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L'obscure clarté [PV]

 
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 L'obscure clarté [PV]

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MessageSujet: L'obscure clarté [PV]   Sam 26 Déc - 20:55

En gros, c'est moi qui héritait de la corvée.

Il fallait bien qu'il y ai quelqu'un qui s'y colle, et cette malheureuse personne n'était autre que moi. Ces stupides sorciers avaient beau penser le contraire, nous étions pourtant une belle flopée de mangemorts, et sur ce joli éventail de choix, allez savoir pourquoi, c'était Powell qui allait devoir se charger de la nouvelle recrue de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom aujourd'hui !

J'entrais au Chaudron Baveur où je ne saluais personne, comme à mon habitude. Le barman ne m'adressait même pas un regard et continuais d'essuyer inlassablement ses verres à l'aide d'un vieux chiffon dégueulasse. Je passais par la porte de derrière, qui débouchait sur l'extérieur, un endroit exigu, crade et puant. Je sortais gracieusement ma baguette magique et tapotait le mur nu qui se trouvait en face de moi sur des parties bien précises. L'instant d'après, le Chemin de Traverse faisait sont apparition.
Je traversais la rue principale en regardant autour de moi, histoire de vérifier que personne ne me prêtait une attention particulière. De toute façon, il y avait tellement de monde à cette heure ci que je n'avais pas grand chose à craindre. Je marchais à grand pas; soudain, je m'engouffrais dans une rue plus sombre. Quelque minutes plus tard, je débouchais sur l'Allée des Embrumes, le lieu de rendez-vous.

Tout ce que je savais de cette jeune personne, c'était que c'était une fille, mais personnellement je ne m'attendais pas à rencontrer le nouveau serviteur du Seigneur des Ténèbres de demain. Elle était à Serpentard, bien évidemment; est-ce que cela suffirait-il pour remplir toutes les conditions nécessaires ?
Pourtant, se mêlait en même temps la folle envie de la voir. Si elle avait été choisit, ca ne devait pas être pour rien. Déjà, j'avais hâte de savoir comment elle allait faire pour sortir de château sans se faire remarquer. Il y avait sûrement des passages secrets, certes, mais ensuite, comment s'y prendrait-elle pour débarquer discrètement dans l'Allée des Embrumes ? Étant élève à Poudlard, elle ne devait pas être en âge de transplaner. Peut-être avait-elle aussi comprit qu'il s'agissait d'un test. Si elle était incapable de se barrer de ce lycée de fou pour ensuite nous expliquer comment faire pour pouvoir s'y introduire un jour, elle ne servirait à rien.

Donc pour le moment, je l'attendais. Adossée contre un mur froid, je regardais les rares passants qui s'aventuraient par ici. Tous des gens louches, au visage disgracieux et avec une odeur infecte. Rien que de voir ce spectacle, cela me dégoûtait; comment pouvait-on en arriver là ?
Une vieille sorcière m'accostait. Je la repoussai de la main avec fougue et la frêle femme tomba à la renverse. C'était tellement minable que j'éclatais d'un grand rire sadique, et sans l'aider à se relever, je la dégageais de mes pieds et rentrais dans un Pub, préférant attendre la gosse à l'intérieur, et dans un endroit plus chaud.
Chaud ? Pas si sûr, le bar était miteux et il y faisait presque plus froid que sur la place. Mais peu importait, il n'y avait pas âme qui vive, à part le dirigeant qui était en plus de ca, à moitié sourd. Nous serions donc tranquille pour notre petite conversation privée. Pour passer le temps, je commandais un hydromel. J'étais en train de douter de la venue de notre amie...

Je n'avais jamais été d'un naturel patient, et je n'aimais pas qu'on me fasse attendre. Cela n'aurait tenu qu'à moi, je serais déjà partie, cependant, c'était un ordre du Seigneur des Ténèbres lui-même et c'aurait été de la folie que de désobéir à ses requêtes ! J'étais exaspérée. Qu'à cela ne tienne. Je n'avais pas d'autre choix que de rester ici.

Tant pis, je débouchais la bouteille d'un coup de baguette magique et me versait un peu à boire dans une coupe. Je buvais le liquide d'une traite. Rien de tel qu'un petit remontant en cette période !


Dernière édition par Cléophée Powell le Sam 24 Avr - 17:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'obscure clarté [PV]   Dim 27 Déc - 22:38

Il arrive un moment dans la vie où l'on n'a plus envie de ne rien faire, juste de se poser tranquillement dans un fauteuil avec une tasse de thé chaud entre les mains et se vider la tête de toutes les pensées qui nous bourrent le crâne tout en écoutant du Debussy. Je ne mangeais plus depuis quelques jours. J'étais entrée dans un tel état d'asociabilité qu'il m'était impossible de parler à quiconque sans péter les plombs. Mes nerfs qui lâchaient pour un rien étaient certainement dus à mon manque de sommeil vital, à la pression que l'on me mettait tous les jours, et surtout celle que je m'imposais moi-même, m'obstinant à apprendre des sortilèges hors-programme scolaire, d'une complexité rocambolesque pour mon niveau d'élève de troisième année. De grosses cernes sous les yeux, mon regard déterminé me donnant un air malsain, j'étais malade et angoissée par la peur de ne pas être à la hauteur de tout ce que l'on attendait de moi. Je devais m'accrocher, car, incontestablement, j'étais seule, sans personne pour m'aider. Mais je voulais prouver à tout le monde, et surtout à moi-même en fait, que j'étais capable de m'en sortir sans l'aide de quiconque.

Il était minuit moins le quart sur le cadran de ma montre, je me frottai les yeux, avachie par terre dans les toilettes du dortoir, une pile de parchemins à mes cotés, un livre ouvert sur mes genoux, et la baguette trainant pitoyablement sur le sol. Les autres élèves dormaient déjà paisiblement depuis très longtemps, et j'étais la seule à trainer encore à une heure pareille. Je me levai pour sortir de la cabine, et me plantai face à un lavabo. Dans la glace je vis mon reflet pour le moins effrayant, ces longs cheveux entremêlés, cette mine épouvantable, ces yeux fatigués, ce pyjama enfilé à l'arrache découvrant mon épaule droite, j'avais du mal à me reconnaître. J'ouvris le robinet, et laissai l'eau couler sous mes doigts pendant un court laps de temps. Je m'en aspergeai le visage, puis relevai péniblement la tête, me regardant droit dans les yeux. Je ne m'étais jamais encore trouvée aussi maigre et pitoyable. Je trémoussai ma tête de droite à gauche, essayant de me réveiller, et d'émerger.

Dans une heure, j'étais sensée me trouver dans l'allée des Embrumes. La première fois que je m'étais avisée de m'y aventurer, -et j'avais été involontairement accompagnée par Aleksandr Petchorine, ce que je ne risquais pas d'oublier- j'étais revenue saine et sauve, mais ce qui m'inquiétais n'était pas l'obscurité des lieux, ni même les marchandises loufoques que l'on y vendait, mais surtout ce que l'on allait me demander de faire pour me tester. Sans doute, j'imaginais que l'on allait me tester, pendant très longtemps d'ailleurs, je ne pouvais rejoindre ainsi les rangs du Seigneur des Ténèbres en un simple claquement de doigts, et on allait me mettre à l'épreuve. Je n'avais pas le droit à l'erreur, parce que j'étais certaine que mes nouvelles fréquentations n'allaient pas me considérer comme un cadeau, et pouvaient profiter d'un rien pour m'écraser. Je devais me tenir sur mes gardes, me concentrer, et avoir l'air sure de moi.

Après m'être avoir enfilé des habits convenables sous ma cape de sorcier, je me couvris de ma capuche, et sortis de la salle commune. Se promener la nuit dans le château n'était pas chose facile et demandait beaucoup de discrétion, cependant, cela faisait à plusieurs reprises déjà que je sortais de la salle commune pendant des heures interdites. Je pénétrais dans la salle sur demande, qui me fut accessible beaucoup plus facilement que les fois précédentes, car j'avais réellement besoin de passer par l'armoire à disparaître. Une fois arrivée chez Barjow et Beurk, je fis attention à ne regarder personne dans les yeux, à ne pas sourire et à passer le plus inaperçu possible. On me bouscula sur mon passage, mais je ne me cachai que davantage sous ma capuche, bien trop fatiguée pour faire quoi que ce soit. Je marchai machinalement sur l'allée des Embrumes sur une distance plus ou moins courte, guidée par mes jambes efflanquées, là où elles voudraient bien me porter, autrement dit, au bout de la rue, le lieu prévu du rendez-vous.

Je regardai ma montre, constatant que j'étais légèrement en retard. Je n'avais aucune envie de rester seule ici dans le froid, entourée de ces gens louches, qui ne faisaient que me répugner. J'avais l'impression d'être sur le point de m'évanouir, étant donné la quantité insignifiante de nourriture que j'avais ingurgité pendant la semaine, j'allais faire une crise d'hypoglycémie d'une minute à l'autre si je n'avalais rien, mais aussi la fatigue m'assommait énormément. Bref, je étais d'humeur très irritante. Alors non, dans ces conditions, je n'étais pas prête à tolérer longtemps que des gens bizarres m'abordent. Je regardai autour de moi, pour observer les passants un par un.

La personne qui devait me rencontrer ne savait pas grand chose de moi, tout comme moi, je ne connaissais pas grand chose d'elle. Il s'agissait d'une femme, Cléophée Powell elle s'appelait, d'après la description de Charlie, elle était brune, jeune, de taille moyenne, et jolie mais effrayante. C'est alors que j'aperçus une fille correspondant totalement au portrait, dans la vitrine d'un bar miteux.

J'entrai prestement dans les lieux, constatant rapidement que nous en étions les deux seules clientes. Je m'assis à sa table, et ôtai ma capuche, laissant découvrir mes longs cheveux châtains ébouriffés et ma mine noire. Je jetai un coup d'oeil sur sa bouteille d'hydromel à moitié vide.


Tu dois être Cléophée. Enchantée.

Je réprimai un sourire des moins expressifs et sincères, commandant une bierreaubeurre.


Dernière édition par Chloe Ruiz le Sam 23 Jan - 12:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'obscure clarté [PV]   Jeu 31 Déc - 14:00

Ponctualité, zéro. Bon, passons. Elle partait déjà avec des points en retard, elle devait à présent faire ses preuves pour les rattraper. J'en vidais un peu plus ma bouteille d'hydromel... Je sentais les yeux du propriétaire des lieux fixés sur moi et je devais faire appel au peu de patience qui me restait pour ne pas dégainer ma baguette magique et lui lancer un des trois sortilèges impardonnables pour lui ôter l'envie de dévisager ses clients aussi impoliment.
Je n'aimais pas les gens, pour moi ce n'était que des êtres exécrables, sans intérêt, niais à souhait et j'en passe. Leur connerie me faisait tellement de peine, que parfois, je préférais abréger leurs souffrances, alors, le lendemain matin, il y avait à la lune des journaux, une disparition ou une mort étrange... Mais ces imbéciles étaient tellement crédules que pour eux, cela ne pouvait être l'acte des mangemorts ou du Seigneur des Ténèbres... Pauvres mortels.

Malgré mon grand respect pour mon maître, je me demandais comment il pouvait attribuer sa confiance à n'importe qui, surtout une collégienne. Je doutais qu'il en sache plus que moi à son sujet, mais comme nous n'étions que de simples "sbires" je n'avais pas le moindre choix que de devoir rencontrer la gosse; même si pour moi c'était une évidence maintenant, elle ne viendrait pas.
J'allais donc devoir m'emmerder toute la nuit ici, avec pour seule compagnie ce vieux pervers dégoûtant à qui j'aurai volontiers crevé les deux yeux avec mon bout de bâton. La terrible menace planait dans l'air, telle la marque des ténèbres... Bon sang, je préférais encore être entourée de moldus.

Une ombre pénétra à son tour dans le bar. Il ne manquait plus que ca, vraiment ! Avec le bol que j'avais c'allait encore être une sorcière toute desséchée qui allait vouloir me vendre un élixir de jeunesse ! Du parle d'un paradoxe, ouais ! Elle s'approchait véritablement de ma table... Je la regardais s'asseoir en face de moi, et c'est à ce moment là, alors qu'elle enlevait sa capuche, que je comprenais que ce n'était autre que la jeune recrue, Chloé Ruiz.

- Tu dois être Cléophée. Enchantée.

Ça m'évitait de gaspiller ma salive, c'était déjà ca, même si je me demandais bien comment elle avait appris mon nom... Bah, de toute façon, tout finissait par se savoir dans ce bled pourri. Je regardais son sourire figé. Était-elle autant contente que moi d'être ici ?

- Salut.

C'était bref, surtout que je savais que j'allais devoir lui expliquer tout un tas de bazar compliqué qui ne m'intéressait guère. En dépit de tout ca, elle était quand même venue. Elle venait de remplir une partie du test. Allait-elle tenir la coup jusqu'à la fin de la nuit ? J'allais déjà voir, si niveau émotion, elle était solide.
J'attendais ce moment depuis tellement longtemps que c'est presque machinalement que je pointais le bout de ma baguette vers le barman.

- Doloris !

L'instant d'après, l'homme se tordait et gémissait derrière le comptoir. C'en était presque trop simple.

- C'est pathétique.

Je relâchai mon emprise et j'observai l'homme se relever péniblement. On pouvait à présent voir une lueur nouvelle au fond de ses yeux, et elle n'était plus du tout gourmande, comme tout à l'heure. Il y avait de l'effroi. Tant mieux, je n'aimais pas qu'on se paye ma tête.

- Apporte-lui sa bièreaubeurre et va voir ailleurs.

Aussitôt dit, aussitôt fait, le gros balourd posait immédiatement un verre sale ainsi que bouteille poussiéreuse avant d'aller se réfugier à l'arrière de son magasin. Notre petite conversation privée allait véritablement en devenir une.
Je m'intéressais de nouveau à la miss, et cette fois je lui lançais un sourire plus chaleureux. Après tout, si nous devions devenir de la même famille, il valait mieux que je commence tout de suite.

- Tu as déjà lancé un sortilège impardonnable ?

A l'aide de mes yeux sombres, je sondais chaque partie de son visage, essayant de découvrir un morceau de peau qui trahirait, sa crainte, sa peur, ou alors l'envie de tout révéler ce qui se passait à l'extérieur de Poudlard à un professeur. C'était mon rôle et même si quelque minutes auparavant, cette tâche était bien trop désagréable pour moi, à présent, je la prenais très à coeur, car au grand jamais je ne laisserai rentrer un traître parmi les rangs de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Elle pouvait être contente d'elle car pour le moment, elle ne s'en tirait pas trop mal. Mais elle avait à peine ouvert la bouche. Et là aussi, je n'attendais que cela, qu'elle se mette à parler, pour que je puisse saisir la moindre once d'hésitation dans sa voix.

Au fond, j'espérais qu'elle ne me décevrait pas. Il f'allait bien avouer que nous avions grandement besoin d'une taupe à l'intérieur de Poudlard... J'avais déjà hâte de berner tout ces maudits enseignants qui pensaient mettre à l'abris les enfants de sorciers en les protégeant à l'intérieur de l'école. Ces enfants gâtés ainsi que les traîtres à leur sang ne savait décidément pas ce qui les attendait au dehors...
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MessageSujet: Re: L'obscure clarté [PV]   Dim 7 Fév - 10:52

Il était temps pour moi de faire mes preuves. Le regard indéchiffrable, les souvenirs des semaines passées me revenaient en tête tandis que je me revoyais en train d'apprendre d'innombrables sortilèges en dehors des cours, de m'entrainer dans la Salle sur demande et de sacrifier des nuits et des nuits de sommeil pour me préparer... Je ne pouvais ni reculer, ni agir de façon déplacée, je n'aurais pas de deuxième chance. Il était hors de question que je dérape. Réussir ou souffrir. C'est tout. Quelque soit les tests, quelques soient les sacrifices que je devrais encourir, j'étais prête à tout, absolument tout. J'avais toujours eu beaucoup d'ambitions, et cette nuit-là, j'en avais rêvé toute ma vie. Après tout, je n'attendais que le moment où l'on m'estimerait à ma simple et juste valeur.

Je n'avais pas peur. Pourtant, les gens dehors m'évoquaient un certain malaise. Après tout, j'avais à peine quatorze ans, et sans doute paraissais-je plus fragile que n'importe quel sorcier de l'Allée des Embrumes à cette heure-là. Cependant, si j'avais bien compris une chose, c'est que ma détermination n'était peut-être pas aussi grande que je voulais le faire croire, mais il me fallait paraître sure de moi à tout prix. Une petite fillette perdue dans un endroit pas très commode était une proie beaucoup plus facile à atteindre, qu'une fille qui suivait une ligne droite, le regard déterminé et qui en l'occurrence, ne faisait que passer par un chemin ténébreux. En réalité, plus je m'avançais dans cette voie, et plus je prenais de l'assurance. Lorsque je fréquente les partisans des Ténèbres, plus rien ne peut m'effrayer.

Au moment même où je perçus Cléophée... Je sus tout de suite qu'il fallait me méfier et que je me devais de rester sur mes gardes au moindre de ses gestes. Dans son regard, je lisais une profonde monstruosité, ce qui ne manqua pas de me faire réfléchir. Dorénavant, j'allais être confrontée aux mangemorts, ceux dont suffit un simple regard pour vous donner la chair de poule, ceux qui sont et qui ont toujours été les bourreaux de l'histoire. J'avais toujours été attirée par ce genre de trait de caractère. L'art de la domination, l'inspiration à la peur, la source de respect, et une impression de puissance et de pureté, le tout combiné, il y avait de quoi impressionner. Oui, j'étais faite pour eux, et eux étaient faits pour moi. Je ne savais pas combien de temps me prendrait pour mûrir et m'habituer, un grand laps de temps sans doute. Mais j'avais déjà réussi à entrer en contact avec eux, ce qui pour moi, ne pouvait qu'être positif.

Je me demandais ce que cette femme pouvait bien manigancer pour me tester. Elle n'allait certainement pas me questionner sur mes motivations et projets futurs, ce dont elle devant s'en foutre royalement. Non, ces gens là avaient un tout autre fonctionnement, ils se basaient sur des faits réels, ils n'avaient pas besoin de mon baratin; "j'étais une simple étudiante de Poudlard, et un jour, j'ai décidé de travailler pour le plus grand mage noir de tous les temps...", ben voyons... Si ça avait été aussi simple, je n'aurais même pas eu besoin de passer par la case de départ. Non, j'allais certainement être confrontée à la difficulté. Et je ne mis pas longtemps à comprendre ce qui se passait, dès qu'elle eut enfoui la main dans la poche de sa robe de sorcier, j'écarquillai légèrement les yeux en retenant ma respiration.


Doloris !


C'est alors qu'une boule me serra le ventre. Je regardai l'homme gémir derrière le comptoir, à l'instar d'une mouche essayant de s'envoler tandis qu'on lui avait délibérément arrachée les deux ailes dans son dos. J'étais comme pétrifiée, le regard indifférent, la souffrance se reflétant dans mes pupilles sombres sans que je ne bouge d'un pouce, sans que je ne hurle, sans que je ne fasse rien. Je savais pertinemment que tout ça n'était qu'un test. Elle observait mes réactions, elle m'observait de son regard malicieux, je le sentais sans même avoir besoin de tourner les yeux vers elle. Peu à peu, mon rythme cardiaque revint à la normale, mais l'homme ne cessait de se lamenter encore et encore. A cet instant, je fis preuve d'une grande retenue, et appuyai mes doigts sur la table pour ne pas trembler. Puis, je tournai mon regard sur la mangemort. Je réprimai un sourire en coin.

J'imagine que ça aurait pu être bien pire si tu voulais tester ma consistance et que ce doloris m'était destiné...


Elle relâcha alors son emprise sur l'homme et rangea sa baguette. Les lamentations cessèrent, mais je ne relevai pas le regard vers la marionnette de Cléophée, de peur de me laisser submerger par mes émotions. La mangemort avait un sang froid incontestable, il valait mieux pour moi d'en faire de même, bien qu'il ma fallut encore quelque temps pour me remettre.

Apporte-lui sa bièreaubeurre et va voir ailleurs.


J'entendis les pas lents et douloureux du barmaid, tandis qu'il posa d'une main tremblante ma bierraubeurre sur la table, et s'empressa de se caser à l'autre extrémité de la salle. Je saisis le verre et le portai à mes lèvres pour en ingurgiter le contenu. Cette fois-ci, elle avait un gout dégueulasse, elle me sembla beaucoup plus amer que toutes celles que j'avais bu dans toute ma vie.

Tu as déjà lancé un sortilège impardonnable ?

J'avais l'impression que mon coeur s'était arrêté de battre. A la voir ici, jetant un sortilège de torture sur un homme sans valeur apparente, elle était comme un poisson dans l'eau. Le requin mange le thon, le thon mange le maquereau, et le maquereau mange les petits poissons. La loi du plus fort a toujours existé dans ce monde. Moi, j'avais l'impression d'être le thon, le requin, quant à lui, était en train de me chercher.

Non.

Ces heures supplémentaires auxquelles j'avais eu recours m'ont permis de m'avancer très loin dans l'étude des sortilèges. Cependant, je ne m'étais pas estimée assez forte pour expérimenter à tel point la magie noire. J'avais l'impression d'être vierge, ce qui ne manqua pas de me déstabiliser.


Du moins, pas sur un humain.

Le requin allait-il finir par me bouffer?
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MessageSujet: Re: L'obscure clarté [PV]   Ven 12 Fév - 22:44

Après tout, ce n'était ni plus ni moins qu'une gamine, et ce qu'elle venait de voir n'était qu'une mise en bouche de ce qu'elle allait vivre, en tant que sbire du Seigneur des Ténèbres, si un jour ce dernier lui offrait ce très grand privilège. Je n'avais l'air de rien, une véritable poupée de cire, le bourreau face au condamné à mort qui avait décidé de s'engager au bras de fer, pour savoir qui gagnerait à ce petit jeu là.

Des trois sortilèges Impardonnables, lequel était le plus terrible ? Ceux dont l'esprit était le plus étriqué songeaient immédiatement à celui de la mort, l'éclair de lumière verte, autrement dit, l'Avada Kedavra. Personnellement, je trouvais que c'était un peu simple comme solution, alors qu'il restait deux autres alternatives. Il subsistait encore le sortilège de l'Impérium, intéressant lorsqu'il s'agissait de transformer un personnage qui était censé être libre de ses mouvements en un simple pantin, idéal pour se faufiler dans les endroits où les mangemorts ne pouvaient aller sans se faire stupéfixer par une armée d'aurors aux yeux exorbités... Et enfin, le doloris, peut être le plus terrible des trois à mon goût, celui de la torture. Avec celui ci, nous avions le temps de souffrir, chaque parcelle, chaque morceau de notre corps pouvait être pareil à des lames de rasoirs tant que notre agresseur ne cessait pas la pression qu'il exerçait sur nous.

A présent, l'homme avait disparut au fond de sa boutique et il n'était pas près de débarquer de sitôt tant les parages, en tout cas, pas tant que j'occuperais la chaise de son bar. La gosse n'avait pas encore parlé et j'étais en train de me demander si il avait fallu que je sois plus douce avec ma victime... Je n'y étais pas allée de main morte et qu'elle reste aussi froide qu'une brise d'hiver pouvait laisser présager plusieurs signes. Soit elle était beaucoup moins ébranlée que je ne le pensais, soit au contraire cette petite démonstration l'avait complètement assommé. Dans tout les cas, je n'en avais encore pas terminé avec elle...

Car on avait beau me confier la mission la plus ingrate, si je la jugeais indigne de moi, je trouverais toujours un moyen de la refiler à quelqu'un d'autre. Si c'était moi qui devait montrer les ficelles du métier à la jeune, je préférais d'abord vérifier par mes propres moyens qu'elle était une bonne élève... Dans ce cas de figure là, alors j’y mettrais de la meilleure volonté.

- J'imagine que ça aurait pu être bien pire si tu voulais tester ma consistance et que ce doloris m'était destiné...

Mes pupilles glissaient vers les siennes et s'attardaient sur son regard, scrutant ses prunelles, puis ses lèvres pour tenter de détecter le moindre doute dans sa voix qui aurait pu la trahir. Après tout, il ne fallait pas que je perde de vue que je n'étais pas là pour m'amuser...
J'avais de la fierté, mais je savais reconnaître quelqu'un de doué, et celle que se tenait en face de moi, pour le moment, se défendait. Combien de temps allait-elle tenir encore cependant ? Pour l'instant elle ne voyait qu'un masque de moi comme je ne voyais qu'un maquillage d'elle. Nous étions en train d'évoluer dans une véritable mascarade. Cela pouvait durer un moment. Jusqu'à ce qu'elle est fait ses preuves.

Je détournai enfin mes yeux pour observer ma baguette magique, comme s'il s'agissait de mon âme et qu'il était impossible de me détacher de mon bout de bâton. A présent que nous n'étions plus que toutes les deux, j'étais beaucoup plus calme et paisible. J'étais certaine que l'autre gros balourd ne prendrait même pas le risque de venir écouter notre conversation... J'esquissai à mon tour l'ombre d'un sourire.

- Ce genre de requête peut toujours s'arranger...

Je caressai le bout de ma baguette avec mon index et l'embrassais avec mes lèvres aussi rouges que le sang, avant de poursuivre.

- Mais pas aujourd'hui. Je ne suis pas le genre de monstre que tu crois.

Étais-je en train de lui donner la clé vers la porte de sortie ? Une échappatoire ? Je baissais ma garde ? C'était une autre tactique, un autre angle d'attaque, et je devais tous les explorer pour mieux savoir à qui j'avais affaire. Nous disposions de peu de temps, et pourtant, il nous restait encore de nombreuses choses à voir !

Alors qu'elle répondais pas la négative à ma question je me relevais, mais lui faisais signe de rester où elle se trouvait.

L'instant d'après, j'étais de nouveau dans la rue à la recherche d'un cobaye pour la poursuite de notre test. Chacun avait sa méthode, et la mienne était de voir si elle arrivait à encaisser le plus de choses dégueulasses d'un coup, quitte à aller jusqu'à une issue fatale. Je n'étais pas là pour jouer avec les sentiments de toute manière. J'étais prête à aller très loin pour vérifier ses capacités. J'étais passée du côté noir depuis longtemps maintenant, je n'étais plus récupérable à présent.
Comme je n'avais pas envie de griller les étapes trop rapidement, je repérais un clébard au détour de la rue, crade et sans doute infesté de puces, et surmontant mon dégoût, le soumettait à l'Imperium. Puisqu'elle avait déjà fait usage d'un de ces trois sortilèges sur un animal, elle allait pouvoir faire une très jolie démonstration dans très peu de temps !

Il trottinait à présent devant moi, rien n'aurait pu laisser penser que je venais de lui jeter un maléfice. Il attendait sagement lorsque j'entrais de nouveau dans le pub et allais s'asseoir près de la table où se trouvait Chloé. Moi même, je me rasseyais, le plus décontracté du monde et croisai les jambes.

J'appuyai ensuite mes coudes sur la table immonde et regardais la jeune Serpentarde avec curiosité, avec mes yeux clairs, tout en indiquant le chien d'un coup du menton :

- Alors vas-y. Essaye maintenant.

Il n'y avait pas d'agressivité dans ma voix. Il fallait bien se le dire; je voulais savoir ce qu'elle avait dans le ventre.

Pour moi, la douleur était le plus terrible. Qu'en était-il d'une fille de son âge ? J'y allais cash :

- Tue le.

J'aurai en effet pu rajouter qu'un jour, ce ne serait pas un animal qu'elle abattrait, mais une personne, alors qu'il valait mieux qu'elle s'expérimente sur lui d'abord, et puis, que de toute façon, il était vieux, et qu'il n'avait plus que quelques jours à vivre, qu'il souffrait déjà au quotidien et tout le tralalalalère, mais je n'en fit rien, car sa conscience et sa culpabilité m'importait peu.

En entrant ici, elle avait déjà choisit son camp.

Et puis, je lui faisais une fleur, je gardais la bête sous mon emprise pour l'empêcher de s'échapper, histoire de lui faciliter la tâche.

Oui, à présent, c'était de l’intérêt qui m'animait. Comment allait-elle réagir face à cela ? Si elle réussissait, je lui réservais déjà un autre exercice à réaliser, et elle monterait un peu plus dans mon estime. Si là encore elle s'en sortait, je pourrais alors considérer qu'elle était quelqu'un d'intéressante et qu'il s'agissait de la bonne graine. Si en revanche, elle échouait déjà à celle ci, je ne pouvais plus grand chose pour elle... Alors Le Seigneur Des Ténèbres voudrait s'en débarrasser.

Il valait mieux pour elle qu'elle choisisse la meilleure option.
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MessageSujet: Re: L'obscure clarté [PV]   Dim 14 Fév - 0:19

Je serrais si fort mon verre de bièraubeurre que je crus que le cristal allait se briser sous mes doigts. Si seulement l'espace d'un instant, je relâchais la pression, je dévoilerais un incontrôlable tremblement, ce qui mènerait à ma perte. Un frisson désagréable me parcourut de bas en haut, tandis que l'obscurité de la salle m'envahissait tout entière. J'avais l'impression de tomber au fond d'un gouffre, parce que je savais que quoi que je fasse à l'heure présente, je ne pouvais plus me redresser. Quand on tombe... on tombe. Il était bien trop tard pour regretter, j'avais toujours su que je n'aventurais sur un terrain vertigineux. Mais sans doute, le gouffre avait-il une fin, et dès que j'en toucherais le fond, je ne pourrais de toute façon tomber plus bas.

Je pensais pourtant me diriger vers une voie plus familière, moi qui m'étais toujours crue au dessus de tout le monde, n'était-ce point paradoxal de me sentir tomber plutôt que de gravir une marche de plus vers le ciel? Contrairement à l'idéal que je m'attribuais, grande était ma naïveté, et navrant mon aveuglement, moi qui pensais détenir les grandeurs et conquérir les immensités, je n'étais ni plus ni moins une gamine qui venait de se rendre compte de sa stupidité.

Une obscure clarté venait de retirer le voile de mes yeux, me crachant une blessante vérité à la figure. Je voyais ainsi mon reflet, le regard plein d'indignité. Cependant les effets de confusion se dissipaient aussi rapidement qu'un cachet dissolvant dans un verre d'eau, parce qu'après tout, je restais là, et je ne comptais pas partir avant d'en avoir fini. Comme on dit, c'était de manquer de pitié pour soi-même que d'avoir pitié de son ennemi. En réfléchissant, ce serait un gachis de me laisser submerger par des émotions évitables, car si je montrais de la sympathie envers ce barmaid, non seulement je n'allais plus jamais le revoir, mais je risquais tout aussi bien de ne plus croiser Cléophée sur mon chemin par la même occasion... Il lui suffisait d'une faille dans mon comportement, et c'était fini pour moi. Je n'allais pas le laisser tout gâcher, ni lui, ni même cette femme, qui me semblait si persécutante, bien que d'une manière ou d'une autre, elle me fascinait.

Je crus l'espace d'un instant, qu'elle brandirait sa baguette et qu'elle me lancerait un sortilège de torture, aussi facilement que si elle faisait cuire un oeuf au plat. J'écarquillai les yeux, mais je me dis que même ça, je serais prête à l'encaisser. Mais elle fit tout pour me surprendre.


Je ne suis pas le genre de monstre que tu crois.

Ne pas se fier aux apparences. J'avais conscience qu'elle n'était pas ce que je la croyais être. C'était tout là le problème, son tempérament dépassait certainement de loin tout ce que j'aurais pu imaginer. Bien que je me serais attendu au pire. En commençant par ma propre perte. Mourir en se faisant tuer, c'était la pire faiblesse dont un grand sorcier pouvait faire preuve. Je repris une autre gorgée de bièraubeurre, ce qui ne manqua pas de me donner la nausée. Je me demandais ce à quoi elle allait me soumettre maintenant. Le test de réaction était certainement un simple apéritif, car je lisais dorénavant une certaine perversité dans son regard, plus intrigante encore qu'auparavant.

Cléophée se leva soudain de table, et sortit dans la rue. Je déglutis. Avais-je manqué quelque chose? En avait-elle fini avec moi? M'estimait-elle beaucoup trop incompétente pour faire parti du clan? L'angoisse me serra la gorge. Il eut suffi que je jète un coup d'oeil à la fenêtre qu'elle était déjà revenue près de moi. Cela ne me rassura pas pour autant, car elle ramenait de la compagnie. Elle fit comme si de rien n'était, mais se rapprocha plus de moi en appuyant ses coudes sur la table et me considéra des yeux avec curiosité, je lui rendis un regard sombre qui cachait mon inconviction.

Alors vas-y. Essaye maintenant.

J'écarquillai les yeux. Il ne me fallut pas plus d'une fraction de seconde pour faire le lien avec l'homme qu'elle ramenait avec elle. Il réprimait un regard tristement inexpressif, et dans des circonstances différentes, je l'aurais surement pris de dégout étant donné ses habits. Mais, voulait-elle vraiment de moi que...

Tue le.


Ces mots résonnèrent en écho dans mes oreilles, et je me pétrifiai. Je m'agrippai à ma robe de sorcier, terrifiée par cette simple idée. Je plissai les yeux, sentant des larmes dangereuses qui allaient bientôt finir par dévoiler ma nerveusité sur mes traits. Il fallait que je me reprenne... Ne pas se laisser dominer... Surtout pas se laisser dominer, Chloe... Garder son sang-froid, Chloe. J'inspirai une grande bouffée d'air. Je m'étais promise de gérer toute situation, quelle qu'elle soit, j'étais prête à aller jusqu'au bout, je ne pouvais pas me laisser abattre, j'avais attendu bien trop longtemps pour que ce moment arrive.

"Fais le Chloe. Il y a ceux qui parlent, et ceux qui osent. Je te connais autant que toi. C'est maintenant ou jamais de faire tes preuves."

D'une main tremblante, je sortis ma baguette de la poche de ma robe. Je regardai une fois de plus les yeux avides de la mangemort, et je ne pus m'empêcher de réprimer un certain dégout à son égard. C'était cette sensation de totale impuissance qui me mettait en rage. Elle m'avait coincée, et moi, je n'avais pas d'autre solution que d'obéir. Je manquai de m'enflammer, et mon regard devint vif, plein de mépris et une espèce de férocité m'envahit de la tête aux pieds. Je serrai fort ma baguette entre les doigts, et me concentrai sur ma victime. Je pouvais y arriver, je pouvais y arriver, je pouvais y arriver...

Avadakedavra!

Un jet de lumière verte jaillit de ma baguette. L'homme s'écroula sur le sol. On aurait dit un tremblement de terre. Mon coeur se serra d'autant plus fort, et ma lèvre inférieure se mit à trembler, non pour tout dire, mon corps tout entier vibrait, et ma tête était en train de tourner, si bien que je n'allais pas tarder à divaguer. Je restais là, à fixer cet homme... que je venais de tuer...

Comment avais-je pu en arriver là...

Les larmes me montaient aux yeux, pourtant, je ne me laissais pas dominer. Il fallait que je tienne encore toute une nuit. Comment réussissait-elle à garder son sang froid? J'avalais longuement ma salive, ce que je venais de faire me dégoutait mais je n'avais pas eu d'autre choix...


C'est inhumain, n'est-ce pas?
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MessageSujet: Re: L'obscure clarté [PV]   Ven 26 Fév - 21:30

Je n'attendais que ca après tout puisque c'était moi qui lui avait demandé de le faire. Alors, je me contentais de patienter, comme la grande gamine que j'étais devenue, ce petit air suffisant sur le visage, d'observer la malheureuse qui me faisait face, une simple adolescente, qui je le savais, n'était certainement jamais sortie de son cocon dans lequel on l'avait pendant si longtemps emprisonnée. Et en l'espace de quelques secondes seulement, et surtout, à cause de moi, voilà que toutes les étoiles qui illuminaient ses yeux venaient de voler en éclats dans le ciel pour aller s'éparpiller dans cet océan marine, petites lucioles qu'elles étaient, et ainsi lui rendre subitement la vue, cette gosse qu'on avait laissé à l'état d'aveugle pendant de tristes et longues années.
Le néant. je réduisais tout à néant grâce à de simples mots, encore plus puissants que la magie. Avais-je un jour envisagé ma position de force ? On dit souvent que les dominés aiment dominer à leur tour un jour. Je n'étais qu'un sbire, qu'un pion dans la chaîne qu'avait si bien organisé le Seigneur des Ténèbres. Peut être que c'était vrai après tout.

- Avadakedavra !

Je ne réagissais même pas à l'entente de ces paroles à présent trop familières pour moi, trop souvent répétées, trop souvent entendues et pourtant, pouvais-je dire que cela torturait mon estomac comme le reste de la population qui peuplait le monde des sorciers ? Non, j'évoluais dans cet ensemble qui était à présent mien.
Je tentais d'analyser le sentiment étrange qui naissait au fond de moi, alors qu'à mon côté, j'entendais un bruit sourd. Il ne m'en fallait pas plus pour comprendre, si ce n'est que cela ferait un peu de nettoyage en plus pour le barman qui n'était plus à ca près à présent. Voilà. L'acte irréparable que Chloé venait de commettre n'était pas donné à tout le monde, surtout à son âge. Alors je pouvais tirer mes premières conclusions : elle n'était pas comme les autres, et si déjà elle s'aventurait vers ce sombre chemin avec autant de hargne, c'était qu'elle était déjà bien pourrie jusqu'à la moelle. Mon but à présent était de la pousser un peu plus dans cette direction, alors pourquoi me sentais-je frustrée, voire exaspérée, là, maintenant, tout de suite ?

Je restais incurablement inexpressive, mais à l'inverse, mon cerveau lui demandait en hurlant, pourquoi m'avait-elle écouté, sans opposer la moindre résistance, en s'abaissant au même niveau que ces mêmes animaux, qui, en cet instant crevaient également dans la rue. Était-ce ca, sa vision du futur ? Faire comme nous autres, mangemorts, manger la poussière ?
Et pourtant, je savais pourquoi elle avait pointé sa baguette sur cette chose qui avait été vivante mais qui maintenant ne faisait plus partie de ce monde; sans doute que dans le cas contraire, ce serait-elle qui ne serait plus ici.

Chienne de vie.

Je ne me plaignais pas de ma condition. Après tout, si j'étais considérée comme un larbin, c'était par ma faute. C'était moi qui avait fait ce choix, et en toute connaissance de cause. Je savais que malheureusement, si c'était à refaire, je recommencerais. Chacun sa place dans les boîtes de l'univers, et apparemment, celle-ci, c'était la mienne.

Je n'avais plus le temps de m'apitoyer sur mon sort, alors que je n'avais en plus de cela, aucune raison de me plaindre, sachant dans quelle position se trouvaient certains de mes camarades qui avaient commis des bévues. De plus, si moi j'avais la chance d'être ici, c'était bien parce que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom me faisait confiance. Et ca, je le prenais comme un rare privilège, car tout le monde n'y avait pas droit aussi facilement...

Inutile de capter les yeux de Chloé. Ce genre d'expérience avec la mort laissait des traces et je n'étais pas dupe. Je lui offrais ce cadeau et cessai de la scruter pendant quelques minutes.

- C'est inhumain, n'est-ce pas?

Il y a parfois des corvées qu'il faut subir jusqu'au bout et j'étais en train d'en conclure que si je voulais tirer quelque chose de cette entrevue, il allait falloir que j'use un peu plus de psychologie. Dès lors, je comprenais pourquoi on avait insisté pour que ce soit une femme qui s'occupe de la fille plutôt que d'un homme. Sans doute que la jeune Serpentarde aurait déjà été terrassée à l'heure qu'il est sans que son bourreau n'ait eu le temps de remarquer son potentiel.

- Oui.

Je n'étais pas non plus une championne, question tact, mais je n'avais pas le temps non plus de découper dans de la dentelle. Je devais aller vite, sans non plus faire du gaspillage. Il n'y avait rien de plus terrible que d'avoir la sensation d'avoir perdu du temps.

- Mais ca, c'est le genre de questions que tu vas devoir rayer de ton vocabulaire...

Malgré moi, j'étais déjà en train de lui expliquer les ficelles du "métier". A croire que je la voyais déjà parmi nous, pourtant, la phrase qu'elle venait de dire montrait là sa première faiblesse, ce qui me laissait présager la suite. Elle n'avait encore rien vu. Allait-elle tenir le coup ?
Immédiatement, je me méfiais de nouveau. C'était une chose d'être forte physiquement. Après tout elle avait terrassé son adversaire, malgré les circonstances atténuantes : sa mauvaise santé, et soumis à l'Imperium. Mais moralement, il devait en être de même.

D'abord, je préférais terminer le plus gros de mon amuse-gueule. Seulement après, je verrais si elle avait le coeur bien accroché.

Je savais que j'avais obtenu ce que je voulais. Mon ordre, elle l'avait, fait, mais contre son gré, d'après ce que j'avais pu comprendre par la suite. Ce qui m'arrangeait. J'allais pouvoir voir jusqu'où allait ses capacités maintenant que j'avais titillé sa colère.

- On peut mettre l'exercice en pratique immédiatement si tu veux. Lance-moi le sortilège de Doloris. Je ne t'attaquerai pas.

Preuve de ma bonne foi, je déposai ma baguette sur la table et la caressai du bout des doigts avant de placer mes paumes à chaque extrémités. Je défendais toujours ma théorie, comme quoi, celui ci était le plus terrible des sortilèges impardonnables. Et ainsi, c'était la meilleure façon de savoir jusqu'où était capable d'aller sa force. Masochiste ? Sans doute devais-je l'être un peu aussi...

Chloé avait parlé inhumanité...
Mais j'étais morte depuis longtemps.
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MessageSujet: Re: L'obscure clarté [PV]   Sam 27 Mar - 23:55

Je me sentais mal. Et plus ça allait, plus je commençais à me dire que j'allais finir par me briser comme un verre en cristal qui lâcherait sous pression. Voilà où j'en étais, moi Chloe Ruiz, je vivais dans un monde pourri... avec des gens pourris, dont un ne suffit pour rattraper la connerie de tous les autres. Moi Chloe Ruiz, qui essayait désespérément de briser un verre en cristal, pendant qu'à mon tour, j'étais brisée entre des doigts plus puissants. Ainsi fonctionnait le cercle vicieux, le chat mange la souris, la souris mange le fromage. Entre autres, le bourreau bouffe la victime, et la victime bouffe la sous-victime. Je devais bien avouer la trivialité de la chose, mais à l'instant présent, je n'étais pas à même d'adopter un regard plus fin et tolérant. Parce que justement, tout me semblait grossier et rebutant. J'avais l'impression d'étouffer, un peu comme lorsque je me retrouvais coincée en croque-monsieur entre deux personnes sur le chemin de traverse.

Quelle vie de merde.

Je repensais à tous ces gens que je trouvais débiles autrefois, ceux dont l'intéret ne m'importait pas plus que les chaussettes de von Demian ou le nombre de splifs par jours tirés par sa cousine, pas plus que les ragots de Poudlard et le bien être de mes voisines de dortoir, pas plus, non plus, que la coiffure d'Okazaki lorsqu'il se pointait au petit dej contrairement à la majorité de la gente féminine. Je m'en foutais aussi, des lettres de mon père, des lettres de ma mère, marcher sur les pieds d'un poufsouffle égaré, renverser du jus de citrouille, détériorer une dissert de dix pages à Granger, péter des cables pour rien... Rien, oui, je ne m'étais intéressée à rien. Jamais depuis quatre ans, je ne m'étais levée du bon pied, jamais je ne me suis dit "tiens, aujourd'hui est un jour bien". Ca je ne connaissais pas. Les jours bien. Qu'est-ce que ça voulait dire au juste? "les jours où l'on exerce l'hypocrisie, et qu'on dit bonjour à la moindre personne sur son passage"? Moi, lorsque je disais bonjour, ça ne voulait jamais dire que le jour est bon. Je me plaignais souvent de ce que je possédais, je vivais dans cette espèce de bulle que je pensais être l'avenir, mais il ne s'agissait en réalité que de mon imagination. Avais-je été naïve au point de croire qu'un jour, la Terre tournerait autour de mon petit nombril? Oui, certainement. Je me rendais compte dorénavant de ma stupidité. Il y avait toujours plus puissant que soi. Je pensais être au dessus de n'importe quel élève de Poudlard, mais rien qu'en faisant un pas en avant, je me voyais dominée par cette femme, ladite Cléophée.

J'avais envie de pleurer. Imaginez vous seulement la frustration d'un enfant qui a l'habitude de maitriser un domaine et qui se voit battu en un simple claquement de doigts. Sauf que moi, je n'étais plus un enfant, si tant est que j'eus envie de pleurer, je ne le faisais pas. Juste une question d'orgueil et d'amour propre. Il me fallait retourner la situation, ne plus me laisser surprendre. Je m'étais laissée prendre au jeu, je venais de tuer. Tuer. Tuer, ce mot résonnait dans ma tête, et je reprenais une gorgée de bierreaubeurre. Tuer. J'avais la tête qui tournait. Merde. Pourquoi était-ce si pénible... Pourtant, j'avais réussi à prendre sur moi.


Oui. Mais ca, c'est le genre de questions que tu vas devoir rayer de ton vocabulaire...

Je ne sus pas tout de suite pourquoi, mais je me calmai d'une traite. Cléophée avait trouvé les mots justes, certainement parce qu'elle aussi, un jour elle avait connu cet espèce d'effroi indéfinissable quand un jet de lumière verte fut sorti de sa baguette magique pour la première fois. Elle ne faisait rien pour me rassurer mais c'était comme si qu'elle me comprenait. Elle me guidait sur une voie qu'elle avait déjà exploré, une voie on ne peut plus sombre que j'allais découvrir à mon tour.

Je ne pouvais m'empêcher d'être en colère, tout simplement parce que c'était dans ma nature et qu'elle m'avait mise dans des circonstances telles que je ne pouvais m'opposer au moindre de ses ordres et revendications. Même si je savais qu'au fond de moi, ce n'était que ma simple et unique volonté. J'avais comme qui dirait, vendu mon âme au Diable.

On peut mettre l'exercice en pratique immédiatement si tu veux. Lance-moi le sortilège de Doloris. Je ne t'attaquerai pas.

Je ne bronchai pas. Il me fallut deux secondes pour réaliser. Etait elle sérieuse? Apparemment oui, puisqu'elle posa sa baguette sur la table et attendit ma réaction. J'écarquillai les yeux. Pourquoi se mettre en danger alors qu'il y avait tout un bar à son service. Elle aurait pu ainsi m'observer plus attentivement, mais non. Elle n'était certainement pas masochiste, alors pensait elle surement que j'en serais incapable. Restait à savoir si moi même je m'en sentais capable.

Quoi, tu es certaine que c'est ce que tu veux de moi? Je pourrais prendre n'importe qui ici...

Je la regardai dans les yeux, méfiante, mais elle semblait pour la moins décidée. Je me tus, ne posant plus aucune question. Doucement, je saisis ma baguette, et la pointa vers elle.

Endoloris!

Cléophée commença à trembler, et malgré son air torturé, je ne lachais pas mon emprise. Je savais qu'il fallait que je continue assez longtemps pour lui prouver que j'avais les nerfs durs. Mais il n'y avait pas que mes nerfs, c'était dur de la voir souffrir sous mes yeux, même si cette image m'était venue plus tôt dans la soirée lorsqu'elle m'avait obligée à exercer le sortilège de la mort. Je détournai le regard, je ne voulais pas voir ça. C'était horrible. J'étais horrible.

Au bout d'un moment, je stoppai le sortilège. Le regard vidé, je fixai la fenêtre.

Je ne pensais plus, j'avais vendu mon âme au Diable.
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MessageSujet: Re: L'obscure clarté [PV]   Sam 10 Avr - 21:46

Jusqu'où pouvais-je aller dans ma douce folie ? Il pouvait m'arriver n'importe quoi maintenant, la gosse, elle aussi en proie à la panique, était capable de m'attaquer avec le sortilège de la mort et comme elle l'avait si brillamment prouvé tout à l'heure, elle pouvait me réduire à l'état de néant en l'espace d'une seconde. C'était cette précieuse seconde qui déterminerait tout. Allait-elle gâcher sa chance ou au contraire l'empoigner à pleines mains ? Si elle choisissait la deuxième option, il n'était plus possible pour elle de faire marche arrière. Quoique... Il était déjà trop tard.

Et moi qu'étais-je pour lui faire ainsi confiance ? Je devais m'y résigner; comme je venais à le penser maintes et maintes fois depuis plusieurs minutes maintenant, si nous allions passer la plupart de notre précieux temps -car il comptait toujours- ensemble il allait falloir être assuré de ne point être trahie par l'autre. Elle n'était peut être pas en mesure de le comprendre pour l'instant, mais viendrait le moment où tout serait clair pour elle, alors, notre rencontre de ce soir serait entrevue comme une véritable évidence.

Il y avait quelque chose de vicieux et de pervers dans mon regard tandis que j'attendais qu'elle se décide. Là encore, la question se posait : allait-elle agir ou pas ? J'entendais déjà mon petit doigt me souffler la réponse, mais ma méfiance reprenait aussitôt le dessus; mes mains étaient de chaque côté de ma baguette et je ne souhaitais pas la reprendre tant qu'elle ne se serait pas essayée à mon petit exercice, cependant, si cela venait à mal tourner, je n'étais pas cinglée au point d'attendre que cela se passe sans rien faire. Oui, j'avais la prétention de croire que j'étais plus rapide qu'elle, et cela par simple expérience... Et non, cela n'était ni de la triche, ni un mensonge que je venais de lui servir puisque j'étais tout à fait décidée à être honnête. Je préférais prendre des précautions, c'est tout.

Et c'était justement ceux qui n'en prenaient pas assez qui crevaient aux coins des rues.

- Quoi, tu es certaine que c'est ce que tu veux de moi? Je pourrais prendre n'importe qui ici...

Un sourire se dessinait au coin de mes lèvres. Simple, beaucoup trop simple après l'épreuve qu'elle venait de réaliser. Je ne pouvais pas baisser d'un cran mes épreuves... Et la crédibilité dans tout ca ? Ce n'était peut être pas le temps d'y penser, mais j'avais pour habitude de songer comme une véritable femme d'affaire, surtout en période de recrutement et encore plus lorsque l'enjeu était de taille : investir Poudlard. Événement qui allait se passe incessamment sous peu grâce à notre taupe. Une flamme d'envie et de puissance traversa mes yeux à cette simple idée.

- Il s'agit de n'importe qui justement. Je me penchai légèrement vers elle en baissant la voix. Ils ne sont rien, seulement... n'importe quoi.

Je voulais poursuivre, mais j'évitai. La presser aurait été une mauvaise chose et même si un "Allez ! Bouge." me brûlait la bouche, je me taisais, de peur de tout faire capoter; elle pouvait se braquer à tout moment, par simple esprit de contradiction, or, ce n'était pas le but. Si je foirais sur ce coup, j'allais me faire taper sur les doigts, c'est le cas de le dire.

Pourtant, mon désir ardent ne se fit pas attendre car bientôt le mot tant redouté de la plupart des sorciers retentit enfin dans le bar. Je ne pouvais plus me permettre de réfléchir d'avantage, ou plutôt si, mais pas ce à quoi je désirais. Instinctivement, je fermai les yeux pour ne plus voir mon antagoniste ni le paysage autour de moi alors que le sortilège faisait son effet et que mon visage se crispait sous la douleur. Même l'homme le plus courageux de la terre était incapable de masquer se qu'il ressentait en pareil moment, alors que ses muscles se tendaient, se tordaient et essayaient de lutter vainement contre le doloris.
J'avais déjà subit le sortilège impardonnable une fois dans ma vie et cela avait été suffisant pour que je m'en souvienne. La souffrance n'était pas comparable avec celle que m'infligeait Chloé, même si c'était tout à fait honorable car elle ravivait un petit feu désagréable qui pendant trop longtemps avait semblé être éteint...
Ce supplice d'ailleurs, il montait peu à peu et devenait de plus en plus fort, supportable, ou alors à la limite du supportable, mais qui aurait été en mesure de l'affirmer tandis que sans que je m'en aperçoive mes mains s'étaient agrippées au rebord de la table; mes ongles aussi rouges que mes lèvres s'enfonçaient par endroits dans le bois miteux et moisi ainsi que rongé par les mites...

Combien de temps cela dura t-il ? Impossible à déterminer alors que l'intolérable tiraillement cessa enfin. Je ne bougeai pas immédiatement et ne reprenais pas pleine possession de mes mouvements tout de suite alors que mes oreilles s'accoutumaient de nouveau à ce qui se passait tout autour de moi. Finalement, je rouvrais les yeux mais ne pouvais capter celui de la verte et argent.

Faille dans le système ?

Il allait falloir qu'elle se montre un peu plus enthousiaste que ca la p'tite si elle voulait réussir le concours haut la main car les motivations, ca jouait aussi de nos jours ! Un entretien d'embauche, c'était ca que j'avais entendu sortir de la bouche d'un de ces sales moldus un jour... Bah là, c'était un peu du pareil au même...
Et pourtant, je savais que j'étais capable à tout moment d'être prise d'un élan de compassion pour Ruiz parce que j'avais presque la sensation de me voir dans un miroir... Mais nous n'étions ni la même personne et nous n'avions pas eu le même passé. Alors pleurer sur son sort ne m'importait pas tant que ca.

J'en revenais donc à mon intérêt principal. Mes esprits ayant fait leur retour dans mon crâne, je pouvais procéder au jugement. Je souriais franchement cette fois.

- Parfait. Très bien.

Pas un mot plus haut que l'autre, oui, j'étais relativement satisfaite. C'aurait pu être mieux, c'aurait pu être pire, mais j'avais du mal à être objective puisque cela n'avait pas dépassé la force du premier doloris qu'on avait expérimenté sur ma petite personne. Donc parfait, pas tant que ca, mais disons que cela s'en rapprochait plus plutôt que de la médiocrité.

- Bon. Je reprenais ma baguette sans pour autant la ranger; peut être que j'allais encore en avoir besoin, tu es sûre que c'est ce que tu veux ?

Elle n'avait pas beaucoup d'alternative, c'était certain, elle pouvait me répondre oui pour sauver sa peau, mais entre nous peut être aurait-il mieux valu -pour les plus faibles- de rester sur le carreau sur le champ... J'étais lucide là dessus : j'aimais la voie que j'avais choisie, mais elle était loin d'être la meilleure.
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MessageSujet: Re: L'obscure clarté [PV]   Sam 17 Avr - 21:52

Qu'importe ce qu'une sale gosse pouvait bien ressentir. Qu'importe toutes les souffrances qu'elle endurait. Qu'importe sa chevelure grasse et pesante dénuée d'une quelconque classe qui alourdissait ses traits, qu'importe ses yeux rouges et les larmes dangereuses, qui se profilaient et coulaient, coulaient dans un endroit invisible, inconnu, indescriptible, car il ne s'agissait-là que de son âme, si encore cette sale gosse une âme possédait. Elle méritait presque qu'on la prenne en pitié, qu'on la secoue par les épaules, ou qu'on lui verse un seau d'eau sur la tête. Car oui, sotte elle l'était. Lâcheté, disgrâce, déconvenue, folie du regard.. ne s'agissait-il pas d'une maladie? Une maladie grave, il n'y avait pas de doute. Cette fille était perdue. Ses pensées s'entrechoquaient entre les parois de son crâne dur, si bien que le chemin qu'elle prenait la mènerait directement à sa propre perte. Elle en perdait le sens, commettait erreur sur erreur. Et pourtant, elle était persuadée de faire le bien.

Ce que je voyais en son reflet n'était que ma propre personne. Oui, une sale gosse blonde, la peau moite de sueur froide, misérablement plantée sur une chaise, les mains tremblantes de terreur. Plus tard, j'en aurais certainement pleuré. Je pensais faire le bien par le mal. N'était-ce pas contradictoire, paradoxal? Certes oui. Stupide, téméraire. Se lancer sur un chemin dangereux, sombre, mystérieux. Sans doute n'allais-je pas réussir à en percevoir le bout, à faute d'une barrière sur ma route, une entorse, un croche patte, ou encore ma perte. Cela me tuerait, indubitablement.

S'il n'y avait que cela... Mourir. C'était une bien moindre chose, en somme. Mais mourir jeune, mourir, quand tout une vie nous attendait encore, et tuer ce temps qui nous était accordé, c'aurait été un gachi, le pire que j'aurais pu redouter. Parce que s'il y avait bien une raison à ma présence ici, dans ce bar miteux dont les fréquentations se limitaient à de vieux pervers mal tournés, c'est que je me suis rendue compte de tout ce merdier qu'étaient les gens et leurs relations. Cette perte de temps à se demander pourquoi, comment ils étaient arrivés à là où ils en étaient et comment et pourquoi ils allaient finir dans quelques années. La plupart d'entre eux passaient leur existence dans un passé plus ou moins proche ou lointain, ou dans un conditionnel utopique. Et puis, il y a ceux qui parlent, et ceux qui agissent. En ce qui me concernait, je ne voulais pas me retrouver dans cette première catégorie. Le fait est qu'étant donné les circonstances dans lesquelles je m'étais retrouvée lors de cette prise de conscience, mon engagement fut immédiat et surtout irréfléchi.

Mais ce n'était plus le bon moment pour remettre en cause ma décision. Toute ma vie, j'avais été un véritable mouton de Panurge. Je croyais le contraire, mais je ne valais en réalité pas plus que toutes les autres personnes que je dédaignais avec arrogance. C'était l'occasion ou jamais de me montrer à moi même que je pouvais mériter une plus grande estime. Il n'y avait qu'un moyen à cela. Que les grands, et je parle bien sur de ces admirables serviteurs du Seigneur des Ténèbres, m'accordent une certaine considération.

Pour le moment, c'était plus ou moins bien parti.

Omettant bien sur le fait que j'étais en train de soumettre l'un des membres de la troupe au sortilège de torture. Jamais, je ne me serais imaginée capable d'un tel affront, d'ailleurs cette idée restait encore pour moi inconcevable. Je n'avais pas anticipé une épreuve aussi inattendue, surtout à ce stade de mon parcours.

Je pensais à mon père, à quel point sa fierté à mon égard serait mise à bas s'il apprenait qu'en une seule soirée, je venais de lancer deux des sortilèges des plus redoutés au monde. Je savais qu'il n'aurait pas apprécié, que son dégout aurait plus intense que tous ceux que j'avais réprimé depuis mon arrivée au monde. Au départ, je refusais de voir ce massacre. Ce crime que je controlais du bout de ma baguette, cette souffrance à laquelle je contraignais ma préceptrice. Mais peu à peu, ma rage s'envenimait, mon corps entier devenait aussi dur que de la pierre, et je me glaçais comme un iceberg. Mon regard se détacha de la fenêtre, et, en un court instant, une étincelle de folie se dessina sur mes pupilles. J'observais ma victime, les yeux ouverts, j'avais la tête sur les épaules, et la fatigue était loin de me dominer, j'avais conscience de faire mal, terriblement mal. Je pouvais lire en Cléophée, sentir ses doigts trembler sur la table, essayant tant bien que mal de se contrôler. En vain. J'étais loin de prendre plaisir au spectacle, mais c'était un peu comme si la voir souffrir soulevait un poids à ma propre douleur. Ainsi, un sourire incontrôlé s'esquissa sur mes traits, dans l'obscurité des lieux.


Parfait. Très bien. Bon, tu es sûre que c'est ce que tu veux ?

Je le savais. Je ne m'étonnerais plus de rien. Ce serait bientôt fini et je le savais. J'avais réussi cette épreuve, je pouvais en être certaine, si bien que je m'en foutais pas mal de ce qui allait m'arriver par la suite. Toutes ces sensations fortes faisaient naitre en moi une certaine excitation, ainsi qu'une montée en puissance.

Oui, sans aucun doute.

Je baissai la tête sans pour autant détacher mon regard de celui de Cléophée.


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L'obscure clarté [PV]
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