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Secrets silencieux [P.V]

 
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 Secrets silencieux [P.V]

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Millicent Winter
Élève de 4ème année



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MessageSujet: Secrets silencieux [P.V]   Sam 10 Mar - 20:53

Il y avait plusieurs genre de curiosités ; je ne savais pas laquelle me définissait le plus. Celle qui vous tiraille le ventre mais dont vous n'osez pas demander les informations pour en venir à bout de peur d'être déçue, celle au contraire où vous mettrez tout en œuvre pour obtenir tout ce que vous désirez pour la satisfaire. Entre ces deux extrêmes, il y avait des intermédiaires. Dans mon cas, il y avait un peu de tout sûrement, si je n'arrivais pas à trouver à laquelle je pouvais le plus m'identifier, mais une chose était sûre, curiosité ou non, j'allais faire en sorte de la surmonter.

Il fallait préciser que dans ma famille, on m'avait appris à ne pas poser trop de questions, parce que sinon, cela voulait dire que devait me fournir des réponses. Et cependant, plus les années passaient, plus j'avais conscience qu'il y avait bien plus de secrets que je ne l'avais imaginé du côté des Winter sous bien des points. Moi qui appréciait d'être au courant de tout, en quelque sorte, j'étais démunie lorsque je voyais mes grands parents sur la réserve, qui ne pouvaient se parler librement de choses qu'ils jugeaient importantes sous mon nez. Les premiers temps bien sûr, j'avais fait des caprices pour avoir connaissance, de quoi il retournait. J'avais eu la très désagréable surprise de comprendre très vite que c'était un terrain sur lequel ils refuseraient de céder. Je ne savais pas, et ne saurais jamais, c'était ça qu'ils avaient l'air de croire.

Ça m'énervait d'ailleurs parce que quand c'était comme ça, j'avais toujours l'impression qu'ils pensaient que je j'étais trop bête pour saisir ce qu'il y avait à saisir, ou alors trop intelligente, je ne sais pas. Il y avait beaucoup de choses que j'ignorais et à trop rester dans l'ignorance, nous aussi on finit par créer des secrets pour ne pas justement que ceux qui nous cachaient des choses découvrent qu'on en cachait à notre tour.

Cette fois ci, je me souvenais bien de la dernière fois que j'avais croisé ma tante par hasard dans ce bar mal famé. Mal famé, c'était bien le terme ; pourquoi y avait-elle mis les pieds alors ? Le fait est qu'on s'était croisée par le plus grand des hasards. Depuis je ne l'avais pas revu. Je n'avais pas fait d'efforts pour. J'avais même fini par l'oublier. Volontairement ? Peut être un peu. Je m'étais bien gardée de préciser au reste de la famille que nous nous étions vues, déjà parce que je pouvais deviner par avance que j'allais passer plus qu'un mauvais quart d'heure si ça venait à se savoir que j'étais allée traîner du côté de la tête, mais qu'en plus de ça, le prénom de Margaret avait comme une consonance tabou dans le grand manoir. Sur le coup, ça me paraissait tellement sans importance que je n'avais pas cherché à me poser trop de questions. Je n'en avais pas besoin.

Je n'avais pas entendu parlé d'elle pendant tellement de temps, même si nous partagions le même sang ; et pourtant, tout semblait me ramener à elle. J'avais eu beaucoup de mal à accepter d'en plus d'une tante dont on n'évoquait jamais l'existence, qu'elle avait également une fille, et donc par extension, ma cousine. Je l'avais vu comme une menace, je l'avais vu comme une personne qui voulait rentrer de force dans ma vie pour me prendre, me voler tout ce qui m'était dû habituellement. On ne m'avait jamais appris à partager. Alors, je ne partageais pas. Pourtant, j'étais forcée d'admettre que tout ces scénarios n'étaient jamais arrivés : à cause du château qui était grand peut être en plus du fait qu'elle était à Gryffondor et moi à Serpentard, ça limitait les chances, mais la seule fois où nous nous étions croisée, c'était dans la Salle des Trophée. Après plus rien. Là aussi c'était devenu mon secret. Je n'en avais pas besoin dans ma vie, je ne voulais pas qu'en informant le reste des Winter de cette découverte qu'ils veuillent subitement en apprendre plus. Est-ce qu'ils savaient qu'elle existait ? En tout cas ça me plaisait bien de me dire que non, que j'avais un secret d'avance sur eux.

Un secret. Des secrets. Trop de secrets.

J'avais quand même appris autre chose de concret : qu'elle tenait une librairie à Pré-Au-Lard. Est-ce que j'y avais seulement mis une fois le bout d'une ballerine parfaitement cirée ? Non. Déjà les livres, si ça n'avait pas d'images et que ça ne parlait pas de mode, je ne voyais pas quel intérêt je pouvais bien leur porter. Et puis plus simplement, pourquoi serais-je allée là bas ? A quoi cela m'aurait-elle servi ? Qu'est-ce que cela m'aurait-il appris ? Nous n'avions rien à nous, dire, je ne savais pas quoi lui dire, alors autant s'épargner cette peine, et tout le monde en serait content. Cette conclusion m'avait bien servie, et pendant un certain temps. Mais voilà. La curiosité, elle avait commencé à se faire sentir, et surtout, pour je ne sais quelle raison. D'abord, j'avais fait en sorte de l'ignorer. Jusqu'à ne plus pouvoir. Je n'avais mis personne n'ont plus dans la confidence. Je ne faisais pas confiance à mes amies, parce qu'elles n'étaient rien d'autre que des amies, sans plus, elle n'avaient pas besoin d'être embarquée là dedans d'autant plus que je ne le voulais pas. Je ne le voulais pas. Ça non plus je ne me l'expliquais pas, mais moi qui aimait tellement être entourée, je rajustais mon sac en bandoulière pour qu'il retombe parfaitement sur ma hanche et parcourait les rues du village.

J'entendis qu'on m'appelait dans mon dos ; bien sûr, c'était toujours quand j'avais envie d'être un peu discrète (qui aurait pu croire que j'en serais venue à dire ça un jour ?!) que j'étais le centre d'attentions ! Fort heureusement, c'était le week end, il y avait par conséquent beaucoup de monde dans l'allée principale, et tout en ignorant la voix que je reconnaissais comme être celle de l'une qui me cirait souvent les pompes en salle commune des Serpentard. En plus, cette fille, je ne l'aimais pas et faisait toujours exprès de ne pas être aimable avec elle et pourtant tout le monde savait dans ces cas là que je n'y allais pas avec le dos de la cuillère ! Et bien non, apparemment, je n'étais pas encore assez directe, mais n'avais vraiment pas envie de me lancer dans une quelconque discussion avec elle ; hop, je me faufilai, pour une fois que ma petite taille me servait à quelque chose, entre deux hommes baraqués, taillés comme des sportifs de haut niveau et disparaissait un peu plus loin dans la foule.

Mais avec tout ça, je n'avais pas pris garde à lever la tête pour observer les devantures... Zut, je n'avais pas envie de faire demi tour pour prendre le risque de retomber sur l'autre zinzin qui ne me lâcherait plus d'une semelle. Je n'étais toutefois pas complètement mal chanceuse aujourd'hui car je trouvais bientôt celle qui indiquait la boutique de livre. Je me rapprochai d'abord de la vitrine et collait mes main en visière dessus tout en penchant mon visage pour voir ce qu'il s'y passait à l'intérieur. Un simple mouvement de chevelure rousse significative de sa part, me fit comprendre que j'étais au bon endroit. Quelques secondes plus tard, je murmurai un vague bonjour lorsque la porte se fut refermée derrière moi, tout en restant sur la pallier pour observer plus en détail la librairie. Ce genre de politesse ne me ressemblait pas non plus parce que je n'étais pas du genre à saluer les vendeurs en général, mais là... mais là je m'y sentais un peu obligée.

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Margaret Winter
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MessageSujet: Re: Secrets silencieux [P.V]   Sam 14 Avr - 17:03


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Rien qu’en frôlant du bout des doigts le parchemin ; je le sentais, tout proche de moi, trop proche. L’écriture était calligraphique, les lettres alambiquées, nobles et affirmées. Je voyais scintiller sur le cachet- d’un rouge agressif et mordant- les armoiries des Winter. Je ne parvenais pas à lire le contenu de la missive, concentrée sur le patronyme inscrit en bas. Henry Winter. Quelle était la raison de ce soudain intérêt pour ma personne ? Il me semblait que ça faisait une éternité que je ne l’avais pas vu ; mais pourtant je voyais son visage d’une manière extrêmement claire. J’avais toujours aimé mon frère. Je partageais le même sang que lui, ce sang que nous avaient légué nos parents ; mais la génétique ne m’avait jamais suffi pour gagner l’affection, ou même l’adhésion de Lord et Lady Winter. C’était le seul membre de ma famille avec que je partageais une chose un peu plus forte, le seul qui était capable, même si c’était rare, de me regarder avec un bref regard attendri. Jamais il ne m’avait soutenue ni aidée, mais comment pouvais-je lui reprocher, moi qui avais mis tant d’années à défaire ce lien toxique avec mes parents ?

Henry appartenait à ce passé malsain que j’essayais d’oublier peu à peu, et j’y arrivais à force d’efforts, Scarlett c’était le présent. Mais une fois de plus, je ne pouvais m’empêcher de faire des parallèles, blâmer Henry de revenir dans ma vie, alors que j’avais fait la même irruption dans celle de Scarlett, c’était simplement dénué de sens et de scrupules. Je ne pouvais pas dissimuler ni son oncle ni sa cousine à Scarlett, ils faisaient partie de sa famille ; et j’avais toujours espéré, secrètement, que Henry arriverait à convaincre mes parents de mener ma vie comme je l’entendais. Car là où tous les autres ne voyaient qu’un héritier ambitieux, un garçon qui faisait tourner les têtes et conserverait l’image parfaite des Winter à travers les années, moi je pouvais pouvoir entrevoir, de manière floue un frère, un père. Les soirs où tout allaient mal, où les nuages noirs à travers la fenêtre me semblaient être la métaphore de mes états d’âmes, et où ces volets fermés symbolisaient mon enfermement, je m’autorisais à rêver. Rêver à un futur avec Evan. Rêver au jour au Henry se rendrait compte que s’il était le gendre et le fils parfait, cela n’était qu’un masque, certes brillant et adulé mais qu’il avait besoin d’autre chose pour donner un sens à sa vie. Ce sens si fort, que vous sentiez à travers tout votre corps, votre esprit. Cette euphorie –douce- qui se diffusait lorsqu’un coup dans le ventre vous rappelait que vous n’étiez plus seule.

Je crois que quelque part ; je lui en voulais parce que lui, il avait eu le droit. Henry était encore un jeune homme lorsqu’il était devenu père. Personne ne posait de questions sur la mère de Millicent, elle était juste une ombre, presque invisible, dans la vie d’Henry. Cette femme qui nous était inconnue avait donné à mon frère ce statut de père, celui qui faisait, inmanquablement, basculer sa vie. Mes parents n’avaient pas parlé de déshonneur à mon frère ; ni d’existence gâchée. Alors que Evan et Scarlett étaient considérés comme des erreurs impardonnables. Mon cœur cognait douloureusement contre ma cage thoracique, dans un tempo acharné. Il fallait que je lise. Il n’était plus question de fuir désormais.


« Margaret, je suis incapable de savoir comment commencer cette lettre convenablement. J’espère que tu ne me jugeras pas (tu ne l’as jamais fait), toi qui manies les mots de manière bien plus élégante que moi. Si tu me lis, c’est que ce courrier sera arrivé à bon port. Je ne connais pas ton adresse, le lieu ou tu vis…je ne sais plus rien de toi. Mais l’ai-je un jour vraiment su ? Cela fait longtemps que tu as quitté le manoir ; et que je n’aie aucune nouvelle de toi. Est-ce ce lien que doivent entretenir un frère et une sœur ? Tu n’es pas fautive. Je le suis. Mais je te connais, Margaret, et tu es sûrement la personne la plus à même de pardonner les erreurs. Je ne te demande pas de revenir. Je sais que tu n’appartiens pas à ce monde.

J’espère que tu es heureuse, car au fond, je l’ai toujours souhaité. Ta nièce Millicent grandit, et devient de plus en plus belle. Elle te ressemble, tu sais. Du moins, physiquement. L’as-tu peut-être rencontrée? En espérant que ces quelques mots touchent ton coeur, sincèrement, Henry Winter»


Je respirais. D’un geste hésitant, je laissais ma baguette agir, rien qu’un sortilège à prononcer, Incendio et la lettre se consuma ; comme si elle n’avait existée. Les minuscules morceaux de papiers carbonisés s’envolèrent dans l’air pour terminer leur course sur le sol. Si la trace écrite n’était plus ; ce n’était en fait qu’une illusion : les mots s’étaient imprimés dans mon esprit comme une marque au fer rouge sur la peau.
De loin, j’étais absolument incapable de les différencier.

Elles avaient toutes les deux ces cheveux roux flamboyants, lisses et brillants. Leur peau était pâle, presque trop, il se dégageait de leurs pas une grâce innée. Mais Millicent était assurée, séductrice, et à son jeune âge, elle maîtrisait déjà l’art de manipuler les autres. Scarlett était douce, timide et rêveuse. Millicent avait une confiance en elle à toute épreuve, ses atouts, elles les connaissait et ne s’en cachait pas ; alors que Scarlett, avait une estime d’elle certes correcte, mais en aucun cas à la hauteur de ce qu’elle était réellement. Imaginer nos deux filles ensemble me semblait surréaliste : je ne voulais bousculer ni la vie de Scarlett-surtout- mais Millicent rentrait aussi dans l’équation. Si son allure, ses formes de jeune femme dissimulait son jeune âge, elle restait une enfant. Une enfant qui avait grandi chez les Winter, entouré de gens comme eux. Des opportunistes, des gens qui triaient les autres selon leur sang ou leur compte en banque. Ce que j’étais au plus profond de moi, cette adolescente passionnée de lecture, d’écriture et de poèmes de Shakespeare m’empêchait d’adhérer à ces principes. Mais ceux qui comme Henry, aimait la foule, être entouré et rayonner coûte que coûte, il suffisait d’un pas pour basculer dans le malsain. Le luxe, oui, mais le luxe chez les Winter, c’était la priorité, et l’on devait tout sacrifier pour la renommée, l’argent, les honneurs illusoires. Ma nièce était en passe de devenir cette héritière odieuse que désirait tant ma mère, Calinthia Winter, et je ne pouvais pas rester sans rien faire, en attendant que la tempête passe.

Parce qu’elle ne passerait pas.

Lorsque je la vis entrer, mon cœur fit un sursaut, tout simplement parce qu’au premier abord, elles se ressemblaient tant que j’avais cru voir Scarlett. Cela m’étonnait parce que si nous nous écrivions dès que nous le pouvions, les visites étaient plutôt espacées. Scarlett était à Poudlard, si près, mais le règlement était strict et parfaitement établi ; les seuls moments où nous pouvions nous voir étaient les vacances. Celles-ci étaient des intermèdes, des parenthèses qui me séparaient du vrai monde, celui avec les contraintes, la tristesse passagère, non, quand elle était avec moi, c’était comme s’il y avait soudain un beau soleil, qui nous dardait de ses rayons et refusait de nous abandonner. Elle me manquait terriblement, mais je n’avais pas de solution. Aucune.

Mais ce n’était pas de Scarlett qui s’agissait. C’était Millicent, très apprêtée, comme à son habitude. Henry n’avait pas menti. Déjà ravissante, elle s’était embellie, ses traits étaient plus adultes. Je lui connaissais l’air méfiant qu’elle arborait, parce que je possédais le même. Je ne savais pas comment agir avec elle, quoi lui dire. Ce n’était pas que notre relation était houleuse. C’était qu’il n’y avait jamais eu de relation. Même lorsque nous vivions dans le même manoir, il n’y avait jamais eu de dialogue, d’interaction entre nous. J’étais mal à l’aise avec cette petite fille qui avait déjà le monde à ses pieds, quant à elle, mes parents avaient tout fait pour qu’elle n’aie pas envie de s’adresser, ou même s’intéresser à moi. Mais aujourd’hui, elle avait l’air beaucoup moins sûre d’elle-plus tremblante- et pour la première fois, je vis un peu de Scarlett en elle. Ce moment où elle vacillait…il m’était familier.


-Bonjour Millicent, fis-je, doucement, tentant de masquer ma gêne. Comment vas-tu ? Ce n’était évidemment pas la question qu’elle attendait. Elle continuait de me regarder, avec son regard perçant, et j’avais peur qu’elle me juge, d’une certaine façon. Tu veux me parler ? Mais comment répondre à ses questions, alors que les interrogations de mon côté étaient tout aussi nombreuses?


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Millicent Winter
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MessageSujet: Re: Secrets silencieux [P.V]   Jeu 19 Avr - 12:38

Que faire ?

Je pouvais me répéter cette question pendant longtemps, toutefois la seule réponse valable et qui me semblait évidente, c'était le vide. Rien de plus que du vide. Il n'y avait rien à faire, pire, nous ne pouvions rien faire, si ce n'est essayer de se lancer dans une direction pour voir par la suite ce qu'il allait se produire. Mais là encore, c'était le néant le plus total, puisque nous n'avions aucune possibilité de prévoir à l'avance ce qu'il allait se passer. Le seul point commun que j'avais avec Margaret Winter, c'était ce lien du sang, avec comme preuve indéniable, ce même patronyme que nous portions tout les deux et dont nous ne pouvions nous défaire. Mais ensuite ? Qu'est-ce qu'il se passait ensuite ? Après tout, ce fil était infime et rien ne nous empêchait de le couper pour de bon et de partir chacune de notre côté. Mais ça aussi, il semblait bien que ce soit trop tard, puisque mon premier pas ne permettait pas de retourner en arrière. Il n'y avait que ce face à face, cet instant présent qui comptait, alors tant pis, qu'il se passe quelque chose, n'importe quoi, mais qu'il se passe quelque chose. Que nous ne restions pas là à nous dévisager avec méfiance, comme les deux inconnues que nous étions, en laissant ce « rien » pesant sur nos épaules prendre le pas sur le reste. C'était à notre tour, puisque nous avions toutes les cartes en main, de le dominer, ce « rien ».


-Bonjour Millicent. Comment vas-tu ?


Et pourtant, je me sentais incapable de faire le moindre mouvement, soit pour me rapprocher, tendre ma main et sentir sa peau, sa chair (ma chair) sous mes doigts. Ou alors avoir un geste de recul, en guise d'ultime protection, parce que ce n'était pas toujours très rassurant, de ne pas savoir où est-ce que l'on mettait les pieds. Je n'aurais là encore pas trop su dire pourquoi (à croire que c'était une journée spéciale, mais pas dans le genre spéciale exceptionnelle, mais dans le genre spéciale où rien n'avait décidé de se passer comme prévu), mais son ton doux, similaire à une caresse, me déstabilisa un instant. Mais pas question de le lui laisser entrevoir.

- Comme une Winter doit aller, sans aucun doute.
J'essayais d'y mettre à mon tour mon timbre un peu altier que j'aimais bien utiliser lorsque j'étais avec mes amies, mais aujourd'hui, je sentais que je n'avais pas l'énergie nécessaire pour mener de front un combat, que même si je remportais toujours haut la main, à la fin, me lassait un peu.

Parce que j'avais le sentiment que d'une façon ou d'une autre, lorsque j'étais en sa compagnie, ça ne servait strictement à rien. C'était un peu comme si Margaret (oui pour moi c'était avant tout Margaret, pas ma tante) avait cet instinct qui permettait de déceler des choses chez des personnes dont elles mêmes ignoraient l'existence. Et me sentir mise à nue de la sorte, me faisait sentir mal à l'aise, ce qui augmentait d'autant plus mon profond désir de vouloir rester sur mes gardes. Après tout, on ne savait jamais.


-Tu veux me parler ?

Peut être qu'il fallait s'en méfier, mais voilà : j'étais venue ici dans un but précis, ou du moins, c'était ce que je pensais, et pour une fois, ce n'était pas pour déverser de la haine gratuite contre une personne pour laquelle je n'éprouvais aucune aversion particulière, parce que je n'éprouvais rien. Et je n'avais aucune idée de ce qui pouvait être le pire.

- Je suis venue chercher un livre, mentis-je. Ceci n'était qu'un prétexte, bien évidemment, pour qu'elle ne devine pas tout de suite mes arrières pensées, parce qu'il y avait bon nombre. Mais puisqu'il fallait bien introduire le sujet d'une façon ou d'une autre, je n'allais pas lui avouer d'entrée de jeu, qu'en effet la raison de ma présence ici était belle et bien la cause de sa précédente question.

C'était bien beau de trouver des excuses, mais encore fallait-il qu'elles aient un fond solide, si je ne voulait pas être percée à jour tout de suite !

- Scarlett m'en a parlé d'un... à défaut d'entretenir quoi que ce soit avec elle aussi, au moins, j'avais retenu son prénom. C'était un bel effort de ma part. Je le voudrais bien aussi.

Bien sûr que tout ceci n'était pas vrai non plus, et j'étais presque sûre et certaine à cent pour cent qu'elle ne serait pas dupe. Pourquoi est-ce que j'avais dit ça alors ? Pourquoi ne m'étais-je pas épargnée cette peine pour aller droit au but ? Ce n'était pas dans mes habitudes de faire dans la dentelle, pourtant j'étais dans une incertitude telle à propos de la ligne de conduite à adopter, que je préférais m'atteler à ce que je savais faire le plus pour le moment : inventer des histoires. A Margaret de voir, si oui ou non, elle avait envie de rentrer dans mon jeu, sans insister en retour. Pour le moment, je ne lui demandais que ça.

Ce n'était pas le genre de lieu que j'affectionnais tout particulièrement, et j'avais tendance à rapidement passer mon chemin dans ces cas là, ça je l'avais déjà dit. Et pourtant, même si la situation devait paraître un peu étrange, que ce soit pour la sœur de mon père, ou bien pour moi, ici, j'avais l'impression d'être à ma place. J'avais l'impression d'être une personne, qui n'était peut être pas Millicent Winter, mais c'était une personne, elle était bien là, les deux pieds ancrés dans le sol, comme si finalement, il était logique qu'ils soient tout les deux en train de fouler le bois qui grinçait sous leur contact et leur pression, et pas ailleurs. Est-ce que je devais me réjouir ou bien partir en courant tout en prenant mes jambes à mon cou, parce que c'était une sensation toute nouvelle que je ne connaissais pas, ça aussi, ça restait à définir. Comme si la boutique de livres de Margaret Winter était un endroit hors du temps et qui échappait à toutes les conventions qui régnaient à l'extérieur. Comme si tout ce qui était autour de nous n'existait pas. A partir de là, tout ce qu'il manquait, c'était de franchir la dernière limite qui souhaitait tant dépasser la barrière de mes lèvres, depuis la seconde où j'avais pris la décision de pousser la porte de la librairie.

- Pourquoi Scarlett et son père ne sont jamais venus au manoir ? Demandai-je crûment, tout en essayant d'ignorer la pointe de curiosité et d'envie qui s'emparait de mes muscles, suite à cette interrogation.

Ce n'était pas parce qu'on me le faisait parfois remarquer (des mauvaises langues là encore) que j'étais complètement bête. Ma cousine était plus grande que moi, et Margaret, je l'avais vu plusieurs fois dans l'immense propriété quand j'étais petite. Il était donc logique que Scarlett soit quelque part alors, non ?! N'importe où mais quelque part quand même, tout comme elle n'avait pas pu apparaître par l'opération de Dieu le père ! Ma question était toute simple : pourquoi est-ce qu'elle réapparaissait un beau jour, alors que jusque alors, pour moi, c'était exactement comme si elle n'avait jamais existé ?

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Margaret Winter
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MessageSujet: Re: Secrets silencieux [P.V]   Dim 22 Avr - 23:17

C’était comme si je la découvrais, enfin. Quelque chose s’était produit, une petite étincelle qui m’avait fait ouvrir les yeux. Millicent avait cessé de porter ce masque qu’elle arborait lors de notre première rencontre. Je m’en souvenais encore ; je me souvenais de la manière dont elle me regardait, presque méprisante et ses techniques pour essayer de me faire faillir. J’étais forcée d’admettre qu’elle était parvenue à ses fins et qu’elle avait semé le trouble dans mon esprit. Mais aujourd’hui, c’était différent, plus que de la réserve entre nous, il y avait une certaine crainte de sa part. Une crainte normale pour les autres ; étrange pour une fille comme elle qui s’était toujours conduite comme une adulte. Elle n’avait jamais autant ressemblé à son père. Ils avaient en commun cette façon de briller, cette capacité innée à attirer les regards mais tous les deux refusaient de dévoiler leurs faiblesses, d’affirmer à haute voix qu’ils étaient, finalement, humains. Je souris faiblement, je me rendais une fois de plus compte, qu’en plus de léguer son sang à ses enfants, il y a forcément un peu de nous en eux. Et mon esprit se dirigea immédiatement vers Scarlett-comme toujours- et soudain elle me manqua cruellement. Scarlett me ressemblait, physiquement, moralement. Millicent et moi n’avions rien en commun, ce qui rendait la tâche plus difficile qu’elle ne l’était déjà.

J’aurais pu décider que je ne voulais pas la voir, l’entendre ou la regarder, et surtout nouer un lien avec elle. Après tout, j’avais ce que j’avais toujours désiré : Scarlett. Elle m’avait offert une famille, et moi en retour. Nous étions bien toutes les deux, et le bonheur que je possédais déjà me semblait amplement suffisant. Millicent, c’était les Winter, le passé, les reproches. Toutes ces choses amères que je voulais oublier, parce que c’était derrière moi et que je ne voulais pas y revenir. Mais celle que j’étais refusait de juger Millicent. Elle n’avait pas choisi les Winter. Je ne pouvais pas me résoudre à la renier parce que je me fiais uniquement à ce que je savais d’elle. Scarlett m’avait donnée ma chance, j’avais pu m’expliquer, lui dire ce que j’avais le cœur. L’image qu’elle avait de moi n’était alors que celle d’une mère qui l’avait lâchement abandonnée et qui revenait des années après, persuadée que sa fille l’accepterait. Je voulais donner la même chance à ma nièce, qui en plus n’avait que treize ans. Elle n’était pas seulement une Winter. Elle était elle, et aujourd’hui, elle me le laissait entrevoir.


- Comme une Winter doit aller, sans aucun doute.

Elle se cachait derrière son- notre- nom de famille qui lui offrait sécurité et réputation. Même si les Winter n’étaient pas les plus fortunés, ou les plus dangereux, ils étaient connus, en particulier par ceux qui faisaient partir de ce qu’on appelait la haute société. Je ne pouvais pas la blâmer pour ça. Par expérience, je savais déjà ce qu’on lui disait, là-bas, dans ce manoir aux pièces luxueuses et dorées qui renfermaient des années de souffrance. « N’est-ce pas la plus belle des choses que d’appartenir à la classe supérieure ? » Je savais qu’elle répondrait, sans surprise, oui mais ce n’était pas entièrement par conviction. On ne lui avait pas montré les autres possibilités. On lui avait montré comment piétiner, gagner mais jamais comment se faire aimer. On n’aimait pas les Winter. On les respectait – moi le respect, je n’y avais même pas droit – mais on ne les aimait pas. On venait chez eux pour conclure des affaires, des partenariats, parfois même pour essayer de réunir les deux familles par le biais d’Henry. Parmi tous les invités, je n’en avais jamais croisé un seul qui ne soit pas opportuniste, un seul qui venait parce qu’il appréciait qui nous étions, en tant que personnes.

Le manoir était un carcan, une prison, et il fallait qu’elle s’en échappe. Avec Henry. Je ne croyais pas au hasard. Tout ce qui représentait pour moi les bons souvenirs se situait au dehors. La librairie, Scarlett, Evan. Et j’étais persuadée que la mère de Millicent n’était pas une de nos invitées, pas une riche héritière. Si elle l’avait été, je l’aurais rencontrée. Si je ne l’avais jamais vue, ce n’était pas parce qu’Henry considérait qu’elle n’était pas une bonne mère, j’étais quasiment sûre que c’est parce qu’elle ne correspondait aux critères de mes parents et qu’il ne voulait pas aller à l’encontre des principes de la famille. Je savais que Henry ne l’avait pas rencontrée au manoir. Ce que les Winter apportaient ? Le goût de la victoire à tous prix, le luxe, l’or et la gagne. Mais le bonheur, jamais. Je ne voulais pas qu’ils fassent de Millicent une jeune femme formatée comme ils le voulaient. Je ne voulais pas la changer, juste l’épargner.

Et en même temps, il y avait Scarlett, que j’aimais profondément, celle qui faisait que j’étais heureuse maintenant. Et je savais que j’étais capable de sacrifier absolument tout pour elle, tout. Il était hors de question de lui imposer Millicent ou Henry. Mon arrivée dans sa vie avait constitué un bouleversement ; et j’aspirais à une vie tranquille, pour nous deux. Nous avions brièvement évoqué Millicent la dernière fois, et elle ne semblait pas totalement opposée. Elle était juste une jeune fille qui ne savait plus vraiment où elle en était.


-Je suis venue chercher un livre, Scarlett m'en a parlé d'un.... Je le voudrais bien aussi.

Je savais qu’elle mentait, mais je ne lui en tenais pas rigueur. Millicent avait déjà fait l’effort de me rendre visite, d’entretenir une discussion. Je n’allais jamais briser tout ça, juste parce qu’elle était effrayée de me poser les vraies questions, celles qui fâchent, qui font mal.

-Il s’appelle comment ? repris-je gentiment ; parce que je ne voulais pas qu’elle pense que je ne l’écoutais pas ou qu’elle m’était indifférente. Je jouais le jeu, tout en sachant qu’il était impossible que Scarlett lui ai conseillé un livre. Il aurait fallu pour celle qu’elles se connaissent un peu, et ma fille m’avait confirmé qu’il n’en était rien.


- Pourquoi Scarlett et son père ne sont jamais venus au manoir ?

Forcément, ça devait arriver. Si avec Scarlett, j’avais réussi à parler librement, et qu’elle avait senti combien je haïssais les Winter, je craignais que Millicent me juge, ou encore pire, refuse de me croire. Elles les avaient connus, ils représentaient son milieu, le lieu où elle avait évolué. Je ne voulais pas lui mentir ; mais je ne voulais pas non qu’elle croit que j’exagérais pour les discréditer. Avec ma fille, tout était plus facile, plus beau, plus doux. Scarlett avait un regard réconfortant, rempli d’amour et de tendresse. Il me semblait que celui de Millicent m’agressait sans le vouloir.

-Tes grands parents ont refusé, fis-je sans réussir à cacher mes sentiments. Ils m’avaient tous pris. Je ne pouvais pas prendre un ton neutre, ne pas avoir de rancœur. Ils s’étaient toujours employé à me faire ressentir que je n’étais pas à la hauteur de leurs attentes. J’avais envie de tout dire, de lui dire toutes ces choses abjectes qu’ils avaient provoquées, sans prendre de pincettes, à l’état brut. Mais Millicent n’était pas prête à les entendre. Je n’arrivais pas à dire quelque chose, à parler de Scarlett, Evan, ces choses qui m’appartenaient. J’avais l’impression de parler à une étrangère et n’arrivais pas à me confier. C’était lâche, mais je préférais qu’elle pose les questions, parce que je n’arrivais pas à trouver le courage pour rajouter quelque chose. J’en aurais presque oublié Henry, et sa lettre de ce matin. Lui savait. Mais je savais qu’il n’avait rien dit à sa fille. Pas pour faire comme si ça n’avait jamais existé ; mais parce qu’il n’arrivait pas à le dire. On ne devrait pas être comme ça, les choses ne devraient pas être comme ça, trop de secrets, trop de distance, dis-je à haute voix ce que je pensais intérieurement. Je ne voulais pas que les choses changent, parce que j’étais si confiante, jusqu’à la lettre de Henry et l’arrivée de sa fille. Mais de toute façon, les choses ne seraient plus jamais comme avant. J’avais eu si peur, dès que j’avais aperçu Scarlett, qu’elle me repousse. Les choses n’avaient pas été simples. Mais avec Millicent, j’avais l’impression que c’était perdu d’avance.


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Millicent Winter
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MessageSujet: Re: Secrets silencieux [P.V]   Mar 24 Avr - 14:12

Tromper son monde n'était pas rien. C'en était même devenu un mode de vie. Très vite, j'avais dû m'en remettre à cela, très vite on me l'avait appris, et surtout très vite j'avais compris que si je voulais réussir dans tout ce que j'entreprenais que je ne devrais faire que ça. Qu'est-ce qu'il arrivait aux gens honnêtes ? Pas grand chose. Ils faisaient une petite vie bien tranquille et sans histoire dans leur coin, personne ne les dérangeait et c'était très bien, on ne s'en portait pas plus mal, ça nous faisait toujours des personnes en moins dans les pattes. « Nous », cette autre catégorie dans laquelle ils ne pourraient jamais rentrer malgré tout leurs efforts, nous qui étions aspirés à de grandes choses, nous qui savions que si nous voulions obtenir quoi que ce soit, nous devrions avant tout aller les chercher. Je n'étais pas mauvaise élève. En fait, je faisais tout pour être la meilleure possible.

Pourtant, je savais que Margaret ne serait pas dupe face à ce petit jeu pour une raison toute simple : qu'elle le veuille ou non (car tout laissait à croire dans son comportement que c'était plus non que oui) elle était une Winter, et c'était le même sang qui coulait dans nos veines. Nous ne nous étions rencontrées que peu de fois même si nous étions de la même famille, ça, nous l'avions déjà dit, et pourtant, j'avais l'impression qu'elle connaissait déjà par cœur comment j'allais réagir et quels mots j'allais employer. Ce qui augmentait la difficulté d'obtenir ce que je voulais d'elle parce que j'avais conscience que si elle voulait bien se laisser mener par le bout du nez pendant un temps... Ça ne durerait pas. Comme pour ces choses futiles par exemple, où je ne risquais pas grand chose.


-Il s’appelle comment ?

J'avais juste essayé de gagner du temps, parce que je me doutais que cette question allait finir par fuser. Pourtant, j'avais beau retourner tout ce que je voulais dans ma tête, je ne trouvais pas. Ce n'était pas le domaine dans lequel j'excellais, et mes lacunes étaient nombreuses. Là encore, je devais trouver la parade pour me sortir de ce mauvais pas dans lequel j'avais planté le pied.

- J'ai oublié le titre, expliquai-je lamentablement, mais ça n'avait pas grande importance puisque c'était tout autre chose que j'avais en tête. Mais je pense que je me souviendrais de la couverture.

Même si une fois que j'avais dis ça, je constatais que vu le nombre de bouquins qu'il y avait dans la librairie, ça risquait de me prendre un certain temps, d'autant que je n'avais pas la patience nécessaire pour les déloger un par un jusqu'à en trouver un dont l'apparence me plaisait plus qu'un autre, pour prétendre être celui que je cherchais. Et oui, même si ce n'était pas mon passe temps favori, dès qu'il s'agissait de l'apparence, j'étais exigeante ! Cependant, si je me contentais de ne faire qu'une étagère, ce n'était pas le bout du monde non plus et je réalisais qu'en fin de compte, j'avais peut être envie de m'enfoncer dans les rangées, curieuse de voir sur quoi j'allais tomber. Mais qu'une seule, de rangée ! Et puis c'était pour mieux servir mon mensonge, rien de plus !

Je pouvais faire ça tranquillement et remettre les secondes suivantes à ce qui m'intéressait vraiment en réalité. Seulement, je n'étais pas sûre de tenir jusque là. Je laissai la question qui se baladait dans mon crâne devenir réelle en la posant, sans vraiment faire preuve de tact. J'estimais qu'on s'était assez fait des politesses jusqu'à présent, surtout quand on savait que pour moi c'était de l'ordre de l'exception !

Scarlett, son père... Ma cousine et mon oncle donc. Ces chimères qui avaient peu à peu pris forme pour devenir des personnes qui existaient pour de bon et pour de vrai. Des personnes qui involontairement faisaient partie de ma vie et qu'on m'avait caché jusqu'à aujourd'hui. Qu'on me cachait encore, puisque pas une seule fois j'avais entendu mon père ou même mes grands parents les évoquer. Margaret. Il n'y avait que Margaret, rien de plus. Ce n'était que Margaret. Voilà ce que je savais de cette tante pourtant si proche mais que je ne pouvait pas toucher. Il y avait quelque chose qui n'était pas normal. Nous évoluions toujours en famille lorsqu'il y avait des soirées dans lesquels il fallait se rendre, alors pourquoi ce n'était pas ce qu'avait fait Margaret elle aussi ? Il me manquait des éléments qui étaient la clé de toute cette histoire. Dans un sens, je m'en doutais parce que c'était la plus logique mais également la plus évidente. Mais je ne cessais de la nier, parce que cela voulait dire que tout les idéaux que j'avais construit jusqu'à présent, ce n'était rien d'autre qu'un peu de poudre aux yeux.

-Tes grands parents ont refusé.

Elle était là, la raison. Sèche, tranchante, comme une lame affûtée à la pointe semblable à une aiguille, prête à entailler quiconque se mettrait sur son passage.

- Pourquoi ? Ce même pourquoi que je posais toujours à ces mêmes grands-parents qui ne me laissait rien d'autre que du vide comme réponse. Ce pourquoi un peu pressant, comme si ça brûlait mes lèvres de le garder encore plus longtemps au chaud. Pourquoi on ne me les a jamais présenté ? Après tout rien n'empêchait, même s'ils ne pouvaient pas venir à ma maison pour une quelconque faute qu'ils auraient commise, parce que je ne voyais que ça, qu'on les voit ailleurs. Savoir qu'il y avait des membres de sa famille, même si on ne leur devait rien, qui étaient bien là sans qu'on le sache et qu'on ne le découvre qu'ensuite avait ce petit quelque chose très angoissant que je n'expliquais pas. Un sentiment d'insécurité qui me laissait pensait que je marchais dans l'obscurité depuis toujours sans m'en être rendue compte et qu'un jour j'allais tomber. Et si ça arrivait plus vite que prévu ?

J'étais impuissante, et c'était une sensation que je détestais. Cette même impuissance qui m'empêchait de voir la vérité en face, justement parce qu'elle était trop énorme pour qu'on puisse songer un seul instant à y croire. J'avais l'impression autour de moi que tout le monde savait que tout le monde était au courant de ce qu'il se passait, et que je n'étais rien d'autre qu'une petite poussière un peu embêtante qu'on décalait un point à un autre quand elle essayait de se montrer un peu trop imposante... Avouez que ça avait quelque chose de sacrément embêtant, alors que tout ce qu'on veut finalement c'est un peu d'attention. Pas de l'attention masquée par des paillettes tellement brillantes qu'on y voit rien de ce qui se passe tout autour, mais de l'attention, de la vraie, celle qui sort des tripes et qui vous essouffle, comme si vous aviez gravis la plus haute montagne de l'univers. Cette attention là, c'était celle que je voulais connaître. J'en avais trop entendu parlé. Si on ne me refusait rien, pourquoi celle ci m'était complètement inaccessible ?


-On ne devrait pas être comme ça, les choses ne devraient pas être comme ça, trop de secrets, trop de distance.

Mais il y avait cette étape que je n'avais pas encore réussi à franchir. Dire tout haut, ce que je pensais, tout bas.

- C'est impossible, me bornai-je. Ils ne pouvaient pas avoir fait ça. Parce que plus les Winter seraient nombreux, plus ils auraient de l'influence. Non ? Pourquoi est-ce que j'avais la sensation d'être toute seule alors ? Je n'avais pourtant pas oublié d'entendre l'essentiel. Ce sont quoi ces secrets ? Moi aussi j'ai le droit de savoir ! gémis-je en désespoir de cause. Ce n'est pas juste !

Je ne savais plus quoi faire d'autre.

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Margaret Winter
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MessageSujet: Re: Secrets silencieux [P.V]   Dim 3 Juin - 17:13



Pardon pour ce retard monstrueux

A l’intérieur, il y avait une petite voix, persistante, qui me criait de la repousser, de toutes mes forces. Elle me hurlait que je n’avais pas besoin de Millicent. Elle avait une famille, elle n’était pas seule et surtout : j’étais loin de lui être essentielle. La petite voix ne cessait de me répéter que je n’avais pas à me sentir coupable ; je n’avais jamais voulu provoquer une telle situation. J’avais le droit de ne pas l’accepter. J’avais enfin la liberté que j’avais toujours désirée, et pour une fois où j’avais le choix, Henry n’avais pas le droit de me forcer la main. J’avais été trop longtemps sous le joug des autres, et je n’appartenais pas, plus aux Winter. Mais je n’arrivais pas à me convaincre de l’ignorer, je ne pouvais pas l’abandonner. J’avais laissé trop de gens sur l’autre côté ; même si je ne l’avais jamais souhaité, et réitérer mon erreur était inenvisageable. Je n’étais plus lâche. Les Winter se croyaient tous puissants. Mais ils n’auraient jamais, jamais le courage d’assumer leurs actes. Ils préféraient cacher, mentir et maintenir l’illusion. Millicent méritait que je l’écoute, tout comme Henry ; ils avaient fait le premier pas, et ça valait mon attention.

Je me souvenais comme ça avait étrange et nouveau pour moi, et au fond, gratifiant, de constater qu’on puisse vouloir de moi. Le premier qui m’avait regardée avec cet intérêt que je n’avais jamais vu dans les yeux d’une tierce personne, c’était Evan. Et puis il y avait eu Scarlett. C’était bien les deux seules personnes, les seules à qui je faisais complètement confiance, les seules avec lesquelles j’étais sûre d’une chose ; je ne les laisserais jamais partir. Evan était parti. Mais Scarlett était restée là, et pour toujours. Savoir qu’il y avait quelqu’un qui ne me regardait pas avec cet air de pitié immonde suffisait à réchauffer mon cœur. C’étaient de petites braises incandescentes qui ne s’éteindraient jamais. Les cendres n’existaient plus.

Mais aujourd’hui, il y avait deux autres personnes qui entraient en jeu, et qui en conséquence, désiraient une place dans ma vie, et celle de Scarlett Du moins, Henry voulait de moi. Sans doute savait-il presque tout de moi, alors que Millicent, elle, ignorait tout sur tout. Henry voulait mon affection, sa fille des explications. Je ne pouvais m’empêcher d’en vouloir à son père de lui avoir tout caché. Je n’étais pas une petite chose honteuse. Il y avait une sorte de colère, comme un brasier, qui commençait à m’enflammer. On m’avait cachée, on avait cachée ma fille et mon fiancé. Et ça continuait, ça continuait encore. Les secrets de famille n’avaient pas pris fin. On faisait subir la même chose à ma nièce, à un degré inférieur, et je ne pouvais pas le supporter.

Je savais bien qu’ils ne pouvaient pas remplacer celui que j’avais perdu. Mais ils étaient là, si proches et je ne me voyais pas faire l’impasse dessus. Je ressentis une soudaine envie de pleurer, mais je serrais les dents, je devais être forte. Millicent souffla timidement quelque chose qui la confortait dans son mensonge. Elle et moi en avions assez des apparences, des faux-semblants. Ce n’était qu’avec Scarlett que je sentais que je pouvais être moi-même, et que rien en moi ne pouvait la décevoir. Ce n’était pas des gens comme moi que fréquentaient Millicent. Ma sensibilité, ma douceur devaient la surprendre. Ces choses-là étaient naturelles, je ne les utilisais pas comme armes pour aveugler, amadouer pour attaquer ensuite.


- Pourquoi ? Pourquoi on ne me les a jamais présenté ? fit-elle, fragile. Son corps parlait pour elle. La jeune fille aux gestes assurés, charmeurs, s’était volatilisée. Son pourquoi résonnait avec un certain désespoir ; elle voulait savoir. Je ne voulais pas lui répondre. Il n’était pas question non plus de lui répondre que c’était comme ça et qu’aucune de nous n’y pouvait y faire quelque chose. Trop de fois, je m’étais réfugiée dans l’idée que c’était le destin. Mais les gens ne disparaissent pas par hasard, et elle le savait. Ce serait insulter la mémoire d’Evan que dire que c’était la faute à la vie. Ce n’était pas la vie qui s’était acharnée. C’était eux, toujours eux, et même moi, involontairement. La consolation que j’aurais pu avoir en me disant qu’il avait profité de ses derniers instants, pleinement, je ne l’avais pas. Il avait perdu sa fiancée, sa fille et ses projets d’avenir. En partant, je lui avais volé sa joie de vivre. A son tour, il avait repris la mienne, pendant des années. J’imaginais ce qu’il avait ressenti avant de partir. La douleur physique, ses yeux qui se fermaient, le regret. Toutes ces choses me faisaient si mal que je n’osais pas les révéler à Millicent. Elle n’était qu’une enfant. Scarlett les avait entendues, parce que je ne pouvais pas la laisser dans l’incertitude.

- C'est impossible.

Elle ne l’avait pas fait exprès. Mais elle l’avait quand même fait.
Ces quelques mots, pourtant non destinés à me blesser, me firent l’effet d’un coup de poignard. Une fureur et une douleur sournoise se diffusèrent dans tout mon corps, sans que je puisse les contrôler. Ce n’était pas de sa faute, pas de sa faute si elle ne parvenait pas à me croire. Mais cette affirmation, à haute voix, faisait naître une rage sans limites en moi. Les Winter avaient fait pire que tout : ils avaient joué. Mais avec des gens, dont ils s’étaient servis comme de vulgaires pions sans intérêt. Rien n’était impossible pour eux, les conséquences, ils s’en moquaient. J’avais envie de lui dire de se taire, de me rappeler mon passé, d’enserrer ses poignets et lui faire jurer de ne jamais répéter ce qu’elle venait de dire. Je sentis que mon regard était hostile, violent, comme jamais il ne l’avait été. Cela dura quelques secondes, mais trop longues. Elle avait déjà compris.

-Tes grands parents n’ont aucune limite. Ils sont capables de tout, et surtout du pire, fis-je de manière douce, pour équilibrer avec l’acidité de mes mots. Millicent devait désormais être plongée dans le doute. Elle avait compris que je les détestais ; mais elle ne savait toujours pas pourquoi. Je devais lui dire, et il me semblait que je n’y arriverais jamais.


-Ce sont quoi ces secrets ? Ce n'est pas juste !

Je ne pouvais que la rejoindre sur ce point-là. Les secrets menaient à la perte et en effet, ce n’était pas juste. Sans lui demander son avis, je l’entraînais à l’étage ; nous étions allées trop loin pour faire marche arrière, et tout ce qu’allais lui dire était trop difficile, trop personnel pour que je le fasse au milieu de la librairie. Arrivée en haut, je tournais la clé de la chambre de Scarlett et la récupérais, la serrant au creux de la main. Je n’étais pas prête à ce que Millicent la voie, ou y pénètre. Nous nous assîmes en face de l’autre. C’était pire que tout ; je voyais son regard inquiet et teinté de colère, elle voyait sûrement mes yeux, un peu humides parce que quelques larmes avaient commencé à naître. Je n’osais pas prendre sa main, le moindre contact ne me semblait pas naturel. Il y avait cette barrière horrible entre nous, qui s’était édifiée depuis sa naissance.

-J’aurais préféré que ce soit ton père qui te le dise, Millicent, fis-je, songeuse, le visage parfait de mon frère apparaissant dans mon esprit. Ils, refusant de nommer ceux qui avaient été un jour mes parents, n’ont pas supporté que je fréquente un moldu. Il s’appelait Evan Dawbson. J’étais enceinte de lui, ils m’ont forcée à lui mentir, j’ai du dire que j’avais perdu Scarlett et j’ai rompu. Ils m’ont pris Scarlett et l’ont inscrite dans un orphelinat. Je l’ai retrouvée lorsqu’elle a eu treize ans, cette confession avait un goût de déjà vu. Mais cette fois, j’avais volontairement tout raccourci. J’avais occulté tout ce qui m’était trop personnel, trop cher à mon cœur : mes nuits passées à pleurer, mon goût pour l’écriture, la lecture, le caractère d’Evan, les fiançailles, ma période noire. Sans doute un jour trouverais-je la force et l’envie de lui en parler. Evan est mort dans un accident de voiture, concluais-je, déjà à bout de force, épuisée. Je suis désolée, fis-je sans vraiment savoir pourquoi. Tout ce que je savais, c’est que je n’entendais plus cette voix, parce que je savais que maintenant, je ne pouvais plus faire comme si Millicent Winter n’avait jamais croisé mon chemin.



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Millicent Winter
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MessageSujet: Re: Secrets silencieux [P.V]   Jeu 7 Juin - 21:21

Plus le temps passait, plus j'avais l'impression d'être de trop. D'être celle qui gênait tout le monde, celle qui posait des questions embarrassantes, celle qui aurait eu mieux fait de se taire et de suivre simplement le mouvement. Comme ça, ça n'avait pas l'air très compliqué, c'était aussi pour cela, qu'au départ, je m'y étais fait. Et puis même si souvent, je ne m'en rendais compte souvent qu'après coup, mes grands parents trouvaient toujours le moyen de me faire taire, en m'achetant, des nouveaux vêtements ou des nouveaux jouets afin de détourner mon attention. Durant de nombreuses années, ce stratagème avait fonctionné à merveille. Jusqu'à ce que je m'en rende compte. A partir de là, j'avais commencé à en user – et bien oui, puisqu'il y avait un moyen de tricher, autant en profiter. Mais là encore, tout le monde avait fini par s'en lasser, et à présent ça se résumait à des « va jouer ailleurs », ou bien « c'est une conversation d'adulte, ça ne te regarde » et rien ne m'agaçait plus que lorsque j'entrai dans une pièce et que soudain tout le monde se taisait ou alors terminait leur phrase dans un chuchotement... C'est bon, j'avais la peste ou quoi ?!

Dit comme ça, on pouvait croire que ça se passait toutes les semaines et que c'était facilement remarquable. Non, bien sûr ce n'était arrivé que quelques fois ; mais ces quelques fois avaient été amplement suffisantes pour se douter de quelque chose. Et puis, en même temps, ce n'était pas très difficile, même si la maison était grande, ça ne suffisait pas et on se montait toujours les uns sur les autres, et comme j'aimais à être le centre d'attention, rester seule à m'amuser dans ma chambre d'accord, mais lorsqu'il n'y avait pas mes « amies » pour m'occuper, il fallait bien que j'aille me plaindre auprès d'autres personnes !

Entendre les paroles de Margaret... Elles ne sonnaient pas totalement faux, et pourtant, je ne voulais pas les croire. C'était comme si soudainement, mon monde avait décidé de s'écrouler tout autour de moi, et que j'étais la seule à rester debout. La seule à pouvoir pleine visualiser l'étendue des dégâts, et à travers les yeux de ma tante, il semblait y en avoir tellement que je n'étais même plus sûre de vouloir faire partie des survivants. En parlant de son expression, elle me glaça plus qu'elle ne me rassurait. Ça ne présageait rien de bon et au lieu d'aller naturellement dans son sens, je préférais me mettre sur la défensive. Elle répondait partiellement à mes réponses, soit, mais de tout les discours, lorsque enfin on m'en donnait, il y en avait toujours des différents. A quoi fallait-il se raccrocher ? Comment pouvais-je avoir la certitude que ce qu'elle disait était vrai, alors que pendant tout ce temps, on m'avait caché l'existence d'un « oncle » et d'une cousine pour des raisons qui restaient tout aussi obscures ? Je ballottais d'un endroit à un autre comme une vulgaire bouée qu'on aurait jeté à la mer. Ce n'était pas l'une des sensation les plus agréables...


-Tes grands parents n’ont aucune limite. Ils sont capables de tout, et surtout du pire.

Elle avait beau dire ce qu'elle voulait, y mettre tout l’acharnement qu'elle voulait... Je n'arrivais pas à me ranger de son avis. Peut être qu'elle c'était la vision qu'elle avait de notre famille, et vue comme ça, ça avait un petit quelque chose de blessant parce que tout cela voulait dire qu'elle souhaitait me mettre dans le même panier, et moi qui partait du principe d'être unique, être rattachée à quelqu'un, à quelque chose, à quoi que ce soit en fait... même si c'était mon sang, ça me dérangeait. La rancœur que je pouvais y déceler malgré l'apparente douceur qu'elle tentait de dégager était la preuve que nous voyons les choses sous un angle totalement différent. La vision qu'elle peignait de mes grands parents au travers de sous entendus n'étaient pas la mienne. Je vivais avec eux tout les jours, du moins, ça avait été le cas, et ça l'était encore lorsque je rentrais de Poudlard pour revenir chez nous durant les vacances. Alors bien sûr, il y avait toutes ces zones d'ombres, qui m'agaçaient, mais elles ne pouvaient pas quand même être aussi maléfiques que cela ! Au risque de me répéter... C'était impossible. Je me contentais de hausser les épaules, pour ne pas déclencher de conflit majeur, parce que je savais que si je répliquais, ce ne serait pas pour faire dans la dentelle. Mais après tout, c'était chez elle que j'étais venue frapper pour obtenir des réponses, il aurait été malvenu d'être impolie, et qu'elle me jette dehors, me laissant encore plus perplexe qu'à mon arrivée.

Ce qu'elle ne fit pas. La seconde suivante, d'un geste, calme mais dont on sentait la fermeté néanmoins m'intima de la suivre. Même si je restais en retrait parce que je demeurais méfiante, je ne me fis pas prier : la curiosité l'emportait sur le reste, non seulement j'allais découvrir à quoi ressemblait l'étage de sa boutique, mais ça allait également signifier bien plus, je le sentais, sinon, elle se serait simplement arrêtée là en prétextant ne plus rien avoir à me dire, me collant le prétendu livre que je cherchais dans les mains, je l'aurais payé, et je serais partie, reprenant la route vers le château, parce que le temps filait, même si ça, je ne m'en étais même pas rendu compte. Nous nous installâmes dans une pièce toute simple, mais lumineuse. J'avais envie de poser mes yeux partout, comme à chaque fois que je découvrais un nouveau lieu. Quels en étaient la détails, la décoration, la forme de la chaises sur laquelle je prenais place, si le bois était clair et lisse ou bien s'il était plus foncé, non lustré et donc plus rêche. J'aurais pu passer un certain temps à observer mais Margaret, se mit à parler et mon regard se reporta immédiatement sur elle comme si ce qu'elle allait m'apprendre à présent serait la clé de toute l'histoire.

Et quelle histoire.


-J’aurais préféré que ce soit ton père qui te le dise, Millicent.

Mais même papa, avec qui pourtant j'étais pourtant proche, ne disait jamais grand chose. Lorsque je l'interrogeais, il me disait que je ne devais pas m'inquiéter et qu'il s'occupait de tout. Il s'occupait toujours de tout oui, sauf de ce que moi, je voulais vraiment.

-Ils n’ont pas supporté que je fréquente un moldu. Il s’appelait Evan Dawbson. J’étais enceinte de lui, ils m’ont forcée à lui mentir, j’ai du dire que j’avais perdu Scarlett et j’ai rompu. Ils m’ont pris Scarlett et l’ont inscrite dans un orphelinat. Je l’ai retrouvée lorsqu’elle a eu treize ans.

J'avais ramené mes mains sous la table et elle s'entortillaient l'une dans l'autre. Je voulais lui dire de se taire, je voulais lui dire qu'elle disait n'importe quoi, et que tout cela ce n'était que des mensonges qu'elle inventait comme elle le pouvait parce qu'elle ne supportait pas d'être l'intrus de la famille. Au fond, ça pouvait se comprends. Et pourtant, il y avait cet élément. A bien y réfléchir, ça concordait. Ils n'ont pas supporté que je fréquente un moldu... ce n'était pas totalement aberrant, parce que si mon père était plus sur la réserve, papy et mamie, on ne pouvait pas dire qu'ils parlent des moldus en des termes élogieux. Malgré tout, je ne comprenais pas. J'avais voulu savoir plus que tout, et finalement, on me bourrait d'informations, toutes plus lourdes les unes que les autres. Non je ne comprenais pas parce que moi qui rêvais d'une belle robe de mariée et du grand amour, un garçon, tant qu'il était beau séduisant et toute la panoplie qui allait avec restait un garçon ; qu'il soit sorcier ou pas, ce n'était pas important, les couleurs de sa maison aussi, mais à chaque fois que j'avais parlé de mes pseudos histoires, de mes pseudos aventures, je m'étais bien gardée de préciser s'ils étaient sang pur ou pas. Le plus souvent parce que moi même, je ne le savais pas. Mes rêves remplis d'étoiles n'étaient pas ceux de me grands parents. Je ne les partageais d'ailleurs pas avec eux. A cet instant, je me figeai, mes yeux se perdant dans le vague, oubliant l'espace de quelques secondes où est-ce que je me trouvais. Je compris pourquoi je ne l'avais jamais fait. C'était parce qu'inconsciemment, au fond, je n'avais jamais voulu qu'ils ne les brisent...

-Evan est mort dans un accident de voiture. Je suis désolée.


Qui était la plus désolée des deux ? Je n'en avais aucune idée. Cette nouvelle révélation, tout aussi grosse que la précédente, me fit l'effet d'un choc et cette fois, je baissai la tête vers mes genoux parce que j'avais sentis mes yeux se mouiller ; j'avais bon espoir qu'ainsi, en plus de mes cheveux, Margaret ne remarque rien, ou alors, ne fasse aucun commentaire. Je ne voulais pas qu'elle voit mes larmes comme j'avais vu les siennes tout juste un peu plus tôt. Ce n'était pourtant pas la première fois que ça m'arrivait, mais souvent, c'était des pleurs de caprices, ça n'avait rien à voir. Ici, tout était différent, mais j'avais beaucoup trop de retenue pour lui montrer quels étaient mes véritables sentiments.

Je ne le réalisais pas encore, mais l'impact de ses paroles pesaient sur moi. Si j'avais eu une vie comme n'importe quelle autre petite fille, je lui aurais ri au nez, tout simplement. Et pourtant, à présent, il me semblait bien difficile de réussir à l'accuser de quoi que ce soit puisque ce récit, je pouvais très bien le prendre, le calquer sur moi. Il y avait quelques petites différences... Mais à peu de choses près c'était relativement pareil. Il y eu un long moment de silence. En même temps, il n'y avait rien à dire. Qu'est-ce que cela aurait pu changer ? Le temps qui était passé était définitivement perdu, on ne pouvait plus rien en changer. De nouvelles questions pourtant se profilaient déjà. Pourquoi elle avait accepté de faire cela ? Pourquoi n'était-elle pas partie ? Pour s'était-elle misérablement laissée faire ? Ce n'était pas mon rôle toutefois et j'en avais assez appris pour le moment pour en rajouter une couche. Et puis... il y avait ça, de beaucoup plus important, de tout aussi complexe...

- … Et maman ?
Ma voix avait un timbre bizarre, un peu rauque, parce que je n'avais pas parlé depuis longtemps. C'était une moldue elle aussi ? Demandai-je beaucoup plus doucement. C'est pour ça qu'elle est partie ? Elle aussi..?

Est-ce qu'il y en avait, ne serait-ce qu'un, qui allait enfin lever ce voile beaucoup trop épais, pour enfin me montrer la vérité ?

- Je comprends Scarlett, soufflai-je. Personne n'avait le droit de me dire le contraire. On m'avait également retiré un être cher. Ce n'était pas de la pitié mal placée pour obtenir ce qu'il me manquait – pour une fois. Mais j'arrivais sans mal à me mettre à sa place.

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Margaret Winter
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MessageSujet: Re: Secrets silencieux [P.V]   Mer 17 Oct - 22:05

(dans le genre retard, je bats tous les records, désolée Milli <3 )

Le silence s’imposa ; et nous ne pouvions rien faire contre. L’atmosphère, déjà tendue, s’était glacée, et elle et moi restions muettes. Je ne pouvais m’empêcher de me sentir coupable ; oui je lui avais ouvert les yeux et j’avais sans doute bien fait mais…je ne pouvais pas rester de marbre. Millicent était perdue, et j’avais détruit quelque chose immanquablement. Je la voyais réaliser que toutes ces choses qu’elle avait cru vraies étaient des mensonges qu’ils avaient créé, de toutes pièces. Je savais ce qu’elle ressentait ; ce qu’elle ressentait vis-à-vis de cette trahison infâme. Savoir si elle était aussi dégoûtée que je l’étais ; je l'ignorais. Ils restaient sa famille, sa chair, son sang et moi aussi longtemps j’avais espéré. J’avais espéré me tromper, voir mal les choses. Ils n’avaient pas fait ça pour mon bien. Leurs actes monstrueux- je ne pouvais les qualifier autrement- étaient injustifiés.

J’en avais assez de porter le poids du passé sur mes épaules. Mais je ne pouvais pas faire autrement. Je devais vivre avec ; parce que les souvenirs me suivaient quoi que je fasse. J’avais choisi de ne pas les ignorer et c’était la meilleure solution mais…il y avait des jours, des instants où ça faisait vraiment mal. Des jours où je flanchais ; des jours où le manque était encore plus douloureux que d’habitude. Mais il y avait toujours une bouffée d’air frais qui me faisait respirer un peu. Scarlett m’avait sauvée. Elle l’avait fait sans le savoir. J’aurais aimé n’éprouver qu’un bonheur absolu à partir de là…mais c’était impossible. Humainement impossible. La souffrance je l’avais connue et je la ressentais encore un peu ; parfois, et j’étais incapable d’oublier.

Surtout quand je lisais dans les yeux de la personne en face de moi exactement la même chose.

Je voyais ça dans ses yeux- pas enfin, parce que je ne l’avais jamais souhaité- je la voyais trembler et je voyais ses iris d’habitude si pétillants s’éteindre. Elle perdait inévitablement de sa superbe, mais je ne la jugeais. Elle était si petite soudainement, si vulnérable. Alors que d’habitude, ses attitudes de jeune femme, son rouge à lèvres rose et ses vêtements onéreux captivaient toute l’attention… là c’était juste elle. Sans ses artifices. Je saisissais comme dans un flash, quelque chose que je n’avais jamais remarqué auparavant. Cette expression. C’était exactement la même qu’Henry. Chez l’un comme j’ai l’autre, je l’avais rarement vue. Et je ne pouvais m’empêcher, en la voyant si fragile, de me dire qu’elle avait besoin de moi.

Un besoin que je commençais un peu à réaliser, sans trop oser avancer. Je ne voulais pas trop m’investir non plus. Non pas par peur ; mais je ne pouvais pas rattraper toutes les erreurs des autres et je ne pouvais pas non plus porter le poids d’une autre histoire sur mes épaules. Mais je voulais l’aider. Je voulais qu’elle comprenne que quelque part je serais là pour elle ; même si je savais que nous resterions distantes, du moins pour le moment. Qu’elle sache que nous n’étions pas obligées de nous ignorer et qu’elle pouvait se faire sa propre idée, sans tenir compte de ce que mes parents lui avaient martelé des années durant, subtilement, en faisant tout pour qu’elle me voit comme une étrangère.

Je savais que sa mère lui manquait. Nous n’en avions jamais parlé mais…c’était comme un instinct que j’avais toujours eu. Je savais ce que ça faisait. Moi-même adolescente je me demandais pourquoi moi je n’avais pas eu le droit à une mère avec qui je partagerais tout, qui m’écouterait sans rien demander en retour. Millicent elle n’avait jamais connue sa mère.

Je ne pouvais pas jouer ce rôle pour elle, je ne pouvais remplacer cette absence. J’avais une fille et elle s’appelait Scarlett. J’acceptais d’aider Millicent, de la soutenir, de l’écouter. Mais je ne pouvais pas lui donner la même affection que sa mère lui aurait donné. Je ne pouvais tout simplement pas.


- … Et maman ? C'était une moldue elle aussi ? C'est pour ça qu'elle est partie ?

Oh. Si seulement je savais. J’aurais levé le voile, autant que je l’aurais pu, sur ces secrets qui détruisaient de plus en plus de gens. Or j’ignorais tout de cette femme qu’elle appelait maman. J’aurais aimé la connaître. Rencontrer cette femme qui avait été pour mon frère un peu plus qu’une simple conquête, une amante. Mais Henry avait toujours refusé de m’en parler. Pas un nom, pas une adresse rien. Souhaitait-il garder ça pour lui parce que c’était douloureux ? Estimait-il que même si elle lui avait donné une fille qu’il aimait inconditionnellement, il ne lui devait rien ? Est-ce que mes parents l’avaient menacée, elle aussi ? Ces questions et tant d’autres restaient sans réponse pour Millicent ; et j’étais incapable de lui en donner une.

- Je comprends Scarlett.

C’était évident à mes yeux qu’elle la comprenait. Scarlett n’avait plus son père, Millicent ne savait rien de sa mère. Et puis la même question avait habité leurs esprits, sans doute : pourquoi ma mère ne s’est pas battue pour moi ? Pourquoi m’a-t-elle abandonnée ? Je ne savais rien de la mère de Millicent mais je ne pouvais pas la juger. J’avais mis des années à revenir vers ma fille. Mis des années à voir que je ne vivais pas vraiment sans elle. Encore une fois je ne pouvais savoir ce qu’était devenue cette inconnue. Peut-être avait-elle tourné la page. Peut-être elle aussi cherchait Millicent et ne savait par où commencer. Peut-être… je ne pouvais que formuler des hypothèses.

Je ne m’étais pas attendue à que Millicent exprime ça tout haut. Elle ne réprimait plus ses sentiments et j’avais l’impression d’être mieux comprise. Elle ne cherchait plus à m’impressionner ou m’intimider comme cette fois, à la Tête du Sanglier. Elle ne cherchait plus à avoir le dessus.


-Millicent, fis-je avec de la douceur dans la voix lorsque je prononçais son prénom. Pour tout te dire, je n’en sais rien. , je ne savais que rajouterJe ne pouvais pas lui dire de l’oublier ; je ne pouvais pas non plus lui ordonner de la contacter. Millicent tracerait sa propre route. Elle était capable de le faire. Et je te crois, n’en doute pas. Je me tournais brièvement, le temps de préparer un thé. Un thé… un rituel qu’il s’était installé à chaque fois que Scarlett venait ici. J’adorais ces moments où elle était juste en face de moi, et où nous parlions de choses et d’autres en buvant notre boisson à petites gorgées. J’avais automatiquement fait pareil avec Millicent. Une fois qu’il fut prêt, je le posais entre nous deux et le versais dans deux petites tasses ; celui-là était un thé à la bergamote. C’était étrange, mais la simple idée que je partageais une de mes habitudes avec Millicent…j’avais l’impression d’un peu trahir Scarlett.

Je n’avais pas encore choisi si j’acceptais de renouer avec Henry ; j’avais encore du temps pour réfléchir. Pour ce qui était de Millicent, elle pouvait me faire confiance et peut-être que l’on se reverrait bientôt. Il faudrait encore une fois beaucoup de temps avant que nous nous connaissions vraiment. Je restais encore un peu sur la réserve. En ce qui concernait Scarlett…je lui expliquerais. Je ne voulais plus de secrets.

Naturellement, je me levais de ma chaise et m’approchais de Millicent. Je posais une main sur son épaule sans rien dire. Elle lirait entre les lignes. Entre mon geste et le sourire que je lui adressais, il y avait un "tu peux rester un peu".



FIN

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