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Tout ça, et l'amour aussi

 
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 Tout ça, et l'amour aussi

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Stephen Fray
Élève de 7ème année



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MessageSujet: Tout ça, et l'amour aussi   Mar 10 Avr - 1:19

« Tell me about the dream where we pull the bodies out of the lake
and dress them in warm clothes again. »



06:30 : Réveil. Rideaux. Toilettes. Douche – vingt-sept degrés, six minutes. Sous-vêtements (chaussettes – pantalon – chemise – cravate – pull – robe). Dents (trois minutes).
06:42 :

– Stephen, on descend !

Tous les matins étaient les mêmes.

Que se passerait-il, songeai-je, si pour une fois je ne répondais pas à Scott et décidais de ne pas sortir de la salle de bains ? Mon reflet dans le miroir me renvoya un regard las, mais dubitatif.

– Stephen ? appela la voix de Scott, juste derrière le battant.

Je me détournai alors de la glace et, en un bond, fut à la porte, que j'ouvris d'un geste brusque.

– Voilà voilà ! répliquai-je, affichant un sourire un peu agacé mais résolument large. Nul besoin de se précipiter, le bacon ne va pas s'enfuir !

En bas des escaliers, nous croisâmes Haley entourée de ses amies. Scott eut droit à un signe de la main ; moi, un hochement de tête crispé. Comme à chaque fois qu'elle tournait la tête sur mon passage – c'était le cas depuis les vacances de Noël – je scannai son apparence dans les moindres détails, jusqu'à ce que mes nerfs optiques crient grâce (
qu'est-ce que j'ai fait ?). Mais elle ne se retourna pas.

Parvenus dans le Hall (06:50), Scott m'abandonna au pied des marches. Taylord apparut à leur sommet quelques secondes plus tard (tempo parfait).
« Scott n'est pas avec toi ? » (ll m'en veut toujours ?)
« Il est descendu plus tôt. » (Il ne veut pas te voir.) « … Et Chuck ? » (Pourquoi lui ?)
« Pas vu. » (Pas tes oignons.)
« Il s'est sûrement levé en retard. » (Vous ne trompez personne.)
« Ça, c'est tout lui ! » (Je ne vais pas le lâcher. Accepte-le.)

07:00 : Heure locale du courrier. Je me saisis avec contentement du Daily Poudlard au moment où Carlton débarquait en grande pompe, comme à son habitude, entouré de sa bande et roulant des mécaniques. Ce matin il semblait particulièrement en forme – la journée avait à peine commencé qu'il soufflait déjà un baiser au Professeur Kelsey (laquelle, blasée, ne réagit même pas). Visiblement, quelqu'un avait passé une bonne soirée. La page douze du Daily, grand ouvert derrière mon assiette d'œufs brouillés, me permit d'occulter la vision du Gryffondor, venu saluer Haley en la prenant dans ses bras, un sourire réellement affectueux sur son visage.
Ainsi donc, 69 % des élèves étaient satisfaits de leur couleur de cheveux.
Passionnant.

La journée défila ensuite, comme tous les jours semblaient défiler pour moi ces derniers temps. Métamorphose. Deux heures de Botanique. Déjeuner. Encore deux heures de Botanique. Sortilèges, et étude des Runes pour terminer l'emploi du temps en beauté. La cloche résonna, précipitant les élèves en week-end avant que le Professeur Fleming n'ait eu le temps de dire “Wunjō”. Une fois dans le couloir, je restai un instant interdit – était-ce déjà la fin de la semaine ? Le temps avait passé à toute vitesse et je me retrouvai, une fois de plus, sur le point d'affronter un samedi insipide et un dimanche tout aussi vain.

Vendredi… Habituellement, j'aurais rejoint Taylord à la bibliothèque ; dans le calme ambiant, nous serions peut-être parvenus à avoir une discussion honnête. Seulement ce soir, je me sentais un peu nauséeux et je n'avais “envie” que d'une seule chose : m'étaler tel un phoque sur un canapé de la salle commune et ne plus en bouger jusqu'à lundi matin. Je pris donc, sans hâte, le chemin de la tour de Serdaigle. Au bout de six ans d'errance dans les couloirs je connaissais le château comme ma poche et avançais sans vraiment regarder où j'allais, tel un automate, faisant confiance à mes pieds pour me ramener à la maison. Comme j'atteignais le viaduc, le vent violent qui soufflait sans répit depuis une semaine me frappa sans crier gare ; frissonnant, je relevai la tête et voulut presser le pas.

C'est alors que je la vis.

Elle se tenait exactement au même emplacement que moi, mais de l'autre côté du pont, comme un reflet dans le miroir (sur le moment la comparaison semblait si
évidente). D'autant plus que, pour la première fois peut-être depuis que nous nous connaissions, elle portait l'uniforme réglementaire – et elle le portait de manière tout à fait conventionnelle. Pas une manche plus courte ou plus sale que l'autre, pas de cravate oubliée ou attachée à la va-vite, pas de badge ou de broche familiale accrochée à un endroit stratégique. Lizlor Wayland, fille de la Directrice, était devenue une élève lambda. Jane Doe. Miss Toulemonde et Nimportequi.

Elle me regardait et je savais que j'avais le même regard – comme deux chats, vraiment, comme deux animaux qui se jaugent. Wayland… ces derniers temps je l'avais bien observée – en vérité, j'avais toujours un œil sur elle, mais peu importe – et elle ne semblait jamais voir personne. Mais à cet instant, elle me
voyait. A cet instant, il y avait un peu de la Lizlor d'avant dans ses yeux, un peu d'ailes de papillon et de T-shirts informes et de genoux écorchés.

Je fis un pas vers elle et elle vers moi, et ainsi nos pas finirent par se rejoindre au centre du viaduc. Je ne sais pas pourquoi nous nous retrouvions ce soir là plutôt que n'importe quel autre soir depuis Noël – peut-être était-ce parce que nous étions seuls sur le pont, ce qui en soit était étrange, comme si le reste du monde s'était arrêté de tourner.

– Salut, dis-je, le premier.

Il y avait encore une certaine distance entre nous – cinq ou six mètres, pas plus – mais pour l'instant je ne ressentais pas le besoin d'avancer davantage vers elle. L'avoir juste en face de moi me suffisait à oublier tout ce qui encombrait ma tête et faisait de ma vie une sitcom digne de celles qui avaient fait de ma mère un légume en l'abrutissant à longueur de journée. Scott et Taylord, Taylord et Chuck, Scott et Lilian, Taylord et Lilian, Chuck et Haley, Scott et Haley – Wayland n'avait rien à voir avec tout ça. Wayland était à part. Wayland, avec ses cheveux couleur de couchant balayés par les vents sauvages des Highlands, me permettait de
respirer.

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Lizlor Wayland
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MessageSujet: Re: Tout ça, et l'amour aussi   Ven 13 Avr - 18:46



http://www.youtube.com/watch?v=DSv5Fx-yKHg
Je veux bien essayer
Et je veux bien y croire
Mais je suis fatiguée
Et mon soleil est noir
Pardon de vous le dire
Mais je reviens ce soir
Le cœur égratigné
Et j'ai le désespoir...


Le feu à l'intérieur ne brûlait plus.

J'aurais aimé pouvoir exorciser mes démons comme je l'avais toujours fait avant. La prise de conscience, une nouvelle fois, me réduisait à l'état de poussière. Je n'étais plus rien. C'était ce choc qui me terrassait, quand je réalisais, encore et encore, qu'il était parti à tout jamais, quand je me noyais dans les larmes qui dévalaient les joues de ma mère, quand j'imaginais notre été à tous les trois, avec ce fantôme, cette place vide et froide qui nous laisseraient creux à tout jamais.

J'aurais aimé ressentir quelque chose, autre chose que ce vide et immense et abscons. J'aurais aimé pouvoir hurler mon désespoir ou le pleurer à torrents, qu'il coule hors de moi et me frappe de ses déferlantes. J'aurais aimé sentir comme avant la violence de mes sentiments, cette même violence qui jaillissait hors de moi avec une force que je ne maîtrisais pas, qui me faisait vibrer et trembler et haïr la terre entière de son injustice. J'aurais aimé que brûle encore ce soleil au fond de moi et qu'il m'irradie toute entière. J'en avais la nausée de regarder ainsi par-dessus de mon épaule et de me voir alors, drapée de mon passé, cette Lizlor que j'abandonnais encore derrière moi dans cette brume épaisse et qui jamais plus ne serait. Je me fragmentais, encore et toujours. Aujourd'hui mon soleil était noir, et pour combien de temps allais-je supporter ce morcellement douloureux et implacable? La mort de mon père avait emportée avec elle chacune de la moindre émotion qui se lovait au fond de mes entrailles. A la place de cela, aujourd'hui, il y avait ces nappes d'air, un air terrifiant et écrasant, pire que le vide, pire que tout. Il n'y avait plus
rien, de ce rien que l'être humain ne peut pas se figurer car son esprit est incapable de l'imaginer, et que rien ne fait plus peur que le vide infini.

Je vivais comme une automate, guidée des horaires des cours, des repas; en dehors de cela je passais du temps avec Maman mais plus je voyais combien elle souffrait plus je me recroquevillais en moi : après toutes les fautes que j'avais commises, la façon dont j'avais été une enfant si mauvaise, il m'était insupportable de lire son mal-être et de voir ses yeux briller de larmes par moments avant que bien vite elle ne les essuie. Elle était si forte, elle avait toujours été si forte, et pourtant elle tanguait et cette fragilité soudaine me terrassait et pulvérisait tout ce à quoi je m'étais toujours raccrochée. Je me levais et puis je mangeais et puis j'allais en cours et puis je mangeais et puis j'allais la voir et puis je dormais. Et puis je me levais. Je ne pleurais pas, je ne souriais pas, je ne riais pas, je ne parlais pas, je ne criais pas, je ne mourais pas. Rien. Rien du tout. C'est comme ça la vie, vivre ou mourir, il paraît? Je ne crois pas. Après la mort... Après la mort c'était le néant, du moins pour ceux qui restaient. Pas la vie. Comment réapprendre à vivre? Je n'avais pas les cartes en main, et surtout, pas de professeur. Sur l'échelle du malheur nous étions égaux, parents, enfants, c'était la simple et triste constatation que je pouvais en tirer.

Les jours avaient passés, des pages blanches immaculées et toutes identiques que j'avais inlassablement tournées.

L'une après l'autre.

Encore...

Et encore...

... Elles ne changeaient pas.


« Où es-tu, Liz? » résonnait une petite voix en moi. « Réponds!! » Je voulais m'énerver, mais je ne savais plus. Tout comme je ne savais plus pleurer. Quelque chose s'était bloqué et m'empêchait toute extériorisation, même si je me demandais bien comment il était possible d'extérioriser quelque chose qui n'était somme toute fait que d'air, de chagrin, de sanglots et de regrets...

Liz tombait et tombait dans ces ténèbres mais c'était pire qu'une simple chute; parce que toute chute a un atterrissage, et c'est cela qui la rend terrible. Le choc, le bruit, la douleur. J'aurais aimé les connaître, m'en réveiller ou en crever, mais au moins, les
sentir. J'avais besoin de sentir le vent de la vitesse due à mon plongeon, les griffures des branches auxquelles j'essayais de me raccrocher sur la peau de mon visage et de mes mains, les chocs contre les paroi de ce mur dont j'étais tombée. Tout plutôt que rien, cette cascade indolente, presque douce. Cette glissade foudroyante au goût amer de défaite.

Défaite. Mes ongles se crispèrent sur la balustrade du pont alors que j'avais les yeux perdus dans la vague, droite comme un i au milieu de ce pont où mes pas m'avaient menée. Qu'y cherchais-je? Un peu d'air sans doute pour tenter de nourrir mes poumons atrophiés. Un peu d'air pour quoi? Pour continuer ainsi? Quelle belle ironie...

Un bruit me fit tourner la tête et je me retrouvai face à face avec Stephen Fray, me retrouvant étrangement dans l'expression tellement neutre de son visage. Il était là, de l'autre côté, et je crois que nous restâmes quelques temps à nous regarder en chiens de faïence sans que chacun ait l'idée d'esquisser un mouvement, perdu dans ses propres pensées, si tant est que le fil décousu des miennes tissent encore la trame de ce que l'on pouvait appeler des pensées. Il avait cette même allure de toujours, ces gestes précis, cette tenue irréprochable sans qu'elle soit poussée à l'excès, mais qui faisait juste comprendre qu'elle était réglée comme du papier à musique, à l'image de sa façon d'être et d'agir. Tout ce qui m'inspirait de l'horreur et du dégoût. Un esprit froid et droit, un raisonnement calculé, un goût irraisonné de l'ordre. Je le connaissais sur le bout des doigts, pour l'avoir si souvent côtoyé et m'y être confronté, pour l'avoir traqué comme une proie, à un tel point que je savais exactement comment se déroulait son bien calme petit quotidien. Tiens, où était Collins, fidèle petit toutou qui en bavait presque alors que son maître ne voyait rien de ce petit jeu, lui qui croyait si bien voir ce que les autres ignoraient?

... Une angoisse sourde me noua les entrailles : cela ne m'amusait même pas. Fray ou Collins ne suffisaient même pas à réveiller mes vieilles colères.

Je fis un pas, puis un autre, m'approchant de lui comme un félin talonne sa proie pour voir si la distance y changerait quelque chose. Et puis, trop vite, je me retrouvai en face de lui, soudain prise au dépourvue, car, fatalement, il me voyait.


– Salut.

Je ne pouvais pas le toucher mais cela encore ne me faisait plus rien : il aurait pu me toucher que j'en serais restée la même, incapable de ressentir l'aversion habituelle, le soulèvement de mes viscères sous ce contact révulsant. Il restait un peu d'espace entre nous mais j'étais tout de même obligée de lever la tête vers lui pour le regarder dans les yeux car il était grand, plus grand d'ailleurs que je ne l'avais jamais réalisé, et pour la première fois je me rendais compte du dessin exact de ses traits, de la particularité de son regard, de la forme de ses sourcils, de sa peau mat et de la brillance de ses cheveux.

- C'est tout? fus-je seulement capable de dire. Qu'attendait-il? Salut?! Depuis quand s'était-on jamais dit Salut?!

Un pas en avant, puis un autre. Mon père est mort. Je suis une épave que les écueils n'ont pas fracassée complètement, hélas. Je ne suis qu'une ombre et tu le vois. Et tu me dis Salut ?!

Je ressentis une légère étincelle au fond de moi, comme un sursaut avorté, mais un semblant de sursaut tout de même. cette défaite ne pouvait pas durer - c'était impossible. Cela ne me ressemblait pas.


Il avait le pouvoir de me secouer. Il avait le pouvoir de mettre des branches en travers de ma chute qui m'écorcheraient mais me ralentiraient. Il avait le pouvoir d'attirer de ses mains ma haine et mon énergie. Il avait le pouvoir de me déchirer tout entière et de me faire renaître. Il l'avait, car il l'avait toujours eu, attisant jour après jour le feu qui aujourd'hui ne brûlait plus. Ces émotions indicibles que je ressentais à son égard ne me paraissaient plus aussi claires : cette haine et ce dégoût avaient un petit goût salvateur qui me donnait envie de courir entre ses bras et de m'y jeter - cet impact serait le début.

- Tu as peur? demandai-je subitement, n'osant faire le dernier pas. Dans ses prunelles, j'aurais juré y lire de la crainte à mon égard, comme si je comprenais tout d'un coup l'étrange façon dont il s'était toujours comporté lorsque nous étions seuls à seuls. Au milieu de ce pont, à l'exact milieu d'ailleurs, comme une étrange coïncidence, ce face à face me semblait pour la première fois dénué de haine et de révolte, comme si nous étions soudain dans un nouveau monde où rien n'avait existé - n'existait?...

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Stephen Fray
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MessageSujet: Re: Tout ça, et l'amour aussi   Sam 14 Avr - 0:39



Je ne prétendrai pas n'avoir jamais vu venir cette confrontation (finale ?) avec Wayland. Depuis le temps qu'elle et moi nous tournions autour, il était évident depuis longtemps que ce jour devrait arriver tôt ou tard. C'est pourquoi, en soi, l'événement ne fut pas vraiment une surprise. La surprise, fût en fait la facilité avec laquelle je l'acceptais. Je m'y étais attendu, certes, mais à présent cela semblait si… logique.

Comme si elle et moi avions toujours été destinés à finir sur ce pont, dans le blizzard, à nous regarder en chiens de faïence.

Je ne croyais pas au destin. Pour moi il y avait d'une part, les faits, de l'autre, les conséquences. C'était normal, j'étais un homme de sciences après tout. J'étais près à croire à l'existence de beaucoup de choses, mais pas à celle d'une puissance mystique contrôlant les faits et gestes de chacun. Je ne croyais pas non plus, puisque nous sommes clairement dans le sujet, à la vie après la mort, ou à toute forme d'existence post-mortem évoquée dans quelque religion ou mouvement religieux que ce soit. Une fois que les fonctions vitales cessaient de fonctionner, le cerveau s'éteignait comme une bougie qu'on soufflait, et on avait pas encore trouvé le moyen de le rallumer. Ce ne serait probablement jamais le cas. On pouvait essayer de le maintenir éveillé un peu plus longtemps que prévu mais à la fin, nous étions tout simplement humains ; donc, mortels. C'était comme ça, c'était ainsi, c'était la vie.
Maintenant que vouliez-vous que j'aille raconter à Wayland sur le sujet, alors qu'elle venait de perdre son père ? Je vous pose la question.

Et elle me la posa, à sa manière bien particulière comme toujours.

– C'est tout ?

Le reproche était perceptible dans sa voix, ce qui, étrangement, me soulagea. Ce n'était peut-être pas une réaction très positive mais c'était déjà une réaction. Récemment elle s'était montrée si amorphe, si… différente de la personne que j'avais appris à détester, que ce n'était même plus drôle.

– C'est généralement ainsi que les gens civilisés entament une conversation entre amis, répliquai-je, parce que même à la voir dans cet état là, même en sachant ce qui était arrivé à sa famille (le Professeur Jones avait discrètement fait passer l'information dans chaque classe le lendemain du décès, dans le but j'imagine d'éveiller notre sympathie envers la Directrice et sa fille, ce qui, concernant cette dernière, ne pouvait pas faire de mal), même ainsi, je ne pouvais me résoudre à la prendre en pitié et lui octroyer un traitement de faveur.

Je me rendis compte trop tard que j'avais laissé échapper le mot “amis” mais ne trouvai aucun moyen de le ravaler, de le remettre bien à l'abri, dissimulé dans les méandres de mon subconscient. Gêné, je tournai la tête vers le paysage pour éviter son regard insistant, mais lorsque je la sentis faire un autre pas vers moi, toute mon attention fut promptement ramenée à elle, mes yeux surveillant avec appréhension chacun de ses gestes. Elle dut remarquer mon attitude car elle s'arrêta soudain pour m'étudier, pensive.

– Tu as peur ? demanda-t-elle, comme si elle ne pouvait pas le croire.

Taylord m'aurait-elle posé la même question, je savais ce que j'aurais répondu. Peur ? Moi ? Jamais ! Et peur de quoi au juste ? Tout le monde savait que j'étais un explorateur, un aventurier, bravant chaque jour les interdits, repoussant toujours plus loin les limites de la magie !…

… Wayland n'était pas Taylord.

– Toujours.

Je m'autorisai un sourire coupable. C'était, je crois, le premier vrai sourire que je lui adressai – pas ironique, pas méprisant, mais sincèrement malicieux. Le genre de sourire que je réservais à Taylord, lorsqu'elle devinait que j'étais sur le point de faire quelque chose qu'elle jugeait complètement idiot.

– C'est plus drôle comme ça, conclus-je. Tu n'es pas d'accord ?

Je savais qu'elle l'était.

Avec le dernier pas qu'elle avait effectué dans ma direction, nous nous trouvions à, quoi, un mètre l'un de l'autre ? A peine. Soit, une distance assez réduite pour me mettre mal à l'aise. Cependant, je me sentais étrangement… non pas calme et détendu – en fait, c'était tout l'inverse, mais d'une manière qui n'était pas… désagréable. J'avais envie de la toucher, de toucher ses longs cheveux qui me fascinaient depuis toujours, de la secouer comme une prunier pour la réveiller car j'avais l'impression qu'elle dormait debout ; j'avais envie de la prendre dans mes bras et de ne plus jamais la lâcher. Et je ne comprenais pas pourquoi mais c'était ainsi ; et j'avais beau me dire que c'était une simple réaction chimique produite dans nos corps respectives, l'influence de phéromones animales, de la pure mécanique en somme – je ne pouvais faire taire la voix dans ma tête qui me soufflait que tout ça n'était peut-être pas sans rapport avec le fait que je la DÉTESTAIS, avec ses vêtements qui ne lui allaient pas, avec sa voix de crécelle et ses actes irréfléchis et sa passion sordide pour les chats, et ses yeux qui avaient toujours l'air de dire : “aime-moi, hais-moi, quoiqu'il arrive je serai toujours celle qui te fera perdre tout contrôle.”

Mais cette Lizlor là était partie. La nouvelle était pire encore. Ses yeux ne disaient plus rien ; ils étaient juste bleus, comme un ciel de canicule, désespérément vide de tout nuage. Cette absence, ce manque de la vraie Wayland…
(ma Wayland)
ce vide m'énervait. Donc, je crachai mon venin.

– D'accord, tu veux entendre ce que tout le monde dit ? Tu me fais vraiment de la peine, Wayland. Je suis vraiment navré pour ta perte. Sincèrement, déclarai-je, parvenant à me faire passer pour hypocrite quand j'aurais voulu que les choses soient simples, qu'il suffisse…

Je voulais juste qu'elle me frappe.

(ou qu'elle m'embrasse.)
l'un ou l'autre mais qu'elle ne reste pas plantée comme un piquet devant moi sans rien dire et sans rien faire ! Et qu'elle se décide vite.

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MessageSujet: Re: Tout ça, et l'amour aussi   Sam 14 Avr - 15:58

Spoiler:
 

Make me come alive
Come on turn me on
Touch me, save my life
Come on and turn me on
I'm too young to die
Come on and turn me on
Turn me on
Turn me on

(mouhahahaha XD)




Le vent soufflait et plissait la surface du lac. Il se formait sur l'eau des stries, des petites ridules, qui allaient en grandissant et se dispersaient selon des formes plus ou moins aléatoires; mais toutes avec la même origine, le même point de départ, et semblaient courir loin d'un point central. Comme si une force invisible les faisaient fuir, et allait surgir d'un moment à l'autre des profondeurs du lac si calme jusqu'à lors. C'était les prémices de quelque chose - quoi, une simple vague, un ouragan, une tornade, un cataclysme? - mais c'était les prémices quand même, et je sentais les battements de mon cœur s'emballer légèrement.

Ce lac insipide c'était moi et la force du vent qui le pliait enfin à sa volonté, c'était Fray. Il insufflait enfin dans mon être un air nouveau qui allait bouleverser cette tranquillité insupportable et me ramener en eaux troubles. Les flots allaient bouillonner à nouveau, et lui comme moi allions nous livrer à ce balai de l'air et de l'eau qui luttent sans arrêt l'un contre l'autre mais ne forment finalement qu'une masse bouillonnante et pleine d'une énergie destructrice, atomisante, incontrôlable.

Il détourna un instant son regard et cela confirma mes pensées : depuis toujours je savais sa peur comme je savais la mienne, et si elles étaient identiques nous les avions élevées et dressées l'une contre l'autre car les doubles ne peuvent qu'emprunter la même voie ou s'opposer entièrement. Pas d'autre alternative. Pour la première fois je lui étais reconnaissante pour ce qu'il m'avait apporté, pour tout ce qu'il m'avait infligé. Il y avait quelques chose de presque vital dans notre haine et nos disputes, et cela me manquait atrocement aujourd'hui. En vérité, en me frottant à lui, j'avais tout appris des étincelles qui en avaient surgi. Mon indépendance, ma force, mon courage, tout cela je lui devais, car il était la raison pour laquelle j'avais appris à sortir mes griffes et à garder la tête haute; il était la raison pour laquelle j'aimais à me révolter et à goûter cette adrénaline de l'interdit et du défendu, il était, encore, la raison pour laquelle je m'étais éloignée du petit bonhomme des chemins qu'on cherchait à nous imposer, la raison à ma vie de quasi fugitive, tout là-bas au fond de la forêt. Il avait réveillé en moi les instincts primaires, les ardeurs que nous refoulons. Elles avaient écloses chez moi et m'avaient rendu toute puissante. Comment, par quel miracle, opérait-il de la sorte? Il n'était que glace et et froideur et mépris, quand je n'étais que braise et provocation et haine. Pourtant, je savais, maintenant, qu'il cachait quelque chose, bien au fond de lui, quelque chose dont j'avais totalement ignoré l'existence, moi qui le croyais définitivement inhumain, au cœur de pierre. Peut-être que, finalement, le même souffre coulait dans nos sangs... La glace ne brûle-t-elle pas la peau, au même titre que le feu?...


– C'est généralement ainsi que les gens civilisés entament une conversation entre amis.


Ça enflait en moi, ça grondait, et je m'en délectais. Sous ses paroles lisses et apparemment policées, je devinais l'importance qu'il me portait, et pour la première fois depuis le drame, je me sentais, quelque part, pour quelqu'un, autrement que par mon chagrin, je me sentais exister.

- Amis!...

Je ne sais pas trop si j'avais ri ou si j'avais grogné, car le son de ma voix qui avait jailli, un peu rauque, de ma gorge, ne ressemblait en rien à celui de d'habitude. Mais en réalité, je ne m'appesantis pas sur cet étrange terme, car la question que je lui avais posée de but en blanc accaparait toute mon attention. Il n'y avait plus rien autour de nous, ce pont, ce parc, ce lac, ils étaient vides de toute présence : il n'y avait que nous. Il n'y avait plus rien non plus entre nous, maintenant que j'avais compris la complexité de l'engrenage et que j'avais laissé derrière moi toutes mes anciennes capacités. Et je ne pouvais que le comprendre, car la peur avait guidé mes pas, depuis toujours. Ce n'était pas parce que j'étais à Gryffondor que j'ignorais la peur, au contraire : la peur et le courage allait de pair, et rien n'aurait été courageux ou brave si on n'avait pas eu à surmonter la crainte acide qui nous rongeait les entrailles.


– Toujours. C'est plus drôle comme ça. Tu n'es pas d'accord ?

Je hochai silencieusement la tête, incapable de dire en mot. J'aurais aimé, mais son sourire me déstabilisa. Je ne lui en connaissais aucun, ou du moins, si il m'avait souri c'était par moquerie ou par provocation. Non, ce sourire était unique et il m'interpella. Il avait quelque chose de... vrai. Or, c'était une notion parfaitement hermétique à Stephen Fray, car il calculait tellement chaque chose, chaque fait, chaque geste, que je ne le voyais en rien naturel ou sincère. Ce sourire-là m'immobilisa légèrement, parce qu'il était vrai, et qu'il avait donné au visage de Stephen une toute nouvelle lumière. Un instant, il m'avait paru gentil... Il m'avait paru humain. Pas comme l'espèce de machine extra-terrestre de d'habitude.

Je fis un pas en avant... La distance était infime, je pouvais tendre le bras et... Mais je n'osais pas... Pourquoi?... Il restait encore du félin en moi, courageux mais timide au moment de frapper.


– D'accord, tu veux entendre ce que tout le monde dit ? Tu me fais vraiment de la peine, Wayland. Je suis vraiment navré pour ta perte. Sincèrement.

En un instant, tout s'embrasa. On ne se refait pas : un mot de sa bouche avait la force d'un boulet de canon, et ses lèvres qui avaient un instant été animées d'un si joli sourire se plissaient maintenant de cette supériorité détestable qu'il aimait tant. Je le détestai sur-le-champ, ressentant une haine, enfin!, ressentant une haine grondante au fond de moi qui monta, monta, me brûla toute entière et jaillit à la manière d'une lame incandescente de mes lèvres entrouvertes de stupeur, de mes yeux flamboyants de colère, de mon poing levé. Je l'abattis sur son torse, franchissant la dernière limite, sautant le dernier pas qui nous séparait. Le bruit résonna, mat, et je sentis ses muscles sous mon poing, mais il ne paru pas s'ébranler. Il était trop grand, sans doute, ou peut-être n'avais-je pas donné à mon geste toute la vigueur que j'aurais voulue.

- Je ne veux pas de ta sale pitié, Fray, je ne veux rien de toi, rien, tu m'entends!!...

Oh, sûrement, il m'entendait puisque j'avais tout d'un coup feulé sous ses yeux, lui crachant ma colère d'une voix aiguë et pleine d'aversion. Mais mon poing en glissant ensuite contre lui s'ouvrit pour je ne sais quelles raisons et s'accrocha à ses vêtements. Je me sentis happée, comme si toute l'énergie qui m'animait alors était le fil d'un fouet qui claque et puis revient, automatiquement; je revins vers lui, me dressant sur la pointe des pieds et me jetant contre lui comme si ma vie en dépendait et dans le flou du moment, alors que mes cheveux en bataille recouvrait son torse, je mordis ses lèvres entre les miennes plutôt que je ne les saisis.

Sous mes paupières closes je ne voyais plus rien, si ce n'est des nappes rouges et brunes; mon cœur battait à tout rompre et un feu d'artifice acide et brûlant explosa en moi. J'en avais besoin, de ce feu nouveau, pour lutter contre l'aversion de cette étreinte et de sentir Stephen contre moi et son souffle mêlé en moi; pour ne pas céder j'enfonçais un peu plus mes ongles dans ses vêtements et l'embrassai de plus belle.

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MessageSujet: Re: Tout ça, et l'amour aussi   Mer 18 Avr - 16:28


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On aurait pu croire que c'était un jeu entre nous. Au fond, je suis certain que ceux qui l'avaient remarqué – et je savais qu'il y en avait au moins trois ou quatre – pensaient que c'était ce dont il s'agissait. Comment expliquer autrement notre comportement ? Car, contrairement à ce qu'il paraît, nous ne nous faisions face, seul à seule, que rarement. Et vraiment, comment aurait-il pu en être autrement, quand elle passait tout son temps libre dans le parc et Morgane seule savait où loin des murs de l'école, tandis que je m'y enfermais tout au contraire ? Nos interactions
orales, en vérité, ne se faisaient jamais sans témoins. Au cours de nos premières années elles avait été régulières, mais pour je ne sais quelle raison, elles s'étaient raréfiées au fur et à mesure que nous grandissions. Nous étions devenus plus silencieux, nos échanges se résumant à des regards haineux au détour des couloirs. Taylord, que j'avais commencé à considérer comme une amie à partir de la troisième année, m'accompagnait parfois dans ses moments et même si elle ne m'avait jamais vraiment interrogé sur le sujet je savais qu'elle n'en pensait pas moins.

Le fait est que, si elle m'avait posé la question, je l'aurais probablement esquivée. Si elle avait insisté, je lui aurais rétorqué qu'elle ferait mieux de s'occuper plutôt de sa propre relation conflictuelle avec Chuck Carlton. Et, à cette époque, ce genre de remarque l'aurait facilement détournée du sujet mon étrange lien avec la fille Wayland (parce que Taylord avait toujours été en plein déni concernant Carlton, mais il restait sa corde sensible malgré tout). Aujourd'hui, que dirait-elle ? Ça, je me le demandais bien. La situation était un peu tendue entre nous depuis Noël.

S'il était vrai que Taylord et Chuck avaient tous deux un fort caractère et une façon de se parler qui semblait parfois tout sauf amicale, j'étais conscient que mes rapports avec Wayland étaient bien plus tordus et malsains – ce qui était, probablement, la conséquence de nos propres personnalités chaotiques. En ce qui concernait Wayland, je l'avais longtemps prise pour une pauvre asociale jusqu'à cette nuit éprouvante où nous avions failli être surpris par les Mangemorts, en plein espionnage industriel, pour ainsi dire. J'avais alors compris qu'elle n'était pas seulement un peu étrange, mais clairement perturbée et proche de la folie. Bien sûr, c'est la nature même des adolescents d'être névrosés, seulement elle battait tous les records – et j'étais ami avec
Taylord Reegan. S'il vous plaît.

Quant à moi… J'avais toujours été intelligent, certes. Raison de plus pour admettre sans me voiler la face que je n'étais pas exactement un modèle de santé mentale. Bien des gens m'avaient traité de cinglé et si, la plupart du temps, c'était amusant de faire ce que personne n'osait faire, parfois moi aussi j'avais l'impression de perdre la tête.
Spécialement quand j'essayais de mener une vie à peu près normale. Soyons réalistes, ma sœur était autant sinon plus maligne que moi ; et plus le temps passait, moins je la reconnaissais – et plus j'avais peur de me mettre à lui ressembler.

Alors je vous vois venir ; avais-je, moi, Stephen Fray, Serdaigle, trouvé la compagne parfaite pour m'accompagner dans mes délires en la personne de Lizlor Wayland, Gryffondor ? Nos degrés de folie respectifs pourraient peut-être s'équilibrer, après tout. Est-ce qu'on ne pouvait pas simplement disparaître ensemble tous les deux et laisser le reste du monde tourner en paix sans plus déranger personne avec nos élucubrations, hmm ?

J'aurais aimé que ce soit si simple. Mais… ça ne l'était pas. Il y avait – oh, il y avait
tant de choses qui faisaient que la situation était tout, vraiment tout sauf « simple. »

C'est pourquoi, sans doute, continuais-je de repousser ce moment que je savais inévitable depuis toujours. Même maintenant, alors que le temps m'avait rattrapé, je mettais toute la pitié, la haine qu'elle m'avait injectée ce premier jour, dans mes mots et je lui recrachais au visage dans l'espoir qu'elle finirait, enfin, par abandonner et par me laisser. Ce qui, évidemment, eut l'effet inverse.

– Je ne veux pas de ta sale pitié, Fray, je ne veux rien de toi, tu m'entends !!…

Bien sûr, elle m'avait frappé. Quelle différence ?

Ses lèvres sur les miennes, encore une fois, ne furent pas une surprise ; mais la sensation… Je m'étais attendu à ce qu'elle m'embrasse mais je ne savais pas quel effet cela ferait. En fait, son baiser lui ressemblait cruellement – violent et maladroit dû au manque d'expérience, et ses poings étaient serrés autour de ma robe, ses jointures blanchies par l'effort qu'elle y mettait.

Je me sentis mal à l'aise au début car j'avais l'habitude d'être expert en tout, or ce domaine m'était globalement étranger. J'avais déjà été embrassé (et oui, surprise surprise ! ça seul Scott le savait) mais jamais… comme ça. Je me laissai emporté par sa force étonnante, tandis qu'elle nous conduisait plus près du rebord, jusqu'à ce que je sois appuyé contre la balustrade, le vide invisible derrière mon épaule. Cette sensation m'alerta et me permit de reprendre enfin mes esprits.

– Wayland… Wayland ! l'arrêtai-je.

J'attrapai un de ses poignets d'une main et de l'autre, immobilisai son visage à quelques centimètres du mien. Je voulais lui dire qu'elle était dingue et qu'elle allait finir par nous faire tomber par-dessus bord, nous faire chavirer comme elle – mais à cet instant je croisai son regard. Perdu, désespéré, accroché au mien comme si j'étais sa bouée de sauvetage dans une tempête. C'était exactement ça, Wayland était une noyée, la rescapée d'un naufrage qui luttait depuis trop longtemps sans jamais apercevoir la terre ferme. Trop d'épreuves avaient épuisé sa résistance et à présent elle coulait.

La main qui soutenait son menton passa à l'arrière de sa tête ; celle qui tenait son poignet le lâcha et alla se nicher dans le creux (trop creux) entre ses omoplates, et je la ramenai contre moi, oubliant les paroles que j'avais failli prononcer tandis que d'autres s'échappaient sans que je puisse vraiment les contrôler.

– Là… je te tiens, c'est bon Wayland ça va aller, dis-je sans prendre la peine de murmurer parce que je savais que ça ne la rassurerait pas – elle avait déjà le vieux réflexe même affaibli de se débattre. Personne ne va rien te faire, je te tiens.

La façon dont elle s'accrochait à mes vêtements me brisait le cœur. Mes mains étaient instinctivement venues s'enfouir dans ses cheveux – pour la première fois je les touchais, je pouvais les
sentir entre mes doigts ; un peu rêches, pas vraiment comme je les avais imaginé mais, bizarrement, mieux que ça. Je m'autorisai une seconde pour en profiter, puis me saisi des deux côtés du crâne de la Gryffondor, mes pouces massant ses temples avec précision – ça au moins je savais le faire, et je savais que ce serait efficace.

– Tu es bien… Tout va bien… Je ne te laisse pas tomber, murmurai-je, cette fois plus doucement parce que je n'étais pas encore bien sûr de savoir si je voulais qu'elle entende cette partie.

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MessageSujet: Re: Tout ça, et l'amour aussi   Ven 27 Avr - 16:05

« Didn't we tell you about them? So you know you can't trust them, right? You know they are psychotically, irrationally, erotically codependent on each other, right? »




Je ne savais pas comment on faisait, mais pourtant c'était comme si je n'en avais pas besoin. Ses lèvres étaient chaudes, ce baiser était humide, et je m'y raccrochais tellement fort, le coeur proche de l'explosion. En moi la peur grondait, le chagrin bouillonnait, la colère fusionnait, et tout le reste ajoutait des étincelles éparses à ce brasier qui se régénérait en moi. C'était la plus belle chose que quiconque aurait pu m'offrir. Ce quiconque se révélait être... Fray, et étrangement, il y avait une petite voix en moi qui ne s'en étonnait pas. Je ne savais pas si j'aimais l'embrasser, et d'ailleurs j'enfonçais mes griffes de plus en plus dans ses vêtements et son torse, et j'avais la chair de poule, réaction épidermique de ce contact plus qu'intrusif. J'avais depuis toujours cru que jamais personne ne me ferait une telle chose. Pourtant, je venais de la déclencher, moi-même. Et je ne voulais pas l'arrêter : je m'en nourrissais. C'était comme si Fray me faisait respirer. Il me remplissait à nouveau, et cela, cela... Cela n'avait pas de prix.

Est-ce que je l'aimais d'avantage? Pas du tout. Je détestais autant son attitude, son mépris, la façon qu'il avait de se sentir tellement supérieur, de croire que ses pensées étaient bien plus intelligentes que les autres. Que savait-il, des autres? De quel droit se donnait-il ce pouvoir? Même Collins, son ombre, son chien, son serviteur le plus dévoué, il l'ignorait. Il l'ignorait parce qu'il était trop préoccupé par sa petite personne. Stephen était une montagne d'orgueil. Et il me dégoûtait, depuis toujours.

Mais alors, pourquoi? Il y avait une explication à tout cela, je le savais, je le sentais, mais elle m'échappait, aussi simplement que le vent soufflait entre les arcs du pont et s'enfuyait un peu plus loin. J'avais le vertige rien que d'imaginer la course folle des bourrasques autour de nous, alors chercher à comprendre une telle situation... Mais une chose était certaine : j'avais eu besoin, depuis le début, de cette haine viscérale qui me rongeait comme un acide. J'avais eu besoin de m'affronter à lui, qu'il me repousse dans mes tranchées, de le griffer, de le provoquer, de le sonder, de le tromper, de le toucher. Ce n'était pas la haine qui nous fait oublier la personne, qui nous plonge dans l'indifférence. C'était une haine aussi puissance que dévastatrice, qui avait, surtout, besoin de s'exprimer, à chaque seconde qui passait. Je me rendais compte que je connaissais chaque parcelle de son visage, chacun de ses gestes, ses mimiques, les intonations de sa voix, ses réactions. Il était moi. Il était comme mon double, inversé, le reflet dans le miroir.

J'avais besoin de lui. Irrémédiablement. Désespérément.


– Wayland… Wayland !

Il y eut un léger choc et le fait qu'il m'appelle me fit rouvrir les yeux. Hébétée, je croisais son regard, alors que j'avais dû, obéissant à la pression de ses mains qui écartaient les miennes, mettre fin à notre étreinte. Je suffoquais presque, tout d'un coup, car je ne voulais pas qu'elle soit rompue. J'avais peur, peur de ne plus rien sentir à nouveau, peur qu'il s'éloigne, peur de me souvenir, peur de la suite. Peur. Je tremblai un peu entre ses bras, alors que je sentais ses mains bouger, aller dans mon dos, mon cou, jouer avec mes cheveux. Les gens aimaient jouer avec mes cheveux, et je n'avais jamais très bien compris. Conrad me disait toujours qu'on aurait dit que mes cheveux étaient un petit monde à eux, qu'ils vivaient leur vie de leur côté parce qu'ils étaient toujours en bataille, épars, un peu fous, mais brillants et resplendissants d'énergie. Ces derniers temps, s'ils brillaient encore, ils avaient sans doute du aspirer toute l'énergie en moi, si tant est qu'il en reste. Je voulus me débattre, mais je tremblais trop, et puis... Fray ne me retenait plus simplement prisonnière entre ses mains, il avait lâché mes poignets et ne me serrait pas plus que ça : j'aurais pu m'enfuir. Il ne me forçait pas, pour une fois... Et je ne comprenais pas. Se pouvait-il qu'il me serre simplement contre son coeur parce qu'il avait compris combien j'étais perdue, combien j'avais besoin de lui en cet instant présent, parce qu'il était la seule et unique personne devant laquelle je pouvais craquer, la seule que je pouvais appeler à l'aider, la seule sur laquelle je pouvais hurler et pleurer mon injustice? Je me forçais à rester forte devant Maman, car je ne voulais pas l'inquiéter d'avantage. Fray, lui, était mon exutoire. Mon sauveur.

– Là… je te tiens, c'est bon Wayland ça va aller. Personne ne va rien te faire, je te tiens.

Ce n'était pas lui, ce n'était pas nous. Mais je fermais les yeux pour en retenir toutes les larmes et toute l'émotion qui jaillissait de moi comme d'un volcan. Tiens-moi, tiens-moi fort, avais-je envie de le supplier. Mais nos vieilles colères, sûrement, m'empêchèrent d'abdiquer complètement face à lui et de lui révéler combien j'étais totalement sienne en cet instant.

Je voulais faire taire toutes ces pensées et le faire taire aussi, par peur qu'il en dise d'avantage, qu'il me confonde encore plus. J'avais peur de ce chemin que nous empruntions, mais pourtant il m'était délicieux et surtout, il était un chemin, alors que j'errais depuis si longtemps. Je ne voulais pas qu'il me lâche - surtout pas.

Comme une réponse à ma complainte silencieuse, il prit mon visage entre ses mains - je n'aurais jamais pensé qu'elles puissent être aussi délicates et douces - et me caressa de ses pouces - je sentais des décharges électriques depuis mes tempes jusque dans le fond de ma chair - avant de planter son regard dans le mien - ses yeux bruns brillaient différemment, non pas de cette supériorité de d'habitude, mais d'un feu lointain - et je lisais sur ses traits - ils étaient beaux, réellement beaux, sous cette lumière claire - toute l'attention qu'il me portait... Plus qu'une révélation ce fut un véritable soulagement, et le mouvement circulaire qu'il appliquait à mes tempes me détendait petit à petit, comme une drogue. Le félin en moi était devenu chat, un simple petit chat qui aurait pu se mettre à ronronner.


– Tu es bien… Tout va bien… Je ne te laisse pas tomber.

- Pourquoi? balbutiai-je contre toutes attentes, alors que j'avais tant d'autre chose à dire, et surtout, oui « Ne - Me - Laisse - Pas ». Surtout.

Je ne savais pas comment faire pour le garder prisonnier, à mon tour. Nous étions contre la barrière du pont, et je me fis la réflexion que nous pouvions nous renverser et tomber dans le vide. Tous les deux. Ma réflexion s'arrêta là, incapable de poursuivre, de décider si j'en avais peur, si j'en avais envie, ou si j'étais folle. J'enroulai maladroitement les mains qu'il avait déserré de ses vêtements autour de son cou - il était grand et je dus me dresser un peu plus.

Instinctivement je rapprochai mon visage du sien, recherchant, comme en manque, son souffle qui embrasait tant de choses en moi. Ses mains en coupe autour de mon visage le réchauffait petit à petit, réveillant mon corps mort en endolori. Je me demandais si il me trouvait belle. Moi qui jamais n'y avait prêté attention. Je détaillai du regard sa peau mat, ses lèvres, ses sourcils foncés, ses yeux en amande, scrutateurs. Puis j'appuyai l'arrête de mon nez contre la sienne. Mes lèvres entrouvertes voulaient les siennes, et je tremblai un peu plus, mais je n'osais pas - c'était lui qui avait arrêté tout à l'heure, et je ne m'y connaissais pas assez pour comprendre si il le voulait ou non.


- Tu ne veux pas?... demandai-je simplement, avec l'espoir tenace et palpitant qu'il reste, quoi qu'il arrive... Qu'il me dise oui, non, qu'il m'embrasse ou se moque, mais qu'il reste.

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MessageSujet: Re: Tout ça, et l'amour aussi   Sam 28 Avr - 14:50

Avez-vous déjà fait cette expérience étrange consistant à être de bonne foi avec soi-même ? Ça commence comme un jeu très amusant, et plus ça va, moins ça l'est.

Exemple :

Stephen Fray parle de lui à la troisième personne parce qu'il démontre une théorie à l'aide d'un exemple et que l'usage de la troisième personne est plus approprié.
(Fiction.)
Stephen Fray parle de lui à la troisième personne parce que, soyons réalistes, ça l'amuse énormément et il le vaut bien.
(Fait.)

Drôle, n'est-ce pas ? Essayons encore :

Stephen Fray a menacé Carlton parce qu'il veut, en bon ami, protéger Taylord qui ne se rend pas compte à quel point ce type est mauvais pour elle.
(Fiction.)
Stephen Fray a menacé Carlton parce qu'il ne supporte pas l'idée que ce type possède tout ce qui lui manque à lui – et il ne lui manque pourtant pas grand-chose – et que Taylord l'aime justement pour ces choses – et peut-être aussi parce qu'au fond il aime Taylord un peu plus que de raison et malgré ce brillant cerveau c'est justement la raison qui lui manque pour être suffisant à ses yeux, et il ne peut pas
croire que Carlton entre tous les autres la possède plus que lui. (Fait.)

Oui. Tout de suite, c'est moins drôle.

Dernière tentative :

Stephen Fray s'est laissé embrasser par Lizlor Wayland parce qu'à son âge, quand une fille de Vélane vous embrasse sous couvert de décès dans la famille et de relations conflictuelles avec la mère, on se tait et on savoure, tout génie soit-on.
(Fiction.)
Stephen Fray s'est laissé embrasser par Lizlor Wayland parce qu'elle semblait se noyer plus sûrement dans des vêtements à sa taille que dans de vieilles fringues dépareillées trop grandes pour elle ; parce que ses cheveux étaient trop lisses et que si une main autre que la sienne avait tenté de les ébouriffer il pense qu'il l'aurait tranchée net ; parce que son baiser avait le goût salé des larmes non versées et parce que, quand elle s'était agrippée à sa robe comme pour ne pas tomber, le fait qu'elle ronge ses ongles n'avait plus aucune importance quand il pouvait sentir la douleur de ses doigts perçant la peau à travers les vêtements. Stephen Fray s'est laissé embrasser par Lizlor, parce qu'il était trop submergé et ébloui par tous ces détails pour lui répondre.
Et qu'on lui pardonne de ne pas dire tout de sa voix propre. C'est juste qu'il n'est pas doué pour ça.

(Fait.)

– Pourquoi ? demanda-t-elle, tremblante, mais je me contentais de secouer la tête comme si la question était absurde, préférant éluder.

Prenant cela pour un refus, peut-être – je la sentais à cet instant si désespéré à l'idée même que je rompe le contact qui s'était brusquement établi (QU'ELLE avait établi) entre nous –, elle approcha à nouveau son visage du mien penché sur elle, jusqu'à ce qu'ils se touchent, nos souffles s'entremêlant (je percevais cela seulement maintenant mais le baiser avait été violent et bref et j'avais eu peu le loisir de m'attarder sur ces sensations).

– Tu ne veux pas ?…

Dans un soupir désespéré je pressai encore davantage mon front contre le sien, mâchoires serrées, fermant les yeux jusqu'à en avoir mal, des tâches sombres voletant derrière mes paupières. Mon souffle court me donnait des vertiges et je sentais le sang battre dans mes tempes, mes mains toujours pressées de chaque côté du visage de Wayland.

– Seigneur, tu es tellement stupide !…

(Je ne peux pas me souvenir d'un jour où je n'ai pas voulu de toi.)

Mon baiser fut tout aussi brutal que le sien. Possessif. Mon corps penché sur sa silhouette fragile, bouclier ou filet humain, nul n'aurait su dire. Je n'avais pas lâché sa tête et mes doigts restèrent à leur place, entortillés dans ses cheveux, une main pressée contre son front comme si je prenais sa température, comme si elle était malade – et justement,
elle l'était. Je crois bien que c'est pour cela que je me concentrai sur cette région ; c'était là que tout menaçait de s'écrouler à chaque seconde, c'était à cet endroit précis qu'elle avait besoin de moi. Dans sa tête.

Pour moi les choses se faisaient plus pressantes ; mu d'un instinct que je savais exclusivement animal, je commençai à me montrer de plus en plus agressif, et j'étais incapable d'y mettre un frein. Sa réaction était à l'exact opposé de ce à quoi je m'étais attendu – loin de se débattre elle s'accrochait au contraire de plus désespérément. Ses mains étaient partout, et à chaque endroit où elles s'arrêtaient c'était comme si elle m'avait brûlé à l'acide. Respirer était devenu optionnel. L'adrénaline qui court-circuitait mes pensées me permit de la soulever – elle ne pesait rien, c'était insensé ! – et de l'asseoir sans cérémonie sur la rambarde du pont. Soudain le danger n'avait plus aucune importance – de toute façon comment aurait-elle pu basculer dans le vide avec ses jambes et ses bras enroulés de cette façon ?

Je crois qu'on peut dire que ce sont mes sens qui nous sauvèrent de la chute libre ce jour là. Même dans cette posture ils étaient toujours en alerte et un simple bruit sur ma gauche suffit à faire monter la pression et à rallumer mon cerveau embrumé. Un élève qui passait par là ? Nous ne le sûmes jamais. A ce moment, je compris que Wayland avait sur moi le même effet que la drogue – mais c'était une drogue à laquelle je pouvais m'arracher plus rapidement, et bien plus puissante surtout puisqu'elle m'avait fait oublier toutes mes inhibitions. Je brisai le contact, l'obligeant à redescendre pour ne pas risquer de tomber quand je la relâcherais, regardant déjà pour voir si quelqu'un arrivait. J'ignore pourquoi, je ne voulais surtout pas qu'on nous surprenne… En fait, je ne voulais pas qu'on commence à dire que nous étions un couple : nous n'en étions pas un. Nous nous
détestions. Je savais déjà que je ne parlerais à personne de cette relation et Wayland non plus. C'était trop… honteux et intime pour être partagé.

Une fois l'alerte passée, je me tournai vers elle à nouveau. Elle semblait avoir compris que je ne l'avais pas lâchée parce que j'avais changé d'avis – je me demandais bien à quoi je ressemblais pour qu'elle en soit si sûre. D'habitude mes cheveux ne se tenaient déjà pas très sages, alors je n'osais pas imaginer leur état présent. Quant aux siens, ce n'était même pas la peine d'en parler. Avec notre respiration saccadée et nos gestes tremblants, nous devions tous deux avoir l'air proprement débauché. Cette pensée m'arracha un sourire, et elle me le rendit aussitôt, véritable miroir humain – mais c'était un sourire trop large pour ce petit visage et j'en fus effrayé.

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MessageSujet: Re: Tout ça, et l'amour aussi   Lun 7 Mai - 0:55

Fray était ma malédiction. Ou bien un enchantement, parfois. Mais il était là et me collait à la peau, toujours. Je le sentais comme un être maléfique en moi, un démon qui aurait pris mon contrôle alors que tout mon être voulait lui échapper. Mais c'était trop tard, et c'était d'ailleurs perdu depuis bien longtemps. Ce n'était pas notre baiser qui avait scellé ce pacte du diable, c'était il y a bien longtemps, nos disputes, notre haine et cette fascination étrange que nous avions l'un pour l'autre qui avait engrené cette étrange chimie corrosive et destructrice.

Il ne fallait plus que je me voile la face, dorénavant. J'avais vécu toutes mes années à Poudlard en pestant sans arrêt contre lui, ses sales manies, son attitude détestable. Ses remarques en classe me donnaient des boutons et jamais je ne m'étais retenue de lever les yeux au ciel, de le fusiller du regard ou bien de lui répondre sèchement. Dès que nous étions tous les deux en public, quoi qu'il arrive, j'entendais son ton supérieur, je vomissais la façon dont il parlait comme s'il dispensait son savoir ô combien riche et hors de portée, je fulminais en voyant cette petite chose d'Haley Collins, transparente comme une vitre et insipide comme un vieux bouillon de légumes, les yeux éperdus, ce qui confortait Fray dans sa façon d'être. Mais, tout ce temps-là, lui comme moi, nous nous épiions. Combien de temps avais-je passée tapie dans l'ombre à le suivre, à le suivre pour ce que je croyais être une vengeance, alors que c'était en fait une fascination malsaine et tenace qui me guidait malgré moi sur la piste de ces pas? Moi qui me croyais maître de tout en le pistant ainsi, voilà que je n'avais été qu'instrumentalisée, non pas pour lui car il l'était tout autant, mais par cet étrange pouvoir qui nous liait l'un à l'autre.

Comment aurais-je pu expliquer autrement que ses mains sur moi et son corps contre le mien ne provoquent pas cette répulsion habituelle? C'était qu'il y avait quelque chose, au fond. Je ne me rappelais pas un seul instant où je n'avais pas pensé aux relations charnelles avec un dégoût prononcé, proche de la nausée. Un corps étranger, une violation d'intimité, une peau autre que la mienne sur la mienne, de la salive et des envies repoussantes : voilà tout ce que ça m'inspirait. Je ne comprenais pas les filles de mon âge qui ne vivaient apparemment que pour roucouler entre les bras musclés des garçons. Berk. Je ne pouvais dire que ça : berk. C'était à des lieues de moi, à des lieues du petit monde que je m'étais construit... Mais ce petit monde s'était écroulé quelques jours auparavant - combien, déjà? Ils passaient tous les uns après les autres, semblables - et plus rien n'avait de sens. La preuve. Fray me dévorait comme je l'avais fait et plus rien ne comptait que lui contre moi.


– Seigneur, tu es tellement stupide !…

Pourtant, là encore, il restait celui que j'avais toujours connu. Je le désirais de toute mon âme et je voulais qu'il me broie entre ses bras plutôt qu'il ne me lâche, mais je le haïssais toujours autant. Sa remarque, lancée du bout des lèvres - je les voulais - me parue déplacée et moqueuse et je grognai en essayant de le repousser, mais ces gestes m'étaient difficiles : nous étions enroulés l'un autour de l'autre et il m'aurait fallu lâcher sa nuque que j'agrippais pour le repousser, exécuter tant d'actions contradictoires à la fois, que mon cerveau ne me le permit pas.

Alors, je me contentai de mordre la première chose qui me tomba entre les dents, à savoir le coin de sa bouche, et je l'aurais mordu jusqu'au sang si la violence de son baiser - appelait-on vraiment ça un baiser?! - ne m'obligea pas à me débattre un peu pour trouver un semblant d'air, car mon coeur refusait de se calmer et Stephen m'avait toute entière. Je le sentais, au fond de moi. C'était moi la lionne et cela l'avait toujours été mais je le sentais rugir en moi, dans mon ventre, et tout déchirer sur son passage pour laisser libre court à l'explosion de mes sentiments. J'exultai. Enfin! Il avait trouvé comment laisser à nouveau libre le débit de toutes les parcelles d'émotions que je pouvais ressentir... Il m'avait libérée et rendu, aussi étrange que cela puisse paraître, la vie. Dès lors, j'avais un besoin vital de lui. Et j'étais obligée de le laisser me dévorer : ce démon qui me poussait au vice avait entre ses mains tout ce qui me faisait
exister.

Je n'eus pas peur quand il me souleva. Pas du tout. Je n'avais plus peur. Le vide derrière moi me paraissait doux - y tomber aurait été une chute merveilleuse. Du moment que le feu qui m'animait ne s'éteignait pas, et que Fray n'arrêtait jamais ses caresses plus qu'autoritaires. Je m'étais agrippée à lui d'avantage et je l'emprisonnais de mes jambes tandis que mes mains ne cessaient d'attraper ses cheveux avec violence ou de griffer chaque parcelle de sa peau qui me passait sous les ongles. Je ne savais plus s'il était en moi et que je l'empêchais d'en sortir ou si il était dehors et que je l'exhortais d'y entrer; je ne savais plus si je cherchais l'exorcisme ou la possession, je ne savais plus rien. Je savais juste que - j'avais besoin de lui.

Soudain il y eut comme un trou d'air et la pression retomba, je sentis son bras me ramener au sol et je ne pus m'empêcher de constater que sa force était bien supérieure à ce que j'avais pu imaginer, car il n'était pas spécialement costaud mais plutôt fin. Apparemment, il cachait des ressources inépuisées... Je mis quelques secondes à reprendre mon esprit, tentant tant bien que mal de calmer les battements de mon coeur qui réclamaient encore et encore ce que nous venions de vivre. Je brûlai de l'intérieur, d'un feu dévorant. Je compris vaguement que quelque chose avait dû s'approcher de nous, ce qui n'était pas impossible car le pont était fréquenté par les élèves. J'en eus d'ailleurs la confirmation en regardant Fray et ses yeux scrutateurs, ses sourcils légèrement froncés, comme quand il réfléchissait et plus exactement, qu'il observait. Je savais ses expressions et leur sens comme je savais que 2 et 2 faisaient 4; et je souris alors, malgré le fait que cette idée m'aurait parue abjecte des mois auparavant. Quand il me regarda, je souris d'avantage : ses prunelles brillaient comme si j'avais un quelconque pouvoir d'hypnotisme sur lui. Il me sourit. Je compris.

Il était entré en moi et m'avait possédée. Maintenant, c'était lui mon prisonnier, c'était lui qui frémissait dans l'ombre. Je m'approchai, après que le danger soit passé. A vrai dire, peu m'importait qu'on nous voit. Je le regardai, la tête en peu penchée en avant, sous mes cils, derrière mes paupières qui battaient légèrement. Et je souris. J'étais à lui. Il était à
moi.

Le rire qui s'éleva ne ma parut pas être le mien. Mais il me fit un bien fou et mon cœur s'envola un peu plus.

Je fis un pas en avant, attrapant la bras de Fray au passage, le long duquel je fis glisser mes doigts avant de me raccrocher à l'extrémité des siens.


- Viens, ordonnai-je.

Où ça? Je ne savais pas précisément. Pourquoi? Je ne préférais pas le savoir précisément. Mais mes pieds étaient trop légers pour que je les retienne et mon corps flottait autour de moi, n'attendant qu'une seule chose : lui.
Exorcise-moi. C'était les seules paroles qui tournaient en boucle dans ma tête, alors que je courrais plus que je marchais, de retour vers le château. Exorcise-moi.

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Stephen Fray
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MessageSujet: Re: Tout ça, et l'amour aussi   Dim 13 Mai - 13:14

.........How it was late, and no one could sleep, the horses running
until they forget that they are horses.
...................It's not like a tree where the roots have to end somewhere,
.........it's more like a song on a policeman's radio,
.................how we rolled up the carpet so we could dance, and the days
were bright red, and every time we kissed there was another apple
...............................................................................................to slice into pieces.
Look at the light through the windowpane. That means it's noon, that means
.........we're inconsolable.






– Viens.

LÀ. Vous voyez ? Avec ça, on ne pourra pas me reprocher ce qui allait évidemment suivre – c'était elle qui l'avait réclamé, elle le voulait, autant que – d'accord, autant que moi.

Son rire, trop hystérique et désespéré pour qu'on puisse le confondre avec une quelconque marque de bonheur, me brûlait les tympans. Le moyen le plus simple de la faire taire était encore ma bouche sur la sienne. Une de ses mains avait saisi mon avant-bras ; l'autre était entortillée dans ma robe et quand elle recula, sa force me surprit à nouveau et m'entraîna à sa suite – je n'aurais pu lui résister quand bien même je l'aurais voulu. Ce n'était vraiment pas le cas. Nous atteignîmes le corridor tant bien que mal, elle tirant, moi poussant, tous deux luttant contre le désir sourd de s'arrêter
maintenant et de faire ce que nous avions à faire sans plus attendre quitte à le faire au beau milieu du couloir. Mais quelque chose me retenait encore ; le risque d'être vu était trop important.

Wayland me poussa contre la première porte venue et , pris en sandwich entre le battant et elle, je cherchais à tâtons la poignée – c'était difficile de tourner la tête quand nos visages semblaient soudés l'un à l'autre, et de me concentrer quand la grande majorité de mon cerveau était occupée à scander WAYLANDWAYLANDWAYLAND sans aucune intention de s'arrêter. Le reste essayait d'ouvrir la porte et, au moment où j'envisageais très sérieusement de l'enfoncer d'un coup d'épaule, celle-ci finit par céder. Je reculai aussitôt dans la salle (fort heureusement inoccupée) pour éviter d'être projeté au sol par la Gryffondor. C'était une salle de cours, peut-être la classe d'étude des Moldus, impossible à dire – j'étais trop occupé à aider Wayland à retirer sa robe et à fouiller dans les poches de la mienne pour trouver ma baguette. Cela fait, je la pointai vers la porte que je celai silencieusement (heureusement que ma baguette n'était pas en bois de cornouiller, parce que j'étais trop occupé à embrasser Wayland pour pour “formuler” quoique ce soit, en anglais et encore moins en latin).

Ma robe alla rejoindre la sienne sur le sol. L'instant d'après, c'était nos cravates qui se superposaient – Gryffondor et Serdaigle enfin réunis, voilà qui aurait fait la joie de nos directrices de Maison respectives ! Par contre, je doute qu'elles auraient approuvé la façon dont je poussai sans ménagement Wayland contre le bureau professoral, surtout s'il s'avérait être celui de l'une d'entre elle. Encore une fois, qui s'en souciait quand Wayland ne portait pas de collants sous sa jupe ? De toute façon, ma chemise recouvrait déjà nos couleurs – terminé, on en parlait plus !

Je me sentais à la fois conscient et inconscient des risques – après tout, n'importe quel fantôme (ou pire encore : PEEVES) aurait pu traversé un mur et nous surprendre ; où la cloche pouvait sonner et quelqu'un, à coup sûr la mère Wayland, déverrouillerait la porte, parce qu'elle aurait comme par hasard oublié son chapeau préféré ici, justement. Est-ce que ça m'arrêtait ? D'après vous ? Bien au contraire, cela donnait la situation plus de piment, et celle-ci était déjà bien assaisonnée.

Le fait est que, malgré la violence dont nous faisions preuve, elle comme moi… nous nous amusions. Ses baisers avaient beau ressembler à des morsures, ses caresses aux coups de griffe d'un chat furieux, je voyais ses yeux s'illuminer et les sons qui s'échappaient de temps à autre de ses lèvres entrouvertes n'étaient certainement pas des cris de protestations, tandis qu'elle resserrait sa prise sur mes omoplates. Moi-même, je ne pouvais m'empêcher de sourire devant nos mouvements frénétiques – j'étais un garçon doué de dextérité (il en fallait après tout pour concevoir des potions, c'est comme la musique, tout est dans le doigté !), mais jamais je n'avais senti le besoin urgent de faire tant de choses à la fois. Je voulais embrasser Wayland, pas seulement sa bouche, mais partout – et chaque centimètre de ma peau qui n'était pas en contact avec la sienne semblait se tendre de désir – et mes mains habituellement si sûres tremblaient sans que je puisse les contrôler – et elles n'étaient pas assez nombreuses pour aller partout où je voulais aller et faire tout ce que j'avais envie de lui faire. Ses jambes nues encerclaient ma taille et dans le brouillard de mon esprit où flottait encore quelques pensées rationnelles, je notai qu'elles n'étaient pas bien rasées, ce qui ne se remarquait pas au premier regard tant elle était blonde – et je n'en avais strictement rien à faire. Comprenez quand je dis que rien de tout ça n'était “joli”, encore moins “romantique”. Elle étendue sur le bureau avec ses orteils raflant le sol pendant que je bataillai avec la boucle de ma ceinture ? Définitivement loin de l'image de la première fois classique, ambiance feutrée, bougies sur la moquette, pétales de rose, etc.. Non, c'était brutal et désordonné, indécent et drôle, maladroit, et
réel, et – par tous les démons des enfers, cette ceinture se prenait pour qui au juste, Sidaction ???

Devant mes efforts et ma frustration évidente, Wayland se mit à rire. Un rire clair et spontané, et pendant une seconde je fus si stupéfait de l'entendre que j'en oubliai mon combat ; je me figeai pour observer les traits de son visage s'adoucir, les courbes de ses pommettes relevées, ses lèvres étirées découvrant ses dents que j'avais senti s'entrechoquer maladroitement contre les miennes – celles du haut étaient légèrement en avant, reposant sur la lèvre inférieur, semblant prêtes à s'en saisir à tout instant. Le bleu électrique –
vivant, si vivant – de ses yeux était encore visible sous ses paupières à-demi closes, son regard rivé au mien et me pétrifiant. Elle profita de mon hésitation pour me pousser en arrière, s'asseyant elle-même et repoussant mes mains pour accéder à la ceinture qu'elle entreprit de vaincre. Sa tête reposait sous la mienne, ses longs cheveux chatouillant ma gorge, et quand elle mordilla ma clavicule, comme un chat qui mâchouille la souris qu'il a déjà attrapée et tuée, je laissai échapper un halètement surpris – d'accord, d'accord j'étais la souris pour l'instant, mais attendez seulement que j'ai retiré ce pantalon !

Elle me mordit plus fort soudain et comme à un signal je répondis à mon tour avec violence, la repoussant contre le bureau, satisfait par le bruit sourd que fit son dos en heurtant le bois. Autant que j'avais aimé son rire, c'était désormais autre chose que je voulais entendre. Plaçant mes mains derrière ses genoux, je la fis glisser vers moi, afin qu'elle soit plus proche – toujours plus proche…

Et puis, il n'y eût plus qu'
elle. Rien ne pouvait être comparé à ça. J'étais dans une bulle de joie pure, loin de tout, loin de Taylord et Carlton, loin de Scott, loin de Candy et de mes parents, loin des potions et des stimulants qui de toute façon ne seraient jamais, jamais capables de m'offrir le tiers du quart de ce que j'étais en train de vivre. Elle était partout – ses mains se serraient convulsivement sur mes épaules – ses jambes bougeaient sans cesse pour raffermir leur prise – et je ne savais pas comment je pouvais encore respirer, pourtant mes poumons me faisaient souffrir comme si j'avais couru le cent mètres – et mon cœur battait aussi, fort et rapide, je pouvais entendre mon sang battre dans mes tempes, et ma tête semblait sur le poing d'éclater. Elle était si fragile, je la sentais trembler contre moi et j'avais l'impression que le moindre geste trop brusque aurait pu la briser – j'en avais envie, en quelque sorte – mais dans ses yeux il y avait toujours cette lueur de défi immuable, qui m'avait attiré depuis le début ; je m'en rendais compte à présent – c'était cette lueur que j'avais cherché tout ce temps, la voyant s'éteindre peu à peu sans avoir le courage de réagir. Lizlor avait le goût de ce premier jour, du jeu et du désespoir mêlé – elle allumait en moi des feux délicieux, mais brûlants tout de même – et je ne pouvais rien faire d'autre que de dissimuler mon visage dans son cou pour qu'elle ne puisse pas lire dans mes yeux ce qu'elle me faisait, et l'embrasser pour ne surtout, surtout pas laisser échapper son nom – parce que je ne pouvais pas. Je ne pourrais jamais.




















Après…




Après, ce n'était plus aussi agréable. J'étais fatigué – épuisé serait plus juste. J'étais mal à l'aise. Préoccupé par tant de sujets qui m'avaient semblé sans aucune importance quelques minutes plus tôt. Inquiet au sujet de l'heure. Et déjà, je sentais la culpabilité se glisser sournoisement sous ma peau, rongeant mes nerfs, s'installant en hôte indésirable dans mon estomac. Pendant un instant, je me sentis furieux – je n'avais de compte à rendre à personne, ils étaient tous trop occupés de toute façon, Taylord et Carlton, Scott et Haley, comme si eux ne me cachaient rien ! – mais ça ne m'aida pas.

J'essayai de ne rien laisser paraître de tout cela tandis que je me relevai pour récupérer mes habits, laissant Wayland reprendre son souffle. Pour l'instant elle était immobile, plongée je suppose dans une espèce de torpeur
post-coïtum – et c'était tant mieux car je voulais avoir le temps de me recomposer un masque d'indifférence. Ramassant sa chemise, que j'avais prise pour le mienne, je m'aperçus un brin amusé que, dans ma hâte de la lui retirer, j'avais fait sauter presque tous les boutons. Ceux-ci gisaient désormais un peu partout autour du bureau. Je me servis de ma baguette, que j'avais retrouvé dans l'amas de tissus enchevêtrés, pour réparer le vêtement – la couture n'était évidemment pas ma spécialité mais c'était le minimum que je pusse faire. Je tendis ensuite la chemise à Wayland, évitant de la regarder – je sentais bien qu'elle était tout aussi gênée que moi par la situation.

La robe fut le plus dur, mais je me fis violence pour l'enfiler malgré la sensation de lourdeur désagréable qu'elle me procurait. Il fallait bien masquer ma cravate défaite et la chemise que je n'avais pas pris la peine de rentrer dans mon pantalon, trop pressé que j'étais de quitter la pièce. Je posai enfin mes yeux sur la Gryffondor, soulagé de voir qu'elle s'était presque entièrement rhabillée elle aussi.

– Ça ne voulait rien dire, dis-je brutalement après un long silence.

Je voulais la laisser sur ces mots mais quelque chose me poussa à ajouter, d'une voix que j'eus du mal à garder ferme :

– Ça n'arrivera plus jamais.

… Je sais, je sais. Naïf. Et alors quoi, vous êtes parfaits peut-être ?

Sur ce, je tournai les talons et quittai la salle sans un regard en arrière. Quand la cloche sonna enfin, j'étais déjà dans mon lit, dans le dortoir de Serdaigle.

Mais je ne dormais pas.





Tell me how all this, and love too, will ruin us..................
These, our bodies, possessed by light.................................................................
Tell me we'll never get used to it.

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we both knew it, right away


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MessageSujet: Re: Tout ça, et l'amour aussi   Jeu 24 Mai - 13:25

You tried to hide your lies
Disguise yourself through
Living in denial
But in the end you'll see
You won't stop me



Thought I would forget
But I remember
Yes I remember
I'll remember







Désordonnée, maladroite, notre lutte ne ressemblait à aucune autre. Je me débattais quand il ne le faisait pas et inversement, les autres moments, je l'attirais avec une autorité faite de désir brûlant et palpitant qui me voilait les yeux mais propulsait dans tout mon être une énergie brûlante et vitale. Le reste ne comptait plus. Si quelqu'un nous avait vus - ou peut-être était-ce le cas, nous ne le saurions jamais - je jure qu'il n'aurait pas été capable de savoir ce que nous faisions exactement, si nous nous battions, si nous nous courrions après l'autre et si cela dans quel but, ou si nous étions simplement victimes de nos propres envies et que nos gestes ne parvenaient pas à être assez rapides. Jamais le chemin vers le château ne m'avait paru si long, si... compliqué, si... éprouvant, et je manquais d'air à chaque fois que sa peau n'était pas en contact avec la mienne. Les souvenirs des heures précédentes me revenaient en flash flous et rapides; le vide, dedans et dehors, le pont, Fray, ce besoin, cet appel, sa main qui agrippait la mienne, ma chute qui s'arrêtait, l'explosion en moi, le volcan qui se réveillait, la chaleur, la vie. Est-ce qu'on faisait quelque chose de bien? Je n'en étais pas sûre. Est-ce qu'on allait le regretter? J'en étais un peu plus sûre. Mais ce moment était de ceux qui prennent le pas sur nous. Il y avait trop de haine entre nous pour qu'elle n'explose pas en un désir qui nous fracassait sur nos propres rochers. J'avais besoin de me nourrir de ça. Qu'importe le prix. Il était mon sang de licorne et je m'y abreuvais sans hésiter; qu'il le sache ou non, qu'il l'accepte ou non.

N'y tenant plus - ça y'est, nous étions dans le château et la tension montait à son paroxysme et je ne pouvais plus attendre sans quoi j'allais véritablement planter mes dents au plus profond de sa chair ou bien lui demander de me briser entre ses mains, je ne savais pas trop quelle option me satisferait le plus - je le poussai contre la première porte venue, dévorant sa peau, ses lèvres. Je n'avais jamais remarqué la couleur si particulière de sa peau - pourquoi ce teint brun? -, son corps sec et pourtant musclé - il cachait bien son jeu -, la sensation réconfortante qu'il soit bien plus grand que moi et puisse m'envelopper tout à fait dans ses bras - ce qu'il faisait en cet instant précis. Je poussai mon corps contre le sien comme si j'avais voulu qu'ils ne fassent qu'un, et je me débattis de plus bel, contre lui, contre moi, contre tout ce qui empêchait mes gestes d'être efficaces et de porter leurs fruits. Malgré mon cœur battant la chamade et mes idées floues, j'étais surprise que la porte ne cède pas à une telle violence, qui me paraissait dévastatrice.

Je crois qu'au fond, je ne le voulais pas. La véritable Lizlor, perdue quelque part là-bas dans la brume, n'était pas prête. Mais je l'avais perdue depuis si longtemps... Oh, j'aurais aimé pouvoir lui prendre la main en cet instant et la supplier de me reprendre, même si je l'avais oubliée et remplacée pour tant d'autres, qui ne lui plaisaient pas. D'un autre côté, je n'étais pas certaine de pouvoir supporter la lueur dans ses yeux - celle qui reflétait la lueur turquoise de Nesika Beach, celle dorée du soleil de l'Oregon où flottait encore mes rires et ceux de Conrad. Mais j'aurais aimé être forte et avoir le courage de dire non, non, avant de céder complètement à ce tourbillon provoqué par Fray. D'une manière ou d'une autre, cette tornade essayait tout de même de me ramener à la maison, mais ce qui allait suivre... Ce qui allait suivre allait changer ma chair en son cœur et j'avais peur, tellement peur; peur comme depuis toujours, cette sensation tellement acide qu'elle me faisait pleurer et me plier en deux, tremblante, parce que c'était comme si on m'avait planté un couteau dans le ventre.

Je voulais Stephen aussi fort que je voulais fuir. Le savait-il seulement? Où n'étais-je que celle qui allait lui permettre de satisfaire ses désirs?...

La réponse ne me parviendrait jamais, puisque lui comme moi étions bien trop campés sur nos positions pour oser un jour nous avouer nos faiblesses et nos doutes. Pourtant la façon dont il avait essayé de ma rassurer plus tôt... Elle avait été si douce et la lueur de ses yeux, si vacillante tout d'un coup...

Alors la porte céda et moi aussi, et je crois qu'elle se referma derrière nous, définitivement, sur ma silhouette dans la brume, abandonnée et seule. Il le fallait.

Subitement la donne changea, car il n'y avait en moi plus que celle qui voulait jouer jusqu'au bout. Nos vêtements pesaient sur nos épaules comme de la braise insupportable et malgré nos souffles hachées nous réussîmes à les enlever en ne se quittant presque jamais des lèvres. J'agrippai ses épaules, son torse, ne sachant plus où donner de la tête tant il y avait de désir en moi pour lui. Mais je ne pouvais m'empêcher de sourire et de lui jeter des regards aguicheurs, pour augmenter cette tension que je sentais palpable et qui nous liait tous les deux dans cette salle vide. Ces yeux bruns ne scrutaient que moi, et il me paraissait si vulnérable tout d'un coup, que mes dernières craintes s'envolèrent. J'oubliais parfois ce miroir qui s'interposait entre nous et qui faisait de nous deux jumeaux un peu trop orgueilleux pour le reconnaître. J'aurais refusé de l'admettre en temps normal. Ce soir, ce sentiment se lovait dans mon ventre comme un chat se serait pelotonné au coin du feu. J'enfonçai un peu plus mes griffes dans sa peau pour lui communiquer mon bien-être.

Son air tellement irrité et impatient quand il essaya d'enlever plus vite ce qui le retenait me paru si drôle compte tenu du véritable Stephen Fray qu'il faisait croire qu'il était que je ne pus retenir le rire franc et cristallin qui jaillit de mes lèvres. Il m'ôta toutes les dernières parcelles d'hésitation en moi et me remplis d'assurance quand je me penchai vers lui pou m'occuper moi-même de sa ceinture, faisant un geste que jamais je n'aurais cru faire un jour avec autant d'audace. Une audace qui ne lui plairait pas, je le savais pertinemment. Sa réponse ne se fit pas attendre et je ne retins pas un léger cri sous le choc de mon dos rejeté contre le bureau, alors que Fray reprenait les rênes et qu'entre mes côtes mon rythme cardiaque ne cessait de monter, monter, monter - se pouvait-il qu'il ne s'arrête jamais et explose?! Je n'avais jamais senti cette sensation, et la moindre parcelle de mon corps me piquait de tout ce sang qui circulait à trop grande vitesse dans mes veines.

Jamais connu cela non plus. Mes yeux se perdirent vers le plafond. C'est la douleur qui me fit gémir, au début. Mais je n'y laissai rien paraître - ou du moins j'essayai. Puis nos souffles hachés et aléatoires me suffirent. Je m'accrochai à lui, mes mains transformés en serres qui ne pouvaient que l'écorcher vif. Mes cheveux pesaient lourds et je les rejetai en arrière d'un mouvement de nuque. Je l'enlaçai entre mes jambes, bloquant mes chevilles l'une contre l'autre, ne sachant pas trop si c'était pour qu'il ne s'échappe pas ou qu'il comprenne que je le retenais prisonnier. Son front contre le mien était brûlant, et le temps était suspendu. Je ne maîtrisais plus les râles qui jaillissaient de mes lèvres mais pourtant je souriais quand même, et si nos gestes étaient parfois violents il y avait toujours l'instant d'après une seconde soyeuse comme de l'eau douce qui coulait sur nous et nous rapprochait encore; comme ma main qui s'évada un instant de son épaule que je broyais pour lisser de son plat sa tempe, sa joue, et descendre dans son cou, avant de raffermir sa prise sur son bras, crispé lui aussi. Il y eut un moment où il ne me fut plus possible de garder les yeux ouverts et j'emportai avec moi son regard brûlant et me réfugiai derrière mes paupières pour savourer seule - il y avait toujours quelque chose d'égoïste dans ce que nous échangions - cette chose qui s'emparait de moi et qui consumait ma chair de plus en plus fortement et intensément avant d'avoir l'impression que tout explose en moi, jusqu'à mon cœur, mon souffle, comme si je vivais là la mort la plus délicieuse, bien plus merveilleuse qu'une quelconque forme de vie...

Après...

Après je restai comme prostrée, ramenant mes jambes contre moi et m'adossant au mur, incapable de bouger. Il y avait une trop grande chaleur en moi, un soleil qui brûlait de nouveau, pour que je le laisse s'échapper, et c'était comme si j'étais dans l'âtre et que je goûtais en fin au rougeoiement des braises que l'on réveille. J'entendis Stephen s'affairer plus que je ne le vis, cachée derrière mes cheveux, le corps recouvert d'une légère pellicule de sueur, tentant de calmer mon coeur petit à petit. J'acceptai mollement les vêtements qu'il me tendit et les enfilai machinalement, effectuant le moins de geste possible.

J'étais entière. J'étais moi à nouveau, il m'avait remise en pièces, et cela, personne, personne, ne pouvait me l'enlever. Personne ne pouvait le comprendre non plus.


– Ça ne voulait rien dire, fit-il en rompant un silence auquel je m'étais habitué, et je sursautais un peu.

Je n'avais absolument aucune idée de quelle heure il était, d'où nous étions vraiment, de ce qui viendrait, de tout. J'étais juste... Dans un monde où tout me suffisait et il n'y avait rien ni personne qui pouvait m'ôter cette sensation cotonneuse d'osmose et de puissance. Je secouai la tête pour toute réponse, un sourire étrange flottant sur mes lèvres.


– Ça n'arrivera plus jamais.

- Bien sûr que non, feulai-je entre mes dents, alors qu'il se détournait. Je ris alors; me moquant de lui qui fuyait, me moquant de ses paroles dénuée de sens. Ou bien je ris d'exultation, de ce moi retrouvé, de la force qu'il avait insufflé en moi, de ce soulagement d'être quelque part à nouveau.




'cause it
Makes me that much stronger
Makes me work a little bit harder
Makes me that much wiser
So thanks for making me - a fighter





Fin

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