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On the road again, again... [PV R.]

 
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 On the road again, again... [PV R.]

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Lizlor Wayland
Apprentie dans le domaine des Créatures Magiques



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MessageSujet: On the road again, again... [PV R.]   Jeu 29 Mar - 15:00


♪ ♫ ♪


_________________________________

Nous étions jeunes et larges d'épaules
On attendait que la mort nous frôle
Elle nous a pris les beaux et les drôles
On the road again, again
On the road again, again

_________________________________



Je ne sais même pas comment j'étais arrivée jusque là. Mes pas m'avaient menée, errant un peu sans doute, ou bien suivant le chemin de leurs souvenirs, mais plus rien, pourtant, n'était comme avant. Le soleil naissant de ce début de Printemps me paraissait fade, fade comme la pluie un soir de novembre. Tout me paraissait sans dessus-dessous, vide, mou, et quoi que je fasse il n'y avait rien qui me donne envie de continuer, qui me fasse espérer, juste espérer, que peut-être demain serait différent.

Il y avait des siècles, il me semblait, que je n'étais pas retournée à mon arbre : depuis que j'avais appris la terrible nouvelle ma vie avait changé du tout au tout, non pas que je l'ai décidé, mais on me l'avait imposé. La pression sur mes épaules avaient été trop forte et j'avais cédé, enfin, lâchant tout, ouvrant les mains autour de ces prises instables que je serrais de toutes mes forces depuis des années maintenant, me laissant couler plus que tomber dans le tourbillon étouffant de l'existence, acceptant tout, les contraintes, le chagrin, la souffrance, la tristesse, la solitude, tout. J'étais lasse. Seulement lasse. Pour le reste, je n'étais plus. J'étais morte avec lui : nous étions tous les trois morts avec lui. Maman prenait sur elle et tentait de s'en remettre tant bien que mal, parce qu'elle le devait, ne serait-ce que pour nous deux. Mais elle ne trompait personne. Je voyais ses épaules s'affaisser doucement quand elle se tournait, je voyais ses yeux marqués de tristesse quand elle les baissait, ou sa bouche qui tremblait, parfois. Pour la première fois de ma vie, j'étais presque heureuse que Conrad ne soit pas chaque jour avec nous, car je sais combien il aurait été touché de la voir si vulnérable, lui qui l'aimait tellement. Il avait toujours un petit mot doux pour elle, un geste tendre, et je savais depuis longtemps qu'il possédait un lien qui m'échappait - jusqu'à lors - mais que je trouvais beau, même si il me sciait le cœur. Pour eux tout était plus simple, et il leur suffisait d'un regard pour qu'ils se comprennent. J'avais moi aussi une complicité unique avec mon frère, mais ce lien mère/fils n'appartenait qu'à eux. Conrad aurait été là aujourd'hui son malheur aurait été décuplé par la simple vision de notre mère brisée par le chagrin, bien qu'elle le cache avec toute la force et la droiture qui la caractérisaient. Je le savais pertinemment, aussi sûrement que j'aurais été plus ravagée encore de voir mon frère dévasté lui aussi, car la souffrance des gens que l'on aime est bien pire que la notre. La notre se terre en nous, elle fait et défait tout le canevas de nos sentiments, mais au fond le cœur bat encore, désespérément, mais il bat. La souffrance de ceux que l'on aime prend à la gorge et aux tripes et les déchire sans vergogne, coupe le souffle comme une hache s'abat sur un bâton, piétine et explose le cœur de douleur et d'impuissance, parce qu'il n'y a rien de pire que de voir des larmes dans des yeux aimés.

Je marchai comme une automate, les yeux baissés vers la terre brune recouverte d'herbes. Tout brillait autour de moi, tout resplendissait de vigueur et de sève, ce Printemps comme tous les autres était une renaissance pour la nature, et cette joie ambiante me faisait mal, si mal, alors que tout en moi n'était qu'ombre et désespoir. L'été était fini, à jamais. Pourtant les bourgeons pointaient le bout de leur nez, le ciel bleu se reflétait dans le lac qui se cristallisait de petits éclats de lumière, l'herbe devenait plus grasse, quelques fleurs apparaissaient. Et les élèves, surtout, profitaient de plus en plus de l'extérieur. Leurs rires coulaient en moi comme de l'acide que l'on aurait versé sur mes viscères. Tout en moi les voulait ces rires : oh, pitié! Je voulais rire encore, je voulais que cette plage de mes souvenirs soit mon présent, je voulais que nous y soyons tous les quatre et que plus rien ne compte que le fort que nous construisions avec Conrad.

Les déferlantes de la vie avaient pulvérisé notre beau château à jamais, il fallait que je m'y résolve.

Tout avait changé, donc. Je n'étais plus celle que j'avais été. Combien de fois avais-je laissé ma carcasse derrière moi, me retournant à peine en poursuivant mon chemin, jetant juste un regard un peu craintif de me scinder une nouvelle fois?... Je ne les comptais plus. Je savais juste que j'étais fatiguée. Finies les escapades dans la forêt, finies les balades la nuit dans les couloirs, finies mes folles courses dans cette nature magique, tout était fini. J'étais devenu l'ombre de moi-même, une élève lambda de ce château. Se lever, manger, aller en cours, rentrer, faire ses devoirs, dormir. La roue tournait et tournait et je la suivais, tant bien que mal. Il n'y avait que les fréquentes visites à ma mère qui ponctuaient la monotonie de mon quotidien. Nous apprenions à nous connaître, petit à petit, et tout était simple, si simple, que je ne me posais même plus de questions. J'avais besoin d'elle et elle avait besoin de moi : je me sentais son enfant, sa chair, pour la première fois de ma vie, et il n'y avait que ces instants doux et uniques qui pouvaient panser, l'espace d'un instant, mes plaies béantes.

J'étais aussi plus émotive, fatalement. Je sentais le regard des gens sur moi alors qu'avant je n'avais même pas noté leur existence. Tous ces visages qui m'accompagnaient depuis cinq ans maintenant, il me semblait les découvrir, et ce monde bien plus grand que je ne le croyais m'arrivait au visage comme une grande claque. J'évitais soigneusement que je pouvais connaître - Stephen Fray, Haley Collins, je n'en avais pas la force, pas pour l'instant - et scrutais un peu plus ceux que je ne connaissais pas, m'étonnant que la couleur de cheveux de certains ou bien les attitudes d'autres ne m'aient pas interpelés plus tôt. Je n'étais pas une nouvelle Lizlor : j'étais vide, simplement vide, condamnée à subir ce qui m'arrivait, point barre. Là où j'avais vraiment du mal, c'était que presque tout me rappelait mon père, un aliment qu'il aimait, un geste qu'il faisait, un mot qu'il aurait dit, un endroit dont il parlait. A chaque fois c'était la même blessure : un coup de couteau en plein dans le ventre et je me pliais en avant, retenant avec grand mal ce cri qui explosait dans ma gorge et ces larmes qui voulaient se déverser sur mes joues creusées par la tristesse et la fatigue.

L'autre jour, alors que le dortoir était vide - il me semblait que le vide en moi appelait au vide autour de moi : les gens se taisaient quand j'arrivais, et me laissaient seule la plupart du temps. Cela m'était égal. Je m'en fichais. - je m'étais plantée devant la glace et je m'étais regardée, cherchant quoi? Je n'en avais aucune idée. Les marques des épreuves que nous traversions, peut-être. Mais comment aurais-je pu les constater? Je ne m'étais jamais regardée dans la glace avant. J'avais été frappée par le manque de lumière au fond de mes yeux : on aurait dit deux trous, deux grands trous, qui s'ouvraient un peu plus et qui m'engloutiraient bientôt toute entière. Curieuse, j'avais ôté mon uniforme, pour me retrouver en sous-vêtements. Ce corps que je voyais ne semblait pas m'appartenir... Quelqu'un l'avait re-faconné en mon absence. Mes jambes déjà longues s'étaient affinées et mes hanches se creusaient un peu plus alors que, malgré le fait que je sois très mince, ma poitrine quoique menue n'avait plus rien de celle d'une enfant. Gênée, j'avais rabattu mes longes cheveux blonds-roux devant moi, comme s'ils allaient cacher quelque chose. J'avais scruté mon visage : plus fin qu'avant, plus grave aussi, il me paraissait blafard et pâle comme si je n'avais pas vu le soleil depuis des années. Mes lèvres étaient curieusement rouges et mes yeux, mes yeux... Mes yeux devenaient comme ceux de ma mère, sans cette animosité qui pourtant me caractérisait. Leur bleu tirait vers le gris, alors qu'ils avaient toujours été d'un bleu plus électrique. Comme par enchantement, j’aperçus alors non loin de moi, dans le reflet du miroir, la trousse à maquillage d'une de mes voisines de lit. Je n'hésitai pas une seconde. Pourtant jamais je ne m'étais maquillée - à part quand j'étais petite et que je voulais ressembler à une dame avec mon maquillage d'enfant - parce que tout simplement ça ne me serait pas venu à l'esprit. Mais ce gris qui allait se transformer en cendres, peut-être, me faisait peur. Je fouillai, ne comprenant pas grand chose à tous ces pinceaux, ces crayons et ces boîtes, avant d'en sortir un crayon noir et un mascara. J'appliquai le crayon d'une façon malhabile, puis le mascara aussi. J'en avais trop mis et le résultat me fit peur alors je l'essuyai nerveusement, mais jene fis qu'empirer les choses, et je finis par saisir ma baguette pour effacer tout ça, avant de me retrouver avec les mêmes yeux qu'avant et qui me regardaient tristement.

Depuis ce jour je m'étais un peu améliorée et j'avais appris, petit à petit, à cercler mes yeux de charbon comme il le fallait. Cela ne me ressemblait pas vraiment mais au moins le bleu de mes yeux en ressortaient plus vif, plus foncé et plus cristallin aussi. Ce maquillage me donnait au moins l'illusion que tout n'avait pas changé, pas complètement.

Il y eut un bruit bizarre alors que j'errais sans but dans l'herbe qui froufroutait sous mes pieds. Je tournai la tête, lentement. J'avais longé un bosquet d'arbustes visiblement mécontents que je les frôle et l'un deux avait vraisemblablement craché sa... sa sève, sa... bave?! sur la feuille que je tenais du bout des doigts, et j'avais par ailleurs complètement oublié qu'elle se trouvait au bout de mon bras. Mon devoir de potions pour demain, terminé dans la douleur car tout me demandait des efforts considérables, que cet idiot d'arbuste venait de recouvrir d'une substance marron et gluante, le plus gratuitement du monde. En temps normal, j'aurais... Mais, non, il n'y avait plus de temps normal. Je sortis ma baguette et prononçai
« Recurvite » mais le seul résultat que j'obtins fut un bruit désagréable, comme un pétard mouillé, et le liquide gluant fuma un peu et sembla se durcir. Rien de plus.

Il y avait une barrière derrière moi - ah oui, la maison du garde-chasse. Je laissai tomber mon devoir, lui jetant un regard vide de toute expression, puis m'assis dos à la barrière, me demandant combien de temps il restait avant le dîner et le coucher. J'allais le passer là, non pas par envie, mais par absence d'envie de faire quoi que ce soit d'autre.

_________________

So here's my confession, this time
Don't just want you to love me
I want to be your obsession




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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: On the road again, again... [PV R.]   Jeu 29 Mar - 17:54

“On our drugs and our love
And our dreams and our rage
Blurring the lines between real and the fake”

Lana del Rey.



Et les oiseaux chantent plus fort à l’arrivée du printemps,
simplement pour faire taire le bruit des sentiments que le soleil,
brillant et brulant, sort de leur hibernation hivernal.



C’était comme marcher sur une multitude de diamants que le soleil, avide de les contempler, éclairait de ses rayons puissants et aveuglants. Les brins d’herbe me chatouillaient les pieds à travers mes sandales, et je plissai les yeux sous l’extrême luminosité qui régnait dans le parc. Les oiseaux chantaient au loin, et l’atmosphère était remplie d’une odeur de fleurs sauvages et d’herbe coupée. Tout le lieu respirait le printemps qui pointait le bout de son nez, amenant avec lui les sourires des rêveurs, les rires des idylles naissantes, et l’espoir des plus perdus. Cette saison était celle du renouveau, inspirant confiance et joie à la plupart des élèves du château. Tous commençaient à sortir le nez des livres et des devoirs pour s’aventurer à l’extérieur, s’allongeant des heures durant près du lac à flâner en bavardant sur l’arrivée du soleil et des passions amoureuses qui naissaient à chaque fois en cette période de l’année. Peut-être que l’arrivée des fleurs déclenchaient une avalanche d’hormone chez les adolescents, mais je n’avais jamais vu autant de mes camarades en couple, ni d’inconnus d’ailleurs. Se balader sans en croiser un, c’était un peu comme essayer d’éviter un regard d’Hazel Woodley quand on vient de faire une connerie. Vous m’avez compris, impossible. Voir de la fiction, dans le cas Woodley.

Je ne savais pas trop ce qui m’avait poussé à m’aventurer dehors alors que toute mes amies avaient préférées rester au frais dans la grande salle pour faire leurs devoirs. J’aurais pu rester avec elles, travailler, et sortir en leur compagnie le moment venu. Mais une fois encore, j’éprouvai cette étrange nécessité d’être seule, de réfléchir loin des rires et des répliques de mes camarades. Pourtant, je me rendais rarement seule dans le parc, préférant de loin le calme de la bibliothèque ou de la tour d’astronomie. Ou de la salle sur demande. J’avais mis tellement de temps à m’habituer à celle-ci ! Pourtant à présent, je savais où aller lorsqu’il fallait que je m’enfuisse loin de tout. Je marchais le long du couloir, pensant à un lieu où je pourrai m’échapper, et la petite porte en bois clair finissait toujours par apparaitre. Et là, plus rien ne pouvait me déranger ou m’atteindre, j’étais cachée aux yeux de tous dans un petit coin de verdure dans lequel je trouvais toujours une tasse de thé et une guitare. Rien de plus, mais cela me suffisait pour être comblée, mais surtout rassurée. Je devais souvent faire un point, ou plutôt une pause dans ma vie, pour repartir du bon pied.

J’avais des sentiments hachurés et surprenants, réagissant parfois d’une manière qui m’étonnait moi-même. Bien sûr, il n’était pas question d’afficher les émotions qui me traversaient, mais les garder était parfois une véritable épreuve. C’était dans ce genre de moment que j’avais besoin de partir, pour aller crier dans mon coin sans déranger personne. Mais surtout, pour que l’on ne voit pas, et que l’on ne demande pas. Je détestai par-dessus tous les questions, simplement parce que ça me rappelait bien trop de chose. Et les souvenirs étaient les pires amis que je puisse avoir. Cependant, je savais mentir à merveille, et aux yeux de tout le monde, je n’étais qu’une pauvre fille dans le père était mort avant naissance, et ma mère des années plus tard, d’une maladie au nom imprononçable. Et si cela faisait de moi une pauvre orpheline, je n’étais pas le monstre que les autres avaient vu en moi pendant des années durant, suite à l’incident. On me regardait parfois avec pitié, mais plus avec dégoût et cet air pitoyable et insistant. Pour les juges, les familles d’accueils et les médecins, je n’étais pas une créature monstrueuse à leurs yeux, mon père l’était. Mais moi, je savais ce que j’avais fait. Je l’avais tuée. Malgré moi, mais je l’avais fait. Et rien ne pouvait le changer. Mais au lieu de m’aider à trouver des réponses, on m’a enfermé dans un enfer et un tourbillon de doutes et de questions. Parce que j’avais vécue beaucoup de choses dures qui faisaient de moi une pauvre fillette abimée par la vie, ils ont souvent jugés qu’il fallait me traiter différemment. Tout ceci n’a fait qu’empirer mon attitude, mais ils étaient trop cons pour le voir. Mais ma vie, ou plutôt mon drame familial était bien trop dur pour remuer le sujet et poser les vraies questions. Et puis à ce moment donné de toute manière, je n’étais pas très apte à coopérer. Et j’avais, dès mon arrivée à Poudlard, fait comprendre que la famille n’était toujours pas un sujet dont je voulais parler. LE sujet tabou. Et dieu merci, tous l’avait compris et je n’avais jamais eu à m’étendre sur le sujet. « Mes parents sont morts » et mon air de chien battu suffisait pour renvoyer n’importe quelle question au placard.

Je n’avais pourtant pas changé d’opinion à mon sujet. Si les autres ne me voyaient plus comme un monstre, et je savais que c’était seulement car ils ne le savaient pas, je me considérais toujours comme tel. J’avais beau me répéter que je n’étais coupable de rien, la culpabilité était toujours là, enfoncée dans ma poitrine. Et je ne pouvais pas l’enlever, personne ne pouvait le faire. Comment quelqu’un qui s’est fait traiter de monstre par sa mère est censé effacer ce souvenir de sa mémoire ? A cette pensée, je cessai brusquement de marcher à travers les herbes folles près du lac –j’avais presque fini par me perdre en déambulant l’esprit ailleurs- et m’appuyai contre un arbre, fermant les yeux, à demi tremblante. Ses souvenirs me brulaient encore, et j’entendais en boucle dans mon cerveau la voix de ma mère et son ton haineux. Je sentais presque encore l’odeur du Whisky bon marché qu’elle buvait par litre. Je m’assis sur le sol, secouant ma tête de droite à gauche comme pour sortir tout ça de ma tête, tout en sachant que je ne pouvais rien y faire. Il me semblait bien que les Standiford avaient un don pour être dramatique et vivre des histoires déchirantes. Un don pour les scandales, mais au fond, qu’est-ce que j’aurais voulu être normale. Et pourtant, nombreux sont les gens qui crient avoir envie de vivre une vie pleine d’aventures, de drames et de rebondissements. Si seulement ils savaient. Je me relevai, fébrile. Il ne valait mieux pas que je me concentre sur le passé. Après tout, le printemps représentait le renouveau n’est-ce pas ?

Je me remis à errer dans le parc, regardant avec émerveillement la nature qui m’entourait. Elle naissait, ou plutôt renaissait, comme à chaque printemps. C’était comme si elle se relevait de la dureté de l’hiver à chaque fois, sans jamais flancher. Peu importe la froideur des nuits de décembre, ou la neige de janvier, les bourgeons pointaient toujours le bout de leurs nez dans les alentours d’avril. Ils ne manquaient jamais à l’appel. J’aurais aimé avoir cette capacité de réinvention, de renaissance qui ne s’arrêtait jamais. Que rien ne puisse me faire flancher, ne pas être faible. Au final, ne pas être humaine peut-être. Mais je ne pouvais pas changer qui j’étais, ni ce que j’avais vécu, et vivais toujours aujourd’hui. Pourtant, les émotions pouvaient s’avérer parfois d’une étrange douceur. Je m’étais surprise plusieurs à fois à être quasi-sereine, ou à réaliser que je n’avais pas songé à l’incident durant la journée. Ça me revenait constamment la nuit cependant. Soit durant mes longs rêves agités, soit durant les heures passées à regarder le plafond à chercher le sommeil. Insomniaque. Quel horrible mot. Et pourtant, une réalité que j’endurais la plupart des nuits. Là encore, personne ne le savait. Je m’endormais parfois en cours, ou sur mes devoirs, mais je prétendais être simplement être une bonne dormeuse. Mensonge, mensonge quand tu nous tiens ! Je ne dormais jamais vraiment. Mais l’admettre, c’était de nouveau les questions, les interrogations, les regards. Tout ce que je fuyais. Je passais le plus clair de mon temps nocturnes à noter dans mes carnets bleus les différents faits de la journée, ou à imaginer des rêves que j’aurais pu faire et que je pourrai raconter le lendemain au petit-déjeuner. Les gens sont si crédules. Personne ne vient jamais creuser sous la couverture, la pellicule fine et fragile du bonheur alimenté de mensonge. Mais d’une certaine manière, j’étais une comédienne très convaincante.

Je m’arrêtai un instant, sortant de ma poche un paquet de cigarette. Sale habitude qui me prenait parfois, depuis mon escapade nocturne dans les cuisines en compagnie d’une certaine Joy. Oh, j’avais déjà gouté à cette connerie avec Dylan, un garçon de la même école « spéciale » que moi. J’avais dix ans, lui aussi, et il avait piqué une cigarette à son grand frère. Je ne me souviens pas avoir eu plus envie de vomir qu’après l’avoir « fumer » en sa compagnie. Mais lorsque j’en avais retrouvé trainant un soir dans la salle commune, et que le Whisky m’avait fait perdre le sens des responsabilités, j’avais de nouveau essayé. Et depuis, il m’arrivait d’un fumer une de temps en temps, cachée dans le parc. D’un geste de la baguette, j’allumai la cigarette, un sourire se dessinant sur mes lèvres au contact du tabac avec ma gorge. J’inspirai et expirai, jouant avec la fumée pendant un petit moment. Le goût était délicieux dans ma bouche, et la sensation de cette petite chose au creux de mes doigts était délicieuse. Une sensation de pouvoir, peut-être. J’avançais vers le fond du parc, vagabondant sans savoir où aller, la cigarette fumant à mes côtés. Je ralentis en m’approchant de la cabane d’Hagrid. Devant la clôture, une jeune fille était assise, adossée. Seule. Je fis quelques pas en avant, inspirant une bouffée pour me donner de la force. Je n’étais pas douée pour aborder les inconnus. J’allais lui demander si elle cherchait quelque chose, lorsque je réalisai que la blonde assise n’avait pas l’air dans l’euphorie du printemps.

Elle leva vers moi des yeux étrangement vides. Vides, comme les miens avaient été pendant longtemps, comme ils l’étaient encore parfois. Légèrement gênée, je sortis mon paquet de ma poche, et le tendit à la jeune fille.


-Une cigarette ?

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Even Closer | Forever Young | So Cold | If Stars



« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Lizlor Wayland
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MessageSujet: Re: On the road again, again... [PV R.]   Ven 30 Mar - 14:05



« Le printemps est inexorable. »
https://www.youtube.com/watch?v=rmj3iU36Mmw

Je m'en voulais tellement, d'être comme ça. Pour la première fois j'avais conscience de moi, de ma petite personne, de ce que j'avais été et de ce que j'avais fait. Toute cette rancœur et cette rage accumulées avaient fait de moi une petite égoïste qui ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Pourtant les torts étaient partagés, je le devinais aux silences hésitants, aux gestes retenus de Maman quand je passais du temps avec elle. Il y avait d'un côté ce naturel soudain entre nous, dénué de toutes nos vieilles querelles, mais également cette nouveauté pleine de tristesse et d'amertume, ce goût voilé du temps perdu qu'on ne rattraperait pas. Je ne comprenais pas tout, encore. Dans ma tête c'était une sorte de vide étrange, qui tourbillonnait, effleurant parfois des idées concises mais les emportant en même temps. Je rêvais d'ailleurs, je rêvais tellement d'être avec Conrad et mes parents quelques temps auparavant et de pouvoir racheter mes fautes. Le soir, quand le jour s'était couché et que j'avais rejoint mon dortoir, comme les autres, sous mes draps pliés à la va-vite chaque matin, je ne pouvais empêcher mes pensées de se bousculer douloureusement à l'intérieur de ma tête. Je me pelotonnai tant bien que mal, serrant trop fort la couverture bordeaux. Tout cela me faisait si mal, mais je n'arrivais même plus à pleurer. Il y avait quelque chose au fond de moi qui s'était cassé et qui avait tari le canal de mes larmes, desséchant plus encore mes entrailles et mon coeur. J'aurais voulu pleurer à ce vide qui me hantait, à mon père qui avait tant souffert en silence et qui était parti avant que j'ai pu lui dire combien je l'aimais et je l'admirais. J'aurais voulu pleurer à notre famille détruite à jamais, à nos efforts désespérés pour continuer à vivre comme si de rien n'était. J'aurais voulu pleurer au chagrin de Maman et de Conrad; j'aurais voulu pleurer, enfin, à cette image de petite ingrate et ronchonne que mon père avait emporté de moi, par ma faute.

Au fond j'étais la même, bouillonnante de hargne et de crainte, animal effrayé sans cesse à sortir ses griffes et à se méfier. Mais cet animal était blessé, et je n'avais plus de force. Même pas l'énergie du désespoir : plus rien. J'en crevais à petit feu, alors que tout ma raison m'exhortait : ressaisis-toi! Pour eux. Pour ta mère. Comme le fait Conrad. Tu dois le faire. Le problème, c'est que j'étais simplement triste. Tout me paraissait une montagne, rien ne m'était aisé. J'avais souvent un mal de crâne terrassant et le tournis, aussi, et lorsque j'essayais de me rappeler à quoi cela ressemblait avant tout cela, je n'avais qu'un goût amer dans la bouche et la sensation des dents qui crissent à cause de quelques grains de sable brûlants venus se loger entre elles. Je ne savais plus vraiment qui j'étais, Liz, Lizlor, toutes ces ombres qui me suivaient mollement sans vraiment m'approcher, alors que j'errais de point en point sans vraiment de but.

Je me détestais, sans doute plus qu'avant. Toute cette inconstance, toute cette absence de volonté ridicule, toutes ces larmes, ces battements de coeur désordonnés. Je n'avais plus goût à rien, je n'étais capable de rien, et je n'avais même plus le courage de me battre. De me battre pour quoi, de toute façon? Il me semblait que j'avais trop perdu à essayer de me rebeller contre des choses que je croyais fausses.


-Une cigarette ?

Je sursautai, reprenant douloureusement conscience de la réalité. Depuis combien de temps étais-je là, je n'en savais trop rien. Pourtant j'avais les yeux fixés sur la silhouette qui s'était approchée de moi, et j'avais sans doute du la regarder sans la voir. Mes paupières battirent un peu, humidifiant mes yeux, légèrement agressés par cette lumière trop vive et printanière. La jeune fille en question ne l'était pas moins : grande et mince et blonde, jolie sûrement, tout à fait le genre de fille qui roucoulait comme tant d'autres autour de moi. Ces couples qui m'avaient tant dégoûtée aujourd'hui ne me faisait plus rien : je n'avais plus la force d'être révulsée. Je les voyais, et je les voyais seulement. Rien d'autre.

Je mis quelques secondes avant de comprendre qu'elle me tendait quelque chose et ses mots firent sens; mon regard alla du petit paquet à ses yeux, puis retourna se poser sur le paquet. Un paquet de cigarettes. Ces choses moldues apparemment appréciées, un jour Conrad m'en avait parlé. Les sorciers eux fumaient la pipe ou des herbes roulées, mais rarement de ces bâtonnets blancs que l'on trouvait empaquetés. A Poudlard en tout cas, leur consommation allait bon train, du moins dans certains cercles. Mes parents nous avaient toujours expliqué combien fumer était nocif et Conrad, sportif depuis toujours, m'avait formellement interdit d'essayer un jour, rajoutant une couche à l'autorité parentale. J'aurais pu vouloir essayer, justement pour défier cette autorité que j'avais en horreur. Mais j'avais apparemment trouvé d'autres voies, et cette idée de fumer ne m'était jamais venue à l'esprit, d'autant plus que je trouvais l'odeur de la fumée âcre et trop épaisse pour mes poumons. Et puis, je n'y pensais pas. Je restai plusieurs secondes immobile, indécise, dans l'attente d'une quelconque réaction à l'intérieur de moi : rien. Loyauté à leurs interdictions? Rien. Rébellion? Pas plus. Trahison envers Conrad si je fumais? Rien de tout cela. Alors, je levai une main qui sembla me peser dix tonnes et tirai maladroitement un petit bâton blanc du paquet. Il y avait un bout plus foncé et l'ensemble me paraissait bien plus compact sous mes doigts que je ne l'avais imaginé. Consciente que je ne savais absolument pas comment m'y prendre, je regardai sa main à elle, et vit qu'elle tenait nonchalamment entre ses doigts le bout plus foncé. J'en fis de même. Et maintenant?

Sauvage, jamais en temps normal je n'aurais accepté la présence si proche d'un individu et encore moins d'une étrangère. Mais le courant qui me portait m'interdisait ce genre de comportement, et à vrai dire toute mon attention se trouva focalisée sur cette étrange chose moldue, et cela me fit du bien, car pour quelques minutes dans la journée j'avais quelque chose à penser, autre que ce néant oppressant ou ces souvenirs douloureux qui me terrassaient. Comme l'usage le voulait j'imagine, elle fit faillir une flamme au bout de sa baguette et l'approcha de moi. Je savais, dans les faits, ce qu'il me restait à faire, mais je doutais fortement de mes capacités à le mettre en œuvre. Pinçant le petit tube qui sentait une odeur bizarre, j'approchai le bout de la flamme et, pensant qu'il fallait en faire ainsi, rempli très fort mes poumons du maximum d'aire qui pouvait y entrer.

Des piques brûlants me serrèrent la gorge et une toux m'arracha les entrailles, alors que mes poumons chassaient cette fumée lourde et charbonneuse en plusieurs spasmes incontrôlables. Je mis quelques temps à retrouver un semblant de respiration, happant l'air comme je le pouvais, alors que des larmes avaient jailli automatiquement de mes yeux.


- C'est pas bon, hoquetai-je finalement, sans me rendre compte que les premiers mots que je lui servais n'avaient même pas valeur de remerciement.

Qu'est-ce que les gens pouvaient bien trouver à cette chose?! Je regardai, perplexe, la cigarette entre mes doigts, qui fumaient toute seule. Puis je levai les yeux vers la fille, me demandant pourquoi diable elle m'avait proposé un tel truc, et comment elle faisait pour le fumer le plus tranquillement du monde. J'eus une moue dégoûtée, puis haussai les épaules - encore quelque chose qui m'échappait.

Je finis par me dire que, après tout, pourquoi ne pas tromper la solitude et l'attente en y voyant un peu plus clair, et proposai d'un mouvement de tête à ce qu'elle me rejoigne. Je poussai du bout du pied mon devoir fichu un peu plus loin pour qu'elle puisse s'assoir à côté de moi.


- Ça sert à quoi en fait ce truc? lui demanda-je alors en levant ma cigarette entre nous. Moi c'est Lizlor. Toi?

Il n'y avait dans ma voix aucune agressivité pour une fois, aucune animosité, mais aucun entrain non plus. C'était la fatalité qui parlait par ma bouche, et pour le reste mon ton était plat et sans relief. Vide.

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: On the road again, again... [PV R.]   Ven 30 Mar - 17:34




"Shameless glance and flowers all around."
https://www.youtube.com/watch?v=iEArlSRJ7U4



Pendant un instant, elle me fixa sans réagir. Si ses yeux semblaient vides, je crus voir dans sa manière de me regarder que ce n’était pas la seule chose vide chez elle. Cette inconnue avait l’air étrangement absente, me dévisageant de ses yeux bleus gris cernés de noirs, comme si je n’étais pas là. J’avais l’impression qu’elle regardait à travers moi, cherchant quelque chose derrière mot, voir en mot. Surement pesait-elle le pour et le contre de ma proposition, elle évaluait si j’étais dangereuse. Je ne fis aucun commentaire, le paquet de cigarette toujours tendu, attendant qu’elle reprenne ses esprits –si elle en était capable. Assise là, sur le sol, elle me paraissait séparée du monde réel, comme si elle n’en faisait pas réellement partie. Elle avait l’air d’un chat sauvage égaré dans la société, à la recherche de repère. Oui, un chat, elle avait cet air félin dans ses traits méfiants et si doux à la fois. Elle me semblait également minuscule et frêle, fragile et à la fois forte, prête à me bondir dessus à la moindre occasion, à la moindre erreur. Je ne la connaissais pas, et pourtant ce visage me semblait familier, comme si je l’avais déjà vu, mais plus vieille. Oui, ce visage m’en rappelait un autre, mais en version plus jeune. Qui ? Je n’en avais aucune idée. Et pourtant, j’étais douée avec les visages et les prénoms. En fait, j’étais douée pour me souvenir.

Comment faisais-je ? C’était simple, j’étais tordue et méthodique. Depuis l’incident, je gardais sous mon oreiller trois petits carnets bleus. Dans le premier, j’annotais chaque détail de ma journée, dans le second, chaque information sur les autres que j’avais pu grappiller, et dans le dernier, un vrac d’idées, de notes et de pensées. Je gardais les anciens carnets dans le fond de mon tiroir de sous-vêtements, bien que celui commence déjà à craquer sous le poids des multiples cahiers. Je les remplissais à une vitesse folle et refusais toujours de me séparer des vieux, car j’étais convaincue qu’il pourrait m’être utile. Sûrement pourrais-je chercher quelques informations sur cette jeune fille ou son présumé double âgé. Etais-je devenue folle ? Maniaque ? Les deux, probablement. Ça m’était égal. Il me fallait une emprise sur mon environnement, toujours une. Je n’avais pas le droit de lâcher les pédales, de me montrer faible. Je le refusai, je repoussai jusqu’au soir venu où je pouvais coucher sur les pages vierges et blanches de mes cahiers toutes mes émotions, en vrac et en désordre. Si quelqu’un tombait un jour sur mes carnets, il n’arriverait pas à les lire de toute manière. Même moi, je n’osais pas me réaventurer dans les méandres de mes pensées confuses et complexes. Seulement en cas d’extrême urgence, je disais. Mais je ne le faisais jamais. Je ne voulais pas fouiller le passé. Mais c’était mon écriture exutoire, celle qui me sauvait de la perpétuelle crise de nerfs. Celle qui me permettait de continuer à avoir le contrôle de la situation, et la connaissance de mon environnement.

J’aurais probablement pu proposer d’ouvrir un carnet bleu à cette jeune fille, pour qu’elle aussi commence à parler de tout ce qui la dérangeait. Mais à la place, la cigarette me paraissait une meilleure façon d’aborder la discussion. Si elle me virait d’un regard noir, je ne lui en tiendrai pas rigueur. Sans la connaître, je la comprenais. Son air me rappelait quelque chose. Le mien. Cette sensation de coquille vide, de n’être pas à sa place, tout en tentant de garder la tête haute. Et abandonner, fatiguée et lasse. Mon étrange passé m’avait donné ce don, de déchiffrer les autres mieux que n’importe qui. Je savais lire la détresse cachée. Par contre, je ne savais toujours pas l’aborder. Je n’étais pas douée pour parler de tout ça, pour communiquer tout simplement. J’étais bavarde, peut-être. Mais je passais beaucoup de mon temps à combler les blancs pour éviter les sujets qui me faisaient peur. Je fuyais ce que je ne savais pas maitriser ni expliquer. J’aurais d’ailleurs pu, ou peut-être dû, fuir devant cette jeune fille et son flot de sentiments à la fois cachés et exacerbés. J’eus un soupir soulagé lorsqu’elle consentit à prendre une cigarette. D’un geste de la baguette, je lui tendis une flamme pour qu’elle puisse allumer le petit bâton blanc. L’inconnue continuait de me lancer des regards curieux, et paraissait légèrement mal à l’aise avec la cigarette dans sa main. Est-ce qu’elle fumait ? Je ne lui avais même pas demandé.

La réponse me parût évidente lorsqu’elle aspira le tabac. Elle ne fumait pas. La petite blonde qui me paraissait si farouche et frêle à la fois se mit à tousser violemment, recrachant la fumée et cherchant à aspirer de l’air frais. Ses yeux pleuraient et elle semblait suffoquée. Je m’agenouillais face à elle, m’assurant qu’elle allait, malgré tout, bien. Bon, elle n’avait pas l’air dans le meilleur état qui soit. Comme après une première bouffée de cigarette, bien sûr, et je n’eus aucun rire ni moquerie. J’étais passée par là, comme tout le monde. Et j’espérais que la jeune fille ne m’en veuille pas trop de l’avoir fait suffoquer ainsi. Je tirai pour ma part sur ma cigarette, recrachant la fumée au long. J’aimais la voir se volatiliser dans l’atmosphère, libre et intouchable. J’aurais voulu être ainsi. M’envoler et disparaitre. Sans que Et que l’on ne puisse m’atteindre. Ne jamais me poser au sol. Toujours être loin des complications humaines. De tout, au final.


-Ce n’est pas bon.

C’était donc son avis final. Crois-moi jeune fille, tout le monde a dit ça un jour. Tous ceux qui ont commencé, on dit pareil. Et ils ont continués malgré tout, parce qu’ils étaient cons et curieux. Je pariais que la jeune fille allait continuer à fumer cette cigarette, qu’elle ne me rendit pas d’ailleurs. Elle allait la garder, j’en étais quasi-sur. Je m’en voulais un peu de l’avoir fait commencer, mais le mal était fait et je ne pouvais reculer.

-Désolé de t’avoir fait gouter.

Elle haussa les épaules avec une moue de dégoût. Cependant, elle me fit signe de m’assoir, poussant du pied une feuille de papier qui se trouvait à côté d’elle. Je m’installais contre la barrière, finissant ma cigarette. L’éteignant, je lançais un « Evanesco » pour faire disparaitre le mégot. Si ce sort n’était pas de mon niveau, je m’étais décidée à l’apprendre, lasse de devoir toujours chercher une poubelle pour jeter mes cigarettes et avoir ma conscience tranquille. Polluée le parc du château ne me paraissait pas le meilleur des cadeaux à mon école que j’aimais tant. Je me tournais vers la jeune fille, qui regardait toujours étrangement sa cigarette.

- Ça sert à quoi en fait ce truc ?

J’eus un petit rire. Je n’en savais rien en fait. C’était une bonne question. Pourquoi fumais-je, pourquoi fumait-on ? Alors que ça nous détruisait les poumons, la gorge, les dents, la voix… Parce qu’on était con. Et que c’était bon. Tout comme le chocolat fait grossir, ou l’alcool rend ivre. C’est toujours mauvais, mais c’est toujours bon à la fois. L’inconnue leva sa cigarette entre nous, l’examinant de plus près. Je me concentrai également sur le bâtonnet qui se consommait tout seul, la fumée voletant entre nous. J’haussais les épaules, sans être trop sûre de ma réponse. Moi-même je ne savais pas vraiment.

-Quand tu t’y habites, c’est agréable.

Le tabac agissait sur le cerveau. Il rendait heureux. C’était scientifiquement prouvé, malgré tout, la cigarette pouvait nous faire du bien. Une once de bonheur dans un océan de conséquences négatives. Mais ça n’arrive qu’aux autres les conneries, jamais à nous pas vrai ? Personnellement, j’avais connu tellement de drame que je supposai que le karma ne s’acharnerait pas plus que moi. Du moins, je l’espérais.

- Moi c'est Lizlor. Toi?

J’eus un petit sourire. C’était un joli prénom, original. Mais je n’avais pas vraiment envie de sortir des phrases pré-fabriquées pour lancer la conversation. Les politesses sont les bases de relations toute propres, sans émotions. Juste de l’habitude et de la gentillesse. Je n’avais pas envie de parler du temps, de la saison. Et il me semblait que cette Lizlor avait des sujets plus importants dans sa vie.

-Ruby. C’est quoi ça ? Demandai-je en pointant du doigt le papier qu’elle avait poussé avec son pied. Puis, hésitant une seconde, je finis par la questionner. Tant pis si je posais des questions trop personnelles, trop directes. J’étais une quiche en relation, je vous l’avais jamais dit ? Tu fou quoi là au fait?

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Lizlor Wayland
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MessageSujet: Re: On the road again, again... [PV R.]   Ven 30 Mar - 20:44

Je me dis que, peut-être, imaginer comment j'aurais réagi avant qu'un drame s'abatte sur ma vie m'aiderait à me réveiller de cette léthargie triste et étouffante. Qu'aurais-je fait? Mes yeux absents, cernés de noir pour tenter de masquer toute cette tristesse qui s'y agglutinait, se braquèrent sur la fille à côté de moi. Son visage était à l'image de tous ceux autour de moi : plein de vigueur et de jeunesse. Ou, peut-être que non. Je scrutai un peu mieux. Il y avait quelque chose au fond de ses yeux ou dans les coins de sa bouche qui pouvaient cacher des zones d'ombres. C'était sa chevelure longue et lâche et lisse et blonde qui éblouissait trop et faisait croire qu'elle n'était qu'une simple gravure de mode. Elle en avait l'étoffe mais se cachait derrière, peut-être, aussi. Avant, je lui aurais ri au nez. Je lui aurais ordonné de retourner se frotter près des garçons pour de elle avait sûrement plein de choses à raconter. Ou peut-être que j'aurais profiter de cette mélancolie latente que je connaissais bien, cette même mélancolie exacerbée chez cette idiote d'Haley Collins, pour la piétiner un peu plus. Je lui aurais craché au visage et ordonné de dégager et de soigner ses propres problèmes avant d'essayer de s'intéresser aux miens. Qu'elle n'avait strictement rien à faire dans ma vie et que je crachais sur la vie, moi, que rien ne m'importait, que mes ongles ne faisaient qu'un sur le tronc brut des arbres auxquels je grimpais, avec cette sève froide en leur centre, dans cette forêt qui était mon royaume. J'aurais peut-être, dans une telle situation, accepter sa cigarette avant de m'enfouir à toutes jambes, éveillée par la curiosité de la nouveauté. Mais cette cigarette je lui aurais volontiers écrasé sur le plat de la main, ensuite, alors que sa fumée âcre m'avait donné la nausée. J'aurais haï cette blonde et lui aurais souhaité l'enfer - je n'étais bonne qu'à ça. Mais aujourd'hui, la forêt me regardait de ses yeux sombres et brillants et moi, à quelques mètres de là, je n'étais plus la Lizlor qui grimpait un peu partout. Le lutin en moi s'était enfui - dans la forêt, peut-être? J'espérais au moins que oui, qu'il reste une partie de moi encore un peu sauvage, possiblement un peu... heureuse?

Encore une fois, j'aurais aimé pleurer. A tout cela. Mais les larmes refusaient de couler : elles l'avaient trop fait.

Je fixai à nouveau la chose qui se consumait entre mes doigts et la fumée blanchâtre dont le goût s'était imprégné sur ma langue m'hypnotisa un peu. En face de moi je voyais le parc baigné de soleil, je sentais le parfum des fleurs naissantes et de l'herbe grasse. Ce printemps éclatant qui me narguait. J'entendais plus loin les bruits du lac, des cris par moments, des rires que la vent léger apportait jusqu'à nous. Mais nous nous trouvions adossées à cette barrière abritée par l'ombre d'un gros arbre, et cela sentait l'humus, la terre encore humide de l'hiver, il faisait plus frais qu'à quelques pas de là, au soleil.


-Désolé de t’avoir fait gouter.

J'avais presque oublié qu'elle s'était assise là. Ou plutôt, je m'en fichais. Je m'en fichais parce que ça ne changeait rien, et ça ne changerait rien. J'avais envie de dormir, de dormir tout mon soûl, à poings fermés, de ce sommeil de bébé qui laisse le front et les joues brûlantes, abruti de sommeil. Je m'imaginais me réveiller dans mon lit de notre maison en Oregon, le nez chatouillé par les toasts que Conrad faisait griller - c'était son petit plaisir du dimanche matin. Je me serais levée, les cheveux tout emmêlés, frottant mes yeux lourds de sommeil encore de mes poings fermés. J'aurais enfilé un vieux short, et puis, j'aurais filé sans demander mon reste. Au-dessus de notre terrasse le soleil aurait été haut déjà dans le ciel azur et je me serais réjouie d'une belle journée en perspective - parce que le dimanche avait cette petite saveur unique, il était déchargé de la fatigue de la semaine, il était toujours plein d'espoir, comme si on s'attendait un instant à ce que le lundi ne lui succède jamais. Maman et Conrad discuteraient le long du petit muret. Mes pieds nus sur le sol auraient attiré son attention, et je me serais arrêtée près de lui. C'était toujours vers lui que je me dirigeais naturellement le matin, sûrement parce qu'il était si spécial, que ses yeux qui ne voyaient pas me laissaient espérer qu'il me voyait à sa manière, différemment. Il m'aurait embrassé le front en disant "ma petite fille!" comme tout le temps, avec ce sourire qui n'appartenait qu'à lui. Son odeur me manquait - forte et virile et rassurante. Ses gestes tellement tendres, aussi. Son rire quand je lui racontais mes mésaventures. Les moments où nous jouions ensemble, quand je montais ses genoux et qu'on "jouait à se bagarrer".

Je plissai les yeux, ressentant un intense picotement sous mes paupières, en même temps que mon coeur se serrait. Pleure, mais pleure! m'ordonnai-je silencieusement, les dents serrés. J'avais besoin que tout cela sorte d'une manière ou d'une autre, qu'exulte ma peine, que coulent mes souvenirs douloureux.

Mais quelque chose prenait un malin plaisir à les garder enfermés, et je gonflai un peu plus de ce surplus de chagrin. Un jour, j'éclaterai. Un jour je prendrai feu, à défaut de fondre en larmes. Cette fumée qui dansait sous mes yeux, elle était comme moi, comme nous, elle n'était rien, rien qu'une petite chose dans le vent, qui naissait et tremblait et mourrait. Rien de plus.

- Pas grave, finis-je par répondre, en haussant les épaules, ma bouche dessinant une moue nonchalante. Pour ce que j'en avais à faire, de tout ça. Mes poumons s'en remettraient, et moi avec.


-Quand tu t’y habitues, c’est agréable.

Elle ne paraissait pas si convaincue que ça. Dubitative, je regardai l'atroce petite chose qui m'avait été si désagréable et, prudemment, à tâtons, je la portai à mes lèvres une nouvelle fois, aspirant une toute petite goulée d'air. La même sensation, atténuée tout de même, me força à recracher la fumée, qui s'échappa en une colonne blanche et droite devant mes yeux surpris. Je toussai, avalai ma salive, me raclai le palais, mais les dégâts étaient tout de même moindres.

- Mouais, constatai-je sans grande conviction. Ça restait fort, très fort, et chaud et... hostile, un corps étranger qui entrait en moi. Je répétais mon geste, louchant sur la cigarette que je portais à ma bouche en aspirant encore. A chaque fois une toux s'étouffait au fond de ma gorge mais il me semblait que plus ça allait, moins l'effet était douloureux. C'est alors, seulement, que je me rendis compte que ma tête tournait légèrement et j'eus un petit sourire de victoire : quelque chose m'arrivait, quelque chose prenait possession de mon corps pour quelques instants et je ressentais des sensations nouvelles, moi qui craignais de ne plus jamais y arriver...

-Ruby.

- C'est drôle, commentai-je à retardement, non pas en parlant de son prénom, mais parce que finalement, cette cigarette était une expérience intéressante. Avant de me rendre compte que ma tête tournait un peu trop et que je n'avais pas l'habitude de ce genre de sensation. J'eus peur tout d'un coup, et reniflant mes doigts je sentis une odeur âcre qui s'y était déposée. J'allais voir Maman ensuite, elle ne devait pas savoir... J'écrasais dans l'herbe ce qu'il restait de la cigarette, abandonnant là le témoin de mon acte, ne sachant pas trop comment me comporter.

- C’est quoi ça ? Tu fous quoi là au fait?

Je jetai un coup d'oeil las à "ça", mon devoir que je pouvais oublier. Sale plante. Moi qui pourtant me sentait si proche de la nature, voilà que, une tragédie ne suffisant pas, elle se mettait à me donner des coups dans le dos... Je ramenai la feuille entre nous à l'aide de mon pied, pour mieux lui montrer la tâche brunâtre qui avait effacé quasiment toute mon écriture; ironie du sort on ne voyait que Lizlor Wayland dans le coin en haut, histoire de me rappeler que oui, c'était bien à moi qu'arrivaient de telles crasses.

- Mon devoir de potions pour demain. Qui est fichu parce que... Je soupirai, ressentant une fatigue extrême. Une plante a craché dessus, et ça a donné ça. Tant pis. C'est trop tard, maintenant.

C'était fou, en soi, de me dire que je discutais tranquillement avec une étrangère sans que ça ne parte en lynchage et je tournais vers elle un regard un tant soit peu médusé. Pourquoi diable appréciait-elle ma compagnie?

- Moi? Euh, rien. J'haussai les épaules. Et toi, euh... Et toi?

Réactivité zéro, mais cela je ne doutais plus.

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MessageSujet: Re: On the road again, again... [PV R.]   Ven 30 Mar - 23:01

- Pas grave. commenta Lizlor tout en fixant sa cigarette, sans trop de conviction.

Elle ne semblait énervée de sa mésaventure enfumée et j’eus un sourire de soulagement. Cela ne m’étonnait pas. Cette fille avait l’air d’avoir vu plus dur qu’un malheureux petit bâtonnet à la fumée âcre. Comment pouvais-je le savoir ? Premièrement, elle portait le blason de Gryffondor. Ce qui signifait qu’elle était une intrépide, une courageuse. Et puis, ça se lisait dans ses traits farouches et abimés par la vie, dans son expression si vide et à la fois remplie d’émotions. Je n’arrivais pas à savoir si cette fille n’avait peur de rien, ou si cela n’était qu’un masque face aux autres. Elle me paraissait pleine de paradoxe, à la fois fière et réservée, brutale et douce, mature et rêveuse. Je n’arrivais pas à lire en elle comme je pouvais le faire si facilement. Certes, je ne la connaissais que depuis quelques minutes, mais cela ne m’avait jamais stoppé auparavant de comprendre la personne que j’avais en face de moi. Les gens étaient bien souvent horriblement faciles à cerner. Il faut dire que tous n’avaient pas vécus des aventures atroces ou avaient une personnalité aussi tordue que la mienne. Non, certaines personnes s’avéraient être parfois normales. Et à ce moment-là, comprendre leurs caractères n’était plus qu’un jeu d’enfant. 3 minutes top chrono et c’était bouclé. Beaucoup de gens se croient originaux. Ils pensent avoir eu une vie dure, pleine de rebondissements et d’expériences, d’erreurs. Et bien beaucoup de gens se trompent.

Il n’y avait pas d’échelle de douleur, je vous l’accorde. Sous prétexte que je m’étais faite … Enfin bref, sous prétexte que ma vie n’avait pas été facile, je n’avais pas plus de droit ou de privilèges que les autres. Je ne pouvais pas juger leurs propres histoires, leurs propres douleurs. Je n’avais pas le droit de me penser plus mal qu’eux, de dédaigner leurs chagrins. Mais malgré moi, une partie de mon cerveau ne pouvait pas s’empêcher de rire jaune aux histoires de cœurs de mes amies, qui paraissaient au bord du suicide après s’être fait plaquées par un garçon. Ridicule ? Non, pas à ce point. Simplement moins… Fort que la vraie douleur. Celle-là, je ne la souhaitais à personne. Je me demandais simplement comment quelqu’un qui réagissait si mal au moindre pépin de la vie pourrait survivre si un jour de vrais ennuis lui tombaient dessus. Quelque chose de vraiment triste. La mort par exemple. La culpabilité. J’eus une grimace en pensant à tout ça. Je devais cesser de tout ramener à l’incident et à ses conséquences, et pourtant je ne pouvais m’en empêcher. Inlassablement, tout était lié, tout était joint. Chaque chose m’en rappelait une autre, et je revenais toujours à ce point de départ, à l’épisode de la grande, au procès, aux familles d’accueils. Mon passé me suivait, ou plutôt me poursuivait. Il me hantait et ne me laissait jamais une seule seconde de répit. J’étais sa victime, j’étais son esclave.

Et c’était cela qui me rendait si différente du reste de mes camarades. Je me sentais à part, malgré ma lente inclusion à la sphère sociale depuis mon arrivée. J’étais tordue, ma vie était tordue. Les gens ne le savaient pas, mais moi oui. Leurs petits mondes semblaient se porter à merveille, et je suffoquais là-dedans, tentant de trouver ma place. De comprendre qui j’étais, de remettre en place les pièces de mon passé. A devenir plus simple, plus accessible. A ne pas constamment péter les plombs et manquer d’arracher la tête de tout le monde. Honnêtement, ça avait été plus simple que je l’avais pensé. Mais j’étais toujours en perpétuelle lutte, combattant ma dérive vers mon état de violence ou au contraire, celui de léthargie profonde. Trouver le juste milieu était une épreuve, une bataille quotidienne que je devais mener seule. Face à tout le monde, je n’étais que la gentille petite Ruby. Souriante, drôle, parfois timide. Un peu lunatique. Rien de plus. Je voulais être ainsi, je voulais qu’on me voie comme quelqu’un de normal. Ce que je n’avais jamais été en somme. Alors que de nos jours, chacun essayait de se faire une place hors de la masse pour devenir populaire, connu et reconnu, je ne souhaitais qu’une chose : me cacher au milieu de centaine d’autre et me faire oublier.Je ne savais pas vraiment si cela marchait. Je n’avais pas vécue d’histoire palpitante, depuis mon arrivée au château. En fait, tout avait commencé à s’accélérer cette année. Avec ce Logan. Et Traice et Jay. Toutes ses histoires d’adolescents qui me paraissaient très dérisoires par rapport à ce que j’avais traversé, et qui pourtant m’atteignaient plus que je ne voulais l’admettre. Et mon étrange faiblesse face à tout ça me faisait peur. Je ne voulais pas être faible comme j’avais pu l’être auparavant. Je voulais continuer d’être cette nouvelle Ruby, forte et sans émotions. Sans peur ? Non. J’étais toujours humaine tout de même.


- Mon devoir de potions pour demain. Qui est fichu parce que… Une plante a craché dessus, et ça a donné ça. Tant pis. C'est trop tard, maintenant.

Je fronçai les sourcils, saisissant la copie de Lizlor. Tentant de la déchiffrer ce qui avait écrit, je réussis à saisir quelques bribes de mots. Son prénom était toujours visible, mais je ne pouvais lire que la première lettre du nom de famille. Un W. ça ne me rappelait rien, bien que je continue de voir en cette Gryffondor des traits étrangement familier. Mais toujours trop jeune à mon goût. Connaissais-je sa mère ?! Mais d’où aurais-je pu la connaitre. J’haussais les épaules, abandonnant mes questionnements sans réponse. Je plissai mes yeux pour mieux distinguer les mots sous la croute marron qui s’était déposée sur son devoir. Après quelques minutes d’efforts, je finis par comprendre qu’il s’agissait d’un devoir sur les philtres de confusion. J’eus un sourire. J’adorais les potions, et j’avais récemment fais des recherches sur celle-ci, et je m’apprêtai d’ailleurs à le rendre à Mademoiselle Nakamura, en tant que devoir supplémentaire facultatif. Elle l’avait donné à faire au niveau supérieur, mais j’avais tant aidé une amie sur celui-ci que j’avais voulu mettre à profil tout cela. Je ne lui avais pas encore signalé que je rendais une dissertation en plus de celle sur le filtre d’aiguise méninge, mais j’espérais qu’elle accepte de le prendre de toute manière. Cependant, une idée avait désormais jaillit dans mon esprit, mais j’osais à peine la formuler. D’une voix lente et basse, je murmurai à l’intention de la jeune fille.

-J’ai travaillé sur ce sujet. Je peux… Je me stoppai, hésitante. Mais le regard de Lizlor était trop vide, trop... Touchant pour que je la laisse dans cette situation. Je concluais rapidement d’une voix affirmée. Je comptais le rendre en devoir facultatif, mais je peux te le donner si tu veux.

Je venais de proposer mon devoir entier à une inconnue. Mais que diable me passait-il par la tête ? D’où étais-je devenu gentille, et amicale, et agréable et… Et depuis quand donnais-je mes devoirs de potions bordel ?! Je n’en savais rien. Je ne regrettai en rien ce que je venais de dire, au contraire, j’en étais presque fière. On ne cessait de me traiter de petite intello, et voilà que je consentais à donner mon travail sans rien demander en retour. Mais là, c’était différent. Lizlor avait déjà travaillé, elle n’avait juste pas eu de chance. Elle ne semblait pas avoir de chance tout court. Et j’étais très douée en potion, je n’avais pas besoin de me rattraper avec des devoirs fait hors-classe. J’avais déjà de merveilleux résultats aux tests pratiques, sans parler de mes recherches écrites. Un E ou un O de plus, ça ne changerait rien, n’est-ce pas ? Oui, ça ne changerait rien, affirmais-je silencieusement, pour moi-même. Je ne regrettai pas mon acte. Je cessai mon débat intérieur, affichant un sourire amical à l’attention de la Gryffondor. Elle avait au moins intérêt à satisfaire ma curiosité en m’expliquant ce qu’elle fichait ici !

- Moi? Euh, rien. Et toi, euh... Et toi?

Bon. Ce n’était pas une bavarde. Et pourtant, elle me renvoyait mes propres questions, comme pour me faire la conversation. Elle ne me fuyait pas réellement, Lizlor tentait juste d’éviter de s’étaler sur son sujet. J’eus un nouveau sourire à son attention, tentant de lui montrer que son manque d’entrain ne me dérangeait pas. J’avais été ainsi. J’avais repoussé les autres. Et je le faisais toujours. C’était d’ailleurs peut-être pour ça que je m’intéresse à elle. Parce qu’elle me ressemblait.

-Rien aussi. On devrait ne rien faire ensemble alors, qu’en dis-tu ? Répliquai-je d’un ton rêveur, allumant une seconde cigarette et laissant le paquet entre nous, comme pour montrer à la jeune fille qu’elle pouvait se servir autant qu’elle voulait si ça l’amusait.

Je regardais de nouveau discrètement son visage. Jolis yeux malheureusement éteints. Jolis cheveux blonds. Un visage rond, aux traits marqués et délicats à la fois. Un air farouche. Globalement, sa tête me disait vraiment quelque chose. Ça ne me semblait pas avoir rapport avec mon passé, non, c’était un visage plus réconfortant, plus connu. Quelqu’un qui m’inspirait confiance. Mais qui ? Je passais en revu les professeurs, les vendeurs de pré-au-lard, la bibliothécaire, les fantômes, les pions… Personne. Fronçant les sourcils, je finis par lui demander ce qui me tourmentait tant.


-Ton visage me dit quelque chose… Est-ce qu’on se connait ? Ou peut-être est-ce que je connais ta mère ou un membre de la famille ?...


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MessageSujet: Re: On the road again, again... [PV R.]   Sam 31 Mar - 16:03



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We are the Dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved and were loved, and now we lie,
In Flanders fields.


http://www.youtube.com/watch?v=Vl4oERwGJWs&feature=related

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Ça montait, lentement. Cette peur tangible que j'avais longtemps étouffée avec mes délires d'enfant. Ça montait et ça gonflait au creux de moi, se nourrissant de mes angoisses, de mes doutes et de mes failles et ça se formait doucement, comme le champignon d'une explosion atomique, et puis ça pulvérisait tout sur son passage. Et moi j'étais impuissante à cette force supérieure, je me tenais la gorge pour l'empêcher d'exploser, pour qu'un minimum d'air puisse toujours pénétrer dans ma trachée brûlante. Je ne savais plus quoi faire. Je n'avais jamais su, à vrai dire. Mais ce sursis que l'on m'avait accordé m'avait quelques années épargné cela, et m'avait sans doute empêcher de faire mes armes. Pourtant je le savais : j'avais eu peur, toujours. C'était une sensation que je ne m'expliquais pas mais qui m'avais toujours accompagnée. Je crois qu'elle m'avait rendue forte, car sans cesse je devais en faire abstraction, je devais la surmonter, je devais la transformer en une nouvelle énergie qui me rendait invincible. Je l'avais fait, et bien fait. J'avais été au firmament de ce que je pouvais être, explosant dans tous les sens, croquant la vie et les gens à pleine dents et ne vivant que pour ce que je voulais vivre. Je m'étais sentie légère, comme un carillon qui résonne dans l'air, et tellement... pure, oui, c'était cela, pleine d'une pureté qui me restait de l'enfance j'imagine, et qui me donnait tous les droits. Le droit d'être un monstre, le droit de fuir là-haut dans mon arbre, d'épier Fray ou de devenir le pire cauchemar de Collins. Et puis au moment-même où je m'y étais attendue le moins, ma peur avait jailli, dévastant tout. Elle s'était matérialisée. La mort avait emporté mon père, détruisant insidieusement l'équilibre de notre famille, creusant des cernes sous les yeux brillants de ma mère et un vide dans fin au fond de moi. C'était la fin, puisque c'était ce contre quoi je m'étais battue depuis toujours. Après la mort, il n'y avait plus rien. Cette léthargie d'aujourd'hui s'expliquait ainsi : j'avais passé le stade de l'attente, de la crainte, de l'épreuve de forces, de la chute, du drame en lui-même. Quand on s'imagine le pire, quand j'avais pu me dire "et si Papa mourrait un jour" après avoir appris sa maladie, jamais je n'aurais pu en arriver à cette conclusion. On ne le sait jamais, je crois, avant de l'avoir vécu. On ne prend pas conscience que le pire n'est pas l'acte en lui-même, ou les quelques jours qui suivent.
Le pire, c'est un peu après, ce vide nouveau et effrayant, abyssal, qui donne le vertige. Ce vide déchirant avec lequel on sait qu'on devra toujours vivre.

Nous avions beaucoup pleuré, les premiers jours. Je me souviens comme dans un rêve incertain que j'avais passé la plupart du temps dans son bureau et dans sa chambre, coupées du reste du monde de Poudlard. Et puis après, j'avais découvert que non contente de nous assommer avec la simple mort de quelqu'un que l'on aimait, la vie s'acharnait : il fallait prévenir la famille, les amies. Il fallait, surtout, préparer l'enterrement. Comme si on n'avait pas compris le message. Comme si on ne savait pas qu'il reposait là, inerte, dans une pauvre boîte en bois qui sans le savoir contenait tout pour nous. Notre vie. Nous étions allées à la maison Conrad nous avait rejoint. Ces veillées avaient été éprouvantes et lentes et tristes, et je me rappelai seulement avoir pleuré dans leur bras ou être restée prostrée, attendant que cela passe. Et puis nous l'avions englouti sous la terre, à jamais, et c'était là, quand la vie avait dû reprendre son cours, quand nous étions reparti chacun de notre côté et que les cours à Poudlard avaient repris que j'avais mesuré toute l'étendue des dégâts : ce n'était pas fini. C'était loin d'être fini. Le quotidien apportait son lot de chagrin supplémentaire, car chaque jour où je me levais me rappelait que la vie était redevenue comme avant, alors que pourtant, tout avait changé.

Aujourd'hui elle continuait, clamant haut et fort l'arrivée du Printemps. Ces parfums m'auraient ravi les narines, mais me laissaient de marbre à présent. Ces rayons doux sur la peau m'auraient donné envie de grimper dans un arbre jusqu'en haut pour dépasser du feuillage et me laisser atteindre par le soleil. J'aurais couru un peu partout, profitant de la chaleur, portée par l'euphorie de cette nature renaissante.

Mais l'ombre de la barrière et de la maison du garde-chasse me suffisait. J'étais fatiguée. Fatiguée de n'avoir plus cette force, fatiguée de devoir faire semblant. Car je m'étais construit un visage, petit à petit, me rendant compte que ma mère se reposait sur moi comme je me reposais sur elle. Pour elle, je me devais d'être brave, alors que tout fuyait en moi, comme un vieux ballon de baudruche percé. J'avais envie de lui dire "j'étouffe Maman, j'étouffe..." mais je ne le pouvais pas.

Mes yeux bordés d'anthracite se tournèrent à nouveau, creux, vers Ruby. Seulement alors je constatai les couleurs de son uniforme, m'y arrêtant pour la première fois. Le bleu et le bronze, ces deux couleurs qui me suivaient étrangement depuis le début de ma scolarité. Ce n'était pas un gage de sûreté, mais je m'en fichais. Qu'elle porte l'écusson de Serdaigle ou de Serpentard, peut m'importait, réellement. Qu'allait-elle me faire? Elle n'était ni Fray ni un mage noir déguisé, et du reste, je n'avais pas peur. Je n'avais plus peur. Cette explosion qui m'avait dévastée avait au moins eu le mérite de tout faire disparaître sur son passage, de la plus petite parcelle d'émotion à la plus grande, la joie, la douleur, la peur.


-J’ai travaillé sur ce sujet. Je peux… Je comptais le rendre en devoir facultatif, mais je peux te le donner si tu veux.

Je la regardai sans comprendre, ramenant mes jambes tendues en les pliant contre ma poitrine et les entourant de mes bras, comme quand j'étais petite et que j'avais peur de quelque chose. Je regardai ma feuille souillée puis Ruby, et fronçai les sourcils. Comment une fille que je ne connaissais pas pouvait décemment me proposer de me donner un devoir qu'elle avait fait en plus de son travail habituel, en plus?! Je battis des paupières, renonçant à comprendre la logique des Serdaigle qui au vu de ceux que je fréquentais me paraissait... toute autre.

- ... C'est vrai? demandai-je platement. Merci mais... Pourquoi?

Et puis je haussai les épaules, abandonnant tout espoir de comprendre les autres et de rattraper le temps perdu. Était-ce des paroles en l'air? Oui peut-être qu'elle me le proposait pour me remonter le moral sur le coup - si elle savait! - et rien d'autre, après tout.


-Rien aussi. On devrait ne rien faire ensemble alors, qu’en dis-tu ?

- Ouais, marmonnai-je, alors que du bout des doigts, je suivais le chemin des anciennes petites croûtes sur mes jambes, celles que je m'étais faite en grimpant dans un arbre ou en m'écorchant je ne sais où. En arrachant celles qui dépassaient, j'espérai ressentir quelque chose, mais rien, pas même le petit picotement habituel qui me faisait plisser les yeux. J'attends ce soir, continuai-je à voix haute, plus pour meubler le silence qu'autre chose. Et toi, tu n'as rien à faire non plus? demandai-je alors plein de surprise, car au moment où je le prononçai, cela me paraissait étonnant qu'une fille normale comme elle n'ait pas mieux à faire.

Je reportai mon attention sur ma jambe toute brunie de cicatrice. Elles ressortaient bien plus ici qu'avant, parce que le soleil d'Oregon me caramélisait la peau et jamais je n'étais aussi blanche que depuis que j'étais en Ecosse. Alors, Ruby me prit une nouvelle fois de court - décidément, elle en avait l'art - en me posant cette étrange question, qui la rangea directement dans une catégorie de personnes bien particulière :


-Ton visage me dit quelque chose… Est-ce qu’on se connait ? Ou peut-être est-ce que je connais ta mère ou un membre de la famille ?...

Qui un jour m'avait déjà demandé cela?! Il me semblait que c'était de notoriété commune et combien cela m'avait agacé; pire encore je ressemblais trop à ma mère pour pouvoir m'en cacher, à l'époque, et comme le bruit courait que la fille de la directrice était à l'école, ceux qui ignoraient que c'était moi me reconnaissaient d'emblée en me voyant, ou bien en apprenant mon nom. Le fait que Ruby ne le sache pas vraiment m'arracha un petit sourire, un petit sourire comme de... soulagement. Elle ne savait pas qui j'étais et ses réactions n'avaient pas été calculées exprès, ce que j'avais toujours haï chez les autres. Tout d'un coup, elle m'apparut sympathique. Elle ne m'avait pas été désagréable jusque là mais je n'avais rien ressenti de particulier; tout d'un coup, cela prenait une autre dimension.

Je lui jetai un coup d'oeil en coin, alors qu'elle fumait à nouveau, d'un geste qui me fascinait à vrai dire, car cela avait l'air naturel et... agréable, alors que moi cela m'avait décollé le cerveau et les poumons.


- Y'a des chances... Ma mère, c'est Sara Wayland. C'était la première fois de ma vie que je prononçais cette phrase depuis que j'étais à Poudlard. Je la dis dans ton particulier, mais je ressentis une sensation qui s'apparentait à de la fierté, et je sus que notre nouvelle relation avec Maman n'y était pas pour rien. Sauf que, brusquement, j'eus peur qu'elle pense que je le disais pour me faire mousser, ce qui était loin de me ressembler. Mais bon, bredouillai-je, c'est pas parce que je suis la fille de la directrice que je... que tu... enfin, tu vois quoi, conclus-je lâchement, ne trouvant pas comment dire ce qui me passait par la tête. Et toi tes parents ils font quoi? continuai-je misérablement, espérant trouver une porte de sortie à cet enchevêtrement dans lequel je m'étais coincée toute seule.

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Dernière édition par Lizlor Wayland le Lun 23 Avr - 17:06, édité 1 fois
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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: On the road again, again... [PV R.]   Sam 31 Mar - 18:25



"Hold me and carry me trough my despair and my pain."
http://www.youtube.com/watch?v=YA2UI36wYwc



Lizlor sembla perdre complétement ses moyens lorsque je lui proposai mon devoir de potion. Il est vrai que ma proposition aurait même pris au dépourvu mes amies, car je n’étais pas vraiment le genre de fille à faire ça. Aider les autres scolairement parlant ne me posait aucun problème, je refusai simplement de donner un travail prémâché à quelqu’un. Pourquoi ? Parce que je voulais ce que les gens comprennent ce que c’était que faire un effort. Que cela soit pour les devoirs ou la vie en général. J’avais, et je devais toujours, me battre pour ce que je voulais. A vrai dire, il me semblait que j’avais passé la moitié de mon existence à combattre, et que la bataille n’était pas prête d’être terminée. Je la menais contre les souvenirs, contre le regard des Arendts lorsque je retournais chez eux l’été, contre les préjugés sur les né-moldus. Je bataillais pour sortir de mon enfer personnel, pour réussir mes études et enfin avoir une vie décente. Je ne rêvais que de ça, c’était mon moteur en classe. J’étais l’une des meilleures élèves de troisième année de ma maison, car un feu ardent brûlait en moi, me poussant à toujours faire mieux. Toujours mieux réussir. Même si cela incluait de passer des nuits durant la tête dans mes bouquins –de toute manière, je n’avais que ça à faire. Devoirs supplémentaires, révisions, je ne m’arrêtai jamais, si bien que l’on me surnommait « La Machine ». J’engloutissais une tonne de cours, de livres et les recrachais dans mes contrôles. Si j’étais au départ totalement étrangère à la magie, j’avais rapidement rattrapé mon retard, maitrisant désormais des sorts plus élevés que mon niveau. Et j’excellais dans les potions, espérant devenir guérisseuse à Sainte-Mangouste. Ou quelque chose de genre.

- ... C'est vrai? Merci mais... Pourquoi? demanda Lizlor, d’un ton qui se voulait détaché.

Pourquoi. Je n’en savais rien. La jeune fille m’inspirait de la sympathie. Pas de la pitié, non, elle me semblait simplement si désemparée que je voulais lui tendre la main. Je me méfiai cependant de ses réactions, car je savais que dans ce genre de situation, il était rare que les gens concernés acceptent de l’aide. Je le savais, car je l’avais vécu de nombreuses fois. Les médecins, les psychologues, les juges… Je ne comptais plus le nombre d’adultes qui s’étaient penchés vers moi avec des yeux brillants et un sourire triste, utilisant des mots simples et remplis de bonne manière comme si ils parlaient à une enfant ou un vieillard sur son lit de mort. Mais moi, à l’instar de ce genre de personne, je ne répondais pas en bavant et en marmonnant, non. Je ne répondais simplement pas, me repliant simplement sur moi-même en sortant mes griffes. Leurs pitiés m’étaient insupportables, tout comme leurs paroles creuses et fausses. Ils prenaient des chemins détournés, tournaient autour du pot sans jamais oser aborder les vrais sujets ni les vraies questions. Non, ils préféraient des méthodes de psychologue à deux balles, censées m’aider à exprimer mes émotions. . J’eus un petit sourire en me souvenant le jour où les cheveux de ma psy s’étaient enflammés devant. Là encore, comme pour l’incident, j’avais senti quelque chose en moi. Comme si j’étais responsable de cet incendie. Comme si ça venait de moi. Comme si je la punissais pour être si précautionneuse avec moi. Ils ne pouvaient pas aller droit au but et lâcher une bonne fois pour toute « Sinon, ça fait quoi de s’être fait violée par son père ? ». Mon cœur cessa un instant à cette pensée, et j’eus soudain une mine pâle et perdue. Mon cerveau avait tendance à parfois être trop direct. Vraiment trop.


-Oui, bien sûr. répondis-je rapidement, pour effacer de mon cerveau les souvenirs amers. Je n’en ai pas vraiment besoin, toi si.

Lizlor me regarda, incrédule. Elle avait replié ses jambes contre elle-même, les enlaçant de ses bras. Elle passait ses longs doigts fins sur celle-ci, faisant des allés et venus lents et curieux. Elle détourna d’ailleurs son regard pour se concentrer sur ses chevilles. Je les regardai également, constatant qu’elles étaient parsemés de cicatrices diverses et de croutes, parfois fraîches. J’eus un sursaut lorsque la Gryffondor s’en arracha une sans broncher, et continua son exploration méthodique de ses frêles jambes. Ce que je voyais confirma ce que je pensais, Lizlor était une aventurière, et c’était de là qu’elle tirait tous ses petits bleus et autres sur son corps. Des cicatrices, plus ou moins délébiles. Je me demandai comment elle avait pu se les faire, bien que je la voyais déjà explorer des arbres, des grottes ou à se battre avec des inconnus. Mais la jeune fille ne semblait fière de cela, et à vrai dire elle n’avait l’air de ne rien ressentir à leur égard si ce n’était de l’habitude. Visiblement, ce n’était pas ses premières blessures, et sûrement pas les dernières. Et si, comme je l’imaginais, la Gryffondor était blessée à l’intérieur, je savais très bien que ses cicatrices extérieures l’importaient peu. Je doutais même qu’elle les ressente à vrai dire. Nouveau pâle sourire de ma part. Je savais ce que c’était, les marques incandescentes des souvenirs que l’on ne pouvait effacer. Je portais en moi une autre cicatrice. Plus douloureuse, plus invisible. Mais pas moins présente.

- Ouais. J'attends ce soir. Et toi, tu n'as rien à faire non plus?

Si je n’avais rien à faire ? Oh techniquement, j’avais toujours à faire. Je pouvais même dresser dans mon cerveau la liste de toutes les choses que je devrai faire ce week-end. Mes devoirs, mes révisions, mes sorties. Je me sentis pourtant soudainement très lasse, je n’avais aucune envie de faire tout cela à vrai dire. Je voulais juste dormir, ou rester là pendant des heures. Au soleil, à regarder Lizlor et son air vide, à l’écouter parler de sa voix maladroite remplie d’émotions de gêne. Ça ne m’aurait pas déranger, au contraire. Je n’avais pas la force de me jeter de nouveau dans le tourbillon de mes obligations et de ma vie. Là, sous les rayons aveuglants de l’astre enflammé, tout me semblait très lointain, comme si plus rien n’importait. Et pourtant, non loin de là, le château. Je me sentais si loin et pourtant si près de ce lieu.

-Oh si, mais je n’ai pas très envie aujourd’hui. concluais-je d’un ton rêveur, le regard vers les abords de la forêt.
Je me tournais de nouveau vers Lizlor, scrutant ses yeux perçants et creux. Ma question la prit au dépourvu. De toute évidence, ses origines n’avaient pas l’air d’être le meilleur sujet. Elle eut une petite moue et articula faiblement.


- Y'a des chances... Ma mère, c'est Sara Wayland. Mais bon, c'est parce que je suis la fille de la directrice que je... que tu... enfin…

Ma première réaction fût la surprise et à la fois la compréhension. Voilà pourquoi ce visage me disait tant quelque chose ! C’est donc la fille de Wayland ! J’eus également un froncement de sourcils en la voyant s’emmêler dans ses paroles. Je ne comprenais pas ce qu’elle essayait de dire, mais il me semblait qu’elle voulait me faire comprendre que ce n’était qu’une adolescente normale, bien que sa mère dirige le meilleur établissement magique de la grande Bretagne. Et puis, quelque chose me frappa soudainement, comme une pierre en plein dans ma poitrine. Le mari de la directrice… Le père de Lizlor… Il… Il était... Mon souffla se coupa. Il était mort. Voilà donc l’origine de l’état actuelle de la Gryffondor. Je ne savais pas quoi dire, tant je savais que mes mots n’étaient qu’inutiles et creux dans sa situation. Sa situation qui me rapprochait tant d’elle, et qui me faisait soudainement la comprendre bien plus que précédemment. J’eus un élan de compassion infini pour cette fille que je venais à peine de rencontrer, me sentant plus proche d’elle que les trois quarts de mes connaissances. Le sien aussi, pensais-je. Un silence se forma entre nous tandis que je tentais de trouver les mots pour exprimer ce que je ressentais. Je n’osai pas dire désolé. Les désolé ne m’avaient jamais atteint, personnellement.

-Et toi tes parents ils font quoi?

Je sursautai à la question. Maintenant, nous étions toute les deux dans le même panier. Regardant dans le vide, je finis par lâcher d’une voix basse et sincère.

-Je ne sais pas quoi te dire pour ton père.

Je m’y prenais comme un manche, je le savais. Mais je ne voulais pas sortir les éternelles condoléances froides et polies qui ne voulaient au final rien dire. Je tournai la tête vers Lizlor, plantant mes deux azurs dans les siens. D’une voix aussi dénuée d’émotions que je le pouvais, je prononçai les mots les plus détestables qu’il m’était donné de dire. Pour l’une des première fois de ma vie, je les dis sans mon regard noir qui signifiait « Fin de la discussion. » Car je voulais que la jeune fille comprenne que je la comprenais aussi. Et même si ça ne changerait en rien la situation, je savais que cela provoquerait quelque chose en elle. Car j’avais pour ma part toujours espérer rencontrer quelqu’un qui puisse comprendre ce que j’avais vécu, même si j’étais consciente que dans mon cas, les chances étaient faibles.

-Le mien est mort aussi. Pause. Ma voix ne tremblait pas. Pas encore, songeai-je. Ma mère aussi.


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Lizlor Wayland
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MessageSujet: Re: On the road again, again... [PV R.]   Lun 28 Mai - 19:19



« Au chemin qui longe la mer
Couché dans le jardin des pierres
Je veux que tranquille il repose
Je l'ai couché dessous les roses... »




L'amertume était décuplée par le fait que je n'avais jamais été comme ça. Moi, incapable de réagir, incapable d'exulter ma douleur ou ma joie, incapable de sortir mes griffes qui pourtant n'étaient jamais loin? C'était cette impression de ne plus être la même qui causait mon tourment au même titre que le reste, ce n'était pas une image : quelque chose en moi était mort avec lui. Quelque chose que même la magie ne pourrait pas ramener, parce qu'elle n'avait malheureusement pas ce pouvoir là.

-Oui, bien sûr. Je n’en ai pas vraiment besoin, toi si.

Je la regardai, pensive. J'étais persuadée que mon regard était creux - creux comme tout le reste. Ruby n'était pas somme toute ce qu'elle paraissait, parce que je voyais qu'il y avait autre chose derrière le doré de ses cheveux, ses yeux et son visage parfaits, des choses que je n'aurais certainement pris la peine de noter si j'avais été la Lizlor d'avant. Aujourd'hui, j'étais condamnée à subir, comme jamais cela m'était arrivé, et je ne pouvais qu'observer ce qui m'arrivait pour passer le temps, ce temps qui avait la consistance d'une guimauve trop molle et trop lourde et qui pesait d'avantage sur mes épaules à chaque seconde qui passait. Je sentais la même langueur au fond d'elle, ou plutôt sa soeur, car elle était propre à chacun. Comment aurais-je pu un jour deviner que j'en arriverais là? C'était impensable et c'était bien là les jeux du destin; je n'étais qu'une petite gamine effrontée qui se riait de tout et je n'avais pas vraiment d'autres préoccupations que de vivre ma vie de sauvageonne, ce que j'avais toujours fait, et voilà qu'on m'avait coupée net en plein élan, qu'on m'avait arraché mon énergie et que je n'étais qu'une coquille faiblement palpitante qui subissait sans rien pouvoir faire les aléas de l'existence. Je me détestais d'être une pauvre victime et j'avais envie de me hurler après et de me secouer avec la même aversion que j'avais pour Haley Collins, elle qui était si faible et soumise, mais pourtant, je n'en étais plus capable. Le moindre geste attisait la blessure au fond de moi et me tétanisait. Il n'y avait rien. J'étais condamnée à ce vide abyssal. Pourtant... Je le sentais infimement... Il existait un remède, peut-être, une corde qui me tirerait du trou... Mais où, comment?

Je ne savais pas de quoi j'avais besoin, mais les mots de Ruby m'interpellèrent et j'acceptai la feuille. Le devoir était proprement écrit. Je reconnus des mots que j'avais couché sur le papier, moi aussi. Etait-ce donc de cela que j'avais besoin? Rien ne résonnait en moi, et je haussai les épaules. Je lui lançai un dernier regard de remerciement. J'étais fatiguée - fatiguée de chercher, de comprendre. Tant pis.

Notre conversation se poursuivit - ou plutôt les quelques phrases que nous échangions, ponctuées de silence. J'avais les jambes repliées contre moi et je sentais faiblement mon coeur résonner entre mes côtes, mais ce n'était pas le même bruit que d'habitude, ni la même sensation. Ce n'était pas cette impression vitale et pétillante, et vivante, c'était les bruits sourds d'une pompe, d'une machine, qui battaient parce qu'il le fallait, qui battaient à un rythme égal et lent et plat. Je regardai devant moi : le soleil touchait les cimes des arbres et les pins en étaient tous dorés. C'était beau, et pourtant cela n'éveillait plus rien en moi. Il y avait devant nous le parc et la forêt interdite, les montagnes derrière, et tout cette végétation sauvage dont la seule pensée avant m'aurait coupé le souffle et pourtant j'étais juste capable de la regarder et de regretter, un peu. Le reste n'importait plus.

Le silence passait sans pour autant que je le remarque. Est-ce que c'était comme ça qu'il se sentait, maintenant? Est-ce qu'il sentait encore quelque chose? Ou bien la chair pourrissait et nous avec, à jamais, et il ne restait plus rien? J'aurais aimé frissonner de cette idée, avoir peur, être dégoûtée. Rien.


-Je ne sais pas quoi te dire pour ton père.

Elle murmura cela après quelques secondes muettes. Je haussai les épaules. Elle avait vu juste : il n'y avait rien à dire, de toute façon. On ne changerait plus rien. On ne changerait pas ce qui s'était passé, sa maladie, celle que j'avais été, les fois où je m'étais énervée contre lui, la douleur de ma mère, les larmes de mon frère.

-Le mien est mort aussi. Ma mère aussi.

Il n'y avait rien d'affaibli dans sa voix mais pourtant je sentis une tension émaner d'elle et je la regardais après avoir machinalement arraché une autre croûte. Elle me regardait droit dans les yeux. Moi aussi. Je crois qu'en cet instant, il n'y avait personne d'autre qui aurait pu nous comprendre aussi clairement que nous le faisions.

- Ah, fis-je simplement. Sa mère aussi - je me mordis la lèvre. Je ne pouvais même pas l'envisager, après tout cela, après cette mère que je venais de retrouver, après ce chagrin incommensurable. Les deux! Je crois que j'en serais morte.

- Ça change tout, après, hein?

Pourtant, elle me paraissait bien plus... forte et... normale que je ne l'étais.

- C'était il y a longtemps? Et tu as fait comment pour... Pour la suite?

J'avais envie de me retrouver - Dieu que j'avais envie d'être moi à nouveau et d'abandonner ce voile pesant et oppressant, mais si seulement j'avais su comment faire...

Alors, d'un coup, il me vint une idée. On dit qu'on est mieux à deux dans le malheur. C'était peut-être le cas. Là-bas, les arbres semblaient me défier de leur hauteur, alors que j'en avais tellement fait mon territoire. Je sautai sur mes pieds, brusquement, et si les battements de mon coeur ne s'activaient pas pour autant, je ressentais un soudain besoin de faire quelque chose - comme avant.

- Viens avec moi, dis-je simplement à Ruby en lui tendant le main pour qu'elle se lève.

Je n'ajoutai pas un mot, mystérieuse, et pris la direction de la lisière de la forêt, et ses pas sous le soleil du Printemps me faisait l'effet d'une renaissance, trop maigre à mes yeux, mais c'était déjà ça. Je sentais le parfum des bourgeons et l'herbe plus grasse sous mes pieds, et finalement, j'en arrivais presque à atténuer un peu ce vide assourdissant qui menaçait de m'engloutir. Ce chemin je le connaissais par coeur, et je fis signe à Ruby de ne pas avoir peur, en serrant un peu plus sa main, alors que je m'enfonçais dans la forêt. C'était interdit bien évidemment et je pris garde qu'on ne nous remarque pas, puis je serpentai assez longtemps entre les troncs, les souches et les buissons d'épines, sans hésiter une seconde, dans ce dédale vert et marron. J'étais chez moi. Enfin, ça avait été chez moi. Y revenir me rappelait douloureusement que quelque chose, au fond, avait changé. Je tournai plusieurs fois puis, bifurquant une derrière fois, m'arrêtai près d'un arbre gigantesque, centenaire, au tronc épais et recouvert d'une écorce rugueuse. J'y posai ma main à plat, levant les yeux jusqu'en haut.

Parce que là-haut, la vue était merveilleuse, à couper le souffle; la cime dominait toute la forêt et semblait chatouiller les montagnes et j'y avais si souvent choisi mon asile, car les larges branches étaient confortables et bercaient sous le vent. Je voulais que Ruby voit ça, sans trop savoir pourquoi, mais parce que je savais aussi que les mots ne suffisaient pas à nos peines. Alors, je voulais juste qu'elle voit ça.


- Tu peux mettre ton pied là, et là, et là, expliquai-je en montrant les branches de notre ascension vers les hauteurs. Je t'expliquerai au fur et à mesure, dis-je en la laissant passer devant moi. Tu n'as pas peur? Ça vaut vraiment le coup.

Malgré moi j'eus un petit sourire, timide mais réel - et il venait du fond du coeur.


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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: On the road again, again... [PV R.]   Mar 29 Mai - 21:25

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I'm gonna leave my body
Moving up to higher grounds."





Je sentis quelque chose changer dans le regard de Lizlor lorsque je lui tendis mon devoir. Elle me fixa à la dérober, l’air légèrement surprise. Comme si il avait un changement dans la manière dont elle me voyait. Mais cela semblait bénéfique, comme si elle venait de comprendre quelque chose. Peut-être que l’on pouvait s’aider ? Je me souvenais encore de la première fois que l’on avait proposé de me rendre un service le plus naturellement du monde sans rien me demander en retour. Une camarade de classe qui m’avait simplement demandé si je voulais de l’aide pour le devoir de métamorphose. Elle l’avait fait avec un sourire et un regard agréable. Pas rempli de pitié, de compassion. Elle m’avait aidé sans même savoir d’où je venais, qui j’étais. Malgré que je sois à l’époque encore froide et légèrement hautaine. Que je n’adressais pas un mot à personne en restant dans mon coin. Et pourtant elle était venue d’elle-même. Je me souvenais encore l’avoir dévisagé de longue minute avant d’accepter, fébrile et légèrement abasourdie. Comme si j’avais entendu un piège, comme si ce n’était qu’une blague. Mais non, elle s’était penchée sur mon parchemin et m’avait expliqué ce que je ne saisissais pas. Je l’avais remercié un peu mollement mais une chose était sûre, elle m’avait fait reprendre une once de confiance dans le genre humain. Mais pas trop quand même, ne rêvez-pas.

Elle haussa banalement les épaules lorsque j’abordais son père. Je savais qu’il n’y avait rien à dire, rien à répondre et je la comprenais. Les condoléances paraissent toujours fades et hypocrites. Le pire ? « Désolé » Mais de quoi ? C’était ridicule. J’avais réussi à presque apprécier les condoléances depuis mon arrivée à Poudlard. Ou du moins, elle ne m’insupportait plus autant qu’avant. Je me contentais de répondre un vieux merci bien placé et de détourner les yeux. Avant, je haïssais ces mots préconçus qui collaient à toutes les situations sans chercher à comprendre. Cela sonnait faux. Et j’étais persuadée que Lizlor le vivait encore comme ça, fatiguée de voir sa vie exposer à la moitié de Poudlard du fait de son statut de fille de directrice. Je savais ce que ça faisait de vouloir cacher et de toute évidence, c’était compliqué pour elle. J’éprouvais une sorte de compassion pour elle, bien que j’aie toujours détesté que l’on aille ce sentiment à mon égard. Je comprenais aujourd’hui qu’il était dur de le retenir. Cependant, je savais également que c’était différent avec Lizlor. Moi, je la comprenais presque. Evidemment nos histoires, nos douleurs étaient différentes. Mais elle était perdue et je l’étais encore toujours, bien que mon chemin commence à se tracer fébrilement. Peut-être qu’elle, elle avait eu son chemin et qu’aujourd’hui elle en était sortie brutalement. Je n’aurais jamais imaginé perdre quelqu’un de cher aujourd’hui.

L’idée de ressentir de nouveau de la peine me rendait fébrile, peureuse. Je commençais à peine de m’alléger de mon passé, l’idée d’ajouter un poids à mon présent me tourmentais presque. Mais je n’avais plus de famille, alors qui perdre ? Pour une fois, je pouvais utiliser ce mot. Mes amis. Oui, certains avaient fini par prendre une certaine place en moi. Et s’ils venaient à m’échapper, je ne savais pas comment je réagirais. A vrai dire, mon attachement pour eux me terrorisait, moi qui avais toujours voulue être solitaire pour ne plus ressentir la perte et la déception de nouveau. Lorsque j’annonçais cette perte à Lizlor, elle me regarda un moment et lâcha un pâle « Ah ». Je dévisageais ses magnifiques yeux un instant, sans qu’aucune de nous ne pipe mot. Car toutes les deux, j’en étais persuadée, nous ressentions en cet instant précis un sentiment particulier. La compréhension peut-être. Une espèce de connexion. Son visage perdu me rappelait le mien il n’y a pas si longtemps, voir encore de temps en temps. J’avais envie de la prendre dans mes bras et de lui dire que tout allait bien se passer mais je savais que c’était un mensonge. Parce que c’était dur, que je le savais parce que je l’avais vécu et le vivais toujours. J’espérais qu’à travers mes silences elle puisse voir ce que je ressentais. Que si elle voulait, je serais là pour l’aider.


- Ça change tout, après, hein?

Oui. Oui et milles fois oui. Mais mon oui était différent du sien. Moi, je n’avais pas vécu une peine compréhensible, ou même tangible. Car ce que m’avait fait mon père ne méritait pas que je regrette sa disparition. Il était parti et cela m’avait sauvé d’une terrible crainte : et si il avait recommencé. Je n’aurais jamais survécu à une telle douleur une seconde fois. Il était mort après m’avoir violé. Voilà ce que c’était mon histoire. Alors est-ce que j’étais triste ? Non, ce n’était pas pareil. J’étais abasourdie, étonnée. Je ne comprenais pas, je ne pourrais jamais. J’aurais voulue savoir pourquoi il m’avait fait ça, pourquoi il m’avait brisé ainsi. Mais je ne le saurais jamais, tout ce que j’avais c’était le souvenir. Et cette sensation de saleté qui me collait à la peau. Je l’aurais toujours, pour toujours. Et pourtant, je n’arrivais pas à le détester, parce que c’était autre chose. Je revoyais encore parfois son rire dans le jardin quand on mangeait dehors l’été à la lumière des bougies. Qu’il faisait danser ma mère au rythme de la vieille radio, sur une valse à trois temps. Avait-il toujours été mauvais au fond ? J’étais sans repère, voilà ce que j’étais.

-Tout.

J’avais parlé d’un ton qui se voulait neutre mais je sentais mon cœur se gonfler dans ma poitrine. Et ma mère, qu’avais-je ressentie ? Du soulagement un peu. Car elle n’était devenue que l’ombre de celle que j’appelais autrefois « Maman » qui en retour m’appelait « ma chérie ». Je n’étais plus que le monstre et elle la femme qui sentait l’alcool. De la culpabilité aussi. Parce que c’était à cause de la mort de mon père que nous en étions là. Et un vide aussi. Je l’avais perdu mentalement progressivement et je savais que le stade physique allait venir. Mais il avait toujours fait mal. Je m’étais retrouvée réellement seule. Et ce, pour toujours.

- C'était il y a longtemps? Et tu as fait comment pour... Pour la suite?

Comment ? J’ai survécu. J’ai pleuré. J’ai crié. J’ai frappé. J’ai vomie. J’ai arrêté de manger. J’ai détesté le monde. Je me suis détesté. J’ai trié tout autour de moi. Je me suis isolée. J’ai menti. J’ai arrêté de parler. J’ai hurlé dans la nuit. J’ai cherché vainement une issue.

- J’avais six ans pour mon père. Ma mère, presque sept. Un certain moment alors je présume. Même si cela me semblait toujours trop près, trop ancré en moi. Familles d’accueils. Plusieurs. Je tenais pas très longtemps. Enfin, ils ne me supportaient pas très longtemps.

J’eus un vague sourire. C’était la première fois que je racontais cela à quelqu’un avec autant de détail. Je n’étais pas prête à tout lui dire bien sûr. Mais je savais également que je ne voulais pas lui mentir parce qu’elle valait mieux que ça. Elle, elle comprenait presque. Différemment, mais elle comprenait. Lizlor se leva finalement et je la regardais, curieuse.

- Viens avec moi.

Et elle me tendit sa main. Plus qu’une aide pour me relever, j’eus l’impression d’y voir une bouée à laquelle je m’accrochais de toute mes forces. Et je la laissais me guider à travers les plantes, dans les dédales de la forêt interdite. Comme son nom l’indique, je n’étais pas supposé être là. Mais pour une fois je m’en fichais, je me contentais de la suivre parce que je savais que je pouvais lui faire confiance. Plus qu’à la moitié des gens de ce château. Les trois quarts. Les neufs dixièmes en fait. Voir plus. Je sentais mon cœur battre, légèrement apeuré, mais la main de Lizlor qui pressait la mienne semblait ralentir son rythme. Comme un calmant. Quelque chose de réconfortant. Nous finîmes par arriver face à un arbre gigantesque au tronc et aux branches imposantes. La Gryffondor posa la main sur la cime et leva les yeux au ciel : l’arbre montait par-delà la moitié des sommets des autres.

- Tu peux mettre ton pied là, et là, et là. Je t'expliquerai au fur et à mesure. Tu n'as pas peur? Ça vaut vraiment le coup.

Je jetais un coup d’œil aux endroits qu’elle avait pointé. J’étais agile et ça n’avait pas l’air trop dur, mais je restais une peureuse dans l’âme. Mais il me suffit de regarder Lizlor un instant et son sourire timide et je sus que ça m’était égal. J’avais envie de monter, de voir ce qu’il y avait là-haut dans la cachette secret de la fille Wayland. J’approuvais d’un signe de tête et posai mon pied sur son premier repère, commençant mon ascension avec prudence. Elle, elle semblait beaucoup plus à l’aise. Mais derrière moi, elle ne se pressa pas. Elle m’indiqua le chemin doucement, me réconfortant lorsque je regardais vers le sol légèrement paniqué. Ne pas y penser. Elle finit par me désigner une énorme branche alors que nous avions finis par dépasser la plupart des autres arbres. Je voyais leurs feuilles en bas et au dessus de moi, le ciel percer à travers les dernières branches. Je m’y assis calmement, m’appuyant sur le tronc en faisant une place à Lizlor à côté de moi. Le souffle coupé, j’admirais le sol à mes pieds et tout ce qui se trouvait autour de moi. C’était une vue complétement différente et magique. J’allumais une cigarette et en tendis une à la jeune fille, silencieusement. Soufflant la fumée, je pris timidement la main de Lizlor dans la mienne.

-Merci de m’avoir amené là.

Je n’étais pas douée pour les grands discours mais je savais qu’elle comprendrait.

-On peut rester caché là encore un peu ? Demandais-je faiblement sans oser la regarder.

Parce que j’étais bien ici. Parce que c’était loin de tout mais près du ciel. Et que je n’étais pas seule, et que je le serais probablement plus.

_________________
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« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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