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~ Back to Liverpool [Anabanana]

 
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 ~ Back to Liverpool [Anabanana]

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Ruby Standiford-Wayland
Apprentie à Sainte Mangouste



Féminin
Nombre de messages : 2175
Localisation : Cachée.
Date d'inscription : 03/09/2011

Feuille de personnage
Particularités: « and from the rain comes a river running wild that will create an empire for you. »
Ami(e)s: Lizlor; « Maybe home is nothing but two arms holding you tight when you’re at your worst. »
Âme soeur: « Lover, when you don't lay with me I'm a huntress for a husband lost at sea. »

MessageSujet: ~ Back to Liverpool [Anabanana]   Dim 10 Juin - 22:44

Lieu : Liverpool



Mon IPod criait dans mes oreilles et je tapotais des pieds sur la moquette bleue et verte qui recouvrait le sol du compartiment. Devant moi, défilant sous mes yeux à toute vitesse, commençait à apparaitre les maisons en banlieue de Liverpool. Comme à chaque fois que j’arrivais ici, le soleil était caché par des nuages et je voyais des usines recrachant des panaches de fumée qui se mêlaient au ciel déjà gris. Les maisons, toutes semblables, défilaient une à une telle des clones. De temps à autre, j’apercevais une personne dans le jardin, ou une famille ou simplement du linge qui séchait accroché sur un fil tendu. Mais le train courant sur les rails à une allure impressionnante, la vision ne durait que quelques secondes. J’attrapais des morceaux infimes de la vie d’étranger et les perdait instantanément. Comme un cliché rapide, un flash aveuglant et c’était fini. Je naviguais donc entre le paysage froid des banlieues de Liverpool et mon livre. Recouvert d’un papier kraft, on ne pouvait pas voir la couverture qui aurait indiqué « Milles herbes et champignons magiques » et probablement attiré l’œil. A mes côtés, un ingénieur à qui j’aurais donné la trentaine naviguait sur son smartphone, ne relevant jamais les yeux une seconde de l’écran. Sauf pour commander un Perrier lorsque passa la vendeuse avec son petit chariot. Regardait-il seulement parfois par-delà son IPhone ? J’en doutais un peu. Alors bon, je pouvais bien lire mon chapitre sur les mandragores, personne n’allait y faire attention. J’haïssais la botanique mais je ne pouvais m’empêcher de devoir m’y atteler. Les herbes étaient extrêmement importantes dans la composition des potions, et ça, j’adorais. Alors oui je devais étudier de plus près les mandragores et leurs cris horribles. Simplement parce que leurs racines étaient très précieuses pour n’importe quel petit chimiste.

J’avais pris le train ce matin, aux alentours de huit heures du matin. Mon sac en cuir sur l’épaule, je n’avais rien de plus dans les mains que mon billet et mon IPod. Madame Arendt m’avait conduit à la gare dans son espace grise, me souhaitant bon voyage avec un billet de 20£, pour le bus et un pique-nique le midi. J’aimais bien cette femme malgré tout. Je veux dire, elle était moins pire que la moyenne de mes parents d’accueils. J’étais revenu chez eux, à Londres, durant les vacances de Pâques. C’était une fête religieuse, c’était mignon, on avait tous du chocolat et on riait bien. Enfin, la version officielle. Moi, je n’étais revenue que car la moitié de mes camarades étaient partis chez eux. A Noël, beaucoup restait car le château était décoré, animé. A la période d’avril cependant, quand arrivaient les vacances, il n’y avait plus âme qui vive. Alors pourquoi ne pas retourner un peu à Londres ? C’était une ville que j’adorais. Les grands parcs en ville, les allées marchandes, les magasins gigantesques sur les boulevards, les petits marchés de Camden. Ce fourmillement de vie avait le don de libérer mon cerveau, de me détendre. Il y avait tellement de chose à voir autour de moi que je n’avais plus le temps de penser à mes devoirs, au cours. Il y avait toujours de nouvelles têtes à voir, des musées à arpenter ou simplement des cafés où lire un livre avec une cigarette. Je ne pouvais pas regretter ma venue de toute manière, car j’avais fait il y a quelques jours la connaissance d’un certain Hadrian. Et croyez-moi, ça valait bien 10 jours coincés chez ma famille d’accueil.

En effet, chez les Arendts, l’ambiance était tout de même particulière. J’étais toujours une étrangère chez eux, un poids qu’ils avaient dû accepter sans trop réfléchir aux conséquences. Je n’étais plus une petite fille colérique, capricieuse non. Mais je portais trop de secret en moi. L’incident tout d’abord. Ils étaient au courant bien sûr. Je le savais à la manière dont ils me regardaient. Ils ne me parlaient jamais de mes parents, et je les avais déjà vus parlé avec un médecin et un juge avec un air entendu. Mais maintenant, il y avait aussi la magie et ça, ils ne savaient pas. Je n’allais pas tarder à être transférer dans une fille de sorcier d’après la directrice de Poudlard qui s’était plus ou moins chargé de mon cas. Mais la dernière fois avait été peu probante. En effet, l’été d’avant mon entrée à Poudlard, j’avais logée chez une famille de sorcier. Mais je l’ignorais jusqu’à recevoir ma lettre. J’avais alors réalisé qu’ils m’avaient mentis, qu’ils ne m’avaient pas mis dans la confidence. Je l’avais mal vécu. Et puis au fur et à mesure des vacances où je retournais chez eux, cela se déroulait de pire en pire. Leurs remarques sur les né-moldus ou simplement sur le fait d’être un Sang Pur étaient pesantes et j’étais totalement contre leurs idées. Cela avait fini par péter évidemment, et j’avais atterrit chez les Arendts. Chez eux, pas de dispute sur le sang. Plutôt sur la sauce pour les pâtes ou les équipes de foot. De bons moldus quoi. Je n’avais pas revu les Falkowski depuis ce temps. Sauf que malheureusement aujourd’hui, je devais refaire surface dans le manoir à Liverpool où ils logeaient. Pour une erreur stupide de poste, mes affaires de Poudlard s’étaient retrouvées chez eux, car c’était l’adresse qui se trouvait au début dans mon dossier scolaire. Ca, plus des papiers à signer pour l’assurance, le juge et des conneries : me revoilà à aller chez eux. Fais chier.

Le train s’arrêta en gare dans un bruit de frein désagréable et les wagons tremblèrent un instant. Voix métallique préenregistrée et nous y voilà : la gare de Liverpool. Je sautais sur mes pieds, rangeant mes affaires dans ma besace. L’homme à côté de moi avait récupéré sa veste de costume et sa mallette en cuir sans lever les yeux de son téléphone et était parti en m’adressant un vague bonne journée avant de répondre à un appel. Je le regardais s’éloigner dans la foule en levant les yeux au ciel. La technologie pouvait être utile je devais l’avouer. Evidemment j’avais la magie, mais un texto allait plus vite qu’un hibou. Mais un portauloin était plus pratique qu’un avion. Il fallait savoir choisir ! J’attrapai mon sac et me dégageai dans les allées du wagon avant d’atterrir sur le quai bruyant qui ne sentait le tabac froid. Je levais les yeux vers le panneau qui indiquait bus et voie de train. Je devais prendre la ligne numéro 52 qui me mènerait, si mes souvenirs étaient bons, devant la côte qui menait jusqu’à l’immense demeure de la famille. Le prochain bus partait dans un quart d’heure. Parfait ! Pensai-je en suivant les flèches qui me conduiraient devant l’arrêt. Je sortis de la gare pour me retrouver sur un trottoir sale où était planté un arrêt avec au-dessus les numéros 23, 86 et 52. Je jetai un coup d’œil à ma montre et réalisant que j’avais encore le temps, j’allumai une cigarette rapidement, ma musique toujours sur les oreilles. Depuis quand avais-je pris cette mauvaise habitude de fumer ? J’avais un peu oublié. Mais pour une fois, j’avais une réelle excuse. J’avais besoin de me détendre avant d’affronter ce manoir qui me rappelait beaucoup de choses, bonnes comme mauvaises. Heureusement, Ana n’y serait probablement pas.

Le bus arriva quelques minutes après que j’ai achevé ma clope que j’avais jeté dans une poubelle. Je montais au deuxième étage du bus rouge impérial après avoir acheté mon ticket et je me plaçai à l’avant comme j’adorais le faire. La rue défilait sous mes yeux et j’eus un sourire en constatant que certains lieux m’étaient familiers. Je n’avais jamais détesté Liverpool, on pouvait simplement dire que la famille dans laquelle j’avais été n’avait pas été la plus adéquate pour moi. Bruce Springsteen fredonnant dans mes oreilles, je me laissais bercer par les petites secousses du bus et les maisons et commerces qui se profilaient à l’horizon. Je finis par reconnaitre l’avenue qui menait à l’arrêt et je sentis une boule dans mon estomac tandis que j’appuyai sur le bouton pour demander l’arrêt. Me levant, je descendis rapidement avec un merci vif. Une fois dehors, j’eus l’impression que l’air était bien plus étouffant qu’avant. Je soufflai un grand coup et entamai mon ascension, le manoir étant en haut de la côté. Pendant dix minutes, je vis défilé les maisons incroyables, avant d’atteindre la plus grande et la plus impressionnante. Celle de Falkowsky. Je reconnus de suite le portail en fer forgé que je poussai pour remonter l’allée sans regarder la piscine ou le jardin qui m’apportaient trop de souvenir. Je sonnais nerveusement, tentant de me dire que je n’avais qu’à filer sans demander mon reste. On allait pas ressortir les vieilles histoires n’est-ce pas ? La porte s’ouvrit en un grincement tandis que j’affichais un grand sourire en m’envoyant mentalement des « tout va bien ». Jusqu’à que le porte soit ouverte et que mon sourire disparaisse immédiatement. Devant moi ne se tenait pas Madame Falkowsky non. C’était sa nièce. Ana.


- Je viens récupérer mes affaires, on a dû te dire.

Je pénétrais sans demander son avis et me dirigeai vers les escaliers sans un regard ou un autre mot. Je n’allais plus tenter de réparer les morceaux, ça non.


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« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Ana Falkowsky
Élève de 6ème année



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MessageSujet: Re: ~ Back to Liverpool [Anabanana]   Dim 24 Juin - 22:44

Je déambulais dans les nombreux couloirs du manoir de ma tante, zigzaguant à travers les différentes pièces, passant dans un salon, débouchant dans une cuisine, arrivant dans une chambre avant d'en repartir aussitôt. J'avais du répéter environ 8 fois ce schéma, visitant chaque pièce de l'immense maison sans y trouver celle que je cherchais. Ma chambre. A quoi diable pouvaient bien servir toutes ces chambres, alors qu'il n'y avait jamais eu que ma tante ici? Et Ruby, bien sûr, le temps de quelques mois. Mais le manoir n'avait certainement pas été bâti à cet événement, et je doutais sérieusement qu'il y ait un jour ait eu un jour plus d'un couple vivant ici. C'était tellement...mort. D'ailleurs, à la manière dont la poussière se décollait à chacun de mes passages éclair dans chaque pièce, je pouvais facilement supposer que ma tante ne s'y rendait jamais. Elle devait se contenter du strict minimum: sa chambre, le salon, la cuisine, la salle de bain. De toute manière, que serait-elle allée faire dans les multitudes de pièces toutes plus inutiles et vides les unes que les autres? Il n'y avait aucun souvenir, rien pouvant faire penser que quelqu'un ait déjà habité dans l'une d'elles. Ces pièces étaient comme superficielles, mises sur pieds afin de rendre la maison plus grande, mais n'ayant jamais servi à quiconque. Il fallait juste que la dernière maison de cette somptueuse rue soit la plus impressionnante, l'utilité passait après.

Ma tante était de loin la personne s'apparentant le plus à une Serpentard dans ma famille. Elle aimait toutes ces choses typiques de ma maison comme l'argent, les apparences, le pouvoir, le sang-pur. Elle n'avait rien d'héroïque comme sa sœur qui se trouvait être ma mère. Elle était même tout le contraire. Froide et distante, les deux adjectifs que l'on associait généralement aux verts et argents, accentués avec l'âge. Je n'aimais pas spécialement sa compagnie, elle avait le don de me mettre mal à l'aise, mais elle avait l'air de me tolérer davantage que les autres Falkowsky. Et encore plus lorsqu'elle appris, deux ans plus tôt, que le Choixpeau avait décidé de m'envoyer chez les Serpentards. Depuis, elle réquisitionnait encore plus souvent ma présence dans ses murs austères. Je ne comprenais pas très bien pourquoi, car je ne la voyais presque pas. Nous ne parlions pas, mais ça ne n'était pas vraiment une surprise -ce n'était pas notre fort, ni à l'une ni à l'autre. Seulement, je ne l'apercevais qu'aux moments des repas, et nous n'échangions pas un mot à ses moments là, sauf quelques phrases d'usage comme demander le sel, l'eau. Alors pourquoi envoyait-elle un hibou à mes parents à chaque début de vacance pour leur demander de m'envoyer quelques jours chez elle? J'acceptais à chaque fois, ou presque, car là-bas j'étais relativement tranquille. Contrairement à chez moi.

Mais n'empêche, ça me chiffonnait. Qu'est ce que ma tante pouvait bien trouver de si agréable en ma compagnie? Peut-être simplement n'aimait-elle pas être toute seule sous ce toit immense. Mais dans ce cas, elle aurait dû mieux se comporter avec Ruby quatre ans plus tôt, de sorte que celle-ci n'ait pas envie de partir. C'était une période ou ma tante était particulièrement agaçante, et la petite blonde en avait fait les frais. Maintenant, elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle si elle se retrouvait seule avec une vingtaine de chambres vides et poussiéreuses. A vrai dire, j'ignorais tout des circonstances du départ de Ruby. Mais il était certain que ma tante y était pour quelque chose. Peut-être que moi aussi.
Je chassais cette pensée d'un hochement de tête rapide, comme si cela pouvait l'éloigner de ma tête. D'accord, peut-être que mon éloignement avait un peu perturbé Ruby les premiers jours, mais de là à la pousser à quitter le manoir, c'était me donner trop d'importance. Ce que je m'interdisais de faire.

La sonnerie me tira de mes pensées tandis que je faisais un énième tour dans un des quatre salon que comportait la maison. Je relevais la tête, surprise, me demandant qui pouvait bien rendre visite à ma tante, à qui je ne connaissais aucun ami. Sûrement une erreur.


-Halley, va ouvrir s'il te plaît, me lança ma tante Mary depuis sa chaise longue dehors.

Je levais les yeux aux ciel, avant de traverser une chambre, puis une autre, un des deux cuisine, de descendre un escalier et d'arriver dans l'immense hall d'entrée. Pour une raison qui m'échappe, ma tante n'a jamais pu supporter mon prénom. Elle m'appelle exclusivement et seulement par mon deuxième prénom, ce qui a le don d'agacer mes parents dès qu'elle le fait devant eux. Je prendrais ça pour de la provocation si elle ne le faisait pas en permanence, y compris quand il n'y a que nous deux, comme maintenant. Si au départ c'était peut-être pour les énerver, à présent c'était une habitude.
Quelques enjambées plus tard, me voilà devant la porte, que j'ouvre. Et puis je découvre le dernier visage que j'aurais pensé voir ici, bien que c'est loin d'être la première fois qu'il s'apprête à franchir cette porte. Quand elle découvre à son tour qui se trouve derrière la porte, son grand sourire soigneusement préparé à l'intention de ma tante fond d'un coup. Une expression de surprise lui succède, avant de se transformer bien vite en un masque d'indifférence. De mon côté, c'est un peu le même schéma, mais moins rapide à être exécuté. Car après tout, c'est chez ma tante, il n'est donc pas bizarre que j'y sois. Par contre, qu'elles étaient mes chances de deviner qu'elle viendrait?


Je viens récupérer mes affaires, on a dû te dire.

Non, on ne m'a rien dit. Mais rien de surprenant là dedans, on ne me dit jamais rien. Ou du moins, pas ce qui m'intéresserait. Non pas que j'aurais fait des cookies si j'avais su qu'elle venait, ou enfilé une jolie robe pour l'occasion. Mais je serais sortie, baladée dans les rues grises de Liverpool que je connais si bien. Ou je serais allée faire un tour chez moi. Enfin, n'importe quoi, mais je serais sortie, et revenue tard le soir pour ne pas la croiser. Sauf que là c'était raté. Et si je partais maintenant, elle penserait que je la fuis ou pire, que j'ai peur d'elle. Il est vrai que je n'aime pas repenser à notre passé, et que j'évite donc soigneusement de faire attention à tout ce qui pourrait me rappeler sa présence ici. Une vieille photo animée de nous deux en train de nous éclabousser dans la piscine. Après l'avoir supportée pendant trois passages, j'ai fini par la mettre dans la vieille armoire fourre-tout du manoir. Nos tailles respectives gravées dans le mur. Un coup de peinture passé dessus. Mais Ruby en personne, que pouvais-je faire pour fuir la réalité -qu'elle était là? La mettre dans l'armoire fourre-tout ou la recouvrir de peinture ne l'effacerait pas.

Elle passa à côté de moi sans un regard et se dirigea vers les escaliers. Je referme la porte, et me tourne vers elle, la regarde grimper ces marches poussiéreuses que nous avons autrefois descendu sur les fesses. Je n'y avais jamais songé, mais c'est vraiment étrange de la revoir dans cette maison. C'est comme si le fait de ré-associer ses cheveux blonds avec cet endroit faisait remonter les souvenirs rattachés à chaque pièce. Des souvenirs depuis longtemps oubliés pour la plupart.
J'ignore ce qu'elle vient faire ici, et ça ne me concerne pas. Enfin, du moins, ça ne me concernait pas avant que ma tante ne me crie de m'occuper d'elle, qu'elle va prendre une douche. Apparemment elle vient chercher un colis envoyé à la mauvaise adresse, qu'elle a rangé dans l'armoire fourre-tout, faute de savoir où il est. Je ne regarde pas Ruby mais j'imagine déjà son exaspération en entendant que c'est à moi de m'occuper d'elle. Car en plus, elle ne peut pas se passer de moi sur ce coup: elle ne sait pas où est l'armoire en question, et c'est moi qui ait la clé. Je monte donc à mon tour les escaliers, la dépasse, et commence le long chemin qui mène à l'endroit en question.

On traverse des pièces et des pièces, et seul le léger pas de Ruby m'indique qu'elle me suit toujours, car elle ne dit rien. Moi non plus, d'ailleurs. Que pourrions nous bien nous dire, de toute manière? "Alors, ça va bien depuis notre engueulade de la dernière fois?" Autant lui donner ce colis, et la faire partir. Nous n'avons plus rien à nous dire, et rien à gagner à remuer le passé.
Au bout d'un moment qui me paraît interminable, nous arrivons enfin dans la pièce de l'armoire fourre-tout. Je soupire, avant de sortir la clé de ma poche et d'ouvrir les grandes portes de bois. La foule d'objets m'impressionne à chaque fois, bien que cela fasse des années que je la vois. Je cherche des yeux un paquet sortant du lot de vieilleries qui remplissent ce placard, et ne met pas bien longtemps à repérer l'emballage voyant. Mis un peu en hauteur, je me met sur la pointe des pieds et tire dessus. Au bout de quelques secondes d'acharnement pour le sortir de là, il finit par me retomber dans les bras, avec dessus... le cadre, mis un peu plus tôt dans journée. Je l'avais oublié celui-là. Je sens le regard de Ruby dessus, et le mien s'y arrête également. Un silence de mort envahit la pièce tandis que nous nous contemplons rire et nous éclabousser dans une piscine qui se trouve quelques mètres plus bas, mais il y a ce qui nous semble être des milliers d'années.
Et puis je retourne le cadre d'un geste brusque, comme fendant l’atmosphère bizarre qui s'était installée le temps de quelques secondes. Et je lui tends son paquet et le cadre retourné d'un geste automatique, le visage fermé. Plus question pour moi de le garder ici.


-Tient. Et prend le cadre aussi. Brûle le, ou jette le en sortant d'ici si tu veux, mais moi je n'en veux plus. J'ai assez de souvenirs ici, sans avoir besoin de nous regarder dès que je passe dans ton ancienne chambre.

A quoi bon garder ce genre de souvenir, quand on sait que ce temps ne reviendra jamais? Et que, qui plus est, la personne dessus vous déteste à présent?

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ Back to Liverpool [Anabanana]   Lun 25 Juin - 1:11

J’avais à peine grimpé quelques marches que la voix de la tante d’Ana retentit depuis le salon. Elle annonçait qu’elle allait prendre une douche et que c’était à la jeune fille de s’occuper de moi et de me conduire à l’armoire fourre-tout où se trouvait mon colis. « Halley » avait-elle scandé et je ne pus m’empêcher d’avoir un soupir agacé. Pourquoi fallait-il qu’elle appelle Ana par son deuxième prénom, pourquoi fallait-elle qu’elle ait cette manie de vouloir tout faire différemment que tout le monde ? Si je ne voulais pas de la compagnie de la Serpentarde, celle de sa tante m’en était presque plus détestable. Nous ne nous étions pas quitté en de très bon terme à vrai dire. Elle ne cessait de rabâcher ses stupidités de sang-pur depuis que j’étais rentrée à Poudlard. En fait c’était depuis que j’avais reçu ma lettre que ça avait commencé à partir en live. L’idée même qu’elle savait, ou du moins se doutait de la présence de la magie en moi et qu’elle ne me l’avait jamais dit, cela suffisait à m’écœurer. De plus, Ana avait brusquement disparu de ma vie refusant tout contact et les derniers jours d’août se trouvèrent être extrêmement morose et douloureux. Je passais mon temps dans la chambre à ne pas ouvrir la bouche même à table, profondément blessée de l’attitude de sa tante. Et puis elle commençait à me parler de la magie, vantant Serpentard. Elle ne cessait de dire qu’elle était persuadée qu’il y avait un de mes ancêtres qui étaient sorciers, ou peut-être mon père mais qu’il me l’avait caché. Parce que les né-moldu étaient infâmes et que j’étais bien trop mignonne et douce pour en être une. Je n’avais pas supporté ses allusions durant mon retour à la Toussaint, et le perpétuel silence d’Ana me mettait hors-de-moi. J’avais explosé à table, créant une terrible dispute. Trois jours plus tard, elle me chassait presque de chez elle. Tant mieux. J’aurais voulu d’ailleurs ne jamais y revenir, et encore moins revoir Ana.

Elle me dépassa dans l’escalier, ses cheveux voletant dans un courant d’air. Son parfum se déposa dans l’atmosphère pendant une seconde tandis que je regardais son corps félin se mouvoir dans les escaliers, comme une cascade presque. Elle était si jeune et pourtant si jolie et sans le vouloir, je sentis un sourire naître sur mon visage. C’était tout Ana d’avoir autant de classe, cette espèce de charme hautain qui faisait presque froid dans le dos tant il était imposant. Je repensai à la petite fille qui avait joué avec moi dans ces escaliers le temps d’un été. Je me souvenais de son allure de petit chat sauvage avec sa chevelure brune qui lui tombait devant les yeux, parce qu’à l’époque sa coiffure oscillait entre une mèche et une frange. Je revoyais son corps fin et menue qui nageait dans les débardeurs que sa grande sœur lui avait légué « gentiment », le même qui dansait avec moi au rythme de la musique du tourne disque du salon. Et cet escalier que nous nous amusions à descendre sur les fesses ou en utilisant la rampe tel des pompiers. Celui où nous nous cachions lorsque sa tante avait une conversation importante et que nous l’espionnions en catimini, Ana coincée entre mes cuisses qui écartait toujours mes cheveux qui retombaient inlassablement devant ses yeux, parce que je me penchais par-dessus elle. Tout ça c’était produit dans ce même escalier poussiéreux où aujourd’hui, elle me dépassait sans un regard, comme si il n’y avait plus rien. Au final, elle avait raison, c’était fini. Le temps des jeux sur ses marches grinçantes était désormais lointain et même avec la meilleure concentration du monde, je n’arrivais plus à attendre le rire d’Ana lorsque je glissais sur le tapis et que je tombai dans les escaliers en criant. Envolé, disparu. Voilà ce qu’il en restait.

Je la suivis dans les dédales des couloirs et des pièces. Tout sentait le vieux et pire encore, les souvenirs. Je me focalisais sur les cheveux d’Ana qui tanguaient au rythme de ses pas, n’osant pas tourner les yeux vers une seule des chambres autour de moi. Je sentais que tout pouvait revenir là en un instant et je refusai de me laisser avoir. Craquer ? Ce n’était pas une option. Je voulais prendre ce maudit colis et me barrer le plus loin possible, revenir plus tard signer les foutus papiers d’assurances mais par pitié, qu’Ana ne soit plus là. Nous finîmes par arriver dans la pièce où se trouvait la fameuse armoire que la jeune fille ouvrit d’un tour de clef. Toujours aussi imposant, elle regorgeait de paperasses, de cartons et de vieilles fringues. J’eus un frisson en apercevant une étoffe bleu marine qui ressemblait fortement à nos serviettes lorsque nous étions gamines, mais qui se révéla être une nappe brodée. J’eus presque un soupir de soulagement. Ici, tout était une menace pour faire revivre mes souvenirs, un instant touché, une odeur et une vision et tout pouvait revenir. Et avec Elle dans les parages, c’était encore pire. Elle s’était d’ailleurs perchée sur la pointe des pieds, fouillant dans les hauteurs de l’armoire. J’aurais pu proposer mon aide je la laissais batailler seule, comme par vengeance. C’était bas, mais j’en mourais d’envie. Et puis, elle finit par dégager le colis qui lui tomba dans les bras. Mais dessus se trouvait autre chose, un cadre. Avec une photographie. J’y jetai un œil et en constatant le contenu, j’eus un poids dans l’estomac. Un silence de mort s’était installé dans la pièce.

Sur la photographie s’agitait deux silhouettes de gamines. Dans une piscine où l’eau d’une jolie couleur azur miroite, Ana et moi s’agitons et s’éclaboussons. Je la reconnais du premier coup d'oeil. Elle, légèrement plus petite que moi, dans son bikini violet flash avec le petit nœud rayé sur la bretelle gauche. Ses cheveux sont légèrement mouillés et ils rebiquent presque, formant de jolies ondulations dignes de celles des sirènes. Moi, j’ai mon maillot vert pastel, un deux pièces également. Je sentais presque en voyant cette photo, l’agrafe dans le dos qui me grattait, et le bas qui moulait trop à mon goût, m’assurant un bronzage sur un maximum de mon corps. Mes cheveux étaient eux, dressés sur ma tête en un chignon brouillon comme à mon habitude et ils valsaient au rythme de mes mouvements. Habituée à me baigner, j’étais enfoncée dans l’eau qui m’arrivait jusqu’aux épaules et mes paumes perpendiculaires à la surface de l’onde, je la projetais contre Ana pour la forcer à se mouiller et à rentrer dans l’eau. Sur le bord trainaient nos deux serviettes bleus marines assorties, avec écrit Ana sur l’une et Ruby sur l’autre, un cadeau de sa tante qui connaissait notre amour pour sa piscine –seul geste aimable de sa part. Et à côté, deux verres en plastique transparents remplis de grenadine dans lequel flottaient des pailles de toutes les couleurs. J’étais persuadée que si le champ de vision du cadre avait été plus grand, on aurait pu apercevoir un paquet de biscuit qui jonchait sur le sol après que nous l’avions dévoré. Si dans les escaliers j’aurais bien été incapable d’entendre de nouveau le rire d’Ana qui me paraissait à des milliers de kilomètres là, j’avais désormais l’impression qu’il émanait furieusement du cadre. Retentissant entre les parois de mon cerveau, il serrait douloureusement mon cœur à chaque éclat.

Et puis, brusquement, Ana attrapa le cadre et le retourna. D’un coup, tout s’évanouit et quelque chose sembla se briser dans l’atmosphère, comme si elle avait balayé tous les souvenirs d’un coup de main. Comme si elle avait fait taire les mémoires de cet été, cachant les quelques images qu’il en restait. Je levais les yeux vers elle, légèrement troublée.


-Tient. Et prend le cadre aussi. Brûle le, ou jette le en sortant d'ici si tu veux, mais moi je n'en veux plus. J'ai assez de souvenirs ici, sans avoir besoin de nous regarder dès que je passe dans ton ancienne chambre.

Sa voix dure, son expression froide. Son masque ne tombait jamais et je commençai même à me demander si s’en était réellement un. Etait-elle devenue aussi méchante qu’elle voulait le prétendre ? Je saisis le colis de ses mains presque violemment et le posai au sol. J’attrapais le cadre et en sortit la photo presque avec désordre. La tenant dans la main, je la fixai et j’avais l’impression qu’elle me regardait en retour, criant de souvenir. Pendant un instant, j’hésitai. Tout ceci était ridicule, et pourtant j’avais l’impression que mon corps entier me criait de faire quelque chose que mon cœur refusait obstinément d’accomplir. J’avais saisis le papier de mes deux mains et pendant une minute, je sentais mes doigts trembler, prêt à agir. Et puis, je lâchais. Le rire d’Ana venait de résonner mon esprit, me faisant tressaillir. Je sentis mon cœur se tordre et j’attrapai de nouveau la photographie, la déchirant en deux violemment. D’un côté Ana, de l’autre moi. N’était-ce pas ainsi que nous étions désormais, séparée ?

- Ca marche pas. Constatai-je platement. Je levais les yeux vers la jeune fille, les deux morceaux toujours dans mes mains. Ana dans la gauche, du côté du cœur, remarquai-je malgré moi amèrement. C’est pas parce qu’on se débarrasse des preuves que les souvenirs se taisent.

J’avais pensé que ça suffirait peut-être. Stupidement bien sûr. J’aurais pu brûler ce manoir, vider la piscine, jeter ce stupide bracelet qu’elle m’avait offert que j’avais encore au poignet (une petite chaine en argent avec un R accroché dessus, j’avais d’ailleurs promis d’y ajouter un A. Elle était partie trop tôt pour que je le fasse) ça ne servait à rien parce que c’était dans ma tête. Elle était partout ancrée dans mon corps, chaque mot pouvait me rappeler ce merveilleux été, son sourire et son rire. Tout avait un sens, une mémoire à laquelle je pouvais stupidement me raccrocher. Moi qui pensait pouvoir enfuir Ana dans un tiroir fermé à double tour, je réalisais quel point mes souvenirs étaient puissant, capables d’échapper à tout contrôle. Je voulais qu’elle me réponde mais je ne savais pas ce que je voulais entendre. C’était un jeu malsain, cet espèce d’amour que je refusais de lui porter mais qui au fond était accroché à moi. Je ramassais le colis et fourrai les deux morceaux de photos dans ma poche –abandonne les, criait mon cerveau- avant de faire demi-tour. Une main sur l’embrasure de la porte, j’hésitais un instant. J’avais envie de regarder son visage avant de partir, une dernière fois. Mais je devais me débarrasser de ça, d’elle, de tout. Elle allait être à Poudlard, elle allait être avec moi durant encore un petit moment. Je ne devais pas m’enraciner prêt d’elle, à Liverpool comme dans le château. Parce que plus j’étais proche d’Ana, plus ma volonté d’éviter la jeune fille diminuée. J’avais l’impression que nous étions comme une bougie et une flamme. La flamme brûlait la chandelle, mais la chandelle nourrissait la flamme.

C’était un jeu infernal dont je devais me sortir maintenant, pensai-je en détachant ma main de l’embrasure, prête à partir.


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Ana Falkowsky
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MessageSujet: Re: ~ Back to Liverpool [Anabanana]   Lun 25 Juin - 22:01

Tout ça était si bizarre. Ruby ici, traversant avec moi ces multitudes de chambres, quatre ans après, comme si rien n'avait changé. Sauf que tout avait changé. Autrefois, nous crions et courrons en passant de pièce en pièce, tantôt déguisées en Indiens, tantôt en agents secrets. Notre bonheur semblait envahir et contaminer l'atmosphère morte du manoir, lui donnant un peu de la vie qu'il n'avait jamais eu. Mais aujourd'hui, il n'y avait plus rien de tout cela. Juste deux personnes qui se suivent, sans un mot ni un regard. Deux filles qui se sont adorées, et qui aujourd'hui sont comme des inconnues. Deux gamines traînant ensemble comme des sœurs, séparées par une histoire débile. Mais n'est-ce pas comme cela que ça marche? Une difficulté qui arrive, et la plus solide des relations vole en éclats. Parfois, c'est simple, c'est fini, et on y repense plus. Mais parfois, en amour comme en amitié, on aime l'autre plus qu'elle ne nous aimera jamais, et ça, ça laisse des séquelles.

Notre histoire avec Ruby, ou plutôt notre séparation, tenait un peu de ces deux exemples. Techniquement, c'est mon isolement qui avait mis fin à notre amitié. Mais de toute manière, elle était vouée un jour ou l'autre à exploser, c'était quelque chose qu'avec du recul j'arrivais à voir. Mon amour fraternel pour elle était fort, beaucoup trop fort, il dépassait de loin ce que j'avais pu ressentir pour Ethan, Daniel et Kathleen cumulés. Mais elle? Une petite distraction d'un été, à peine plus cool que la logeuse. Il est vrai que Ruby n'avait pas confirmé cette version des faits. Mais je refusais de la remettre en question. Ça avait été mon impression tout au long de cet été, et ça toutes les paroles du monde ne pourraient le changer. Mais je n'en voulais pas à Ruby. Du moins, plus maintenant. Au contraire, j'en avais tiré des leçons, et à présent je ne me risquerais plus jamais à tout donner à une personne. Car aucune amitié n'est éternelle. Un jour ou l'autre, celle que vous pensez être votre moitié ne veut plus de vous. On ne peut pas aimer quelqu'un toute sa vie.

Ruby regarda longuement le cadre, et j'étais pratiquement certaine qu'elle avait ressenti comme moi cette sensation bizarre, qui nous prend de tout en bas et remonte le long de notre corps, en imprégnant chaque centimètre. J'imagine que c'est cela que l'on appelle la nostalgie. Puis elle s'empara du paquet et du cadre, et sortit la photo de ce dernier dans des gestes incertains et brusques. Puis elle positionna ses doigts de manière à séparer la photo en deux au moindre mouvement. Elle semblait hésiter, ses doigts tremblants en témoignaient. De mon côté j'observais la scène avec une indifférence feinte, ce visage inintéressé que j'arborais en permanence, alors qu'au fond, mes yeux étaient suspendus à ses doigts. Ce n'était qu'une photo. Qu'un souvenir, un moment et des rires que nous ne retrouverions jamais. Alors qu'est ce que ça pouvait bien faire, qu'on s'en débarrasse? Je lui avait moi-même dit de le faire. La photo glissa de ses doigts, Ruby semblait à des kilomètres d'ici. Pendant un instant, je revis ce visage incertain, cherchant au loin une réponse qui ne viendrait pas. Mais ce fut comme si elle l'avait obtenu, car subitement elle se baissa, nous ramassa, et trancha la photo en deux parties, nous séparant. Et voilà, c'était fait. Finalement, ce n'était pas si dur que ça.


- Ca marche pas. C’est pas parce qu’on se débarrasse des preuves que les souvenirs se taisent.

Elle avait raison. Je n'avais rien découvert de nouveau, mais dit comme ça, ça semblait si réel. On pouvait s'éviter et se détester autant que l'on voulait, nos souvenirs ne s'effaceront jamais complètement. Même un sortilège n'y parviendrait pas, car les plus puissant sorciers arrivent toujours à faire remonter à la surface ce que l'on a tenté d'oublier. Alors nous allions devoir vivre avec ça.

Personnellement, ça ne me gênerait pas plus que ça. Je ne détestais pas Ruby. J'avais accepté l'idée qu'elle n'aurait pas pu m'aimer comme je le faisais, car pour ça il aurait fallu qu'elle ait eu besoin d'une sœur. Pour moi, elle remplaçait Kathleen, et c'était un rôle essentiel dont j'avais eu besoin. Et puis, ça n'avait plus été le cas, et j'avais mis de la distance entre nous deux. Je ne me sentais pas coupable, j'avais simplement mis un terme à ce qui aurait fini par exploser d'une manière ou d'une autre. Alors si les souvenirs ne partaient pas quand on leur forçait la main, ils finiraient par s'en aller d'eux même. Pour moi en tout cas. Mais pour Ruby, ce serait probablement plus long et plus insupportable, car elle me détestait. Et garder de la rancœur contre quelqu'un, c'est quelque chose de fatiguant. Elle ferait mieux de tourner la page, et pour de bon, pas avec de simples mots. Qu'elle m'oublie complètement, passe au delà du mal que j'avais pu lui faire. C'était le seul moyen pour elle de ne pas vivre avec cela pendant des années.

C'était quelque chose qu'elle pouvait faire. Ce que j'avais fait n'étais pas impardonnable. Et puis, j'étais là, donc si elle voulait se vider de tout, histoire de tirer un trait sur notre histoire après, c'était possible. Tandis qu'avec Kathleen, je n'aurais pas cette chance. Je suis condamnée à vivre avec ma haine pour ma défunte sœur pour encore un long moment. Et pas de raccourci possible: elle était partie, et à présent je n'avais personne sur qui déverser ma colère. Alors tout ça resterais en moi, et je devrais le ruminer jusqu'à que je parvienne à passer au delà. Mais je n'étais pas sûre que cela arrive un jour.
Ruby avait compté pour moi, et même si je n'avais pas de regrets à l'avoir abandonnée, elle ne méritait pas de vivre avec cela pendant des années. A se demander pourquoi j'étais partie, si c'était de sa faute. Car peut-être que c'était ce qu'elle se demandait? Je n'en savais rien, la grande blonde restait pour moi un mystère. Mais ce que je savais, c'était qu'il était en mon pouvoir de l'aider à oublier.

Elle fourra les deux bouts de photo dans sa poche, et prit la direction de la porte. Je relevais la tête sans son dos, sans savoir que dire. Peut-être que je me faisais des idées, qu'elle était passé à autre chose, malgré les apparences? L'ouverture de la pièce, celle qui nous séparerait pour de bon se rapprochait d'elle de plus en plus. Elle ne se retournait pas, alors, ça voulait sûrement dire qu'elle avait fini par oublier. Se faire à l'idée. Oui, il vaut mieux ne rien fait finalement. Puis la main sur l'embrasure de la porte, elle s'arrête au seuil. Mon cœur aussi. Peut-être que finalement, tout n'est pas effacé pour elle. Elle semble hésiter. Moi aussi. Est-ce qu'elle attend que je lui dise ce qui lui permettrait enfin d'être libre? Certainement. J'ouvre la bouche pour parler au moment ou elle décolle sa main, prête à s'en aller. C'est maintenant ou jamais.


-Je suis désolée, soufflais-je au moment où son corps passait le seuil de la porte.

Bien qu'ils soient courts, ces mots étaient lourds de signification, et lourds tout court. L’atmosphère avait de nouveau changé, et là où un peu plus tôt on sentait la nostalgie à plein nez, à présent, c'est la tension qui primait. C'était la première fois depuis la mort de Kath que je prononçais ces mots, sincèrement du moins. Ce n'était pas le genre de phrase que j'aurais balancé à la légère, et j'avais pris soin de choisir bien mes mots, en mesurant combien ils étaient puissants. Mais je ne doutais plus à présent, je savais que j'avais eu raison. Des excuses, c'était qui la libérerait, ce qui lui permettrait d'aller de l'avant sans se préoccuper du passé, sans se demander ce qu'elle aurait bien pu faire qui m'aurait donné envie de déserté. J'étais peut-être loin de la vérité, peut-être me mettait-elle toute la faute sur le dos. Mais on ne sait jamais, et je voulais qu'elle se sente libérée de tout une bonne fois pour tout.


-Tu n'es pour rien dans mon isolement, tu sais. J'avais juste... besoin d'être seule.

Ma voix n'était plus qu'un murmure, mais dans le silence ambiant ou l'on entendrait une mouche voler, j'étais certaine qu'elle avait entendu. Elle avait plutôt intérêt d'ailleurs, car je ne répèterais certainement pas ces mots qui semblaient peser une tonne, autant à dire qu'à entendre. Je n'avais jamais reparlé de Kathleen à part avec elle dans le hangar à canot, la dernière fois que l'on s'était vues. Mais pour la libérer, j'étais prête à reparler de ce sujet que je haïssais tant, de ces mois d'isolement que je ne mentionnais jamais, et qui étaient comme tabous dans ma famille. Personne n'y faisait jamais allusion. Jamais. Maintenant j'avais fait tout ce qui était en mon pouvoir, et elle pourrait s'en aller, me laisser comme un fantôme du passé sans regrets.
Je n'attendais rien d'autre.

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ Back to Liverpool [Anabanana]   Mar 26 Juin - 0:18

J’allais partir, maintenant. Je voulais quitter cette maison infestée de souvenir collant, de vieux sentiments qui avait brûlé incandescent dans les nuits de l’été quelques années plus tôt et qui désormais étaient réduits à des cendres encore brûlantes. Je savais qu’en passant cette porte, s’en était finit de tout. Je faisais une croix sur Ana pour de bon. Nos souvenirs, nos rires. Je les avais déjà douloureusement enterrés quelques années plus tôt lorsqu’elle avait coupé les ponts. Cela avait pris un temps fou et je me souvenais encore des spasmes qui parfois animaient mon cœur la nuit et me réveillait en sursaut, avec dans la bouche un seul prénom, le sien. J’avais l’impression d’accumuler les fardeaux, les insomnies reprenant alors que j’avais réussis à les chasser durant cet été. J’avais lutté contre mes démons et ils revenaient plus puissants que jamais, animés par un nouveau souffle : celui du manque. Je perdais pied à nouveau, et je cherchais à trouver des réponses à sa perte. Au final, j’avais décidé qu’elle était morte, tout simplement morte pour moi. Je n’attendais qu’une chose, qu’on m’annonce son décès pour enfin que cela soit concret, parce que son silence me brisait les os un à un et me retournait le cerveau. Alors au final, j’en avais marre et j’avais tout mis dans un coin de mon cerveau pour faire taire tout ça, elle, cet été, son parfum que je croyais parfois deviner entre les murs du château. Et je n’avais pas tort, parce qu’au final elle était là, de retour. Prête à tout pour de nouveau détruire les pâles protections que j’avais tenté de dresser contre mon passé. Comme une tornade, elle faisait voler tout de nouveau et j’étais prise dans le tourbillon. Mais cette fois c’était décidé, j’allais en sortir. Je fis un pas hors de la pièce.

Et de nouveau, elle déclencha l’ouragan.


-Je suis désolée.

Je sentis un creux dans ma poitrine, un frisson dans tout le corps et j’accusai le coup sans répondre. Mais je m’étais arrêtée sur le pas de la porte, le cœur tambourinant furieusement. Je sentais mes jambes trembler et machinalement je saisissais de nouveau le cadre de la porte, comme pour m’appuyer et ne pas flancher, parce qu’elle venait de créer une réaction en chaine dans mon corps. Je savais à quel point c’était dur pour elle de dire ça, je le savais. Parce qu’elle suintait de fierté, d’amour propre et qu’elle ne se remettait pas en question. Enfin, plus. J’avais vite vu la différence entre la petite fille de mon été et la nouvelle Ana. Cependant, je sentais encore que sous la carapace, son cœur de petite fille battait encore. Je le voyais à sa manière de remettre sa mèche en place, d’un geste délicat et enfantin qui me rappelait sa manière de se recoiffer qu’elle avait toujours eu. Derrière sa posture fière se cachait ses failles qu’elle tentait de reboucher, de cacher. Sa force qu’elle avait difficilement gagnée était désormais la seule chose qu’elle désirait montrer. Les sourires n’étaient plus que dédaigneux et autoritaire et sa voix martelait les pores de ma peau avec son ton sec et sans émotion. J’avais face à moi une pâle copie de ma meilleure amie d’enfance, juste une coquille remplie d’haine et d’incompréhension. Je savais qu’elle avait enfoui sa part d’innocence mais au fond, elle ne savait juste pas avec qui l’exprimer. Jusqu’à présent, jusqu’à ses excuses. Sa voix qui avait éclaté comme on brise un verre en cristal. Ces quelques mots qui me firent chavirer.

-Tu n'es pour rien dans mon isolement, tu sais. J'avais juste... besoin d'être seule.

J’étais furieuse, je voulais qu’elle arrête. Pourquoi maintenant ? Je bataillais depuis notre dernière rencontre pour la haïr, pour faire taire tous mes doutes et l’amour que je lui avais porté. Je voulais le transformer en haine, pour avoir une raison de cesser d’y penser. Que ça soit logique, tangible, que je comprenne ce qui se passait entre nous. Parce que je m’y perdais, je m’y noyais. J’avais soudain envie de pleurer et je sentais une boule dans ma gorge et je m’en voulais d’avance d’avoir ce sale goût salé dans la bouche. J’avais pas envie d’être aussi vulnérable, pourquoi avait-elle ainsi le contrôle sur moi et mes émotions ? En cet instant présent, je voulais juste disparaitre, être loin d’ici. Je fermais les yeux, respirant lentement. Je vis Hadrian pendant un instant, et je me focalisais sur son cou dans lequel j’adorais me réfugier. Son odeur, sa peau. Je me concentrais sur ça parce que oui tout ce que je voulais c’était être loin d’ici maintenant. Je m’imaginais dans ses bras lovée dans un canapé de la salle sur demande. Loin de cette merde, des remords, des doutes, d’Ana. Oui, j’aurais rêvé être avec lui en ce moment précis. Ou avec Lizlor, en train de manger une tarte au citron dans notre tourelle de pierre préférée. Tous ces moments de sérénité absolue, je le voulais plus que jamais maintenant, je ne voulais plus affronter les problèmes. Et pourtant j’étais en plein dedans, jusqu’au cou. Je ne pouvais pas faire demi-tour. Je n’osais cependant pas me retourner et affronter son regard, parce que seul le son de sa voix suffisait à faire chavirer mon cerveau et mon cœur réunit. Je devais partir, je devais fuir mais au fond je savais que c’était trop tard. Encore une fois, j’étais retombée de l’autre côté du mur de l’oubli que je tentais de gravir depuis des années.

- Tu m’énerves.

Ma voix n’était qu’un murmure tout comme la sienne. Elle tremblait légèrement, oscillant entre colère et désespoir. Je n’arrivais pas encore à trouver en ses excuses la libération que je voulais, parce que je ne saisissais pas ce qu’Ana désirait de moi. Elle aurait pu me laisser partir sur le champs mais non, une dernière fois elle avait tenté de sauver la chose. Comme on jette une ancre dans la tempête, un dernier recours qui semblait inutile. Que je ne comprenais pas. Elle me haïssait, et maintenant que je la fuyais, elle me rappelait. Notre relation échappait à toutes les règles de la logique possible. J’eus un frisson et malgré je finis par la lâcher. Cette phrase qui flottait dans mon esprit depuis trop longtemps et que j’avais eu du mal à accepter. Mais je savais que j’avais raison de le penser, mais l’avouer me semblait dur à porter. Mais je devais le dire, comme on expie un péché. Toujours de dos, je murmurai :

- Pourquoi j’arrive pas à te détester ?

Parce que cela me semblait impossible. Je sentis son souffle dans mon dos s’adoucir et à la fois tressaillir. Je savais qu’il fallait que j’aille jusqu’au bout de la chose, que je la sorte une bonne fois pour toute. Ma vérité, celle que je voulais qu’elle comprenne. Qu’elle saisisse oui, que partout où j’allais, je portais en moi nos souvenirs comme une partie de moi. Ils étaient gravés en moi et je n’osais les formuler, parce qu’ils n’étaient rien qu’à moi, comme un véritable trésor. Parce que oui, son rire avait été mon or à moi, et que j’aurais toujours tout donné de nouveau pour pouvoir l’entendre. Sentir son bonheur rayonnait, attirant ma peine hors-de-moi, la chassant. C’était ça pour moi Ana, c’était un rayon de soleil, une bouée au milieu de la tempête.

- Pourquoi j’arrive pas à sortir de ma tête ton rire ? Ou nos après-midi dans la piscine ? Pourquoi je peux pas oublier quand on jouait aux espionnes dans les escaliers ? Quand on tentait de faire un gâteau et qu’on finissait par manger toute la pâte crue parce que c’était meilleur ? Pourquoi ces putains de détails ne veulent pas sortir de mon crâne !

Ma voix avait presque déraillé. Je sentis le sang battre dans mes tempes et je finis par me retourner pour faire face à Ana. Ses yeux me fixaient et j’avais l’impression qu’ils me mettaient à nu comme à chaque fois. Pourquoi avait-elle cette telle emprise sur moi ? En cet instant, j’avais l’impression que le silence qui remplissait l’espace n’était pas assez force pour exprimer ce qui m’oppressait en moi, les mots qui bataillaient pour sortir. La peur, l’incertitude. Et pendant quelques secondes, je vis un éclat dans son regard qui me rappelait celui d’avant, qui me donna un courage incroyable. Un souffle de vie me traversa violemment et sans réfléchir, je brisais l’écart entre nous. Sans réfléchir, je fis un pas et l’entourait de mes bras. Sans réfléchir, je lâchai d’une petite voix.

- Tu me manques Jolie Cœur.

Je ne savais pas ce que je fichais mais une chose était sûre. Dans mon étreinte, un flot de non-dits se déversaient et je voulais qu’elle entende tout ce que je n’avais jamais su lui dire avant, parce que j’étais trop stupide pour réaliser à quel point elle comptait.


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MessageSujet: Re: ~ Back to Liverpool [Anabanana]   Mar 3 Juil - 0:14

Tout ça ne me ressemblait pas. Être gentille comme ça, je veux dire. Ce n'était pas le type de gentillesse attentionnée que l'on a tous les jours avec les gens que l'on aime, mais une réelle volonté d'aider. J'aurais pu me moquer du sort de Ruby, de ses ressentiments, et du fait qu'elle garde toujours sa rancœur contre moi. Mais ce n'était pas le cas, et j'ignorais pourquoi. D'un point de vue objectif, elle ne représentait plus rien d'autre à mes yeux qu'un fantôme du passé avec qui j'allais couper définitivement les ponts aujourd'hui. Pourtant, jamais je n'aurais pris la peine d'adresser de sincères excuses à une simple personne que j'ai connu quatre ans plus tôt. J'étais rationnelle et fière, pas du tout le genre de personne à s'inquiéter de pourrir la vie d'une personne. Loin de là. Pourtant, en m'excusant, j'avais agi de moi-même, spontanément, et non après avoir fait des dizaines de calculs pour voir ce que ça m'apporterait. Car ça ne m'apportait rien de faire ça, rien du tout.

Je fronçais les sourcils suite à cette constatation pour le moins dérangeante. C'est vrai, au fond, qu'est ce qui me poussais à aider Ruby? Je ne me sentais pas redevable pour ces mois, non, ce n'était pas ça. Mais il n'y avait qu'une seule autre explication rationnelle alors, et je refusais ne serait-ce que de la considérer. Je ne suis pas ce genre de personne. Seulement depuis que j'ai retrouvé Ruby, je ne sais plus vraiment quel genre de personne je suis. C'est une phrase très clichée, mais qui prend tout son sens lorsqu'on ressent vraiment ce sentiment de ne plus savoir si on est vraiment qui on croit. Suis-je vraiment la fille froide qui ne ressent rien? Ce masque que je m'applique à garder en permanence, est ce que c'en est réellement un? Ou suis-je devenue insensible? C'était exaspérant, de tout remettre en question comme ça. Jusqu'à cette retenue, tout était parfaitement clair dans ma tête, j'étais Ana, j'étais méchante, j'étais froide et moqueuse, impassible et je détestais le monde entier. Et puis cette fille revient dans ma vie, alors que aucune de nous deux ne veut de l'autre. C'est elle qui me déteste, et non le contraire, mais au fond, qui veut le plus éloigner l'autre de sa vie?

Seulement voilà, maintenant je n'en étais plus sûre du tout. Je n'étais plus sûre de rien en ce qui me concernait, et tout ça parce qu'elle était revenue. Elle avait évoqué la petite Ana qu'elle avait connue, avait rappelé à mon bon souvenir cette petite fille fragile et émotive que je n'étais plus. Elle m'a rappelé que je n'ai pas toujours été insensible, et qu'autrefois j'ai même pu aimer au delà de la raison. Alors on pouvait tout aussi bien continuer nos vies comme avant, se regardant sans se voir les rares fois où l'on se croiserait, deux personnes dans le château sauraient qu'au fond de moi se cache encore quelqu'un avec des émotions humaines. Et c'est le genre de chose qui décrédibilise totalement dans son rôle de méchant.


- Tu m’énerves.

Combien de fois avais-je entendu cette phrase! Mais avec Ruby, elle prenait une toute autre signification. Donc, mes excuses n'avaient absolument pas eu l'effet escompté. Elles n'avaient fait qu'accroître sa rancœur contre moi. Si elle était élevée au point que des excuses ne suffisaient pas, alors je ne pouvais rien pour elle. Mais je ne comprenais pas Ruby. Il aurait été tellement plus simple pour elle et pour moi qu'elle n'ai par rapport à moi qu'une indifférence totale! Mais au lieu de ça, elle gardait sa colère. Si elle avait assez d'énergie pour l'entretenir durant les trois ans qu'on allait encore passer sous le même toit, tant mieux pour elle. Mais moi, ça m'épuisait rien que d'y penser. Il est tellement plus simple d'oublier, ou du moins de faire semblant!

- Pourquoi j’arrive pas à te détester ?

Là, je devais avouer que j'étais sur le cul. Cette phrase était bien en totale contradiction avec celle qu'elle venait de prononcer y a pas deux minutes? Ruby avait le don d'être vraiment exaspérante, et incompréhensible au possible. C'était simple: cette fille était un véritable casse tête. Une montagne humaine de complexité. Elle ne s'en rendait peut-être pas compte, mais tout ce qu'elle disait était lourd de sens, ses mots pesaient beaucoup.
Pourquoi n'arrivait-elle pas à me détester? Je brûlais d'envie de lui retourner la question. Ou du moins, pourquoi est ce que je n'arrive pas à rester indifférente face à elle? Encore une fois, cette possibilité remonta, et je m'efforçais de la replonger tout au fond de moi même, car elle n'a pas lieu d'être. Certes, Ruby ne me déteste pas, et je ne me fiche pas d'elle comme je le voudrais. Bon. Ça ne fait pas de nous les meilleures amies du monde! On peut passer ces trois années à se tolérer, sans même se dire bonjour, mais en étant au clair avec nos sentiments et nous-même. Sauf que nous ne l'étions pas vraiment. Du moins, pas moi. Je décidais de rester muette à sa question, car au fond je doutais qu'elle appelle vraiment à une réponse, et si c'était le cas... eh bien je n'en avais pas.


- Pourquoi j’arrive pas à sortir de ma tête ton rire ? Ou nos après-midi dans la piscine ?

Je ne sais pas.

-Pourquoi je peux pas oublier quand on jouait aux espionnes dans les escaliers ?

Ne reparle pas de ça.

-Quand on tentait de faire un gâteau et qu’on finissait par manger toute la pâte crue parce que c’était meilleur ?

Tais-toi.

-Pourquoi ces putains de détails ne veulent pas sortir de mon crâne !

Je n'ai aucune explication!

Pourtant, je restais muette. Muette, car la dureté de ses mots me touchait alors que ça n'aurait pas du être le cas. Muette, car je n'avais vraiment aucune solution à ce problème. Muette, car quelque part, je ressentais la même chose. Mais je ne voulais pas mettre de mots sur mes sentiments, ça les rendait trop réels. Pourtant Ruby le faisait à ma place, m'obligeant à réfléchir à ce que je m'efforçais d'oublier, et faisant remonter sans cesse cette vérité que je ne voulais pas admettre. Ça, c'était mon choix, ma décision, elle n'avait pas le droit de m'enlever ça.
Et puis elle finit par se retourner. Quelques instants plus tard, ce sont ses bras qui m'enlacent. A vrai dire, je ne sais pas trop s'il y a encore quelque chose à enlacer, car je n'ai pas l'impression d'être là, dans cette chambre du manoir de ma tante. Non, dans ma tête je suis des années en arrière, en train de me réfugier dans les bras de Ruby, peut-être parce que je viens de voir une araignée, ou peut-être que Kathleen s'est moquée de moi. Et comme dans ces temps là, j'éprouve immédiatement ce même sentiment de quiétude et de chaleur dès que je suis dans ses bras. Ce genre de chose que le temps ne change pas. Ce genre de sentiment qu'on ne se lasse pas d'éprouver.

Pourtant, je reste de marbre, je n'esquisse pas un geste. Même enfouie ainsi, la tête entre épaule et cheveux blonds, mon côté rationnel ne me lâche pas. Je refuse de céder au sentimentalisme, et de serrer à mon tour Ruby dans mes bras. Du moins, j'éprouve des sentiments contraires. Comme si mon indifférence était une barrière, et que mes sentiments tentaient de la forcer. Chaque souvenir me remontant en mémoire faisait faiblir la barrière, et chaque image du mal que m'a fait Kathleen la renforçait. J'avais envie d'arrêter cette lutte, d'avoir la tête vide l'espace d'un instant, et de m'abandonner aux bras de Ruby sans avoir à l'étreindre en retour. Mais ça aurait été trop facile.


- Tu me manques Jolie Cœur.

Pourquoi résister? N'y tenant plus, je passais doucement mes bras dans son dos, renforçant notre étreinte. Malgré tout, je tiens à elle, il ne sert à rien de le nier. Cette simple phrase "je tiens à elle" qui m'avait semblé être une montagne à admettre s'imposait d'elle même à présent. Je n'avais plus la force de garder mon masque face à Ruby, ni l'envie. De toute façon, elle savait que c'en était un. Et elle savait comment me l'enlever. La barrière avait cédé, et je ne souhaitais pas la remettre en place. J'étais bien, là, maintenant, et je réfléchirais au reste plus tard. Je ne répondis rien pendant plusieurs secondes, mais mon silence était aussi parlant que des mots, à mes yeux. De toute façon, par cette étreinte, je lui faisais passer tout ce qu'elle avait besoin de savoir. Pas besoin de long discours. Juste un câlin.

-Être dans tes bras m'avait manqué, finis-je par chuchoter. C'est toujours comme avant. Réconfortant. Pas comme avec Kathleen.

Je ne souhaitais pas m'étaler sur les détails, tout ça n'avait pas besoin d'être dit, le penser suffisait largement. Ruby pensait comme moi, je le savais. Pas besoin de se forcer à être quelqu'un d'autre avec quelqu'un qui nous a connu il y a des années de ça.


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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ Back to Liverpool [Anabanana]   Mer 4 Juil - 3:35

Pourquoi ne me rendait-elle pas cette étreinte ? Je sentais mon cœur battre à cent à l’heure et pourtant tout autour de moi me paraissait lent comme si on avait arrêté le temps. Bon sang, pourquoi tu gardes ton masque ? Avais-je envie de crier parce qu’au fond je savais qu’elle luttait avec elle-même en cet instant précis. Bien évidemment je ne pouvais pas dire qu’Ana était encore la petite fille innocente et naïve de mon enfance parce que les gens changent ou plutôt évoluent. On ne pouvait pas me rattacher à la gamine que j’avais été non plus parce que, tout comme la jeune fille, j’avais vécue des choses qui entre-temps avaient tout bouleversées. Et dans le genre masque et artifices faites-moi confiance j’en connaissais un rayon ! Je la comprenais, je savais à quel point être hautaine était un refuge simple parce qu’il éloignait les autres. Et il nous protégeait des sentiments qu’on croyait pouvoir enfuir derrière toute la rancœur qui gonflait notre cœur, mais ça ne durait jamais. Alors je la suppliais du plus profond de mon être, qu’elle arrête de jouer à ça avec moi. Elle avait changé, certes. Elle s’était endurcie et surtout avait gagné en maturité parce que c’était ça que l’on appelait l’adolescence non ? Apprendre que tous les rêves de gamins qu’on a toujours eu, ce ne sont que des contes et des mensonges. Alors bien sûr que l’on perd un peu de notre sourire hagard et émerveillé. Mais ce n’était pas une raison pour repousser les autres indéfiniment et je l’avais compris un peu tard. Aujourd’hui, je refusais de laisser passer entre mes doigts l’occasion de retrouver Ana, peu importe les changements qui s’étaient opérés. Tremblante, je finis par apposer la sentence. Tu me manques.

Et là, je les sentis. Ses bras finirent par se détacher de son corps et se glissèrent dans mon dos, m’étreignant. Ana répondait à mon câlin et la sensation qui s’en suivit était indescriptible. Plus que du bonheur c’était un réel soulagement de sentir que c’était fini. La guerre stupide dans laquelle nous nous étions lancées sans nous questionner sur l’origine. J’avais juste voulue sortir mes griffes et lui faire mal pour me venger parce qu’elle l’avait fait quelques années plus tôt. Je voulais expier la rage, les remords et la tristesse qui bouillonnaient quand je pensais à elle et j’avais cru qu’attaquer serait la meilleure de défenses pour qu’elle ne m’atteigne plus de nouveau. Et pourtant j’avais fini par comprendre, encore une fois trop tard, que ce n’était pas ainsi que les choses marchaient. Je ne pouvais tout simplement pas être méchante avec Ana et même si je n’acceptais pas totalement son silence, je le savais justifier. Au fond, j’avais simplement peur qu’elle me rejette de nouveau comme elle l’avait fait en ignorant mes appels désespérés après l’enterrement de Kathleen. Je ne voulais pas qu’elle ait cette emprise sur moi mais c’était trop tard et je ne pouvais rien y faire. Je devais l’accepter à présent et savoir qu’elle était réciproque me provoqua un bourdonnement dans la poitrine. Mon cœur ne battait plus à cent à l’heure au contraire, il battait calmement. Sereinement. Voilà comme je me sentais, exactement : sereine. C’était les mêmes étreintes qu’avant, exactement.

Ana ne parla pas pendant un moment et son silence me faisait un bien fou. J’entendais sa respiration calme qui agitait mes cheveux sur lesquels elle avait déposé son doux visage, comme avant. J’avais presque envie de lui caresser le dos et de lui murmure ‘C’est fini ‘ comme j’avais l’habitude de le faire lorsqu’elle avait du chagrin. Et même si elle ne m’avait jamais consolé car j’avais eu la bêtise de ne jamais me confier, les étreintes que nous partagions m’étaient bien plus bénéfiques qu’elle ne le pensait. J’avais l’impression d’enfin être utile à quelqu’un et aujourd’hui encore j’en ressentais ce bien fait qui m’apaisait tant. Et maintenant qu’Ana connaissait mon passé, je sentais que notre relation pouvait enfin s’élever d’une marche et devenir réciproque. Je comprenais d’ailleurs au final la rage de la Serpentarde parce que je n’avais pas joué franc jeux avec elle alors qu’elle le méritait amplement. A moi elle me disait tout, de ses peurs les plus profondes à sa rage envers sa sœur en passant par ses rêves d’avenirs. Et moi, je préférais détourner la conversation lorsque l’on s’aventurait sur un terrain glissant : ma vie. Maintenant, dans ses bras et dans notre silence, j’espérais qu’elle entende toutes mes excuses autant que je sentais les siennes. Parce que oui, elles bourdonnaient aussi dans l’air et je ne lui demandais pas de mettre des mots dessus. Ana avait déjà fait assez par son geste et je plongeais mon visage contre ses cheveux : c’était la même odeur toujours, celle de ma meilleure amie d’un été. Une chose était sûre, maintenant que j’y avais goûté de nouveau, pas question de m’en passer.


-Être dans tes bras m'avait manqué. C'est toujours comme avant. Réconfortant. Pas comme avec Kathleen.

J’eus malgré moi un sourire accompagné d’un frisson. Je savais qu’elle avait raison et l’entendre dire dans ce chuchotement qui fit gonfler mon cœur, c’était délicieux. Je serais bien resté là pendant des heures s’il le fallait, dans le silence même. Parce que j’avais l’impression de m’être enfin débarrassée d’un vieux démon qui sommeillait en moi, comme si pour une fois j’avais pu reprendre le dessus sur mon passé qui m’avait toujours dominé et que je n’avais jamais pu considérer comme positif. Je n’avais jamais réellement regretté d’avoir connu Ana malgré tout ce que je disais pour me convaincre du contraire. Parce qu’au fond, elle en valait le coup bien que j’en avais souffert par la suite. Et maintenant que c’était arrangé, c’était presque comme un cadeau inespéré du ciel. Je finis par me détacher de la jeune fille, plongeant mes yeux dans ses azurs perçants qui pour une fois semblaient me dévoiler une légère partie d’elle. Ana avait fait tomber le masque. Par réflexe trop maternelle peut-être, je replaçai une mèche derrière son oreille et souris en l’admirant un instant. Elle était vraiment, vraiment magnifique. Encore plus avec un sourire sincère au coin de la bouche.

- Je suis désolé pour ce qui lui ait arrivé. Parce qu’au final, ça avait touché Ana un peu plus qu’elle voulait l’admettre. Mais par forcément sentimentalement parlant bien entendu, elle avait simplement réalisée de nouvelles choses qui l’avaient probablement chamboulée. C’est dommage qu’elle soit morte avant de réaliser à quel point tu étais une petite sœur géniale.

Parce que ses frères et sœurs n’avaient jamais fait attention à elle. Du moins, j’avais cru comprendre au dire de la tante que cela avait changé suite au décès de Kathleen mais au final, c’était trop tard pour le réaliser. Moi j’avais eu cette chance de voir qui Ana était réellement et croyez-moi ce n’était pas la gamine que décrivait sa grande sœur. Je ne l’avais jamais aimé elle et je me contentai de dialogues polis lorsqu’elle venait à la maison mais plus les jours défilaient plus j’avais du mal à garder mon calme avec elle. En fait plus je me rapprochais de la Serpentarde plus je m’éloignais de sa grande sœur et de ses manies de princesse. Elle et ses frères… Ils se croyaient tous si spéciaux et uniques, et leur amitié était leur force. Ana, c’était la petite qui trainait là dont les parents n’avaient pas trop prévu l’arrivée. C’était une petite fille et eux considéraient qu’ils avaient mieux à faire que s’occuper d’elle. Je voyais la manière dont Kathleen me parlait d’elle parfois, parce que cette espèce de cruche pensait que j’en avais quelque chose à faire de sa vie. Mais au final elle avait vite compris que j’avais déjà choisie mon camp et que ce n’était nullement le sien. A mes yeux, elle était simplement pathétique et pourrie gâtée.

- Mais tout ça c’est loin maintenant, non ? J’haussai les épaules avec un petit sourire. C’est fou ce que tu as changé et à la fois… T’es la même, avec la même mèche de cheveux impossible à coiffer ! Constatai-je dans un rire en désignant ladite mèche qui refusait d’être en place après tous nos efforts de coiffage.

J’avais l’impression d’être une vieille mamie devant sa petite fille mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Ce que ça faisait du bien de pouvoir lui parler de la sorte ! Cependant, je savais que le passé était une chose qui ne reviendrait pas et que notre relation allait être différente car nous l’étions. Je n’avais pas envie de me focaliser sur avant, je voulais simplement lui parler de toutes les autres choses, les nouvelles. Pour l’une des premières fois de ma vie, j’avais envie de raconter ma vie à quelqu’un et d’entendre la sienne avec un réel intérêt. Nous avions tant de choses à rattraper ! J’avais l’impression d’être un enfant à qui l’on devait apprendre à parler de nouveau.


- Alors, Poudlard tu t’y plais ?! Avoue, tu les fais tous fondre avec ton regard de braise ! Dis-je en riant et en levant les yeux au ciel comme pour dire « Elémentaire mon cher, pourquoi je demande ? »


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Ana Falkowsky
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MessageSujet: Re: ~ Back to Liverpool [Anabanana]   Jeu 5 Juil - 19:34

Franchement, je crois que c'était là le moment le plus bizarre de notre entrevue. Certes, j'avais pensé ça toutes les 5 secondes, mais cette étreinte n'avait aucune concurrence niveau bizarrerie. C'était à la fois pas naturel du tout, et également tellement spontané. Je n'avais pas l'impression de me forcer, mais ça faisait tellement d'années que je n'avais pas fait de câlin à qui que ce soit que ce geste me semblait comme étranger. A vrai dire, ma dernière étreinte datait de...Ruby. Les nombreux visages faussement désolés qui m'ont serrés contre eux à l'enterrement de Kathleen ne comptent pas. Peut-être ressentait-elle l'étrangeté de la situation, peut-être pas. Peut-être que c'était juste moi qui cherchais un mot pour ne pas appeler ça "bonheur", et fuir comme je l'avais toujours fait depuis 4 ans. Je m'étais confortée dans l'idée que ne pas penser au passé l'effaçait, mais malheureusement ce n'était pas aussi simple. Tout comme je ne pouvais pas mettre cette étreinte simplement sur le compte de Ruby, et prétendre que je n'y avais pas pris part. Même à moi-même, je n'arriverais pas à me faire gober ce mensonge. De toute façon, pourquoi mentir? Pourquoi est-ce que j'éprouvais ce besoin permanent de me prouver à moi-même que je me fichais de tout, pourquoi se sentir coupable quand je me rendais compte que ce n'était pas le cas? Aujourd'hui, j'avais envie de faire simple, d'arrêter de me voiler la face.

Au bout de quelques minutes, Ruby finit par mettre fin à notre étreinte, un peu trop tôt à mon goût. Je n'avais pas encore eu la sensation de retrouver pleinement son parfum. Je relevais les yeux vers elle et constatais qu'elle m'observait en souriant, avant de remettre derrière mon oreille une mèche qui retombait sur mon visage, dans un geste qui la faisait ressembler à la grand-mère qui n'a pas vu sa petite fille depuis des années. Néanmoins j'avais du tact et je retins une remarque, mais pas un petit sourire en coin. Ruby ferait certainement une très bonne grand-mère. Je me concentrais sur ses yeux: toujours d'un bleu foncé, insaisissable, avec cette lueur sombre tout au fond. Peut-être étais-ce la lumière étonnamment éclairante qui filtrait dans la pièce, ou bien mon esprit qui défaillait, mais cette lueur semblait moins présente que lorsque je l'avais découverte dans la Salle des Trophées.


- Je suis désolé pour ce qui lui ait arrivé.

Je haussais les sourcils sur le coup de la surprise. Certes, c'était moi qui avait remis Kathleen sur le tapis, mais c'était par comparaison, pas pour qu'on en parle. Surtout pas pour qu'on en parle. J'avais beau avoir plus d'estime pour Ruby que pour ma famille, je n'étais pas pour autant prête à évoquer le sujet Kathleen. Car justement, moi, je ne suis pas désolée de ce qu'il lui est arrivé. Je ne l'ai jamais été. Mais c'est le genre de pensée que l'on garde pour soi, ça, car elle te valent plus un aller simple pour Ste-Mangouste qu'autre chose. Je ne répondis rien, mais baissais les yeux, perdant mon petit sourire. Quoi que je fasse, l'ombre de Kath planerait toujours autour de moi. Les gens mettraient ça sur le compte du deuil, mais ils ne peuvent pas savoir. Ils ignorent que j'ai fait de deuil de ma sœur dès l'instant où elle m'a repoussée à l'hôpital. Même Ruby ne doit pas le savoir. Sinon elle ne me dirait pas ça, sinon elle verrait à quel point je suis indifférente voire heureuse du sort de Kathleen.


- C’est dommage qu’elle soit morte avant de réaliser à quel point tu étais une petite sœur géniale.

Un petit sourire ironique prit place sur mes lèvres tandis que je regardais toujours le sol, évitant son regard pour je ne sais quelle raison. Comme si elle aurait pu voir autre chose en moi qu'un fardeau inutile, même en cent ans! Je ne comprenais pas pourquoi Ruby disait ça. C'était tourné en un compliment, d'accord, mais j'avais envie que Kathleen s'éloigne de moi, de nous, de tout, au moins l'espace de quelques instants. C'était déjà assez agaçant de penser à elle constamment, alors entendre quelqu'un m'en parler était quelque chose qui m'énervait profondément. Et il fallait que je le fasse comprendre à Ruby, avant qu'elle ne mette les pieds dans le plat, et qu'on détruise ce qu'on était en train de reconstruire.

-Bah, tu l'as fait à sa place! Et franchement, je gagne au change, ajoutais-je dans un rire.

Le parfait compromis: aucun mensonge, rien de cynique, et je glissais sous cette phrase ma volonté de clore le sujet. Je ne savais pas si je serais un jour prête à parler de ma sœur à quiconque, mais ce n'était certainement pas pour aujourd'hui. Et je ne voulais pas qu'elle vienne gâcher les retrouvailles les plus étranges de toute l'histoire des retrouvailles. Mais Ruby sembla comprendre le message, à ma grande satisfaction, et enchaîna sur un tout autre sujet. C'est fou ce qu'elle pouvait être intelligente!


- Mais tout ça c’est loin maintenant, non ? C’est fou ce que tu as changé et à la fois… T’es la même, avec la même mèche de cheveux impossible à coiffer ! dit-elle en riant.

Sa dernière phrase était une allusion à la mèche qu'elle avait rangé derrière mon oreille tout à l'heure, et qui était revenue en force. Je la remis en place d'un geste tranquille, continuant à lui sourire, mais en enlevant la note d'ironie. Ça me faisait tout drôle de sourire sincèrement à quelqu'un, mais autant s'y habituer, car l'attitude de grand mère du Ruby me faisait bien rire intérieurement, même si je ne disais toujours rien. Pas sûr qu'elle apprécie d'être comparée à une mamie gâteuse...
Par conte, qu'est ce que l'on répond à ça? J'avais hoché doucement la tête en réponse à sa première question, qui fermait définitivement le sujet Kathleen. Mais je savais qu'il n'était pas difficile de le faire revenir sur le terrain, c'est le genre de sujet à débarquer dans n'importe quelle conversation avec une aisance incroyable. Il fallait que je choisisse bien mes mots, de manière à ne pas faire la plus petite allusion à ma sœur. J'optais finalement pour la solution "parler de l'autre". Le moyen le plus sûre d'éviter le sujet.

-Je te retourne le compliment, si c'en est un, répondis-je en souriant. Sauf pour ce qui est de tes cheveux, ils sont toujours aussi soyeux et bien coiffés.

On pourrait me qualifier de professionnelle dans l'évitement d'un sujet. Certes, ce n'est pas ce qu'il y a de plus utile dans la vie, mais dans les situations comme celles-ci, c'était appréciable. Et puis, ce n'était pas comme si je déballais un tissu de mensonges non plus, je ne disais que la pure vérité! Alors pourquoi j'avais l'impression de ne pas être totalement honnête, de ne pas m'ouvrir à Ruby comme j'avais décidé de le faire? Une sorte d'angoisse commençait à monter en moi, à l'idée que je sois obligée de parler de Kathleen pour nouer des liens, mais je refoulais cette idée rapidement. Elle finirait par s'effacer, c'était certain. Elle ne me pourrirait pas toute ma vie, comme elle m'avait pourrit mon enfance.

Je m'ouvrirais à ce sujet quand je le jugerait nécessaire. Et si ça n'arrivait pas, eh bien, tant pis.


- Alors, Poudlard tu t’y plais ?! Avoue, tu les fais tous fondre avec ton regard de braise !

Elle leva les yeux au ciel d'un air entendu, suite à son affirmation. Je laissais échapper un petit ricanement, car l'idée qu'elle m'imagine draguant à Poudlard était franchement risible. Sincèrement, elle me voyait lancer des "regards de braise" -ou ce que j'appelais plutôt des yeux de biches- et aborder les garçons que je croisais? En vérité, l'amour, je m'en contrefoutais. Je ne prétend pas que ça n'existe pas, quand on voit toutes ces personnes qui donnerait leur vie pour l'autre, il doit bien y avoir une raison. Non, j'avais accepté ça. Mais ça ne m'arriverait pas, c'est tout. Je restais insensible à toute tentative d'approche masculine, aussi beau soit l'énergumène. Peut-être étais-ce à cause de mon jeune âge, mais même à quinze, seize ans j'avais du mal à m'imaginer prête à tout pour un garçon. D'ailleurs, personne ne devait me voir comme ça, pour peu qu'ils me connaissent un peu! Mon prénom était souvent suivi du mot "flippant" ou "dangereuse", et pas vraiment "douce" ou "délicate". Pauvre de moi.

-Si j'avais, comme tu dis, un regard de braise, je les ferais fondre littéralement,
assurais-je le plus sérieusement du monde. Par contre toi, tu dois bien avoir un ou deux copains! Je me trompe? demandais-je avec malice, un petit sourire reprenant place sur mes lèvres.

D'accord, d'accord, j'évitais un peu de m'étaler sur mon comportement, car je savais que c'était un passage qui nous ramènerait à Kathleen. Parce qu'il était évident que si j'avais "mal tourné" comme ça, ma sœur et le peu d'intérêt de ma famille globalement n'y étaient pas étrangers. Pourtant, je n'avais pas vraiment d'explications. Cela aurait pu me rendre en manque d'affection, si bien qu'à Poudlard j'aurais étais plus qu'heureuse de me trouver une gigantesque bande d'amis et un petit copain sur qui pleurer. Sauf que non, pas du tout. J'avais préféré rester dans ma solitude et mon silence, quand on m'avait demandé ce qui n'allait pas chez moi -et c'était arrivé un certain nombre de fois. A voir comment Ruby était radieuse, je n'avais aucun doute quant au fait que j'avais pris la mauvaise option. J'avais tout de suite vu qu'elle, ne s'était pas confortée dans la solitude. Elle avait des amis, pleins d'amis, et même si j'étais certaine qu'elle ne leur avait pas dit toute son histoire, ils étaient là pour elle. Et le résultat était là: aujourd'hui, Ruby pouvait dissimuler sans mal son lourd passé.
Sauf à moi.

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Dernière édition par Ana Falkowsky le Lun 31 Déc - 16:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: ~ Back to Liverpool [Anabanana]   Dim 8 Juil - 14:16

Comme je m’y été attendue, Ana ne fit pas vraiment de commentaire sur Kathleen. Au fond, je crois que je la comprenais. Elle était animée d’une telle haine à l’égard de sa sœur, et ça bien avant sa mort… Alors comment avait-elle vécue sa disparition ? Tout ceci faisait un écho malsain à mon histoire : moi-même je n’arrivais pas à ressentir de la tristesse face à la mort de mes propres parents. C’était un sentiment bien plus confus et profond qui entourait mon cœur et en altérait chaque battement, car rien n’était pire que de venir d’une famille brisée. Parce que c’était vos racines, là d’où vous venez. Comment accepter venir de ça, de cette famille ? Je m’y refusais obstinément. J’avais depuis bien longtemps perdue mes origines et surtout perdue ce qu’on appelait un foyer. Je n’avais plus d’endroit où revenir, quelque chose qui me rappelait des souvenirs heureux d’enfance. Non, je rejetais douloureusement tout ce qui précédait l’incident. Je ne voulais pas avoir en moi quelque chose qui me raccroche à eux, eux qui m’avaient détruite. Pouvais-je seulement imaginer les pardonner un jour ? Leur trouver des excuses ? Je fermais toujours sans relâche les barrières de ma mémoire, refusant d’y entrevoir des rires et une once de bonheur. Car tout avait été balayé par la suite. Par Lui. Par Elle. Il m’avait détruite et Elle n’avait jamais essayé de me reconstruire non, elle m’avait enfoncé encore plus profond. Elle m’avait entraîné dans sa chute, moi qui ne pensais pas pouvoir aller plus bas. Alors est-ce que j’étais en colère contre elle ? Contre lui ? Je ne savais toujours pas. Tant que je sentais la haine courir dans mes veines je ne serais jamais en paix et j’en étais consciente. Je devais franchir cet obstacle, finir par accepter, par oublier. Jamais je ne pourrais dire que je pardonnais. Je devenais simplement indifférente. Si j’avais un foyer brisé, je me construirai autrement.

-Bah, tu l'as fait à sa place! Et franchement, je gagne au change.

J’eus un sourire et un sentiment presque euphorique qui se logea droit dans ma poitrine. J’approuvais d’un signe de tête. Je voyais très bien qu’Ana ne voulait pas aborder le sujet de sa sœur et je décidais de ne rien pousser. Nous n’avions pas besoin de parler de ça et je respectais son choix. Je crois qu’au final, la jeune fille n’avait pas souffert de la mort de sa sœur, elle avait eu mal bien avant du rejet familial et que la disparition de Kathleen l’avait presque libéré. Alors, probablement était-elle indifférente à tout ça, pas la peine de se pencher sur ça pendant des heures. Je savais qu’elle avait évolué et que désormais, extraire ses sentiments risquait d’être bien plus difficile qu’avant. J’avais été une personne en qui elle avait senti qu’elle pouvait placer sa confiance et n’avait jamais hésité à tout me dire. Mais je ne lui avais pas rendu la pareille et je savais que cela me couterait cher. Si je ne la pensais pas rancunière, je la connaissais méfiante. Et désormais, je marchais un peu sur des œufs avec elle et j’étais consciente qu’il nous faudrait du temps. Mais au fond, j’avais toujours une certaine méfiance moi aussi, car Ana m’avait lâché une fois et elle pouvait très bien recommencer. Je voulais toujours me protéger mais la revoir ainsi, dans mes bras, ça me donnait envie de me plonger sans réfléchir dans tout ça. Et pourtant je savais que je devais garder la tête froide, simplement pour me protéger des contrecoups possible. Il me semblait que de toute manière, Ana ferait la même chose.

Je décidais de ne pas répondre car j’avais peur de parler encore de sa sœur. Je ne voulais pas jouer au jeu de la comparaison entre elle et moi, bien qu’Ana ait raison sur ce point. Elle avait gagné au change sur ce coup-là, et largement. Parce que Kathleen avait été incapable d’aimer sa propre sœur et même de la considérer comme tel. Cela m’avait toujours rendu folle mais je ne voulais pas rentrer dans ce genre de conflit avec la famille avec laquelle j’avais déjà beaucoup de mal. Rien que revenir ici était risqué, et la tante me regardait toujours avec cet air rempli d’animosité. Je l’avais cherché mais ça m’était égale, elle aussi l’avait voulu. Elle n’avait cessé de me rabâcher que c’était bien dommage que je ne sois pas à Serpentard car aucune maison ne valait celle-là, et de long discours sur la pureté du sang… Tout en sachant très bien que je ne pouvais prétendre à un titre de Sang Pur. Alors elle se rattrapait en disant que probablement mon père avait été un sorcier et ce genre de connerie qui me rendait folle. Rien que parler de mes parents me mettait hors de moi et me paraissait très mal placé. Et elle ne voulait pas se taire !... Ce qui devait arriver arriva, je pétais mon câble sur elle et quittais la maison en claquant la porte dans une série de cris et de pleurs. Le lendemain, on me changeait de maison pour m’amener chez les Arentds. Tant mieux.


-Je te retourne le compliment, si c'en est un. Sauf pour ce qui est de tes cheveux, ils sont toujours aussi soyeux et bien coiffés.

Je riais et lui adressais un sourire. C’est vrai qu’elle avait toujours envié ma chevelure bien que je ne l’aurais pas vraiment qualifié de bien coiffés… Disons que même emmêlés, j’arrivais à avoir une tête présentable. Les nœuds passaient inaperçus au milieu des boucles et c’était l’un de mes atouts principales. Bien qu’au fond, j’avais toujours envié les cheveux lisses d’Ana, même s’ils avaient cette faculté de ne jamais vouloir être bien ordonné. Cependant, c’était là qu’était tout son charme, cette espèce de beauté sauvage que peu pouvait prétendre avoir. J’espérais que la Serpentarde en soit consciente mais au fond, je ne doutais pas de son assurance car elle dégageait un paquet.

- C’est bien sûr un compliment, c’est pas pour rien que je t’appelle Jolie Cœur voyons. Répondis-je du tac au tac avec un rire.

Oui, je sonnais comme une vieille grand-mère mais c’était tellement agréable ! J’avais l’impression que je ne l’avais jamais perdu de vu, même si au fond il y avait toujours un petit mur entre elle et moi, un bouclier, un voile. C’était celui tissé de nos erreurs respectives et du temps qui s’était dressé entre nous. Les années, nos évolutions… Et pourtant je sentais que si on voulait, on pouvait repartir et recommencer. Je refusais de laisser la distance détruire ce que nous avions eu car même si cela avait été court, c’était assez intense pour rattraper des années de silence par la suite. J’étais prête à faire quelque effort mais je crois que cela allait venir au fur et à mesure… Du moins, je priais pour. Car Ana était bien mieux en amie qu’en ennemie, croyez-moi.


-Si j'avais, comme tu dis, un regard de braise, je les ferais fondre littéralement. Par contre toi, tu dois bien avoir un ou deux copains! Je me trompe?

J’éclatais de rire malgré moi. Non, je n’avais pas un ou deux copains et je n’en voulais surtout pas. Ana avait lancé ça, mais au fond elle savait très bien que l’incident m’avait marqué sur ce sujet et que je n’étais pas encore prête à tout ça. Je décidais de garder pour moi l’entrevue avec Logan. Même si elle me chamboulait toujours, je n’arrivais pas à la trouver regrettable car elle m’avait appris que je pouvais m’approcher d’un garçon sans trop de dégâts. Malgré moi, le prénom d’Hadrian surgit dans mon esprit et j’eus un petit sourire discret que je refusais de dévoiler à Ana. Je ne savais pas encore quoi penser de tout ça et je ne voulais pas parler de tout ça. Si Kathleen était son sujet tabou, mes sentiments l’étaient parfois encore plus que mon passé. Et tout ça était tellement récent, et bizarre et… Non. Je balayais tout ça mentalement, je n’avais pas envie de me faire peur. J’allais voir comment tout cela évoluerai et pour le moment, pas la peine de parler à la jeune fille de tout ça.

- Tu l’as, crois-moi. Deux ? Voyons, Ana, huit ! Dis-je en riant pour souligner à quel point tout cela n’était pas logique. Puis, calmant mes éclats, je repris plus sérieusement. Tu veux pas qu’on sorte d’ici ? Liverpool est plus amusant tout de même !

Et, sans lui demander son avis, j’attrapais le colis que je fourrais dans mon sac avant d’empoigner le bras d’Ana pour sortir de la pièce. J’avais envie de marcher en sa compagnie, de fouler les trottoirs de la ville qui pour une fois, pouvait être associé à des souvenirs heureux. J’avais réussi à enfin me libérer de ce passé malsain ave la Serpentarde, et je n’espérais qu’une chose, c’était que cela continue. Notre amitié était particulière.

Et c’était pour le meilleur comme pour le pire.


THE END


_________________
Even Closer | Forever Young | So Cold | If Stars



« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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