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Comme souffle le vent [pv Margaret] Terminé

 
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 Comme souffle le vent [pv Margaret] Terminé

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Scarlett Dawbson
Élève de 6ème année



Féminin
Nombre de messages : 1123
Localisation : Probablement en train de dessiner quelque part dans le parc, ou sur le pont
Date d'inscription : 20/10/2009
Célébrité : Kathryn Prescott

Feuille de personnage
Particularités: Mes cheveux rouges, c'est ce que les gens remarquent en premier. Pour le reste... Cela ne regarde que moi.
Ami(e)s: Haruhi, Ophelia, Rose
Âme soeur: Into the stormy sea, will you remember me ?

MessageSujet: Comme souffle le vent [pv Margaret] Terminé   Ven 14 Oct - 13:50


On dit que l'eau coule sous les ponts. On dit aussi que le temps guérit les blessures. Étais-je la seule pour qui les lois physiques ne semblaient pas exister? Si l'eau coulait à mes pieds elle emportait tout sauf mon chagrin, quand au temps, il pouvait bien passer, rien ne changeait à part lui, si ce n'est que mes souvenirs semblaient se flouter un peu plus de jour en jour, et j'avais envie d'en pleurer. Alors je les redessinais tous les jours dans ma tête, pour ne pas les oublier, pour ne pas en perdre une miette. Les mauvais en revanche s'imprimaient avec beaucoup plus de ténacité, mais je ne pensais jamais à eux, dans l'espoir qu'ils disparaissent au plus vite et laissent la place à ceux qui comptaient vraiment.

Il n'y avait pas que moi dans cette galère. J'avais l'impression que les esprits avaient changé, autour de moi. Les gens avaient eu très peur, et le château était passé du côté obscur de la force. Moi dans tout ça je n'avais fait que subir, parce qu'à vrai dire cette lutte me dépassait. J'étais directement touchée pourtant, mais je n'arrivais pas à embrasser la cause à bras le corps, car ces motifs me semblaient stupides et puérils. Est-ce que les deux camps s’opposaient sérieusement à cause d'une histoire de sang? A cause du fait qu'il y ait des Moldus dans leurs ancêtres ou pas? Je me demandais bien comment ils auraient survécu sans eux, tiens. Et puis, Poudlard était la preuve vivante que les enfants de Moldus avaient tout autant de pouvoirs que les sorciers depuis des générations, non? Je n'y comprenais vraiment pas grand chose.

Ce que je comprenais, c'est que ceux qui n'avaient pas la chance d'être issus d'une famille de la "noblesse" sorcière s'en tirait encore avec coups et blessures, et que finalement, c'était toujours sur les mêmes que ça retombait. Pour le reste, je n'avais pas cherché plus loin. J'avais continué en silence et je m'étais occupée de ceux qui en avaient besoin. Je n'avais pas été blessée, moi; alors que dans mes meilleures amies je comptais deux victimes, et ça avait été un véritable combat de tous les jours d'être là pour elles. J'avais eu beaucoup de peine pour Taylord, qui n'avait pas non plus eu une vie toute rose, et qui s'était prise une nouvelle claque dans la figure. De même pour Haruhi - et rien que d'y penser j'en avais des frissons. Elle avait été tellement, tellement fragilisée par tout ça. Elle gardait la tête haute pour moi, je le voyais bien, mais son regard ne trompait qu'elle, et j'avais le cœur qui se morcelait un peu plus à chaque fois que je captais toute la douleur qu'elle contenait bien au chaud en elle. Je faisais pareil, elle ne pouvait pas me la cacher.

Le seul point positif à cette histoire - si tant est qu'il y en ait un - était que j'avais découvert en moi des choses dont je ne soupçonnais pas l'existence. J'étais plutôt sans dessus-dessous depuis que j'avais retrouvé ma mère, car après 13 ans d'absence et de manque, il est toujours difficile de combler un vide sans avoir des petits problèmes d'acclimatations. Combien de matins m'étais-je réveillée en croyant que son retour, je l'avais rêvé? Combien de questions je m'étais posées, combien de fois j'avais douté de sa parole? A peu près autant de fois que j'avais ris ou pleuré de joie sous mes draps en réalisant que j'avais une mère, de nouveau. Maman. Ce mot-là, j'étais persuadée qu'il ne franchirait jamais mes lèvres. C'était une fatalité, c'était comme ça. La vie. Et voilà j'allais pouvoir le dire à loisir! Tout était si étrangement fait... En tout cas, alors qu'à Poudlard nous vivions une situation très peu fréquentable, dans les pires moments, quand Haruhi allait mal, quand je ne savais pas quoi faire, quand j'avais besoin de conseil, quand j'avais peur mais que je ne voulais pas inquiéter d'avantage ma meilleure amie, quand j'avais juste besoin de confort, c'était vers ma mère, Margaret Winter, qu'allaient mes pensées, c'était elle dont j'avais besoin, celle à qui j'avais envie de parler. Elle m'était apparue comme une évidence, et cela avait été la première fois que j'avais réellement ressenti notre lien, notre attachement naturel, viscéral. Je lui avais écrit beaucoup de lettres, depuis ce moment. Et je m'étais retrouvée, comme tous les autres, pour la première fois, à attendre chaque matin un petit hibou gris aux yeux ronds et bleus qui m'apportait du courrier depuis Pré-au-Lard...

Ce village sorcier, je le connaissais sur le bout des doigts à présent. Mais je n'avais pas encore eu l'occasion de m'y rendre à cause de la présence des Mangemorts à Poudlard...

La journée ressemblait en tous points à une parfaite journée d'automne. L'air était frais et sec, et quand je soufflais, il y avait de la buée qui sortait de ma bouche, même à travers les mailles de mon écharpe. Pourtant le soleil était présent, juste derrière la couche de nuage toute cotonneuse, qui conférait au ciel une intense couleur blanche presque aveuglante. Je devais plisser les yeux sous cette luminosité. Un peu partout les feuilles voletaient, les feuilles rougies qui tombaient peut à peu des arbres, et j'avais l'impression que nous étions enveloppés dans un éventail de couleurs ocres, rouilles, brunes; j'avais une furieuse envie de peindre la petite rue en effervescence sur fond de teintes automnales. Mais je ne venais pas ici pour flâner - et d'ailleurs mon sac commençait à me peser - je venais, pour la première fois, passer les vacances de la Toussaint chez ma mère, quelque chose que je n'avais pu réaliser seulement dans mes rêves auparavant. Je n'aimais pas le monde de la sorcellerie, mais en ce samedi matin, Pré-au-Lard me paraissait soudain le plus merveilleux des endroits. Il y avait un peu de vent qui faisaient voler les feuilles mortes. L'une d'entre elle passa juste devant moi avant d'être happée vers le haut et de errer un peu dans les airs, au gré du vent. Je m'identifiai à elle alors qu'elle s'envolait plus haut, or de portée de ma vue; j'étais une petite feuille rouge d'automne et je me laissais transporter, sans opposer de résistance, et ces petits vagabondages que je faisais dans les courants d'air n'étaient rien d'autre que l'hésitation de mes sentiments. Je ne savais pas si j'étais triste, heureuse, dévastée, anxieuse, mais je me sentais juste légère, légère, comme une petite feuille que le tourbillon de la vie emmenait sur son passage.

Je m'étais habillée avec soin ce matin, et cela faisait bien longtemps que j'avais pas senti ce petit sentiment d'excitation au moment de choisir mes vêtements : je voulais plaire. la dernière fois, cela avait dû être pour Kelsy, sans doute. Mais aujourd'hui je voulais faire bonne impression, je voulais que ma mère me trouve jolie, je voulais qu'elle soit fière de moi, je voulais lui plaire de toutes les manières possibles, même si une partie de moi me chuchotait à l'oreille que ce n'était pas mes habits qui allaient changer quelque chose. Si je ne lui plaisais pas telle que j'étais, je ne pouvais rien y faire. J'avais mis mes collants en laine noire, mes ballerines vernies noires, et une robe bordeaux, serrée à la taille, un peu volante, qui s'arrêtait au genou. J'avais mis ma cape et mon écharpe de Gryffondor, par habitude, et ce n'est que dans la rue que je m'étais rendue compte que j'étais en vacances et que je pouvais m'habiller en civil comme bon me semblait. Cette constatation m'avait fait une sensation étrange : c'était comme si je m'habituais petit à petit à ma condition de sorcière.

Que dire, que faire? C'était la première fois que j'allais passer des vacances chez ma mère, et j'étais toute stressée, n'ayant absolument aucune idée de comment me comporter, de quoi dire, de quoi faire. Je ne me sentais pas à l'aise, encore, mais j'avais une monstrueuse envie que tout se déroule parfaitement bien. J'avais beau me forcer à ne pas y penser, ces vacances étaient celles dont j'avais toujours rêvé. Imaginer qu'elles allaient mal se passer me fendait le cœur.

J'étais arrivée devant la porte, juste à côté de la librairie, qui menait à sa maison. Je toquai, nerveusement. Mon coeur cognait dans ma poitrine. Je ne l'avais pas revue depuis l'histoire des Mangemorts, depuis nos lettres. Depuis si longtemps! Peut-être qu'elle m'avait oubliée? Que notre première rencontre ne l'avait pas travaillée plus que ça?

La porte s'ouvrit et je restais prostrée, figée, incapable de bouger. Elle était devant moi et j'étais tétanisée, j'avais envie de me jeter dans ses bras mais je ne pouvais pas, j'avais envie de m'enfuir en courant mais je ne pouvais pas, j'avais envie de pleurer mais je ne pouvais pas. Une boule avait obstrué ma gorge. Après de longues secondes de silence, je finis par sortir un petit paquet de sous ma cape et le tendre vers elle, les bras tendus, comme si j'imposais une distance entre nous.


- C'est... C'est pour toi, dis-je d'une voix blanche. C'était une boîte de chocolats, pour la remercier de me recevoir chez elle. Mais pour l'instant, une intense terreur s'était emparée de moi et j'avais envie de n'être pas plus visible qu'un petit chocolat bien au chaud dans sa boîte dorée.

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Dernière édition par Scarlett Dawbson le Mar 17 Jan - 21:53, édité 1 fois
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Margaret Winter
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MessageSujet: Re: Comme souffle le vent [pv Margaret] Terminé   Lun 17 Oct - 20:40

♥ I'LL STAND BY YOU♥


Le temps était une entité étrange, et si on ne pouvait le contrôler, nos ressentis influençaient son déroulement. L’éternité me semblait s’être déroulée depuis la fois où je l’avais vue. Si nous n’avions cessé de nous écrire, de coucher nos sentiments sur le papier, son sourire, son regard, ses mains d’enfant, tout en elle me manquait. En son absence, j’avais tremblé pour elle, je n’ignorais pas que les Mangemorts avaient pénétré dans Poudlard pourtant réputé pour être un bastion infranchissable, et les règles étaient claires, impossible de sortir de l’enceinte du château, comme des prisonniers. Je craignais chaque jour qu’il lui arrive quelque chose, je n’étais jamais pleinement rassurée, et même si je savais que là-bas, elle pouvait compter sur son entourage, je ne rêvais que d’une chose : braver les règles et la retrouver, la serrer dans mes bras et lui dire que j’étais là. Malheureusement, cela relevait du fantasme, je savais ce qu’il adviendrait de moi si je le tentais.

L’idée de la revoir devenait une obsession, et je savais qu’il le fallait, sans elle, je n’étais pas entière. Elle venait pour les vacances. Si l’idée de passer quinze jours avec elle me ravissait, je sentais bien ce poids qui m’obstruait la gorge. J’avais peur de la décevoir, de ne pas me montrer comme il le fallait Peur de faire un faux pas et de repartir à la case départ. . Je supposais que c’était ça d’être mère ; sans cesse s’interroger et tenter de faire de son mieux. Je voulais être la meilleure mère possible pour elle, et surtout éviter qu’une distance étrange ne nous sépare. Je savais évidemment qu’il n’était pas possible de faire comme si ces quatorze ans n’avaient pas existé, mais nous allions écrire de nouvelles pages de notre histoire, à deux.

C’était également la première fois qu’elle découvrait mon monde, et je voulais qu’elle s’y sente en sécurité et à l’aise. J’avais arrangé la petite pièce en haut qui me servait de salon comme un petit cocon, à l’aide de ma baguette, j’avais allumé un feu qui éclairait la totalité de l’espace. Je voulais qu’elle ressente mon chez-moi comme le sien aussi. Je savais ce que c’était de se sentir étrangère. J’avais beau avoir vécu plusieurs années dans le manoir des Winter, je ne m’étais jamais habituée à la froideur des pièces, au marbre glacial. Au fil de nos lettres, j’avais appris qu’elle aussi développait cette fibre artistique si chère à mon cœur. Nous nous ressemblions beaucoup. Mais elle avait encore tant de choses à me raconter, tant de souvenirs à me narrer, et moi également. Une mère était sensée connaître sa fille par cœur, et je voulais rattraper le temps perdu, du mieux que je le pouvais. C’était dans une grande aventure que je me lançais, sans vraiment en connaître les rouages. J’étais anxieuse, mais en même temps pressée, heureuse, fébrile, tous ces sentiments m’habitaient avec une force intense. Je souriais avec ferveur, et les clients que j’avais eu la veille me fixaient avec un air étonné, je lisais dans leurs yeux qu’ils se demandaient pourquoi je semblais aussi heureuse, mais je ne disais rien, gardant mon sourire comme un petit trésor.

Je me sentais toute légère alors qu’au fond de moi, j’étais terrifiée, et que je tremblais encore pour elle. Je savais que Scarlett n’était plus ce nourrisson que j’avais tenu dans me bras, qu’elle était une jeune fille maintenant, et je ne voulais pas la brusquer, et encore moins entrer dans son monde intérieur sans précaution. Les interrogations se multipliaient par milliers en moi, mais la sonnette d’entrée coupa court à toutes mes tentatives de réflexion. Je m’orientais vers la porte, l’ouvrant avec appréhension tandis que c’était comme des décharges électriques dans mon cœur. Mon cœur rata un battement. Soudain, tout était si réel. Son regard me détaillait, je la couvrais du mien, et mon cœur cognait contre ma poitrine. Elle était habillée sobrement, tout concordait avec comment je l’avais imaginé. Elle semblait tout aussi anxieuse que moi, mais dans ce regard perdu, je voyais une petite étincelle, la même que la mienne.


- C'est... C'est pour toi, fit-elle en me tendant une petite boîte. Je l’acceptais avec un grand sourire. Le moindre de ses gestes me touchait en plein cœur, et ce qui semblait être une petite attention fit naître quelques petites larmes sur le bord de mes cils, que je séchais bien vite. Il était évident que comme moi, elle se sentait désarmée. Notre dernier contact physique avait été cette étreinte, aux bar des Trois Balais, et nos sanglots nous avaient empêché de nous exprimer. Je gardais toujours cette même peur qu’elle me repousse, mais c’était comme un besoin viscéral de sentir nos deux cœurs en relation. Je pris son visage entre mes mains, déposant un baiser sur son front, sans la forcer. Ce geste me semblait néanmoins insuffisant, je l’attirais vers moi pour la prendre dans mes bras, retrouvant immédiatement ce sentiment de paix et d'apaisement que j'avais ressenti la première fois que nous nous étions vues...

Merci, fis-je, incapable d’en dire plus. Je pris sa main doucement dans la mienne, la faisant entrer. Nous montions rapidement les escaliers pour arriver jusqu’au salon. Avec l’aide de ma baguette, je fis couler du thé dans deux petites tasses en porcelaine, dont une que je tendais à Scarlett. Cette image de nous deux réunies, dans notre foyer, j’en avais mille fois rêvé, j’avais mille fois pleuré en revenant à la réalité. Partager des moments, aussi simples soit-ils avec elle, je n’en revenais pas. Cette envie de la serrer dans mes bras et de la protéger qui me tenaillait sans cesse n’avait été que renforcée que par le climat actuel. Elle avait dû vivre des instants si éprouvants là-bas, et je n’avais pas été physiquement présente. J’évitais de penser à Evan qui me manquait terriblement dans ces instants-là, me recentrant sur elle. Je glissais une main sur ses cheveux aussi flamboyants que les miens, dans un geste de réconfort. C’est bon de te revoir, j’avais tellement peur qu’ils te fassent du mal, forcément qu’ils avaient fait du mal autour d’eux. Sachant que si je m’attardais trop sur le sujet, j’allais raviver des plaies pas encore cicatrisées, je repris. Si tu le désires, je pourrais te faire visiter la librairie. Il est agréable de flâner à Pré-au-Lard en automne, on pourra le faire ensemble si tu veux… De façon assez enfantine, je m’imaginais déjà regarder les vitrines en sa compagnie, riant, sans penser à autre choses qu’à nous… M’installant autour de la petite table ronde, réchauffant mes mains au dessus de l’âtre, je la regardais. Je désirais tant en savoir plus sur elle…Mais je ne savais pas comment m’y prendre, peur qu’elle se sente obligée de se laisser aller à la confidence, peur de lui faire du mal. Je doutais.

-J’écrivais beaucoup avant, ton père m’a encouragée. Je suis contente que quelque part, tu sois une artiste aussi et j’aimerais beaucoup voir tes dessins…Ce que je savais, c’est que ses sentiments influaient sans doute sur les sujets de ses dessins, j’espérais que maintenant, ses dessins étaient davantage teintés de lumière et de clarté. Je savais pour l’avoir vécu que mes récits avaient bien changé au gré des flots tourmentés de ma vie. Aujourd’hui, j’avais encore beaucoup de mal à écrire, ayant perdu l’habitude, mais j’étais toujours aussi passionnée par les livres, dont les histoires d’amour de la littérature anglaise, et par nos lettres, je savais également que je partageais ces yeux brillants d’émotion avec Scarlett quand un roman nous émouvait. Tu te sens comment à Poudlard? Je me doutais que forcément, l’école était imprégnée des évènements noirs qui s’y étaient déroulés…Mais en posant cette question, finalement, je voulais apprendre comment se déroulait sa vie là-bas. Ses habitudes. Comment elle avait décoré son dortoir. Les lieux où elle se sentait en paix, ses cours préférés…Tant de choses finalement peu importantes mais qui forgent une vie.

Pour la première fois, comme une enfant, je découvrais ce qu’était la notion de famille. Si Scarlett avait sans doute trouvé au foyer et dans ses amis un ensemble qui y ressemblait, c’était la première fois que je goûtais à ce lien, du sang et du cœur, que je me posais des questions, que j’étais à la fois rongée par l’excitation et la peur, à cette curiosité poussée qui me donnait envie de la connaître par cœur. Sans euphémisme, ma famille n’avait jamais été présente, à part Henry que je gardais précieusement dans un coin de ma tête, parce que c’était le seul qui finalement s’était inquiété pour moi, et en fait le seul à qui je devais manquer véritablement, et pas pour l’honneur. Il y avait Millicent aussi, qui malgré ses dehors superficiels, n’était finalement qu’une enfant, et je savais qu’un jour, peut-être, nos contacts seraient plus affectueux. J’avais envie de découvrir toutes les coutures, tous les facettes du mot famille, comme j’avais découvertes celle du mot imagination avec les livres qui me faisaient m’évader, l’amour comme je l’avais découvert avec Evan Dawbson. Le monde n’était pas parfait, les êtres qui le remplissaient non plus. Mais chaque humain peut faire un petit pas à son échelle, et je savais que ce séjour commun, je le voulais comme une petite parenthèse enchantée. C’était avec Scarlett que j’allais tisser, lentement mais sûrement cette famille que je chérissais déjà, et si je sentais que j’étais effrayée par ce plein de sentiments nouveaux, je savais aussi que je n’échangerais pour rien au monde cette place dont j’avais rêvée.


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Scarlett Dawbson
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MessageSujet: Re: Comme souffle le vent [pv Margaret] Terminé   Mar 18 Oct - 13:59

Comme elle était belle!... Les lettres n'avaient pas suffi à imprimer son visage dans mes souvenirs. Plus j'avais pensé à elle, plus son visage s'était flouté, pour mon plus grand chagrin. Je n'avais vu ses traits qu'une fois en tout et pour tout - j'avais beau rêver d'elle très souvent et me remémorer notre premier rendez-vous au bar, ce n'était pas si facile que ça de se rappeler des détails exacts d'un visage quand on le découvrait pour la première fois. Et pourtant, combien je l'avais imaginé! Les seules choses immuables dont je me souvenais étaient ses cheveux - semblables aux miens quoi qu'un peu plus foncés - et ses yeux, clair, beaux, mais empreints d'une tristesse qui semblaient ancrée en eux. Pourtant, quand elle me regardait, il y avait cette étincelle qui s'animait, et je me demandais depuis ce jour qu'est-ce qui pouvait bien provoquer cela chez elle. Quand elle ouvrit la porte et qu'elle me regarda, je vis l'étincelle s'embraser dans son regard et je la vis sourire, mais je n'étais pas plus rassurée pour autant.

J'étais stupide de vouloir rattraper le temps perdu. Chaque jour de plus sans elle avait été un jour de trop. Quatorze années étaient passées. Quatorze. Qu'est-ce que j'espérais donc? Quinze pauvres jours suffiraient à peine à faire de nous des amies. Combien d'années avant que je puisse être vraiment sa fille? Ma bouche s'était emplie d'un goût amer.


- Merci,
avait-elle simplement dit. A en juger de son expression, elle paraissait ravie de mon cadeau, comme si je lui avais offert une rivière de diamants. Moi aussi, j'étais toute excitée de la découvrir. Mais il y avait une désagréable petite voix dans ma tête qui me rappelait à chaque instant le décompte des années. Je n'étais pas à l'aise, et je me sentis frissonner sous ma grosse cape, alors que je n'avais même pas froid. Au moment, Margaret Winter s'approcha de moi et me prit le visage entre ses mains - oh! ses mains étaient douces et tièdes et j'avais envie de fermer les yeux et de me laisser bercer - avant de me déposer un baiser sur le front. Puis, elle m'attira contre elle et me serra dans ses bras. J'eus sûrement l'air d'un pantin pas très souple, un peu gênée, mortifiée même, mais en même temps, je mourrais d'envie au fond de moi de me laisser faire. Je crois que je retins ma respiration tout le temps de son câlin, et que j'osais juste avant qu'elle ne s'écarte de mettre mes mains autour de sa taille. Pourtant, la tête pressée contre elle, j'avais le cœur qui battait à tout rompre : dans mes rêves de petite fille, dans mes jolis rêves où je m'imaginais être une fille comme les autres, c'était exactement ce genre de câlins-là que les mères faisaient à leurs enfants.

Mais encore une fois, il y avait quelque chose de trop beau pour qu'il n'y ait pas une ombre au tableau. Je n'étais pas désespérée, mais la vie m'avait prouvé à plusieurs reprises qu'elle savait se montrer cruelle au moment où on l'attendait le moins. Cette fois, j'étais prête.

Je la suivis dans l'escalier. Son petit appartement était ravissant, simple, mais décoré avec goût. Moi qui étais si sensible aux formes et aux couleurs grâce à ma passion pour le dessin, alors que j'observais autour de moi en silence, je me sentis immédiatement rassurée. Les couleurs étaient vives mais pas agressives, l'ensemble était reposant, accueillant, chaleureux. En fait, c'était exactement comme je me l'étais imaginé. On s'y sentait bien. J'avais envie de m'installer au près du feu et de ne plus en bouger. C'est d'ailleurs ce que nous fîmes, car après que j'eus posé mes affaires dans un coin, elle m'offrit une tasse de thé. J'avais soif, j'acceptai donc volontiers, et nous nous installâmes sur le canapé à côté de la cheminée. J'avais toujours adoré l'odeur du feu, des braises, dans une maison. Au foyer, la pièce principale était dotée d'une immense cheminée, et les jours de pluie ou de grand froid, on y passait des heures, à goûter, à jouer, à lire, et cette cheminée semblait prendre en elle tout le mauvais temps de dehors et le transformer en joyeuses flammes qui nous remontaient le moral, quoi qu'il arrive. Le thé était épicé, juste comme je l'aimais. Je bus une grande gorgée pour épancher ma soif et reposai la tasse dans la soucoupe, la porcelaine fit un petit bruit sourd, entre deux crépitements de la cheminée. J'étais encore un peu trop gênée pour dire quoi que ce soit, mais je sentais que petit à petit, j'allais pouvoir me détendre un petit peu.


- C’est bon de te revoir, j’avais tellement peur qu’ils te fassent du mal. Si tu le désires, je pourrais te faire visiter la librairie. Il est agréable de flâner à Pré-au-Lard en automne, on pourra le faire ensemble si tu veux…

J'eus l'impression de ressentir exactement ce que devait ressentir un chat lorsqu'on le caressait et qu'il était si bien qu'il se mettait à ronronner. Je ne savais pas ronronner, évidemment, mais quand je sentis la main de ma mère sur caresser doucement mes cheveux, comme si c'était la chose la plus simple du monde, il me sembla que mon cœur s'était empli d'une tendresse si soudaine qu'il aurait pu en exploser - d'ailleurs cette tendresse déborda de ma poitrine et envahit tous mon corps, réchauffant mes membres d'une douceur infinie.

Quant à ses paroles, j’acquiesçai silencieusement, un peu sous le coup de l'émotion. Il y avait tant à dire sur les Mangemorts, et pas forcément ce qu'elle imaginait, à mon avis. Elle qui avait grandi dans une famille de sorciers traditionnels devait avoir une opinion bien différente de la mienne. Je ne pouvais pas m'empêcher de voir tout cela d'un œil extérieur, et ma véritable inquiétude pendant tout ce temps avait été ma meilleure amie, puisque Haruhi avait été une des victimes et qu'elle avait beaucoup souffert - qu'elle en souffrait encore. J'avais d'ailleurs demandé des conseils à ma mère, car s'il y avait bien une chose d'insupportable, c'était de voir souffrir ceux que l'on aimait. Pour le reste... J'avais peine à le dire que je trouvais cela peu consciencieux, mais toute cette histoire de sang pur ou impur me passait tellement au-dessus de la tête, que cette période des Mangemorts m'avaient sans doute moins traumatisée que les autres. Pourtant, j'étais considérée comme une impure et j'avais subi les frondes des Mangemorts et de leurs sbires, évidemment. Sauf que tout cela avait si peu de sens pour moi que j'avais endurci un peu plus ma carapace en attendant que cela passe, rien de plus.

Flâner dans les rues... Pour combien de personnes cette situation est des plus normales, et pour combien de personnes, comme moi, c'est une chose inédite, attirante, bien qu'un peu effrayante? Je me voyais déjà me balader avec elle, m'arrêter devant les boutiques, discuter de ce qu'on voyait avec elle. Ces images avait un parfum de merveilleux, et je m'efforçai de ne pas y penser maintenant, de peur de me faire des faux espoirs. Je n'arrivais pas encore à me faire à l'idée que je vivais un rêve tant chéri.


- J’écrivais beaucoup avant, ton père m’a encouragée. Je suis contente que quelque part, tu sois une artiste aussi et j’aimerais beaucoup voir tes dessins…

Mes yeux s'animèrent un peu plus. Chaque fois qu'elle évoquait mon père, j'avais un petit quelque chose dans le coeur qui palpitait. Je pensais à lui très souvent, et j'admirais la photo qu'elle m'avait donnée, ainsi que la bague, que je portais tout le temps et qui brillait à mon doigt. Les seuls bijoux que je portais, d'ailleurs, avait une valeur sentimentale avant tout : le collier de perles d'Haruhi qui ne quittait jamais mon cou, la bague de fiançailles de ma mère. Ces bijoux étaient beaux, de bien des façons.

- Tu n'écris plus? la questionnai-je, intéressée. J'avais senti dans ses lettres l'aisance qu'elle avait avec les mots, tout comme j'avais senti dès le début qu'elle avait une fibre artistique, sûrement parce qu'elle y était sensible, comme moi. J'avais envie d'en savoir plus sur elle, tellement plus - tellement que je ne savais pas par quel bout commencer. Et je mourrais d'envie de connaître mieux ce père que je ne verrais jamais, mais j'avais peur en même temps de lui faire de la peine, car il était celui qu'elle avait aimé et qu'on lui avait enlevé. Cela sonnait comme du déjà vu, d'ailleurs. Et... Et mon père, qu'est ce qu'il faisait dans la vie? Qu'est-ce qu'il aimait? demandai-je timidement, tâtant un peu le terrain.

Je ne montrais pas si facilement mes dessins aux autres, car j'avais peur du jugement, de leur regard, mais sa demande me fit tant plaisir que je l'acceptai sur le champ et me levai du canapé. Je farfouillai dans mon sac et en ressortis un de mes nombreux carnets; celui-là était mon préféré, avec une couverture en carton beige et un liseré marron, un papier à gros grain et une odeur toute particulière. Il contenait principalement des paysages de mon invention ou de Poudlard, des croquis d'objets que j'avais dessiné entre deux cours, quelques portraits d'Haruhi, un ou deux dessin de Kelsy...

... Mon Dieu! Kelsy! Pourquoi n'y avais-je pas pensé plus tôt! Je restai le dos tourné à Margaret Winter et pinçai les lèvres sous le coup de la panique. Je n'avais même pas pensé une seconde à cette histoire. Je veux dire, Kelsy était dans mon esprit depuis si longtemps que cela ne m'effleurait même plus que... que je sois sortie avec une fille. Qu'allait-elle en penser? Tout le monde n'acceptait pas forcément cette idée. Je pouvais ruiner en un instant tout ce que nous commencions à peine à construire. Oh, elle était gentille, alors elle ferait en sorte de ne pas me froisser, mais j'étais sûre qu'elle n'en penserait pas moins, si elle trouvait ça choquant.

Mais en même temps, je ne voulais pas mentir. Je ne voulais pas fonder notre relation nouvelle sur des bases instables. J'avais peur de la décevoir, à chaque instant. Mais à chaque instant elle me redonnait confiance. Je préférais qu'elle me connaisse pour ce que j'étais réellement et qu'elle choisisse en connaissance de cause si elle voulait rester ou non en contact avec moi. Je retournai m'installer près d'elle sur le canapé et ouvris mon cahier à cheval sur nos deux jambes, la laissant feuilleter les pages.


- Il y a beaucoup de dessins de paysages, j'aime assez, j'aime travailler les petits détails... Pour l'instant, je travaille plus au crayon ou au fusain... Là, c'est Poudlard, tu reconnais? J'étais toute ravie de lui montrer mes dessins, même si la peur grandissait en moi. Là... C'est Haruhi, ma meilleure amie, mais tu la connais! Je lui en avais tant parlé - et comment oublier le fait que c'était Haruhi qui nous avait mises en contact? J'étais plutôt fière de mes dessins d'Haruhi, ils étaient représentatifs. Quelques pages plus loin, apparut le dessin d'une jeune fille assise, qui jouait de la guitare, et regardait sur le côté avec un petit sourire. J'inspirai, nerveusement, pour me donner du courage. C'est Kelsy. Je... Comment lui dire? Mes mains s'étaient crispées sur le bas de ma robe. J'ai été très amoureuse d'elle, on est sorties ensemble presque un an, mais maintenant c'est fini. J'avais parlé sans oser lever le regard du dessin. Après quelques secondes, je levai finalement les yeux vers ma mère, avec un petit haussement d'épaules, pour appuyer le fait que "c'était fini", que c'était de l'histoire ancienne. Ça ne l'était pas vraiment, mais il fallait que je le considère comme tel.

Voilà, il n'y avait plus qu'à attendre si elle me jugeait tout d'un coup monstrueuse ou non. Au moins, elle ne pourrait jamais me reprocher de ne pas avoir joué cartes sur table.


- Tu te sens comment à Poudlard?

- Différente, répondis-je après une brève réflexion. J'ai mis du temps à me faire à l'idée que j'étais une sorcière. Je n'aime toujours pas trop la magie, mais je m'y fais un peu, je crois.

"Différente" était si bien choisi, alors que je venais de lui annoncer que j'avais aimé une fille... J'avais envie de rire jaune. Peut-être que mon rêve allait s'envoler plus vite qu'il ne s'était exaucé, finalement.

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Margaret Winter
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MessageSujet: Re: Comme souffle le vent [pv Margaret] Terminé   Dim 23 Oct - 11:47

<3333

J’étais incapable de le nier, plusieurs j’avais douté de ma capacité à exercer le rôle de mère. J’en avais douté une première fois lorsque j’avais appris ma grossesse. J’avais dix-neuf ans, le cœur plein d’amour à donner et à recevoir, et la peur au ventre. A vrai dire, je ne savais pas ce que signifiait véritablement être mère. L’exigence extrême qu’avait la mienne était-elle normale ? Et c’était toujours avec plein de doutes que j’avais continué mon chemin. J’avais douté une seconde fois lorsqu’elle m’avait été retirée. C’était quand je pleurais et que je ne voyais rien qui puisse me sortir de cet état léthargique que mes pensées se mélangeaient. Mais est-ce que tu aurais été une bonne mère ? Est-ce qu’il ne vaut pas mieux que les gens du foyer s’en occupent, eux qui ont plus d’expérience et d’adresse que toi ? Une troisième fois avant de la rencontrer. Crois-tu que tu la mérites ? Crois-tu que si tu reviens, elle te considérera comme une part entière de sa famille ? Mais aussi désuet que ça puisse paraître, je savais désormais. C’était moi qui devais la protéger, je saurais le faire, moi qui devais la bercer dans mes bras quand elle verrait le monde en noir, je saurais le faire aussi. Être mère, c’était un peu comme marcher sur un fil avec un filet en dessous, on hésite, on tremble, on tient, on réussit, et si parfois on fait une faute, on tangue et on chute, mais jamais de manière grave.

- Tu n'écris plus?

Il était en effet difficile d’avouer que ma plume était bien moins brillante qu’avant, qu’en quelque sorte j’avais perdu l’inspiration et m’était retrouvée face au problème de la page blanche, alors qu’avant, j’avais toujours fourmillé d’idée. Encore plus difficile d’avouer que si ma passion pour l’écriture m’avait lâchée, c’était à cause de mes parents, eux qui m’avaient une fois de plus volé quelque chose que j’aimais, eux qui avaient toujours dit qu’une fille de bonne famille n’écrivait pas, et que les romans, poèmes n’étaient que des sornettes destinés à égayer la vie des pauvres gens. Je cultivais l’ambition d’écrire à nouveau, mais je n’y pouvais rien, à chaque fois que je commençais, tout se troublait et je renonçais. Pourtant, j’avais tant de choses à dire, tant de sentiments à exprimer, mais rien ne marchait, je n’y arrivais plus. J’avais cependant toujours été fière d’avoir cette fibre que ma famille ne comprenait pas. Ce que je préférais dans l’écriture, c’était me dire qu’il y avait dans le monde des milliers de gens que ça inspirait. Des milliers de gens qui ressentaient les mêmes sentiments que moi, parce que l’amour, le désespoir, la tristesse, la rage sont des sentiments que l’être humain éprouve sans arrêt.

Avant de répondre, je la regardais à nouveau, non pas pour détailler son visage au millimètre car ça impliquait une notion d’adieu, tout simplement parce qu’après quatorze ans, c’était toujours frappant de voir que quelqu’un a vos gènes, votre sang, qu’il fait partie de vous, autant sur le plan purement physique que morale. A cet âge, il n’était pas toujours facile d’avoir foi en soi, mais tout en elle me semblait beau, son demi-sourire, ses cheveux roux comme les miens qui nous distinguaient forcément, cet air perdu et à la fois ravi, jusqu’à sa manière de se mouvoir, légère et un peu maladroite, un peu fragile même.


-Je ne sais pas, ça ne fonctionne plus, les mots ne fusent pas dans ma tête comme avant, mais tu sais, je suis persuadée que j’écrirais à nouveau…

Je vis ensuite sa lèvre trembler, et je connaissais parfaitement cette petite manie pour l’avoir mille fois esquissé, c’était celle de l’incertitude, des mots que l’on veut prononcer mais on n’ose pas, des actes qu’on meure d’envie de faire mais le cerveau refuse de suivre. Je me retrouvais chaque fois un peu plus en elle, et inconsciemment, les petites habitudes qui lui paraissaient être uniques, nous possédions les mêmes. Je souriais doucement, tout simplement heureuse de contempler une fois de plus nos similitudes.

-Et... Et mon père, qu'est ce qu'il faisait dans la vie? Qu'est-ce qu'il aimait?

Evidemment. Elle découvrait pas à pas qui j’étais vraiment, mais de son père, elle ne voyait qu’un visage, doux et serein, sur une photographie, et j’étais la seule à pouvoir faire revivre son père à travers les mots et les souvenirs…Je voyais bien qu’il lui était difficile de poser la question, sûrement avait-elle discernée ma fragilité, et ne voulait surtout pas me faire souffrir. Bien sûr, je ne pouvais pas l’évoquer ou penser à lui sans que je me sente tremblante, mais j’étais forte, je devais l’être pour elle et pour lui, et il ne devait pas être une ombre dans son histoire, c’était hors de question. Nous avions vécu tant de belles choses ensemble, et malgré les années qui s’étaient écoulées, je ne l’avais jamais oublié. Il serait à jamais celui qui m’avait offert cette bouffée d’air dans ce monde où j’étais captive, et celui qui m’avait donné Scarlett, qui m’avait donné cette chance de me révolter et de mener ma vie comme je l’entendais.

-Il était fils d’un artisan de mon village…Il était féru de littérature, comme moi, il aimait beaucoup faire de nouvelles rencontres, il était très sociable et se faisait aimer de tout le monde, juste en étant naturel, murmurais-je. Mais je crois que surtout, il aimait la vie, il avait en foi en elle et croyait à la seconde chance, et il a réussi à m’en convaincre un peu. Il aimait sa famille, elle était tout pour lui, et il aurait aimé faire partie de la nôtre… Que ce soit bien clair, tu peux en parler. Je veux qu’il fasse partie intégrante de toi, Scarlett.

Je me levais et entourais ses épaules de mes bras, juste pour qu’elle sache que j’étais là, tout près, et que j’étais fière d’elle quoi qu’il arrive. Au fil des pages, je m’émerveillais davantage de la justesse du trait, des visages qui semblaient véritable prendre vie sur le papier. Elle me parla de ses techniques, je buvais ses paroles, j’étais une étrangère en ce qui concernait le dessin, et la voir ainsi maîtriser cet art m’éblouissait. Dans ses esquisses, il y avait une sorte de maturité retentissante combinée avec une âme d’enfant. Poudlard qu’elle avait représenté était aussi beau que la dernière fois que je l’avais vu, aussi majestueux…puis Haruhi dont elle me parlait dans ses lettres, un peu comme son ange gardien en quelque sorte. Et puis je sentis tout d’un coup une tension s’installer, un froid. Je reportais mon attention sur le dessin, qui représentait une jeune fille au visage mutin et angélique, cependant absent, presque avec un air de mélancolie sur le visage…Je cherchais dans mon esprit, je connaissais désormais par cœur les lettres de Scarlett, et dans mon souvenir, cette jeune femme n’avait jamais été évoquée.

-C'est Kelsy. Je... J'ai été très amoureuse d'elle, on est sorties ensemble presque un an, mais maintenant c'est fini.

Je connaissais cette appréhension dans la voix, cette peur de décevoir et de ne pas être celle que le monde veut qu’on soit…Mais quand bien même aurais-je désapprouvé cette idylle, je n’avais pas le droit de la juger. Elle avait connu l’amour. Dans les bras d’une fille. En moi, ça ne changeait rien. Je la trouvais au contraire très courageuse d’avoir vécu son histoire, tout en ayant sans cesse le regard des autres vous dévisageant, alors que la seule chose dont vous avez besoin, c’est de tenir la main de la personne que vous aimez sans que rien ne trouble votre bonheur. Et encore plus courageuse de me le dire, sans chercher à me le cacher. Elle savait ce que c’était de se sentir aimée, vide et à la fois entière, nerveuse et à la fois heureuse, si toutes ces belles choses, elle les avait apprises avec une fille, ça ne changeait rien.

-Je sais ce que ça fait de tomber amoureuse de quelqu’un que les autres n’approuvent pas pour toi…ça ne change rien de ce que je pense de toi, et si un jour, tu as besoin de me parler d’elle, je t’écouterais attentivement.

- Différente. J'ai mis du temps à me faire à l'idée que j'étais une sorcière. Je n'aime toujours pas trop la magie, mais je m'y fais un peu, je crois.

Comme je pouvais la comprendre…Moi-même m’étais-je toujours sentie gauche et maladroite avec une baguette dans la main, mais surtout, je m’étais dit maintes fois que la vie aurait été tellement plus facile si la magie n’était pas venue l’interférer. Si ça n’avait pas existé, rien n’aurait été pareil. Jamais il n’y aurait eu d’histoires de tares, de supériorité des sorciers face aux Moldus, jamais je n’aurais été séparée d’Evan. J’essayais de mon mieux de ne jamais réorganiser l’existence avec des si, mais parfois, sans que je puisse l’empêcher, ça revenait, et je sentais comme un froid m’envahir, comme une envie de retourner en arrière pour effacer toutes les erreurs. Je coupais court à cette vague à l’âme : j’avais juré de ne plus ressasser le passé.

Mais aujourd’hui, il y avait une ombre au tableau… En partant du manoir des Winter, j’avais fait une cassure nette avec mes géniteurs que je ne regrettais pas. Par dérivation, mon frère s’était forcément détourné de moi, et si je ne pensais quasiment plus jamais à mes parents, il m’arrivait parfois de voir le visage d’Henry dans mes songes, son regard était un peu absent, et il regardait dans ma direction, mais sans jamais s’approcher de moi. Henry avait toujours gravité dans un monde qui n’était pas le mien, il était l’astre d’une planète que je ne connaissais pas…je savais qu’il était nocif pour moi et pour Scarlett d’y évoluer. Il ne m’avait jamais écrit depuis notre séparation, pourtant plusieurs fois je m’étais demandée, si il le faisait, que m’écrirait-t-il ? Me supplierait-t-il de revenir au manoir ? Si avant je n’aurais sans doute pas osé m’opposer, j’étais certaine de ma réponse. Même pour lui, que j’aimais comme une sœur peut aimer son frère, je ne le ferais pas. Jamais je ne réduirais mes efforts à l’état de poussière. Cela aurait été bien plus facile si je me sentais étrangère à lui, je ne pouvais pas faire comme il n’existait pas. Et il y avait sa fille, Millicent, qui ressemblait trait pour trait à Scarlett. Et je ne pouvais pas faire semblant, ma fille était dans la même école que sa cousine, par la force des choses, leurs chemins s’étaient déjà croisés…Et il était hors de question que je force Scarlett à aimer cette fille dont elle ne savait rien, cette fille qui physiquement était sa jumelle, mais étaient diamétralement opposées par le caractère…Et je connaissais suffisamment Millicent pour savoir qu’elle serait plus que réticente. Comme quoi, mon lien avec les Winter ne serait jamais brisé…

-Est-ce que tu as rencontré Millicent ? osais-je demander avec douceur. Je craignais de la rendre soudainement triste, je savais que c’était désarmant de trouver quelqu’un qui avait le même sang que vous et dont vous ne connaissiez rien. Je ne voulais surtout pas la mettre mal à l’aise…Je prenais délicatement sa main, et l’invitait à me suivre pour découvrir le reste de mes appartements. La porte s’ouvrit sur une chambre décorée dans des tons pastels et doux, avec des meubles principalement en bois, avec des bougies trônant dans la pièce pour lui donner de la lumière. La chambre était simple, mais je voulais que Scarlett s’y sente comme chez elle, car au fond c’est d’une chambre comme celle-ci que je voulais à mon âge, j’espérais sincèrement que ça lui plairait. Je ne disais rien mais je savais qu’elle voyait dans mon regard toute la tendresse que je lui portais…Mais à chaque fois j’avais peur de la gêner avec mes compliments, mes marques d’affection, peur d’être une intruse…je n’étais jamais très sûre de ce que je faisais, j’avançais parfois à l’aveugle, mais finalement, qui dans ce monde savait vraiment où il se dirigeait ?

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Scarlett Dawbson
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MessageSujet: Re: Comme souffle le vent [pv Margaret] Terminé   Ven 18 Nov - 17:04

http://www.youtube.com/watch?v=F-4wUfZD6oc

Moi qui depuis toujours, ou presque, trouvais dans le dessin le moyen d'exprimer mes émotions et la beauté de ce qui m'entourait, je savais que les mots ne détenaient pas un pouvoir absolu. Cette pensée m'apparut comme une évidence alors que je feuilletais mon carnet ouvert sur nos genoux; le regard de ma mère était admiratif et intéressé, comme si rien d'autre n'aurait pu lui apparaître plus intéressant. Il n'y avait pas besoin de mots - en ces instants, les mots n'étaient rien. La brillance de son regard, sa main posée sur la mienne, le silence qui nous enveloppait valaient les plus belles phrases du monde et j'avais encore une fois envie de me lover contre elle et de ne plus bouger. A travers les fenêtres de son joli petit appartement, je voyais les feuilles voler, je voyais le ciel gris clair, je voyais le temps de Toussaint et je me sentais au paradis, bien au chaud près de la cheminée aux côtés de celle qui partageait à présent ma vie. Le bonheur était fait de choses simples et il était là, tout autour de nous.

Je ne croyais pas au bonheur comme entité, je n'y avais jamais vraiment cru, et j'avais eu de toute façon les preuves qu'il ne pouvait pas exister dans l'absolu. Mais je reconnaissais sans hésiter qu'il pouvait exister par moment, qu'on pouvait le saisir au vol avant qu'il ne re déploie ses ailes à nouveau, parce que jamais ne pourrait vraiment l'apprivoiser. Il était parmi nous mais se livrait peu, et j'avais compris qu'il fallait en saisir chaque opportunité, qu'il fallait goûter à chaque instant car rien ne nous assurait du suivant. Aujourd'hui me paraissait être l'un de ces jours où tout vous sourie, et je savais que le bonheur était là, avec nous, et qu'il nous octroyait un peu de répit, rien que toutes les deux.


-Je ne sais pas, ça ne fonctionne plus, les mots ne fusent pas dans ma tête comme avant, mais tu sais, je suis persuadée que j’écrirais à nouveau…

Sa voix était douce, si douce... Elle avait le son feutré des jours heureux, des souvenirs d'enfance que je m'étais inventé maintes et maintes fois, faute de ne pas les avoir vécus. J'aurais pu l'écouter tout l'après-midi, bercée par la chaleur de la cheminée.

Il n'y avait plus aucun doute en moi. Si j'étais toujours craintive de me dévoiler à elle, de savoir ce qu'elle allait penser de moi, de ce qui se passerait entre nous, j'étais absolument certaine d'une chose à présent : elle m'aimait et voulait autant que moi rattraper le temps perdu. Il y avait du sable fin qui filait entre nos doigts, mais il nous suffisait simplement de les refermer et de serrer nos poings. Ensemble.


-Il était fils d’un artisan de mon village…Il était féru de littérature, comme moi, il aimait beaucoup faire de nouvelles rencontres, il était très sociable et se faisait aimer de tout le monde, juste en étant naturel. Mais je crois que surtout, il aimait la vie, il avait en foi en elle et croyait à la seconde chance, et il a réussi à m’en convaincre un peu. Il aimait sa famille, elle était tout pour lui, et il aurait aimé faire partie de la nôtre… Que ce soit bien clair, tu peux en parler. Je veux qu’il fasse partie intégrante de toi, Scarlett.

Je buvais littéralement ses paroles. Ce qu'elle racontait me faisait voyager dans le temps, dans l'espace. Je la voyais plus jeune, belle comme aujourd'hui, mais plus réservée, meurtrie. J'imaginais sa famille comme une ombre qui planait sans cesse au-dessus d'elle; je voyais le manoir des Winter comme une maison hantée, sombre, effrayante, leurs habitants comme des poupées de cire, durs, sévères, froids. Je voyais le village moldu, mon père et son regard si perçant, ses traits apaisants, son aisance. Je les imaginais tous les deux, amoureux, comme je l'avais été, le cœur bercé de tant d'illusions. Les jours heureux. C'était peu mais j'avais l'impression d'apprendre à la connaître, et j'en voulais plus. Je cillai pour chasser les larmes qui s'étaient accumulées au bord de mes paupières et la regardai en face, alors qu'elle me rassurait : je pouvais parler de lui.

- J'aurais tellement aimé qu'il soit là, murmurai-je à mon tour. Plus que tout je sentais comme un manque au fond de moi, comme un petit trou dans mon coeur, parce qu'il n'était pas là et ne le serait jamais, parce que ma mère vivait la même chose, parce qu'il nous manquait quelqu'un à toutes les deux et que ce quelqu'un faisait partie de nous, quoi qu'on fasse. C'était tellement bon de se sentir aimée alors que j'avais toujours cru le contraire. Je savais qu'il m'avait aimée, sans me connaître. J'étais si fière de porter son nom. Comment tu as fait quand il est mort?... Cette simple idée me broyait les entrailles et j'imaginais sans vraiment vouloir le voir son chagrin, sa détresse, son isolation, son déchirement.

Je me rendis compte que la haine que je vouais au Winter était plus forte que je ne le pensais. Quand j'avais rencontré Millicent, j'avais juste ressenti le besoin d'affirmer ma filiation et mon histoire, comme un pied de nez à ce qu'ils avaient fait subir à Margaret Winter. Mais je les haïssais viscéralement - ils avaient fait pire, bien pire, ils avaient ruiné sa vie, puis sa famille, ils avaient séparé un couple et volé un enfant, ils étaient des monstres bien pires à mes yeux que ces Mangemorts qui avaient envahi Poudlard.

Peut-être que, finalement, tous les grandes amours finissaient brisées. Autour de moi, quand je regardais, je ne voyais que ça. Je n'étais pas assez grande évidemment pour me compter comme une référence, mais ce que j'avais vécu me laissait cette impression, et l'histoire de ma mère me le confirmait.

Je me redressai dans le canapé, dans l'attente de sa réaction, les yeux baissés, essayant d'éviter tout contact avec elle mais également de regarder trop longtemps le dessin de Kelsy, qui ravivait en moi trop de souvenirs douloureux. Je savais que j'aurais du brûler ces dessins pour me détacher complètement mais Kelsy faisait partie de mon histoire, de moi, et je n'avais pas le courage de l'en arracher. Ou peut-être la volonté. J'avais gravi beaucoup de marches depuis ma plongée en enfer, mais il en restait quelques unes, et je n'étais pas prête, j'étais frappée de vertige, et j'oscillais entre deux eaux, dans l'attente. Les yeux de Kelsy me regardaient en face parfois, et la tendresse que j'y lisais m'interdisait de la rayer de ma vie. Elle m'avait tant apporté que parfois, je ne pouvais pas m'y résoudre, et qu'importe qu'elle m'ait tout repris par la suite.


-Je sais ce que ça fait de tomber amoureuse de quelqu’un que les autres n’approuvent pas pour toi…ça ne change rien de ce que je pense de toi, et si un jour, tu as besoin de me parler d’elle, je t’écouterais attentivement.

Cette sentence m'apparut comme une délivrance et j'osai la regarder, soulagée. Je me trouvai stupide de ne pas avoir fait le lien. Je la voyais mal me juger pour avoir aimé quelqu'un alors qu'elle avait subi cela. Mais pourtant, je n'étais pas entièrement satisfaite pour autant. J'avais toujours assumé ma relation avec une fille sans vraiment me questionner à ce sujet. Et il y avait toujours des moments où je me demandais : pourquoi? Est-ce normale? Je rembarrais ceux qui me disaient le contraire, mais je ne pouvais m'empêcher d'en être blessée, car, oui, cela avait un petit quelque chose d'anormal. Etais-je un monstre? Je n'avais jamais eu l'occasion d'en parler avec un adulte, et les mots jaillirent de moi sans que je puisse les retenir.

- Est-ce que je suis anormale? Pourquoi il y a des filles qui aiment les filles? Pourquoi il y a des gens que ça dérange? Tu crois que j'ai un problème?


Je ne reniais pas mon histoire mais tout cela restait sans réponse.


-Est-ce que tu as rencontré Millicent ?

J'aquiescai et réfléchis quelques secondes avant de répondre. Le choc passé de me trouver face à ma quasi jumelle, je n'avais pas trop su quoi penser d'elle, si ce n'est qu'elle était sur la défensive. Elle faisait aussi très petite fille de bonne famille, ce qui allait avec ce que je savais des Winter. Mais au fond, je ne savais trop rien d'elle.

- Oui. On se ressemble beaucoup... physiquement. Au début elle ne m'a pas cru, je crois qu'elle n'était vraiment pas au courant de ton histoire. Mais bon, je ne sais trop quoi penser d'elle, on est différentes, c'est tout.

Elle m'emmena ensuite visiter le reste de l'appartement et je découvris ma chambre - si ravissante que je ne pus me retenir d'écarquiller les yeux et rester bouche bée. Tout était parfait, les couleurs pastels étaient douces, chaudes; tout était parfaitement décorée, il y avait un petit lit, une petite table et une coiffeuse qui ressemblait à celle d'une princesse. Je sentais combien elle faisait en sorte que tout soit parfait, et je me sentis rougir de plaisir, incapable de dire quoi que ce soit d'intelligent.

- Merci... marmonnai-je, puis je déposai mon sac sur la table. Je triturai nerveusement le tissu de ma robe avant d'ajouter : C'est parfait, je sens que je vais me plaire...

En réalité je réfrénai une intense envie de pleurer et de lui dire combien je me sentais chez moi, combien c'était étrange puisque je ne connaissais pas cet endroit, mais que ses efforts et son amour faisaient tout le reste, et que je voulais rester ici à tout jamais et ne plus jamais remettre les pieds à Poudlard. Il nous restait quinze jours heureusement, car la simple pensée de la quitter pour repartir à l'école me donnait la nausée.

Elle me proposa qu'on aille se balader dans Pré-au-Lard et j'acceptai - qu'importe ce qu'on faisait, j'étais heureuse. Mais il y avait une partie de moi qui débordai de fierté quand je reboutonnai mon manteau juste avant de sortir, car jamais encore je n'avais été dehors en sa compagnie comme le font toutes les mères et leurs filles, et quand la clarté du ciel m'éblouit et que je mis un pied dans la rue, ce fut plus fort que moi, j'attrapai sa main et me mis à marcher à ses côtés, le cœur battant, un peu gênée, mais tellement ravie en même temps. Tout me paraissait beau, et la lumière était encore plus belle que quand j'étais arrivé, éclairant le tout d'un éclat doré, clair, revigorant. Il y avait peu de monde dans la rue marchande, juste assez pour que nous sentions le monde vivre avec nous - et ce nous avait tant de force qu'il déchainait les émotions en moi.

Je regardai les vitrines le cœur léger, discutant de tout et de rien avec Margaret, riant pour un rien - mon sourire ne voulait plus me quitter. Je ne lui demandais rien parce que je n'avais jamais eu l'habitude d'être une enfant gâtée qui fait les boutiques avec ses parents et qui veut qu'on lui achète tout. Je me contentai d'admirer les choses et d'en discuter avec elle, mais rien ne me tentait, puisque j'étais heureuse et que je n'avais besoin de rien. Qui plus est, je ne voulais pas qu'elle croit que je profitai de son argent, et je ne voulais pas qu'elle s'imagine acheter mon amour et ma confiance : elle n'avait pas besoin de ça pour que je lui offre.

Nous arrivâmes devant une très jolie devanture de magasin, attirante, et je m'y arrêtai tout naturellement car c'était une animalerie et je ne pouvais résister à admirer les animaux, que j'adorais. Il y avait quatre hiboux très beaux, aux plumes caramel, blanches ou dorées, qui nous regardait avec leurs grands yeux ronds comme des billes; il y avait des petits... trucs violets qui bougeaient dans tous les sens, et à travers la vitrine, contre laquelle j'avais collé mon front, je vis un tout petit chat, tout rond, avec des poils gris un peu longs qui avaient l'air tout doux, et le petit chat me vit au même instant sûrement parce que mon ombre avait du le surprendre et ses petits yeux bleus me fixèrent. Il était si mignon que je sentis mon cœur fondre et je ne pus contenir un "Oh!..." rempli d’attendrissement.

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Margaret Winter
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MessageSujet: Re: Comme souffle le vent [pv Margaret] Terminé   Mer 23 Nov - 21:53



<3 <3 *____*

http://www.youtube.com/watch?v=zKHDqlaBylU


Parfois, lorsque je glissais dans les bras de Morphée, que mes paupières s’alourdissaient, et que je laissais mes pensées vaquer, j’avais l’impression que tout ce que je vivais était un rêve. Et chaque matin où je me levais, j’avais toujours ce sourire plein d’espoir sur le visage ; tout ça était réel et n’allait pas me filer entre les doigts. Il semblait que c’était mon histoire qui avait fait en sorte que je transforme souvent ma vie en songe, n’était-ce pas bien plus doux de laisser ses larmes couler en se disant qu’elles n’étaient le résultat d’un cauchemar ? Lorsque mon chemin avait croisé celui d’Evan et que je m’étais rendue compte des sentiments qu’il éprouvait pour moi, j’avais réagi de la même façon, du moins dans les premiers temps : considère ses regards et ses gestes tendres comme un rêve, car si un jour, il t’échappe, tu auras moins mal. Procédé que j’avais réitéré pendant mes premières semaines de grossesse, je rêvais l’existence que je désirais plus que tout. Les rêves, les illusions et les songes avaient toujours fait partie intégrante de moi, mais j’avais grandi et m’étais rendu compte d’une chose, imaginer les évènements comme s’ils étaient lointains, et les penser fruits de l’imagination ne préservait pas de la souffrance. Ainsi, j’arrivais chaque jour à mieux réaliser que ma fille était toute proche de moi, que nous pouvions nous voir et que surtout elle m’acceptait. Parfois, pendant mes nuits, mon ancienne habitude revenait, mais je la chassais tout de suite. Construire ces désirs et sa vie de façon très hypothétique était malsain.

Je retrouvais dans nos étreintes l’apaisement que j’avais eu dans les bras d’Evan. Certes, l’amour que je lui avais porté n’était pas le même que Scarlett, et souvent, je regrettais ma lâcheté, malgré tout, j’avais eu une chance d’éviter la tragédie, j’avais été capable d’échapper à l’égide de mes parents grâce à l’amour sans frontières que j’avais pour Scarlett, et j’aurais dû le faire également pour Evan. Parler de lui à Scarlett le faisait revivre à travers moi, et quand je parlais de ses yeux, je les voyais brillants les après midi d’été- en essayant d’oublier l’autre regard, brillant aussi, mais de larmes- quand je parlais de son sourire, je voyais les coins de ses lèvres qui s’étiraient, les images ne s’étaient pas éteintes. Je restais convaincue que le premier amour reste comme un fantôme dans le cœur d’une femme. Je me sentais incapable de le remplacer. A trente-trois ans, j’avais encore la vie devant moi, mais elle m’avait arraché tant de choses que je restais prudente. J’imaginais ce que pouvait ressentir Scarlett, si moi j’avais encore la douceur de ses baisers, son parfum unique, et son rire chantant dans la tête, elle n’avait que cette photographie et mon témoignage, elle aimait intensément quelqu’un qu’elle n’avait jamais connu…Mes mots ne suffisaient pas pour dresser le portrait d’un être qui avait à jamais changé ma vie.

S’il n’était plus là, et que chaque jour, je le regrettais, j’étais au moins fière d’une chose ; nous nous étions aimés éperdument. Avant de le rencontrer, je ne savais pas ce qu’était vraiment l’amour, le vrai, n’ayant pour mes exemples que mon père, ma père et mon frère. Je voyais l’union de mes parents comme quelque chose de pratique, il était beau, elle était belle, il était riche et puissant, elle était riche et voulait du pouvoir. Ils étaient toujours d’accord, partageaient le même point de vue sur tout, et savaient la manière dont il voulait diriger leur vie commune, mais depuis que j’étais née, je les avais vu qu’une fois se donner un geste d’affection, un minuscule baiser pincé, du bout des lèvres. Ils s’étaient sûrement aimés. Mon frère et moi en étions la preuve. Mais tout était devenu facilité par la suite. Quand à mon frère, il séduisait les femmes comme personnes, mais n’arrivait à s’attacher à aucune, volage, il ne cessait d’agrandir sa cours. Evan et moi étions un amour hors du temps, un amour pur et fait pour durer, et la bague n’avait fait que sceller les promesses que nous avions milles fois répétées.


- J'aurais tellement aimé qu'il soit là, murmura-t-elle. Comment tu as fait quand il est mort?...

Comme j’aurais aimé lui répondre que ça avait été l’élément déclencher pour fuir cette vie que j’haïssais…tout cela aurait été mensonge. Après l’annonce de la mort d’Evan, je m’étais enfouie davantage dans cette état léthargique. Un an s’était écoulé entre la naissance de Scarlett et son décès, un an que je ne me pardonnerais jamais, tant de remords me remontaient à la gorge lorsque j’y pensais : un an, 365 jours où je m’étais emmurée, évitant soigneusement son regard. Je ne pouvais plus le regarder en face. Je ne pouvais plus à ce moment-là me regarder dans un miroir, ce que j’avais fait était affreux, je lui avais menti sur moi, son enfant et j’avais disparu dans un nuage de poussière. Je l’avais aperçu une fois par la fenêtre de ma chambre qui ressemblait étrangement à un donjon dont j’étais prisonnière, j’avais vu ce regard immensément triste qui ne lui appartenait pas, je l’avais vu quelques secondes tourner le regard vers moi, tandis que je me cachais derrière les rideaux. Il avait comme moi ce lien éternel pour l’autre. Je ne voulais pas mentir à ma fille, je ne voulais plus jamais mentir, je savais où cela m’avait conduit. Dans sa voix de jeune fille, je sentais une petite plainte, et je savais qu’elle connaissait aussi la sensation d’être meurtrie.


-Je me suis complètement laissée couler…Je me sentais horriblement coupable, et toute vide, on t’avait une fois dérobé à moi, et voilà que la vie me retirait celui que j’aimais… Je sentis des débuts de larmes se former et les effaçai d’une main. Il me manque toujours, mais je vais beaucoup mieux…grâce à toi.

Et puis sur son esquisse, j’avais aperçu une jeune femme. J’étais une adepte de l’art et savais comment les sentiments se traduisaient à travers. La façon dont étaient dessinés les traits fins de la jeune femme, la précision du regard perdu et mélancolique qu’elle lui avait attribuée m’avait tout de suite fait comprendre, elle avait un attachement particulier avec cette Kelsy. Je m’étais empressée de la rassurer ; cela ne me choquait pas et je la soutenais en tous points, et pour toujours. Mais je voyais sur son visage le doute, l’interrogation, et je savais que j’étais celle qui pourrait répondre à ses questions, une mère fait aussi ça pour sa fille.

- Est-ce que je suis anormale? Pourquoi il y a des filles qui aiment les filles? Pourquoi il y a des gens que ça dérange? Tu crois que j'ai un problème?

Aussitôt, je sentis une colère immédiate m’envahir, plus que ça, de la rage. Aimer les filles quand on est une fille avait toujours dérangé, il y avait toujours ces gens intolérants qui considéraient que c’était un vice, que c’était révoltant et malsain. Evidemment, je m’attendais à ce qu’elle soit victime de remarques désobligeantes, les gens n’étaient pas cléments en général, et les adolescents encore plus cruels entre eux…Il n’était pas étonnant que des tas de questions restent sans réponse dans son esprit, à treize ans, comment comprendre ? Je craignais que mes mots ne soient pas à la hauteur, je craignais de la laisser encore plus dans le brouillard qu’avant. J’admirais déjà ma fille pour s’assumer, certains vivaient toute leur vie sans oser dire ce qu’ils ressentaient. Peur du regard des autres, du jugement, de la haine des gens fermés d’esprit. Scarlett avait accepté cette partie d’elle.

-Scarlett, tu es tout à fait normale. Tu sais pourquoi il y a des gens qui ne l’acceptent pas ? Parce qu’ils refusent de sortir de leurs petits codes classiques, parce qu’ils préfèrent imposer des règles stupides aux autres et leur mettre des barrières, fis-je en caressant sa main. Une mère souhaite que son enfant aime et soit aimée. Si tu avais trouvé la sensibilité, la tendresse et l’amour que tu recherchais en cette personne, je ne vois pas ce qu’il y a à blâmer, conclus-je.

-Oui. On se ressemble beaucoup... physiquement. Au début elle ne m'a pas cru, je crois qu'elle n'était vraiment pas au courant de ton histoire. Mais bon, je ne sais trop quoi penser d'elle, on est différentes, c'est tout.

Millicent était à Henry ce que Scarlett était à moi ; si ma fille et moi avions ce même goût pour l’art, la littérature, le romantisme et le calme, Millicent avait hérité de nombreux caractères de son père, elle aimait la puissance, être au centre des attentions, multiplier les conquêtes et l’apparence comptait beaucoup pour eux. Ils aimaient le mondain, comme nous aimions notre bulle tranquille. J’imaginais encore une fois ce que devait ressentir ma fille, d’orpheline, elle se retrouvait avec une famille entière dont elle ne connaissait rien, même si en théorie, les seuls membres qu’elle pourrait peut-être connaître un jour étaient Millicent et Henry. Lord et Lady Winter me considéraient comme une paria, et rencontrer l’enfant de la fille qui leur avait terni leur honneur et d’un moldu n’était même pas envisageable. Quant à Millicent, elle avait dû être interpellée, d’où débarquait cette cousine dont elle ne soupçonnait pas l’existence ? Et qui était cette tante qu’elle avait si peu vue ?

Après qu’elle ait vue sa chambre, et qu’elle l’ait jugée idéale, je me souvins que aussi dure l’idée soit-elle, nous n’avions que quinze minuscules jours…quinze jours qui allaient être merveilleux et qui allaient rester dans ma mémoire très longtemps. Même si je savais qu’elle reviendrait, je savais que le temps des adieux serait déchirant. Je voulais vivre tellement de choses en si peu de temps…Je désirais qu’elle garde le souvenir de ses vacances en retournant à Poudlard, le sourire aux lèvres. Il me vint l’idée de me rendre à Pré-au-Lard. L’endroit était sublime en automne, les feuilles de toutes les couleurs jonchaient le sol, et il y avait ces bonnes odeurs de boisson chaude que l’on déguste lorsqu’il fait froid. Pré-au-Lard était un village plein de surprises et j’avais envie de tout visiter en sa compagnie, de tout lui offrir, et de la rendre fière de moi. Dès que nous sortîmes, le vent nous saisit immédiatement au visage, nos cheveux roux s’envolaient dans tous les sens, mais je riais, parce que je me sentais bien et que j’étais avec elle. Elle souriait avec une joie enfantine, avait les joues rosies comme moi. Je sentis bien vite sa main dans la mienne, nous nous réchauffions mutuellement, et cette chaleur douce était la plus agréable du monde.

Si le moment pouvait sembler banal, et que les gens ne nous regardaient pas particulièrement, parce que c’était simplement normal…J’avais conscience de vivre un moment d’exception. J’avais cent fois rêvé de tracer ce chemin en sa compagnie. Mère et fille. Je ne rêvais plus, c’était arrivé. Je ressentais aussi sa joie, et rien ne pouvait plus me faire plaisir. Alors que nous discutions confiseries et littérature anglaise, je sentis son attention me quitter et son regard dériver. Lorsque je me retournais, je la voyais, les mains sur la vitrine de la boutique d’animaux. Son front était collé à la vitre et elle contemplait quelque chose avec attendrissement. Entourant de mon bras ses épaules, l’invitant à se réchauffer à travers mon manteau, j’apercevais l’objet de ses regards.

Un petit chaton, tout petit, qui la fixait avec amour, avec ce regard implorant qui la suppliait de l’adopter. Un tel animal était évidemment adorable, et je comprenais la raison de ce regard brillant. Le seul animal que j’avais eu à Poudlard avait été un hibou. C’était le hibou de la famille, Hermès, une bête hautaine et méchante, qui me mordait les doigts avec férocité à chaque fois qu’il m’apportait du courrier. Ce chaton n’avait rien en commun avec lui, et j’étais certaine que si j’avais eu le choix, je l’aurais orienté sur lui. Poussant la porte de la boutique, j’entraînai Scarlett avec moi, qui avait du mal à détacher son regard de l’animal qui la regardait comme elle le regardait.


-Mademoiselle, hélais-je une des responsables de la boutique. Ma fille désirerait ce chat. Je posais mon regard sur ma fille, qui me regardait avec tendresse mais aussi beaucoup de surprise. Je suis heureuse de te l’offrir. Il te tiendra compagnie à Poudlard, il m’a l’air déjà bien attaché à toi, fis en souriant. La jeune sorcière sortit délicatement le chat et le tendit à Scarlett. Le chaton se lova immédiatement dans ses bras, et ronronna comme un diable contre sa poitrine. Mon cœur se remplit aussitôt d’une grande chaleur. Bonheur. Tout simplement. Pour sûr ce n’était pas un rêve.
C’était mille fois mieux.




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Scarlett Dawbson
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MessageSujet: Re: Comme souffle le vent [pv Margaret] Terminé   Mar 13 Déc - 14:48

( Cette musiiiiique <3 <3 =') désolée pour le retard! )

- Je me suis complètement laissée couler…Je me sentais horriblement coupable, et toute vide, on t’avait une fois dérobé à moi, et voilà que la vie me retirait celui que j’aimais… Il me manque toujours, mais je vais beaucoup mieux…grâce à toi.

Je fus presque terrifiée de voir les larmes apparaître au bord de ses yeux et menacer de couler le long de ses joues. J'avalai ma salive, me sentant coupable. Mais en même temps... J'avais tellement, tellement besoin d'entendre parler de lui, de savoir qu'ils s'étaient aimés, qu'il m'aurait aimé. Notre famille, nous étions en train de la construire, et je ressentais un besoin irrépressible de remuer le passé, mais si une partie de moi hésitait, ne voulant pas blesser ma mère, seule rescapée de cette histoire d'amour inachevée. Je ne me lassais pas d'observer le portrait d'Evan Dawbson, j'étudiais ces traits, la lueur de ses yeux, son demi sourire, et je l'imaginais main dans la main avec ma mère, je l'imaginais la prendre dans ses bras, la faire sourire. Je n'avais pas les moyens de juger, mais pourtant j'étais persuadée que c'était un amour véritable, comme j'en avais rêvé, comme j'avais pu le lire dans tous mes romans préférés. Qu'elle se soit laissée couler... Je le concevais tellement; je ne prétendais pas avoir vécu quelque chose d'aussi fort mais je connaissais cette sensation de tout perdre, de se sentir seule, seule, vraiment seule, de perdre tout espoir, de se sentir incapable de combler, à jamais, ce trou qu'on nous avait foré dans le cœur.

Mon regard se porta sur la bague qu'elle m'avait offerte, leur bague de fiançailles, qui brillait doucement à la lumière de la cheminée. Mes cheveux tombaient de chaque côté de mon visage et me cachaient un peu, et une larme coula de mon œil et tomba juste sur mon doigt, sur les petits diamants. J'aurais aimé avoir les pouvoirs de lui rendre le sourire. A quoi servait la magie, puisqu'elle ne rendait même pas possibles les choses impossibles? Je me fichais de savoir transformer des pots de fleur en souris. Moi je voulais changer ce qui nous faisait du mal.

Je posai ma tête sur son épaule, sans mot dire. Nous n'avions pas eu l'occasion de vivre notre deuil et je le ressentais en ce moment précis. Il nous manquait. Il nous manquerait toujours. Mais pourtant mon cœur était gonflé de tous ces souvenirs et je sentais mon père vivre au fond de moi : notre amour le rendait vivant, et tant que nous l'aimerions, il vivrait à travers nous. Cette pensée me donna un peu plus de chaleur. J'espérais, plus que tout, être à sa hauteur, j'espérais lui ressembler un peu, pour lui faire honneur, et pour le rappeler à ma mère, qu'elle voit que leur enfant portait en lui le souvenir de son père.

Nos silences étaient rythmés du bruit léger du vent au dehors qui battait les volets, du feu qui crépitait dans la cheminée, des sons ténus de la rue. Je les appréciais tout autant que nos discussions. C'était presque incroyable que tout soit devenu parfait si vite - il m'apparaissait qu'en quelques semaines, je vivais la relation dont j'avais toujours rêvé avec ma mère. Si nous étions encore en train de découvrir des choses l'une sur l'autre, nous étions apprivoisées depuis longtemps, et tout me paraissait naturel à ses côtés. Rester sans un mot, parler de tout, de rien, rien ne me dérangeait à présent. Si je craignais toujours de la décevoir, ce n'était que moi, ce n'était qu'à cause du peu de confiance que je me portais, mais elle, elle avait ma confiance toute entière, une confiance aveugle. J'étais heureuse d'en être là, car je vivais enfin ce que je n'avais même pas osé espérer depuis mon enfance.


- Scarlett, tu es tout à fait normale. Tu sais pourquoi il y a des gens qui ne l’acceptent pas ? Parce qu’ils refusent de sortir de leurs petits codes classiques, parce qu’ils préfèrent imposer des règles stupides aux autres et leur mettre des barrières. Une mère souhaite que son enfant aime et soit aimée. Si tu avais trouvé la sensibilité, la tendresse et l’amour que tu recherchais en cette personne, je ne vois pas ce qu’il y a à blâmer.

Elle me rassura en disant ces mots, et je me sentis comprise, au moins. Si elle pensait cela, il devait y avoir au moins quelques personnes qui pensaient pareil. Cela m'aidait à me sentir plus forte. Je me rappelais de ce jour avec Taylord où j'avais du essuyer des remarques peu sympathiques - Taylord aussi avait pris ma défense. J'avais toujours pensé que de toute façon, ma vie ne regardait personne et que je n'allais pas me laisser juger. Mais parfois, je doutais, parce que les attaques me rendaient vulnérable.

Notre promenade à Pré-au-Lard avait un goût de paradis, de perfection. J'avais boutonné mon manteau et je ne sentais absolument pas le froid. Je ne sentais que l'air frais de cet après-midi d'octobre, la clarté du ciel, les petits rayons de soleil qui filtraient parfois et se déposaient sur ma peau. L'air sentait bon, selon les échoppes devant lesquelles nous passions, je sentais des effluves de thé, de parfum, de papier, de toutes ces odeurs de vie; il n'y avait pas trop de monde et cela ressemblait à un de mes rêves où tout était parfait sans pour autant être sensationnel. Je riais avec ma mère, de tout et de rien, je tenais sa main, je lui montrais des choses, nous discutions, et tout me semblait simple, beau.

Alors que j'avais le nez collé contre la vitre, je sentis le bras de ma mère m'entourer et son regard se joindre au mien. L'instant d'après, elle rentrait dans la boutique et moi avec, avant que je n'ai eu le temps de prononcer quoi que ce soit. Je compris ce qu'elle avait en tête et voulu l'en empêcher - je ne voulais pas qu'elle croit que je me serve d'elle pour avoir des cadeaux. Mais elle héla la vendeuse :


-Mademoiselle. Ma fille désirerait ce chat. Je suis heureuse de te l’offrir. Il te tiendra compagnie à Poudlard, il m’a l’air déjà bien attaché à toi.

On me le mis d'office dans les bras. "C'est une fille", m'indiqua la vendeuse. Je n'arrivais pas à décrocher un mot - le petit animal était tout chaud et s'était installé tout contre moi après avoir fermé les yeux de plaisir, comme si j'étais la chose la plus merveilleuse qui pouvait lui arriver. Ma mère paya et la vendeuse nous laissa, après nous avoir confié quelques ustensiles comme une gamelle et des croquettes pour le chat.

- Elle est contente d'avoir trouvé une famille, finis-je par dire, la gorge un peu nouée par l'émotion. C'était un cadeau inestimable, même si j'étais un peu gênée qu'elle me l'ait fait, je savais que ça lui faisait plaisir. Pour la première fois, j'avais un animal, et je me sentais pleine d'une immense responsabilité. Qui plus est, en disant ces mots, je sentis un lien invisible entre ce petit chaton et moi, tous les deux nous mettions le pied dans quelque chose de tout nouveau pour nous, et qui nous ravissait.

- Je vais l’appeler Nelly, continuai-je avec un petit sourire. Je n'hésitai pas une seconde, Nelly était un personnage de l'un de mes livres préférés, les Hauts de Hurlevent, et ce petit chat aux poils gris et doux, avec ses petits yeux bleus, semblait fait pour porter ce nom.

Et puis je fis un pas vers ma mère et me serrais contre elle, de côté, pour ne pas écraser Nelly, entourant sa taille de mon bras, avant de murmurer :


- Merci, Maman.

Elle sentait bon et j'entendais son cœur battre légèrement. J'avais la tête contre son ventre et je me sentais apaisée, sereine - je me sentais à la maison. C'était sans doute de cela que l'on parlait en mentionnant le bonheur d'être "chez soi". Je n'avais pas de chez moi à proprement parler, Poudlard n'était pas ma maison, et le foyer l'avait été, mais plus maintenant. Aujourd'hui, je l'avais retrouvé, ce foyer perdu.

Elle m'entraîna dehors et nous marchâmes encore un peu. Je flottais plus qu'autre chose, dorlotant mon nouveau petit chat que j'avais recouvert de mon manteau. Seule sa petite tête sortait de mon col et il semblait parfaitement s’accommoder de cette situation. Maman prit la direction d'un salon de thé et j'acceptai volontiers son invitation à prendre le goûter - je me rendis compte alors que j'avais faim, seulement maintenant, tant mon esprit avait d'autres choses à s'occuper. Je la suivis dans le joli petit salon, et instantanément notre première rencontre me revint à l'esprit. Je regrettai un peu d'avoir été aussi froide, mais je savais que tout était oublié, à présent. Je m'installai sur la banquette tout contre elle et Nelly se coucha en boule sur mes genoux.


- Tu étais comment quand tu avais mon âge? Parle-moi de toi, lui demandai-je, les yeux brillants.

Cette journée était sans doute la plus belle de toute ma petite vie.

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Margaret Winter
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MessageSujet: Re: Comme souffle le vent [pv Margaret] Terminé   Mer 4 Jan - 19:58

Désolée aussi pour le retard ma petite fille ♥


Ce que je ressentais était indescriptible ; et pourtant tellement présent. Je me remémorais ces lettres avec Scarlett où j’avais chaque fois recommencé mon parchemin, les mots paraissaient tellement fades, sans vie, faibles à côté de mes émotions ! Les phrases que j’esquissais étaient mièvres et superficielles, comme si elles étaient là pour combler un courrier où je n’avais rien à dire ; alors qu’intérieurement, je débordais d’émotions. Je savais que ma fille me ressemblait par ce côté-là, c’était là la magie de notre lien, cette harmonie qui s’était installée sans prévenir : nos yeux et nos silences en disaient tellement plus sur la beauté des instants que nous partagions. Depuis que Scarlett m’avait appelée Maman d’une voix certes timide, mais sincère, j’avais la sensation grisante d’avoir trouvé un but à ma vie. Sans doute était-ce désuet de dire que l’amour triplait votre force – ça ressemblait à une de ces phrases sorties tout droit d’un conte de fées- mais je m’autorisais le droit de croire que ma vie en était un désormais. Il me semblait juste qu’après avoir traversé tant d’étapes douloureuses, lorsque nous étions séparées, nous avions le droit au happy ending une fois réunies.

Je n’arrivais pas à me lasser du sourire qu’elle arbora une fois le chat dans ses bras. Je savais que Scarlett était ce genre d’enfants à se réjouir d’un rien, c’était l’attention qui comptait pour elle. Je savais aussi qu’elle allait chérir ce chaton avec plus de tendresse que n’importe qui ; je l’imaginais déjà regarder le feu avec le chat à son côté. Et sourire une nouvelle fois, parce que même si le moment était empreint de simplicité, ça mettait du baume au cœur, tout simplement parce qu’elle était heureuse. Elle était tout le contraire d’une enfant capricieuse, et je vis son visage se colorer d’un rose enfantin, et je savais que ce n’était pas le froid qui était en cause. Elle ne quémandait rien, et c’est ce qui me donnait envie de lui faire plaisir. Mes attentions devaient quelque peu la surprendre, mais je savais qu’elle me comprenait. Je ne lui avais pas offert la bague ou le chaton pour qu’elle me gâte en retour. Je ne la gâtais pas pour mieux la corrompre et l’acheter. Les cadeaux avaient une bien drôle de valeur chez les Winter ; j’en venais presque à espérer ne pas en avoir. Là-bas, mon ancien foyer, les présents étaient plutôt un moyen de faire pression. Jamais rien n’était offert de façon simple, il y avait un calcul, une stratégie derrière. Toujours.


- Merci, Maman.

Si dans un premier temps, j’accueillais ses remerciements tout simplement, il me revint que c’était seulement la seconde fois qu’elle s’adressait à moi de cette manière. Evidemment, je ne calculais pas toutes les avancées qu’il y avait eu dans notre relation, j’avais trop peur de les gâcher en les comptant, mais ce mot avait une saveur toute particulière. L’entendre me rappelait que j’étais mère, sa mère, et que nous étions une famille. C’était ce que j’avais toujours voulu. C’était tellement étonnant de recevoir tout ce bonheur, toute cette reconnaissance que je n’avais jamais eu ; et je savais que maintenant que j’y avais goûté, je ne pouvais plus m’en passer. Je la sentis soudain contre moi, et je savais que son étreinte était spontanée, ce qui ne la rendait que plus agréable. Je ne voulais surtout pas qu’elle se force. Si autrefois nos démonstrations d’affection étaient plus réservées, peu à peu nos corps se détendaient, et tout semblait plus naturel et plus facile. Ce n’était pas de la politesse, ça partait d’une véritable envie : celle d’être plus proches.

Elle était toute frêle entre mes bras, j’avais presque peur de la casser, mais ce n’était qu’une façade : sous son physique délicat, elle était une des personnes plus courageuses que je connaissais. Sa bravoure ne demandait qu’à se révéler. Elle m’avait parlé dans ses lettres de la période où les Mangemorts avait pris d’assaut le château, elle m’avait aussi dit que sa meilleure amie était à l’infirmerie, qu’elle était restée à son chevet pendant de nombreuses heures parce qu’elle ne pouvait pas l’abandonner. Je me souvins que Scarlett avait été répartie à Gryffondor, et que le courage était un de leurs principaux atouts. Scarlett avait cette qualité en elle, oui elle ne possédait sans doute pas le courage dont tout le monde parlait, mais le sien était unique. Il se dévoilait quand les autres avaient besoin d’elle, et c’était mieux à mes yeux.
Je saluais la vendeuse et repris sa main entre la mienne, derrière la vitrine, je voyais la propriétaire du magasin nous contempler d’un air maternel, et admirer l’entente merveilleuse qui était tissée entre nous. De loin, j’apercevais un salon de thé qui avait des allures de cocon, des couleurs pastel ornaient la vitrine et tout invitait à la gourmandise et à la douceur. La porte fit un petit son cristallin lorsque nous entrâmes, et je m’assis en face d’elle, nos mains toujours entrelacées. Je commandais pour nous deux quelques gâteaux roses et recouverts d’étoiles en pâte d’amande, la spécialité de la gérante. Scarlett me regardait, les iris étincelants et j’avais envie de crier à tous les gens dans le salon qu’ils ne pouvaient pas être plus heureux que moi. Mais non, je préférais garder cela privé : cet instant nous appartenait.


- Tu étais comment quand tu avais mon âge? Parle-moi de toi.

Mes quatorze ans…Il y avait tant de choses que je pouvais lui raconter, pas forcément que des bons souvenirs, mais là maintenant, je n’avais pas envie de m’en souvenir. Je voulais lui montrer les bons aspects de ce que j’avais vécu-là bas, j’avais envie de dessiner le souvenir d’une Margaret Winter heureuse. Ce n’était pas un mensonge, à Poudlard, j’avais vécu de beaux moments, et c’était ceux-là qu’une mère transmettait à son enfant.

-J’étais tout le contraire de la Serpentarde telle qu’on la décrit encore, fis-je, ponctuant ma phrase d’un petit rire. Gryffondor et Serpentard n’avaient jamais eu d’atomes crochus, même à mon époque. Il faut croire que certaines choses restaient inchangées, dont cette guerre entre maisons. J’étais studieuse, et je crois que j’ai passé plus de temps que n’importe qui dans la bibliothèque ! J’avais des amis, mais il y avait tout de même beaucoup de distance entre nous…rien à voir avec les liens que tu entretiens avec tes propres amis. J’étais effacée, je n’exprimais pas beaucoup mes sentiments mais, cette fois je pressais sa main avec plus de vigueur, j’aimais Poudlard. Il faut du temps pour s’adapter mais c’était mon foyer, je m’y sentais bien. La coupe des maisons, le Bal de Noël, même les professeurs qui nous accablaient de devoir me manquent parfois. De temps en temps, j’ai l’impression de n’en avoir pas assez profité. Tout ça passe vite. Je ne veux pas que tu aies l’impression que le temps a filé à la vitesse de la lumière. A chaque heure, j’avais l’impression qu’elle en savait plus sur moi et réciproquement. Que nous nous connaissions par coeur.

Les barrières entre nous avaient définitivement disparu.

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MessageSujet: Re: Comme souffle le vent [pv Margaret] Terminé   Mar 17 Jan - 21:52

C'était plus qu'une pause dans le temps, qu'une accalmie dans ce tourbillon qu'était la vie, c'était un regain, une renaissance. Le soleil dardait timidement ses rayons à travers les nuages bancs et entourait l'avenue commerçante d'un halo de lumière claire et revigorante, bien que pâle. C'était comme cela exactement que je vois mon existence à présent : l'aube d'un matin nouveau, encore faible, mais pleine de promesses. Pourtant, y avais-je cru un jour? Jamais. Longtemps j'avais cru que ressasser une chose suffisait à la rendre vraie. Aujourd'hui, le voile s'était levé sur la vérité : j'avais beau me persuader depuis toute petite que je vivais très bien sans mes parents, il restait une partie de moi orpheline à jamais qui pleurait seule dans le noir, malgré toute ma volonté à ne pas plier sous le chagrin. Cette parie m'avait été rendue, enfin, et elle avait retrouve ce qui lui manquait depuis toujours : une mère. C'était une sensation indescriptible. Dans ses yeux je lisais une admiration sans faille - comment était-ce possible que j'éveille chez quelqu'un de tels sentiments?! - et surtout je sentais un courant, un contact, que rien n'aurait pu empêcher. "Les liens du sang" prenaient tout leur sens, à présent : ce liquide vital qui pulsait dans mes veines, c'était le même que le sien, le même que celui de mon père défunt, c'était leur amour à jamais immortel, leurs espoirs, qui se cachaient dans les recoins de ma chair. Je me sentais enfant pour la première fois, je me sentais appartenir à quelqu'un mais dans le vrai sens du terme, et je trouvais un intense réconfort dans sa façon de me tenir la main comme si elle aurait tout fait pour m'empêcher de tomber ou de trébucher.

J'avais tout oublié de notre rencontre, quand j'avais été si mauvaise, si méfiante. Je ne gardais que le meilleur, bien au chaud, rien que pour moi. Je voyais son regard sur moi pour la première fois, j'entendais ses premiers mots un peu hésitants, son histoire poignante qu'il m'avait fallu un certain temps pour assimiler. Si j'avais douté quelques temps, aujourd'hui, la page était toute blanche. Jamais je n'allais remettre ses paroles en cause car je sentais la véracité des faits sous la retenue et la pudeur de ses propos. Parfois, quand j'y pensais, je sentais mon cœur battre d'une colère sourde. Comment des parents pouvaient-ils infliger cela à leur enfant?! Il me semblait que c'était un des traits de caractère de la société sorcière, ces gens qui haïssaient les moldus et qui se targuaient de sang-pur, de la même façon que les Nazis avaient tenté de détruire l'Europe durant la Seconde Guerre Mondiale. Ces similitudes me frappaient. Ethnies, religions, origines, pourquoi trouvions-nous toujours un moyen d'éradiquer les plus faibles ou les minorités? Mais j'admirais ma mère pour ce qu'elle avait subi, en silence, je l'admirais pour avoir oser faire un pas hors des sentiers battus et pour avoir aimer mon père. Pour le reste je ne lui en voulais pas - je n'avais jamais été à sa place et je ne le serais jamais, commet aurais-je pu juger? Je savais juste qu'elle avait vécu l'enfer et qu'elle avait tout perdu. Cette certitude sonnait en moi un petit air de déjà-vu. Pouvais-je décemment blâmer ma mère, alors jeune, de s'être laisser sombrer, alors que si Haruhi n'avait pas été là ce soir-là, j'aurais sûrement cédé à l'envie de me jeter du haut de la tour d'astronomie?...

Nelly contre moi ronronnait sans bouger, déjà à l'aise, chez elle. Si j'en avais été capable, j'aurais également ronronné. L'air frais qui me rosissait les joues était juste supportable pour ne pas me faire frissonner mais pour aviver en moi ce bien-être bien trop longtemps oublié. Comme quoi... Il n'était pas si loin. Comme toujours, le bonheur surgissait là où on l'attendait le moins; et pour la première fois j'avais une once d'espoir qu'il ne s'évapore pas de si tôt.

Nous nous installâmes dans le confortable petit salon de thé et j'installai Nelly sur mes genoux; elle paru inspecter les lieux, renifla le fauteuil, puis tourna en rond et se coucha en boule, la queue battante pour marquer son contentement. Quant à moi, je m’aperçus que j'avais soudain très faim, et n'attendant pas plus, je mordis dans un petit gâteau qui avait l'air aussi bon qu'il était joli. Les décors sur le dessus étaient faits de sucre coloré et comme je soufflai sans faire exprès, il y eut un petit nuage de couleurs pastels qui s'envola au-dessus de la tête et me fit éternuer - après quoi je ne retins pas un petit rire en cherchant le regard enjoué de ma mère. Elle tenait ma main, posée sur la table, et la bonne odeur du thé me détendait toute entière. Il n'y avait pas d'autres mots : nous étions bien. Tout simplement.


-J’étais tout le contraire de la Serpentarde telle qu’on la décrit encore, commença-t-elle, apparemment heureuse de me raconter des choses que nous n'avions pas encore partagées. Gryffondor et Serpentard n’avaient jamais eu d’atomes crochus, même à mon époque. Il faut croire que certaines choses restaient inchangées, dont cette guerre entre maisons. J'haussai les épaules, peu touchée par la question - les us et coutumes de Poudlard étaient pour moi de vagues notions que je n'avais pas spécialement envie d'approfondir. J’étais studieuse, et je crois que j’ai passé plus de temps que n’importe qui dans la bibliothèque ! J’avais des amis, mais il y avait tout de même beaucoup de distance entre nous…rien à voir avec les liens que tu entretiens avec tes propres amis. J’étais effacée, je n’exprimais pas beaucoup mes sentiments mais, j’aimais Poudlard. J'avalai ma bouchée pensivement. J'avais la sensation que ces paroles m'étaient en quelque sorte adressée. Aimer Poudlard? Je n'avais pas encore trouvé le moyen d'y parvenir - ou plutôt, le seul moyen que j'avais trouvé s'était évaporé entre mes doigts... Il faut du temps pour s’adapter mais c’était mon foyer, je m’y sentais bien. La coupe des maisons, le Bal de Noël, même les professeurs qui nous accablaient de devoir me manquent parfois. De temps en temps, j’ai l’impression de n’en avoir pas assez profité. Tout ça passe vite. Je ne veux pas que tu aies l’impression que le temps a filé à la vitesse de la lumière.

Je laissai Nelly lécher le bout de mon doigt où s'étaient posées quelques miettes. Je regardai ma mère - comme ce mot était doux à mes oreilles - en me disant avec plaisir que tout cela n'était que le début : il nous restait encore des journées entières à parler de nous, tranquillement, comme si le monde qui tournait autour de nous n'avait plus aucune influence.

Allais-je oser dire ce que j'avais sur le coeur? Cela me faisait un peu peur de me confier à nouveau toute entière à quelqu'un mais... Une mère, on n'en avait qu'une seule, et à jamais, n'est-ce pas?


- Je n'aime pas Poudlard. Je crois que je ne m'y ferais jamais. C'est avec toi que je me sens... chez moi.

J'avais parlé tout bas, en m'excusant presque. Mais au moins, c'était dit. Quant au temps... Il ne passait pas si vite que ça, au contraire. Il n'avait pas filé. Il commençait seulement. C'était aujourd'hui que tout commençait. Et pour longtemps.

~ FIN.

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