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downtown [C.C]

 

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 downtown [C.C]

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Tess Tennant
Élève de 3ème année



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Localisation : Non mais alors je t'explique, mec, y'a un truc ça s'appelle les jambes, c'est nouveau ça vient de sortir, et ça permet de se DÉPLACER ! Je sais, je sais. Truc de fou.
Date d'inscription : 21/04/2012

Feuille de personnage
Particularités: Je mets mes cheveux aux enchères sur E-Bay. […] C'était une blague.
Ami(e)s: Juste “amis”, sans les parenthèses… Ah ! Et Seb aussi.
Âme soeur: Ton père.

MessageSujet: downtown [C.C]   Dim 29 Avr - 22:09




when you're alone and life is making you lonely
you can always go - downtown
when you've got worries, all the noise and the hurry
seems to help, I know - downtown

and you may find somebody kind to help and understand you
someone who is just like you and needs a gentle hand to
guide them along





– Ooooooh… BOUSE !!

Ce cri, c'était le mien. Celui que je venais de pousser pour la bonne raison qu'il y avait un hibou à ma fenêtre.

Un putain de hibou. Et pas n'importe quel hibou – des hiboux ici y'en avait souvent, hein, vous pensez, avec mes parents qui payaient leurs impôts une fois sur deux sans parler de toute la pub et tous ces bidules que ma mère se faisait livrer à domicile parce que ça coûtait moins cher. Non mais ce hibou là, d'abord, il était genre, ÉNORME, et surtout, la lettre accrochée à sa patte portait mon nom, en lettres vert bouteille de bière. Et je savais bien ce que ça voulait dire, parce que j'avais vu celle de la fille des Haggarty qui s'en était ventée l'année dernière, et elle était EXACTEMENT pareille.

Poudlard. ENFIN.

– Mec, j'ai bien cru que t'arriverais jamais ! m'exclamai-je en ouvrant la fenêtre pour laisser entrer la bête (sans déconner c'était un monstre cet oiseau, j'en avais jamais vu d'aussi gros à part la fois où Mrs Beattie était malade et mon père avait dû m'emmener à son boulot pour pas me laisser seule à la maison).
– Tess ? C'est une chouette qui vient d'entrer par ta fenêtre ?

Soupir… Et merde, 'man allait encore devoir jeter un sort d'amnésie sur ces deux vieilles pies du premier étage. Sans dèc' elles passaient leur vie à leur fenêtre. Le truc, c'est qu'elles vivaient dans des appart' voisins, mais pas sur le même palier – comme elles avaient la flemme de descendre les quinze marches qui les séparaient du plancher des vaches, elles préféraient taper la discut' d'une fenêtre à l'autre. En plus c'était quand même vachement pratique pour espionner les voisins ! Je me penchai, mes pieds quittant dangereusement la moquette de ma chambre pour leur répondre. Turnock la Grosse et Traynor la Rousse me mataient toutes les deux avec leurs petits yeux avides de merlan fris.

– Ouais ! leur criai-je. Truc de fou !

Comme si elles assistaient pas à ce spectacle au moins une fois par semaine.

– Tu veux que nous appelions le service des nuisibles ?
– Non merci Miss Turnock, ça va aller, mes parents vont s'en charger !
– C'est toi qui voit mon lapin !


Iiyyyyyyeeeeeeekk.

– Fais quand même gaffe que c'te sale bête te crève pas un œil !
– Ouais, ce serait dommage d'abîmer ton joli minois !
– Je f'rais gaffe !
assurai-je avant de fermer la fenêtre.

OUF. Bon, à nous deux, le piaf.

Sans mentir, ce truc était énorme mais à part ça c'était l'oiseau le mieux élevé du monde. Et que je te tends la patte, et que j'attends que t'ai fini de détacher l'enveloppe sans bouger d'un cil, 'fin d'une plume. Le hibou de cirque, quoi – plus poli qu'un hyppogriffe avec un balai dans le cul ! Avant qu'il ne reparte, je cherchais un truc à lui donner un manger. J'avais pas de hibou, donc pas de bouffe pour hibou bien sûr, mais vu sa taille il cracherait pas sur un morceau du poulet d'à midi. Je me glissais donc discrètement dans la cuisine, en essayant de pas faire trop gaffe aux cris de mes parents qui se disputaient (encore) dans la salle à manger.

– Qu'est-ce que j'y peux moi s'ils réduisent les salaires ?
– Mais c'est pas de ça que je te parle, crétin de gobelin !
– Attention au ton que t'emploies avec moi, femme !
– Crétin de gobelin macho !!
– Gargouille mal baisée !!!
– ET C'EST DE MA FAUTE ÇA PEUT-ÊTRE ?!?

– Et voilà pour toi mon gros,
fis-je en balançant la cuisse à moitié bouffée que j'avais sorti du frigo (parce que ouais, on avait un frigo, c'est ça d'avoir un père né Moldu). Maintenant tu ferais bien de te casser avant que la mère Michelle et sa pote ameutent tout le quartier.

J'ouvris la fenêtre pour le laisser sortir.

– Allez, vole… OH NON, IL S'ÉCHAPPE ! criai-je bien fort pour être sûres que les deux commères en bas m'entendent.

Ça de fait, je fis le point sur mes options du moment, tout en lisant avidement la lettre de Poudlard (putain, la liste de fournitures de malade, ça allait faire mal). Ok, quelle heure il était ? Cinq heures, un samedi… Woooooouuuhouuu, que de choses passionnantes à faire. Evidemment, je pouvais pas aller annoncer la bonne nouvelle à mes parents maintenant, vu qu'ils étaient genre un peu pris. En attendant, que faire ? J'allais aller frapper chez les voisins, décidai-je. Je soupirai un peu. Parfois, ça me pesait, ce truc de la magie, ne pouvoir en parler à personne.

Sur le palier, je croisai Mrs Beattie qui rentrait de courses.

– Bonjour Mrs Beattie, vous allez bien ?
– Bonjour Tess,
me répondit la vieille femme. Ça va bien, et toi ?

C'était peut-être la seule personne à qui je témoignai un minimum de respect, probablement parce qu'elle m'avait à moitié élevée (c'était elle qui se chargeait de me garder quand mes parents ne pouvaient pas). Le moins qu'on puisse dire c'est que Mrs Beattie avait la classe – grande et élégante malgré ses quatre-vingt ans, elle s'habillait toujours comme une riche parisienne des années 50 avec ses chemises à épaulettes, ses gants, ses chapeaux larges assortis et son grand sac à main noir en matière brillante et lisse.


– Ça vous va bien le orange, commentai-je (c'était sa couleur aujourd'hui), évitant la question.
– Merci, tu es bien gentille.
– Vous voulez que je vous aide à ranger vos courses ?
– Va plutôt t'amuser.


Je montai au quatrième étage (le dernier) et allait frapper à la porte des Amabile. Ce fut la mère qui m'ouvrit.

– Bonjour Tess ! m'accueillit-elle avec son sourire contagieux. Qu'est-ce qu'on peut faire pour toi ?
– Bonjour Bella, est-ce que les garçons sont là ?
– Ooh, désolée ma chérie, ils sont chez leur tante tout le mois d'août !
– Ils sont déjà partis ?
m'étonnai-je.
– Eeeh oui, tu sais que ça coûte le voyage jusqu'à Turin ! Plus tôt tu t'y prends et moins cher ça te revient, ajouta-t-elle solennellement.

(C'était la maxime de la famille Amabile, la seule chose qu'ils étaient capables de prononcer sur un ton raisonnable.)

– Qui c'est Bella ? appela soudain la voix de son mari, Rocco, dans le fond.
– C'est Tess, elle est venue voir si les garçons étaient là !
– Aah mais ils sont chez leur tante à Turin !
– Eeh oui, bé c'est ce que je lui ai dis !
– Eeeh salut Tess !
fit Rocco (dont l'accent était encore plus prononcé), apparaissant soudain à côté de sa femme. Les garçons ne t'avaient pas dit qu'ils allaient chez leur tante en août ?
– Si, je pensais juste qu'ils partaient plus tard…
– Aaaah oui ! Mais ça, mais ça, c'est à cause du prix des billets, tu sais : plus tôt tu t'y prends, moins cher ça te revient… Dis-moi,
ajouta-t-il sur le ton de la confidence en se penchant vers moi, tes parents… eeeh… ils ont pas l'air trop dans leur assiette aujourd'hui.

Bah oui, même d'ici on pouvait entendre leurs hurlements (faut dire que les Amabile étaient juste au-dessus de notre appartement). Je haussai les épaules.

– Si tu veux tu peux venir manger ici ce soir !

– Oui, je ferai des boulettes !
intervint joyeusement Bella. Ça nous dérange pas du tout !
– Oui et puis ça nous fera un peu d'animation !
– C'est vrai on s'ennuie dans cette maison quand les enfants sont plus là !


Je réfléchis une seconde – c'est vrai que c'était tentant, mais en même temps, j'avais toujours cette lettre à montrer à mes parents.


– Merci, c'est super cool… Mais euh… je dois rester chez moi ce soir, on a du monde, mentis-je.

– D'accord d'accord, mais hésite pas à repasser !
– On est toujours ravis de te voir !


Ooookay, donc si les gosses Amabile étaient vraiment plus là tout le mois de août, ça promettait d'être une fin d'été pourrie. Les cris qui provenaient encore de chez moi me dissuadèrent de rentrer dans ma chambre. A la place, je décidai d'aller traîner au square. Avec un peu de chance, il y aurait des gamins de ma classe… Ça me faisait bizarre de me dire qu'ils allaient tous au collège l'année prochaine et moi je serais à Poudlard, à des kilomètres d'ici… Enfin, heureusement, Poudlard était toujours en Écosse, je ne serais pas si loin de la maison.

– Je déteste quand ils se disputent, marmonnai-je dans la pénombre de la cage d'escalier.

Au fond, j'étais déjà à moitié convaincue que cette fin de journée allait être pourrie et que je ne pourrais pas parler de ma lettre aux parents sans déclencher l'apocalypse. Et ça me faisait chier.

Sauf que, dans le hall de l'immeuble, à travers la vitre déformée de la porte d'entrée, je reconnus une silhouette qui allait transformer cet après-midi morose en formidable aventure. Je me précipitai pour ouvrir : c'était bien lui.

– Chuck !! m'écriai-je avec ravissement.

Je remarquai son doigt sur la sonnette de notre appartement. Ça devait faire un moment qu'il essayait de nous appeler.

– C'est pas la peine d'appuyer comme un taré, commentai-je, blasée, ils gueulent sans doute trop fort pour t'entendre.

Mais je ne pouvais pas m'empêcher de lui sourire comme une dingue.

– La vache, j'suis trop contente de te voir !!

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Spoiler:
 


Dernière édition par Tess Tennant le Jeu 31 Mai - 23:52, édité 4 fois
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Chuck Carlton
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MessageSujet: Re: downtown [C.C]   Lun 30 Avr - 17:16

(contexte : été dernier )

- Je vais fumer une clope.

Je sifflai entre mes dents en jetant un regard noir à Coop et son air plein de reproches. C'était plus fort que lui, hein, il ne pouvais pas s'empêcher, cet idiot! Quoi, monsieur avait une putain de maladie incurable et on ne savait même pas si on pourrait un jour trouver comment le soigner, et moi je n'avais pas le droit de m'exploser un peu les poumons? Je rêve. Et qu'il ne vienne pas me faire chier, j'avais le droit à un petit plaisir, quand même. Le mois d'août n'était pas encore fini et il nous restait des putains de journées de merde à passer ici alors que je revenais de deux semaines absolument géniales, et même si je savais qu'il n'y était pour rien, j'avais quand même le droit, pour une fois, de tirer un peu la gueule. Ouais, c'était pas facile de revenir à Bristol après les États-Unis, ça c'est clair... Et dire qu'en ce moment il était quoi... allez, 10 ou 11h, et que Lilian devait se prélasser le long de sa piscine sous un soleil d'enfer! Quand j'étais rentré, il avait fait gris et étouffant pendant deux jours - dans nos chambres sous les toits c'était l'enfer, heureusement qu'avec le temps on avait inventé un génial système d'aération : ouvrir ma fenêtre à moitié, celle de Coop en grand, celle de la salle de bain aux trois quart - histoire de me faire bien regretter mes petites vacances. Mais bon, je m'en foutais, parce que je savais que j'y retournerais. Ce pays c'était mon kiff, définitivement, les gens étaient géniaux, c'était immense, tout était permis et on pouvait tout faire. C'était la liberté à l'état pur, donc forcément, me retrouver coincé dans notre pauvre petit banlieue miteuse de Bristol, rien à faire, ça foutait le cafard.

Je claquai la porte du couloir derrière moi. Il fallait que je monte un grand escalier en bois - ça va, je connaissais le chemin par cœur. Ça menait à une petite cour en hauteur. En tournant à droite, je me baissai juste à temps pour éviter une horde de papiers volants qui fonçaient vers un autre service en émettant un petit sifflement : j'avais presque oublié ce que ça faisait de vivre dans un environnement sorcier. Comme pour me répondre, alors que je passai le haut de l'escalier, un tableau représentant un docteur un peu bizarre se mit à marmonner dans son sommeil. L'ai frais me fit du bien : je détestais l'odeur de Sainte-Mangouste. Je détestais Sainte-Mangouste tout court. Je m'adossai au mur et allumai ma clope en cachant la flamme du vent, avant de soupirer. Cette journée ne finissait pas, bordel! Ça faisait au moins la cinquième... sixième... bon allez, dixième clope que je venais fumer ici. Il fallait vraiment qu'on m'explique l'intérêt de faire à CHAQUE fois des batteries d'examens, alors qu'à chaque fois, c'était pareil, les médicomages en ressortaient bredouilles. Mais bon, je ne pouvais pas râler aujourd'hui, j'avais laissé Coop deux semaines et je me sentais assez coupable pour en rajouter. Et ma connasse de "mère" qui n'avait pas manqué de me le faire remarquer, alors qu'elle ne m'adressait jamais la parole. Elle lisait dans mes pensées, ou quoi? J'en avais assez de cette famille, assez de cet endroit : il fallait que ça change.

Il y avait deux vieux sorciers pas loin de moi qui fumaient leur pipe et leur conversation avait baissée depuis que j'étais arrivé, je leur lançai un regard mauvais. L'un avait une robe noire et miteuse et un chapeau tout défoncé, l'autre, une robe d'un bleu marine brillant. Ils me regardaient derrière leurs sourcils de vieillards d'un air franchement hostile.


- Quoi, ça vous pose un problème que j'sois en civile?!

Je balançai ma clope par-dessus la balustrade et les laissai là, claquant fort la porte. Quelle bande de vieux cons. Je détestais les sorciers de ce genre qui ne savaient pas s'intégrer au monde moldu ou au moins comprendre ceux qui le faisaient. Hellooo, adaptation à l'environnement?! Anyone?! Pffff. C'était vraiment trop pourri, la Grande-Bretagne.

Coop m'impressionnait toujours à être si stoïque et si... patient. J'avais envie de tout péter. Et lui, qu'est-ce qu'il faisait? Il lisait son livre bien tranquillement, comme si rien ne se passait depuis ce matin, à part qu'on lui avait juste sondé un milliard de fois tout le corps et qu'on le - qu'on nous - baladait de services en services en nous balançant des "cela ne va pas prendre longtemps" à tout bout de champ. Pas longtemps plus pas longtemps plus pas longtemps, ça commençait à faire un sacré paquet de temps. Je m'avachis dans la chaise à côté de mon frère.

- Tu lis quoi? (Je voulais un peu essayer de me rattraper.)

- Ben, un livre. (Il m'agaçait à dire ça le plus simplement du monde.)
- Ah bon, je croyais que tu jouais des maracasses?! (T'es chiant)

- Ben non. (Il boudait)
- Ils ont dit que ça finissait quand? (Puisqu'il ne voulait pas coopérer...)

- Dans une demi-heure.
- Génial.


Je tournai la tête et fis mine de m'endormir pour croire qu'il allait rester la dernière demi-heure tout seul à s'emmerder avec son putain de bouquin. Ça ne manqua pas : il finit par me tapoter le bras et m'expliquer l'histoire de son livre, et après il me redemanda de lui raconter la fois où on avait fait du bateau avec Lilian, comment était le bateau, si il allait vite tout ça, et le temps passa bien plus vite que le début de la journée. Les Mécidomages nous dirent comme d'hab que les résultats arriveraient bientôt par hibou, on reprit rendez-vous - où est votre mère, elle n'est pas venue cette fois? Cette fois, vous vous foutez de ma gueule? Elle ne bouge son cul de devant sa télé qu'une fois l'an, cette blague (non en vrai j'avais répondu : elle travaille. Point.) Très bien, vous lui ferez signez ce papier gnagnaga. Salut au revoir, et roulez jeunesse.

Dehors il faisait beau, enfin, et je m'étirai après qu'on soit revenu dans la rue moldue et que le bruit des voitures et des passants me fassent oublier un peu la sale ambiance de l'hôpital. Je me mis à chatouiller et à bousculer Coop pour l'emmerder, avant de me rendre compte qu'il était encore plus pâle que d'habitude. Bon, ok, il était fatigué. Je lui payai une glace et on passa le reste de l'après-midi à traîner dans le coin, à se balader près d'un lac où on fit des ricochets, et on balança aussi le reste du cône aux cygnes qui faisaient un bruit du tonnerre avec leurs gros becs oranges. Je voulais à tout prix éviter la question fatidique, celle qu'il me demandait tout le temps, et c'était aussi pour ça que j'étais d'une humeur enjouée et que je riais et que je parlais tout le temps et que je le faisais rire. Mais bon, elle ne manqua pas :


- Tu rentres avec moi?... Non alors son petit regard de chiot abandonné franchement c'était pas cool...
- Ben non, je sors ce soir. (attention, deuxième question fatidique: )

- Je peux venir avec toi?!
- T'es bête, et je me remis à le chatouiller et à le prendre sur mes épaules comme si j'allais le lancer dans le lac. Il ne dit rien de plus, il avait compris.

Il avait compris que je voulais passer une soirée avec mes potes, à Londres peut-être ou plus tard chez nous. Ce qu'il ne comprenait sûrement pas, et tant mieux, c'est qu'en fait je n'en savais rien. Je ne savais pas du tout ce que j'allais faire, traîner ici ou quoi, mais je ne voulais juste pas rentrer à la maison, me terrer chez nous et regarder Coop ranger et compter ses nouveaux putain de médicaments qui de toute façon ne lui servaient à rien... Je voulais me vider la tête, et même si ça me dérangeait de le laisser tout seul après cette journée, je ne pouvais pas, c'était au-dessus de mes forces de jouer le jeu encore toute une soirée. Je le faisais déjà chaque jour.

Je l'accompagnai au Magicobus en le confiant précieusement au chauffeur, mais bon, à la longue, il me connaissait bien et m'assura avec son accent des bas-fonds londoniens à couper au couteau, que Coop rentrerait sain et sauf, comme d'habitude. Je me retournai sans attendre, marchant dans les rues les mains dans les poches. Il y avait peu de monde parce que c'était les vacances, et je me perdis dans mes pensées en observant une bande de filles tout en jupe ou en mini-shorts avant de me dire que j'avais envie de fumer mais que je n'avais plus de clopes. Je tirai de ma poche les quelques livres qui me restaient, achetai un paquet, et... putain, où était mon briquet... ah! Dans ma poche de jean et... Je tirai une feuille pliée en quatre. Ah oui, pfff. Ma mère m'avait ordonné de donner ça à sa sœur, comme si 1) elle ne pouvait pas l'envoyer par la poste, 2) elle ne pouvait pas le faire elle-même. Mais bon, cette conne n'était pas capable de s'occuper de ses enfants ni de garder un lien avec sa sœur, ça ne m'étonnait pas. Le truc positif de cette histoire : j'avais trouvé quoi faire. Je pris un bus jusqu'à la gare et montai dans le premier bus pour Glasgow. Je rabattis la capuche de mon sweat sur ma tête et me posai contre la vitre pour pioncer jusqu'à l'arrivée : ce voyage, je le connaissais par cœur. Je dormis comme une masse, et c'est le klaxon du chauffeur à l'entrée de Glasgow qui me réveilla.

Coop allait m'en vouloir que je sois allé chez Angie sans lui, mais bon, j'étais pas obligé de lui dire... Et puis j'avais cette excuse, ce papier de... de quoi déjà? Ah ouais, un truc fiscal pour la maison des grands-parents. Cool. Utile. Je pris un autre petit bus pour arriver jusque dans le quartier. Il y avait des mecs qui jouaient au foot dans le stade et je m'arrêtai un instant : je les reconnaissais, c'était ceux de l'immeuble d'en face, avec qui je m'entendais bien. Ils me saluèrent et puis je vis Jessie aussi, qui s'avança vers moi - elle était sur le bord du stade avec ses copines.


- Chuck!... Ouuuuuh, cette nana avait un regard...
- Salut Jessie, on s'embrassa sur le coin des lèvres.

- Tu viens pour quelques jours? Ouais, moi aussi, je serais bien resté tiens... Elle était toute bronzée et encore plus jolie que l'été dernier... Elle tira sur sa cigarette en me regardant. Sexy.
- Nan, j'viens juste dire bonjour aux Tennant...

- D'acc. Je reste un peu au stade si tu veux... Oui oui oui je veux!
- Ok! A tout'!

Bon, au moins, si les Tennant n'étaient pas là, je savais quoi faire...

Berk : ça puait l’encens à au moins vingt mètres de leur immeuble. Encore un coup de... Comment elles s'appelaient déjà... Les deux soeurs pak, hmm... Karma, Shasa, bon, bref, les soeurs Krishna là! J'appuyai sur l'interphone après avoir slalomé entre les habituelles crottes de chiens. Pas de réponse. Re. Re.


– Chuck !!

La porte s'était ouverte, tirée par une petite rouquine au visage mutin et aux grands yeux brillants. Ma cousine en personne, qui ne changeait pas tant que ça, ou bien, je crois que c'était parce que j'avais le même plaisir à chaque fois de la retrouver. Elle avait beau avoir cinq ans de moins que moi, cette gamine était drôle et me faisait bien triper.

- Hey, Pumpkin !!


Je lui ébouriffai les cheveux - c'est ça d'être le plus grand, ça donne le droit de faire n'importe quoi - et puis on fit notre fameux salut de sioux, le Check Perroquet (mais ça, vous ne pourriez pas comprendre). Seulement alors, je me rendis compte que 1) ça gueulait comme du poisson pourri au-dessus de nos têtes et que 2)... C'était mon oncle et ma tante?!


– C'est pas la peine d'appuyer comme un taré, ils gueulent sans doute trop fort pour t'entendre.

- Ben alors?! demandai-je, incrédule. C'était quoi ce binns? On dirait chez moi, me dis-je. Qu'est ce qui se passait entre Angie et Hamish? Ah, non, hein, les seules à peu près sains d'esprit de la famille, ils n'allaient pas commencer à... Je jetai un coup d'oeil à Tess qui avait sa petite tête boudeuse. Bon. Mais elle croisa mon regard et redevient vite la petite sauterelle excitée de d'habitude, toute contente de me voir, comme moi je l'étais.

– La vache, j'suis trop contente de te voir !!

- Moi aussi cousine, moi aussi! Et je me mis à essayer de l'attraper pour lui faire les gros bisous baveux qu'on appelait les "bisous mémés" parce que c'était comme ça que notre grand-mère nous embrassait, et comme elle n'avait pas plus envie que nous de nous faire un bisou, ses bisous étaient toujours piquants et gluants et désagréables.

Après l'avoir coincée contre le mur - oh elle se battait bien mais j'avais le large avantage de la taille et de la force - je lui tirai la langue et lui montrai le fameux papelard que je devais filer à Angie.


- Je dois donner ça à ta mère... Pas le meilleur moment, hmm?

Ah, merde - et si elle me parlait de Coop?! Vite, une excuse bidon...

_________________

CHUCK CARLTON
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Tess Tennant
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MessageSujet: Re: downtown [C.C]   Mer 2 Mai - 14:33


Juste pour que vous sachiez : y'avait que Chuck qui avait le droit de m'appeler Pumpkin. En fait, c'était surtout parce que je pouvais rien faire pour l'en empêcher… J'aimais pas être rousse parce que les gamins de mon âge se payaient ma tête, et la dernière qui s'était foutu de moi à ce sujet, bah elle avait trébuché et s'était cognée accidentellement contre le lavabo des toilettes. Trois fois. Et même si je jure que c'était pas ma faute, j'ai eu droit à la correction de ma vie par mon père après ça. Le pire c'est que cette espèce de nouille a perdu une dent de lait et du coup elle est revenue le lendemain avec un énorme sac de bonbons – on est d'accord, vous aussi vous avez eu une livre comme tout le monde ? Bah nan, elle elle s'est ramenée avec toutes ces cochonneries et elle en a distribué à toutes les filles sauf à moi, EXPRÈS. Depuis, aucune ne peut me saquer, elles ont toutes voué allégeance à cette andouille de mes fesses ! P'têtre bien que les roux ont pas d'âme, et tant mieux, comme ça au moins je vendrai pas la mienne pour des Jelly Babies ! Pfff !

J'aurais pu raconter tout ça à Chuck bien sûr. Il les aurait démonté. Mais y'a que les mauviettes qui appellent les grands au secours. Et ça vaut aussi pour les histoires avec les parents (en plus, je pense pas que Chuck aurait pu faire quelque chose pour eux, c'est des trucs d'adultes). Donc, on fit le check Perroquet comme d'hab' comme si de rien était et quand il essaya de me faire des bisous mémés je me défendis à coups de poing gentils dans le ventre – même si j'y étais allée fort j'aurais pas pu faire grand chose, remarquez, mais de toute façon j'aurais jamais pu y aller fort avec lui.

Laissez-moi vous parler de Chuck.

Chuck était génial. Si j'avais eu un grand frère, j'aurais voulu que ce soit lui, mais cousin c'était d'jà pas mal. D'abord, il me laissait faire tout ce que je voulais et, si c'était trop dangereux, comme monter sur un toit, il s'en foutait parce qu'il était là pour me rattraper. Je le voyais rarement mais quand il venait c'était l'éclat' assurée. Il connaissait pas l'immeuble aussi bien que moi mais assez pour savoir de qui je parlais quand je racontais ce qui s'y passait, et il me trouvait toujours drôle. Ça me dérangeait pas qu'il m'ébouriffe les cheveux parce qu'il s'en foutait en vrai. Aussi, tout le monde aimait Chuck (forcément, parce qu'il était cool), et du coup, tous ceux qui l'aimaient et qu'il me faisait rencontrer, bah ils m'aimaient bien aussi, même s'ils m'appelaient Charlotte. D'ailleurs, son vrai nom à Chuck c'était Charles, et comme moi il aimait pas son nom donc il avait pris un surnom plus cool. Il était juste trop cool !

Quand il eut réussi à me coincer contre le mur, je levai les mains pour signaler que, ok, il avait gagné, je me rendais. Il rit et puis il sorti un papier de je sais pas où et me le montra. Ça avait l'air officiel. Je fronçai les sourcils, parce que ça ressemblait pas à Chuck de se pointer pour de la paperasse.

– Je dois donner ça à ta mère… Pas le meilleur moment, hmm ?

Je secouai vite la tête.

– Nope.

Pas la peine de s'étendre sur le sujet.

– T'as qu'à me le filer, je lui donnerai ce soir, assurai-je.

Pourvu que ce soit pas un truc qui la mette en rogne.

Chuck me lâcha enfin et, réflexe, je me massai un peu la clavicule, avant de m'arrêter vite parce que je voulais pas qu'il pense qu'il m'avait fait mal. Des fois, il maîtrisait pas sa force, c'est tout, mais bon, j'allais pas mourir.

– On a qu'à aller au skate park en attendant ! proposai-je.

C'était pas loin, et en plus j'avais bien vu comment Jessie (qui était sur le terrain avec ses copines en train d'encourager les footeux) le matait et je savais que si je le laissai discuter avec elle j'allais devenir transparente. J'aimais bien Jessie, mais là j'avais envie d'avoir mon cousin pour moi toute seule, merdouille.

– T'as pas emmené Coop avec toi ? ajoutai-je en sautillant. Ça fait longtemps que je l'ai pas vu !! Eh dis, est-ce qu'il a reçu sa lettre ? Parce que moi je l'ai eu aujourd'hui !!

Je me souvins alors des deux mégères qui depuis leurs fenêtres devaient sûrement entendre tout ce qu'on disait. Je baissai le ton tandis qu'on s'éloignait de l'immeuble.

– Ce s'rait trop cool si on était dans la même maison ! Tous à Gryffondor avec toi, t'imagines ?

Coop avait un an de plus que moi. C'était à peu près tout le contraire de Chuck, mais je l'aimais bien quand même parce que même quand je faisais quelque chose qui l'ennuyait il ne disait pas grand-chose, alors que pour Chuck, ça passait pas. Je crois qu'il me pardonnait parce que j'étais petite. Je sais qu'un an ça représente pas grand-chose, seulement Coop, ben on aurait dit qu'il avait au moins dix ans de plus que moi dans cette seule année d'écart. Il aurait dû rentrer à l'école l'année dernière mais il avait pas pu, parce qu'il avait une espèce de maladie bizarre. On m'avait pas trop expliqué ce que c'était. Mais s'il rentrait cette année, c'est que ça avait dû s'arranger !

– En tous cas, j'suis contente qu'il aille mieux !! Dis, maman m'a dit qu'en première année, on avait des cours de vol. Coop va en avoir aussi, du coup ? Hein ? Parce que sinon ce s'rait vraiment nul !

On continuait à marcher et à discuter et je me sentais déjà beaucoup plus légère. J'étais bien mieux dehors qu'enfermée dans ma chambre au troisième étage, avec mes parents en train de se hurler des insultes, l'odeur d'encens dégueulasse qui montait toujours du premier, et les aboiements hystériques de ces débiles de chiens des Russell au-dessus de ma tête.

– Quand je serai en deuxième année, tu me prendras dans ton équipe de Quidditch ?

Bah ouais, parce que Chuck faisait aussi partie d'une équipe à Poudlard, je vous ai dit qu'il était trop cool !!

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Chuck Carlton
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MessageSujet: Re: downtown [C.C]   Lun 4 Juin - 16:55

Coop disait qu'Angie et Hamish, c'était un peu nos parents de remplacement. Moi je les aimais bien hein, évidement, mais j'étais pas trop d'accord. Déjà, on les voyait qu'une ou deux fois par an, parce qu'ils habitaient à Glasgow et nous à Bristol, et que voilà, on menait notre vie. Ensuite, même si tous les étés on passait souvent deux semaines chez eux, ben le reste du temps, on se téléphonait pas tous les quatre matins non plus. Et ensuite... Ben ensuite, vu qu'ils ne venaient jamais à la maison, que nos parents n'étaient pas proches et que quand on allait chez les grands-parents c'était plus tendu qu'autre chose, je crois bien que les Tennant n'avaient pas vraiment idée de comment était notre famille. Mais vous voulez que je vous dise? C'était bien mieux comme ça. Parce que les parents, merci bien, c'était pas un cadeau, pas dans notre putain de famille. Alors je préférais de loin qu'Angie et Hamish restent notre tante et notre oncle, qu'ils soient trop cool, et qu'on s'arrête là. Je ne voulais pas qu'on les associe à des parents, de près ou de loin, parce que j'avais l'impression que ça allait porter la poisse. Et puis honnêtement, je préférais aussi qu'ils ignorent la vraie face de la famille Carlton et qu'ils croient que tout se passait bien qu'ils sachent la vérité : j'aurais eu trop honte. Bien trop honte. Rien que devant ma cousine. Tess, je l'adorais, et je savais qu'elle adorait elle aussi son grand cousin et c'était bien la dernière des choses que je voulais qu'elle me voit chialer parce que ma famille était pourrie, que mes parents n'en avaient rien à secouer de nous, que mon père n'était qu'une éponge à whisky et ma mère une plante en pot qui servait de décoration dans notre maison décrépie, et que par-dessus tout, mon frère était gravement malade, mais chacun de mes deux parents s'en battait allègrement le coquillard.

Alors non, Angie et Hamish, ils étaient trop cool, trop sympas, Glasgow c'était les vacances, l'éclate, j'avais traîné Tess et Coop dans tous les endroits possibles, tous les étés je retrouvais la petite bande du coin, on allait dans les clubs et on traînait dans les rues, au skate parc, au stade, etc; ça avait beau être plus ou moins la même chose que ma vie à Bristol, ça avait toujours un petit goût de liberté en plus et de reviens-y. J'adorais ces semaines chez les Tennant, et Coop aussi. Heureusement qu'on avait ça : ça avait été, depuis toujours, nos seules vacances hors de chez nous. En plus, Tess était vraiment des barres. Si j'avais eu une petite soeur, j'aurais voulu que ce soit elle. Sauf que bon, un petit gnome, ça suffit, hein. Mais elle était pas prise de tête, elle était drôle, elle n'avait peur de rien et elle me suivait dans tout ce que j'avais envie de faire, du coup, à chaque fois on se marrait bien. Ça me faisait tout drôle qu'elle rentre à Poudlard, ça y'est : je l'avais tellement connu petite que me dire qu'elle rentrait dans la cour des grands... me rappelait que moi, j'étais déjà en sixième année... et que putain, le temps passait tellement vite quand on y réfléchissait!


– Nope. T'as qu'à me le filer, je lui donnerai ce soir.

Bizarre, quand même. Normalement, on aurait filé à l'étage pour dire bonjour à ses parents, on aurait goûté et mangé des bons gâteaux d'Angie avant de faire quoi que ce soit. Là, visiblement, Tess ne voulait pas déranger ses parents, et j'avais plutôt l'impression qu'effectivement il valait mieux les laisser tranquille... Merde, j'espère que tout allait bien, quand même. Parce que Angie et Hamish... Ben c'était Angie et Hamish, quoi. Le seul couple à peu près heureux que je connaissais dans tout mon entourage. Mariez-vous, mariez-vous, tu parles...

– On a qu'à aller au skate park en attendant !

Bon ok, message reçu. Je rangeai le papier dans ma poche sans faire attention à le chiffonner, non pas parce que je ne faisais pas confiance à ma cousine, mais bon je voulais quand même aller saluer mon oncle et ma tante, puisque je n'étais même pas venu chez eux cet été.

- T'inquiète, je lui passerai. Ça fait longtemps que je les ai pas vus, mine de rien.

Je l'avais maîtrisée en un rien de temps, comme d'hab, et maintenant elle sautillait partout, et son entrain me redonnait le sourire de plus en plus, et me faisait presque oublier ma foutue journée de merde à l'hôpital. J'avais plutôt envie d'aller au stade vu que y'avait Jessie et que l'été dernier, Jessie et moi on avait vécu des petites soirées bien sympathiques, mais bon, je n'allais pas laisser ma cousine en plan. Tant pis pour moi; j'avais été aux États-Unis avec Lilian à la place, et on ne pouvait pas dire que j'avais perdu au change...

Putain, ça me foutait un peu les boules d'être là sans Coop, et plus j'y pensais plus je me sentais con de pas l'avoir emmené, surtout qu'il allait me faire la gueule quand j'allais lui dire... Mais bon, j'avais bien le droit de me changer les idées, merde hein. Ça me faisait juste chier de sortir des douilles à Tess, mais d'un côté, je ne voulais pas l'inquiéter non plus.


-Tu sais quoi, Pumpkin? J'étais aux States pour les vacances... T'es jalouse, hein?

Je lui tirai la langue et la laissai savourer l'information avant de tirer mon paquet de clope et d'en allumer une. Ah, quand même, Glasgow m'avait manqué, un peu. Ce quartier n'avait rien de fabuleux, mais il me rappelait trop de bons souvenirs pour que je le trouve pourri comme le mien pouvait l'être. Finalement, c'était un peu le même que le nôtre, mais comme je l'avais toujours connu en plein été, avec mon oncle et ma tante et ma cousine, qu'on passait nos journées à faire plein de trucs avec les potes du coin et à se faire dorloter par Angie, c'était forcément bien mieux. C'était à chaque fois notre moment préféré des vacances, à Coop et à moi, parce que le reste du temps ben... c'était la routine, Bristol reste Bristol et on avait beau squatter dans des fêtes et découvrir de nouveaux trucs (comme ce chemin par les égouts qui menaient à tout un embranchement de couloirs sous-terre et d'endroits géniaux pour faire des fêtes dignes de ce nom), ça restait notre bon vieux quartier pourri qu'on écumait en long et en large et en travers pour lui trouver un quelconque attrait.

En passant le long du stade je vis Jessie qui me regarda et je lui fis un signe, tout en me disant que rien ne m'empêchait de la retrouver après. Tess était adorable, hein, mais c'était comme Coop, elle avait quand même six cinq ans de moins que moi donc voilà, quoi. Les mioches, parfois, c'est collant. Mais bon, elle était une vraiment cool mioche, alors ça allait.


- T'as pas emmené Coop avec toi ? Ça fait longtemps que je l'ai pas vu !!

Merde. Ben, non. Je haussai les épaules, avant de me donner une contenance en tirant une latte de ma clope.

- Eh dis, est-ce qu'il a reçu sa lettre ? Parce que moi je l'ai eu aujourd'hui !!

Ouf, heureusement que Tess faisait et disait toujours mille choses à la fois.

- Ce s'rait trop cool si on était dans la même maison ! Tous à Gryffondor avec toi, t'imagines ?

- Ouais, il l'a eu y'a quelques jours. Quand je pense que vous allez débarquer tous les deux, bande de morveux... Moi qui étais si tranquille...

Ah ça, comment oublier le moment où il l'avait reçue... En fait, c'était même la deuxième fois... Parce qu'il l'avait eue à ses onze ans comme tout le monde, sauf que voilà il était coincé à Sainte-Mangouste et que les Médicomages avaient formellement interdit qu'il aille à Poudlard. Moi je m'étais pointé comme une fleur avec la lettre dans sa chambre d'hôpital, mais je l'avais foutue bien vite à la poubelle quand j'avais appris ça, pas la peine d'enfoncer le clou dans la plaie, hein. Et puis j'avais expliqué à Poudlard toute l'histoire, et voilà, c'était réglé. Coop n'irait que si il avait l'accord de l'hosto. Et ça il l'avait vite compris, parce que pendant un an il s'était échiné à suivre toutes les recommandations à la lettre, encore plus que d'habitude, même quand il allait super bien et que même moi je lui proposais de déroger à la règle et de sortir faire un truc avec moi. Ca avait porté ses fruits mine de rien - franchement j'avais eu les boules, parce que je pouvais pas m'empêcher de penser : et si il faisait tout ça pour rien? Et je le voyais déjà passer sa vie ici, à moitié à l'hosto à moitié coincé chez nous... J'en avais même parlé à Taylord, un soir, je me rappelle. Ca m'avait échappé, me demandez pas pourquoi. En tout cas, cette année, il avait re-reçu la fameuse lettre de Poudlard, et cette fois je ne lui avais pas caché. J'avais tellement hâte pour lui. Du coup, je lui faisais croire que ça me faisait chier qu'il soit encore plus dans mes basques, évidemment. Un peu pareil pour Tess.

Il faisait chaud et heureusement que j'avais pris mes lunettes de soleil, d'ailleurs; je levai le nez après avoir soufflé la fumée de ma clope pour voir que le ciel était entièrement bleu. L'été n'était pas fini, même si ça sentait déjà un peu la fin, sans doute parce que j'étais rentré des USA et qu'il ne restait pas tant de temps que ça.

Au skate-park, il y avait en gros les mêmes gens que d'habitude, que je saluai d'un signe de la main pour ceux que je connaissais, avant d'aller me poser sur un côté avec Tess. Je me rappelai les premières fois où je leur avais appris à elle et à Coop de faire du skate, et Tess, casse-cou évidemment, s'était rétamée comme une grosse merde parce qu'elle avait essayé de faire une figure bien trop compliquée pour une débutante et qu'elle s'était éraflée toute la peau du bras. Comme j'étais à peu près sûr de me faire démolir la gueule par mon oncle et ma tante si ils s'en rendaient compte, elle avait porté des trucs à manches longues tout le reste du séjour, et je me rappelai que c'était drôle parce qu'elle était obligée de justifier haut et fort tout le temps qu'elle avait froid alors qu'il faisait pas loin de 30 degrés. On avait quand même des cools souvenirs, ici.

Bon, en tout cas, si elle comptait sur le fait que je n'allais pas la bizuter comme je le faisais à peu près à chaque fois que je la voyais... Elle pouvait toujours courir, et bien loin!


- Alors, t'as commencé à te renseigner sur comment on se bat contre un troll? Tu veux que je te donne des tuyaux?

J'attrapai un caillou et shootai dedans et il fit un long plongeon et alla s'écraser loin, dans la poussière du sol. Je fis un signe de tête à Tess pour voir si elle allait me battre - on aimait bien se lancer des petits défis comme ça.

- Parce qu'encore ça va, mais après avoir traversé le lac à la nage et tout t'es un peu épuisé quoi. Enfin bon un conseil : ne charge pas trop ta valise, les premières années qui perdent c'est parce qu'ils ont perdu du temps à traîner leur valise dans les cachots et qu'ils se sont fait rattraper par les Scroutt à pétards, du coup, continuai-je le plus sérieusement du monde.

Tess avait toujours le don de me changer les idées. Mais dans un coin de ma tête j'avais quand même un peu de remords vis à vis de Coop... J'avais un peu l'impression de préféré ma petite cousine en bonne santé plutôt que mon frère un peu trop malade, et je ne voulais surtout pas qu'il croit ça.

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Tess Tennant
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MessageSujet: Re: downtown [C.C]   Lun 25 Juin - 0:54


Ok ok ok, en route pour le skate park ! Nan mais je l'avais bien vu à sa tête que ça lui plaisait pas beaucoup de laisser là Jessie et ses potes, surtout qu'en face c'était pas n'importe qui qui s'entraînait sur le terrain, l'équipe de foot du lycée au grand complet. Ceux là ils s'arrêtaient jamais même pendant les vacances. Mrs Beattie avait un petit neveu dans l'équipe, un mec sympa qui avait à peu près le même âge que Chuck, et lui il disait toujours comme ça avec son petit air sérieux : “le corps, lui, il prend pas d'vacances.” Moi j'aimais bien ça le foot, en fait, un peu trop pour une fille même à ce qu'il paraît – mais je préférais quand même le Quidditch. Ça au Quidditch j'étais violente, d'ailleurs dans ma famille on l'était tous. Quand ils diffusaient les matchs des Vagabonds de Wigtown à la RITM, c'était les moments où on était le plus uni je pense bien. Uni dans les vociférations, évidemment. J'adorais ça, c'était le seul moment où mes parents s'en foutaient complètement que je jure comme un charretier ! Fallait les voir en même temps. Eux ils s'y connaissaient en insultes imagées, forcément, à s'en balancer toute la sainte journée à la figure.

– T'inquiète, je lui passerai. Ça fait longtemps que je les ai pas vus, mine de rien.

Je haussai les épaules, blasée. Chuck et Coop vouaient une espèce de culte à mes parents, parce que, selon Coop, c'était de “vrais” parents. Enfin, quand on les comparait aux leurs, soit disant. C'est vrai que je voyais pas beaucoup mon oncle et ma tante (en fait, chaque année à Noël, on aurait dit qu'ils apprenaient tout juste qu'on existait mon père et moi), et pour ce que j'en savais, c'est-à-dire de ce que les cousins racontaient, ou plutôt ne racontaient pas… C'était des gros cons. Genre, leur daron buvait – ouais, ça c'est moche, mon pote Harry qui est rentré au collège l'année dernière, ils l'ont mis au foyer parce que son père était alcoolo et le tabassait –, et leur mère, elle passait sa vie devant la télé à mater des feuilletons pourris. Bon d'accord, ça craignait. Soit. Là où j'avais un peu de mal à comprendre, c'était… en quoi mes parents étaient mieux ? Ils se tapaient pas encore sur la gueule mais des fois c'était pas loin de se finir en duel de magie. Ils se fichaient bien que je les entende depuis ma chambre, même s'ils évitaient de s'engueuler ouvertement quand j'étais dans la même pièce, histoire de se donner bonne conscience. Le plus souvent quand je sentais venir l'orage, je prenais le large vite fait bien fait (s'ils attendaient trop, ce serait plus violent). La seule raison pour laquelle mon père buvait pas c'est parce qu'il tenait remarquablement mal l'alcool pour un écossais, et c'était bien la honte de sa vie d'ailleurs. Probablement qu'ils étaient un peu mieux éduqués que les Carlton, y'avait une bibliothèque dans le salon après tout. Qu'est-ce que j'en savais moi, au final ? Peut-être bien que c'était de bons parents. Moi je les trouvais souvent nazes en tous cas. J'imagine que c'est comme ça pour tous les gosses.

– Tu sais quoi, Pumpkin ? J'étais aux States pour les vacances… T'es jalouse, hein ?
– T'es sérieux ?!

Un peu mon neveu que j'étais jalouse ! Bouse ! Les Etats-Unis – les States, comme disait Carlton – tellement délire ! Et quand ? Et comment ? Avec qui ? Combien de temps ? C'était bien ? Vous avez fait quoi ? T'as vu des trucs ? Est-ce que c'est vrai qu'on trouve des McDo pour les sorciers là-bas (Bah ouais, les fast-food sont au courant pour la magie, qu'est-ce que vous croyez ?) et est-ce qu'ils vendent ces sodas gazeux qui te font monter au plafond ?? Je le harcelai de questions ainsi jusqu'à ce qu'on arrive au skate park. Comme d'habitude à cette heure, y'avait pas grand monde, surtout hors période scolaire, tout le monde s'était cassé ailleurs (aux States par exemple, tiens). Tout le monde sauf moi bien sûr. Quand on allait en vacances, c'était chez mes grands-parents paternels, et seulement quand on avait de la poudre de cheminette. C'était toujours Chuck et Coop qui se déplaçaient pour venir nous voir, sauf à Noël – depuis deux ans Chuck ne venait même plus au Réveillon chez nos grands-parents d'ailleurs. Ça avait pas l'air de les déranger plus que ça.

Chuck fit un signe aux gars qui traînaient qu'il connaissait un peu. (Il connaissait tout le monde un peu.) Il faisait vachement beau – bizarre d'ailleurs, il avait fait moche tout le mois de juillet, rien d'inhabituel en Ecosse, et là bim ! Chuck se pointe, le soleil est là, cette blague – et sa présence me rappelait des tas de conneries qu'on avait pu faire, ici précisément. Je me sentais bien.

– Alors, t'as commencé à te renseigner sur comment on se bat contre un troll ? Tu veux que je te donne des tuyaux ?

Je levai les yeux au ciel. Il avait beau me narguer avec ça à chaque fois qu'on se voyait, j'avais beau savoir qu'il me faisait marcher, à tous les coups je courrai et je fonçai droit dans le mur. C'était ce que je savais faire de mieux, en même temps.

– Parce qu'encore ça va, mais après avoir traversé le lac à la nage et tout t'es un peu épuisé quoi. Enfin bon un conseil : ne charge pas trop ta valise, les premières années qui perdent c'est parce qu'ils ont perdu du temps à traîner leur valise dans les cachots et qu'ils se sont fait rattraper par les Scroutts à pétards, du coup.
– La ferme,
grognai-je en réponse. J'ai plus six ans tu sais ? Je crois plus à ces merdes.

Je l'avais dit sans m'énerver, mais je savais qu'il comprendrait le message. J'aimais pas qu'il me traite comme une gamine… Enfin, j'aimais pas qu'il me traite de la façon dont les adultes traitent les gosses. Ces conneries de trolls et tout, c'est comme le père Noël, les adultes racontent ça parce que soit disant la crédulité des enfants c'est mignon. Mon cul, ça les fait surtout bien rire ouais.

Non mais qu'on se comprenne bien : j'aimais bien ma vie d'enfant. C'était relativement cool. Et j'étais bien placée pour savoir que, la vie d'adulte, c'était souvent la merde. Mais en même temps… y'avait de bons côtés aussi, nan ? Être grand, ça voulait aussi dire pouvoir faire tout ce qu'on voulait sans que quelqu'un soit derrière vous à vous dire : « fais pas ci, mange pas ça, t'assied pas là, enlève tes doigts, parle mieux que ça ! » Depuis que j'étais née, y'avait qu'une chose qui m'intéressait vraiment dans la vie : aller de l'avant, découvrir des choses, faire plein de trucs, enfin… grandir, quoi.

– Le seul troll à Poudlard c'est toi !

Je lui tirai la langue avant de me mettre à courir, parce que je savais que le “ferme-la” plus le traiter de troll, ça allait pas passer sans au moins une tentative pour me faire mordre la poussière. Il n'y avait personne sur la rampe du fond, la plus haute, celle sur laquelle on avait peint à la bombe une skateuse à la peau foncée qui disparaissait de plus en plus sous les messages d'insultes adressés aux anglais. Je me précipitai dessus en prenant un maximum d'élan et l'escaladai en trois ou quatre enjambées, fléchissant les jambes et courbant le dos pour me donner suffisamment de puissance. Il y avait une rambarde en métal assez épaisse qui empêchait de tomber de l'autre côté ; je me hissai dessus et me tins debout en équilibre. Le vide derrière moi ne me faisait pas peur. Ce n'était pas comme si je risquais vraiment de tomber, et puis même si ça arrivait, j'avais vu pire, y'avait quoi là, deux mètres cinquante ? Tranquille.

– Fais gaffe, si t'essaie de me taper j'te fiche mon pied dans la tronche ! avertis-je Chuck comme il me rejoignait.

Effectivement, j'étais pile poil à la bonne hauteur !

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MessageSujet: Re: downtown [C.C]   Mar 2 Oct - 15:30

Ça me faisait bien kiffer de raconter tous mes souvenirs de vacances à ma cousine - enfin, tous... Vu qu'on avait testé à peu près toutes les pièces de la maison avec Lilian, il y avait bien évidemment de bons gros détails que je passais sous silence. Pour une fois, j'avais vraiment de quoi faire l'intéressant. Je veux dire : oui, évidemment, ici c'était toujours moi le plus intéressant, que ce soit avec Tess et Coop ou bien avec la bande de potes avec qui je traînais quand je passais du temps chez les Tennant, parce que j'aimais bien ouvrir ma gueule et que je savais comment raconter les histoires, et que j'en avais pas mal à raconter, avec toutes les soirées et les conneries que je faisais avec mes potes. Mais au fond, ma vie était banale, Poudlard mis à part. Et là, pour une fois, ma vie était vraiment trop cool, parce que je m'avais été invité chez ma meuf aux states et que j'avais vécu, enfin, ce rêve américain dont je parlais depuis toujours. Je voyais bien que Tess était trop envieuse mais elle était quand même un bon auditoire parce qu'elle se marrait bien et qu'en plus elle était contente pour moi, même si j'avais l'impression qu'elle allait se mettre à bouder dès que je parlais un peu trop de Lilian. C'était drôle.

C'était quand même drôle cette relation qu'on pouvait avoir. On aurait pas pu se blairer, Tess, Coop, et moi, on aurait pu ne jamais se connaître et se retrouver à Poudlard comme de vulgaires étrangers. Avec le peu de réunions familiales et surtout les catastrophes qui s'y passaient à chaque fois, c'était presque un miracle qu'on se rappelle avoir une famille. Je n'avais aucun souvenir d'un Noël qui s'était passé tout simplement, comme se passent normalement les Noëls chez les familles équilibrées. Non. Nos grands-parents étaient des abrutis finis, et quand je les voyais je comprenais nettement pourquoi ma mère n'avait jamais été capable d'aimer ses enfants - par contre je ne comprenais jamais comment Angie avait fait pour devenir ce qu'elle était, parce qu'elle était un ange parmi les trolls, quand on y regardait de plus près. J'imagine qu'Hamish y était pour quelque chose, mon oncle était un peu spé, mais il restait cool, et je savais que Tess avait grandi dans un truc qui ressemblait plus à une famille qu'à un vaste bordel, comme là où on avait grandi, Coop et moi. C'était simple : j'avais l'impression de vivre dans un hôtel, je rentrais dans la maison, j'y bouffais, j'y dormais, et puis basta. Mon père était aussi transparent qu'on portier, à cuver sa vinasse au fond de son vieux garage tout crade, et ma mère était la caricature de la réceptionniste dans les vieux motels miteux, avec ses bigoudis sur ses cheveux colorés, son parfum à deux balles, et la télé qui gueulait nuit et jour dans le salon. Devant mes potes je n'avais pas honte, parce qu'on vivait tous plus ou moins le même genre de trucs, à part Chris dont la mère était adorable - mais le père absent, on ne peut pas être gagnant partout non plus - mais il avait grandi avec moi donc je n'avais pas pu lui cacher ça bien longtemps. Par contre, face à Tess, j'avais un peu honte. J'avais surtout honte que son oncle et sa tante soient deux pouilleux même pas capables de s'occuper de ses cousins. Du coup, comme les Tennant ne venaient jamais chez nous, elle avait fait son petit caprice une ou deux fois pour venir, parce qu'elle voulait voir où habitaient ses cousins. Je crois qu'elle était venu une seule fois quand elle était toute petite, et depuis à chaque fois je lui sortais des grosses douilles, et Angie m'aidait, parce qu'elle avait compris sans que je l'exprime vraiment que ce n'était pas trop possible.

– La ferme. J'ai plus six ans tu sais ? Je crois plus à ces merdes.

J'aimais bien quand elle grognait comme ça, avec ses petits airs de bonhomme, elle était trop mignonne et me donnait envie de l'embêter encore plus. Évidemment, je me doutais que mon mensonge n'aurait pas trop d'impact mais c'était un de mes plaisirs de lui courir sur le haricot et de lui faire croire que je la prenais pour la dernière des gamines - alors qu'en vrai, oui elle était une gamine, mais elle était ma cousine aussi, et j'avais fait plein de trucs avec elle comme je les aurais fait avec mes potes, pendant toutes ces vacances qu'on avait passé ensemble.

- Ah bon? Mais t'as quel âge? continuai-je en lui lançant des clins d’œil moqueurs. Il faisait grave beau, pour une fois, et je me sentais vraiment posé, dans ce skate-park que je connaissais par cœur, dans ce quartier qui avait pour moi l'odeur des vacances, bien tranquillement installé en fumant une clope.


– Le seul troll à Poudlard c'est toi !

Ah ouais? Ah ouais? Pas folle la guêpe, elle était partie comme une dératée sur ses petites jambes, et je balançai ma clope par terre, lui laissai deux secondes d'avance et me mis à la courser. Tess s'apparentait souvent à un singe : elle aimait grimper sur tout et n'importe quoi, et je fis le tour de la rampe qu'elle avait escaladée pour lui faire face et la regarder en ricanant. Elle était peut-être bien là-haut sur son perchoir, mais maintenant elle était coincée, et je n'aurais pas trop de mal à l'attraper et la foutre par terre pour lui faire ravaler ses bêtises.

– Fais gaffe, si t'essaie de me taper j'te fiche mon pied dans la tronche !

Je pris ma tête de mec coincé et pas content du tout et lui dis en imitant la voix insupportable de notre grand-mère, entre celle d'un camionneur et d'une porte mal graissée :

- Descends-de-là-tout-de-suite-Teresa!

Eh oui, dans la famille J'ai des noms pourris, je demande le cousin et la cousine... Mais au moins l'avantage c'était qu'entre nous on pouvait en rire, et d'ailleurs avec Tess on se se privait pas, et c'était la seule que j'autorisais à utiliser mon vrai prénom pour rigoler. De temps en temps. Surtout que comme elle me voyait parfois avec mes parents, et que ma connasse de mère ne m'avait jamais appelé que Charles dans le seul but de me mettre en rogne, elle mesurait sans doute moins le fait que personne, absolument personne dans mon entourage proche, m'appelait autrement que Chuck.

Cela dit je préférais qu'elle descende, techniquement, parce que faire le chimpanzé comme elle le faisait, à savoir sans vraiment faire attention à sa sale petite tête, c'était ma cousine tout craché, et si j'avais jusque là trouvé des excuses géniales quand il lui arrivait un pépin, j'aurais bien du mal à en trouver une si elle s'explosait la tête. Et on va dire que les hôpitaux j'en avais ma claque, donc je pris mon élan et en m'appuyant sur le rebord de la rampe je lui attrapai les deux jambes et la fis basculer dans le vide - mais sur mes épaules - et la rattrapai comme un sac à patates, la tête en bas, les jambes coincés entre mes bras, avant de la secouer comme un prunier pour l'embêter :


- Dis, si je te secoue comme le pommier chez les grands-parents, tu crois qu'il va tomber des citrouilles?

Comme elle avait la tête à l'envers, ses cheveux orange pétant pendaient vers le sol et avec le soleil qui passait au travers, ils avaient l'air de prendre feu. J'étais certain que ma cousine deviendrait une nana trop canon, avec l'âge - et d'ailleurs j'étais prêt à distribuer des droites aux mecs qui l'approcheraient d'un peu trop près. Pour le simple plaisir de la voir coincée là comme une pauvre chauve-souris, je lui fis un grand sourire qu'elle verrait à l'envers et la tins bras tendus à quelques centimètres de moi pour voir comment elle allait s'y prendre pour se sortir de là.

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CHUCK CARLTON
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Tess Tennant
Élève de 3ème année



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Localisation : Non mais alors je t'explique, mec, y'a un truc ça s'appelle les jambes, c'est nouveau ça vient de sortir, et ça permet de se DÉPLACER ! Je sais, je sais. Truc de fou.
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Particularités: Je mets mes cheveux aux enchères sur E-Bay. […] C'était une blague.
Ami(e)s: Juste “amis”, sans les parenthèses… Ah ! Et Seb aussi.
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MessageSujet: Re: downtown [C.C]   Dim 21 Oct - 1:28

Je sais qu'il n'y a que les intellos coincés du cul qui disent ça, mais en fait… Je n'aimais pas trop les vacances. Enfin si, bien sûr, les premiers jours, c'était toujours vraiment cool parce qu'on a plus rien à faire à part s'amuser, parce qu'on a encore le temps de voir venir pour les devoirs de vacs (que les maîtresses donnent toujours, et ouais, et moi j'aurais la même chose à Poudlard alors que tous ceux de ma classe iront se la couler douce au collège du quartier, on peut pas être gagnant à tous les coups), et aussi parce que les copains ne sont pas encore partis alors comme on habite pas loin les uns des autres, on sort, on se voit, et c'est marrant. Mais y'a toujours un moment où ils s'en vont. Et je veux dire, partir pour les vacances, c'est génial, enfin je suppose. Mais perso, à chaque fois je reste, alors forcément c'est moins cool. On tourne en rond. On sort, et y'a personne, c'est déprimant… On finit par se faire chier royal, et pourtant j'ai de l'imagination, demandez à mes vieux !

Bref, si je dis ça c'est pour vous expliquer un peu le pourquoi du comment de ma réaction en voyant Chuck se pointer devant la porte de l'immeuble. La visite de mes cousins représentait un peu THE événement de l'été, très loin devant la sortie du disque des trente meilleurs tubes (que mon père aurait acheté pour le simple plaisir de s'en servir comme frisbee, s'il n'avait pas eu comme politique de ne jamais jeter de l'argent par les fenêtres). C'était comme s'ils ramenaient les cinq continents avec eux (tout en étant totalement, irrémédiablement, horriblement anglais – c'était drôle d'ailleurs comme ils rassemblaient tous les clichés du genre tout en restant opposés ; Coop, c'était le gentleman flegmatique trouduc chiant à mourir, et Chuck, l'ouvrier constamment torché qui vit pour la bière et le foot – enfin le Quidditch, vous m'avez comprise). Qui avait besoin de voyager, d'exotisme, quand les frères Carlton étaient réunis dans son appart' ? Rien que de les avoir tous les deux ensemble était déjà tellement drôle qu'on passait sa vie à se taper le cul par terre de rire juste en les observant. Et qui avait besoin d'aller à la mer, de faire des randonnées, du volley, ou que sais-je encore que font les gens en vacances, quand votre cousin décide de vous emmener pique-niquer sur le toit d'un immeuble ? Et si je vous disais que cet immeuble était en fait mon école et qu'on a un peu légèrement saboté les canalisations pour qu'à la prochaine alarme incendie ce soit la douche surprise pour tout le monde ? Longue histoire. Le fait est que, quand on avait Chuck et Coop Carlton chez soi pendant une, deux semaines, eh ben certes c'était crevant mais au moins en rentrant le soir (le matin) se coucher, on se sentait bien, heureux d'avoir fait quelque chose de sa vie. C'était la bonne fatigue, celle que j'aimais et qui me permettait de dormir bien tranquillement parce que je n'avais pas l'impression d'avoir perdu une journée à ne rien faire d'intéressant. J'avais fait des trucs, je pourrais raconter plus tard à mes gosses : ce jour là, j'ai fait ça, je suis allée là, il s'est passé ceci, cela, et c'était cool, ça ça l'était moins, etc. C'est ça qui compte. Si on ne fait rien pour marquer les événements, ils s'effacent – et ça, c'est terrible, parce qu'une vie oubliée c'est comme si elle n'avait jamais existé. Par exemple, y'a plein de choses dont je me rappelle plus avant mes cinq ans. C'est triste, et ce n'est pas si loin pourtant.

– Descends-de-là-tout-de-suite-Teresa !

Ah tiens, voilà qu'il remettait ça ! Enfin, si quelqu'un avait bien le droit de se moquer de mon prénom, c'était Chuck. Entre Teresa et Charles, on pouvait dire que nos mères avaient donné dans les prénoms merdiques ! Et dire que Coop avait de loin le nom le plus cool, alors que c'était carrément lui le plus coincé du cul dans cette famille de rebelles. D'ailleurs, peut-être que c'était lié ? Peut-être qu'en fait à cause de nos prénoms pourris on avait appris à se rebeller dès le berceau ? Ce serait marrant !

La différence, c'est que Chuck détestait son prénom parce que ses vieux l'appelait comme ça (et aussi les profs trop stricts, les guérisseurs, les gens officiels, bref, les relous et ceux qu'il aimait pas). Alors que mes parents vomissaient Teresa tout autant que moi. Ma mère avait choisi ça sous la pression de sa mère à elle – une vraie grognasse, celle-là – parce que genre c'était important de donner un prénom de la famille, vu que je portais le nom de mon père, bla bla bla. Donc, pour commencer, ma mère avait choisi la meuf la plus fêlée de notre arbre généalogique (une arrière-grande-cousine principalement connue dans la famille pour avoir accidentellement fait explosé sa collection de théières chantantes en voulant fonder une chorale) ; ensuite, elle avait laissé Teresa au placard et opté pour Tess, parce que mon père trouvait que ça faisait tellement rock'n'roll. Bref. Du coup, ça leur serait jamais venu à l'esprit de m'appeler Teresa, même dans un accès de colère ou pour m'emmerder, parce qu'ils avaient tellement honte de m'avoir fait un coup pareil à la base. Les seuls qui s'acharnaient, c'était les grands parents. “Teresa, tiens toi droite.” ; “Charles, prends exemple sur Cooper.”

Donc voilà : Chuck leur disait gentiment fuck. J'aurais bien aimé en faire autant, mais ça aurait mis mes parents dans la merde, comme quoi ils élevaient mal leur gosse, et je savais que ma mère était assez sensible sur ce sujet, donc voilà… Bref, donc pour revenir au présent, Chuck cherchait un moyen depuis quelques secondes de me choper sans me faire tomber et j'étais en train de me dire que j'avais réussi à le coincer quand il me prit en traître et me fit basculer sur ses épaules. Je gueulai un peu (j'avais eu limite la frousse en fait de vraiment tomber) mais en deux temps trois mouvements, j'étais neutralisée, la tête à l'envers, aveuglée par mes cheveux que j'avais encore refusé de couper la semaine dernière et qui me tombaient devant les yeux.

– Dis, si je te secoue comme le pommier chez les grands-parents, tu crois qu'il va tomber des citrouilles ?

Ces vieux shnocks avaient une petite maison à Hamilton, avec un jardin aussi étroit et inutile que leur place dans cette famille ; ce pommier dont parlait Chuck était le seul arbre qui poussait, tellement épais qu'ils n'avaient jamais réussi à le virer. Un gros machin gris dont les branches supérieures cassaient (c'était un pommier en même temps), détail que je ne risquais pas d'oublier vu que j'avais failli terminer à l'hôpital en les escaladant, une fois où ma mère leur avait demandé de me garder. A l'époque mon grand-père travaillait encore, et ma grand-mère, censée s'occuper de moi, était en train de discuter par réseau de cheminette dans le salon avec une de ses amies. Et donc, pendant qu'elle parlait chiffon, sa petite-fille de quatre ans était en train de pourchasser un écureuil et de se rétamer la gueule sur les cailloux. Pas mal.

– Aha-aha-aha, je m'étouffe de rire, émis-je, sarcastique.

Je n'avais pas calculé que, sous ma masse de cheveux, ma voix était effectivement un peu étouffée, comme s'il m'avait coincé la tête sous un coussin – ce qui le fit bien sûr encore plus rire. Malgré tout il arrivait quand même à me tenir à bout de bras – d'accord, je pesais pas lourd, enfin j'imagine, mais quand même – preuve qu'il était sacrement balèze. Le sang commençait à me monter à la tête alors je me mis à me tortiller sur place pour le faire lâcher prise (oui, je devais bien avoir l'air d'une chauve-souris dans cette posture). Sans réfléchir, je finis par lui donner un coup dans les genoux, le déconcentrant suffisamment pour qu'il me lâche. Sauf que du coup, je tombai sur mes coudes, ayant eu le réflexe de plier les bras avant l'impact, et me débrouillai je ne sais comment pour rouler – c'était quand même spectaculaire – le long de la rampe de skate jusqu'en bas sur le bitume. J'entendis Chuck glisser dessus pour me rejoindre et fit un effort pour me redresser malgré ma tête qui tournait, avant qu'il ne pense que j'avais eu vraiment mal.

– Ça va, j'ai rien, assurai-je, essayant de ne pas avoir l'air trop sonné.

Il m'aida quand même à me remettre sur mes jambes, en me saisissant sous les bras pour me soulever et vérifiant au passage que je n'avais vraiment rien de grave. Mes coudes avaient pris cher et je m'étais tordue la cheville, mais ça allait passer. Les blessures m'inquiétaient plus parce que ma mère avait un problème avec ça, elle pouvait regarder un film d'horreur et trouver ça très drôle mais dès que je me faisais la moindre coupure elle devenait hystérique. Je levai les yeux vers Chuck, dubitative.

– … Je suis tombée en courant ? suggérai-je.

(C'était un peu l'habitude de cacher mes frasques.)

Il n'était pas très tard, mais si Chuck était venu en bus et qu'il comptait repartir, il valait mieux ne pas trop traîner quand même. Normalement, je me serais tapée de l'heure, mais ce soir là, je me sentais un peu… différente. Le fait d'avoir reçu ma lettre ? Peut-être. Je ne sais pas pourquoi mais je redoutais quand même la réaction de mes parents face à ma cascade, plus que de raison je veux dire. Ils avaient l'air tellement énervés l'un après l'autre quand j'étais partie… C'était fréquent, mais ça ne rendait pas la chose agréable pour autant. En clair, je n'avais pas envie de rentrer, mais je sentais que c'était juste pas le bon jour pour faire une connerie et qu'il fallait que je prenne sur moi. Et puis, si Chuck restait souper ça détendrait forcément l'ambiance non ? Il fallait qu'on rentre, c'était sûr.

– On peut… y aller ?

Ma voix me semblait bizarre. Un peu gamine en fait. Le vent du soir sur mes coudes rapés me picotait, je savais que j'allais encore en avoir pour des semaines.

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Chuck Carlton
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MessageSujet: Re: downtown [C.C]   Ven 9 Nov - 17:56

– Aha-aha-aha, je m'étouffe de rire.

Ca c'était approprié, ma chère cousine! La tête en bas, elle se tortillait comme un veracrasse et sa touffe de cheveux roux lui bouchait la vue et la bouche, et j'étais sûr qu'elle devait en bouffer une partie. Moi, je me marrais. Tess était tellement drôle à embêter, parce qu'elle chouinait pas comme une greluche dès qu'on la bousculait, qu'elle prenait part aux blagues même si c'était des trucs de mecs, et en plus, même quand elle se faisait mal, elle ne pleurait pas. Bon, je l'avais déjà vue chialer quelques fois, mais il fallait vraiment que ce soit une grosse grosse chute où là vraiment je comprenais qu'elle douillait bien comme il faut. Mais sinon, elle serrait les dents et en redemandait toujours, avec cette énergie inépuisable qu'ont les gosses. Je l'aimais vraiment bien. Je crois même que je soûlais Coop avec ça. Je veux dire, il était mon frère et rien ne comptait plus que lui pour moi, ça c'était clair (pour moi). Mais parfois Coop était trop... Chiant, trop parfait, trop adulte alors qu'il n'était qu'un môme et donc ben au final, je me marrais plus avec Tess. Enfin, c'était comme ça hein. On ne choisit pas sa famille, sinon autant vous dire que je n'aurais pas pris ce genre de parents-là et pas non plus ces grands-parents à la con, mais niveau cousine et frère, ça m'allait bien, je gardais la main. Oui parce que nos grands-parents, c'était des monuments dans le genre. Je n'avais jamais vu de gens aussi... désagréables qu'eux. Même de gueule, ils étaient insupportables. Gros et moches et mal sapés. Alors dans les faits, je ne vous en parle même pas. A chaque Noël, Tess, Coop et moi, on devait un peu près avoir la même tête en arrivant devant leur maison : celle du condamné à mort qui marche vers l’échafaud.

Comme toujours dans notre famille, en ce qui concernait les parents ou les grands-parents, allez savoir pourquoi c'était les meufs qui portaient la culotte. Chez nous, c'était clairement ma mère et son caractère de connasse qui avait tout le pouvoir sur mon père, inexistant au possible. Chez les Tennant, bon, c'était plus mesuré, mais Angie n'était pas quelqu'un qu'il fallait trop emmerder. Les grands-parents, pareil. Notre grand-mère était genre un mélange de ses deux filles, avec que la mauvaise partie d'Angie et toute ma mère (qui n'avait que du mauvais) et le tout fois mille. Je ne vous raconte pas l'ambiance. Notre grand-père, bah, il était un peu concon, alors bon, il faisait pas de mal, mais il ne sauvait pas la situation. Une fois, c'était y'a deux ans je crois, j'en avais eu ras le cul des remarques de la grand-mère et j'avais répliqué, évidemment, sauf que ça s'était envenimé et j'avais pas lâché l'affaire. Elle avait fini par me coller une claque sur la tête, comme toujours, et sauf que comme j'étais à cran j'avais levé la main et failli répondre avant de m'arrêter à temps parce que Coop avait crié mon prénom - il était toujours là quand il le fallait, ce petit. Bref, bonjour l'ambiance, quoi. Et joyeux Noël.

Pendant que je me démenais pour ne pas lâcher Tess, elle se démenait elle aussi et se tortillait comme une anguille, et elle essaya même de pincer la drôlesse, mais je tenais bon - il faut dire que j'avais clairement l'avantage de la taille. En plus, comme je la tenais à bout de bras, elle n'arrivait pas à me toucher. Enfin... C'était sans compter les camps d'entraînement dignes de ceux des casques bleus que je lui avais imposé, parce que, en se balançant d'un coup, elle réussit à me toucher, dans les genoux en plus, et les genoux c'est très con, parce que ça a ses propres réflexe, du coup je ne contrôlais rien, sentis mes jambes se plier contre l'attaque, et je lâchai Tess. Au-dessus de la rampe de skate, ce qui était un peu haut, et ce qui n'était pas du tout dans mes intentions.


- Mais t'es trop... con, m'interrompis-je. Bon sang, elle me soûlait quand elle faisait ça, agir sans réfléchir! Parce que là, ma petite farce aurait pu mal se terminer. Heureusement pour elle et pour moi, elle était souple comme un chat de gouttière et roula plus qu'elle ne tomba. Je la rejoignis en me laissant glisser sur la rampe, ravalant mon inquiétude passagère. Elle ne se faisait jamais mal, cette gamine. Je la connaissais comme si je l'avais faite.


– Ça va, j'ai rien, dit-elle avec sa petite tête trop fière pour avouer qu'elle était un peu dans les choux.

Je lui souris et l'aidai à se relever, en la tirant par dessous les épaules et en la remettant doucement sur ses pieds.


- C'était une belle chute, soldat, heureusement que je t'ai appris comment tombent les pros, dis-je sur le ton militaire qu'on s'amusait souvent à prendre. Encore plus dans ces moments-là, quand on savait qu'on avait échappé au pire, mais que finalement ça allait plutôt bien, donc, hein, pourquoi pleurer sur un truc qui aurait pu se passer? De ce côté là, je savais que Tess était comme moi. Elle avait compris que la vie ne faisait pas trop de cadeaux, donc qu'il fallait mettre de côté ce qui faisait chier, et profiter du reste.

Comme elle j'examinai ses coudes tout râpés - hmm, c'était rien en soi, mais je savais par expérience que ça faisait bien mal.


– … Je suis tombée en courant ?

- Comme d'hab, dis-je en lui faisant un clin d'oeil.

Une ombre passa sur son visage et je mis par habitude la main sur ses cheveux pour les frotter un peu - j'amais bien, j'avais l'impression qu'elle était une petite poupée, ma petite poupée à moi, depuis toujours. Et puis elle n'aimait pas qu'on lui touche les cheveux, elle râlait tout le temps quand les vieux le faisaient, mais moi j'avais le droit, c'était comme ça.


– On peut… y aller ?

Je hochai la tête : elle m'avait devancée. Et puis, on était en été et le soir ne tombait pas tôt, mais on sentait que la fin de journée approchait. Je jetai un dernier coup d'oeil au skate-park - ça m'avait manqué mine de rien de pas passer quelques jours ici cet été. On prit le chemin du retour et en passant devant le stade je saluai les autres. Jessie fit un geste vers nous et je savais bien ce qu'elle voulait, mais je devais passer chez les Tennant et... Je ne me sentais pas rester. Enfin : je n'avais aucune envie de rentrer et oui, j'avais envie de rester, mais je ne pouvais pas. Ca se faisait pas de laisser Coop tout seul après la journée d'aujourd'hui, déjà que là... Bref. J'haussai les épaules et montrai mon portable à Jessie - ouais ouais, on s'appelle. Même si je savais pas quand j'allais revenir, mais ça elle n'était pas obligée de le savoir.

Je me rendis compte alors que Tess marchait moins vite que d'habitude, c'est à dire qu'elle marchait normalement au lieu de sautiller partout comme une puce. Peut-être qu'elle avait mal de sa chute? Je ne lui laissais pas le choix et la soulevai d'un coup dans mes bras :


- En selle, cow-boy!

J'en profitai au passage pour lui coller un bisou sur le front, avant de la caller sur mes épaules. Depuis qu'elle était toute petite, elle me soûlait tout le temps pour monter sur mon dos. Moins maintenant, évidemment, mais moi ça me faisait marrer.

- Je passe dire bonsoir à tes parents et je rentre, d'acc?

Comme ça je pouvais leur passer la lettre, les voir un peu, et attraper mon bus. J'espérais juste qu'ils ne me poseraient pas trop de questions sur Coop, ou bien pas devant Tess. Je me sentais déjà pas trop à l'aise. Pas la peine d'en rajouter.


Fin

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