement plus basse. J’y arrive pas.


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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Ven 5 Oct - 20:40

La première fois que j’avais rencontré Ruby, je l’avais trouvé resplendissante.
C’était parce qu’il y avait eu ce jour-là une aura toute particulière autour d’elle qui partait de son cuir chevelu blond jusqu’à la pointe de ses orteils dans des chaussures où il n’y avait aucune griffure – enfin, c’était l’idée que je m’en faisais à présent, parce que j’avais oublié ce genre de détails depuis. Et j’étais son ombre, qui contrastait avec l’image qu’elle dégageait, à m’être laissée aller à la colère qui m’avait laissé un cadeau sur le visage.

Ce soir, j’étais toujours amochée, bien qu’à d’autres endroits visibles ou non – mais surtout, il n’y avait plus cette vitre d’apparences derrière laquelle la Serdaigle s’était pelotonnée. Un peu comme si nous étions à l’effigie de la cabane hurlante. J’étais pourtant bien placée pour savoir qu’on ne pouvait pas seulement se fier à ce que l’on voyait, parce que même si nous avions chacun des façons différentes de se protéger, celle-ci en faisait partie. Chez moi ce film protecteur avait toujours été ma plus grande force mais je ne l’avais plus. Dès lors, je devenais aussi chétive qu’un oisillon sorti de l’œuf.

-J’ai ce qu’il faut. Je ne la regardais pas mais je vis la lumière sur le côté qui indiquait qu’elle faisait la même chose que moi, un peu plus tôt. Sers toi, s’tu veux.

Parce qu’elle n’était pas venue seule. La lumière de la lune se reflétait sur la bouteille en verre et si pour l’instant je n’en faisais rien, tôt ou tard avant la fin de la nuit j’allais céder à la tentation. Pourquoi est-ce que je faisais ça ? J’aimais faire la fête et n’était parfois plus très clean lorsque celles-ci touchaient à leur fin sans pour autant m’engager sur ces parties obscures où l’on boit de l’alcool un peu parce qu’on a rien d’autre à faire, un peu comme je tirais sur ma cigarette. J’avais même reproché cela à Daniel de sombrer dans ce doux délire de la facilité qui en réalité vous fait plus sombrer que cela n’aide à vous relever. Ce n’était qu’une impression et lorsque les effets se dissipaient, il n’y avait pas d’autres choix que de recommencer encore et encore, parce que c’était de là que naissent les addictions. Je n’en étais pas encore là, même si j’avais passé l’étape où je ne faisais plus très attention à ce que j’ingurgitais, liquide, solide, peu importe. J’en avais d’ailleurs profité plus que de coutume cet été, et ça n’avait pas totalement déplu à tout le monde. Bien sûr qu’en vrai, je savais pourquoi j’agissais de cette façon.
C’était pour ça que c’était encore pire.


- Tant pis pour la saleté. Je ferais un effort cette fois…

- Ah ouais ?
C’était clair que c’était pas là non plus que j’allais élire domicile à l’année, quoi qu’en retapant un peu…

Je ne craignais pas la saleté, quand on vit dans un endroit où l’on respire la poussière dès qu’on met le nez dehors et qu’on travaille avec le bétail et tout ça, c’était quand même mieux quand on ne faisait pas fine bouche, même si ma mère me l’avait souvent reproché quand j’étais petite de plus m’apparenter à un garçon manqué, qu’à vouloir être coquette comme ma frangine. Ca l’aurait fait sourire sûrement de voir qu’aujourd’hui, c’était encore le cas, malgré tous les efforts que j’avais pu faire en ce sens. Même si j’avais abandonné, comme le reste.
Ça me faisait pas marrer du tout moi.

L’un n’empêchait pas l’autre et ça voulait pas dire que je n’étais pas propre sur moi et c’était pas parce que mes jean’s étaient délavés que ça voulait dire qu’ils étaient crados, fallait pas tout mélanger non plus. Je ramenai la manche du sweat de Chuck sur mon poignet, celui qui demeurait sensible et que j’évitais de tortiller pour être sûre que ça guérisse plus vite. Je m’en étais rendue compte qu’après, mais j’avais gardé pas mal de ses fringues, ça en plus d’une chemise et de deux trois tee-shirts sans faire exprès que j’avais mis des fois lorsqu’on rentrait de notre salle et qu’il était encore tôt le matin. Je n’y avais pas remis les pieds, et pourtant il me restait pas mal de choses à moi là bas puisque petit à petit j’avais ramené certaines de mes affaires comme on y passait plus de temps qu’en salle commune, mais comme la suite s’était déroulée un peu trop brusquement… Bah je n’avais pas eu envie d’y retourner, même s’il y avait mon livre de défenses contre les forces du mal à l’intérieur, mais bon, je faisais pas de magie, c’était pas comme s’il allait me resservir un jour… Je voulais pas retourner dans cet endroit laissé à l’abandon un peu comme il l’était quand on l’avait trouvé, mais avec tous ces éléments qui faisaient qu’on avait vécu pas mal de trucs ensemble, seule preuve que notre relation n’avait pas totalement été évanescente. A moins que lui-même y soit allé ensuite pour prendre ce qui lui appartenait ? De toute façon, il ne me les avait jamais demandé ses vêtements et puis comme je les avais porté et que maintenant je dormais avec il allait sûrement plus jamais en vouloir… Même en les lavant, il y avait toujours son odeur, incrustée dans le tissu, et c’était un peu comme si d’une certaine manière on était un peu ensemble…


- C’est à toi ça ?


- Ouais
, si ça continuait, elle allait finir par me faire remarquer mon manque d’éloquence avec ma conversation si peu divertissante ! C’était pas contre elle, c’était même pas de sa faute, mais ça faisait un peu partie de moi, c’était en moi et quand j’avais voulu le partager avec une seconde personne, ça avait tout fait foirer et à présent je marchais sur les cendres donc je redoutais de renouveler l’expérience, comme si toute notion de confiance s’était volatilisée dans mon état d’esprit.

Ca servait à quoi de faire confiance à part se faire du mal ?
Je me redressai et avançai sur les genoux pour m’approcher de la table en posant un instant la cigarette de peur d’abimer quelque chose pendant que je prenais le temps de tout remettre dans mon sac, les magazines, les photos, la lettre et la peluche aussi, parce que même si j’avais envie de la serrer contre moi de fermer les yeux très fort et de me trouver partout ailleurs sauf ici, Zephyr allait la prendre pour son nouveau jouet et je refusais de la retrouver en mauvais état. Mes doigts parcoururent la figurine… je l’attrapai avec la clope pour la terminer, avant de revenir auprès de Ruby et Zephyr qui n’avait pas bougé, sans doute fatigué d’avoir fait des boulettes de papier.


- C’est sûr que toi, tu es resplendissante !... Enfin, bon. Je croyais que j’arrivais à cacher un minimum. C’est ta faute, maudite Tequila !

C’était pourtant un principe qu’on connaissait tous très bien – quand on était heureux soi-même, ce n’était pas que le malheur des autres nous importait peu, mais disons qu’on y accordait par vraiment de l’attention, qu’on accordait pas d’attention tout court aux autres, parce que tant que ça roulait pour soit, bizarrement on partait du principe que ça roulait pour tout le monde. Mais lorsque c’était l’inverse, on était sensible à la moindre petite chose, surtout le bonheur d’autrui qu’on a perdu, et on apprend à reconnaitre celui qui va mal, parce qu’on va mal avec lui.

- La tequila, répétai-je en écho à ce qu’elle venait de dire en guise d’argumentation et en haussant les épaules. D’ailleurs j’espérais qu’elle s’était pas mise trop mal avant parce que s’il lui arrivait un truc, j’allais pas pouvoir lui venir en aide. C’est juste qu’on vient pas pourrir ici quand on est censé aller bien, lui expliquai-je plus sérieusement. On avait eu la même idée toutes les deux, ça voulait bien dire que ce ça voulait dire.

J’avais terminé ma clope et en éteignait le bout en la frottant contre le parquet dégueulasse. Je me dis que non, ce n’était pas raisonnable et hésitai, mais c’était toujours pareil dans ces cas-là et c’était l’envie de me blesser d’une façon ou d’une autre qui l’emportait à chaque fois et à mon tour je pris la bouteille que Ruby avait ramené. Je n’avais pas mangé avant alors ça allait me monter à la gorge peut être même que ça allait me filer la gerbe et c’était tant mieux parce que je ne voulais pas rester pleine trop longtemps de cette substance-là.


- C’était qui, sur la photo ?


Je croisai ses yeux avant de poser machinalement ma main sur le pelage tigré par endroits et blanc de l’autre de Zephyr qui ronronnait toujours paisiblement, mais avait légèrement ramené les coudes en signe de défense vers la poche avant du sweat. Donc elle l’avait vu.

- C’est.. mais non, ce n’était pas personne, et je m’interrompis avant de dire cette bêtise, parce que ce n’est pas personne quand on garde sur soi la photo de quelqu’un qu’on aime tellement fort, mais qu’on ne peut aimer qu’à travers une image parce que ce ne sera toujours qu’à sens unique.

Timidement, je sortis le cliché de sa cachette et à chaque fois - parce que ce n’était qu’après tout ce n’était rien de plus que de l’encre imprimé sur du papier photo de basse qualité, un peu corné avec en plus maintenant un trou, et non pas une des photographies sorcières qui bougeaient – je me disais que Chuck avait l’air tellement bien dessus et que c’était le plus important même si ce n’était pas grâce – à cause ? – de moi et que ça, envers et contre tout et peu importe la raison, ça ne change jamais, même si pour cela je devais accepter d’être plus malheureuse. Je la posai par terre et la poussai un peu de son côté sans en faire le moindre commentaire. Je crois qu’il n’y en avait pas besoin.
La question fusa tout de même.


- Dis Taylord… Comment tu fais ? Pour accepter de… D’être triste. De pas être parfaite et de… L’assumer. J’y arrive pas.


Je jouai avec le mégot en entreprenant de le massacrer du mieux que je pouvais.

- Tu me flattes, rétorquai-je sans aucune saveur, complètement résignée en fait de ce statut qui me collait à la peau, mais j’avais endossé ce rôle et ne pouvait donner ma place à quelqu’un d’autre aussi facilement.

J’avais passé ma vie à me battre. Dans le sens premier du terme, avec les garçons ou les filles qui m’énervaient trop à l’école et j’avais même réussi à me construire une petite réputation à ce sujet. Ensuite, je m’étais battue pour ma famille parce que c’était ce qui m’avait maintenu en vie alors qu’eux n’étaient plus de ce monde. Je m’étais battue parfois en toute connaissance de cause, parfois pas, pour être son égale, pour manger, pour être belle, pour tout un tas d’autres choses, pour vivre ma vie dans le sens où j’arrivais parfois à me dire que je l’aimais bien comme ça, malgré les aléas qui se mettaient en travers de mon chemin. J’avais été élue Miss Gryffondor en plus, donc on devait bien m’aimer un minimum.
Et tout ça pour quoi ?

Je ne faisais pas honneur à ma maison laquelle se porterait sans doute mieux sans moi et je me détestais d’en ternir les couleurs au lieu de les raviver, même si je n’en avais plus les moyens. Mais oui, à quoi ça avait servi si ce n’est que tout me revienne en pleine figure comme un boomerang ? Les craquelures avaient achevé de se fissurer pour ne devenir qu’une vaste explosion où il ne restait plus aucun meuble à sauver. Alors j’avais cessé toute bataille. Comme disait si bien l’autre « la colère, ça fait vivre, quand t’es plus en colère, t’es foutu ».
Ben voilà.
J’étais foutue.

Et Ruby qui était au bord du gouffre et qui limite me demandait de la saisir par le poignet et l’emmener dans ces profondeurs avec moi.
Là où il faisait toujours noir.

Je m’appuyai contre le mur en levant la tête vers le plafond et poussai un soupir comme si ça allait être la solution à tous mes soucis. Il n’existait pourtant aucun remède.

- Parce qu’il n’y a plus rien. Plus rien à quoi se raccrocher. Parce que c’est terminé et que tu ne peux plus rien y faire. Parce que justement, il ne te reste plus que ça, que t’as oublié comment c’était avant, et parfois même tu te dis que ce sont des trucs qui n’ont jamais existé. Chez moi le bonheur, c’était comme la plus belle des selles western que je ne pouvais que toucher avec les yeux parce que je ne pourrais jamais la posséder. Tu devrais protéger ce qu’il te reste, lui conseillai-je. Le petit peu de volonté et de hargne qui n’avait pas été complètement soufflé en elle. Garde le. Ne laisse personne ne te le prendre. Parce qu’après, c’est irréversible. Je t’assure, quand tu l’as perdu, c’est comme si t’étais mort.

C’est comme si t’étais mort mais que t’es contraint de rester ici parce qu’on veut de toit nulle part et que même pour ça on te fait chier à devoir t’adapter. Je fermai les yeux, une deux trois secondes… les rouvris. Près de nous il y avait tout l’attirail des soirs merdiques dans ce genre là et quand c’était comme ça, j’avais qu’une envie c’était de me sentir le plus mal au possible, parce que comme ça c’était ma juste place et c’était peut-être oui un sentiment d’auto destruction, mais aussi de travail accompli, c’était paradoxal aussi, mais à un moment donné, on arrive à un point où on en a plus rien à foutre de ce qui est bien et ce qui est mal. Ce qui est moins bien et ce qui est moins mal. Je tendis le bras pour attraper ma sacoche encore une fois et fouillai tout au fond. Y’avait une petite boîte en apparence tout ce qu’il y avait de plus banale, mais je ne faisais pas durer le suspens plus longtemps et en tirait de l’intérieur tout ce qu’il n’y avait de pas légal, même dans le monde des sorciers. J’avais hérité de ça cet été par un mec qui m’avait chopé pendant une soirée et qui m’avait demandé le les garder, seulement comme il avait pas trop les yeux en face des trous quand on s’était quitté, moi j’avais oublié de lui rendre et lui de les demander, donc c’était à moi maintenant et c’était pas avec la distance qui nous séparait qu’à l’heure actuelle j’allais pouvoir lui refiler, alors autant qu’on en profite.

- C’est pas d’la chiotte, murmurai-je entre mes lèvres pendant que je l’allumai avec le briquet. Rien à voir avec les joints que ramenai en douce à Poudlard les enfants des moldus et il était temps que certains se rendent compte qu’en Amérique on était loin d’être sage. Je n’étais pas une petite fille sage. Je tirai dessus une fois, avant de le passer à Ruby.

D’accord je lui avais suggéré de préserver les dernières forces qu’il y avait en elle. Mais jamais je n’avais précisé pour autant que j’allais l’y aider.

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MessageSujet: Re: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Lun 8 Oct - 22:14

Je n’aimais pas trop ce lieu en fait. Je n’y avais jamais mis les pieds pour des raisons qui paraissaient évidente : c’était censé être hanté comme lieu, être flippant. Du moins, c’était le prétexte que j’avais évoqué les rares fois où l’on m’avait proposé de venir, pour voir ou comme pari. « Chiche d’y aller ? » J’avais répondu non. Pourtant… Pourtant je n’avais pas spécialement peur, ce n’était pas ça la vraie raison. Sans être la plus courageuse des filles, j’avais déjà vu des trucs pas très beaux et autant vous dire que ça forgeait une certaine résistance. Même si je ne tenais pas forcément à elle, elle me collait à la peau cette espèce de force qui me faisait rester stoïque face à des créatures magiques ou même plus simplement, des araignées. J’avais déjà vu… Un cadavre. Deux même. Vous croyez vraiment qu’un moucheron allait me faire hurler comme la moitié des filles normales sur cette planète ? Je ne courais pas les bras ouverts dans le danger, mais s’il se présentait, je savais garder mon calme. Dans la forêt avec Traice, j’avais su faire d’un certain sang-froid alors que la supposée Gryffondor avait plutôt paniquée. Evidemment, j’étais loin d’être une accro à l’adrénaline, aux sports extrêmes et à ces choses qu’affectionnaient tant les rouge et or. J’aimais le Quidditch pourtant, mais toujours dans une certaine mesure… Il valait mieux que je contrôle les choses pour que ça aille.

Voilà pourquoi ça ne me faisait pas flipper, normalement, la cabane hurlante ou la forêt. Tant que je pouvais sortir ma baguette et envoyer un sort pour me défendre, ça allait. En plus, j’étais plutôt douée dans ce domaine, alors je ne craignais pas trop d’être prise au dépourvu, étant donné que j’évitais de me mettre dans des situations trop galères. J’étais comme ça, si je pouvais contrôler, ça allait. J’analysais beaucoup à vrai dire, chaque instant était décortiqué pour minimiser les risques de position inconfortable comme j’aimais bien le dire. Qu’est-ce que ça englobait ? Une réprimande d’un professeur, une question sur ma famille, un moment d’intimité avec Hadrian où je préférais être tranquille, les moments avec Lizlor où nous parlions de choses personnelles. Tout ce qui pouvait m’affaiblir et me déstabiliser, j’évitais. Cela demandait une certaine rigueur bien sûr. Des mensonges, toujours être sur ses gardes, méfiante. Toujours observer. Mon mot d’ordre. Alors si la Cabane Hurlante n’était qu’une maison lambda avec des supposés fantômes je n’aurais pas eu peur de mettre les pieds dedans. Ça n’aurait pas forcément était drôle, mais accompagnée, ça aurait pu faire des souvenirs avec quelqu’un. Même si ce n’était pas trop ce qui nous amusait avec Lizlor, les conneries dans le genre, je crois que nous aurions été capables de le faire. Je me serais un peu préparée avant, j’aurais serré ma baguette d’une main et tenu celle de Lizlor dans l’autre. Et voilà, rien de bien méchant.

Si je n’aimais pas la Cabane Hurlante, c’était pour une raison totalement différente.


- Ah ouais?

Je savais qu’elle meublait plus la conversation qu’autre chose, mais je ne lui en voulais pas. J’haussais les épaules. Bien sûr qu’elle ne s’en doutait pas, personne ne s’en doutait. Personne ne savait vraiment et je n’allais sûrement pas m’en vanter… De ce TOC. Je crois qu’en fait, c’était une maladie. Oui, c’était à un certain niveau… Non ? Je n’aimais jamais y penser, c’était encore une part de faiblesse en moi que j’aimais enterrer pour paraitre toute lisse à la surface. Parfois, j’avais l’impression d’être un lac. Vous savez, la surface est toujours lisse, plate, brillante. Le fond ? On ne sait pas trop ce qu’il renferme, on ne peut jamais vraiment s’en approcher. Il y a de la vase probablement, des vieux déchets et des cadavres. Mais à l’extérieur, ce n’est que pureté et limpidité. Et quand on lance un caillou, cela fait une onde de choc qui se répercute encore et encore… Avant de disparaitre. Et la pierre tombe, se fait aspirer vers le fond pour disparaitre. Elle est encore là, mais personne ne la voit. C’était exactement ça. Sauf qu’à la fin, le fond du lac devenait lourd, les déchets s’enfonçaient dans la vase et s’ancraient, mettant un temps infini à se décomposer… Oublier, ça prenait du temps.

Si je ne voulais pas venir normalement, ce n’était pas parce que j’avais peur des fantômes. J’avais peur de l’aspect de la maison elle-même. De la poussière. Des toiles d’araignées. De la saleté dissimulée. Et j’étais assise en plein dedans. Je me félicitais d’ailleurs de ne pas hurler. D’une certaine manière, je me prouvais que je pouvais encore tenir, résister. Je n’étais pas malade, pas à ce point, je n’aimais pas ça d’accord mais je pouvais survivre… Ou presque. Malgré moi, je me sentais frissonner. J’avais un peu la nausée, mes jambes nues dans la poussière. J’étais toute sale, c’était sale autour, je détestais cette sensation. Et encore plus le fait de ne pas la supporter, d’être aussi faible face à une chose aussi stupide. Ça n’allait pas me manger, je le savais. J’avais simplement… Pas peur. C’était différent, c’était ancré. J’avais le cœur qui battait un peu trop fort, j’avais envie de me lever et de tout récurer à la brosse à dent. Mais je restais là, avec ma cigarette à regarder Taylord à la dérobée avec un petit sourire. Et à reprendre de la tequila, avec une mine presque innocente. Ce n’était pas comme si j’étais déjà ivre de toute manière.


- J’ai… Un TOC je crois. Je suis maniaque.

Je ne la regardais pas lorsque je dis ces quelques mots, et sortant ma baguette je rassemblais mes esprits avant de jeter un sort pour balayer la poussière et l’envoyer un peu plus loin, laissant l’espace autour de Taylord et moi un peu plus propre. A peine, mais c’était déjà ça. Tirant sur ma cigarette, je décidais de changer de sujet en interrogeant Taylord sur les objets disposés sur la table, d’un air le plus normal possible. Comme si on était au café limite, et qu’on parlait de sa veste. Pas d’une série de souvenirs qu’elle gardait près d’elle, très probablement.

- Ouais.

Se trainant sur ses genoux, Taylord récupéra les affaires qu’elle fourra dans son sac sans un mot avant de venir se rasseoir comme si de rien n’était. Je ne pipai mot et baissai les yeux sur ma cigarette, un peu mal à l’aise d’avoir presque percée sa petite intimité. Je n’allais pas lui demander de me montrer tout ça… Chacun sa merde ce soir… Et visiblement, la mienne était clairement affichée sur ma figure. J’eus un rire jaune. La Gryffondor aussi avait une sale tête et pourtant, il en fallait beaucoup. Elle était très jolie comme fille, je n’étais même pas sûre qu’elle le réalise. De jolis cheveux légèrement ondulés et châtains, bien que désormais blond ce qui lui allait à ravir, et des yeux noisettes malicieux… Lorsqu’elle voulait bien les faire pétiller. Ses traits étaient fins, uniques, ils dégageaient quelque chose. Avant même d’avoir adressé la parole à la jeune fille, j’avais déjà remarqué sa beauté. Même si maintenant d’une certaine manière, les événements l’avaient altéré. Il manquait quelque chose en fait, un éclat. Un sourire. Ça lui allait tellement bien en plus.

- La tequila... C’est juste qu’on vient pas pourrir ici quand on est censé aller bien.

Je ne rajoutai rien, elle avait tout dit. Tant pis, ce soir je ne jouerais pas alors. J’étais fatiguée, je n’étais pas au meilleur de ma forme et j’avais trop bu pour prétendre le contraire. Je fixais la lumière qui émanait des cendres de la cigarette de la jeune fille avant qu’elle ne l’éteigne violemment sur le parquet. Boum, et il n’y avait plus rien. Je fronçais un peu les sourcils avant de tirer sur la mienne une dernière fois. J’avais encore envie de tequila, mais je n’étais pas sûre de tenir si je continuais à ce rythme. Finalement, je décidais parler. Pour ne pas boire.

- C’est…

Ma question avait gêné Taylord mais elle sortit tout de même la photo pour la me la faire glisser sans dire un mot. Sans surprise, c’était Chuck Carlton sur papier glacé. C’était un peu abîmé, mais le cliché était plutôt bon, le garçon avait l’air bien, heureux dessus. Je levais les yeux vers la Gryffondor sans dire un mot. J’étais un peu étonnée qu’elle me montre son trésor que je gardais dans mes doigts et que je contemplais sans un mot. En un sens, la jeune fille était faible et cela la rendait forte de l’assumer. C’était… Etrange, de fonctionner comme ça. Je ne savais pas faire ça. Mais alors, vraiment pas. J’avais envie de poser cette question qui me brûlait les lèvres sans savoir comment la formuler. Je ne savais pas comment organiser tout ça dans mon cerveau. Alors à quoi bon chercher ? Je balançai les mots un peu au hasard, comme une gamine aurait demandé à sa mère pourquoi le ciel était bleu. Ou une connerie du genre. Oui, je lui demandais une connerie, mais elle me rongeait tellement que j’avais besoin de savoir… De comprendre, comment on faisait pour marcher différemment.

- Tu me flattes.

Je ne répondis rien. Est-ce qu’elle allait réussir à fournir une explication ? Est-ce que ça s’expliquait ? Je la voyais hésiter. Comme si elle aussi chercher ses mots, ou comme si la vérité était difficile à avouer. Elle s’appuya contre le mur –et je frissonnai en imaginant la tonne de microbe dessus. J’eus un dernier regard un peu désespéré en sa direction avant qu’elle lâche une première phrase… Puis une véritable tirade noire.

- Parce qu’il n’y a plus rien. Plus rien à quoi se raccrocher. Parce que c’est terminé et que tu ne peux plus rien y faire. Parce que justement, il ne te reste plus que ça, que t’as oublié comment c’était avant, et parfois même tu te dis que ce sont des trucs qui n’ont jamais existé. Tu devrais protéger ce qu’il te reste. Garde le. Ne laisse personne ne te le prendre. Parce qu’après, c’est irréversible. Je t’assure, quand tu l’as perdu, c’est comme si t’étais mort.

Plus rien… C’était une notion bizarre. Pourquoi est-ce qu’elle n’avait plus rien ?... Parce que Chuck était tout ? Je réfléchissais un instant, pensant à Hadrian. Si je le perdais… Que se passerait-il ? Protéger ce qu’il me reste… C’est vrai que je n’avais aucune envie qu’on touche à ce qui constituait mon bonheur… Et d’une certaine manière personne ne le détruisait. Sauf moi. Ouais, c’était ironique. Mais c’était moi qui foutait tout en l’air, qui ne savait pas gérer mes faiblesses ni les assumer. Ça me servait parfois, autant que ça me coutait. Ce soir, j’avais l’impression que c’était un peu immense contre lequel je n’arrivais pas à lutter, je me sentais complétement conne et sans force. J’aurais voulu remonter le temps et ne jamais rentrer dans cet engrenage stupide de perfection que je m’étais imposé. Mais maintenant, j’étais trop une peureuse pour oser faire demi-tour et plus je le réalisais, plus je renforçais cette stupide attitude même auprès de ceux qui me connaissait le mieux. Pour ne pas les inquiéter, pour ne pas douter. Ana m’avait déjà mis le doute, Haruhi aussi et maintenant Hadrian s’y mettait aussi. Ce n’était pas méchant, je le savais. Je le comprenais de toute manière, qui voulait d’une petite amie qui ressemblait à un robot en présence des autres. Je voulais lui faire plaisir, mais j’avais l’impression que c’était irréversible. Ou que j’avais trop peur pour changer. C’était toujours chiant, le changement quand on savait pas où ça vous menait.

- Tes parents à toi aussi, ils sont morts pas vrai? Aussi. Comme les miens. Tu sais… T’as raison j’crois… Mais le truc, c’est que c’est moi qui détruis ce que j’ai. C’est ma faute, et j’arrive pas à fonctionner différemment. Je poussai un soupir avant d’avoir un petit rire. On est dans la merde meuf.

J’avais à peine réalisé que Taylord venait d’allumer une cigarette qui, à l’odeur et l’aspect, n’en était pas une. Un joint. Oh, je n’en avais pas fumé depuis un petit moment… Je lui fis un petit sourire, surtout lorsqu’elle me le tendit.

- C’est pas d’la chiotte.

J’attrapais le joint qu’elle me tendait avant d’en aspirer et recracher la fumée. Ah oui, c’était… Une bouffée suffisait pour me confirmer ce qu’elle venait de me dire. C’était de la bonne, comme aurait dit Daniel. Tiens, elle avait dû le connaitre non ? Il était dans sa maison…

- La dernière fois que j’ai fait ça… J’ai pas très bien fini. C’était avec Daniel. Tu sais, il a été renvoyé… Tu le connaissais non ? C’est con. Je marquais un pause et tirai de nouveau sur le joint. Que les gens partent.

J’aspirais une dernière fois avant de le retendre à la jeune fille avec un sourire un peu nostalgique. Ça me faisait penser aux vacances en fait… Puis, malgré moi, je regardais à nouveau la photo de Chuck avant de lever les yeux vers la Gryffondor.

- Tu veux qu’il revienne, lui ?


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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Jeu 11 Oct - 18:50

♪ Sick Cycle Carousel ♫

If shame had a face I think it would kinda look like mine



So when will this end? It goes on and on
Over and over and over again
Keeps spinning around, I know that it won't stop
Till I stand down from this

Sick cycle carousel
This is a sick cycle, yeahhh
Sick cycle carousel
This is a sick cycle, yeahhh



C’était la soirée des révélations. Rien que le climat s’y prêtait, ce lieu un peu isolé, énigmatique, qui nous sortait totalement du cadre scolaire. Pourtant ce n’était la cabane hurlante ne portait pas à la sécurité et n’avait rien de rassurant – les planches du parquet grinçaient au moindre mouvement, même infime, prête à céder à n’importe quel moment. Cette consistance solide pouvait voler en des milliers d’éclats d’une seconde, nous emportant dans son cyclone. Même si visiblement, nous n’avions pas besoin de ça.


- J’ai… Un TOC je crois. Je suis maniaque.

J’accueillais sans réaction d’abord. Ça faisait plusieurs semaines que je dansais d’un statut à un autre, tantôt à vouloir tout faire envoyer en l’air, en espérant que cela résolve quelque chose, quoi exactement, bonne question, mais au moins une partie de mes problèmes. Les réduire en poussière, pour qu’ils ne soient plus, pour qu’ils n’existent plus pour qu’enfin je puisse respirer à nouveau, mais rien y faisait et plus ça allait, plus je me sentais oppressée et encore plus à présent que j’étais de nouveau de retour à Poudlard. Je voyais tout d’un nouvel œil, mais un œil mauvais, et cela n’avait rien à voir avec le regard émerveillé que j’avais porté lorsque j’étais arrivée en première année, n’étant pas encore sûre de s’il fallait croire à tout ça ou non. J’en avais la confirmation ce soir : il ne fallait pas. Dans des moments comme ceux, c’était un peu comme quand on fait ce rêve bizarre où tout est blanc autour de nous : personne, mis à part sa propre enveloppe corporelle, pas d’objet, pas de meubles, pas de mur. Aucune délimitation. Où tous les cris qu’on peut hurler dans cette enceinte n’ont aucun impact, se perdent dans l’immensité de l’espace. Voilà ce que ça faisait, d’être au beau milieu de nulle part, et de ne pouvoir en sortir.

Suite à ses paroles, elle me confirma que l’ambiance générale de la cabane la dérangeait. Je retins à peine le petit sursaut qui me parcouru lorsqu’elle agita sa baguette pour éparpiller la poussière un peu plus loin, et un petit nuage s’éleva dans le ciel. La magie, c’était rien d’autre qu’une force dont on disait qu’elle était magique parce qu’on ne savait pas d’où elle venait, comment elle se formait, les règles qui la régissait. Rien de plus. Chez moi elle était plutôt destinée à me heurter.

- C’est bête
, relevai-je platement.

Là, c’était l’un de ces moments où c’était tout l’inverse, où j’étais à moitié stone et plongée dans cette espèce de léthargie qui rendait chacun de mes membres lourds, si lourds que c’était comme s’il avait été forgé dans du béton. Comme si j’avais été emmurée vivante, un peu à l’instar du mort enfermé dans son cercueil, à cinq cents mètres du sol, mais qui en fait ne l’était pas tout à fait et allait devoir subir le supplice de se voir mourir. La grosse variante, c’était que je n’en éprouvai aucune angoisse.

Que ce soit un état ou un autre de toute façon, le résultat était le même : tôt ou tard, il entraînait vers la folie. Mon sort était inévitable. Alors autant l’accueillir à bras ouvert. Avec un peu de bol, il allait peut être se montrer un peu clément. Quelle belle ironie du sort.

-Mais bon, je haussai les épaules. Si tu t’en aies rendu compte, c’est p’t’être que ça devient plus qu’une moitié de problème. Mais j’en savais rien après tout, si c’était bien qu’elle en ait conscience ou pas. Ça avait l’air de la déranger, elle en tout cas. Un truc qu’elle aussi essayait désespérément d’ignorer, du coup, ça prenait encore plus de place. Cette boule qui devenait de plus en plus grosse et qu’au bout d’un moment, on peut plus faire comme si elle existait pas. Tu sais, le mythe du maint’nant qu’t’en a conscience, tout va aller mieux.. !

Non parce que c’était rien que des conneries ça. Qu’est-ce qui avait changé pour moi depuis que je m’étais faite renvoyée de l’école, l’année dernière ? Tout avait empiré. Là où ça devenait carrément malsain, c’était que je laissais certaines mains m’y pousser et m’y enterrer, sans rien faire, sans me défendre. J’avais pas envie de lui mettre de la poudre aux yeux avec de beaux discours apaisants qui la ferait aller temporairement aller mieux pour se rendre compte ensuite qu’en fait c’était rien de tout cela et qu’on pouvait plus rien faire sinon couper la jambe parce qu’entre-temps la plaie c’était trop infectée. Ça avait l’air peut être dégueulasse comme ça, mais il fallait au moins qu’elle me croit sur parole sur une chose : valait mieux que ce soit le toit qui nous tombe d’un coup sur la tête, plutôt que ce soit brique par brique.
Alors forcément… le beau petit discours que j’étais en train de lui servir n’allait rien arranger.


- Tes parents à toi aussi, ils sont morts pas vrai?

C’était instinctif et mes doigts se resserrèrent un peu plus fort sur la figurine d’April que je tenais entre mes mains.

- Hmm, acquiesçai-je seulement. Et apparemment, j’étais pas la seule. Comment elle l’avait su ? Chez les Gryffondor la plupart qui étaient dans la même année que moi le savait, pas les détails, mais forcément, des trucs comme ça, ça finit toujours par s’ébruiter… Après les personnes de qui j’avais été les plus proches, même si on en avait pas forcément parlé ne l’ignorait pas non plus. C’était juste que c’était posé là, comme ça, que ça existait, mais que c’était ce qu’on gardait pour soi, ce qu’on exprimait pas à haute voix.

Comment ils étaient morts ? Je n’allais pas me lancer dans de grandes tirades pour le lui expliquer, et encore moins lui poser la question. A quoi ça servait d’en parler ? J’ai trop eu à supporter les mêmes phrases toutes faites qui ont pour but de vous secouer un peu mais qui n’ont pour mérite que de vous braquer encore plus. Pourtant, c’était bien Ruby qui était la plus à même de comprendre, puisque si chaque histoire était différente, elle avait vécu plus ou moins la même expérience de la perte d’un être, qui avait beau être ce qu’il était, mais ça n’en restait pas moins notre chair, et notre sang. Pour moi la notion de famille avait toujours été prédominante, et je ne pouvais pas me l’enlever. On avait juste sali leur mémoire. Je refusais qu’on le fasse encore. Après, j’étais parfaitement prête à l’écouter, il y en avait à qui ça faisait du bien d’exorciser tout ça, alors si ça pouvait l’aider… je me refusais de l’y pousser en l’interrogeant. Je savais trop ce que ça faisait de savoir exprimer sous la contrainre l’inexprimable pour lui infliger le même traitement.


- Tu sais… T’as raison j’crois… Mais le truc, c’est que c’est moi qui détruis ce que j’ai. C’est ma faute, et j’arrive pas à fonctionner différemment.

Les paroles de Ruby faisaient écho à mes gestes pendant que je préparais notre future friandise et cherchait à l’allumer. Elle comme moi, nous avions sombré dans cette tendance franchement masochiste, où l’envie de se faire mal, c’était trop débile à dire, mais c’était un peu ce qui nous maintenait encore en vie.
Sur un fil.

- Et l’problème, c’est qu’on s’en rend toujours compte trop tard. Je voyais tout à fait ce qu’elle essayait de dire, c’était maladroit, mais à peu de choses près, on était en train de faire pratiquement la même course… mais où il n’y avait aucune ligne d’arrivée. Pourquoi tu fais ça alors ? Tout détruire ? pour le coup, j’étais presque curieuse. Pourquoi tout semblant de construction n’avait aucun avenir si ce n’est finir en miettes ? Ça voulait dire que c’était comme le mythe de Sisyphe que c’était une entreprise qui demandait beaucoup trop d’efforts mais qui au final s’avérait être totalement inutile. J’étais dans cette espèce de vase dans laquelle je nageais, où j’essayais de me dégager. Mais sans succès. Si elle avait posé des choses sur son problème, est-ce que Ruby avait réussi à trouver une solution pour garder la tête hors des algues ?

- On est dans la merde meuf.

… Et bien non.
Il nous restait plus grand-chose à faire dans ce cas. Je tirai un peu trop fort sur le joint, pour que ça monte plus vite. Vu le peu de résistance que je donnais à mon corps, ça allait pas être bien compliqué.

- Les risques du métier.
Et on nous préparait jamais à ça. C’était rien qu’une grande claque à laquelle on régissait tous de manière différente. Y’en avait qui savait contre attaquer.

Mais y’avait plus rien qui valait la peine que je le fasse.


- La dernière fois que j’ai fait ça… J’ai pas très bien fini. C’était avec Daniel. Tu sais, il a été renvoyé… Tu le connaissais non ? C’est con. Que les gens partent.

Je réagissais vraiment pour la première fois depuis le début, en ayant un mouvement un peu plus brusque de la jambe, qui fit s’écarter légèrement Zephyr que je venais de déranger en même temps de sa sieste – la lune provoquait des ombres étranges et bleutées sur son pelage blanc en contraste avec les poils tigrés qui se succédaient par endroits. Je fronçai les sourcils et m’étais tournée à moitié vers Ruby, à travers la fumée qui se dégageait du joint.

- Renvoyé .. ? Comment .. ?!
j’étais un peu plus pressante, et c’était vrai que comme je m’éloignais de tout le monde, j’avais pas fait gaffe qu’il n’était plus là, mais comme je ne restais avec personne… C’était une idée à laquelle j’eus tout de suite du mal à m’y faire, et puis comment j’aurais pu savoir, puisque j’étais partie bien avant tout le monde ? On avait suivi le même chemin finalement, mai alors que j’en avais plus rien à foutre de la route que j’empruntais, me dire que Daniel n’était plus là… ça ne me plaisait pas. Alors que ça m’avait pas effleuré jusqu’à maintenant parce que pour moi c’était juste évident que même si on se voyait pas, ben il y avait sa présence, et en fait non, et tout à coup, ça bousculait tous les codes, ce qui eut pour seul mérite de me perdre un peu plus.

Et moi, c’était quand la dernière fois que j’avais fait ça ? Là où ça devenait inquiétant, c’était que je savais même plus, parce que ça avait été le cas plusieurs fois cet été, que les soirées se ressemblaient toutes plus ou moins, que les potes de Ruth, que je voyais tous les ans à cette période, c’était devenu les miens, et que sans être de gros délinquants, c’était pas des enfants de cœur. Ils se laissaient vivre quoi, sans tomber dans les excès. C’était avec les amis de ses amis que ça devenait un peu différent, parce que, ça n’avait rien à voir et tout de suite on tombait dans des trucs beaucoup plus trash. Ouais, ouais elles étaient toutes calquées les unes sur les autres ces soirées. C’était juste les mecs qui avaient été différents. A part avec Gael… mais heu… j’étais pas trop pressée de le revoir.


- Tu veux qu’il revienne, lui ?

Daniel ? Ben oui, bien sûr que je voulais qu’il revienne, même si j’allais pas lui sauter dans les bras en scandant « bienvenuuuuuue » mais juste savoir qu’il était dans le coin, ça mallait quoi. Mais nan, c’était pas de lui qu’elle parlait et nos regards se portèrent tous les deux, là où la photo se trouvait encore.

Je veux Chuck. Voilà ce que j’avais envie de lui dire.
Ca apparaissait si simple comme ça… Alors pourquoi est-ce que ça devait être aussi compliqué ?

Mais les faits restaient les faits, et ils n’étaient pas marqué avec cette encore baveuse qu’on peut réussir à effacer avec les temps. C’était une histoire écrite à l’encre indélébile et le point final avait été posé, et même contre ça, même toutes les larmes que je pouvais verser n’y pourraient rien.

- Vouloir c’est une chose. Mais le reste ? A partir de là, on pouvait vouloir toutes sortes de trucs, qu’on vous décroche la lune par exemple, et pourtant, ça n’en demeurait pas moins impossible… Ben voilà. Chuck, c’était cet astre qu’on ne pouvait pas attraper.

C’était plus que ça – c’était un soleil mais même être Icare ne suffisait pas pour l’atteindre, puisqu’il s’y brûlait les ailes avant.

Est-ce que lui, il fallait qu’il revienne ? Je savais ce qu’il en était. Je ne pouvais plus le laisser entrer dans mon monde parce qu’il était cette petite brise fraîche qui était capable de la meilleure des caresses comme de devenir l’ouragan incontrôlable, capable de tout dévaster sur son passage. Il avait terminé son travail de toute manière – ce n’était plus qu’un vaste champ de ruines…
Quand je fermai les yeux, il y avait l’odeur de la fumée prédominante. Pourtant j’avais juste besoin de me concentrer un tout petit peu pour sentir son odeur.
Il était là. Malgré tout.

- Je ne crois pas. Il fallait qu’on garde nos distances. C’était ce que je m’étais employée à faire depuis que j’étais de retour d’ailleurs. J’avais bon espoir que ça reste comme ça pour toujours, même si… je n’en étais aucunement satisfaite. Je taffai, avant d’estimer de faire passer une nouvelle fois à Ruby notre consommation illégale. C’était beaucoup trop pour moi, et je le sentais venir, que ça montait lentement, mais sûrement, et que ça allait bientôt atteindre son paroxysme… Et puis.. il ne reviendra pas. Depuis quand, c’était sa manière de fonctionner ?

Reviens. S’il te plaît.

- Y’a plus rien à prendre
, j’eus un mouvement pour me désigner. Le sweat dans lequel j’étais emmitouflée en cachait pas mal de partie mais mes cuisses dont le short m’était trop grand ne trompaient pas. Parce qu’il m’avait tout évidée.

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"Elle lui a appris à vivre.


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Il lui a appris à aimer."

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Mar 16 Oct - 18:21



"An unexpected light
Shines his way across the sea
Just so I don't feel all alone
An unexpected light
He chose me
Why can't I make this light my home?

What's wrong with me?
There is love all around
What's wrong with me?"


Je n’aimais pas trop avouer mes faiblesses. Non attendez… Je n’aimais pas du tout. Ce n’était pas nouveau. Si je le faisais, ce n’était aucune par fierté. J’avais simplement besoin que l’on me voit différemment, pas comme avant, pas les regards en coin pleins de pitiés. Je voulais simplement apparaitre comme tout le monde, qu’on m’apprécie, qu’on me haïsse, mais j’avais que l’on me plaigne. Pourquoi ? J’aurais pu si facilement me laisser aller à jouer les victimes, à réclamer de l’attention. Il m’était arrivé des choses qui dépassaient l’imagination de la moitié des personnes ici. Et ces dernières qui passaient leurs temps à se croire si triste, si spéciaux. J’avais l’impression que beaucoup n’avait aucune de quoi ils parlaient. Les gens se plaignaient de chagrin d’amour avant même d’avoir vécu ce sentiment, celui d’aimer. Il suffisait de regarder Taylord pour comprendre les véritables ravages. Ce que c’était que d’avoir aimé de tout son être, jusqu’au fond du fond, le bout du bout. Aimer, en entier. Elle l’avait fait probablement plus que quiconque et maintenant, elle en payait le prix fort. Réellement. Pas comme certaines filles qui pleuraient une semaine avant d’oublier l’histoire en un mois. Je n’essayais pas de me croire plus malheureuse que n’importe qui non, car dans mes mésaventures j’avais eu droit aussi au soleil. J’avais droit à Lizlor, à Hadrian, à des rires, des sorties. J’y avais toujours droit.

Même si je sentais inlassablement le passé me tirer vers le fond, encore et encore.

Alors, bredouille, je lâchais de but en blanc mon TOC, comme si je parlais presque de la météo. Alors que ça n’avait rien d’anodin et j’en étais parfaitement consciente. Surement existait-il des solutions en plus, je refusais juste de les chercher. Pourtant, je n’allais pas mentir, c’était extrêmement pesant, et le cacher encore plus. Comment expliquer aux autres pourquoi la moindre tache de jus de citrouille sur ma jupe me rendait à moitié folle ? Je ne le pouvais pas. Alors, lorsque cela se produisait, je gardais le plus possible mon calme et d’un coup de baguette je faisais disparaitre la chose. J’attendais alors la fin du repas pour m’empresser de remonter dans ma tour pour me changer, et frotter comme une folle cette minuscule tâche qui avait pourtant disparu. Juste au cas où, comme j’aimais bien me le dire. Heureusement, j’avais appris à être précise et habile. A ne jamais me tacher, ou m’exposer à tout risque. Tant que je contrôlais la situation, je pouvais la cacher non ? Mais là, dans la situation présente, c’était compliqué de prétendre que je n’étais pas un minimum paniquée. Taylord avait de la chance cependant que je sois ivre : la réalité se déformait légèrement et je la prenais mieux. Sans la tequila, je serais probablement en train de pleurer ou de m’enfuir. Ou de nettoyer toute la pièce. Alors… Je me contentais d’améliorer mon espace vitale et de boire un peu plus, pour être sûre de ne pas y penser. Même si c’était partout autour de moi ce bordel, autour, sur et
dedans.

- C’est bête.

Je ne répondis rien, car il n’y avait rien à dire. Je ne m’attendais pas à ce que Taylord compatisse ou pleure avec moi et encore mois à ce qu’elle ne me comprenne. Même moi, j’avais du mal à me l’expliquer. Je revoyais Lizlor et ses questions timides qui cherchaient à définir l’origine, le but. Je n’avais pas vraiment envie de fouiller dans tout ça même si je savais à quel point c’était lâche. Je ne reculais que la chose, je prenais mon élan pour mieux sauter. Et quand j’allais me prendre le sol, j’allais éclater en mille morceaux. Mais… J’avais simplement peur. Tellement peur. De devoir changer quelque chose, de tout recommencer à zéro. De ne pas savoir qui j’étais même si à chaque fois que je me disais cela, je réalisais que je ne me connaissais pas vraiment. Surtout si je continuais ainsi à fermer les yeux sur tout ce qui me formait, et surtout mes défauts. Je les subissais, je les sentais partout poindre sous la fine pellicule de mensonge qui me recouvrait. Ils en avaient marre d’être étouffer. J’en avais marre d’être fausse. Mais je préférais ça à… A devoir tout changer. J’allais m’habituer, les autres aussi. S’ils ne le faisaient pas ? Je finirais toute seule mais au moins, je n’aurais jamais revécu ça. Voilà !...

Mais je ne voulais pas être toute seule…


-Mais bon, je haussai les épaules. Si tu t’en aies rendu compte, c’est p’t’être que ça devient plus qu’une moitié de problème. Tu sais, le mythe du maint’nant qu’t’en a conscience, tout va aller mieux.. !

Taylord n’avait tellement pas l’air convaincue que j’éclatais de rire malgré moi. C’était joli les beaux discours… En réalité, ce n’était jamais très efficace. Je m’en rendais compte peut-être, mais c’était le jour où l’on désirait changer que ça allait « aller mieux ». Pour le moment, j’étais carrément à contre-courant dans le torrent « Amélioration ». Et je crois que je n’étais pas la seule. Il suffisait de regarder Taylord pour voir qu’elle se laissait entrainer dans des profondeurs qu’elle seule connaissait. Elle ne luttait plus depuis longtemps, mais n’avait surtout plus aucune raison de le faire. Je crois, même si je ne connaissais que des bribes de son histoire, que Chuck avait été sa bouée. Et je crois aussi qu’elle avait été celle de Chuck. Maintenant, les deux se laissaient surprendre par la marée qu’il avait toujours crue basse, et ils étaient embarqués par cet océan ravageur. Un jour, ils en reviendront, Taylord en reviendra. L’écume la rejettera le long de la plage, complétement lessivée. Comme ses coquillages qui trainent dans le sable jusqu’à qu’un enfant daigne voir sa beauté. Quelqu’un allait rattraper, repêcher la jeune fille. Mais il fallait qu’elle remonte un minimum à la surface.

Je finis par changer du sujet en parlant de ses parents. Ce n’était pas vraiment une question, plutôt une affirmation cachée. Je savais qu’elle n’avait plus personne. C’était Lilian qui me l’avait dit je crois, ou Hadrian. Ma mémoire me jouait des tours lorsque je nageais dans les limbes de l’alcool. Je vis la Gryffondor se crisper légèrement. Evidemment, je n’avais pas abordé le sujet très amusant. Tirant sur une cigarette que j’avais déjà bien entamée, je regardais la fumée s’élever à travers le rayon de lumière de la lune qui donnait cette ambiance si étrange à la pièce. Des ombres, des lumières. C’était étrange de remarquer que Taylord et moi étions loin de cette lumière, nos visages terrés dans le noir malsain.


- Hmm…

Je ne rajoutais rien. Nous n’allions peut-être pas sortir les cadavres des placards… Je n’avais pas envie non plus. Comme tout être normalement constitué, la jeune fille semblait triste de cette mort. Et moi, est-ce que je l’étais de celle d’eux… De mes parents ? C’était toujours une question complexe. Oui. Non. Pas vraiment… Je n’en savais rien. Je me demandais souvent : s’il n’était pas mort ce jour-là… ? Est-ce qu’il aurait recommencé ? Est-ce que moi, j’aurais survécu à ça ? Je ne crois pas. Et que préférais-je ? Qu’il ne soit jamais passé à l’acte et ai passé sa vie à avoir des pensées… Sur moi. Non, toutes les options étaient immondes. L’idée même qu’il ait été vivant un jour me paraissait immonde. Je n’avais même pas envie de me souvenir d’avant ça, des moments où je l’appelais encore « mon papa chéri » Rien que ces souvenirs me donnaient envie de fondre en larmes. Je n’avais pas eu d’enfance, voilà ce que je me disais parfois. Avant l’incident, ça n’existait pas. Les heures de jeux dans le jardin, dans le café de ma mère, chez mes grands-parents, les rires, les cris, les câlins, l’école, ma robe à volants rose… ça n’avait jamais existé. Rien, je ne voulais pas me rappeler de ce que ça avait été. Je ne voulais pas pleurer sur sa mort. Si je pleurais, c’est parce qu’il m’avait fait mal. Pas parce qu’il était mort. Parce qu’il m’avait détruite.

Et ma mère alors ? C’était différent. Je crois qu’au fond, j’étais triste. De toute manière, je l’étais comme une fille qui n’avait plus de parents. Mais ce n’était pas eux qui me manquaient, c’était ce qu’ils représentaient pour moi. Savoir qu’après chaque trimestre, je pouvais rentrer dans un foyer bien chaud avec des gens qui m’attendaient. Qui m’aimaient peu importe les circonstances, qui étaient fiers de moi. Des parents quoi. Une maman, qui me regardait en me disant que j’étais belle, me cuisinait de bons petits plats, me demandait comment ça allait l’école. J’avais pas ça moi, j’y avais jamais eu le droit. Si ma mère me trouvait jolie ? Avant peut-être. Après, je n’étais qu’un monstre à ses yeux. Elle l’avait dit… Je m’en souvenais, je m’en souviendrais toute ma vie. Alors si elle n’était pas morte… Sûrement aurait-elle continué de pourrir, de me pourrir, et on aurait fini toutes les deux par crever amères et seules. Elle n’avait pas survécu à tout ça, elle avait été lâche et était parti. Par son plein gré. Parfois, en fermant les yeux le soir, je revoyais cette scène. Son corps sur le canapé, entouré de petites pilules bleues qui étaient tombées d’une boite qui avait roulé sur le sol. Sa bouteille de whisky encore ouvert qu’elle tenait fermement dans sa main. Il parait que le corps se raidit quand on meurt. Mais elle avait juste l’air de dormir. Je m’étais approchée, cherchant le son de sa respiration. Puis, j’avais saisi le téléphone, j’avais composé le seul numéro que je connaissais. Celui des pompiers.

« Je crois que ma maman est morte. »

Peut-être que j’avais pleuré après. Sur le coup ? Toute vide, comme toujours.


- Et l’problème, c’est qu’on s’en rend toujours compte trop tard. Pourquoi tu fais ça alors ?

Je la regardais son visage à travers les bribes de fumée du joint. L’odeur embaumait petit à petit la pièce mal aérée et je me laissais envelopper dans ce nuage en fermant les yeux un instant. Pourquoi ? Pourquoi ? Subitement, j’ouvrais les yeux.

- Parce que j’ai peur. Parce que j’ai cru que c’était la solution, comment j’faisais, et maintenant que ça ne l’ait plus j’ose pas faire demi-tour. J’ai pas envie de plus savoir comment on fait, comment on vit, comment…


Mes mots se perdirent dans ma gorge. Je ne voulais pas vraiment expliquer plus. Je finis par attraper le joint, espérant perdre le peu d’esprit qui me restait dedans. Juste oublier, et croire un instant que tout allait bien. Mais tout autour, ça puait. Taylord et moi avions des mines à l’image du lieu, affreuses, et nos paroles y faisaient écho. Elle était au fond du trou, et j’avais presque envie de l’y rejoindre… Ce n’était pas vraiment sain tout ça. J’eus presque un rire toute seule en y pensant. Voilà, voilà, que cette petite merveille me fasse rêver, pensais-je en fermant les yeux et en tirant dessus avec un sourire en coin. Ça montait, ça allait monter.

- Les risques du métier.

Ouais. Et parfois, la merde nous explosait à la gueule. Comme Daniel. C’était Lizlor qui me l’avait dit. Visiblement, il avait triché à ses buses, il avait mis le feu aux serres, et Nakamura avait peu apprécié. Forcément. Mais je pensais ne rien à apprendre à Taylord, tandis que sa réaction me prouva le contraire. Je n’avais pas annoncé ça très diplomatiquement, surtout si c’était un ami à elle. Il était dans la même maison… Tout était possible non ? Est-ce que ça lui importait à Taylord, qu’il ne soit plus là ? Même moi je devais l’avouer, je trouvais ça étrange. Je ne l’avais connue que le temps d’une soirée, mais j’avais été persuadée de le revoir. De le remercier de ce qu’il avait fait pour moi, de sortir avec lui… Il aurait pu devenir un bon pote, j’en étais sûre. Et puis, c’était dérangeant de penser que l’on pouvait être virée de Poudlard pour toujours. La Miss Gryffondor, ça n’avait été que deux mois. D’ailleurs… Elle était partie en coup de vent sans rien ne dire à personne. J’avais été un peu… Pas vexée, pas inquiète. Gênée peut-être. Enfin, je ne sais pas… J’aurais voulu qu’elle me le dise. Nous n’étions pas les meilleures amies du monde mais… Mais moi, je l’aimais bien c’te fille. Avant qu’elle disparaisse de la sorte, on s’entendait bien. Mais je ne voulais pas lui faire de reproche. Je la comprenais.

- Renvoyé .. ? Comment .. ?!
-Ouais. Pour de bon.


Fini.

D’un geste de la main, je désignais Chuck sur la photo pour interroger la jeune fille. Juste… Savoir. Où elle en était. Si elle était quelque part bien sûr.


- Vouloir c’est une chose.

Quand on veut, on peut. On m’disait ça, gamine. Maintenant… Je n’y croyais plus trop. Je n’avais pas envie de donner de faux espoir à Taylord. Je ne connaissais pas Chuck, et même si pour ma part je ne trouvais pas qu’il allait l’air si heureux que ça, ce n’était que de vague supposition que je me faisais lorsque je le voyais jeter des regards en coins à la Gryffondor dans la grande salle. Mais s’il la laissait ainsi… C’est qu’il ne l’aimait pas tant que ça, non ? Parce que quand on aimait quelqu’un, on le laissait pas dans cet état. Surtout lorsqu’elle ne le méritait pas. Et on ne le provoquait pas non plus. Voilà ce qui était pire dans ce qu’avait fait Carlton.

- Je ne crois pas. Et puis.. il ne reviendra pas.

C’était par défaut alors.

- Y’a plus rien à prendre.

Elle se désigna d’un mouvement un peu flou –ou ma vision l’était, peut-être. Je secouais la tête de gauche à droite, en signe de négation. Non… Non…

- T’as tort. Et… Et si y a déjà eu quelque chose à prendre, comme tu dis… Ben tu vas le retrouver. Ou quelqu’un va le trouver pour toi. Même si je me demandais souvent… Si moi, y avait déjà eu quelque chose après l’incident. Ou si… J’étais vide, pour toujours. Faut juste… Oublier…

Je balançais ma tête dans l’air, complétement stone.

Oublier, oublier, oublier…
Eteindre la lumière.


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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Sam 20 Oct - 18:54

♪ Je n'veux pas rester sage ♫

Le mal est ma lueur
Son ombre est ma couleur
Le mal est ma lueur
Mon parfum, son odeur
Prend ton mal en douceur

Le mal est entré
Et je sais qu'il détruit
Qu'il pourrait m'faire crever
Que reste t-il ici



Le mal est entré
Meilleur ennemi
Il sait m'abandonner
Je brulerai avec lui



Je repensais à ce qu’elle venait de dire à propos de ses manies là. Ça ne me touchait pas de la même façon, mais en fait… moi aussi j’en avais et pas qu’un peu – je comprenais un peu ce qu’elle ressentait, c’était plus fort, c’était trop fort… les gens quand on leur expliquait ça, ils comprenaient pas. Ils comprenaient pas que c’était à la fois à l’envers de notre volonté, mais qu’en même temps on en avait envie parce qu’il y avait ces quelques secondes de soulagement qui arrivaient, toujours après, même ça durait pas plus d’une minute, si ce n’est moins. Pour le ressentir encore, ce sentiment d’épanouissement, il fallait recommencer, encore et encore, c’était comme ceux qui avaient des addictions au tabac, ben là c’était pareil, mais comme ça sortait un peu de l’ordinaire, on nous regardait tout de suite différemment, comme des aliens, parce que fumer d’accord c’est pas bien tout le monde le fait mais j’imaginais très bien comment étaient capables de réagir les autres, impulsivement, bêtement, et sans même chercher à comprendre, si demain ils voyaient Ruby en proie avec ses démons qu’elle avait l’air d’avoir de plus en plus de mal à dissimuler. Quant à moi… déjà je n’allais pas la juger, parce que sur ce terrain-là, je n’étais guère mieux, et mes propres fantômes… Ils me collaient à la peau et je ne voulais de toute façon, pas en parler.

J’aurais aimé qu’elle comprenne que même si je n’étais pas en mesure de lui venir en aide, parce que j’avais bien du mal à éradiquer mes propres problèmes, alors lui dire comment il fallait faire avec ses soucis apparents maintenant pour moi de propreté… et bien que je voyais où elle voulait en venir. Comment elle s’en voulait de faire ça et qu’elle se sentait tellement coupable sous les regards accusateurs d’autrui, mais qu’en même temps elle ne pouvait pas faire autrement parce c’était juste… comme ça. On en revenait à ce qu’on disait. Vouloir, c’était une chose. Elle en avait conscience. Mais pour le reste ? C’était facile de prétendre que c’était pas bien sorcier pour ceux qui n’étaient pas victimes de ça, mais jamais ils n’essayaient de vous tirer hors de la marée. Non l’idée, c’était de se débattre autant que possible pour survivre et ça rendait plus fort. Franchement, accompagnée ou toute seule, chez moi y’avait rien qui marchait à croire qu’aucune solution ne pouvait marcher pour moi et que j’étais condamnée d’avance…

Quand même, j’espérais que Ruby ne prenne pas cette voie-là. C’était dangereux ce qu’elle faisait, et elle ne voyait pas qu’en restant là, ici, je l’entraînais encore plus ? Ça m’avait pourtant toujours été nécessaire de porter secours aux autres, ça faisait partie de moi, c’était juste que c’était pas possible de rester là, sans rien faire et de voir quelqu’un, encore pire quand c’est quelqu’un pour qui on porte de l’affection, se laisser glisser dans les profondeurs de la terre dans ce gros trou qui s’élargissait de plus en plus, de plus en plus… Jusqu’à ce qu’il se referme d’un coup, et ensuite, fini, on en parle plus. Alors pourquoi est-ce que je pouvais pas faire pareil avec elle ?


- Parce que j’ai peur. Parce que j’ai cru que c’était la solution, comment j’faisais, et maintenant que ça ne l’ait plus j’ose pas faire demi-tour. J’ai pas envie de plus savoir comment on fait, comment on vit, comment…

Ouais… Comment on vit ?
Comme on était en train de le faire là ? Non, là c’était plutôt l’inverse, cette pente trop raide de la déchéance et on courait dessus, trop vite, et je sentais qu’on allait pas tarder à trébucher et à subir la chute et à dévarouler jusque en bas pour ne plus pouvoir s’arrêter. Ce qu’on ingurgitait commençait sérieusement à me tordre le cerveau, j’étais là sans être là, mais comme c’était l’ambiance générale en ce moment, même sans drogue, on allait plutôt dire que j’étais là sans être là mais multiplié par dix ou vingt, ça faisait plus grande différence.

Je pouvais lui expliquer, par contre, quand on savait qu’on avait perdu goût à tout. C’était quand même les choses les plus simples devenaient insurmontables, quand on avait plus envie de les faire, quand même le simple fait de marcher, c’était une épreuve et que c’était bien mieux de se terrer tout au fond de son lit et de s’y laisser périr. C’était tellement plus facile, plus facile, et lâche aussi, mais là encore c’était qu’une question de point de vue, parce que les autres ils s’emmerdaient à faire en sorte que leur existence ait un but, soit utile, remplie, construite… Mais au final, à quoi est-ce que ça servait tout ça ? A quoi ça servait de bâtir un joli petit univers tout parfait quand du jour au lendemain quelqu’un venait le démolir, sur un coup de tête, comme ça, parce qu’il avait envie ? A chaque fois que j’essayais de faire des réparations, y’avait un nouveau coup de vent, et j’en avais juste marre de passer mon temps à réparer l’irréparable…

Parce qu’elle avait peur…
C’était qu’une grosse emmerdeuse la peur.

- Fonce, chuchotai-je. Le risque, c’était que c’était à double tranchant : pour tromper la peur, justement, il fallait se jeter à l’eau, sauter du plongeoir une première fois pour se rendre compte qu’en fait c’était pas si haut que ça. Très souvent, ça marchait. Malheureusement, il y avait toujours un cas isolé où on atterrissait mal et où on se prenait un plat. Et je pouvais lui assurer que - ça faisait pas du bien. Sinon… c’est aussi ceux à qui tu tiens que tu vas blesser.

J’avais un peu l’esprit embrouillé, et je savais plus trop si je parlais de ma propre expérience, de celle d’une autre personne, si ces deux expériences-là étaient pas justement liées inévitablement… Et puis n’importe quoi, je le connaissais même pas, je savais pas qui il était, si ce qu’il prétendait être c’était vraiment lui où si alors, il jouait de ça justement en disant que ce qu’il montrait c’était pas vrai, qu’il y avait autre chose… ça me gonflait tout ça, je voulais plus chercher à comprendre, à trouver une logique alors que c’était évident qu’il n’y en avait juste pas et que c’était ç qui me bloquait, qui m’empêchait d’avancer, qui me faisait rester dans cet endroit où personne ne viendrait me chercher et d’où je ne pouvais pas sortir parce que je n’avais aucune idée d’où est-ce que je me trouvais… Je pouvais entendre les pas de Ruby arriver.
Mais est-ce qu’elle allait retrouver le chemin de la sortie ensuite ?


- T’as tort. Et… Et si y a déjà eu quelque chose à prendre, comme tu dis… Ben tu vas le retrouver. Ou quelqu’un va le trouver pour toi. Faut juste… Oublier…

Non.
Non certainement pas.
Je n’allais laisser personne le trouver. Plus jamais, c’était à moi rien qu’à moi toute seule.

- C’est fini. Terminé
. J’étais comme une bougie. J’avais brûlé, brûlé… Jusqu’au bout. Toute la cire avait fondu.

Je tirai une dernière fois. On était arrivée tout à la fin, et je jetai le résidu au loin d’un coup de pichenette, et tapotai plusieurs fois le sol et manquait de renverser la bouteille au passage pour récupérer la photo et la remettre bien au chaud à sa place dans la poche du sweat, parce qu’il ne fallait pas que je la perde ou que quelqu’un la trouve…Je passai la capuche sur la tête avant d’entreprendre de me relever, j’avais du mal à me hisser sur mes jambes, mais… mais une fois debout… j’avais un peu l’impression d’être sur un nuage, et quand je faisais un pas… c’était un peu comme si je bondissais sur un autre nuage… C’était moi où tout à coup la pièce avec l’air d’être trois mille fois plus grande.. ?

- .. Ruby ? L’apostrophai-je par son prénom, parce qu’elle n’avait toujours pas bougé. T’es okay ?

Quand je tendis la main pour l’aider à se relever elle aussi, je failli basculer vers l’avant mais me rattrapai au dernier moment grâce à la tête de la bouteille. Je la coinçai dans mon autre bras, fis plus attention, le temps que la blonde soit à même hauteur de visage que moi. Puis je lui demandais de me suivre. Il devait bien y avoir une chambre quelque part dans cette maison, et après avoir fait le tour de l’étage, nous arrivâmes devant la porte de la dernière pièce et… bingo. Je bus une ou deux gorgée pour me désaltérer puis posai mon butin sur l’ancienne table de nuit puis me laissai tomber sur le grand lit qui grinça… même sous mon poids. Un nuage de poussière s’en dégagea ce qui me fit éternuer deux trois fois d’affilé.

- Ca va pas te plaire…
dis-je la voix complètement détachée, et ce fut encore pire car ça en remua encore plus quand je tapotai à côté de moi pour l’inciter à me rejoindre. Après coup, j’en vins à me dire qu’elle allait croire que je me moquais d’elle… alors que non… et puis… oh et puis tant pis…

Je regardais le plafond sans le voir, à la fois parce que mes yeux étaient perdus dans le vide, mais il y avait tellement de toiles d’araignées que c’était difficile de toute façon. Je basculai sur le côté et tendis les bras vers elle pour l’inciter à venir :

- T’inquiète pas, j’vais t’protéger.
De quoi, de la saleté ? Je risquais pas d’être une très bonne arme, mais bon…

En tout cas, je n’étais pas prête à bouger de nouveau, refaire le chemin inverse et retrouver le chemin d’abord du château, mais ensuite de la salle commune dans cet état. J’entendis Zephyr miauler au loin – il devait s’être réveillé, avec tout le boucan qu’on avait provoqué – et bientôt il passait le bout du nez à son tour dans l’encadrement de la porte et sauta à son tour sur le matelas pour venir se blottir contre moi. Au bout d’un moment, je brisai de nouveau le silence.

- Est-ce que… est-ce que ça te fait peur aussi d’aimer ?


J’avais tellement entendu parler de gens qui évoquaient la maladie d’amour sans y croire, jusqu’à maintenant.
Mais…
Mais en fait, elle était incurable n’est-ce pas ?
Alors dans ce cas… Mes heures étaient comptées.

_________________
"Elle lui a appris à vivre.


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Il lui a appris à aimer."

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Dim 21 Oct - 23:20



"Les avions qui passent au dessus de nous
Les visages qu'on a croisés qu'on a perdus
Les gens qu'on a aimés puis qu'on n'aime plus
Les yeux qui sèchent au temps qui passe

Les amis qu'on a laissés derrière
La vie qui perd de ses mystères
Les évidences qui vous lacèrent et puis qui tuent

[...]

Ouais tout ce que la vie a emporté
Le muscle qui arrête pas de saigner
Les choses qu'on ne peut pas refaire
Tout ce qu'on aura laissé derrière

Les poussières et puis les rubis
Et les amis au fond des nuits
Dans les gorges des filles oui tout s'oublie
L'hémorragie de nos mélancolies."


En fait, c’était un peu ça d’être un adolescent je crois. J’avais lu des choses dessus, vu des films qui mettaient en scène cette « crise » d’adolescente que nous étions censé tous vivre. Je savais qu’au fond, je n’avais rien de plus spéciale que les autres. On avait tous mal à un moment ou un autre, pour des raisons variées qui nous faisaient toujours ces trous dans la poitrine. Peu importe pourquoi, les conséquences étaient les mêmes. Mais n’était-ce pas le propre des gens de nos âges de croire que nous souffrions plus que n’importe qui ? Moi pourtant, je n’avais pas envie de croire à ça. J’étais comme n’importe qui… J’avais pas plus mal… Je n’avais pas vécu pire… Je pouvais me relever, aller plus haut. N’est-ce pas ?... En fait, je n’y croyais pas moi-même. Parce que les faits étaient là : j’avais constamment les souvenirs qui me tourmentaient, surtout la nuit. Elle était révélatrice de mon état, toujours, elle me montrait que je ne pourrais jamais totalement oublier. J’avais donc sûrement tort de croire que je pouvais être banale, et faire autant d’efforts. Je ne le serais jamais. Mais que se passait-il si je me laissais happée par le passé ? Qui allais-je devenir ? Mais surtout, cette question qui s’accrochait toujours à ma bouche…. Est-ce qu’on allait encore m’aimer ?

Alors je me battais. Mais pour qui ? Pour quoi ? Je savais qu’il fallait des raisons, je les avais trouvés d’une certaine manière. Lizlor, Hadrian, mes amis, Annalisa… Mais… Mais ça se retournait contre moi, cette bataille. Ceux pour qui je me battais se retournaient contre moi aussi. Je n’avais pas envie de les citer encore, mais leur présence était partout. Ana, Haruhi. J’avais l’impression que la foule était autour de moi, se rapprochait, m’étouffait. J’avais l’impression ouais, que je manquais d’air. Je ne savais plus comment me maintenir à la surface du torrent qui m’emportait. Mes bouées de sauvetage se trouaient de partout, j’avais l’impression parfois de mordre dedans comme si c’était moi qui voulait aller au fond. Il est vrai que c’était facile d’être triste. C’était simplement abandonner la partie et arrêter, poser les larmes. C’était s’allonger dans son lit en fixant le plafond, se laisser penser sans rien faire de plus pour que ça aille. Et quand on voulait reprendre en main notre vie qui se barrait, c’était la galère, c’était douloureux. Il fallait faire les choses bien, il fallait faire des sacrifices, des compromis, des efforts, se plonger dans la merde pour s’en sortir, la nettoyer. Pour qu’on soit heureux, fallait se battre. Et quand on avait plus de raison, Taylord avait raison, c’était comme si on était mort. C’était presque plus simple de l’être alors.


- Fonce. Sinon… c’est aussi ceux à qui tu tiens que tu vas blesser.

Elle avait raison. J’en étais déjà consciente… Et c’était déjà trop tard.
Ana.
Son prénom résonnait partout et me coupait le souffle. Il me donnait presque envie de pleurer déjà, parce que c’était ma faute si tout avait foiré. La sienne un peu aussi, elle s’y était mal prise avec moi mais j’avais empiré tout, j’avais été horrible. J’avais voulu protégé ce qui me restait, ma prétendue identité alors j’avais massacré la jeune fille. Pour sentir que j’avais le contrôle, que je pouvais me défendre, défendre cette maudite carapace à laquelle je m’accrochais comme si elle allait me sauver de la merde qui m’entourait dans laquelle je m’étais foutue toute seule. J’avais tout fichu en l’air alors qu’au fond, je tenais à elle bordel. Là était le pire. Elle me manquait, vraiment. J’avais pensé pouvoir me débarrasser d’elle, des remords, mais c’était pire désormais. Elle était partout, je ne cessais d’y penser, de sentir cette horrible contraction dans mon cœur. J’avais envie qu’elle soit là, qu’elle me secoue comme elle le faisait si bien. Qu’elle me fasse ses sourires si rares à recevoir, que je vois dans ses yeux cette étincelle qui lui était propre. Quand lorsqu’elle les posait sur moi, j’avais l’impression qu’elle me regardait différemment des autres, comme si j’étais un peu… Spéciale. Parce que ce que nous avions eu l’était… Sa présence me manquait.


-Je sais, et c’est déjà trop tard… Et ça me fais peur, ça me fou les boules parce que je veux surtout pas que tout… Tout se brise comme ça.

Voilà, je marchais à l’envers. Je comprenais plus ce que je faisais, ce que j’avais fait. Boire, fumer, ça ne m’aidait en rien. Mais j’aimais ça, parce qu’habituellement ça me faisait tout oublier. Mais là, ce n’était pas assez, il fallait plus. Alors encore de la tequila, et ce joint il fallait tirer un peu plus fort. Pour que ça monte, que moi aussi je monte. Je savais que j’avais tort de faire ça, d’associer l’alcool à ça. J’avais promis à Lizlor que je ne ferais pas de connerie sur ça. Parce que ça pouvait mal finir, je le savais. C’était déjà arrivé. J’avais peur de ce refuge que je trouvais, mais c’était si doux de s’enfermer dans les méandres de l’euphorie et la fumée du tabac qui s’élevait, et de rire tout doucement, si facilement. Je voulais rire, je l’attendais ce moment où c’était franc et que je pouvais tout oublier. Outre l’alcool, je ne rigolais que franchement avec Lizlor maintenant. C’était la seule avec qui tout n’avait plus d’importance, où je faisais les choses bien. Même Hadrian, je commençais à avoir peur de la manière dont les choses se tournaient. Parce qu’il trainait beaucoup avec Gaëtane, qu’il commençait à me reprocher certaines de mes attitudes et que j’avais peur, peur, tellement peur que ça parte en live.

- C’est fini. Terminé.

Je relevais la tête vers Taylord, comme si je sortais de ma rêverie. Mine de rien, j’avais plutôt bien décollée, sans m’en rendre compte. Je clignais des yeux plusieurs fois, en la fixant. De quoi on parlait déjà ?... Ah oui… Quelqu’un, la retrouver… Elle n’avait plus envie ? Visiblement, l’idée lui donna envie de bouger. Dans un mouvement qui me parut très flou, je la vis se lever en rangeant au passage la photo dans le sweat. Elle allait où ? Je clignais encore des yeux, je la voyais légèrement sourire et tituber. On allait quelque part ? Est-ce qu’on savait où on allait ? Waouh, je partais totalement là. J’avais l’impression d’être dans une brume, je voyais un peu flou mais j’avais malgré tout envie de sourire. Qu’est-ce qui se passait ? Où elle allait ?...

- .. Ruby ? T’es okay ?

Je la fixais encore. J’avais un sourire béat malgré moi et lorsque la Gryffondor me tendit la main, je mis quelques seconde avant de la saisir, et même de comprendre qu’il fallait que je la prenne. Elle tenta de me relever mais je ne compris son entreprise que trop tard et laissait la pauvre fille bien plus maigre que moi tenter de me lever. Evidemment, elle manqua de flancher et réussit à se rattraper sans que je comprenne comment mais je réussis cependant à me mettre sur mes pieds. Bouger me fit tourner la tête mais je repris un peu plus mes esprits. J’eus un rire sans savoir pourquoi, et l’entendre me rendit un peu plus euphorique. J’entendis la voix lointaine de Taylord me dire de la suivre. On allait où ? Je la laissais commander. Contrôler. Moi j’étais fatiguée de le faire. Nous explorâmes la maison, et chaque pièce me donnait des frissons parce que c’était sale, sale… Mais je tentais de ne pas y penser et je suivais ma camarade de beuverie qui semblait chercher quelque chose. Ce fût lorsque nous pénétrions dans une pièce à l’étage que je compris. Un lit… Une chambre… Un bruit. Taylord, posant ses affaires visiblement. Puis, un autre bruit. Elle se jetant sur le lit. Ce fût lorsqu’un nuage de poussière s’en éleva que je repris mes esprits et observais la pièce avec un frisson terrible. Elle ne voulait quand même pas que… Non… ?

- Ca va pas te plaire…

Non… Vraiment ? Je la voyais tapoter le lit, soulevant encore plus de poussière et me clouant sur le sol. Je n’avais pas envie de m’allonger là, mais je n’avais pas envie de rentrer. Le sol était immonde aussi, mais je n’étais pas état pour lancer un sort non plus… J’avais envie de… Je ne savais pas… Je regardais Taylord qui soudain fit un mouvement vers moi pour attraper mon bras et m’encourager à venir. J’avais l’impression qu’elle me trainait droit vers l’enfer. Je voulais fuir mais il n’y avait pas d’issu. Il fallait que… J’y aille…

- T’inquiète pas, j’vais t’protéger.

Je regardais la jeune fille. On ne pouvait pas me protéger de ça, il n’y avait que moi… Moi… Et cette saleté, cette poussière…

- Je fonnnnnceeeee !

Sans prévenir, j’avais hurlé en sautant dans le lit, à côté de Taylord sans réfléchir. Je sentis directement la poussière m’envahir, elle se souleva dans les airs avant de me retomber dessus. Je me mis à taper dans le lit pour qu’elle parte, même si cela ne faisait que la déplacer, il y en avait partout, sur moi… Je tapais comme une folle, et je rigolais même si je sentais des larmes couler aussi. Je ne me sentais pas bien, mais je ne pouvais pas faire demi-tour. Alors je tentais de chasser cette saleté de poussière, puis lorsque je sentis la folie quitter mes membres, remplacée par la fatigue d’avoir tapé comme une tarée, je me laissais tomber, le visage à côté de celui de la Gryffondor qui avait assisté à ce triste spectacle.

- Désolé.

J’avais un peu envie de vomir. Le silence s’était installé, et je tremblais un peu mais je ne bougeais. Le chat de la jeune fille vint se blottir entre nous deux, et je me pris à jouer avec, mes doigts se perdant dans sa fourrure toute douce. J’étais dans la poussière de partout, je la sentais crisser contre sous ma peau nue, se fourrer dans mes cheveux… Je voulais qu’elle parte. Je voulais que tout ça parte. Mais à la place, je jouais avec ce pauvre chat, en fronçant un peu les sourcils. Mon esprit s’embrumait de toute manière, les effets du joint de Taylord devenant de plus en plus intense. Pourtant, j’avais toujours la trouille de cette poussière, qui me mettait si mal à l’aise… J’avais l’impression d’être ridicule. J’attendais presque le rire de ma camarade qui était elle aussi dans un état assez second. Elle pouvait rire, se moquer…

- Est-ce que… est-ce que ça te fait peur aussi d’aimer ?

Sa question me déstabilisa totalement. Je me tournais vers elle, fixant son visage inquiet. Est-ce que ça faisait peur ?... Oui.
Oui, mille fois.


- Bien sûr. T’as peur de foirer, t’as peur que ça parte. T’as peur de jamais être à la hauteur, de pas mériter ça, t’as peur qu’on trouve mieux que toi. T’as peur parce que tu comprends pas pourquoi c’est toi qui a cette chance, et t’as peur qu’elle s’échappe. T’as peur d’avoir mal, et plus tu as peur, plus tout part en live. Et plus ça part en live, plus t’as peur. Levant mon doigt dans l’air, je traçais un rond infini dans le vide. Un cercle vicieux. Puis, me tournant de nouveau vers la jeune fille, je baissais ma main et lui demandais timidement : T’as peur de quoi, toi ?

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Taylord Reegan
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MessageSujet: Re: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Mar 23 Oct - 18:20

J’avais pendant très longtemps trouvé les filles un peu bêtes avec ça. C’était les chevaux qui m’intéressaient pas les garçons. Et puis de toute façon, j’avais pas le temps d’y penser, c’était que du superflu, fallait pas s’embarrasser avec ça, parce qu’il y avait plus important, beaucoup plus important, c’était d’apprendre d’être la meilleure possible dans tous les domaines pour mettre toutes les chances de mon côté, parce pouvoir apprendre la magie alors qu’on est issu d’une famille moldue, en soi c’est une sorte de chance, un cadeau qu’on ose même pas imaginer parce qu’on sait tous que la magie ça n’existe pas sauf que… Si. J’avais cet avantage, ça c’était que ce que j’avais cru au début. Je me souvenais le jour où j’avais compris l’envers du décor que tout n’était pas si simple et beaucoup plus lié qu’on aurait pu le penser, même si en un certain sens je l’avais deviné depuis le début qu’il y avait un truc qui n’allait pas qu’il y avait quelque chose de pas normal. Je l’avais découvert dans le journal que la marque des ténèbres portait ce nom, même que je l’avais reconnu tout de suite, que j’avais fait le rapprochement, avec la maison et donc avec les mangemorts et si la première fois que qu’on m’en avait parlé – c’était Chuck qui l’avait fait – même s’il portait une image pas très rassurante, ça restait quand même très abstrait, et puis j’avais compris… Coup du destin, hasard, j’en sais rien le fait est que c’était comme ça, qu’ils les avais choisis eux alors que ça aurait pu être trois rues plus loin, mais non, non seulement ils avaient fait ça par haine inexpliquée et sans raison, mais en plus je me demandais maintenant si ça avait pas été un peu plus calculé, parce que pour eux j’étais rien d’autre qu’une sang de bourbe comme ils aimaient bien le dire, et que ça aurait été bien de me faire disparaître ni vu ni connu, mais de toute façon la punition dont j’avais écopée ensuite était bien plus terrible et venait s’encrasser jusque sous les ongles.

Donc les garçons, rien à faire. A part pour leur rentrer dedans, pour s’amuser avec eux, les trucs que les filles et les garçons font quand ils sont gosses quand y’a pas d’ambiguïtés encore, et que c’est pas compliqué, que rien n’est compliqué qu’il y a pas de sous-entendus et que tout le monde en est satisfait. Même qu’elles me faisaient marrer à faire les malheureuses alors que franchement, y’avait pire, parce que les trous on peut les creuser indéfiniment, et puis de toute façon je voulais pas chercher à comprendre c’était pas mon tripe, c’était pas mon tripe y’avait pas à tortiller, qu’est-ce qu’ils pouvaient tous être chiants avec ça ! Quand je me revoyais des années en arrière, je me demandais si cette personne-là elle avait un jour existée si elle allait revenir et surtout pourquoi est-ce qu’elle était partie pourquoi j’étais pas passée du stade de l’enfance à l’âge adulte comme je l’avais si finement prévu dans mon petit plan sans faille de réussir Poudlard, de me casser et de retrouver une bonne fois pour toutes ces sales connards et leur faire la peau comme si je l’avais si souvent rêvé ? En fait, c’était un peu plus ou moins ce qui s’était passé, sauf qu’à mûrir trop vite ou à essayer de mûrir trop vite, bah on finit par régresser et j’étais revenue en arrière, à porter de l’attention à des choses qui jusque alors m’avait semblé être sans aucun attrait. Alors c’était ça ? C’était vraiment obligatoire de passer par là et de subir toutes les déferlantes qui allaient avec ? J’en avais pas voulu je voyais pas pourquoi on me forçait, y’avait déjà beaucoup trop de choses beaucoup de trop donc y’avait pas assez de place pour le reste, pour tout encaisser été du coup ça avait débordé de partout et j’avais été emportée dedans…

Je ne connaissais pas l’histoire de Ruby mais tout portait à croire que pour elle c’était pareil. Est-ce qu’elle sentait la même douleur que la mienne ? Si c’était le cas, je me sentais un peu moins seule. Même si d’une certaine manière, j’étais pas sûre qu’on reçoive les coups durs tous de la même manière et les petits cailloux, ils étaient devenus de gros blocs de pierre et je ne pouvais pas m’en protéger, je ne pouvais plus…


- Je fonnnnnceeeee !

Elle avait à peine dit ces paroles que le lit se mit à couiner de façon bizarre, je fermai les yeux et la bouche parce la poussière bougeait dans tous les sens et en devenait gênante. J’éternuai une fois de plus, me retrouvant à moitié ballottée comme si j’étais en pleine mer et qu’on était en train d’essuyer un orage et que les vagues ses déchaînaient. A côté de ça, la tête me tournait vraiment à la fois elle était toute légère mais c’était comme s’il y avait des épais fils de fer qui essayaient de la ramener, de la tirer vers le bas laissant présager ce qui allait suivre, mais pour le moment, elle était encore suffisamment haute et hors d’atteinte pour qu’on la laisse un peu tranquille. Et puis ça fini par se calmer, et ce n’est que quand je pris le risque de voir ce qui se passait autour tout en plissant les yeux parce j’y voyais trouble à cause de ce remue-ménage que je compris que c’était Ruby qui en était l’origine. Ou alors, je l’avais compris avant. Mais je ne faisais le lien que maintenant.

- Désolé.

J’avais juste un peu plus envie de gerber que tout à l’heure, mais je ne savais plus où était le chemin des chiottes, j’étais trop fatiguée pour avoir envie de me bouger encore et puis en fait j’étais plus trop sûre, même si on avait fait une petite visite tout juste quelques minutes plus tôt qu’il y ait des toilettes dans cette cabane. Tant pis, j’allais me retenir. Parce que c’était impensable de vomir devant Ruby.
Devant personne.

Je m’étais tournée pour pouvoir la regarder et clignai plusieurs fois des paupières pour que ma vision soit optimale. Je ne la distinguais pas très bien cependant, heureusement qu’il y avait les rayons de la lune pour éclairer une grande partie de la pièce parce que sans cela, nous n’avions aucune source de lumière.


- Bien sûr. T’as peur de foirer, t’as peur que ça parte. T’as peur de jamais être à la hauteur, de pas mériter ça, t’as peur qu’on trouve mieux que toi. T’as peur parce que tu comprends pas pourquoi c’est toi qui a cette chance, et t’as peur qu’elle s’échappe. T’as peur d’avoir mal, et plus tu as peur, plus tout part en live. Et plus ça part en live, plus t’as peur.

Il y avait une grosse balle de bowling dans ma tête alors qu’elle disait ça, et elle roulait, elle roulait et par moments elle était si pesante que ça me ramenait brutalement sur terre, mais elle passait son chemin et ça allait mieux je pouvais m’élever de tout nouveau, mais alors elle faisait le chemin inverse, et ainsi de suite…

- Un cercle vicieux.

C’est ça.
Pourtant comme ça, ça avait juste l’air d’être un jeu d’enfant. Aimer, haïr… Que du blanc ou de noir, pas de gris, et pourtant c’était largement plus complexe, mais je sais pas… si on aimait, on aimait non ? Et pareil dans le sens inverse. Alors pourquoi est-ce il avait toujours des ‘mais’ et des ‘et si’… La Serdaigle venait juste de mettre des mots sur tout ce que je traversais et qui restait enfoui et le simple fait qu’elle prononce tout ça… C’était comme si elle venait de donner un coup de pied dans un tas de feuilles mortes qui avaient été savamment ramenées en petit tas bien propret et elles s’envolaient dans tous les sens, et on ne pouvait pas les rattraper, et il y en avait de partout, de partout… de partout c’était le déluge…
Pourquoi on nous laissait l’opportunité d’aimer et d’être heureux si c’était pour autant souffrir ensuite ? Un cercle vicieux et donc… une seule fin.


- T’as peur de quoi, toi ?

Il y avait ses cheveux qui tombaient en cascade sur la vielle couette toute trouée. J’avançai les doigts pour y plonger ma main dedans. Avec les reflets de la lune qui tombaient dessus, même en pleine nuit, ils étaient tout brillants comme un petit soleil mais dont les flammes toutefois ne brûlaient pas. C’était une couleur blonde du vrai blond qui devenait enflammée sous la vraie lumière du soleil et ça n’avait rien à voir avec celle que je portais maintenant qui était toute terne où aucun éclat ne rebondissait jamais dessus, pas comme avant quand ils étaient encore bruns, et eux aussi avaient tout perdu de leur principale essence…

De quoi j’avais peur ? C’était assez évident pourtant.
De la mort.
Pas de mourir, bizarrement en soi, ça ne m’effrayait pas tellement, ça faisait partie du jeu, si on doit naître à partir de là, ben on a plus le choix : on doit mourir. Mais finalement même si sur le coup on souffrait ou on ne souffrait pas après tout ça dépendait, ça durait jamais indéfiniment ça finissait par passez et justement comme on était parti, ben on sentait plus rien. Mais et alors, et ceux qui restent ? C’était justement pas pour eux que c’était le plus douloureux ? Eux qui pouvaient rien faire, eux qui restaient démuni, eux à qui on ne rendrait jamais ce qu’on leur avait pris. Et fallait pas croire que c’était parce que plusieurs partaient en même temps que c’était plus simple, non pas du tout, c’était toujours la même intensité mais qui se dédoublait, triplait, quadruplait… et quand ça recommençait, même plus tard, c’était la même chose. Je ne voulais pas imaginer… ce qui pourrait… Non, il ne fallait pas je ne voulais pas y penser maintenant, parce qu’ensuite ça me faisait paniquer parce que je ne pourrais rien faire s’il lui arrivait quelque chose, et je ne pouvais juste, pas le supporter…

Il y avait le feu aussi. Je savais pas ce qui était le plus terrible des deux en fait. Celui qui dormait paisiblement, les feux de camp autour desquels on racontait des blagues… ceux là, je les aimais bien de par leur fonction rassurante… mais il y avait tous les autres, ceux qui dévastaient tout sur leur passage sans moindre possibilité d’en réchapper, ceux qui vous léchaient le visage et qui vous enveloppait pour vous faire fondre, ceux là, vraiment…
Ils me terrorisaient.

- … de vivre. Je ne pouvais pas le lui dire, lui avouer… c’était pas sympa, parce qu’elle avait tout l’air de la jouer franche, et ce n’était pas encore une question de confiance encore une fois juste que… je ne m’en sentais pas capable, pas assez forte, parce que j’avais justement la conviction que cela allait me rendre encore plus vulnérable et je devais toujours me protéger et à n’importe quel prix, parce que cela aussi ça m’effrayait, qu’on puisse voir, qu’on puisse en jouer…

Qu’on puisse s’en servir…
Je n’avais pas menti pourtant. Parce que… vivre au fond, c’est pas très rassurant, n’est-ce pas ? Certainement pas si ça incluait tous ces challenges et pour le moment, et pour le moment, je n’étais en mesure de pouvoir… Rien que ça. Pouvoir. On en revenait toujours là.

- C’est dur, c’est fatiguant…
Surtout si on doit le faire en solitaire. J’empoignai une de ses longues mèches avant de la relâcher doucement. J’arrête. Comme ça, j’aurai plus peur.

La solution, elle était là.
A chaque fois que je voulais faire un geste… il était déjà fait avant que je ne pense à le faire, parce que l’inconscient, dû à l’alcool et aux substances illicites l’avaient aidé à prendre le pas sur la raison et tout me semblait être lent, irréel… Je roulais pour me mettre sur le dos. Zephyr vint sauter sur mon ventre, faisant remonter le liquide et j’eus une légère remontée d’acide. Non… Non. Je pris une profonde inspiration. Allez. Ça allait. Dans la mesure où ‘aller’ pouvait prendre une autre dimension que celle qu’on lui accordait habituellement.

- C’est facile…
de tout arrêter. D’arrêter les machines. Je partais, je partais… je m’entendais quand même demander, de très loin, mais toi.. ? Est-ce que tu le veux ? .. t’en sortir ?

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MessageSujet: Re: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Lun 29 Oct - 13:35

C’était étrange de tout sortir ainsi. Mais l’alcool, l’herbe, ça déliait ma langue et mon esprit. Je flottais étrangement, mais à la fois j’avais chaud et froid, peur et à la fois j’avais envie de tout essayer, rien ne me retenait. J’avais l’impression que mon corps et mon cerveau étaient détachés, et que je m’observais de haut. Je contemplais mon état d’épave, mais c’était flou et ça me faisait presque rire. J’étais… Dans un sale état non ? Oui, j’étais allongée sur ce lit plein de poussière qui me faisait frissonner. Mes cheveux formait un halo étrange, ils me paraissaient légèrement plus terne sous cette lumière de la lune, tout comme mon teint qui semblait étrangement pâle, ma peau qui recouvrait chacun de mes os me paraissait tendu, blanchâtre, poussiéreuse aussi. Abîmée, usée, fatiguée de cacher ce qu’il y avait dessous. Je crois que mes pommettes étaient aussi un peu crispées, de faire ce faux sourire pour que ça aille en apparence. Mes membres me paraissaient un peu étranges aussi, étendus sur ce lit comme si j’étais un patin dont on aurait coupé les fils. Ouais, je n’arrivais plus à marcher droit avec l’alcool, ni à bouger correctement malgré ce que je m’ordonnais. Ma robe était n’importe comment, je tremblais un peu mais en moi c’était comme si mon sang était enflammé, déchaîné et en furie. C’était paradoxale cette énergie que me procurait l’ivresse alors qu’à la fois, j’avais juste envie de disparaitre là, allonger avec Taylord, et ne penser à rien. Mon cerveau continuait malgré tout à vouloir prendre le dessus.

J’avais peur. Oui. Ce n’était pas nouveau. Parfois, je pensais à Lizlor qui m’avait dit que j’étais courageuse, mais je n’arrivais juste pas y croire. J’étais une gamine effrayée, alors je m’entourais toujours de protection. Je voulais savoir et maitriser tout ce qui m’entourait mais j’étais consciente que c’était totalement impossible : les gens sont changeants, mystérieux et imprévisibles. J’avais bien fini par le comprendre et c’était ça qui avait provoqué un mini attentat en moi. Je ne pourrais jamais tout contrôler, tout ne pourrait pas toujours aller bien. Et ça, ça me terrifiait tellement de savoir qu’à chaque instant tout pouvait basculer et m’échapper. Comme un savon sous la douche, pfiou, un peu d’inattention et ça vous glissait entre les doigts. Je n’avais pas envie de perdre tout ce que j’avais, mais ce n’était pas moi qui choisissais. Il était même prouvé que les philtres d’amours ne créaient pas un véritable sentiment (je m’y connaissais plutôt bien en potions) mais une passion passagère qui rendait plus stupide qu’autre chose. On ne pouvait rien faire pour ça, pour les autres. Mais… Je n’en avais pas besoin n’est-ce pas ? Hadrian m’aimait, je le savais. Je l’aimais aussi. Je ne voulais pas que ça parte et je voulais surtout pas que ça soit ma faute.

Alors, si je ne pouvais pas contrôler les sentiments des autres, je pouvais me contenter de faire tout pour les mériter, les garder. Être presque parfaite, que ne l’on puisse rien me reprocher. Dire que désormais, cette protection m’attirait des foudres et… Même Hadrian, même le mec dont j’étais raide dingue commençait à voir qu’il y avait des failles dans mon système. Pourtant, j’avais été franche avec lui… Plus qu’avec beaucoup de monde. Mais moins qu’avec moi-même, et Lizlor. C’était juste différent avec elle, ce n’était même pas comparable. Y avait aucun jugement, aucune crainte je savais qu’elle ne partirait jamais. Je le sentais. L’amour, ce n’était pas comparable, je ne savais pas… Et si… Si ça se retournait contre moi ? Si je perdais le jeu, si j’avais mal ? Pourquoi je faisais déjà tout pour le perdre ? J’aurais pu rester à la fête dans les bras d’Hadrian, j’aurais pu essayer de faire un effort. J’aurais pu prendre sur moi, mais non, je m’enfuyais comme toujours. Je venais m’échouer ici, et dans la tequila, en compagnie d’une fille tout aussi perdue que moi, voire bien plus. Et elle n’allait pas me réconforter, je le savais. Mais est-ce que j’avais envie qu’on me réconforte, moi ? C’était mon propre problème, j’étais la seule à pouvoir le gérer. Pour peu que j’arrête de faire de telles conneries, tout pourrait se rétablir. Si j’arrêtais un peu de mentir à tout le monde… A moi…


- … de vivre.

Taylord avait plongé sa main dans mes cheveux et elle jouait étrangement avec sans que je ne dise rien, je la regardais juste avec des yeux un peu vitreux et un petit sourire. Peur de vivre ? C’était… Oui, moi aussi. La Gryffondor avait hésité longtemps, mais je comprenais sa réponse parce que j’avais la même. La mort ? Je crois que oui comme n’importe qui, je n’étais pas à l’aise avec le sujet. Mais je n’en avais pas peur. Parce que j’avais tellement eu mal à un moment, que je crois que j’étais morte d’une certaine manière. Ou qu’un bout de moi avait dépérit. J’avais vécu ces moments comme un cadavre, allongée dans un lit qui n’était pas le mien, à fixer le plafond. Je me sentais vide, tellement vide, que j’étais morte de l’intérieure. Je l’avais déjà vécu d’une certaine manière. C’était horrible comme état, mais à la fois avec du recul, le vide nous fait oublier le reste. Quand on est mort, on ne pense plus à rien. Mais j’étais revenue, comme une morte-vivante. Il n’y avait qu’une question qui subsistait : est-ce que ça valait le coup de se battre pour ne pas se laisser mourir ?

- C’est plutôt embêtant, ça…

En plus de ça, j’étais perspicace. Haha. J’eus presque un petit rire, même si je savais que la situation n’était en rien amusante. La tête de Taylord ne l’était pas d’ailleurs, elle ne me paraissait pas très bien là, avait-elle abusé de l’alcool et du joint ? Je fronçais un peu les sourcils. Moi aussi je l’avoue, j’avais le ventre qui faisait des bonds étranges, j’avais un peu la nausée mais je ne bougeais pas. Couché, ça allait sûrement passer. Au pire, cette maison était déjà dans un état tel état!... Je n’imaginais pas le nombre de soirée qui avait dû se faire ici mais à vrai dire, l’idée ne m’attirait pas vraiment. C’est vrai qu’ici, on était loin de tout mais c’était juste… Tellement sale ! Et puis, ça grinçait de partout, c’était dangereux, et si on avait bu… C’était carrément l’enfer. Il y avait des poutres partout, des toiles d’araignées, des trous dans le planché… Non faire une soirée ici, c’était vraiment du suicide. Le hangar à canots était bien plus accueillant tout de même. Mais c’est moi qui avais choisi de le fuir ce soir, pour arriver ici. C’était drôle, ça représentait un peu mon état et ma vie actuelle… J’avais à portée de main le hangar, brillant, amusant et rempli d’amis, mais à la place j’allais dans cette vieille maison, hantée par le passé, solitaire et décrépie. J’allais devenir cette maison si je continuais ainsi…

- C’est dur, c’est fatiguant… Surtout si on doit le faire en solitaire. J’arrête. Comme ça, j’aurai plus peur.

J’ouvris la bouche pour protester un instant, avant de la refermer silencieusement. Taylord avait raison, je la comprenais. Pourquoi lui faire de jolis discours, de beaux mots ? Tu vas aller mieux, ça va aller. C’étaient des mensonges… Enfin, non. J’étais sûre que la Gryffondor allait s’en sortir, mais ce qu’il lui fallait c’était…De l’aide… Je ne savais pas quoi… Qu’est-ce qu’elle voulait d’abord ? Si elle voulait arrêter, elle avait le droit, on avait le droit de se rendre. Mais c’était pas bien… Pas juste… Elle avait le droit à mieux ! Elle allait avoir mieux !...

- T’es pas toute seule.

Ma voix était un peu plate, mais cependant ce n’était pas un mensonge. Je ne savais pas si je parlais pour elle ou pour moi, mais je me décidais : pour nous deux. La preuve était là d’ailleurs, nous étions ensemble et ça déjà, ce n’était pas être seule. Même si nous n’étions pas meilleures amies, même si j’ignorais encore beaucoup d’elle… Même si j’étais un peu trop faible pour l’aider, j’étais présente et c’était déjà ça, je le savais. Et puis, elle avait du monde autour d’elle il fallait juste qu’elle arrête de les repousser. Je ne connaissais pas tous les détails mais j’étais observatrice. Je savais aussi que si Haruhi me haïssait tant, c’était parce qu’elle était en froid avec la Miss Gryffondor, tandis que moi j’en faisais tout juste sa connaissance. Lilian aussi, Hadrian m’avait raconté… Tout ça, tout ce monde il était là pour elle fallait juste qu’elle ouvre les bras et se laisse aller. Je sais pas moi, combattre le mal par le mal ? Je sais pas…

Parce que plus je pensais à ça, plus je pensais à moi. Et je réalisais que tout ce que je préconisais à Taylord pour se guérir, j’en avais besoin aussi. Fait ce que je dis, pas ce que je fais, n’est-ce pas ?


- C’est facile… Mais toi.. ? Est-ce que tu le veux ? .. t’en sortir ?

Je clignais des yeux plusieurs fois, réfléchissant. M’en sortir ?... Moi ?... Je regardais son chat qui s’était roulé en boule sur elle. J’avais qu’à devenir un chat, au moins j’avais la belle vie… Qu’est-ce que je racontais ?... J’étais vraiment stone…

- Ouais. Ma voix était ferme. Déterminée. Je veux plus connaître ça, mais faut croire que… Que c’est facile d’y retourner. Facile de se laisser aller, d’avoir mal… J’veux qu’on sorte, toi et moi. Je me tournais vers elle, la dévisageant. Elle était pale à mourir, et ne semblait vraiment pas être au top. Je crois qu’elle avait juste trop bu… T’es sûre que ça va ? On devrait dormir… Oublier… On va s’en sortir, j’te promet… Murmurai-je une dernière fois, complétement perdue, mon esprit flottant un peu partout dans la pièce. Bougeant ma main, j’attrapais celle de Taylord et la serrai tout doucement, comme un petit enfant tient son ours en peluche. On le mérite.


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MessageSujet: Re: ~ Pleasure and Pain [PV T.]   Mer 31 Oct - 16:52

- C’est plutôt embêtant, ça…

Mouais, c’est clair que c’était carrément problématique puisque c’était le genre d’étape obligatoire dès qu’on poussait son premier souffle et cela jusqu’au dernier. Sinon, c’était quoi ? Une demie vie ? Ou un autre truc du genre ? Je savais pas trop comment on pouvait nommer ce phénomène mais de toute façon, le seul moyen de l’éradiquer il était pas compliqué lui, en revanche : la mort. Ouais, ouais pas compliqué, d’accord, et encore, c’était une question de point de vue parce que c’était bien beau d’employer ce terme à tout va, mais encore fallait-il avoir l’audace d’aller jusque au bout – ou alors, c’était rien que de la lâcheté ? Là aussi, ça portait à confusion et c’était selon la mentalité des gens qui pouvait parfois se révéler être très variable – mais de toute façon, que ce soit l’un ou l’autre, est-ce que j’allais franchir la dernière limite ? Rien était moins sûr, tout au fond de moi, là, qu’est-ce que je voulais vraiment ? Moi-même j’en savais rien et le seul truc dont j’étais absolument sûre, et ben j’étais aussi certaine que jamais on allait me donner l’opportunité de l’avoir, alors franchement, à quoi ça servait tout ça ? Non, le mieux, c’était de se laisser aller, je veux dire complètement pour avoir mal encore plus, pour vraiment la sentir cette douleur qui vous maintenait debout parce qu’elle avait des fils invisibles qui sortait de chaque pore et c’était douloureux, tellement douloureux…

J’eus un mouvement de la main pour dire que c’était comme ça et qu’on n’y pouvait rien. Enfin, on pouvait toujours, okay, il suffisait d’avoir un peu de volonté mais… à quoi ça allait me servir ? En fait, plus ça allait plus mes pieds étaient lourds, comme du béton et m’emportaient tout en bas, encore plus bas, toujours plus bas, et les lever devenait de plus en plus difficile, j’y arrivais pas, juste, j’y arrivais pas…

La poussière, en plus de tout ce qu’on avait avalé jusque ici n’arrangeait rien à mon état semi léthargique et je n’avais qu’à tourner la tête pour voir que pour Ruby c’était pareil. Ruby qui de ce qu’elle disait avait tout mais avait quand même ce comportement auto destructeur, alors que ce tout, celui que j’avais eu moi aussi, jamais je n’avais voulu m’en défaire. Alors pourquoi est-ce qu’on en était toutes les deux au même point ? Elle était là la morale de l’histoire, ben oui, puisqu’on faisait qu’eux d’en parler, c’était une bien belle leçon de vie, mais qui me laissait un sale goût et qui s’était de partout infiltré en moi. Tout ce sable dégueulasse brrrr.. !


- T’es pas toute seule.

Si si je l’étais parce que j’arrêtais pas de repousser tout le monde et pour quelqu’un qui se sentais exister seulement lorsqu’il était au beau milieu de gens qui l’aimaient, c’était un peu un comble et n’importe qui de raisonnable aurait dit, que là je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même de ne pas savoir ce que je voulais et quand on sait pas ce qu’on veut et ben après on fait encore plus de conneries parce qu’on espère que ça va débloquer des trucs, n’importe quoi, sauf que ça débloque jamais rien que c’est encore plus la merde. J’aurais aimé la croire, mais tout ça, c’était des mots, rien que des mots et à chaque fois que je voulais un peu me laisser convaincre, c’était un peu comme un voile qui tombait juste après et qui avait justement caché l’exacte vérité, et Ruby pourtant, elle n’avait pas l’air d’être une menteuse, mais malgré elle, parce qu’elle était là ce soir, c’était elle qui se prenait non seulement tous mes doutes en pleine gueule ce qui me faisait me fermer d’autant plus à elle, mais du coup, ça la faisait douter elle-même encore plus , j’étais plus très sûre, elle m’avait toute engourdie, cette clope qui n’en était même pas une…

- J’aimerais bien… parce que cependant, il y avait toujours un fil plus résistant que tous les autres, ceux de tout à l’heure qui essayait de me maintenir en vie. Pourquoi ? Est-ce que c’était moi qui faisait en sorte que .. ?

Mais voilà, on pouvait être dans une rue bondée de monde et être totalement invisible pour le reste de la population, être totalement invisible pour une seule personne.
Alors, ça ne changeait rien.

Je pointai mon autre main vers le plafond mais dus froncer les sourcils pour en voir l’extrémité du bout des ongles à cause de la luminosité, tout le reste… surtout tout le reste… C’est ça… et bien, qu’est-ce qu’il y avait, tout au bout ?


- Ouais. Je veux plus connaître ça, mais faut croire que… Que c’est facile d’y retourner. J’veux qu’on sorte, toi et moi. T’es sûre que ça va ? On devrait dormir… On va s’en sortir, j’te promet… On le mérite.

Oui elle le méritait. D’accord on était pas très proches l’une de l’autre, mais… mais c’était une question d’instinct, là, ça se sentait, mais en même temps, vu comme il me faisait faux bond, vu comme je m’étais trompée sur toute la ligne… non, stop, il fallait arrêter. Arrêter de penser.

- On verra… C’était comme si elle avait dit les mots magiques, à chaque fois que je fermais les paupières, c’était encore plus dur de les relever, j’avais sommeil, mais je ne voulais pas non plus être à demain, je ne me sentais pas mal, mais je ne me sentais pas bien non plus. Je te tiendrais au courant. J’eus une seconde de silence comme si j’étais tout à coup en proie au doute. Toi aussi ? Sans m’en rendre compte, je m’accrochai, à quelque chose qu’on ne voyait pas, mais j’essayais quand même.

Je n’attendis pas de vérifier si elle s’était endormie avant moi au pas parce que la chaleur de ses doigts entremêlées aux miens avaient achevé de me laisser à mon tour partir dans les méandres de mes souvenirs, parce qu’il ne me restait que cela, même si ça non plus, je n’étais pas sûre d’avoir la permission, d’y penser – à ces souvenirs. Les ronronnements de Zephyr, à côté de nous, me rassurait.

Mais au moins c’était déjà ça – tout mon amour que je portais pour ceux auquel je tenais, même s’il n’y avait, dans certains cas rien en retour, personne ne pourrait me l’enlever.
Personne.





Il paraît qu'on a la vie devant nous
Que la jeunesse c'est la vertu
Et l'amour à s'en rendre fou
On n'en a qu'un et je l'ai perdu
Au fond du sablier du temps

T'es pas venue ou j'ai trop bu
Oui mon cœur s'est trop battu
Ramène moi


{Terminé}

_________________
"Elle lui a appris à vivre.


Mend Your Heart ♪♫♪ The American Girl ♪♫♪ Two Hungry Black Birds

Il lui a appris à aimer."

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