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Le beau temps ne dure pas (PV) ENDED

 
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 Le beau temps ne dure pas (PV) ENDED

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Ana Falkowsky
Élève de 6ème année



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MessageSujet: Le beau temps ne dure pas (PV) ENDED   Dim 8 Juil - 23:31

Contexte: Fin de 2ème année, deux mois après les retrouvailles à Liverpool


Et encore une journée ennuyante qui s'achevait. Je sortis du cours de potion encore plus blasée que lorsque j'y étais entrée une heure plus tôt. Pourtant, j'avais eu beau bien regarder autour de moi pendant le cours, tout le monde semblait trouver passionnant le fait d'apprendre à confectionner un filtre de Confusion. Même Nakamura y avait mis, une fois n'est pas de coutume, un petit peu d'entrain, comme si du stade d'inintéressantes choses nous étions passés à celui de médiocres gosses. C'était une progression remarquable en soi, mais pas suffisamment intéressante pour me sortir de mon ennui. A vrai dire, même si elle s'était subitement mise à nous complimenter, cela n'aurait tout de même pas suffit. L'ennui était trop profond, trop envahissant pour que quiconque arrive à m'en extraire, du moins c'était l'impression que j'avais. Je ne voyais personne qui puisse éveiller en moi assez d'intérêt pour arriver à cette tâche. Finalement, ma volonté de rester seule me retombait dessus, car je ne doutais pas que pour quelqu'un comme Ruby, rien que d'apprendre qu'une amie à elle avait des problèmes avec son copain aurait suffit à l'animer pendant des jours entiers.

Tout était comme ça avec Ruby et c'était fatiguant. Je veux dire, cette fille était particulière à mes yeux, et je ne la considérais pas comme n'importe qui, c'était certain. Mais comme tout le monde, elle avait ses défauts, et après deux mois passés à manger ensemble, se voir après les cours, se parler dans les couloirs... ils m'apparaissaient plus clairs que jamais. Sa gentillesse trop grande donnait lieu à des tas de préoccupations inutiles, de longues conversations, parfois même des débats. Pour illustrer cette pensée, je repense à ce jour où je m'étais fait une coupure sur le bras à cause d'une branche d'arbre, en allant dans le parc. Dès que Ruby l'a vue, elle a insisté pour y jeter un œil, et finalement, bien que je lui assurais que ce n'était rien, m'a amené à l'infirmerie, car elle ne connaissait pas le sort pour soigner ça. L'infirmerie. Pour une égratignure. J'avais serré les dents et n'avais rien dit, comme toutes les autres fois où elle s'était montré trop attentionnée, trop...maternelle. C'était ça. J'avais l'impression d'avoir ma mère avec moi, quand elle se comportait comme ça.

Je savais qu'elle ne le faisait pas exprès, et que ça partais d'ailleurs de la meilleure intention du monde, mais parfois c'était simplement de la curiosité, et là j'avais beaucoup de mal à me retenir de m'en aller sans prévenir. Je savais qu'un seul acte comme ça suffirait à mettre une croix sur ce qu'on essayait de reconstruire, alors je me maîtrisais. Mais lorsque la conversation déviait sur Kathleen, là, ce devenait beaucoup plus difficile. Dans ces moments là, j'avais l'impression que Ruby savait que ça m'agaçait, et essayait de se retenir, mais laissais toujours échapper une autre question. Chaque fois je coupais court à la discussion, de manière plus ou moins subtile, mais jamais méchamment. Il fallait juste que je m'y habitue, avoir quelqu'un qui se soucie de soi était une sensation nouvelle pour moi. Enfin, ma famille ne compte pas, eux, ce n'est que de l'hypocrisie. Mais pour elle, c'est sincère, et je sais qu'elle se fait vraiment du souci pour moi quand il apparaît évident que je me suis battue. Alors j'écoute le sermon sans un mot, me retenant d'exploser.

Mais hier soir, alors qu'on s'attardait dans la Grande Salle, Kathleen est revenue sur le tapis. Je ne sais pas comment Ruby faisait-elle pour l’infiltrer doucement dans la conversation comme ça, mais ça me prenait toujours par surprise et me laissait bouche bée. Est-ce qu'il m'était arrivé de retourner sur sa tombe? Est ce qu'elle s'est déjà excusée de son comportement? Est ce que je regrette de n'avoir jamais pu lui dire ses quatre vérités? Chacune de ses questions qui semblaient sortir de nulle part me déconcertait. Je ne savais pas comment faire passer le message clairement sans être méchante pour autant. Je ne voulais pas la blesser, juste lui faire comprendre qu'elle devrait lâcher l'affaire. Tous ces trucs de l'amitié, comme manger avec quelqu'un et être aimable, c'était nouveau pour moi, alors il ne fallait pas aller trop vite. Parler de ma sœur, même si Ruby avait été ma meilleure amie et que je la connaîtrais depuis toujours, ce n'était pas envisageable. Je ne sais pas si ça le saurait un jour, mais pour l'instant, c'était hors de question. Et Ruby qui ne comprenait pas! Ne voyait-elle pas mon expression dès que le prénom "Kathleen" franchissait ses lèvres? Ne comprenait-elle pas les esquives que je lui sortais pour ne pas répondre à ses questions? Soit elle était aveugle, soit elle le faisait exprès. Bien sûr, c'était la première réponse qui était la bonne, mais certaines fois, la deuxième me venait vraiment à l'esprit. Vous connaissez l'expression "mettre les deux pieds dans le plat" ? Eh bien c'est ce que faisait Ruby, tous les jours.

Alors j'avais beau me raisonner, me dire que ça passerait avec le temps, que je m'y habituerais, ou encore qu'un jour quelqu'un allait lui faire la remarque, rien à faire, ça devenait de plus en plus pesant. Alors toute la journée, je l'avais évitée, et je pense qu'elle l'avait bien senti. Ce n'était pas par méchanceté, et bien sûr nullement définitif, mais aujourd'hui j'avais besoin de prendre un peu de distance, et d'une certaine manière, un peu de repos. M'éloigner un peu de ce tourbillon de tourments qu'était Ruby, juste le temps d'une journée. Ce n'était pas sa faute, et je me sentais un peu coupable de penser comme ça, mais c'était plus fort que moi. J'avais besoin de plus de liberté, qu'elle arrête de s'occuper de moi comme si j'étais encore la gamine de 8 ans qui ne savait pas tresser ses cheveux. Je voulais qu'elle voit en moi quelqu'un de réservé qui ne lui livrerait pas ses secrets, qu'elle sache d'avance que poser des questions serait inutile et dérangeant, et qu'elle ne le fasse pas. Voilà ce que je voulais, une sorte d'accord commun entre nous, sans avoir besoin de le formuler, car si je le faisais, quelque chose se briserait entre nous. Mais il fallait qu'elle comprenne. Est-ce que moi, je la questionnais sur ses parents? Jamais. Depuis le jour où elle m'avait crié leur histoire, il n'y avait plus rien eu, pas le moindre mot ou la plus petite allusion. J'aurais tant aimé qu'elle voie les choses de la même manière que moi...!

Poussant un soupir, je longeais les murs sombres des cachots, avant de retrouver la lumière du jour. Je me mis à grimper nonchalamment, puis, arrivée au sixième étage, je ratais de peu l'escalier qui m'amènerais au 7ème, auquel je me heurtais assez violemment avant de retomber en arrière, tandis que les marches commençaient déjà à monter. Mais qui avait eu la bonne idée de faire installer des escaliers fous à Poudlard, bon sang?! Ces trucs sont responsables de la moitié des retards en cours! Grinçant des dents, j'entrepris de me relever, sous les regards un peu surpris des élèves autour de moi. Qu'un seul d'entre eux émette quelque chose qui ressemblait à un ricanement, et je le balançais du sixième étage sans état d'âme! Ce n'était pas parce que visiblement aucun élève ne semblait intéressé par un duel magique improvisé qu'un bon défoulement ne me plairait pas! Mais constatant que personne ne riait, j'entrepris de ramasser mes livres, tentant de me calmer. Puis je constatais que ce n'était non pas deux bras, mais quatre qui rassemblaient les bouquins écrasés sur le sol. Ruby. Peine perdue pour le calme.

Plus tard, j'aurais beau dire qu'elle était arrivé au mauvais moment, le mauvais jour, je n'expliquerais toujours pas mon comportement pour ce simple geste, qu'elle avait sûrement pensé gentil.

-C'est bon, je sais ramasser des livres toute seule! explosais-je.

C'était sorti. Ce n'était que quelques mots, qui ne traduisait qu'un seul geste, mais à travers il y avait toutes ces fois où elle m'avait exaspérée de par son comportement maternel. Il y avait bien plus que des livres dans mon exclamation, il y avait tout ce besoin que j'avais qu'elle comprenne mon besoin de tranquillité, et surtout ma liberté. Toutes ces petites attentions que me perpétuait Ruby au quotidien, il fallait qu'elles cessent. Très vite. Pourtant, cette phrase ne me soulagea pas. Au contraire, elle ne fit que rendre encore encore plus réel ce que je pensais depuis quelques semaines. Et ça intensifia ma colère, en effet boule de neige. Encore une fois, Ruby était là, à m'aider alors que je n'avais besoin de personne. Elle était toujours là de toute manière, quoi que je fasse, j'avais l'impression que je si me retournais, je la verrais. Me suivait-elle?! Trop de questions, trop de colère, il fallait que ça sorte. Et vu que j'étais si bien partie, autant continuer.

-Je... Stop! Arrête! Tout ça, ton attitude protectrice... Je ne suis plus une gamine!

J'avais parlé avec méchanceté, j'en avais conscience, mais dire que je ne le pensais pas serait mentir. Je n'en pouvais d'avoir quelqu'un pour me couver 24h/24, quelqu'un qui réparait la moindre de mes erreurs, m'empêchant de les comprendre. Ruby est quelqu'un de bien, je n'en avais jamais douté, mais dans sa volonté de bien faire, elle en faisait trop et m'empêchais de vivre. et plus le temps passait, plus j'avais du mal à accepter qu'elle faisait ça par amour. Elle agissait comme si j'allais disparaître du jour au lendemain! Elle avait ses raisons de penser ça, mais un peu de logique, même si j'avais voulu, je n'aurais jamais pu m'échapper de Poudlard comme ça! je ne comprenais pas. Je n'avais pas envie de comprendre. Je voulais qu'elle, elle comprenne. Car sinon je n'étais pas sûre de tenir encore longtemps. De toute façon, peut-être que notre semblant d'amitié de survivrait pas à cette dispute. Mais elle était nécessaire.

_________________



Winter & Spring

 

« There is a crack in everything - that's how the light gets in. »

Spoiler:
 


Dernière édition par Ana Falkowsky le Dim 2 Sep - 15:01, édité 2 fois
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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: Le beau temps ne dure pas (PV) ENDED   Lun 9 Juil - 17:10

J’avais beau essayé, je n’arrivais pas à m’intéresser au cours de Soins aux Créatures Magiques. Non pas que je n’appréciais pas les bêtes hein, j’avais moi-même un petit chat que j’adorais. Enfin petit, Bulle commençait à avoir quatre ans et à s’empatter alors on repassera pour la mignonne petite boule de poil : c’était une boule tout court. En tout cas, j’aurais préféré m’occuper de lui que des niffleurs ou des veracrasses. Rien que le nom était évocateur ! De gros vers de terre gras et puant qui bavaient sur vos pieds… J’en avais des frissons rien que d’y penser. C’était exactement pour ça que je n’aimais pas cette matière : c’était sale. Nous étions dehors et il ne s’achevait pas un cours sans que j’aie de la boue sous mes ongles ou une égratignure sur le bras. Je ne vous parlais même pas de l’odeur la plupart du temps : outre les cours où nous étudions licorne et hippogriffes, je passais l’heure à éviter de me prendre un jet de bave de la créature en question. Aujourd’hui, c’était au tour des Scrouts à Pétards. J’avais manqué de me prendre une bonne éclaboussure de boue dans la figure lorsque l’un d’eux avait laissé exploser son dard. Je m’étais réfugié derrière Lizlor dans un cri tandis qu’elle-même se protégeait derrière un arbre et que Prudence qui avait reçu un peu de terre sur la cape, remerciait le ciel d’avoir épargné son foulard en soie vert foncé.

La scène me fit presque rire au final et je crois que c’était cela l’amitié, cette faculté de faire passer les ennuis pour quelque chose d’amusant. Je me moquais gentiment de Prudence et de son foulard tandis qu’elle me tirait la langue au loin, occupée à corriger son binôme qui avait mal compris la question –je la voyais raturer avec son stylo rose claire, très Prudence. Derrière moi, Lizlor me tapait la tête de sa baguette pour que je me concentre et n’arrêtais pas de répéter qu’elle mourrait de fin et qu’elle voulait une tarte au citron. Je tentais tant bien que mal de garder mon sérieux pour ne pas que Lance nous fasse une remarque, mais j’avais mal aux joues à force de les mordre pour ne pas rire. Au moins les cours devenaient intéressants et j’oubliais presque parfois de protéger chacune de mes affaires avec une poche plastique pour ne pas la salir : je laissais mes tics au placard pour rire avec la jeune fille. C’était incroyable de voir à quel point avec la Gryffondor, tout ça semblait couler de source : j’étais bien avec elle sans faire d’effort et la cerner ne me demandait pas des heures de réflexion. J’avais trouvé en Lizlor une amie fidèle et j’osais à peine le formuler mais j’en étais certaine, ma meilleure amie. Et c’était si simple avec elle, un sourire et ça repartait. Jamais je ne me questionnais, jamais je ne doutais.

J’aurais voulu que cela soit aussi facile avec elle… Elle, c’était Ana Falkowsky, meilleure amie d’un été, retrouvée après mainte bataille et cri. J’avais réussi suite à notre rencontre à Liverpool, à enfin renouer contact avec elle et cela me faisait un bien fou : c’était enfin une page rempli de regret et de questionnement qui se tournait. Même si nous n’étions pas encore redevenu aussi proche qu’avant, et je doutais que nous réussissions un jour, on s’améliorait quand même niveau relationnel. Je la croisais souvent dans les couloirs et nous mangions de temps en temps ensemble. Je l’aidais parfois également à faire ses devoirs car non seulement j’avais déjà étudié les leçons qu’elle était en train d’apprendre, mais j’étais aussi plus assidue et travailleuse qu’elle. Je n’étais pas du genre à me la ramener, mais j’étais l’une des meilleures élèves de mon niveau et je n’allais pas le cacher. Cependant, je n’avais pas les mêmes facilités que certains et je décrochais mes notes au prix de révisions acharnés qui me permettaient désormais pouvoir prétendre au titre de sorcière expérimenté : née-moldue, je n’avais pas la même connaissance que les autres. Rien que comprendre le principe d’une baguette, ça avait pris du temps !

Mais aider Ana dans ses devoirs, ou avec ses fringues et ses égratignures, bref toute la farandole, ça n’avait pas eu l’air de vraiment fonctionner. En fait, je ne comprenais pas ce qu’elle attendait de moi. Elle m’avait reproché de ne pas m’être confier à elle, de ne pas lui avoir fait confiance. Aujourd’hui, je faisais tout pour la garder sous mon aile et qu’elle ne me lâche pas de nouveau. Je n’étais pas encore prête à lui parler de mes problèmes parce qu’au fond, je me méfiais encore d’elle qui pouvait disparaitre à chaque instant… Alors pour éviter qu’elle ne le fasse, je tentais de lui être la plus agréable et la plus serviable possible. J’étais déjà quelqu’un d’assez loyale par nature, et je m’étais découvert un instinct protecteur voir maternel avec Rita, une jeune Poufsouffle qui n’allait pas le mieux du monde. Moi qui venais d’un foyer brisé, je me retrouvais remplie d’amour que je n’avais jamais reçu. Ironique n’est-ce pas ? En tout cas, je faisais tout pour le donner à Ana qui n’en avait pas non plus eu de ses frères et sœurs. Je sentais que j’étais celle dont elle avait besoin pour parler, pour se confier, c’était ça qu’elle voulait n’est-ce pas ?

Alors timidement, je lui glissais des questions sur Kathleen, sa famille. Et bizarrement, elle changeait toujours de sujet. Elle refusait les perches que je lui tendais et j’avais même parfois l’impression de voir de l’agacement dans son regard lorsque je tentais de lui être commode. Mais je devais être patiente, elle devait simplement se réadapter à ma présence non ? Je partais de cette idée pour rester optimiste, et décidais de proposer une sortie au Pré-au-Lard à la Serpentarde lorsque je la croiserais. Je quittais donc de bonne humeur le cours en compagnie de Prudence et nous remontions ensemble vers notre dortoir pour récupérer de nouvelles affaires pour les cours suivants. Notre discussion s’orientait joyeusement sur les confiseries de chez Honeydukes et j’étais aux anges à l’idée de déguster des Fizbiws samedi, si Ana acceptait de m’accompagner. Je pensais d’ailleurs à elle lorsque j’aperçus dans un éclair sa chevelure brune au loin dans un escalier. Faisant un signe de la main à celle-ci, je n’en reçu aucun en retour et décidai de percer la foule pour aller la trouver. Je m’excusai auprès de ma compagnonne de dortoir et remontai le flot d’élève pour atteindre la verte et argent.

Je la trouvais penchée sur le sol, ramassant ses livres qui s’étaient éparpillés par terre. Comme par reflexe, je bondis vers elle et m’agenouillant à ses côtés, je l’aidais avant même de lui dire bonjour. Cependant, sa réaction fût… Inattendue.


-C'est bon, je sais ramasser des livres toute seule!

Je me relevai, muette sous le coup de l’étonnement. Elle avait parlé franchement avec violence, et je ne lui connaissais pas ce ton. C’était ainsi cependant que l’on me l’avait décrite. Prudence elle-même me demandait toujours ce que je faisais à trainer avec une vipère pareille, les deux n’ayant visiblement pas fait une rencontre en très bon terme à la fête foraine cette année. Oui, on m’avait peint la jeune fille comme une peste hautaine et froide. Mais avec moi, elle n’avait jamais été désagréable et personnellement, je savais que tout ceci provenait de l’affaire Kathleen. Est-ce que c’était un masque ? Je n’étais pas sûre car à force de se comporter ainsi, je crois que ça c’était ancré en elle pour devenir la réalité. Soit, tout le monde n’était pas aussi délicat et aimable que Prudence et ses petites manières. Je n’allais pas chercher à changer qui Ana était devenue, mais sa soudaine agressivité me coupa le souffle.

-Je... Stop! Arrête! Tout ça, ton attitude protectrice... Je ne suis plus une gamine!

… Pardon ?

Je restais muette de nouveau et sentis le feu me monter au joue : mon estime venait de prendre un sacré coup. Je la regardais de haut en bas, surprise par la méchanceté de sa dernière remarque. Elle l’avait craché comme du venin, elle avait mordu alors que je ne m’y attendais pas. Ses livres toujours dans la main, je fronçais les sourcils. Et puis, tendant les manuels, je les posais dans ses bras sans un mot toujours, assimilant lentement ce qu’elle venait de me jeter à la figure. Je ne voulais pas trembler mais pourtant, la colère s’insinua dans mes veines, mêlée à de l’incompréhension. Pourquoi réagissait-elle ainsi ? N’était-ce pas elle qui voulait mon amour y a quelques mois de ça ? Pourquoi ne m’avait-elle pas dit plus tôt qu’elle ne voulait pas que je me comporte ainsi ? Et pourquoi d’ailleurs ?! Je ne comprenais pas et je commençais à me monter une série de scénarios dans la tête. Une chose était sûre, Ana semblait déterminée à me sortir mes quatre vérités. Mais si elle rentrait dans ce jeu, qu’elle ne croit pas que j’allais me taire non plus. Non, non je ne devais pas m’énerver contre elle mais…


- Calme toi c’est bon, je voulais juste t’aider.

Ma voix était calme mais on ne pouvait ignorer la pointe de frustration qui transparaissait. Depuis quand est-ce qu’Ana était devenue méchante et agressive avec ses propres amis ? Enfin maintenant, je commençais sérieusement à me demander si elle me considérait comme telle… Mais je devais m’accorder le bénéfice du doute. Peut-être avait-elle eu une mauvaise journée ? Plus doucement, je repris.

- Tu es sûre que ça va ?... Je marquais une pause, hésitante. Il s’est passé quelque chose, tu veux en parler ?


_________________
Even Closer | Forever Young | So Cold | If Stars



« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ana Falkowsky
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MessageSujet: Re: Le beau temps ne dure pas (PV) ENDED   Mer 1 Aoû - 23:52

Ce qui faisait que Ruby était comme ça, je n'en avais aucune idée. En fait, toute notre amitié était pour moi un mystère, depuis le fait qu'elle m'ait pardonné si subitement après de simples excuses, jusqu'à son comportement excessivement couvrant. Pourquoi agissait-elle ainsi avec moi? Elle ne me devait rien. Pire encore, ça aurait plutôt dû être le contraire: moi qui serais aux petits soins avec elle, moi qui me ferais toujours gentille et agréable, moi qui chercherais toujours à me faire pardonner. Et pourtant, les rôles restaient inversés, ce qui était dépourvu de toute logique. J'avais envie de dire à Ruby qu'elle n'avait pas à faire ça, qu'être normale avec moi suffisait largement, que son numéro d'amie parfaite ne me plaisait pas. Mais quelles étaient mes chances qu'elle comprenne immédiatement et opte pour une conduite naturelle? J'avais davantage de chances qu'elle prenne la mouche et me fasse la gueule. Cette idée me fit soupirer intérieurement. Qu'est ce que c'est chiant, l'amitié! Toujours faire attention à rester gentille, polie, attentive, à ne pas brusquer l'autre, tout ça, ces petites choses que Ruby s'appliquait à faire à la perfection... ce n'était pas pour moi.

Mais j'étais déterminée à apprendre, et peut-être même à y mettre un peu de bonne volonté si mon amie, elle, y allait un peu moins fort. Peut-être que ses copines aux manières ampoulées comme cette fille que j'avais "rencontré" à la fête foraine appréciaient d'être en permanence couvée par une âme bienveillante, mais pour moi, c'était plus une plaie qu'autre chose. J'avais l'impression d'avoir toute ma famille réunie en une seule personne sur le dos! Certes, Ruby a aussi de bons côté, contrairement à eux, mais plus son étau se resserre autour de moi, moins je les vois. Je ne vois plus que l'énergie qu'elle mettait à envahir ma vie, ses qualités s'effaçaient les unes après les autres derrière ses défauts, et sa compagnie n'avait plus rien d'agréable. Mais je refusais de penser comme ça, du moins pas définitivement. Je m'accrochais à l'idée que Ruby n'était pas vraiment dans son état normal, ou du moins, pas tous les jours comme ça. Il fallait juste attendre qu'elle arrête de porter ce masque de perfection... ou alors, le forcer à tomber, comme j'étais en train de le faire.

Ma remarque sembla la prendre totalement au dépourvu, et je ne pu m'empêcher de m'exaspérer encore plus de son visage surpris. Elle ne s'attendait donc pas à ce que son comportement envahissant me fasse péter les plombs, un jour ou l'autre? Non, bien sûr que non. Pour elle, ça devait couler de source, aider les gens à ramasser leurs livres, ce genre de choses. Mais ne pouvait-elle pas comprendre que pour d'autres -les gens comme moi- ces attitudes sont fatigantes et lourdes? Cependant, son visage étonné ne suffit pas à m'arrêter, et toujours sous le coup de la colère, et de l'exaspération que m'inspirait Ruby, je lançais une deuxième salve, bien plus dévastatrice et explicite que la première. Si elle ne voulait pas comprendre, alors j'allais l'y forcer, en tout cas, il n'était plus question de faire marche arrière maintenant. J'avais mis le feu aux poudres pour ce que j'espérais être la bataille finale, celle qui symboliserai soit le début d'une vraie relation sans masques, soit la fin de ce semblant d'amitié qui ne tenait qu'à un fil.


- Calme toi c’est bon, je voulais juste t’aider.

M'aider, toujours m'aider... mais je n'ai pas besoin de ton aide! Qui a besoin d'aide pour ramasser des livres? Ou pour faire un devoir de botanique, qui, de toute façon, n'aura aucune influence sur la vie? Ou encore, pour soigner une petite coupure qui serait guérie d'elle-même en quelques jours? Ruby avait un sacré problème avec ça. Je n'avais aucune idée d'où lui sortait sa générosité excessive, mais ce n'était pas un don du ciel, loin de là. C'était plus une malédiction qu'autre chose, à vrai dire... Hum. J'inspirais lentement afin de me calmer. Lui péter un câble à la figure n'était probablement pas la bonne solution si je souhaitais renforcer notre amitié, et non pas la détruire. Relativiser. Prendre du recul. Voir les choses avec objectivité, et non pas par colère...

- Tu es sûre que ça va ?... Il s’est passé quelque chose, tu veux en parler ?

...Impossible. J'étais au comble de l'exaspération. Elle le faisait exprès ou quoi?! L'expression la plus adaptée serait sans aucun doute "mettre les deux pieds dans le plat", mais là, tout de suite, son comportement m'inspirait plus "la débilité profonde" qu'autre chose. J'abandonnais ma volonté de rester calme en même temps que celle de préserver notre amitié à tout prix. Une vraie amie qui se veut attentive aurait compris depuis longtemps quand je ne veux pas parler de quelque chose, et toute personne un tantinet logique aurait eu le tact de ne pas me parler de Kathleen, mais encore une fois, Ruby faisait exception à la règle. Elle voulait que je lui parle franchement? Très bien. J'allais lui dire, moi, ce qu'il se passe. Et peu importe les conséquences, ça ne pouvait plus durer.

-Non, je ne veux pas en parler! Pas plus que je ne veux parler de Kathleen, de ma famille, ou de tous ces sujets que j'esquive dès que tu les abordes! Mais tu ne comprends pas -tu ne veux pas comprendre! hurlais-je.

Je m'arrêtais pour reprendre mon souffle, la dévisageant en chien de faïence. Comment était-il possible d'être aussi agaçante tout en voulant bien faire?


-J'ai pourtant le tact de ne jamais parler de tes parents, il me semble, pourquoi ne peux-tu pas tout simplement en faire de même avec moi? poursuivis-je, sans dissimuler toute la colère de ma voix. Et pourquoi agis-tu comme une mère avec moi, pourquoi est-ce que tu te comportes toujours comme si j'allais déserter du jour au lendemain?!

J'arrêtais là ma tirade, la respiration courte d'avoir autant parlé en si peu de temps. Ça faisait beaucoup de questions tout ça, j’en avais conscience, tout comme je me doutais que Ruby ait réponse à tout, comme c’est le cas en cours. A vrai dire, mes questions n’appelaient pas spécialement de réponse, je voulais juste soulever le problème afin qu’elle l’entende, et qu’elle sache que tout n’était pas au beau fixe, non. Qu’elle sache qu’elle pouvait arrêter son cirque, que ça devait la fatiguer autant que moi d’être toujours attentive au moindre de mes faits et gestes. Je ne m’y prenais pas de la manière la plus douce qui soit –à vrai dire, c’était même plutôt la pire- mais il fallait qu’elle comprenne, et il n’y avait pas 36 solutions pour ça. Un court instant j’imaginais l’hypothèse parfaite ou Ruby prendrait cette déclaration comme un soulagement et me dirais qu’elle en avait marre d’être toujours aux petits soins. Puis l’idée qu’elle ne se forçait pas et que c’était là sa conception de l’amitié me traversa, et j’eus un frisson d’effroi. Ça n’allait pas être possible, si c’était le cas. J’avais réussi à supporter sa conduite jusque là, mais ça ne pourrait pas durer éternellement, elle aurait ma peau avant. Je me creusais la tête en essayant de me rappeler si elle était comme ça avant, mais ne retrouvais aucune trace d’un comportement aussi envahissant. J’eus un soupir en pensant à quel point tout était facile à cette époque là. Certes, j’avais étonnamment du mal à dire des mots gentils et à faire des câlins pour une enfant de mon âge, mais notre amitié coulait de source, on avait pas besoin de se forcer. Était-ce de grandir qui transformait à ce point les gens, au point que l’on ne pouvait s’entendre avec quelqu’un qu’en faisant semblant? C’était sûrement une idée très pessimiste, mais tout à fait possible. Que l’âge rende les gens incompatibles me semblait tout à fait réaliste.

Mais je refusais de croire que ça nous atteignait, Ruby et moi. J'avais beau être de nature pessimiste au possible, il me restait malgré tout un peu d'espoir, l'espoir que cette amitié en train de renaître ne soi pas vouée à l'échec. J'avais un attachement pour Ruby que je n'ai jamais ressenti pour personne d'autre, pas même les membres de ma famille, et il était dur d'ignorer cela. Et puis dans les rares moments où elle semblait se relâcher, il m'arrivait parfois d'apercevoir un bout de la fille que j'ai connu y a 4 ans, et dans ces moments là, le temps de quelques secondes, on retrouvait ce lien qui nous unissait à l'époque. Le temps d'un rire, d'une phrase, je nous revoyait dans ce manoir à Liverpool, âgée de quatre ans de moins. Puis la magie disparaissait aussi subitement qu'elle était apparue, et je retrouvais cette sorte d'amitié instable et pénible. Mais c'est en pensant à ces moments que je me suis dit que je ne devais pas abandonner sans essayer d'arranger les choses. Je ne fait ou ne dis jamais rien d'inutile dont je pourrais m'abstenir en général; je ne parle pas pour rien dire. Aussi, je me suis longuement posé la question: est ce que ça en vaut vraiment le coup?
Il faut croire que oui, car, d'une voix un peu plus douce, je poursuivis.


-Ruby. Notre amitié, je veux vraiment qu'elle marche. Mais pour ça j'ai besoin que... que tu me laisses respirer. Que tu ne t'inquiètes pas pour des égratignures. Que tu ne t'occupes pas de mes devoirs. Et par dessus tout, que tu ne me parles pas de Kathleen. Je ne veux plus parler d'elle, ni à toi ni à qui que ce soit.

J'avais parlé d'un ton calme, mais ferme. Chaque chose que j'avais énoncé n'était pas négociable, en particulier la dernière. C'était la condition indispensable pour que notre amitié fonctionne -ne plus parler de Kathleen. Ma sœur faisait partie de ces sujets qui plombent l'ambiance et ne font qu’accroitre ma mauvaise humeur perpétuelle, ce qui n'est pas une bonne chose à mon avis. Pour ce qui est du reste, c'était de petits exemple mais qui représentaient beaucoup plus; en clair, je voulais qu'elle me lâche la bride. Mais si je tenais un peu à notre amitié, j'avais tout intérêt à bien choisir mes mots.

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: Le beau temps ne dure pas (PV) ENDED   Jeu 16 Aoû - 3:13


"On the first page of our story,
The future seems so bright.
Then this thing turned out so evil,
I don’t know why I’m still surprised."




La surprise. Je ne trouvais pas d’autre mot pour exprimer mon état actuel. Quelle mouche avait piqué Ana ? Je m’étais attendue à ce qu’elle peste contre celui qui l’aurait bousculé, et qu’elle me lance un petit sourire qui me paraissait toujours forcé mais… Ses répliques cinglantes m’arrivèrent en plein figure et je restais droite, comme tout à coup bloquée par des liens invisibles qui me clouaient sur place, toute raide. Je sentais légèrement la gêne monter en moi et colorer mon visage, parce que je ne comprenais pas vraiment ce qu’elle me reprochait et encore moins pourquoi elle le faisait maintenant, ici, en plein milieu d’un couloir. Je pensais que si on avait des choses à se dire, s’expliquer, Ana aurait la diplomatie de venir me voir calmement. Les cris, on avait déjà donné et personnellement j’en étais fatiguée et j’aurais cru qu’elle aussi d’ailleurs. De plus c’était sa nature non ? Calme, contrôlée, presque hautaine. Je dis presque parce que je n’aimais pas affublée de cet adjectif la petite fille qui me paraissait si humble durant l’été où je l’avais rencontré. Cela ne collait pas, je n’arrivais pas à m’y faire. Oui elle avait toujours eu cette distance un peu froide sur sa famille qui ne faisait pas attention à elle. Mais jamais je n’avais vu dans ses yeux une lueur de fierté mal placée et écrasante, voire supérieure. Aujourd’hui, cette étincelle dans son regard me donnait presque des frissons, mais je restais soulagée de voir qu’elle ne me regardait pas ainsi, moi. Comme si je méritais un peu plus son… Respect peut-être.

Alors je décidais de croire que ça n’allait pas. Oui, peut-être avait-elle eu une maison journée et son irritation était toute justifiée dans ce cas ! Je savais que j’avais un petit côté maman poule, surtout avec elle, et peut-être était légèrement pesant aujourd’hui. Parce qu’elle avait juste envie d’avoir la paix ? Que sa journée s’était mal passée ? Je refusais de laisser passer l’occasion de lui demander. Au fond j’étais comme ça moi, j’étais persuadée que la discussion était la meilleure des solutions pour se sentir mieux. Evidemment, j’appliquais plus cette règle pour les autres que pour moi mais alors, qui ne faisait pas ça ? Je voyais dans mon attitude que cela touchait les gens, alors pourquoi cesser ? J’avais l’impression d’enfin trouver un rôle dans lequel je me sentais bien ou du moins, utile. Ça avait du sens pour moi d’aider les autres, même si parfois cela impliquait quelques concessions. Mais cette habit de Miss Parfaite, j’aimais le garder en présence de vague connaissance parce qu’au moins, ça repoussait les questions. Avec Hadrian, Lizlor, Prudence, je me laissais peu à peu aller et je cessais de prétendre être propre sous tous les angles. Et Ana ? Eh bien, elle m’avait reproché mon manque de confiance, presque d’implication alors maintenant, je me donnais à fond ! Pas ma faute, si c’était ma nature. Les masques finissent par se greffer sur notre visage, n’est-ce pas ?


-Non, je ne veux pas en parler! Pas plus que je ne veux parler de Kathleen, de ma famille, ou de tous ces sujets que j'esquive dès que tu les abordes! Mais tu ne comprends pas -tu ne veux pas comprendre!

Je restais blême, complétement sur le cul. J’avais l’impression que c’était le monde à l’envers, que depuis le début je nageais à contresens et que personne n’était venu me le signaler. Son hurlement avait retenti dans le couloir, mais si elle avait murmuré, cela aurait eu autant d’impact dans mon cerveau. Autour de nous, la foule se fendait prétendant ne pas nous voir et se pressant vers la grande salle ou des salles cours. Mais si elle prêtait attention, elle ne risquait pas de perdre une miette de la discussion parce qu’Ana ne semblait pas prête à être calme. Sa colère me laissait déroutée et je voulais analyser ce qu’elle venait de me dire mais chaque mot me paraissait trop incroyable pour avoir du sens. Elle ne voulait pas aborder Kathleen ?... Mais… Là je ne comprenais plus rien. Elle réclamait mon attention et quand elle l’obtenait enfin, elle me demandait de calmer mes ardeurs ?! Non mais je n’étais pas un robot non ! Je me sentais désenchantée et ma matinée si agréable virait littéralement au cauchemar. Me dévisageant, Ana avait le visage froid et dur, et l’air complétement exaspérée. Et toujours, toujours ce rictus fière qui doucement faisait craquer mon sang froid. J’enfonçais mes ongles dans mes paumes en soufflant doucement, pour tenter de garder la maitrise de la situation. C’était vraiment le monde à l’envers cette discussion !...

-J'ai pourtant le tact de ne jamais parler de tes parents, il me semble, pourquoi ne peux-tu pas tout simplement en faire de même avec moi? Et pourquoi agis-tu comme une mère avec moi, pourquoi est-ce que tu te comportes toujours comme si j'allais déserter du jour au lendemain?!

… Là, elle avait merdé. Dès que le mot « parent » franchit la bouche de la jeune fille, mon sang se mit à battre dans mes tempes et je sentais mon corps trembler légèrement. Cela n’avait aucun rapport. Je savais très bien que nos histoires n’étaient pas comparables mais je m’étais confiée à elle. D’une manière assez brutale certes, et c’était la colère qui m’avait animée à ce moment-là mais pourtant j’aurais été capable de faire l’effort, au calme, de lui dire. J’étais prête à faire tout pour que ça marche et maintenant, je me prenais une violente claque dans la gueule. Et elle ne me plaisait pas, mais alors pas du tout. Déserter ? Non mais elle avait de la mémoire la gamine ou quoi ? C’était qui qui, du jour au lendemain, avait disparu sans donner d’explications ?! Et elle se demandait pourquoi je voulais tout faire pour la garder ?! Non mais allô, quelqu’un est-il logique dans ce putain de château ?! Voilà c’était fait. La colère m’avait gagné et je n’arrivais plus à réfléchir avec mesure. J’agissais comme une mère ? Et alors, c’était quoi l’souci ?! Je me comportais comme je voulais, et si mademoiselle n’était pas contente, ce n’était pas mon problème. J’étais ainsi, et alors ?! Elle voulait un traitement de faveur peut-être ? Des croissants au lit le matin ?!

-Ruby. Notre amitié, je veux vraiment qu'elle marche. Mais pour ça j'ai besoin que... que tu me laisses respirer. Que tu ne t'inquiètes pas pour des égratignures. Que tu ne t'occupes pas de mes devoirs. Et par dessus tout, que tu ne me parles pas de Kathleen. Je ne veux plus parler d'elle, ni à toi ni à qui que ce soit.

Je n’avais pas répondu à sa dernière slave parce que je me sentais trop prête à exploser, et Ana en profita pour rajouter une dernière couche, bien trop mielleuse et fausse à mon goût. Sa voix s’était radoucie mais elle était toujours ferme, tel un ordre que l’on donne à un petit chien. Ne fais pas ça. Elle croyait peut-être que c’était à elle de choisir ? Elle voulait respirer ? C’était la meilleure ! Non en fait, je crois que le plus drôle c’était vraiment « Je veux que ça marche. » PARDON ? Depuis quand Ana avait voulu que cette amitié fonctionne, depuis quand avait-elle fait le moindre effort ?! Je donnais tout, perpétuellement, sans rien demander en retour. J’étais là pour elle, elle qui me le réclamait presque et maintenant, ça n’allait plus à mademoiselle. Si elle avait tentée d’être plus douce, de me calmer peut-être, elle ne fit que décupler ma colère qui résonnait dans mes veines d’une manière étourdissante. Je me sentais prête à riposter et presque à mon étonnement, ma première réplique fut un rire. Mais pas celui que je lui adressai parfois quand on plaisantait à table sur des bêtises. Celui-là était froid, dur, ironique. Je ne me le connaissais même pas.

-Déserter ? Tu te demandes pourquoi j’agis comme si tu allais déserter ? Mais ma pauvre, t’as la mémoire qui flanche. Ma voix s’amplifiait légèrement, se faisant grondante et mauvaise. Tu crois pas que j’ai des raisons de croire que tu pourrais disparaitre en un instant ? Explosai-je, ma voix résonnant dans le couloir.

J’avais crié malgré moi, et je sentais une violence inouïe bouillir dans mes veines, comme si j’étais prête à sauter au coup d’Ana pour l’étrangler. La frapper, comme ses reproches le faisaient. Toutes mes pensées n’étaient axées que vers un unique but : me défendre. Et par la même occasion, frapper où ça lui ferait mal, parce qu’elle avait commencé la première. Et je refusais de la laisser encore gagner, encore avoir une quelconque emprise sur moi et me blesser. J’étais passée à autre chose.


- Alors quoi, Mademoiselle veut que je sois là pour elle, mais après ça ne lui va plus ? Tu as cru que c’était à la carte ? Tu crois que ça marche comme ça une amitié ?! Que tu peux choisir comment j'vais me comporter avec toi? Crachai-je méchamment, la toisant de haut en bas. Elle voulait que je cesse d’être parfaite ? Soit, elle allait voir. Tu m’as l’air d’être une experte dis moi. Je laissais échapper un petit rire dément avant de soudain fermer de nouveau mon visage et de la fixer durement, avec toute la haine qui me traversait désormais les veines. Oh mais attend… Je regardai autour de nous, mimant la recherche de quelque chose. Ah, non. Je vois pas d’amis, j’vois personne en fait. Je levais les yeux en ciel, feignant un soupir attristé. Avant de remettre les autres en questions, t’as pensé à te regarder avant ? Tu agis comme si tu n’avais pas d’cœur, simplement pour ne pas qu’on le brise. Tu n’es qu’une trouillarde. Achevai-je, lui lançant cette dernière insulte en plein dans la figure de ma voix ironique et hautaine.

Je ne criais plus non. J’avais balancé ma tirade calmement et froidement, comme un robot. Elle avait lancé la machine et une chose était sûre, j’étais décidée à l’emballer. Mais entre nous deux, c’était elle qui allait regretter la première d’avoir commencé.


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Ana Falkowsky
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MessageSujet: Re: Le beau temps ne dure pas (PV) ENDED   Dim 19 Aoû - 21:01

J'avais une drôle impression, là, tout suite, pendant que je déballais ses quatre vérités à Ruby. L'impression d'aller trop loin, au delà de mes pensées, l'impression d'appuyer là où ça fait mal sans vraiment le vouloir, l'impression de briser quelque chose. L'impression de ne pas arriver à dire correctement ce que je ressens. C'est néanmoins une impression bizarre car je suis on ne peut plus claire; chaque mot est pesé, lourd de signification et accuse quelque chose en particulier que je veux voir disparaître de notre amitié. Malgré tout, ce sentiment ne disparaît pas, et le silence de Ruby n'arrange pas les choses. Un silence, ça veut tout et rien dire; dans notre cas j'opterai pour la seconde option.

Elle ne dit rien, mais je vois passer sur son visage diverses émotions, partant de la surprise, à la colère, de l'exaspération à l'ironie. Tous ces sentiments défilent sur ses traits habituellement paisibles et perpétuellement souriants. Et j'attends, j'attends inlassablement la sentence, car je sais que désormais Ruby a perdu son calme et ce masque de perfection qu'elle arbore en permanence. Maintenant, elle laisse place à celle qu'elle est, la partie humaine d'elle même et pas celle de la gentille-préfère-parfaite. Je m'attends à des cris, de la colère, peut-être même des larmes, je ne sais pas. Mais au lieu de ça, de ce qui aurait justement représenté son humanité face à toutes ces accusations, un rictus glacial se forme sur ses lèvres. Oh, je le connais bien, ce rictus, mais pas pour l'avoir vu sur Ruby, jamais. C'est celui que j'ai, moi-même, en permanence. Ruby porte mon masque d'indifférence.


-Déserter ? Tu te demandes pourquoi j’agis comme si tu allais déserter ? Mais ma pauvre, t’as la mémoire qui flanche.

Cette voix, ce n'est pas la sienne. Malgré moi, mes yeux s'agrandissent légèrement sous le coup de la surprise. Pas la moindre trace de rage dans sa phrase, juste de la moquerie et de la froideur. Encore et toujours de la froideur. J'ouvre la bouche pour répliquer, et la referme. Sur ce coup là, je n'ai effectivement rien à dire, je n'aurais pas du m'aventurer sur ce terrain là. Oui, parler de "déserter du jour au lendemain" n'était pas la meilleure idée que j'ai jamais eu. Impuissante, je contemplais ma propre stupidité tandis que le visage de Ruby se durcissait au fil des secondes. Ce n'était plus elle, ce masque de glace qu'elle venait de prendre la transformait en une tout autre personne.

-Tu crois pas que j’ai des raisons de croire que tu pourrais disparaitre en un instant ?

Sa voix claqua et résonna dans tout le couloir devenu vide. C'était toujours ça de pris, honnêtement je n'avais pas envie que l'on nous voit, là, maintenant. De plus je n'avais pas vraiment fière allure, ma colère s'était évaporée dès que la sienne était apparue, et, contre toute attente, je me retrouvais en position de faiblesse, si l'on peut dire. Non mais c'était quand même le monde à l'envers ça, je pète un câble mais c'est moi qui me fais quand même engueuler au final! Je ne sais pas comment, mais Ruby avait réussi à échanger les rôles et retourner la situation de manière habile. Si, en plus, elle parlait de ma "désertion" eh bien... je n'avais rien à répondre. J'étais en tort dans cette affaire, peut-être importe la manière dont on la retournait, elle aurait le dernier mot. Je laissais donc passer, encaissant ses accusations.

Oui, elle n'avait pas tort de penser que je pouvais disparaître à tout instant, au final. Sans même parler physiquement comme je l'avais fait quatre ans plus tôt, il suffisait qu'un jour elle dépasse les limites de ma patience, et je mettrais à l'éviter de telle manière que c'était comme si nous n'étions plus dans la même école. Elle avait raison, j'étais de ces personnes qui disparaissent sur jour au lendemain sans que l'on sache toujours pourquoi, alors, décidant un jour dans ma vie d'être de bonne foi et d'avoir de la décence, je ne répondis rien.


- Alors quoi, Mademoiselle veut que je sois là pour elle, mais après ça ne lui va plus ? Tu as cru que c’était à la carte ? Tu crois que ça marche comme ça une amitié ?! Que tu peux choisir comment j'vais me comporter avec toi?

Je fronçais les sourcils devant autant d'accusations, renforcées par son regard hautain qui me fixait de bas en haut, un air de mépris profond ancré sur son visage. Je crois que c'était la première fois que ça m'arrivais, mais je trouvais Ruby un peu effrayante. Et puis, je ne me rappelais pas avoir "voulu qu'elle soit là pour moi", je ne lui ait rien demandé. Pas ma faute si elle a pris mes excuses pour une demande de rédemption! Certes, au fond, j'avais envie de cesser les hostilités et l'idée de reprendre un semblant d'amitié n'était pas pour me déplaire. Mais est-ce que j'avais un jour demandé qu'elle m'aide à faire mes devoirs, ou tout autre chose qu'elle se hâtait de m'apporter? Non.

Pour ce qui est du reste, elle n'était pas totalement dans le faux, je devais l'admettre. Je m'étais dit que dire à Ruby ce que je pensais vraiment la ferait prendre conscience de ses défauts, et donc y remédier. Je pensais qu'en faisant cela, je contribuais au bon fonctionnement de notre amitié, et non pas à sa destruction. Je croyais que lorsqu'un trait de caractère d'une amie nous déplaît, on le lui dit, afin qu'elle puisse éviter de le faire ressortir. Mais si cela fait partie de sa personnalité, partie d'elle-même? Si Ruby est ce genre de personne, qui a un besoin permanent d'aider les autres, et de se montrer, sûrement malgré elle, envahissante, qu'est ce que mes paroles pourraient y faire? Pas plus que les siennes ne m'auraient dissuadées d'arrêter de me battre, ou de me mettre plus sérieusement à mon travail. Les gens sont comme ça, avec des défauts, et le rôle d'une amie n'est pas de les effacer, mais de les accepter.

Ah, ça sonnait bien, dit comme ça, mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Surtout quand les défaut en questions se rappellent constamment à toi. Pour une novice, je trouve que j'ai supporté pendant un sacré bout de temps la vague Ruby qui s'est rapidement emparée de ma vie. Mais supporter ça encore des mois, voire des années? Certainement pas. Je ne sais pas comment faisaient ses autres amis, peut-être aimaient-ils ça, peut-être trouvaient-ils ça agréable, d'avoir quelqu'un en permanence sur le dos. Moi, je ne peux pas. Peut-être ne sommes nous tout simplement pas compatibles. Je reste murée, à mon tour, dans mon silence. Si ce que je viens de penser est la vérité, alors peu importe ce que je dirais, ça ne réparera rien.


-Tu m’as l’air d’être une experte dis moi. Je hausse un sourcil. Une phrase on ne peut plus ironique. Ça ne sent pas bon, ça. Oh mais attend… Ruby fait mine de tourner la tête autour de nous, comme si elle cherchait quelque chose, tout en sachant pertinemment qu'il n'y a rien. Ah, non. Je vois pas d’amis, j’vois personne en fait.

Cette fois, je hausse les deux sourcils d'une façon méprisante, recomposant immédiatement ce masque de glace que j'avais abandonné avec elle. Oh, je vois, elle voulait donc en arriver là. Malin, très malin tout ça. Je la fixais de mon regard à présent glacial, indifférent et plein d'une colère enfouie au fond de moi, ce que je ne savais que trop bien faire. Mais je n'aurais pas pensé avoir à le refaire avec Ruby, je n'aurais pas pensé qu'elle m'y pousserait ainsi. A vrai dire, j'aurais pensé ça de tout le monde, mais pas d'elle. Mais très bien, si elle voulait s'engager sur ce terrain là, qu'elle y aille. Elle ne ferait qu'écraser un peu plus les morceaux de notre amitié que l'on était en train de fracasser, encore et encore.

-Avant de remettre les autres en questions, t’as pensé à te regarder avant ? Tu agis comme si tu n’avais pas d’cœur, simplement pour ne pas qu’on le brise. Tu n’es qu’une trouillarde.

Je me repassais chaque mot lentement dans ma tête, assimilant leur sens et prenant conscience que celle que j'avais laissé aller plus loin que tout les autres niveau amitié était en train d'essayer de me faire du mal. Peut-être qu'elle y arrivait, mais j'étais trop fière pour l'admettre, et surtout pour le montrer. Je refoulais donc l'envie de lui coller une gifle, car ça reviendrait à montrer que ça m'atteignait un peu trop tout ça. Mais je continuais à la fixer avec la même froideur. A ce jeu là, elle n'était qu'une débutante, et moi une professionnelle.

-C'est bon, tu as fini?... dis-je de ma voix la plus méprisante, celle que j'utilisais avec tout le monde sauf avec elle, celle qui fait froid dans le dos, à l'égal de celle qu'elle avait employée avec moi depuis quelques minutes. Ou tu as encore quelques amabilités à balancer, histoire qu'on fasse pas les choses à moitié?

J'émets un petit rire sans joie, le genre que je suis habituée à faire pour faire enrager quelqu'un, lui donner envie de m'arracher tout ce qui lui passe par la tête. Et voilà que je provoque Ruby. Bah, ce n'est pas comme si elle ne l'avait pas cherché, et de toute façon, amitié finie pour amitié finie, autant le faire bien comme il faut. Comme ça, pas de regrets, de "j'aurais pu lui lancer cette vacherie...". On met les points sur les "i".

-Tu n'as jamais pensé que, si je n'ai pas d'amis, c'est que je n'en veux pas? A quoi ça servirait, de toute façon? Supporter quelqu'un quelques mois pour finir par se balancer ses quatre vérités à la figure? Je la regarde intensément, attendant qu'elle percute que, oui, l'amie en question que j'ai du me taper, c'est elle. Avoir des amis comme toi, avec un masque de "miss-parfaite" collé sur la figure en permanence? Non merci, garde ça pour tes amis, ceux qui peuvent encore te supporter.

Mes derniers mots sont tranchants, ils semblent couper tout net l'atmosphère étrange qui s'était formé autour de nous. Ces mots, il veulent tout dire: non aux confidences, non à ce masque stupide, non aux amies insupportables, non à notre amitié. Du refus. Voilà tout ce que m'inspire Ruby et son besoin permanent de perfection, finalement.

-Peur qu'on me brise le cœur? lançais-je en reprenant ses termes. J'eus à nouveau un petit rire méprisant. Parce que tu penses que quelqu'un y arriverai? Tu imagines que toi, tu y parviendrai?

Cette fois, j'éclate franchement de rire, et malgré la part non négligeable de méchanceté qu'il y a là-dedans, il y a un peu d'amusement sincère dans ce rire. Si au début, ce qu'elle me disait me contraignait au silence car, d'une manière ou d'une autre, j'étais en tort, là, c'était une autre affaire. Ce qu'il y avait dans mon cœur, elle était bien loin de l'imaginer. Quant à penser que je le fermais exprès pour que l'on ne puisse pas y accéder et le détruire c'était...risible. Il n'y avait pas de mots pour ça. Je n'ai pas besoin de jouer les sans-cœurs, les autres ne m'atteignent pas, c'est tout.

Pourtant, une part de moi se félicite d'avoir mis un terme à notre amitié à Ruby et moi, car, au fond, elle n'était peut-être pas si loin d'arriver à m'atteindre.

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: Le beau temps ne dure pas (PV) ENDED   Dim 19 Aoû - 23:33

Ce fût avec un plaisir mauvais que je constatais que mes remarques étonnèrent Ana mais surtout, l’atteignirent. Son masque s’effaça un instant, provoquant en moi une satisfaction douce-amère : je l’avais touché. Est-ce qu’elle avait mal ? J’en doutais, parce que nous étions encore à chaud mais je savais que dans quelques heures, quelques jours, ça allait tourner dans sa tête jusqu’à que ça lui pulse les veines et la préoccupe. J’espérais de tout mon cœur que mes mots pouvaient l’atteindre comme un milliard d’aiguilles qui se glissent sous votre peau et vous écorchent de l’intérieur. De véritable coup, voilà la forme que mes accusations devaient prendre. C’était immonde de ressentir une telle violence, j’en étais consciente. Ça me rappelait mes accès de rage avant Poudlard, ceux où j’aurais pu tout briser –mais surtout moi- simplement pour évacuer ma haine, mon incompréhension. J’étais une fois de plus de retour à la case départ, encore par sa faute. Elle me ramenait inlassablement vers mon passé, et je nageais à contre-courant sous ses yeux amusés. Du moins, jusqu’à présent. Parce qu’elle avait étiré les limites comme un élastique qui tendu au maximum, lui avait claqué au visage. Je lui en voulais d’avoir une telle emprise sur moi, mais j’étais décidée à lui faire regretter ce qu’elle venait de commencer. La colère me brûlait les veines, les derniers neurones, je n’arrivais plus à réfléchir correctement. Je voulais qu’elle ait mal. Comme moi.

Ses reproches ? Je ne me concentrais même pas dessus. Avait-elle raison ? J’en avais rien à foutre. Elle aurait pu me dire n’importe quoi de toute manière, je ne l’écoutais plus. Ses conseils sur la gestion de ma personnalité, elle pouvait bien se les mettre là où je pensais parce qu’elle était la dernière personne sur terre à être bien placé pour faire ce genre de remarque. J’étais tellement énervée que je ne distinguais même plus le juste du superflu et me contentai de repousser en bloc les accusations d’Ana. Le pire ? C’est que je savais que si j’étais dans une telle colère, c’était qu’elle avait encore une fois réussi à toucher quelque chose. Et ça, je le refusais. Je refusais que dès qu’elle allait disparaitre de ma vue, je ressente les contrecoups, les remords et les questions. Elle avait tort, point barre. La culpabilité et les doutes n’allaient pas encore s’insinuer dans mes veines, il n’y aurait pas de second Liverpool. Je pouvais désormais imprimer chaque détail de son visage parce que c’était la dernière fois de ma vie que je le fixais. Au moment même où Ana avait abordé mes parents, elle avait fait une croix sur tout ce que nous pouvions avoir eu ou sur un probable futur. Ça, et tous les autres mots qui sonnaient dans mon esprit, claquaient… Je la haïssais plus que jamais en cet instant même.

Et le plus étonnant, c’était que ma haine était bien différente de toute celle qui j’avais connu précédemment. Avant, c’était une colère vive et violente mais désormais, je la sentais plus mesurée et calme et par conséquence, plus mauvaise. Je ne criais pas non, ma voix était ironique et froide. Et je savais que c’était bien pire. Mon visage était tordu en un rictus presque cruel bien loin des larmes ou de la colère que l’on ne pouvait cacher. Non, tout était différent en ce moment. Je n’avais même pas mal de voir que notre pseudo-relation prenait un tel sens, parce qu’actuellement je n’arrivais qu’à ressentir de la haine mêlée à de la pitié pour la jeune fille. Oui, de la pitié. Elle n’avait rien compris à l’amitié ou simplement à la nature humaine et ça la rendait seule. Et aigrie. Ana se croyait vaguement au-dessus de tout ça mais au final, elle se fourrait le doigt dans l’œil. Sa solitude la rendait malheureuse. Ou du moins, elle ne connaissait pas ce que c’était que le bonheur. Le pire, c’était que j’avais été comme elle. J’avais repoussé les autres, croyant que ça m’apportait la sécurité… Mais maintenant, je savais ce que ça signifiait que d’avoir le cœur qui battait pour quelqu’un, pour quelque chose, pour une cause. D’avoir le sourire aux lèvres, le vrai. Pas celui froid et méprisant que j’adressais à Ana et que, de toute évidence, elle me rendait bien.


-C'est bon, tu as fini?... Ou tu as encore quelques amabilités à balancer, histoire qu'on fasse pas les choses à moitié?

Et voilà. Ana reprenait son ton supérieur et glacial. Son ironie ne me surpris pas, ni son faux rire. J’avais l’impression de vivre une scène de déjà vu à laquelle on m’avait préparé. C’était simple, il suffisait de voir comment la moitié de son entourage considérait la Serpentarde ou comment justement, ils ne la considéraient juste pas. Parce qu’elle était désagréable et distante, ne faisait jamais aucun effort. Et j’avais cru que j’allais changer la donne, légèrement stupidement. Du moins, je n’avais jamais eu la prétention de modifier sa personnalité, alors comment osait-elle le faire ? Je n’arrivais pas à croire qu’elle en réduit à ce genre de situation pour ressentir quelque chose, mettre du piment dans sa vie. Parce que tout ça pour elle, ce n’était qu’un vulgaire jeu n’est-ce pas ? J’avais toujours voulu lui chercher des excuses mais au final, j’avais sûrement eu tort. Elle n’en avait et surtout, n’en méritait aucune.

- Mais voyons ma chérie, chacun son tour ! Répliquai-je d’un ton égal avant de faire la référence et de faire un geste de la main vers elle, comme si je l’incitais à parler.

Voilà, je jouais aussi. J’étais consciente qu’Ana n’allait pas se laisser désarçonner de la sorte sans réagir mais étonnement, je n’avais pas peur de sa réaction. J’avais l’impression d’avoir emprisonné mon cœur sous une couche de glace qui le protégeait et transparaissait par la même occasion sur mes traits devenus durs et mauvais. Finalement, elle avait presque raison la sale gosse. Je n’étais pas parfaite. Oui, quand je le voulais je pouvais être une garce et ça, les gens ne le soupçonnaient même pas. Ça me faisait bien rire de constater que la Serpentarde semblait vouloir reprendre le dessus, comme si elle pensait que je ne connaissais pas les règles de ce genre de jeu. C’était là mon atout : j’allais probablement la prendre par surprise. Je pouvais moi aussi mener la danse et riposter. La différence, c’est que je savais me contenir en public, je savais me mettre de côté quand c’était nécessaire. Si je le faisais trop ? Non, je refusais de laisser le doute planer à cause de l’autre là. Ana avait tort et je n’allais pas chercher plus loin. Et cette constatation me donnait une force sur laquelle je m’appuyais sans ménagement, prête à sentir ses ripostes.


-Tu n'as jamais pensé que, si je n'ai pas d'amis, c'est que je n'en veux pas? A quoi ça servirait, de toute façon? Supporter quelqu'un quelques mois pour finir par se balancer ses quatre vérités à la figure? Avoir des amis comme toi, avec un masque de "miss-parfaite" collé sur la figure en permanence? Non merci, garde ça pour tes amis, ceux qui peuvent encore te supporter.

Non, sérieusement ? Elle avait que ça dans le ventre ? Tout ça puait le mensonge à des kilomètres, s’en était presque drôle. Personne n’aimait être seul, c’était le plus gros mensonge de l’univers. Oui, certes être tranquille de temps en temps faisait du bien mais personne n’aimait la solitude. Physiquement, être seul oui. Emotionnellement ? Personne ne tenait. Tout le monde devait avoir un point d’appui quelque part et je l’avais compris trop tard. Mais maintenant c’était fini. J’avais évolué et j’avais accepté d’avoir eu tort, chose que visiblement Ana n’était pas décidé à faire. Sa remarque sur mon masque me provoqua un très léger pincement au cœur que j’étouffai en un faux rire. Je me préparai déjà à répliquer mais elle ne m’en laissa pas le temps, enchaînant de sa voix toujours ironique qui ne faisait qu’amplifier ma haine. Soit, encore à son tour. J’avais tout le temps du monde pour enchaîner par la suite, et l’enfoncer encore. Parce que ça me permettait de sortir du trou dans lequel elle tentait de me pousser. Les rôles allaient s’inverser, croyez-moi.

-Peur qu'on me brise le cœur? Parce que tu penses que quelqu'un y arriverai? Tu imagines que toi, tu y parviendrai?

Sa défense était bien pâle à mes yeux. J’avais un pouvoir sur elle et elle en était consciente, autant que je savais pertinemment qu’elle en avait un certain sur moi. Mais aujourd’hui je m’en débarrassais, balayant d’un revers de main nos souvenirs. Je la voyais différemment et ça me donnait de la force. Une force immense.

- Me supporter ? Mais ouvre les yeux, j’ai des personnes sur qui compter. Si aujourd’hui tu venais à être dans la merde, personne ne bougerait un doigt pour toi. Je l’aurais fait il n’y a même pas quelques minutes. Avant le début de cette discussion, j’estimais Ana plus que les trois quarts de ce château et de mes connaissances. Mais ça, c’était avant. Je n’ai jamais eu le culot de vouloir te changer moi, et pourtant t’aurais bien besoin de quelque remaniement. Lâchai-je avec une voix dégoutée.

Mais je n’avais pas fini de frapper, ça non.


- Tu crois que tu vas toujours t’en sortir toute seule ? C’est drôle…

Je marquais une pause. J’étais prête à continuer à asséner les coups et je savais que le prochain n’était pas à faire à la légère. Mais ce n’en était que plus délicieux.

- Ouais, c’est drôle parce qu’il me semble que quand Kathleen te délaissait, comme tout le monde d’ailleurs, tu t’en sortais pas si bien que ça. J’avais évoqué le nom tabou, j’avais allumé la mèche. Tant pis. J’étais prête à faire céder les dernières défenses d’Ana, pour qu’elle tombe une bonne fois pour toute. Et elle n’allait pas m’entraîner dans sa chûte. Alors quoi, tu veux pas parler d’elle ? Pourquoi, t’es contente qu’elle soit morte ? Pourquoi hein ? Parce que maintenant tu as un peu d’attention ? T’en crevais d’envie avant Ana, d’être regardée. Alors arrête de dire que tu veux être seule, t’es pitoyable.

Mes mots claquèrent dans ma bouche, accompagnés d’un rictus presque dégoûté. Je n’arrivais pas à croire ce que je disais et pourtant, c’était comme on avait ouvert un barrage ; les mots déferlant encore et encore sans que je puisse les arrêter.

- Tu vois c’est ce que nous différencie Ana, et nous différencierait toujours. Tu crois que parce que tu n’as pas reçu d’amour tu ne peux pas en donner. De mon côté, j’ai compris que ça marchait pas comme ça.

J’haussais les épaules, comme si la situation m’était égale. Moi au moins j’avais fini par comprendre comme ça fonctionnait et j’étais heureuse comme ça. Alors je laissais Ana se morfondre mais avant, j’allais bien lui ouvrir les yeux.

- Te briser le cœur ? Repris-je, presque rêveuse. Il aurait fallu que je sois dedans d’abord non ? Oh attend j’oubliais… J’eus un rire malsain. Il n’y a personne dedans ! Je fis taire mon rire cruel et dévisageai Ana avant d’ajouter une dernière phrase d’une voix dédaigneuse. Tu vas briser ton cœur tout seul Ana. Il pourrit déjà de l’intérieur.

Et il n’était pas question qu’elle abîme le mien. Même si au fond, c’était peut-être fait.


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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ana Falkowsky
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MessageSujet: Re: Le beau temps ne dure pas (PV) ENDED   Mar 21 Aoû - 1:38

« L'ennui avec les gens qui nous connaissent le mieux, c'est que le jour ou ils veulent vous anéantir, ils savent exactement où frapper. »

Je ne comprenais pas ce que Ruby avait à me reprocher. Je n'étais pas parfaite, très loin de là, mais elle le savait, ce n'était pas comme si j'avais tenté de le cacher. Elle connaissait mes défauts, mon passé et ce qu'il avait fait de moi. Elle avait pu constater depuis longtemps que je n'étais plus la gamine enjouée qui recherchais l'attention des grands, et également que j'ouvrais beaucoup moins mon cœur qu'avant. Elle savait dans quoi elle s'engageait lorsqu'elle m'a prise dans ses bras à Liverpool, et je m'accroche à ça pour me conforter dans l'idée que si je l'ai déçue, ce n'est pas de ma faute. Je n'ai rien promis, ce jour là, pas dit que je me confierais, ni que je ferais de longues déclarations d'amitié. J'ai changé, et j'ai pensé qu'elle pouvait accepter celle que j'étais devenue. Visiblement, ce n'est pas si simple.

Je crois que l'on était dans une impasse toute les deux; notre colère contre l'autre en devenait ni forte qu'elle se transformait en cette rage froide qui fait dire des choses affreuses. Mais si ce n'était pas arrivé aujourd'hui avec ces foutus livres, ça aurait explosé un jour ou l'autre, c'était certain. Si aucune de nous deux ne peut accepter ce qu'est devenue l'autre, se raccrochant au souvenir qu'elle en garde, ça ne peut pas marcher. Je n'y connais rien en relationnel, mais ça, c'est plus de la logique qu'un compliqué schéma émotionnel. On peut comparer nos personnalités à deux pièces de puzzles incompatibles que l'on essaye d'emboîter par la force, et qui, au final, s'abîment toutes les deux sans arriver à se compléter. Ruby et moi, on aurait beau tenter dans tous les sens, par tous les moyens, dans toutes les circonstances, on arriverait pas à trouver un terrain d'entente durable. C'est dommage, mais c'est comme ça.

Pour en revenir au présent, nous sommes là, dans ce couloir désert, toujours agenouillées devant mes livres éparpillés à se balancer horreur sur horreur. Aucun répit, on enchaîne, passant des petits défauts aux vrais points faibles de l'autre. Des trucs gratuits, et des trucs vraiment pas cool, mais l'amitié n'est plus là pour mettre ses barrières à notre colère. Alors pas de répit, juste un mauvais sourire complètement focus, des yeux qui lancent des éclairs et des vacheries à la pelle. J'en ai tellement, il y a tant de choses qui m'exaspèrent chez Ruby que même toute seule, je pourrais lister ses défauts toute la nuit. Mais alors à nous deux, on risque d'en avoir pour des jours entiers avant de finir d'extérioriser tout ça. Elle aussi semble avoir un bon paquet de choses à redire sur mon comportement, et chacune d'entre elle m'interloque. A croire qu'elle n'aime rien chez moi!

Je fis un énième sourire forcé lorsqu'elle me provoqua, disant clairement que l'échange de vacheries était ouvert. Pour quelqu'un d'habituellement spontané et souriant, elle jouait franchement bien la carte de la froideur, ce qui m'amenait à me demander si elle aussi, elle n'avait pas attendue que ça pète, comme je l'avais fait. Ou peut-être l'avait-elle simplement senti venir, entre le fait que je la fuie presque et que j'esquive chacune de ses questions avec de moins en moins de patience. Et elle avait préparé son texte, ou du moins les grandes lignes, de manières à n'être pas désarmés lorsque la bombe exploserait. Et elle ne l'était pas, très loin de là.


- Me supporter ? Mais ouvre les yeux, j’ai des personnes sur qui compter. Si aujourd’hui tu venais à être dans la merde, personne ne bougerait un doigt pour toi.

Elle m'énervait, elle m'énervait, et elle le savait pertinemment. Je maîtrisais ma respiration du mieux que je pouvais, car une accélération subite aurait été quelque peu révélatrice. Et puis la défense de Ruby ne variait pas beaucoup, toujours à rabâcher mon manque de sociabilité, il fallait changer de discours au bout d'un moment. Si je venais à être dans la merde, je ne voudrais pas de l'aide de qui que ce soit, c'est ça qu'elle n'avait pas compris. Et ces personnes "sur qui compter", ça me faisait bien marrer. Les amis, ça te fais de beaux discours comme quoi ils seront toujours présents quoi qu'il arrive, mais à la moindre difficulté, il n'y a plus personne. Ça me faisait doucement rigoler, toutes ces histoires de "pouvoir compter sur quelqu'un". La vérité, si évidente, presque cliché, faisait presque pitié à dire, mais c'était pourtant de la logique: on ne peut compter que sur soi même.

-Je n’ai jamais eu le culot de vouloir te changer moi, et pourtant t’aurais bien besoin de quelque remaniement, me dit-elle avec une moue de dégoût.

Un petit ricanement sortit de ma gorge. Elle était bien bonne celle là! Elle n'avait jamais essayé de me changer? Mais elle se moquait de moi ou quoi? Ce n'était pas elle peut-être qui essayait depuis deux mois de forcer ma nature renfermée afin d'obtenir réponse à toutes les questions qu'elle se posait sur Kathleen? Ce n'était pas elle non plus qui tentait sans cesse de me convaincre d'arrêter de me battre, d'être plus prudente, de m'occuper davantage de mon travail...? C'en était presque grotesque. Là, vraiment, c'était l'hôpital qui se foutait de la charité. De nous deux, ce n'est pas moi qui essayait le plus de changer l'autre à sa convenance !! Certes, il y a quelques de ses défauts qui me restaient en travers de la gorge, mais je ne la harcelait pas pour qu'elle y remédie que je sache!


- Tu crois que tu vas toujours t’en sortir toute seule ? C’est drôle…

Je ne bronche pas, mon regard glacial toujours braqué sur elle. Oui, je m'en sortirais toujours seule, car je ne suis pas faible au point de dépendre de l'aide des autres. Ce n'est pas une faiblesse, de savoir se débrouiller seule, pourquoi n'arrivait-elle pas seulement à le comprendre?! Pourquoi ne pouvait-elle pas faire rentrer dans son cerveau d'habitude si brillant que n'avoir besoin de personne, ça signifie être libre?! Et que c'est ce que je voulais par dessus tout -par dessus toute amitié, par dessus notre amitié?! Non, le monde était comme elle le voyait elle et elle ne pouvait concevoir une autre vision des choses. Dans sa tête, ça semblait tout simple, tout le monde s'aime, tout le monde s'aide, personne n'aime être seul. Mais il fallait qu'elle sorte de son monde un peu, qu'elle voit que la solitude n'est pas une mauvaise chose.

Si cette simple phrase provoquait en moi plein de réactions, de colère et d'indignation pour la plupart, la suivante me coupa le souffle.


- Ouais, c’est drôle parce qu’il me semble que quand Kathleen te délaissait, comme tout le monde d’ailleurs, tu t’en sortais pas si bien que ça.

Je m'arrêtais net de respirer, de tout faire d'ailleurs. Soudain, il n'y avait plus rien autour, juste ces yeux bleus océan avec cette lueur mauvaise au fond. Et ces mots. "Quand Kathleen te délaissait". Les secondes s'écoulent, le temps que j'assimile le fait qu'elle venait réellement d'utiliser ma sœur contre moi. Ruby venait d'utiliser ma sœur pour me faire du mal. Ruby avait évoqué Kathleen pour me blesser. Non, rien à faire, peu importe la formulation, je ne parvenais toujours pas à y croire. Moi qui pensais que nous avions atteint des sommets en terme de méchanceté, là, elle venait de puiser dans une ressource insoupçonnée. Ma respiration repris, beaucoup plus courte et saccadée, et moi, j'étais sur le cul. Waw, Ruby Standiford, 4ème année, Serdaigle. Pas de doutes, il n'y avait pas d'erreur. Sauf peut-être le jour où je lui avait accordé ma confiance.

-Alors quoi, tu veux pas parler d’elle ? Pourquoi, t’es contente qu’elle soit morte ? Pourquoi hein ? Parce que maintenant tu as un peu d’attention ? T’en crevais d’envie avant Ana, d’être regardée. Alors arrête de dire que tu veux être seule, t’es pitoyable.

Et elle en rajoute... Chacun de ses mots me fait l'effet d'un fer chauffé à blanc que l'on me colle sur le cœur, ou n'importe quel autre endroit qui me fait tout autant souffrir. Toutes ces choses, ces confidences, ces mal êtres d'une gamine de 7 ans que je lui avais confié, elle les utilisait désormais contre moi... Ces mots dis dans des larmes un soir dans un manoir, ces regards qui en disaient long sur ma solitude à l'époque, tout ça, elle le ressortait maintenant dans le seul but de m'atteindre. Chaque mot évoquait une des choses à laquelle je ne supporte pas de penser. Sa mort. Mon besoin d'attention. Ma solitude. Elle. Je relevais les yeux vers celle qui venait d'utiliser la pire arme qui soit contre moi, et désormais je voyais Ruby autrement. Ce masque de perfection n'est là que pour cacher une réelle méchanceté. Moi qui voulais voir la véritable elle, je n'étais pas déçue. La vraie Ruby était une garce qui utilisait sans scrupules le point faible des autres afin d'en faire un coup bas. Finalement, je lui tirais mon chapeau. Elle avait bien plus de ressources que je n'aurais jamais pu l'imaginer.

En cet instant, j'aurais pu avoir l'envie de lui sauter dessus et de la griffer au visage jusqu'à qu'il ne soit que lambeaux ne peau, en encore la brûler tout simplement. Mais même le sortilège le plus douloureux, le coup le plus violent ne serait jamais assez fort pour lui faire ressentir ce qu'elle m'obligeait à ressasser. Et pourtant, je mourrais bien d'envie de la gifler jusqu'à que mort s'ensuive, mais ce n'était pas ce qu'il fallait. Ce n'était pas ça qui arriverait à lui faire sentir un dixième de ce qu'elle me faisait vivre, là, maintenant. La respiration toujours courte, ses mots entraînaient des souvenirs depuis longtemps oubliés à la surface, faisant revivre tous ces moments que je hais du plus profond de moi même.

Kathleen défilant dans le salon dans sa sublime robe de soirée, tous la regardant, l'admirant, et moi, invisible. La cravate que j'avais offerte à Daniel pour son anniversaire, et pour laquelle je m'étais ruinée, tentant de m'attirer un peu de reconnaissance; balayée par le nouveau balais que Kathleen lui acheta. Mes notes à l'école, insignifiantes et inintéressantes par rapport aux exploits que ma grande sœur rapportait de Poudlard. Et toutes ces scènes, et bien d'autres, Ruby en avait soit été le témoin, soit je les lui avait raconté, avec ma franchise d'enfant et mes larmes de solitude. Si j'avais pu penser à ce moment là qu'un jour ces confidences lui servirait de cette manière... voilà qui ne fait que renforcer ma vision des choses. Les amis, c'est un mythe, un concept pour bercer l'illusion que l'on est pas totalement seul dans la vie. Ruby est la preuve vivante du contraire.


- Tu vois c’est ce que nous différencie Ana, et nous différencierait toujours. Tu crois que parce que tu n’as pas reçu d’amour tu ne peux pas en donner. De mon côté, j’ai compris que ça marchait pas comme ça.

Bien sûr. Ruby est tellement -tellement- à côté de la plaque que je me demande comment elle peut avancer ça avec autant de certitude. De l'amour, comme si c'était ce qu'il me manquait. J'en ai plus qu'il ne m'en faut, à vrai dire, je n'en veux pas. Ni de celui de mes parents, ni de celui de mes frères, et encore moins du sien. C'est vrai ,avant je n'avais qu'une vague idée de ce que c'était, quelques mots, quelques clichés. Mais depuis quelques temps, je le sais avec précision. L'amour, c'est encombrant, envahissant et surtout, profondément inutile. Ruby peut bien penser ce qu'elle veut, elle n'arrivera pas à me convaincre que l'on ne peut être heureux sans aimer. J'ai raison, et elle est encore en train de me le prouver.

- Te briser le cœur ? Il aurait fallu que je sois dedans d’abord non ? Oh attend j’oubliais… Elle émit un petit ricanement. Il n’y a personne dedans ! C'était facile, tellement facile... Tu vas briser ton cœur tout seul Ana. Il pourrit déjà de l’intérieur.

Je la fixais sans la voir. Maintenant, l'envie de la frapper jusqu'à que mort s'ensuive était remplacée par la simple envie de lui cracher au visage et de m'en aller s'en demander mon reste. A travers tous ces mots qu'elle me déversait depuis tout à l'heure, je découvrais une toute nouvelle Ruby, une fille qui n'avait visiblement que très peu l'occasion de se montrer. Je comprenais pourquoi elle se cachait derrière la perfection, quand on a un tel potentiel à blesser les autres. Tout ça, tout ce qu'elle dit est soigneusement calculé pour me faire péter un plomb. J'ai beau me répéter cette phrase en long, en large et en travers, j'ai toujours du mal à y croire. Puis, au bout d'un long silence lourd de sens, je me rend compte qu'elle a fini sa litanie de reproches, et que c'est donc "mon tour" -comme elle dit- de parler.
Mais je crois que tout a été dit.


-Waw, est tout ce que je trouve à dire. Je hoche la tête en signe d'approbation, comme si j'étais épatée. Quelque part, je le suis. Eh bien, qui aurait pu penser que tu avais tant de venin à cracher, toi, la gentille petite préfète toujours souriante.

Pas moi, en tout cas. Mes mots n'allaient pas l'atteindre, j'en avais conscience. Elle avait élevé si haut le niveau de méchanceté qu'il me faudrait sans doute bien plus que ça pour parvenir à la blesser, maintenant. J'en avais les moyens. A vrai dire, c'est comme si les armes venaient d'elles mêmes, me poussant presque à utiliser un moyen aussi bas que le sien de l'atteindre. Ses parents. Une petite remarque, une allusion, n'importe quoi, et je pouvais la briser. C'était d'une simplicité effrayante, et quelque part, ça aurait été légitime. Elle utilise Kathleen contre moi, et moi, ses parents.

Mais j'éprouvais en cet instant tellement de dégoût pour celle qui se trouvait en face de moi que l'idée de l'imiter pour lui rendre la pareille ne me tentait pas une seule seconde. Si elle avait besoin de mettre la faute à son comportement excessif sur quelqu'un, c'était son problème, mais hors de question que je m'abaisse à faire le même genre de coup. Je refoulais donc avec vigueur la maigre tentation qu'était le sujet "parents" au fond de moi. A quoi bon essayer de la blesser, si c'est pour au final lui ressembler? Je n'ai même pas envie de démentir une à une les conneries qu'elle a balancé, tant je suis lasse et toujours sous le choc, quelque part.


-Ça te plaît, hein? De voir mon malaise dès que tu parles de ma sœur? Pas envie de prononcer son prénom à voix haute, il n'était déjà que trop présent. D'imaginer mon cœur s'emballer dès que tu me rappelles ces souvenirs qui m'ont fait tant de mal? De montrer ta puissance en utilisant les confidences de la gamine que j'étais? J'émets un ricanement. C'est le seul moyen que t'as de te sentir bien, me rappeler combien je suis seule et mal-aimée? Mais ne t'en fais pas pour moi, Bibi. Je suis bien mieux seule qu'avec une ribambelle d'amis qui ne me connaissent pas réellement.

Je hoche légèrement la tête de gauche à droite, n'en revenant toujours pas de constater autant de vérités affreuses à dire sur elle. Autant de vérités que j'avais du mal à accepter, mais qui désormais s'imposait d'elles même à moi. C'était à se demander comment ses autres amis n'avaient encore jamais pu tâter de ce côté là de sa personnalité, ou plutôt, de sa vraie personnalité. Ils vivaient avec son masque, ne connaissant même pas réellement celle qu'ils devaient adorer. Tu parles d'une amitié. Ruby et moi ne pourrions certainement plus jamais nous adresser un mot, mais au moins elle savait qui j'étais et moi qui elle était. Ou plutôt, je venais de le découvrir.

J'approchais légèrement mon visage du sien, avant d'articuler mes derniers mots, avec toute la répugnance qu'elle m'inspirait à présent.


-Tu me dégoûtes.

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: Le beau temps ne dure pas (PV) ENDED   Mar 21 Aoû - 20:52

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Je n’arrivais pas à croire que j’avais prononcé le prénom de Kathleen en cet instant précis, tel une lame que je cherchais à enfoncer dans sa poitrine. Est-ce que j’étais immonde d’agir ainsi ? J’entendais au loin dans mon esprit la voix de ma mère me murmurer que je n’étais qu’un monstre. Je sentais presque l’odeur du tabac froid et du whisky que dégageait son haleine, presque. Mais c’était fini. Je n’étais pas un monstre non, c’est Ana qui avait voulu jouer à ce jeu. Ça m’était égal si désormais elle le regrettait, elle l’avait cherché. J’étais aveuglé par une haine froide qui envahissait chaque parcelle de mon cerveau pour n’en tirer que le pire, le plus douloureux à lui envoyer à la figure. Plus avait mal, moins je souffrais : je me sentais prendre le dessus avec une satisfaction mauvaise. Ana n’avait pas le droit de gagner encore, pas le droit de me percer à jour pour mieux m’affaiblir. Non. Ses reproches me brûlaient certes, mais je contenais l’incendie en fermant les yeux dessus. Je n’avais pas mal, non. Elle ne verrait aucune faiblesse dans mes yeux parce qu’il n’y en avait plus : la haine masquait bien les autres émotions.

Pourquoi soudain un tel sentiment envers Ana hein ? J’avais toujours été habitué à me prendre des reproches dans la figure, je n’étais pas du genre à être susceptible, défaut que l’on retrouve rarement chez les gens qui n’ont aucune estime de soi. Et c’était mon cas. De l’extérieur bien entendu, on ne pouvait le deviner, qui aurait pu ? J’étais la jolie petite préfète qui avait tout pour plaire n’est-ce pas ? Comment une fille qui sortait avec le frère Easter pouvait-elle ne pas croire en son potentiel hein ? Je n’en savais rien, mais c’était un fait. Mais cette faiblesse, je l’avais enfouie au cours des années pour me voiler la face et par la même occasion, abuser tout le monde. J’allais bien, voilà tout. Version officielle terminé. Personne n’avait le droit de craqueler ma carapace, de lire à travers les lignes. Pire encore, on n’avait pas le droit de me reprocher cette perfection que je m’imposais. C’était la solution, Ana ne le voyait-elle pas, ne le comprenait-elle pas ? J’avais besoin d’y croire moi. Que ça allait, que je n’étais pas si tordue au fond. Pourquoi la Serpentarde voulait-elle me pousser à révéler le pire en moi, la partie la plus faible et pitoyable ? Je la fuyais comme la peste, si bien que la plupart des gens ignoraient même qu’elle était là. Et maintenant, il fallait que je l’affiche en public pour être plus authentique ? Non mais laissez-moi rire !

Et en plus, il fallait que je prenne une remarque de la part de Miss Reine des Glaces, qui elle non plus ne laissait jamais échapper la moindre émotion. Alors, c’était quoi son souci ? Il fallait que les autres soient imparfaits pour qu’elle se sente elle, proche de la perfection ? Cette gosse marchait à l’envers, pas possible, il me fallait un mode d’emploi. Elle était illogique, voilà ce qu’elle était. Et ça m’énervait, pire, ça me révoltait. Et de l’incompréhension nait la frustration, et de la frustration la haine. Voilà ce que je ressentais actuellement pour la poupée brune et froide devant moi qui voulait encore une fois avoir raison et écraser quelqu’un. Repousser la dernière personne qui voulait bien d’elle malgré tout. J’en avais marre de ce comportement de gamine qui cherchait les ennuis, alors j’allais lui en donner. J’allais me défendre, simplement pour qu’elle comprenne que parfois elle pouvait avoir tort. Parce qu’elle avait tort ! Ce n’était pas un masque bordel, simplement une manière de me protéger ! Je restais moi-même malgré lui ! Oui, oui. Je refusais le doute qui s’infiltrait dans mes veines bien trop souvent. Je me dictais ma propre conduite et cela ne changerait pas. Pas parce que Miss Ana venait faire des siennes et tout chambouler. J’avais construit mon monde, personne n’y toucherait, ni le commenterait. Peu importe si il avait des défauts et des côtés arrangés. J’voulais qu’il soit ainsi.

Je refusais aussi toute culpabilité. Ce sentiment était le pire qui soit, et il m’avait toujours habité depuis l’incident. Au fil du temps il s’estompait certes, mais c’était surtout parce que j’y pensais de moins en moins. Je l’étouffais, comme tout ce qui touchait à mon passé. Et pourtant, la pilule passait mieux depuis quelques temps. Depuis que je l’avais dit à Hadrian surtout, et que j’avais vu que ça ne faisait pas de moi une criminelle aux yeux de ceux que j’aimais. J’allais le dire à Lizlor un jour aussi, je le savais. J’attendais juste le bon moment. Mais Annalisa et la révélation de la lettre de sa mère venaient de nouveau souffler mon pâle château de carte, mon équilibre intérieur. J’en avais marre de tout le temps être ramené vers tout ça, c’était comme un poids qui me trainait vers le fond. Je devais m’en détacher, et ça incluait de jouer les Miss Parfaite, alors quoi ? J’m’en fichais de l’avis d’Ana. Et puis, je n’étais pas ainsi avec tous. C’était simplement elle qui avait déclenché cette sur protection qu’aujourd’hui elle me reprochait. C’est elle qui était partie la première et qui me donnait maintenant cette impression qu’avec elle tout tenait à un fil. Avec certains, mais peu je devais bien l’avouer, je me laisser aller. J’avais le droit d’être faible, de mauvaise humeur, maniaque. J’avais le droit d’être imparfaite. Mais pas avec Ana non, parce que ça aurait été un risque à prendre.

Mais maintenant, c’était trop tard de toute manière. Ana et moi, c’était fini dès que j’avais prononcé le mot « Kathleen » Même avant d’ailleurs, dès qu’elle avait mis sur le tapis mon masque et mes parents. On était partie pour se faire du mal, et vu l’expression sur le visage de la Serpentarde, j’avais réussi mon coup. Mais je savais qu’en visant là-dedans, jamais je n’échouerais. Parce que c’était son talon d’Achille. Et pourtant, j’avais toujours épaulé la jeune fille quand nous étions gamines et que sa famille ne s’occupait jamais d’elle. Je les trouvais immondes mais surtout stupides de ne pas voir le potentiel de mon amie, qui était à mes yeux la plus fabuleuse qui soit. Mais surtout l’unique, parce qu’à cette époque je n’avais personne sur qui compter. Même si je n’osais lui confier quoi que ce soit, rendant notre amitié presque à sens unique, elle avait été à mes yeux l’amie la plus douce que j’avais eue depuis… Toujours. Douce, parce que malgré le caractère explosif qu’elle avait toujours eu, je sentais qu’elle m’appréciait. Mais tout ça n’était que le passé pas vrai ? Maintenant Mademoiselle me trouvait trop parfaite. D’accord, on va rectifier le tir.

Et maintenant, j’attendais. J’attendais qu’elle balance le reste, qu’elle m’enfonce aussi. Parce que j’étais partie comme ça pour des heures s’il le fallait. Ana devait me prouver avant tout que j’avais raison : elle n’en valait pas la peine. J’attendais patiemment sa réplique sur mes parents, oh oui j’avais hâte de voir de quoi elle était capable. Est-ce que j’étais folle ? Haha. Peut-être. Mais j’avais envie qu’on continue pour enfin en finir. Pour que je sorte de cette relation douloureuse sans regret, que je me dise qu’elle méritait bien toutes les horreurs que je venais de lui dire. Pas de regret. Ana était tellement mauvaise, ça lui serait facile non ? Je ne pouvais pas croire que son expression d’étonnement absolu mais surtout de douleur, soit vrai. Dans un instant, elle allait remettre sa face de Mademoiselle de Glace, sans souci. Même si au fond, je savais très bien que je l’avais touché et s’était jouissif. Maintenant, elle ne voudrait plus m’approcher. Maintenant, elle allait regretter, parce qu’elle allait se retrouver encore seule. Et surtout, surtout, elle ne pourrait plus toucher à ma manière d’agir. Elle ne chamboulerait rien, c’était fini. On se haïrait dans nos coins. Je la détestais, détestais, détestais !



-Waw. Eh bien, qui aurait pu penser que tu avais tant de venin à cracher, toi, la gentille petite préfète toujours souriante.

Bon, elle y allait soft. Elle recommençait à appuyer sur mon image de petite sainte mais ça m’était égal. Il fallait plus pour m’atteindre. Mais Ana semblait presque dans un état second, dubitative devant un tel comportement de ma part. C’est vrai qu’il était étrange. J’imaginais un instant la tête d’Hadrian s’il m’avait vu agir d’une manière aussi basse et mauvaise. Qu’aurait dit Liz ? Et Prudence ? Oh, merde à la fin ! Ana l’avait cherché ! Ce n’était pas moi la méchante. Oui, je n’étais peut-être pas la poupée parfaite que j’affichais à beaucoup, mais je n’étais pas non plus cette salope dont je jouais le rôle actuellement. C’était la brune qui m’avait poussé à bout et m’avait obligé à jouer de sa façon. J’avais de la haine à revendre, c’était clair. Je l’avais toujours eu depuis l’incident, et après celui-ci j’étais pas du genre gentille petite fille, d’accord. J’étais même du genre douée dans la catégorie mauvaise. Je me souvenais encore des larmes de certaines mères qui m’accueillait et que j’insultais. Je me souvenais des coups que je donnais à ma camarade d’école. Ceux que je m’infligeais. Tout ça me paraissait si loin et pourtant, ma hargne d’avant était là. Alors que je l’avais toujours chassé de Poudlard. La faute à qui ? Ana. Toujours elle.

- Alors, je te plais sans le masque de Mademoiselle Parfaite ? Ricanai-je, hautaine.

Je mens, je le sais. Sans mon masque, je n’étais pas ainsi. Mais il fallait alimenter l’image désormais, devant cette pauvre fille estomaquée de ce qu’elle venait de déclencher. Finalement de toute manière, elle ne me connaissait plus. Elle pensait simplement que derrière mes sourires se cachait cette esprit de garce. Il y était d’une certaine manière, parce que j’avais une rage qui me consumait, un dégoût pour moi-même qui se déversait dans ma vision sur les autres. Mais pas dans une telle intensité. Peu importe, Ana devait me voir ainsi. Je devais l’éloigner, nous devions nous éloigner. On ne pouvait pas tenir ensemble. Bizarrement, tenir séparées ne semblait pas être très probant. Sauf que là, j’avais asséné le coup final qui briserait à tout jamais nos liens. Pour ma sécurité. Parce qu’il n’était pas question qu’Ana reste dans les parages, prête à tout briser.


-Ça te plaît, hein? De voir mon malaise dès que tu parles de ma sœur? D'imaginer mon cœur s'emballer dès que tu me rappelles ces souvenirs qui m'ont fait tant de mal? De montrer ta puissance en utilisant les confidences de la gamine que j'étais ? C'est le seul moyen que t'as de te sentir bien, me rappeler combien je suis seule et mal-aimée? Mais ne t'en fais pas pour moi, Bibi. Je suis bien mieux seule qu'avec une ribambelle d'amis qui ne me connaissent pas réellement.

Change de disque, voilà la seule pensée qui m’obsédait. Ça ne tapait pas assez fort, elle cherchait simplement à garder sa fierté. Mais je l’avais déjà entaché, je le savais. Son regard était plus frêle, plus triste.

- C’est jouissif. Répliquai-je encore une fois d’une voix mauvaise qui ne semblait venir de quelqu’un d’autre. Etait-ce vraiment mon ton, le mien, ma haine ? Oui. Alors pourquoi tu t’es sentie si heureuse de m’avoir, si ça te plaisait d’être seule et mal aimée ? J’utilisais encore son passé. Encore une fois, dans un rire mauvais. Je devais lui montrer qu’elle avait tout simplement tort. Parce que c’était le cas. Elle se noyait dans ses contradictions et j’adorais alimenter le courant. Surtout, me concentrer sur ça. Sur ses merdes.

Pas les miennes.


-Tu me dégoûtes.

Son visage était près du mien, et je constatai avec plaisir que la haine lui brûlait aussi les pupilles. Mais ce n’était pas fini. Elle me haïssait oui. Mais ça n’allait pas. Parce que moi, je ne la détestais pas encore. Je me connaissais, le contrecoup passé, j’allais commencer à réfléchir sur ce qu’elle venait de me dire. Ma haine ne durerait pas. Sauf si Ana continuait. Il fallait qu’elle continue.

- C’est vraiment tout ce que tu as dans l’ventre ? Ripostai-je hargneuse. Ma voix se faisait plus menaçante mais surtout plus explosive. Aller, merde ! Je te dégoûte ?! Alors vas-y bordel, montre le ! Montre que c’est pas vide là ! Explosai-je en appuyant sur sa poitrine, la poussant presque loin de moi.

Je perdais étrange patiente. Il fallait qu’elle tape. Alors à défaut qu’elle le fasse, j’allais continuer. Je voyais pourquoi elle ne réagissait pas comme je le désirais. Elle pensait que cela ne m’atteindrait pas parce que oui, pour le moment, ma haine était telle que je ne pensais qu’à ça.


- Alors quoi, Kathleen t’a pompé tout le sang de ton cœur pour le faire pourrir ? Mourir ? C’est ça que t’es, une poupée sans cœur ? C’est toi qui me dégoute Ana, toi et ton putain d’égo à vomir ! Ça ne m’étonne pas que ma ta sœur ne voulait pas de toi ! T’es toute seule, TOUTE SEULE ! Hurlai-je.

Pourquoi autant de haine ?
Parce que j’avais peur.
Peur qu’encore une fois, quelqu’un réussisse à détruire le bonheur que j’essayais de construire.


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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ana Falkowsky
Élève de 6ème année



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MessageSujet: Re: Le beau temps ne dure pas (PV) ENDED   Dim 2 Sep - 14:58

S'il y a bien quelque chose qui forçait le respect dans ce que je venais de découvrir sur Ruby depuis tout à l'heure, c'était bien sa capacité à cacher sa vraie nature. Je m'étais rendue compte depuis un bon moment qu'elle se cachait derrière un masque, une apparence qui n'était pas la sienne, et j'avoue avoir développée une sorte de curiosité à l'égard de sa réelle personnalité. Je me l'étais imaginée de diverses manières; brisée, insensible, blasée. Mais jamais il ne m'étais venu à l'esprit que derrière ces faux-semblants pouvait se trouver tant de méchanceté.

Pas la méchanceté gratuite, le genre de petite phrase blessante que tu balances à quelqu'un que tu n'aimes pas quand tu le croises. Pas le genre de petite blague pas forcément très drôle pour l'autre mais qui est, en soi, plutôt grisante. Non, ce n'était rien de tout ça, bien loin de là. Il y avait quelque chose de malsain dans sa manière de me provoquer, dans sa manière d'être tout simplement. Comme si, si elle ne prouvait pas qu'elle avait raison, le monde allait s'écrouler. On m'a souvent fait remarquer ma méchanceté et ma capacité à blesser, mais je crois n'avoir jamais vu quelqu'un prendre autant de plaisir à détruire l'autre.

Je le voyais sur son visage, me parler de Kathleen lui provoquait une sorte de bonheur, elle semblait beaucoup apprécier ce petit pouvoir qu'elle avait sur moi. Elle attaquait partout là où c'était facile, depuis mes problèmes de sociabilité jusqu'à soupçonner mon cœur d'être insensible, alors pourquoi ne pas aborder ma sœur? Il n'y avait plus de limites pour elle, je le voyais bien. Elle n'essayait pas seulement de me provoquer ou même de me faire du mal, elle voulait détruire. Sans le vouloir j'avais déclenché une tornade, et à présent, ça se retournait contre moi. Mais Ruby ne me parlait pas comme ça pour mon bien, là était la différence avec le but initiale de mes reproches.


- Alors, je te plais sans le masque de Mademoiselle Parfaite ? lança-t-elle, moqueuse.

Je ne répondis même pas à sa provocation. C'était inutile, personne ne pourrait l'aimer ainsi, et elle le savait bien, sinon elle ne se cacherait pas derrière ce gros mensonge qu'elle était. D'ailleurs, à l'entendre, elle en avait même conscience, qu'elle se forçait à être quelqu'un d'autre, et ça, c'était encore plus pathétique. Si j'avais voulu lui trouver des excuses j'aurais pu penser qu'elle mettait ce masque inconsciemment et que ça l'aidait à être mieux dans sa peau. Mais si elle s’abritait sciemment derrière des faux-semblants, c’était une autre affaire.

Et puis, qu'est ce que ça devait être fatiguant de toujours se faire passer pour quelqu'un d'autre. Surtout quand cette apparence est sensée être sans défaut. Ça devait vraiment l'épuiser de jouer la fille parfaite 24h/24, surtout bourrée de défauts comme elle était. Eh bien, au moins voilà une personne avec qui elle n'aurait plus à le faire. Sauf qu'elle n'aurait plus rien à faire avec moi tout court, déjà ça allait commencer par deux mois sans voir son sourire forcé et ses yeux faussement attendris, et à la rentrée bah... je l'éviterais, tout simplement. Elle fera de même de toute façon, alors en s'y mettant à deux, on arrivera sans doute à ne pas trop se voir.


- C’est jouissif, répondit-elle à mon armée d'accusations.

Évidemment. A quoi je m'étais attendue, de toute façon? A un reste de son masque, un peu d'humanité? Il fallait bien que je me rende à l'évidence pourtant, sans sa façade, Ruby n'en avait pas. Me voir souffrir lui procurait trop de bonheur, je le voyais bien, et d'ailleurs, elle le disait elle-même; aussi, je tentais de fermer mon visage. Si prendre un sourire ironique me semblait en ce moment irréalisable tant ce qu'elle me lançait entachait mon amour-propre, au moins, je pouvais me rendre impassible. Elle ne pouvait pas m'enlever ça.


-Alors pourquoi tu t’es sentie si heureuse de m’avoir, si ça te plaisait d’être seule et mal aimée ?

Et pouf, le masque qui retombe. Son petit rire moqueur et glacial qui retentit. Mes poings qui se resserrent. Tant pis pour le visage impassible, de toute façon, à quoi bon prétendre que ça ne m'atteignait pas? Elle savait très bien qu'en utilisant la carte Kathleen, elle m'avait mise hors de moi. Quant à ce qu'elle me disait là, eh bien, c'est simple, je n'avais pas de réponse. Enfin si, peut-être. Elle me serait sans doute venue à l'esprit quelque minutes plus tôt, mais là, rien que la formuler dans ma tête m'aurait énervée.

Pourtant c’était tout simple, c’était juste quelques mots, cinq pour être précise, et je crois que je les avais toujours pensé. Peut-être aurais-je fini par les lui dire, si nous étions restées amies, si je n’avais pas été aussi fermée sur moi-même. Peut-être que ces quelques mots auraient suffit à faire tomber son masque, peut-être nous auraient-ils rapprochés et soudées. Mais peu importe les regrets, car de toute évidence, les mots « Parce que tu étais spéciale » ne franchiraient jamais mes lèvres, à présent.


- C’est vraiment tout ce que tu as dans l’ventre ?

Il faut croire que oui. Drôle de situation quand on pense que d’habitude il ne m’en faut pas le quart de ce qu’elle a dit pour déclencher une tornade, mais là… je ne sais pas, j’avais juste envie d’être de nouveau une enfant, de me retrouver sur mon lit à Liverpool, roulée en boule, écoutant le bruit de la pluie contre les fenêtres. J’aurais voulu ne plus être la peste, le danger public de Poudlard, juste un instant, retrouver le confort de ma vie d’avant, sans tout ça. Sans Ruby. Mais même en fermant les yeux, je n’arrivais plus à me l’imaginer. Il n’y avait que les prunelles bleues de la fille en face de moi qui me restaient en mémoire, avec ces notes de haine et d’indifférence.

-Je te dégoûte ?! Alors vas-y bordel, montre le ! Montre que c’est pas vide là ! hurla-t-elle presque en désignant ma poitrine.

Le problème, c’est que je n’en savais rien moi-même. Et puis qu’est-ce qu’elle cherchait à faire ? Me provoquer ? Elle aurait beau y mettre de la volonté, je n’avais plus l’envie, ni même la force de m’énerver. Je voulais qu’elle arrête d’essayer de me briser, je voulais partir d’ici, je voulais rentrer chez moi… Comme ailleurs, je détournais la tête vers la vitre, priant pour y voir de la pluie. Mais le ciel était d’un bleu incroyable, et le soleil semblait comme me narguer. Ce n’était décidément pas une journée pour moi, aujourd’hui.

Je me retournais vers Ruby, avec l’espoir fou d’avoir rêvé et de ne pas la trouver là, à genou face à moi. Mais si, elle était toujours là, son visage déformé par cette colère froide et cette envie manifeste de casser méticuleusement en moi tout ce qu’elle pouvait atteindre. C'est-à-dire, un certain nombre de choses, malheureusement. Mais lorsqu’on se confie à une amie, on imagine jamais que le jour où ça n’ira plus, elle retournera ce qu’elle sait contre nous. Ça m’apprendra à croire à un mythe tel que la confiance…

Finalement, la tempête Ruby semblait s’être calmée. C’est bon, elle avait déballé son compte d’amabilités pour la journée, maintenant j’allais pouvoir me lever et partir dans mon dortoir, m’allonger sur mon lit, et peut-être que lorsque je me réveillerai, tout ça n’aura été qu’un mauvais rêve…


- Alors quoi, Kathleen t’a pompé tout le sang de ton cœur pour le faire pourrir ? Mourir ? C’est ça que t’es, une poupée sans cœur ? C’est toi qui me dégoute Ana, toi et ton putain d’égo à vomir ! Ça ne m’étonne pas que ta sœur ne voulait pas de toi ! T’es toute seule, TOUTE SEULE !

Non, je ne pense pas que même en dormant trois jours, j’arriverais un jour à penser que ces paroles n’étaient qu’un cauchemar.

Alors au final, tout était tellement simple. Ruby n’était pas différente, elle ne l’avait jamais été. Au fond, elle pensait bien comme Kathleen, comme tout le monde d’ailleurs. Mais le monde m’était égal, tant que je pensais que j’avais au moins une personne de mon côté. Une personne qui ne voyait pas en moi que la gamine inutile qui pourrait ne pas être là que personne ne le remarquerait. A vrai dire, c’était d’une simplicité à faire peur ; tout ce que j’avais cru, eh bien c’était faux. Pas plus difficile que ça. Je n’avais toujours été qu’un bouche-trou pour elle. Elle n’avait jamais eu confiance en moi, que se soit il y a quatre ans ou maintenant. Qu’elle soit ou non avec moi, j’avais toujours été seule.

Ce ne fût que lorsque l’en sentis une tomber sur ma main que je m’en rendis compte. Des larmes dévalaient mes joues. Je ne sais pas pourquoi exactement, ça pouvait être pour tout, la colère, la haine, la rage, la tristesse, les regrets. J’essuyais d’un mouvement rapide du poignet ces quelques gouttes d’eau qui n’auraient jamais dû sortir, mon cœur battant furieusement contre mes côtes. Je ne me rappelais plus de la dernière fois que j’avais pleuré. En fait, si, mais je n’avais pas envie de m’en rappeler. Sainte-Mangouste, Kathleen, oui, finalement, je m’en rappelais très bien.


-Va te faire foutre.

J’entrepris de réunir mes livres dans des gestes brutes et rapides, avant de les fourrer dans mon sac et de me relever. Cette fois c’était bon, on s’était tout dit, et si elle avait encore du venin à cracher, qu’elle aille le faire avec quelqu’un d’autre, j’avais eu ma dose. Et pas seulement pour aujourd’hui, mais pour le restant de mes jours. Les amitiés foireuses et les masques superficiels, j’avais assez donné pour ne plus jamais en revouloir. Mais parce que j’avais l’impression d’avoir pris le triple de ce que j’avais lancé, et que je digérais mal ses derniers mots en particulier, j’eus l’envie d’utiliser mes dernières armes contre elle, pas pour la blesser, j’avais bien vu que je n’y parviendrais pas, mais pour la mettre en garde.

-J’aurais voulu que Hadrian et Lizlor te voient comme ça, comme tu es réellement. Parce que le jour où ça arrivera, c’est toi qui sera toute seule.

Sur ce, sans un dernier regard méchant, froid, hautain ou quoi que ce soit parce que je n’en avais plus la force, je pivotais sur mes talons et partis sans me retourner.
Et jamais je ne le ferais.



FIN

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