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De ciel en ciel [PV]

 

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 De ciel en ciel [PV]

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Sara Wayland
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MessageSujet: De ciel en ciel [PV]   Jeu 16 Fév - 20:18







« Je nous prêtais la force de traverser un ciel crachant
Des pluies de météores
Je nous voyais, bravant les pires dangers, créant des souvenirs
Pour en faire un trésor »







-








‘I've been looking for a word…’







« Lizlor, ma chérie. Maman a quelque chose à t'annoncer. C'est quelque chose de grave. Tu vas devoir être forte, tu vas devoir… »







Tout flotte autour d'elle.




C'est drôle comme dans ces moments là le temps et l'espace paraissent tout à coup distordus comme
si quelqu'un s'amusait à en changer les règles toutes les secondes
à les pétrir comme de la pâte à modeler à
les mâchouiller comme du vieux chewing-gum

tantôt tout semble aller trop vite – les couloirs qui défilent et les tâches floues des guérisseurs – (blanc sur fond blanc) – tantôt le temps

s'arrête.












« Mais d'abord, assied-toi. »







Comme maintenant.












« S'il te plaît. »







‘A big, complicated word but so sad…’







Elle s'est arrêtée devant la porte close et tout est figé soudain. Les bruits qui semblaient si fort tout à l'heure. Maintenant il n'y a plus que cette porte qui claque et qui claque et qui continue de claquer. Elle l'entend encore. Même si la porte est bien là sous ses yeux, fermée et immobile, elle entend ce claquement sec dans sa tête.












‘I found it now.’







« C'est ton père, Lizlor. »






Il n'y a rien qu'elle puisse faire – de toute façon elle ne peut pas bouger. Ses jambes se mettent en marche seulement quand on la force à s'asseoir, elle ne sait pas vraiment qui ni sur quoi elle s'asseoit, elle sait seulement qu'elle a froid, elle n'a jamais eu aussi froid de sa vie.












‘'Alive'…’







« Ce matin je suis rentrée pour vérifier son état comme je le fais chaque jour. Nous étions en train de discuter quand il a eu une attaque. »







Il avait pourtant l'air en forme.
(Oh il ne brillait plus comme autrefois bien sûr il y avait longtemps qu'il ne brillait plus ainsi)
Mais son rire clair dans la chambre ce matin avait la couleur du soleil d'été. Ça lui avait rappelé
ces jours où les enfants étaient chez Katie et où ils pouvaient tranquillement passer le temps ensemble sans s'inquiéter de rien
ni de personne.












‘I'm alive.’







« Je l'ai aussitôt conduit à Sainte-Mangouste. Les guérisseurs m'ont fait attendre dans le couloir. Ils disaient que c'était grave, que je ne pouvais pas entrer, que c'était dangereux. »







Elle a l'impression que ça fait des années qu'elle attend quand
enfin un type vient la voir ou bien est-ce une femme dans le fond ce n'est
pas important












‘'Alive' isn't sad.’







« Heureusement il s'en est tiré, Lizlor ! Papa va bien mieux désormais. Nous avons eu peur mais les guérisseurs pensent que cette crise était en fait un bon signe, qu'elle a débloqué tout un réseau nerveux et qu'ils finissent par venir à bout de la maladie. »



– Je suis navré, Madame Wayland.












‘It's sad when it's over.’







« Il pourra bientôt sortir à nouveau, venir te voir à l'école ! Et quand il sera tout à fait rétabli, nous pourrions rentrer aux Etats-Unis, dire bonjour à Conrad, qu'est-ce que tu en dis ? »



– Il n'a pas tenu.



















-










Des guérisseurs, elle ne reçut rien que des papiers à signer et ce mot bizarrement couché sur les visages : « condoléances ». Puis il fallut prendre des décisions. C'était rassurant, d'une certaine manière. L'enterrement à telle date, telle heure, tel endroit. Il faudrait régler les soucis de transport du corps – heureusement, la magie permet bien des choses, n'est-ce pas ? Ne pas oublier d'inviter leurs anciens voisins, surtout. Katie pourrait sans doute l'aider à s'occuper des petits fours, pour après ? C'était si étrangement simple, facile, naturel. Depuis sept ans elle avait pris l'habitude de gérer toutes ces formalités administratives et maintenant elle était comme rodée, emportée par son élan, comme une bonne vieille automobile qui tient toujours la route malgré l'âge et dont les freins lâchent subitement. Incapable de s'arrêter.
Elle ne pouvait pas arrêter.






« Aaron ne nous quittera jamais vraiment. Il restera à jamais dans nos cœurs…
– Aaron Wayland était quelqu'un de…
… toujours là quand on avait besoin de lui. C'était quelqu'un de vraiment…
– il nous aimait plus que tout. »






-



– Tu dois le leur dire, dit Katie.

Les vagues montaient et refluaient lentement sur la plage, leur mouvement à peine discernable tant la marée était basse. Derrière elles, la maison était là. Toujours aussi bleue, toujours aussi vide. Il n'y avait jamais eu personne dans cette maison en fait, il n'y avait jamais rien eu et tout était comme d'habitude, accueillant comme une maison qui attend d'être habitée.


– Je sais.

Elle aurait voulu lui serrer la main aussi fort que la tristesse lui serrait la gorge.






-


(Tes yeux ne voient pas, mais pour moi ils sont comme des fenêtres ouvertes sur le monde, mon amour. Quand tu les ouvres, c'est toute la fraîcheur du ciel qui s'y engouffre. Si le vent souffle, tu fermes. Ce sont ces yeux clos qui protègent la maison. Et quand la nuit tombe, je peux y voir danser le reflet des veilleuses…)





-


« Allons. Ce n'est qu'un homme qui vient de mourir. Passe au-dessus. Allons, fais un effort. »

Non elle ne pouvait pas.



















-










Toc toc toc.

– Qu'est-ce que c'est ? fit la voix irritée du professeur Woodley. Oh, c'est vous Sara, ajouta-t-elle en découvrant la directrice sur le pas de sa porte.

La classe, composée de Serdaigle et de Gryffondor, se leva à son entrée.


– Asseyez-vous, lança-t-elle machinalement. Puis-je vous emprunter Miss Wayland, Hazel ?
– Bien entendu.


Elle ne demanda pas à Sara si elle allait bien, ce à quoi elle s'était attendue et dont elle était d'ailleurs reconnaissante. Elle n'avait vraiment pas besoin de la sollicitude de ses collègues pour l'instant et remerciait secrètement la méchanceté primaire de Woodley à cette seconde. Elle laissa sa fille passer devant elle avant d'abandonner le professeur au reste de sa classe.

– Bien, où en étions-nous bande de morpions ? Ah, Gamp. Bon, jusque là nous avons dit l'argent, la nourriture, et, merci Miss Collins, l'amour. Quoi d'autre ?
– La vie.
– Tout juste Monsieur Fray – cinq points en moins à Serdaigle pour vous apprendre à lever la main.
– Suis-moi,
ordonna Sara à Lizlor.

Elle surprit le petit sourire qui, l'espace d'une seconde, transperça l'expression boudeuse de sa fille avant de disparaître aussitôt. Ses jambes étaient faibles. Pourrait-elle seulement atteindre le bureau ?

_________________
    Et quand, demain ou bien plus tard, je serai poussière, nous serons poussières mêlées, nous ferons poussières communes.
    Et si nous ne sommes que des poussières d'hommes, il n'est de poussière qui ne retourne à la terre.
    Attends moi quelque part... ou même ailleurs.
    Par un matin calme ou une nuit noire,
    un jour de grand soleil
    ou de pluie serrée,
    j'arrive.

    J'arrive.

Je t'aime.



Dernière édition par Sara Wayland le Dim 19 Fév - 21:52, édité 3 fois
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Lizlor Wayland
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MessageSujet: Re: De ciel en ciel [PV]   Ven 17 Fév - 18:19




.


T'entends la musique qui chante?
La petite musique méchante
Qui doucement, doucement dit :
J'ai compris, j'ai compris.
Il est mort, il est mort,
D'accord...





Je n'aimais pas les cours de sortilèges et encore moins Hazel Woodley, qui avec ses regards de vipère et ses lèvres carmins me faisaient penser à Cruella Devil, l'un des seuls dessin animé moldu que j'avais vu, alors que quand j'étais encore à l'école primaire. J'étais allé passer l'après-midi chez une de mes copines moldues. Ça m'étonnait presque Woodley n'ait pas des manteaux en fourrure ou des écharpes de vison avec la tête et les pattes du pauvre petit animal, comme l'une de mes vieilles tantes qui sentait le choux-fleur et qu'on détestait, avec Conrad. D'ailleurs, notre grand jeu, aux réunions de famille, c'était de l'éviter à tout prix, et le premier qui recevait une bise d'elle devait passer sa part de dessert à l'autre. Heureusement, Conrad était son préféré - enfin, il était le préféré de tout le monde - et c'était souvent lui à qui elle pinçait la joue et faisait un gros bisou baveux en premier, du coup, moi, j'avais double ration de dessert.

Je me demandais ce que Conrad faisait en ce moment. Est-ce qu'il étudiait? Est-ce qu'il était chez lui? Avec ses amis? Et puis, quelle heure était-il là-bas? Une torpeur lasse m'avait envahie, et je rêvassais sur ma chaise de cours, une jambe repliée sous moi, accoudée sur la table, le regard perdu dans le vide. J'étais sûr qu'à ma place, Conrad aurait brillé. Moi, je ne brillais pas. C'était comme ça. Lui, même immobile, même tranquillement assis à sa place, il brillait, il faisait chaud au cœur. Il avait toujours un petit regard, un petit sourire, et quand Maman se fâchait à table, il suffisait qu'il lui mette la main sur l'épaule en passant pour aller chercher quelque chose dans la cuisine ou bien à la rassurer d'un sourire et elle se calmait. Moi, mes regards ne faisaient qu'empirer son courroux, et je ne brillais pas, non; j'étais toute sombre. Une fois, Conrad m'avait dit que je faisais toujours la tête et que je n'étais pas jolie quand je faisais la tête. J'avais encore plus fait la tête. Mais ce n'était pas de ma faute... Je n'avais pas envie de sourire. Je n'avais pas, comme lui, cette énergie solaire qui resplendissait en moi. Je me nourrissais de la sienne quand il était là et ces jours-là je riais souvent, même aux éclats, mais dès que nous étions séparés, c'était comme si quelqu'un prononçait "Nox" à l'intérieur de moi. Il n'y avait plus rien, sauf mes démons, tapis dans le coin, fidèles au poste. Ils attendaient que l'éclaircie passe, et moi, je subissais.



T'entends la musique qui chante?
Cette musique qui me hante
Qui inlassablement redit
J'ai compris, j'ai compris.




Alternativement, je regardai Fray, juste en diagonal dans mon champ de vision, puis Collins, un peu plus loin. Depuis ce fameux soir, je voyais bien qu'elle ne lui servait plus ce regard éperdu d'admiration, et lui, il ne voyait toujours rien. Je camouflai mon sourire derrière ma main, avant de croiser le regard de Woodley et de replonger bien vite la tête dans ma feuille. Je notai un peu au hasard, distraite, les définitions et les mots qu'elle écrivait au tableau.

Liz avait pris son envol, depuis la fois dernière. Il y avait quelque chose en moi qui avait grandi - quoi exactement, impossible de le savoir : ce chaos en moi était trop dense et emmêlé pour que j'y trouve un quelconque sens. Mais une chose était sûre, mon cœur palpitait un peu plus et je n'avais plus cette impression d'être morte et desséchée de l'intérieur, et j'aimais ça. Je décelai de nouvelles lueurs dans les yeux de Fray lorsqu'il me regardait et si, comme à l'habitude, nous abordions la même attitude, cela me donnait envie de me lancer corps et âme dans une nouvelle bataille, un nouveau round. J'avais... pris confiance, quelque chose comme ça. Pris confiance sur le fil fin tendu au-dessus du vide, où je marchais, les bras tendus, recherchant l'équilibre. Et puis, il y avait Haley Johnson, cette curieuse Serpentard qui m'était apparue comme une sympathique distraction, depuis le bal de Noël. J'avais besoin de sociabiliser un peu, et ce genre de fille, aussi peu aimable et loquace que moi, convenait à merveille. Nous avions les mêmes idées, les mêmes penchants, la même haine des autres. C'était amusant. Et il y avait bien longtemps que je ne m'étais pas amusée.

Des coups résonnèrent à la porte. Intriguée, et surtout contente d'avoir une petite distraction à ce cours que je n'appréciais pas, je tournai la tête, comme la plupart des élèves. Elle apparu dans l'encadrement, et je retins un soupir. Je fus une des dernières à me lever, dépliant mes jambes lentement, m'appuyant sur le bureau, sans tenue et sans grande conviction.


– Qu'est-ce que c'est ? Oh, c'est vous Sara, fit Woodley.

Sara. Cela me faisait toujours bizarre qu'on l'appelle ainsi, tout comme les élèves disait d'elle "Wayland" ou "la directrice". Elle n'était et n'avait toujours été que Maman pour moi, même si il m'était parfois difficile de prononcer ce mot devant elle. Je lisais tellement de choses négatives dans ses yeux quand elle me regardait, et tellement peu d'amour, que j'avais du mal à la qualifier de ce nom alors qu'elle était ma seule et unique mère, celle que je réclamais à grands cris dans mes cauchemars. Mais ces cris je les ravalais, parce que j'avais trop peur qu'elle me gronde, parce que je n'étais pas la fille qu'elle voulait, je n'étais qu'une petite insolente mal polie qui n'en faisait qu'à sa tête. Je le savais, tout ça.


– Asseyez-vous, dit-elle froidement. Je fus, cette fois, la première à m'avachir sur ma chaise. Mais - Puis-je vous emprunter Miss Wayland, Hazel ?

... Moi?! Je bondis de nouveau, fourrant maladroitement mes affaires dans mon sac, les yeux rivés sur le bois poli par les centaines d'élèves qui avaient gratté leurs plumes sur ce bureau. Je la maudissais en silence, ma chère mère la directrice, de venir me tirer ainsi de ma salle de cours : je haïssais le fait d'être "le fille de", ne le savait-elle pas?! Voilà qu'elle m'affichait ouvertement, et ce devant toute la classe! Traînant mon sac à moitié par terre, traînant les pieds aussi - comme je savais qu'elle détestait - je traversai la salle, et sortis juste à temps pour attendre Fray se faire remettre à sa place par Woodley, si bien que je cachais pas un petit sourire satisfait - il y avait quand même une justice.

Obtempérant aux ordres maternels, j'engageai le pas à sa suite. Ce n'est seulement qu'en lui jetant un regard que je pris peur : elle n'avait pas sa tête normale, elle avait le visage fermé et dur, et ses yeux semblaient chercher à tout moment quelque chose à laquelle se raccrocher.

Je pressai le pas pour être à sa hauteur, mue par un atroce sentiment de malaise.


- Qu'est-ce qu'il y a? fis-je d'une petite voix. Seul le bruit du tissu de mon sac qui frottait contre le carrelage répondit à mon interrogation.

Anxieuse, je me mis à retourner les évènements précédents dans ma tête. Qu'avais-je fait? J'avais volé quelques petits trucs dans la réserve à potions, mais juste pour fabriquer une petite potion qui exploserait, rien de méchant - et d'ailleurs je ne l'avais pas encore menée à terme. Je n'avais pas désobéi plus que ça, je n'avais rien fait de grave, je n'avais pas été renvoyée de cours... Alors, quoi?! Je sentais mon cœur battre la chamade et mes mains devenir toutes moites.


- Maman?... insistai-je, la gorge nouée.

Pas de réponse. Ses pas posés qui résonnaient sous les voûtes de pierres, les miens, plus feutrés, plus rapides. Un rire quelque part. Une porte qui claque. Les chuchotements des tableaux. L'escalier vers son bureau.

Tout était trop calme autour de nous, et plus ce calme m'était apparent, plus un mauvaise pressentiment enflait en moi comme un ouragan. Maman avait eu exactement le même air qu'en cet instant quand elle avait annoncé à mon père que Conrad était tombé de balai et s'était cassé le poignet. Ce même air de sérénité maîtrisée mais que l'éclat de ses yeux trahissait. Il était terne, cet éclat, plein de nuages...

Faites que Conrad n'ait rien, faites que Conrad n'ait rien, faites que Conrad n'ait rien, susurra une petite voix désagréable dans mon oreille, que je m'empressai de faire taire. Cette simple idée... Conrad... Si jamais... Cela me donnait la nausée.

Bien malgré moi, je tentai d'exorciser ma peur, en la suppliant presque :


- Maman, que se passe-t-il?

Nous avions gravi les marches qui menaient à son bureau et j'y entrais, toujours un peu impressionnée par la pièce circulaire et majestueuse, encore plus mal à l'aise que dans le couloir. J'avais les larmes au bord des yeux et le stress m'avait fait une énorme boule dans la poitrine. Obéissant une nouvelle fois à ses ordres, je m'assis sur la chaise, droite comme un i, les jambes tremblantes, les mains triturant le bas de ma chemise, nerveusement.




T'entends la musique qui chante?
La petite musique méchante
Qui doucement, doucement dit :
Ce sera plus jamais l'été,
C'est fini. Tu vois?
C'est fini.




.

_________________

So here's my confession, this time
Don't just want you to love me
I want to be your obsession




Spoiler:
 
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Sara Wayland
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MessageSujet: Re: De ciel en ciel [PV]   Dim 19 Fév - 21:40





« Mais ça monte, ça lutte, ça me saisit
Ça tire, ça brûle, ça jaillit »




-












« C'est maintenant. »



– Qu'est-ce qu'il y a ?




« Maintenant qu'il faut tenir. »



– Maman ?…




« S'il y a un moment dans toute ta vie où tu te dois d'être forte, pour elle, c'est celui-là. Surtout, surtout… »




– Maman, que se passe-t-il ?




« … Tiens bon. »



Elle voulait dire à sa fille d'attendre – s'il te plaît, attend cinq petites minutes que nous soyons arrivées ! – et de ne pas faire traîner son sac par terre parce que ça allait l'abîmer
(et parce que le bruit lui rappelait un bruit qu'elle avait entendu, ou peut-être imaginé, à l'hôpital et ça crissait en elle quand il crissait sur le sol)
mais ç'aurait été idiot parce que ce vieux sac était de toute façon tellement sale et
(blessé)
usé par le temps, qu'elle n'aurait pas pu faire davantage de dégâts
(et elle ne pouvait pas)

Dire qu'elle avait voulu lui en racheter un. Un sac. Seulement Lizlor l'avait envoyé paître. Comme quand elle voulait lui offrir des robes, des capes chaudes pour l'hiver, des chapeaux pour l'été. Comme toujours. Est-ce que ce sac était si particulier ? Il ne lui semblait pas, mais elle avait trop peur de vérifier, trop peur de se rendre compte que si, c'était un sac spécial – il avait appartenu à Aaron, et maintenant il traînait par terre dans la poussière alors qu'il était – non, elle préférait encore que sa fille la déteste.





-




(C'est entre nous. Je peux le sentir tous les jours ; peu importe la distance à laquelle nous nous trouvons. C'est plus fort quand nous devons parler ou simplement communiquer – et à la maison c'est presque insupportable – mais au final c'est toujours là. Intouchable. Qui nous sépare. Dans ses yeux, dans ma voix, dans le vide sur ses traits quand elle me dépasse sans me dire bonjour, dans les conversations que je surprend ici et là ; c'est dans l'air, c'est partout.)





-





Le bureau enfin. Le même que ce matin. Le même que d'habitude – tout était pareil, pourquoi tout était pareil alors que plus rien ne serait comme avant désormais ?

– Assied-toi, demanda-t-elle à Lizlor sans la regarder.

C'était tout ce qui avait pu sortir. Les mots qu'elle avait prévu, ceux qu'elle avait tourné et retourné dans sa tête toute la matinée et jusqu'à cette heure, aucun ne s'était présenté à elle quand elle en avait eu besoin. Ça aussi, c'était pareil. Mais en pire. Comme si son cerveau était atrophié. Comme si elle mourrait lentement. Elle était comme une plante verte qu'on avait soudain privé d'eau et de

(soleil)
lumière, comme une plante qui sèche oubliée dans un recoin sombre.

Elle regarda par la fenêtre.
Le ciel.

– Lizlor, je…

Elle ne pouvait pas s'asseoir sur sa chaise, elle ne pouvait pas mettre ce bureau entre elle et sa fille, elle ne pourrait pas le supporter. Elle se retourna pour lui faire face – oh, c'était dur, c'était si dur – et elle se pencha, s'accroupissant sur le sol malgré la difficulté que cela représentait, compte tenu de sa tenue. Elle avait cette robe un peu serrée, une petite chose américaine. C'était rare qu'elle s'habille américain même à la maison – l'autre – mais cette robe lui avait été offerte par Aaron. Il ne voyait pas, mais cela ne l'avait jamais empêché de deviner ce qui plaisait à Sara. Il lui avait suffit de toucher la matière. Lisse à l'extérieur, douce à l'intérieur.

Elle s'accroupit face à sa fille, leva la tête pour la regarder. Elle posa ses mains sur ses épaules. Et soudain l'image de sa vieille nourrice, Natália, envahit son esprit. Il arrivait que Natália se pencha ainsi sur elle, pour lui parler de choses sérieuses. Sara
dragam, disait elle alors avec son accent qui chantait et roulait des nuages, des vagues de sagesse tendre comme de la barbe à papa, Sara, ma princesse. Le soir où sa petite sœur était morte, Katie avait appelé Natália pour qu'elle vienne garder Melody à la place de Sara, pour qu'elle puisse venir faire la fête, et Sara portait cette longue robe de velours rouge, lourde sur sa peau comme un rideau de théâtre ; Natália avait alors posé ses mains sur ses épaules comme elle le faisait jadis et elle avait dit : « Regarde ce que tu es devenue. »

Quand elle regarda Lizlor, il se passa quelque chose de très étrange. Le souvenir était douloureux, comme toujours, mais elle s'était attendu à ce qu'il le soit encore davantage, compte tenu des circonstances. Au lieu de quoi, elle ne pouvait penser qu'à une chose : elle comprenait enfin, ce que sa nourrice ressentait en la contemplant ainsi. Alors Sara eut un sourire, un sourire un peu triste, un peu froncé, mais plein de fierté. Lizlor était si belle. Elle n'était pas belle comme elle, Sara, l'était, de cette beauté lisse et intouchable propre aux Vélanes. Elle était belle parce qu'elle brillait, elle scintillait d'une vie rageuse et bouillonnante. Ne savait-elle pas combien elle était belle ?

Elle ouvrit la bouche pour le lui dire – elle voulait lui dire :
« Tu es si belle » – mais à la place elle dit :

– Lizlor, papa est mort.








« Maintenant. »







Et alors seulement, elle s'aperçut qu'elle pleurait. Qu'elle serrait les épaules de sa fille à lui en fait mal. Elle pleurait sans un bruit, comme ça lui était si souvent arrivé ces sept, longues, dernières années durant lesquels Aaron s'était lentement éteint. Elle avait perdu le soleil et bientôt elle n'aurait plus une seule larme à verser et alors elle serait asséchée pour de bon, pour toujours.

– Je suis désolée.

Elle ne savait même plus pourquoi elle s'excusait – ou plutôt, il y avait tant de raisons qu'elle ne parvenait pas à s'en rappeler. Elle avait seulement cette certitude, que tout était, une fois de plus, de sa faute.

_________________
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    Et si nous ne sommes que des poussières d'hommes, il n'est de poussière qui ne retourne à la terre.
    Attends moi quelque part... ou même ailleurs.
    Par un matin calme ou une nuit noire,
    un jour de grand soleil
    ou de pluie serrée,
    j'arrive.

    J'arrive.

Je t'aime.

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MessageSujet: Re: De ciel en ciel [PV]   Mer 22 Fév - 21:36

.



T'entends la musique bizarre ?
L'affreuse petit musique...

C'était là, au fond, enfoui, tout en moi, bien au chaud. L'atroce vérité, pleine et cruelle, acide et brutale, qui allait jaillir et me tuer - nous tuer. Je ne la voyais pas encore dans toute sa lumière - comment aurais-je pu? Les mots assassins n'avaient pas encore franchi les lèvres de ma mère - mais je la sentais dans l'ombre, prête à tout ruiner, à tout broyer, d'un coup lent, sec, douloureux. Implacable. Je sus avant de savoir, je crois. Mes mains moites trahissaient mon angoisse et mes yeux la dévisageaient sans comprendre; la tension était palpable et je tremblais de comprendre. La chair, le sang, ces liens intouchables mais latents, sans doute, expliquaient cela, et je la sentais fragile, si fragile, alors qu'elle se tourna tout doucement vers moi...

– Lizlor, je…

Ma gorge était sèche. Maman avait mis une robe, une petite robe qu'elle mettait peu mais qu'elle aimait beaucoup, je le savais. Elle n'aimait pas s'habiller, comme moi, d'ailleurs. Les vêtements n'étaient que des bouts de tissu et leur première qualité étaient qu'ils soient confortables. Pour le reste... Pour le reste je me fichais de mon apparence; à l'inverse Maman s'en préoccupait trop, car elle n'aimait pas les regards insistants des hommes dans la rue, je l'avais compris à ces coups d’œil agacés. Maman était trop belle, tellement que c'en était hypnotisant. Je m'en fichais un peu, j'étais habituée, et c'était plaisant d'avoir une mère que les autres admiraient. Mais ce n'était pas ça le plus important.

Dehors le ciel était clair tout d'un coup, quelle ironie. Je voyais les cimes des arbres, et j'avais envie d'y courir, de m'enfouir et de me perdre dans l'épaisseur de la forêt.

Est-ce que Woodley allait nous donner des devoirs?

Maman s'était accroupie et me regardait, les mains posées sur mes épaules. Je n'osais pas la regarder, comme souvent. Je n'osais pas affronter la vérité que j'allais sûrement lire au fond de ses prunelles dures et sérieuses.

J'avais encore déchiré mon uniforme, tout à l'heure. Sans faire attention, je m'étais pris le bas de mon ourlet dans la poignée des dortoirs. Il y avait eu un petit crac de tissu qui se disloque et ça m'avait fait mal dans les dents - je détestais ce bruit, il me mettait mal à l'aise, un peu comme des ongles sur un tableau.

– Lizlor, papa est mort.

Lizlor, papa est mort, Lizlor, mort, Lizlor, il est mort, Lizlor, mort, Lizlor...Cette comptine assassine me hanterait encore longtemps.

Elle était arrivée; la déferlante mortelle qui emportait tout sur son passage. Elle nous avait englouties, noyées, dépassées, saccagées, et voilà, nos cœurs meurtris battaient ensemble à l'unisson, parce que c'était la seule chose qu'ils pouvaient faire, parce que le chagrin tue de l'intérieur mais nous laisse bien vivants pour en profiter.

Le temps d'une respiration - mes poumons se bloquèrent, accusant le coup - puis j'expirai fortement, sous le choc de cet ouragan. Un cri aigu s'échappa de ma gorge, un cri de douleur et de rage, un cri du plus profond de mes entrailles, là où siégeaient encore mon enfance et tous mes soyeux souvenirs, les cavalcades sur ses genoux, nos jeux avec Conrad, les blagues qu'il nous racontait quand on ne voulait pas dormir, sa voix grave et calme, ses réflexions rassurantes quand Maman n'était pas contente, ses petits gestes discrets, parce qu'il était toujours discret, ses petits gestes qui faisaient de lui le meilleur des pères. Quelqu'un les déchirait à la main, mes entrailles, quelqu'un me piétinait le corps et le coeur et un vacarme assourdissant avait pris naissance dans mes oreilles, et le son montait, montait... C'était le bruit du vent un soir d'orage, de la terreur d'une enfant cachée sous sa couette quand tombe l'orage, de la peur de l'abandon sur une route déserte, d'un monstre sous le lit, de tous mes pires cauchemars réunis, réunis dans un seul et même endroit : une tombe, fraîchement creusée, qu'on s'apprêtait à ensevelir pour l'éternité...

T'entends la musique qui chante
Cette musique qui me hante
Qui inlassablement redit
J'ai compris j'ai compris.
Il est mort, il est mort, d'accord;
Il est tombé par-dessus bord.


Je portai mes mains à mes oreilles et pressai mes paumes du plus fort que je pus alors que la colère s'emparait de moi, me faisant trembler toute entière. Je hurlai :

- C'est pas vrai !!

Je la fusillai du regard mais en réalité je la suppliai, elle, le ciel, la terre entière, tout le monde. Papa est mort... Papa est mort... Jamais alors je n'avais pesé l'atroce pouvoir des mots; trois mots, trois seuls petits mots et trois vies bouleversées.

- Tu mens !!

Mais déjà les larmes volaient mes yeux et je fermai mes paupières, très fort, pour tout oublier, pour me réveiller de ce cauchemar. En proie à une véritable crise de nerfs je sentis mes jambes bouger toute seule et piétiner sous ma chaise, tandis que j'étouffai mes cris derrière mes lèvres closes et que j'appuyai fort sur ma tête pour la faire exploser et arrêter de sentir cette souffrance, cette tristesse intense, qui glaçait mon sang comme un venin.

– Je suis désolée.

Alors, seulement, je compris.

Papa était mort. Papa était mort parce qu'il était malade, et depuis longtemps.

Cette maladie qui longtemps l'avait souffrir, nous avait fait souffrir, tous les quatre; cette maladie était réelle, et elle l'avait tuée. J'avais toujours cru que jamais cela n'arriverait. Que les mauvaises histoires ne nous arrivent pas, pas qu'on est une famille qui s'aime, pas quand Maman aime Papa, quand les deux enfants sont en bonne santé. Pas comme ça. Pas nous. Cette maladie que j'avais haï et maudite... Cette maladie qui était la cause de notre déménagement, de ma présence à Poudlard.

J'avais envie de vomir. Je rouvris les yeux, déjà à bout de souffle. C'était trop difficile pour que j'y parvienne... Cette douleur, elle était inimaginable et je me courbai déjà sous son poids dévastateur.

Maman pleurait. Il y avait des larmes sur ses joues et ses yeux brillaient, comme des diamants au fond d'une piscine. Ils étaient beaux et tristes. Mais son regard avait changé. Il me faisait peur. Avais-je déjà vu Maman pleurer? Pas comme ça, en tout cas. Cette vision m'hypnotisa et si j'avais survécu, difficilement, à la lame qu'on m'avait enfoncée dans la poitrine, cette deuxième atteinte m'acheva. Ma peine n'était pas seule, mais décuplée par les larmes de ma mère, par son désespoir qui avait envahi toute la pièce et qui s'incrustait dans notre peau - dans quelques heures, nous serions mortes, nous aussi. Vidées de tout air, de tout sang. Après tout, c'est comme ça que ça se fini, normalement, non? Les gens qui s'aiment meurent ensemble, sinon, ça fait trop mal. Pas vrai?...


- C'est pas juste, c'est pas juste...

Je gémis, tout doucement.

- Je veux voir Papa, la suppliai-je, mais je voyais flou. Je n'arrivais pas à trouver un quelconque sens à tout ça; il n'était pas mort, il ne pouvait pas être mort. On ne meurt pas quand on a des enfants.

Je glissai de la chaise, me débattant de son étreinte qui me faisait mal. Elle me serrait trop fort. Je glissai et tombai dans ses bras, tout contre elle, là où longtemps je rêvais qu'elle me serre, là où jamais je n'aurais voulu être si le prix à payer était cette perte incommensurable qui nous terrassait toutes les deux. Il faisait chaud au creux de ces bras et son odeur m'enveloppa toute entière, mais elle était un peu différente de d'habitude. Elle sentait les larmes, le sang et la détresse. Elle sentait la mort, la mort imprimée dans notre chair, à tout jamais. J'étais secouée de sanglots, tétanisée, incapable de faire un mouvement. Un pantin désarticulée que la vie venait de percuter en plein vol. Je sentais son coeur contre le mien, la douceur de sa peau, la bosse de sa poitrine et je fermai les yeux, m'imaginant me ratatiner, me recroqueviller, et rentrer à nouveau dans son ventre, là où il faisait bon et chaud et où rien ne pouvait arriver. Le goût du sang s'immisça dans le flou de mes pensées, je venais de mordre mon poing jusqu'au sang pour étouffer mes crises de désespoir, et les larmes inondaient mes joues à mon cou tandis que les sanglots soulevaient ma poitrine comme jamais je n'avais connu cela. Le chagrin à l'état pur, celui qui tue un petit peu, celui qui nous casse en deux, alors que le monde continue de tourner.


- Je veux voir Papa, sanglotai-je encore. Où était-il maintenant? Sans nous? Je ne voulais pas qu'il soit tout seul; j'étais prête à mourir avec lui si il le fallait, mais l'imaginer tout seul quelque part dans un endroit blanc et vide, tout seul, sans nous, oh non, jamais... Je veux lui dire que je l'aime, continuai-je malgré ma respiration saccadée, malgré mes larmes intarissables, malgré cette douleur lancinante...



Ce sera plus jamais l'été,
Il est mort, il est mort. D'accord.
Tes souvenirs et tes larmes,
C'est tout ce qui reste de lui.
C'est fini. Tu vois?
C'est fini.



.

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MessageSujet: Re: De ciel en ciel [PV]   Sam 25 Fév - 13:28

« Mon soleil ne crève plus les nuages
Il n'efface plus les maux qui me ravagent »











When she was home, she was a swan
When she was out, she was a tiger













Quand Melody était passée par cette fenêtre, Sara n'avait pas cru une seule seconde qu'on lui mentait sur sa mort. Peut-être parce que c'était Katie, peut-être parce que Broom lui-même n'avait pas nourri d'illusions. Elle se rappelait, combien elle avait été lucide ensuite. Comme tout s'était enchaîné, avec cette fluidité du temps si particulière, les événements venant s'ajouter aux événements, sa facilité à tout préparer, ses affaires, son départ avec la complicité de Rachel, le sommeil salvateur dans l'avion au moment où elle aurait pu prendre le temps de réfléchir. Elle n'avait pas pleuré – pas après avoir appris la nouvelle. Elle n'avait pas pleuré, jusqu'à ce que Katie la ramène. Alors maintenant – pourquoi ? Parce que, c'était cette même sensation. Ce vide à l'intérieur.







And a tiger in the wild
Is not tied to anyone






Quand Melody était passée de l'autre côté, elle n'avait rien senti, rien que des besoins physiques (hurler et vomir et briser et déchirer cette robe hideuse), et elle était partie parce qu'elle n'avait plus rien.
Maintenant, elle avait Lizlor. Elle pouvait sentir quelque chose. L'amour qu'elle avait pour sa fille. Voilà pour quoi elle pleurait – pour
qui.







When she was lost, she was a toad
The day I found her on the road






C'est comme ça qu'elle compris.







I gave her water and a rose
And as she stretched, the sun rose






Elle pouvait être forte. Elle avait une raison de l'être. Elle avait quelque chose à sentir. Ces mains qui s'accrochaient à elle, comme à une bouée après un naufrage.

– Je veux voir Papa… Je veux lui dire que je l'aime…
– Oh mon ange, il savait, parce qu'elle pouvait parler de lui au passé maintenant – il y avait longtemps qu'ils le savaient tous les deux.







When she was young, she was a cow
And all day long, she milked the stars






Elle pleura encore, parce que c'était comme ça que Aaron l'appelait toujours – mon ange. Parce qu'il ne voyait pas, mais il avait pourtant vu, prétendait-il, sa lumière, le jour où ils s'étaient rencontrés sur ce banc à Salem. Et c'était vrai, non ? Il savait toujours où elle se trouvait. Mais n'est-ce pas le cas de tous les gens qui s'aiment ?







She taught me women to survive
Must be unfaithful to their child







Sa mère et son père l'appelaient Sara, ma princesse – mais dans les bras d'Aaron elle se sentait comme une reine.







Of all the wonders of the world
She was a lady with a bird






Elle prit peur quand elle sentie Lizlor se débattre dans ses bras pour lui échapper. Elle savait qu'elle voudrait fuir – parce qu'elles étaient pareilles, au fond, effrayées et si violemment désespérées par l'envie d'être aimées – mais elle ne la laisserait pas. Elle avait fui. Où cela l'avait-il menée ? Nulle part. Elle avait seulement perdu quatre ans de sa vie. Elle n'avait laissé le temps à personne de la retenir, mais elle ne laisserait pas le temps à Lizlor de s'échapper. Même si elle ne la méritait pas.







She must have had so many lives
Was it the first, was it the last ?







– Je t'en prie, dit-elle, je t'en supplie, ne me laisse pas. Je suis désolée, Lizlor, je t'aime.

Elle les répéta, ces trois mots, ces trois autres petits mots fragiles qui se glisseraient peut-être dans les fissures de leurs cœurs brisés.







Go, go away…













« Ce soleil qui rallumait les restes de mes bougies
Se dit épuisé d'avoir trop brillé »

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    Et quand, demain ou bien plus tard, je serai poussière, nous serons poussières mêlées, nous ferons poussières communes.
    Et si nous ne sommes que des poussières d'hommes, il n'est de poussière qui ne retourne à la terre.
    Attends moi quelque part... ou même ailleurs.
    Par un matin calme ou une nuit noire,
    un jour de grand soleil
    ou de pluie serrée,
    j'arrive.

    J'arrive.

Je t'aime.

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MessageSujet: Re: De ciel en ciel [PV]   Lun 5 Mar - 0:53

A l'avenir, cette scène serait le point obscur d'un nouveau départ. Plusieurs fois je l'effacerai de mon esprit, plusieurs fois je fuirais ces souvenirs atroces qui me courbaient sous un poids trop lourd pour la petite enfant que j'étais encore - que j'avais toujours été. Mais, à chaque fois, comme une vieille rengaine de mon passé, ces mots, ces larmes, ces odeurs, cette lumière si particulière à travers les fenêtres de son bureau, tout cela me reviendrait en plein visage comme un boomerang. Conrad et moi adorions jouer avec son vieux boomerang en bois. Une fois sur deux, il ne revenait jamais, et c'était d'ailleurs les meilleurs moments : nous nous lancions dans les broussailles tels des aventuriers, à la recherche du vieux boomerang en bois usé. Parfois, nous le lancions bien, et l'objet dans le ciel tournait, tournait; nos yeux se plissaient, éblouis de clarté mais désireux de ne rien rater de cette course folle, puis au sommet de la parabole les pales se faisaient plus nettes et doucement, le boomerang décrivait un arc de cercle, et semblait reprendre de la vitesse dans sa descente. A cet instant il y avait toujours un petit quelque chose qui s'animait dans mon ventre l'excitation qu'il revienne, allions-nous le rattraper, ou pas?! Cela faisait toujours un peu peur aussi, car comme Maman aimait à la rappeler, cela pouvait être dangereux. Le plus souvent nous le rattrapions tous les deux, avec la fierté du devoir accompli. Et le jeu recommençait.

Aujourd'hui, il n'y avait plus de jeux. Il n'y avait plus rien.

Je m'étais toujours demandé ce qui se passait "après", imaginant la mort dans ses habits de faucheuse, ressentant presque le geste lent et étrangement silencieux de sa serpe. L'imagination de l'enfant que j'étais prenait dès lors diverses directions, toutes plus différentes et farfelues les unes que les autres. Le Paradis prenait bien des formes, mais j'envisageais le vide aussi, le néant, la poussière. Tout ça pouvait avoir un sens comme absolument aucun. Naître et disparaître, point. Naître pour rien, dans la douleur, souffrir et mourir. Étrange constat. Naître et renaître? Pour qui, pour quoi? Et tous ceux que nous aimions, tous ceux pour qui nous vivions? Que devenaient-ils? Restaient-ils avec nous? Même dans le néant? Mais comment, comment était-ce possible?

Il me manquait déjà, il me manquait déjà tellement. J'avais un nœud au ventre, et l'impression tenace que la moitié de chair que je lui devais, qui lui appartenait, était morte avec lui.


– Oh mon ange, il savait, murmura-t-elle de sa voix chargée de sanglots.

Dans un geste de refus je secouai la tête; non, non! Il ne le savait pas. Il ne le savait pas parce que j'étais une idiote, une pauvre petite sotte qui ruminait ses idées noires dans son coins et en voulait à la terre entière sans réfléchir un instant. La stupidité de toutes mes actions m'apparaissait clairement. Cela faisait quatre ans que j'étais désagréable, que je me renfermais sur moi-même, que je pleurais ma peine en secret et que je la pansais en étant méchante et insolente. Ce que Papa savait, et j'en étais certaine, c'était combien j'étais malheureuse d'avoir quitté l'Oregon, combien je lui en voulais d'être malade, combien j'en avais assez que tout tourne autour de sa maladie, parce qu'elle dictait nos vies et entravait la mienne. Avec Maman, nos affrontements avaient toujours été plus directs parce qu'elle savait qui j'étais réellement, une sale petite fille égoïste et insupportable. Tout de suite, cela avait cassé, et rien ne s'était lié, depuis au moins quatre ans. Papa, j'avais toujours été sa petite dernière, sa petite fille, seule et unique, et il m'avait toujours considérée à l'égal de Conrad - ce que Maman ne faisait pas. J'avais tourné le dos à mon propre père, celui-là même qui me voyait comme j'aurais aimé que ma mère me voit. J'avais repoussé sciemment son amour et m'étais contentée de le bouder, alors qu'il était si fort, alors qu'il était le plus fort d'entre nous, et le plus à plaindre. J'étais un monstre. Je m'en voulais, à en hurler.

Et je m'en voudrai, longtemps. Je m'en voudrai toujours, à vrai dire. Mais le temps dépose sur nos blessures les feuilles mortes des années qui défilent.


– Je t'en prie, je t'en supplie, ne me laisse pas. Je suis désolée, Lizlor, je t'aime.

Dans la tourmente de nos sanglots, il y eut comme une éclaircie soudaine. Alors que les flots m'enserraient toute entière et que ma gorge était pleine de larmes salées, que je luttais pour ne pas couler et qu'il me semblait déverser plus d'eau que l'océan pouvait en contenir, soudain, ce fut comme si j'avais donné un coup de pied tout au fond et qu'il me donnait assez d'énergie pour remonter à la surface et aspirer une grande goulée d'air. Interdite, je m'arrachai un instant de ses bras, où je sanglotais à en crever, me rendant seulement compte que je serrais le tissu de sa robe, sa peau, entre mes doigts, que j'avais inondé son épaule, prostrée contre elle, cherchant l'ultime refuge. Je me redressai. J'avais le souffle coupé, et l'étrange impression d'avoir rêvé. Ses yeux noyés de larmes me regardaient, droit, et pour la première fois j'y vis ce regard aimant, j'y vis tout son chagrin aussi, mais la lueur maternelle que j'avais tant cherché, en vain. Je respirai mal et j'avais toujours la poitrine secouée de chagrin, mais je ne pus m'empêcher : elle venait de m'offrir la branche à laquelle je pouvais me raccrocher.

Je posai mes deux mains à plat, des chaque côté de son visage. Sa peau était douce, chaude et humide de toute cette tristesse. Ses yeux, semblables à deux diamants gris, étincelaient de petites larmes d'or. Même ravagée par le malheur elle était belle, de cette beauté hypnotisante et brillante. Sa bouche tremblait, et déformée ainsi elle ressemblait à la mienne quand je boudais - ce constat me laissa perplexe. Ses cheveux soyeux semblaient tissés de fils d'or, mais il me semblait qu'aujourd'hui ils resplendissaient moins. Comme s'ils étaient en deuil.

Je t'aime.

Nos nez se touchaient presque. Quand j'étais petite, elle me faisait des bisous esquimaux, le soir pour me dire bonne nuit.

Mais je n'étais plus petite.

C'était elle et moi et si elle était ma mère je n'étais plus une enfant; je restai un long moment en silence, méditant ce qu'elle venait de dire, mesurant la sincérité de ses propos dans la façon dont elle me couvait du regard.

Je t'aime.

Je puisai de nouvelles forces dans ce regard, le premier depuis longtemps, il me semblait. Se pouvait-il... Se pouvait-il? Elle avait soudain ce visage d'une mère qui donnerait tout pour ses petits, d'une mère pour qui rien de plus ne peut compter. Jamais je n'avais cru qu'elle me considérait ainsi. Aujourd'hui, alors que je vivais les heures les plus sombres de mon existence, je ne pus m'empêcher de me sentir heureuse, intensément et immensément heureuse : elle m'aimait. La vie allait être différente à présent.

Je passai mes mains sur ses joues dans l'espoir d'y chasser les larmes, mais c'était peine perdue : elle comme moi nous pleurions, à cette perte insoutenable, à ce vide dans notre vie.


- Mais regarde, les gens ne savent pas forcément quand on les aime, repris-je la gorge serrée, secouée de sanglots. Je n'en avais rien su... Comment pouvais-je être sûre que Papa avait compris combien je l'aimais? Cette question me hantait, et je m'enfouis les yeux derrière mes mains, me reblotissant contre elle.

C'était étrange de constater l'habit inattendu que revêtait une telle tragédie : dans le pire moment je trouvais un soleil que je n'espérais plus, et moi qui croyais souffrir à tout jamais, broyée par cette machine implacable qu'était le chagrin, malgré les soubresauts de mon corps et les larmes qui s'écoulaient, au fond de moi...

... Il n'y avait plus rien. Seulement le vide. Et c'était sans doute la chose la plus effrayante qui soit.

Je me sentais vide et creuse et seule, irrémédiablement seule. Maman avait beau être là avec moi, j'avais beau mesurer enfin son amour, j'avais beau penser à Conrad, ma chair et mon sang, nous avions beau être unis, tous ensemble, nous étions tous, les uns comme les autres, seuls. Et à cela il n'y avait rien à faire : c'était humain. C'était une condamnation. La solitude. L'effroyable solitude. Le néant. La nuit. Et j'étais seule.

- Je ne te laisse pas, murmurai-je faiblement. J'avais tellement à lui dire, tellement à lui faire comprendre. J'avais besoin qu'elle se rende compte, mais quelque chose au fond de moi m'interdisait... Et pourtant... Et pourtant si j'avais perdu mon père aujourd'hui il me semblait que j'avais gagné ma mère; n'était-ce pas le plus beau cadeau qu'il pouvait me faire en partant?...

J'enfouis mon visage dans son cou à cette idée. Ces mots, "en partant", me faisaient mal, si mal. Je gémis, sentant mes peurs redoubler. Je ne voulais pas dire ça, surtout pas...

- Je voudrais que ce soit moi. Je murmurai et je restai cachée dans son cou, mais je ne pouvais m'empêcher de bredouiller. Je voudrais être partie à sa place, je voudrais que vous ne soyez pas tristes, toi et Conrad, je voudrais que vous soyez heureux tous les trois avec Papa, parce que je vous aime, et que je ne veux pas vous voir malheureux... Je voudrais que ce soit moi...

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MessageSujet: Re: De ciel en ciel [PV]   Mer 7 Mar - 14:40

« Une nuit j'ai brûlé la maison que j'aimais
Elle illumina un cercle parfait
Dans lequel je vis des herbes et de la pierre
Au délà – rien du tout. »










Elle ne pouvait pas savoir ce que Lizlor était en train de vivre. Elle n'avait pas perdu son père et… à vrai dire elle ne savait pas ce qu'elle ressentirait le cas échéant. Quand on en venait à ses parents, tout se résumait à des faux semblants et à donner la meilleure impression. Pleurerait-elle ? Oui, assurément. Mais cette douleur déchirante, qui vous ronge de l'intérieur, qui vous brûle, vous dévore vivante, la sentirait-elle ? Elle s'imagina un instant dans la situation de Lizlor : sa mère venait la chercher et lui annonçait, après l'avoir soigneusement enfermée dans son petit bureau étriqué, synonyme de pouvoir et d'une distance que jamais elles ne pourraient réduire, que son père était mort. Comme ça, voilà.

… Mais non ; si son père était mort et avait laissé sa mère seule, ses enfants auraient été la dernière de ses priorités. Car elle n'était peut-être pas une femme très tendre – bien que tout le monde dise le contraire – mais s'il y avait une chose dont Sara était certaine, c'était que sa mère aimait son père. C'était tout le problème en fait, pas vrai ? Ils s'aimaient tant, tous les deux, qu'il n'y avait plus de place dans leur cœur pour y accueillir une tierce personne. Peu importe combien elle avait essayé.






I am my mother's only one
It's enough





– Mais regarde, sanglota Lizlor dans ses bras, ses mains pressées de chaque côté de son visage, comme si elle voulait qu'elle la regarde – et elle la regardait, elle était tout ce sur quoi elle pouvait encore lever les yeux, sa dernière lumière dans les ténèbres. Les gens ne savent pas forcément quand on les aime.







I wear my garment so it shows
Now you know






Bien sûr, elle aimait Aaron – mon dieu, elle l'aimait. Songer qu'il ne serait plus là, désormais, était si douloureux qu'elle avait du mal à respirer. Elle avait eu d'autres hommes dans sa vie, mais elle savait qu'elle ne retrouverait jamais quelqu'un comme lui. Les autres lui avaient fait du bien, ou bien ils lui avaient fait du mal, parfois les deux, et ils avaient compté, sans doute, mais Aaron… Aaron était ça, ce quelque chose qui lui avait toujours manqué. Aaron était tout. Tout ce qu'elle voulait, tout ce dont elle avait besoin.

Lui, Conrad, et Lizlor.






Sa mère et son père avait eu quatre enfants parce qu'ils aiment les chantiers ; mais sitôt l'enfant sorti, la construction était considérée achevée, le projet, mené à terme.

Sara avait eu deux enfants et ses deux grossesses l'avaient terrifiée : mais quand elle avait vu ses bébés, toute crainte s'était envolée, car elle avait senti qu'avec eux, sa vie serait, enfin, complète.




















L'accusation l'atteignit de plein fouet.

– Je suis désolée, répéta-t-elle, se sentant misérable.

Ne savait-elle pas ? Il fallait bien qu'elle l'aime, pour supporter encore de la regarder à cet instant, parce qu'elle lui faisait tant penser à lui, avec ses mèches flamboyantes et sa manie de danser d'un pied sur l'autre quand elle s'ennuyait, et ses yeux qui, lorsqu'elle riait – lorsqu'il riait vraiment, sincèrement –, se baissaient instantanément au sol, comme s'il était gêné d'être pris en flagrant délit d'être heureux…

Et elle savait, elle savait que Lizlor devait être en train de se repasser tout ça, tous ces moments passés, perdus, mais elle ne pouvait pas.


























– Je ne te laisse pas.




























(C'était si égoïste, si lâche, et si… pathétique, vraiment, mais la vérité était qu'elle avait besoin de ses enfants parce qu'ils avaient besoin d'elle. Elle avait besoin de se sentir indispensable.)


















– Je voudrais que ce soit moi… dit encore Lizlor dans le creux de son cou.Je voudrais être partie à sa place, je voudrais que vous ne soyez pas tristes, toi et Conrad, je voudrais que vous soyez heureux tous les trois avec Papa, parce que je vous aime, et que je ne veux pas vous voir malheureux… Je voudrais que ce soit moi… répéta-t-elle comme si, en le répétant, elle pouvait changer les choses.

Sara se contenta de lui caresser les cheveux. Ils avaient beau être un peu emmêlés, ils étaient aussi longs et soyeux que quand elle était toute petite. Sara avait toujours aimé la coiffer.


Quelques minutes passèrent en silence.






Only love is all maroon





– Avant ta naissance, murmura-t-elle, ton père, ton frère et moi… nous étions heureux, Lizlor. Je ne dirai jamais le contraire. Mais… nous savions qu'il manquait quelque chose. Et quand tu es née, nous avons su… que c'était toi. Tu étais ce qui nous manquait pour que notre vie soit parfaite.






Gluey feathers on a flume





Elle eut un petit rire étranglé, parce que l'image de la naissance de sa fille lui revenait, Conrad et Aaron les entourant toutes les deux et jamais, jamais ce souvenir ne pourrait lui procurer autre chose que du bonheur, même avec la présence douloureuse d'Aaron à son chevet.






Sky is womb and she's the moon





– Tu étais si petite, et si fragile, et pourtant tu nous tenais déjà tous dans le creux de la main ! Nous avons compris que nous n'avions jamais été vraiment au complet sans toi, et que nous n'aurions jamais pu être parfaitement heureux si tu n'étais pas arrivée.
Tu es tout ce que nous avons, Lizzie.











« Je navigue à présent de ciel en ciel
Et tous les signes des ténèbres
Contre le bateau que j'ai construit
D'ailes mutilées »

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    Et si nous ne sommes que des poussières d'hommes, il n'est de poussière qui ne retourne à la terre.
    Attends moi quelque part... ou même ailleurs.
    Par un matin calme ou une nuit noire,
    un jour de grand soleil
    ou de pluie serrée,
    j'arrive.

    J'arrive.

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MessageSujet: Re: De ciel en ciel [PV]   Lun 26 Mar - 23:48


A family seems exactly like an archipelago.
All part of the same whole, but still


separate
and alone

and always drifting slowly

apart.


Ces mots-étaient inespérés. Ces mots-, je ne les attendais plus. Les avais-je déjà attendus? Peut-être petite, en revenant des longues après-midi chez Katie. Katie et ses bras réconfortants, Katie et ses attentions délicates et apparemment inutiles mais qui comptaient tellement, tellement pour moi. Katie est ses goûters délicieux - la bonne odeur de sa cuisine emplissait tout naturellement mes narines lorsque j'y repensais. Katie et sa voix douce - sa voix de maman. Katie et ses regards sur moi même quand je ne le savais pas - parce que je savais qu'elle était là, toujours, qu'elle veillait. Katie et ses mots doux lorsque elle devinait avant moi ce qui n'allait pas. Katie et ses tentatives toujours délicates, toujours tellement appropriées, pour me réconforter, pour m'expliquer que tout irait mieux. Ces soirs-là, je rentrais le coeur lourd mais l'humeur légère d'avoir tant ri et oublié, l'espace de quelques heures, mes tracas quotidiens. Mais la simple perspective de quitter Katie et de me dire que ces heures étaient déjà derrière moi assombrissait mes pensées, et je redevenais vite celle que j'avais toujours été, la petite gamine bougonne et mal lunée, les poings fourrés dans son short trop grand, les yeux baissés sous mes sourcils froncés. Mes yeux baissés ne reflétaient que la colère, mais en vérité ils se cachaient pour maintenir cette tristesse sourde et déchirante, pour éviter qu'elle ne me gagne complètement et m'aveugle.

Je n'avais jamais été, je crois, véritablement heureuse.

J'y avais cru, en tout cas. J'y avais cru, alors que le soleil de l'Oregon semblait ne jamais se coucher et que coulait le long de mon enfance des jours paisibles, ces moments d'insouciance dont on ne prend conscience qu'après, quand on n'est plus jamais capable de connaître un tel sentiment. La prise de conscience, plus que tout, fermait à jamais le sceau de nos souvenirs. Fini. Révolu. Aussi douloureux que cela me soit de m'en rendre compte, je savais, hélas, ce que j'avais perdu. Et aujourd'hui, que me restait-il?

Un cœur en lambeaux de n'avoir pas été aimée comme je le pensais, un cœur brisé par la perte de celui qui l'avait conçu, un cœur fragile de ce renouveau que je devinais à peine, dans le bleu-gris des yeux de Maman, de celle pour qui j'aurais tant aimé compté plus que tout. De celle qui aujourd'hui, pour la première fois, me révélait des choses -
ces mots-là - qui m'auraient sauvée, sans doute, dits plus tôt. Qui me sauveraient, sûrement, alors qu'une aube sans soleil et sans espoir naissait sur nos vies.


– Je suis désolée, dit-elle. Ses yeux ne regardaient que moi, mes yeux ne la quittaient pas. Ne la quittaient plus. En pleurant elle avait laissé tomber son voile austère et froid; si ses sourcils étaient crispés ils l'étaient de chagrin et non pas de ce pli sévère qu'elle avait à chaque fois qu'elle me regardait, parce qu'elle me regardait uniquement pour me réprimander ou désapprouver ma conduite. En pleurant comme moi, elle était moi et j'étais elle : son visage contre le mien me paraissait plus proche que jamais et j'aurais pu perdre de vue mes mains étalées sur ses joues, parce que ma peau était la sienne, ma chair était la sienne, le même sang battait dans nos veines. Harassée après un interminable périple si loin de chez moi je ressentais, enfin, la satisfaction ultime du pèlerin qui revient au foyer.
J'étais rentrée à la maison.


- Maman, murmurai-je tout bas, malgré ma gorge nouée de larmes. Cette saveur était toute nouvelle, et belle surtout, belle, belle, au milieu de tout ce noir, de ce trou sans fond qui m'aspirait petit à petit. C'était la petite étincelle qui sublime le tout, l'ultime éclat avant la chute, qui imprégnait ma pupille d'une clarté sans pareil.

Revenir au foyer n'était pas le plus aisé, mais ce qui l'était encore moins, c'était de voir que sous ce toit régnaient seulement des cendres et des souvenirs, des images ternies de notre vie passée. Plus rien ne serait jamais comme avant.
Papa était mort.

Je plissai les yeux et m'enfouis de nouveau tout contre elle, espérant une nouvelle fois rentrer dans son ventre et tout oublier, renaître, n'être que cette petite gamine blonde un peu ronchonne, ne me souvenir de rien, espérer encore, rire encore, croire encore, et, surtout, ne pas prendre conscience. Ne pas prendre conscience de ce qu'était la mort et pire encore, de ce qu'était la vie.

Conrad, loin de nous, le savait-il? Je crevais de l'imaginer apprendre la nouvelle à des kilomètres de là, de l'imaginer pleurer - oh ! Cette image était insoutenable -, de l'imaginer ressentir la même brûlure que celle qui imprégnait ma chair, car comme moi, il perdait la moitié de lui, la moitié de ses origines. Il n'avait sûrement pas autant de choses à se reprocher que moi, mais une telle douleur se passait de comparaison : elle atomisait tout. Chacun souffrait à sa manière, et cette différence n'enlevait en rien l'effroyable intensité de notre peine. Nous allions tous avoir besoin les uns des autres pour tenter de reconstruire ce foyer démoli, ce foyer orphelin, mais en aurions-nous la force? Je savais que Conrad l'avait, ce courage, parce qu'il donnerait tout pour Maman et moi. Avant ce jour, j'aurais également cru sans faillir un instant que Maman serait le vent de poupe qui guiderait notre navire, parce qu'elle était forte et dure et infaillible, qu'elle était celle qui dirigeait tout, à Poudlard, chez nous, partout, tout le temps. Mais aujourd'hui, j'avais peur, et je me sentis tressaillir à cette idée, entre deux sanglots : je lisais dans le fond de ses prunelles combien elle avait peur elle aussi, combien elle avait mal et surtout combien elle était fragile, et j'ignorais réellement si elle n'allait pas trembler, comme moi, si elle n'allait pas tanguer sur ce filin soudainement tendu sous nos pieds.


– Avant ta naissance, ton père, ton frère et moi… nous étions heureux, Lizlor. Je ne dirai jamais le contraire. Mais… nous savions qu'il manquait quelque chose. Et quand tu es née, nous avons su… que c'était toi. Tu étais ce qui nous manquait pour que notre vie soit parfaite.

J'étais épuisée, à bout de forces. Les larmes avaient eu raison de moi, ainsi que la tourmente de mes émotions. Je fermai les yeux, me laissant bercer par le son de sa voix, par ces mots qui seuls pouvaient apaiser un petit peu l'acidité de mes plaies. Elle caressait mes cheveux et c'était comme dans mes rêves : quand le soir en rentrant de chez Katie je m'imaginais que ma mère était comme Katie, qu'elle me serrait contre elle au soleil et me câlinait tendrement.

– Tu étais si petite, et si fragile, et pourtant tu nous tenais déjà tous dans le creux de la main !

J'eus un petit soupir, n'ayant pas assez de forces ni de volonté pour rire.

- Nous avons compris que nous n'avions jamais été vraiment au complet sans toi, et que nous n'aurions jamais pu être parfaitement heureux si tu n'étais pas arrivée. Tu es tout ce que nous avons, Lizzie.

Une mort ne pouvait décemment pas s'accompagner d'une renaissance et pourtant c'était ce que je pressentais, tout au fond de moi. Des germes d'une nouvelle vie. La mienne était morte avec lui. Nous étions tous morts avec lui. Il n'appartenait plus qu'à nous de tenter de refaire surface... Mais comment?! Je restai, inerte, dans ses bras. La lassitude m'envahissait peu à peu, et si mes larmes ne voulaient pas tarir, mon cœur était sec, tout sec, recroquevillé quelque part sous ma chair meurtrie.

- Je ne veux plus qu'on se dispute,
bredouillai-je faiblement. Fautive, je ne pouvais essayer qu'une chose : me racheter, tant bien que mal, essayer de faire pencher la balance, déjà bien déséquilibrée. Tu crois qu'il est où maintenant? osai-je timidement, taraudée par le vide, par le rien - comment Papa pouvait avoir disparu, réellement disparu?! Il n'aime pas qu'on se dispute, répétai-je, un peu hébétée. Non, je ne voulais plus lui faire subir cela, je voyais son visage quand j'étais méchante ou quand Maman se fâchait. Les coins de sa bouche s'affaissaient très légèrement, comme si il était triste.

"Il n'aimait pas", corrigea une petite voix dans ma tête. Je poussai un soupir et nouai mes mains derrière sa nuque. Son cou était chaud et sentait bon, et je trouvais enfin dans ces bras ce refuge pour lequel j'avais tant erré.

_________________

So here's my confession, this time
Don't just want you to love me
I want to be your obsession




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